Le bras du type lui enserrait le cou de manière rude. Plaqué contre le mur, il avouait qu'il avait du mal à le repousser. Fallait dire que le type faisait deux fois sa largeur et niveau muscles, il avait encore de la marge pour le rattraper. Dans le brouillard de son combat, il vit le type fouiller dans sa poche et prendre un flacon. Une sourde angoisse monta tout d'un coup en lui. Il rassembla toutes ses forces, leva ses pieds et les balança sur le type qui fit quelques pas en arrière. Il sentit quelques gouttes du flacon se poser sur ses lèvres. Il l'avait échappé belle…enfin…c'est ce qu'il croyait avant d'apercevoir le sourire sadique de son ennemi.
- Tu vas aller retrouver tes ancêtres, amigo.
Il allait répondre, il aurait voulu répondre mais ses forces l'abandonnèrent d'un seul coup. Il s'écroula sans un bruit sur le sol, le noir l'ayant englouti sans prévenir. Il n'entendit pas son nom crier avec désespoir, il n'entendit pas l'inquiétude palpable dans la voix de celui qui criait « ILLYA ».
Napoléon neutralisa son adversaire par un coup de poing violent. Il se dirigea vers celui de son partenaire et l'agrippa par le col.
- Que lui avez-vous fait ?
L'ennemi ricana.
- QUE LUI AVEZ-VOUS FAIT ?! Hurla Solo en le plaquant contre le mur. Il n'obtint aucune réponse. L'autre avala une pilule qui le tua en quelques secondes.
« Cyanure » pensa l'espion.
Il lâcha le corps inerte et se précipita vers son équipier.
- Illya…Illya…tu m'entends ?
Il prit le poignet entre ses doigts et chercha désespérément un pouls, en vain.
- Illya…pitié…ne me fais pas ça.
Sans réfléchir, il arracha la chemise blanche du russe, joint ses mains avant de les poser sur la poitrine trop inerte. Et il poussa encore et encore. Il grimaça quand il entendit les côtes de son ami craquer sous sa force.
- Allez, reviens ! Par pitié, reviens.
Il jeta un œil sur le visage fermé, sur le visage livide, presque gris de son partenaire. Ce n'était pas possible, il ne pouvait pas le perdre. Pas ici, pas maintenant, jamais même. Même s'il ne le faisait pas paraître, même s'il ne le montrait pas, Illya était tout pour lui. La seule personne qu'il aimait plus que lui-même. Aucune femme ne pouvait surpasser ça. Le perdre…autant mourir avec !
- ILLYA ! Hurla-t-il.
Il aurait espéré que son cri ne le réveille…il stoppa sa réanimation et posa sa tête sur le torse de son ami. Ça ne dura que quelques secondes avant qu'il ne la relève et repris ses gestes malgré ses douleurs aux bras et sa respiration rapide. Une compression, deux compressions et un halètement bruyant sorti d'outre-tombe lui coupa le souffle quelques secondes.
- Oh ! Dieu ! Dit-il en mettant son ami sur le côté. Ce dernier toussa, haleta, s'agita.
- Doucement, Illya, doucement. Epuisé, Napoléon s'allongea aux côtés de son ami ventre contre dos, main sur le torse, tête au creux du cou.
- Napoléon…murmura Kuryakin complètement perdu.
- Doucement, Illya…doucement…sshh.
L'espion senior ferma les yeux et remonta sa main vers le cœur de son équipier. La sensation qu'il sentit sous la paume de sa main le fit soupirer de soulagement. Les battements étaient irréguliers et courts mais présents, bien présents. Leur respiration était rapide, il aurait aimé apaiser Illya mais il n'arrivait pas à se calmer. Trop de peur, trop d'angoisse, trop de désespoir.
- Napoléon…tu vas bien ? Entendit-il après quelques minutes.
Il reprit ses esprits à ces mots.
- Ça va aller…ça va aller…répondit-il en se relevant nauséeux.
- Qu'est-ce…
- Reste allongé…tu dois être hospitalisé.
- Non…je ne…
- Illya…aucune discussion…
- Qu…
- Je vais appeler du renfort. Ne bouge pas.
Durant toute la conversation, Illya ne put croiser le regard de Solo. Il s'obstinait à garder le visage baissé et à couper court à tout développement de la conversation.
Il fut pris en charge quelques minutes plus tard. Même s'il détestait les hôpitaux, il admettait que cette fois il en avait besoin. Il avait dû mal à respirer, il avait mal aux côtes, il avait envie de vomir et n'avait pas l'esprit très clair. Avant que les portes de l'ambulance ne se referme, il aperçut l'américain conversé avec des collègues.
- Napoléon. Appela-t-il. Il ne reçut qu'un regard fatigué pour réponse.
Il ne comprenait pas, qu'arrivait-il à son partenaire ? Il aurait voulu y penser davantage mais il sentait le sommeil l'engloutir. Il se réveilla dans une chambre plusieurs heures plus tard, un masque à oxygène sur le visage, une perfusion au bras, un capteur au doigt. Un bip régulier lui indiquait que le capteur servait à surveiller son pouls.
- Tout va bien Kuryakin ?
Illya sursauta. Devant lui, son supérieur, Waverly.
- Je crois…oui. Que s'est-il passé ?
- Empoisonnement. Poison efficace et instantané. Heureusement que Solo était là.
- Où…
- Chez lui. Il a besoin de repos.
- Bien…
- Reposez-vous également. Je viendrai vous voir demain.
Bref et concis, comme à son habitude. Illya fronça les sourcils. Il sentait que quelque chose n'allait pas avec son partenaire. Faisant fi de sa souffrance il se leva de son lit. Il grimaça quand la douleur de ses côtes se réveilla. Il attrapa le téléphone et composa le numéro de Napoléon. Il laissa sonner plusieurs fois, aucune réponse. Non…décidément quelque chose n'allait pas.
De son côté, Solo était assis sur son canapé, un verre de vodka à la main, les cheveux ébouriffés, l'air débraillé. Il tendit la main et constata qu'elle tremblait…encore. Il ne parvenait pas à se calmer, à calmer les battements de son cœur, à effacer la peur et l'angoisse qu'il avait ressenties. Un enfer. Kuryakin et lui avaient vécu de multiples missions. Ils avaient été blessés plusieurs fois mais jamais…non jamais l'un d'eux n'était passé aussi près de la mort. Il se revoyait encore compresser la poitrine de son ami, il réentendait les côtes se briser sous ses mains…Il prit une gorgée de vodka et secoua la tête. Il n'arrivait pas à passer au-delà. C'était trop dur.
Il sursauta quand il entendit des coups faibles retendirent contre sa porte. Il se leva, chargea son arme qu'il cacha derrière son dos. Il s'approcha doucement alors que des coups de firent à nouveau entendre. Il ouvrit la porte et s'étonna quand il vit son visiteur.
- Illya ?
- Hey ! Murmura l'espion appuyé presque affalé contre le chambranle de porte.
- Qu'est-ce que tu fais ici, pour l'amour de Dieu ?!
Toujours drapé dans ses vêtements d'hôpital, Kuryakin tentait tant bien que mal de rester debout.
- Tu n'étais pas là…et tu ne répondais pas au téléphone.
- Illya ! Tu es inconscient ! Tu as été gravement blessé !
- Tu n'étais pas là…
Napoléon se sentit tout de suite coupable, encore plus qu'il ne l'était.
- Je…je peux rentrer ? Demanda-t-il sentant qu'il ne pouvait plus tenir sur ses jambes.
- Oui, bien sûr ! Laisse-moi t'aider.
Il agrippa le bras de son partenaire et le guida vers le canapé.
- Tu as besoin de quelque chose ? Tu veux une boisson ? Un en-cas ?
- Non…non…merci.
- Très bien ! Dit Solo en attrapant le poignet de son ami. Je te reconduis à l'hôpital.
Illya se figea et observa son ami poser ses doigts sur l'avant de son poignet. Il n'était pas sûr que Napoléon se rendait compte de son geste. Il continuait à le gronder sans interruption.
- Napoléon !
- Quoi ?!
- Tu vas bien ? Questionna-t-il avec douceur.
- Bien sûr ! Ce n'est pas moi qui suis mort.
- Je ne suis pas mort.
- Plus maintenant ! Mais, tu l'as été.
- Et tu m'as sauvé.
Solo se figea. Il releva la tête vers son ami qui le regardait avec un sourire tendre. Il se laissa tomber à ses côtés.
- Oui…c'est vrai…je t'ai sauvé.
- Merci.
- J'ai failli échouer.
- Mais, tu as réussi.
- Je t'ai blessé.
- Ce n'est pas grave. Je guérirai.
- Tu as failli mourir.
- Failli.
- Tu ne respirais plus.
- Je respire maintenant.
- Ton torse ne bougeait plus.
- Il bouge à présent.
Illya sentait que Napoléon avait besoin d'exprimer ses peurs, ses angoisses, ses pensées.
- Ton visage…il était si blanc…si livide…
- J'ai repris des couleurs.
- J'étais…si mal…te perdre…c'était impossible.
- Je suis là.
Le silence se fit…L'américain regardait devant lui l'inquiétude toujours présente sur le visage. Il attrapa à nouveau le poignet du russe et contrôla à nouveau les pulsations.
- Je vais te ramener à l'hôpital.
- Je vais bien, Napoléon. Je suis là. Je suis vivant.
- Je sais…je sais…
Comme promis, l'américain ramena son partenaire à l'hôpital. Ce dernier y resta une semaine. L'attention était surtout posée sur son manque d'oxygène. Heureusement, aucune séquelle n'avait été décelée. Il put reprendre le travail trois semaines après sa sortie.
Pour Solo, les choses étaient à peu près redevenues normales. Il avait repris son flegme légendaire. Pourtant, un signe montrait que son angoisse au sujet d'Illya n'avait pas totalement disparue. Il lui arrivait régulièrement de prendre le poignet du russe, à n'importe quel moment, peu importe l'endroit et peu importe les personnes présentes. La première fois qu'il l'avait fait devant Waverly, c'était pendant une réunion avant mission. Ils étaient six dans la pièce dont lui, Waverly et Napoléon. Ce dernier faisait les cent pas dans la pièce, écoutant attentivement les directives données quand il s'était planté devant le russe et lui avait pris le poignet. Pas étonnement de la part de Kuryakin. Un peu plus de la part de leur supérieur et de leurs collègues qui n'émirent pourtant aucune remarque. Ce geste pouvait avoir lieu plusieurs fois par jour et particulièrement quand le russe dormait. La vie reprit son cours, leur travail aussi.
En route vers la France, ils étaient confortablement installés dans l'avion. Illya lisait pendant que Napoléon draguait l'hôtesse.
- Un café noir, ça serait parfait. Dit-il dans un sourire charmeur. La jeune femme partit en minaudant.
- Une compagnie pour ce soir ? Demanda le russe sans relever le nez de son livre.
- Possible ! Répondit l'espion senior en prenant le poignet de son partenaire. Intéressante ta lecture ?
- Assez oui.
Il sentit sans les regarder les doigts se poser à l'endroit habituel.
- Je vais bien, Napoléon.
- Ça te gêne ?
- Non…ce qui me gêne est te savoir angoissé.
- Laisse-moi le temps.
- Je ne vais pas mourir.
- Tu es déjà mort…laisse-moi le temps, Illya.
- Très bien. Prends ton temps.
- Merci.
Le blond répondit par un sourire avant de refermer son livre pour laisser place à une petite sieste. Il aurait voulu rassurer son équipier, le convaincre qu'il allait mieux, qu'il était bien en vie. Mais, seul Napoléon pouvait faire ce travail. Il patienterait. Il sentit plus d'une fois, durant son sommeil, son poignet amené aux doigts de son ami. Oui, il patienterait.
