Chapitre 3

Tissaia réalisait mal que sa fille soit encore en vie. Elle avait effectué des recherches afin de connaitre le destin de son enfant après son départ pour Aretuza, mais tout ce que la mage avait pu tirer c'était l'ignorance des villageois, ou leur supposition sur le fait qu'elle soit morte de froid, dévorer par les loups… Un paysan lui avait confié que Myanna avait fui au bout d'une semaine à l'aube et qu'une charrette l'ait emporté brusquement. Le cœur lourd, Tissaia s'était faite une raison, son deuil. Elle avait fermé son cœur, s'endurcissant, se disant qu'elle ferait honneur à sa fille en devenant la plus forte, la plus puissante sorcière d'Aretuza. Elle en était devenue distante, froide comme l'avait soulevé Yennefer. Jusqu'à… jusqu'à Vilgefortz… Les émotions la submergèrent et elle s'effondra en violent sanglot. Tout cela était sa faute, si elle n'avait pas ouvert son cœur, si elle ne s'était pas autorisée à aimer et être aimée… Tel un fantôme, l'ancienne rectrice arpenta les couloirs vides pour le moment de l'école de magie avant de s'arrêter devant une cellule.

— Mon dieu Tissaia tu fais peur à voir… commenta Philippa moqueuse.

— Comment as-tu su pour Vilgefortz ? demanda la concernée simplement ne relevant pas la pique.

Philippa voyant le sérieux de son amie, et la douleur ne riposta rien de méchant. Elle sentait la culpabilité qui émanait de Tissaia sans avoir à faire appel de ses pouvoirs. De toute manière, sa magie est entravait, sinon elle ne moisirait pas dans le donjon.

— Un long travail de recherche, de renseignement et d'information. Nous avons eu du mal à le démasquer, tu n'aurais eu aucune chance de le soupçonner. Et à croire les murmures que j'ai perçu, Vilgefortz l'a joué finement ici à Aretuza. Même Artorus et Stregobor n'ont rien vu venir. Cesse donc de te flageller, bien que tu aies laissé tes émotions pour cet homme prendre le dessus.

— Ferme-la traîtresse ! Tu as retourné ta veste en t'attaquant aux tiens ! Que comptais-tu faire aux magiciens si nous n'étions pas intervenus ?! intervint Myanna une lourde cape de velours bordeaux sur les épaules.

— Toi tu ne devrais même pas exister ! Tissaia a enfreindre une des loi sacrée !

— Elle me pensait morte, dont techniquement elle n'a rien enfreint ! N'oublie pas ta nouvelle place ! ordonna la « jeune » de Vries en tendant une main vers la magicienne qui s'effondra en couinant d'inconfort.

Tissaia ne dit rien, se sentant illégitime pour donner des ordres dorénavant. Myanna ne prolongea pas la sentence très longtemps, elle n'était pas venue pour la détenue de toute manière, ayant simplement entendu des voix.

— Prend un peu de temps pour toi, afin de souffler, de régénérer ton chaos, de te reposer. On se charge de la suite des événements ne t'en fait pas, déclara calmement Myanna en posant une main qu'elle voulait doucement sur l'avant-bras de sa mère afin de la guider à l'extérieur de la pièce.

— Ce n'est pas à vous de faire ça. J'en suis responsable.

— Tu n'es responsable de rien, et ça nous fait plaisir de vous venir en aide. Je ne te dis pas de te retirer du devant de la scène, mais de prendre quelques jours pour toi, confia Myanna.

Tissaia ne bougea pas interdite. Elle se sentait vide de l'intérieur mais pas seulement à cause de l'utilisation de son chaos… Mais la plus ancienne n'osait pas faire ce dont elle avait envie…

— M'ac… m'accompagnerais-tu pour une promenade le long de la plage ? se hasarda-t-elle.

— Hmmmm, je dois… d'accord allons marcher ensemble.

Autant Tissaia fut heureuse d'avoir un moment privilégié seule avec sa fille, autant elle appréhendait les discussions qui allaient en découler…