Chapitre 32

Pas à Pas
(Paris Combo)

Alice entre la première.
Elle me fait un pâle sourire. J'ai l'impression qu'elle n'ose même pas m'embrasser.
Ça commence bien…
Je secoue la tête et laisse tomber la remarque acerbe que j'ai envie de lui balancer.

- Salut Alice, dis-je avec un grand sourire.

Je l'embrasse chaleureusement, du moins le plus chaleureusement dont je suis capable.

Il faut croire que malgré le temps qui passe et les derniers événements, Alice me fait toujours le même effet, elle m'agace autant qu'elle m'attendrit. Je pensais pourtant avoir dépassé ce sentiment pour de bon. Mais son attitude est en demi-teinte, j'aurais apprécié qu'elle montre un peu plus d'enthousiasme.
Cela dit, elle se laisse aller à mon étreinte et me serre elle aussi. Quand ses yeux se fixent dans les miens, son visage est plus ouvert et son sourire franc.

Elle va saluer son frère tandis que Jasper vient vers moi. Il m'envoie un regard un peu noir. Je comprends dans la seconde qu'il n'a pas vraiment apprécié mon manque d'intérêt, et pour l'affaire et pour lui, de ces derniers temps.
Il finit par crocheter son bras à mon cou pour m'approcher contre lui.

- Tu m'as manqué, souffle-t-il contre mon oreille.

Je frissonne au ton de sa voix. Il semble exténué, voire démoralisé. J'enlace sa taille.

- Toi aussi, je réponds.

Même si nous ne prononçons que peu de mots, notre échange est lourd.
Nous restons quelques secondes l'un contre l'autre avant de nous installer au salon dans un silence pesant.

Une sorte de malaise s'installe mais bordel ! Personne n'est mort ! Il faut à tout prix crever l'abcès.

- Bon… on ne va pas faire comme si tout allait bien, j'ironise. On va aller droit au but et ensuite on pourra se détendre et manger un morceau.

Tous me regardent avec dans les yeux des sentiments mitigés. Tous sauf Edward dont la commissure des lèvres se relève en un sourire charmeur.

- Vas-y Alice, balance, j'intime.

Elle tripote ses doigts et lance un regard en coin à Jasper.

- Vous êtes sûrs que vous ne voulez pas boire un petit verre ?

Si je n'étais pas si surprise je crois que je serais morte de rire. Alice ? Boire ?
Mais je ne peux pas lui donner tort. Moi aussi j'ai envie d'un verre.
Edward est sur le coup et ramène une bouteille de vin blanc et quatre verres. En deux temps trois mouvements nous sommes servis.

- On trinque à quoi ? je demande joueuse.

J'ai réellement besoin de détendre l'atmosphère, cette ambiance est bien trop torturée.

- A nous ! propose Edward tout sourire.

- A nos retrouvailles, renchérit Jasper plus maussade.

- A Emmett, je tente.

Nous attendons tous un peu qu'Alice se décide. Elle détache enfin ses yeux de son verre.

- A notre nouvelle vie, dit-elle avec détermination.

Elle réussit à tous nous mettre d'accord. Nous répétons en chœur « à notre nouvelle vie » parce que nous avons tous envie et besoin de laisser dernière nous ces moments sombres et d'avancer.

- Très bien, commence Alice.

Ça y est, son attitude est plus sûre. Elle enfile son costume d'avocate et je dois dire que j'aime la voir ainsi, rassurante et déterminée.

- La première chose à savoir est que nous n'irons pas jusqu'au procès. Je vais demander une négociation.

Nous sommes tous très attentifs, Jasper aussi. J'ai l'impression qu'il découvre la teneur de ses propos tout comme Edward et moi.

- Un procès couterait cher et serait très long. En plus, je ne veux pas de scandale, je ne veux pas étaler cette affaire sur la place publique. Ce n'est une bonne idée, ni pour nous ni pour le cabinet Volturi.

Personne ne répond. Pour ma part je suis persuadée qu'elle sait mieux que nous de quelle façon procéder. Je pense qu'il en est de même pour les garçons.
Nous nous en remettons entièrement à elle.

- Le feu est d'origine criminelle, nous le savons tous. La police a interrogé chacun de vous.

En effet, même si j'avais du mal à trouver mes mots, les policiers ont été compréhensifs et ne m'ont pas pressée. Ils m'ont laissée leur carte en me demandant de les rappeler si le moindre détail me revenait.
Cette attention m'avait marquée parce que les dernières fois où j'avais été dans un commissariat je n'avais pas été traitée comme une victime mais comme une accusée. Cela dit, je n'avais pas remis les pieds dans ces locaux depuis quelques années.
Je me rappelle aussi avoir parlé d'Alec et ce passage me met toujours un peu mal à l'aise.

Edward frotte ses cheveux. Signe qu'il est nerveux. Jasper ne bouge pas mais il est tendu au possible.

Quelqu'un a voulu nous faire du tort. Je ne peux pas en être sûre mais je devine aisément qui se cache derrière tout ça.
J'attends la suite avec beaucoup d'impatience. Mon sang commence à bouillonner.
Je sais que casser la gueule à Alec n'est pas une bonne idée, mais c'est la seule qui me vient en tête là tout de suite.

- Ce qui est très intéressant est que l'incendie aurait pu partir à n'importe quel moment.

- C'est-à-dire ? demande Edward.

- C'est-à-dire que des fils électriques ont été coupés de façon à ce que le feu ne se déclare pas tout de suite. C'est arrivé la nuit, mais ça aurait pu arriver plus tard. Enfin, pas beaucoup plus tard.

- Tu veux dire que la personne qui a fait ça ne voulait pas amorcer le feu tout de suite mais qu'il savait que le feu prendrait tôt ou tard ? je demande.

- C'est ça. Nos experts ont montré que les fils étaient coupés de telle sorte que ça laissait du temps à celui qui l'avait fait pour partir tranquille.

Je suis scotchée. Je ne savais même pas qu'on pouvait faire ça.

- Par contre, c'est le système de sécurité qui a été touché. Donc le feu pouvait se déclencher à tout moment à partir de la mise en marche de l'alarme du salon.

Putain c'est tordu.
Celui qui a fait ça savait que le feu avait de grande chance de se déclarer la nuit.

- Est-ce que je suis bien claire pour tout le monde ? demande Alice.

J'ai un peu l'impression d'être à l'école mais le sujet est trop passionnant je suis suspendue à ses lèvres.
Nous hochons la tête de haut en bas sans oser l'interrompre.

- J'ai pu lire les témoignages de tous vos clients du jour et il n'y a aucune piste valable de ce côté-là.

- Mais Alice, j'interviens. Il y a peut-être un moment où un autre où nous étions tous dans notre cabine en train de tatouer. Quelqu'un aurait pu entrer sans que personne ne le voit et saboter le système vite fait non ?

Le salon est ouvert, toujours. Emmett n'a jamais cru bon de devoir le fermer.
Nous sommes cinq à travailler et il est plutôt rare que nous soyons tous au même moment en train de tatouer.
Emmett est celui qui est le plus présent à l'accueil du fait qu'il doive gérer pas mal de paperasse et qu'il aime recevoir les clients lui-même. En plus, sa cabine étant la moins visible depuis l'entrée, il tatoue souvent en laissant la porte ouverte afin de pouvoir recevoir les personnes qui se présentent à l'improviste.

- Très perspicace Bella. J'ai vérifié les horaires de vos rendez-vous et effectivement, il y a un laps de temps où vous êtes tous en train de travailler et où le salon est vide. Et c'est là que ça devient intéressant.

Son regard s'assombrit.

- Emmett a fait mettre une caméra à l'entrée de la boutique.

- Ah bon ? je m'étonne. Je ne savais pas. Tu savais Jasper ?

Il remue la tête de gauche à droite.

- Il n'en a parlé à personne. Il a fait ça après que ta… mère soit venue au salon.

Elle hésite à prononcer le mot « mère » pour parler de ma génitrice et je la comprends.

- Emmett m'a expliqué qu'il ne voulait pas faire dans la parano et vous inquiéter. Il a supposé que si Alec était assez tordu pour se servir de ta mère contre toi, personne ne savait ce qu'il était capable de faire. Il a anticipé sans savoir que ça pourrait lui servir.

Emmett a vraiment eu du nez sur le coup.

- Et puisqu'on en parle, tu crois qu'Alec… avance Edward.

- J'y viens, le coupe Alice.

La question est sur toutes les lèvres. Alec est tout en haut de notre liste de suspects.

- C'est une petite caméra gérée par une application directement sur le téléphone d'Emmett. Heureusement, on peut enregistrer les images. Les policiers ont visionné la vidéo du jour de l'incendie, grâce à un contact j'ai réussi à la voir moi aussi et effectivement, on voit un homme entrer dans le salon et ressortir dix minutes plus tard. L'horaire ne correspond à aucun rendez-vous et aucun d'entre vous ne se rappelle avoir parlé à cet homme.

Je baisse les épaules. Tout ça n'aide pas vraiment.

- Tant que nous n'aurons pas l'identité de cet homme et les chances que nous l'ayons sont extrêmement minces, cette vidéo ne constituera pas une preuve formelle. D'ailleurs le cabinet Volturi ne la prend pas en considération pour l'instant.

Mes méninges travaillent et mon cerveau surchauffe.

- Attends Alice, j'interviens. Si l'incendie est d'origine criminelle, alors nous sommes tous hors de cause. Les assurances vont payer et les travaux vont être faits.

- Ce n'est pas si simple…

Putain Alice crache le morceau !

Son regard est droit dans le mien et j'ai l'impression qu'elle attend que je comprenne quelque chose. Mais non, je ne vois pas où elle veut en venir.

- J'ai réussi à obtenir une négociation auprès du cabinet Volturi. Je vais leur mettre un peu la pression grâce aux experts que j'ai engagés mais, nous devons encore leur fournir un document.

Pourquoi est-ce qu'elle me regarde ainsi ? Pourquoi est-ce que je sens que ce qu'elle va nous annoncer ne va pas me plaire ?

- Etant donné que tu étais seule dans le salon ce soir-là, ils demandent un examen psychologique.

Hein ?

- De moi ? Mais pourquoi ?

Je suis très surprise, voire exaspérée. J'ai l'impression qu'on tente de me faire passer pour la coupable alors que ces dernières semaines ressemblent à un enfer.
Elle baisse un peu les yeux, pas tout à fait à l'aise.

- Ils ont fait des recherches sur ton passé Bella, ils ont avancé le fait que tu n'es pas stable. Comme tu étais sur les lieux au moment de l'incendie, et au vu de ton parcours de vie, ils ont émis l'hypothèse que tu pourrais être responsable.

Elle me parle comme à une enfant, lentement, en détachant bien ses mots. Je ne sais pas très bien où j'en suis. Je ne comprends plus grand-chose. J'essaie de m'accrocher au regard d'Edward mais même lui n'arrive pas à me rassurer.

- Alors parce que je suis allée en foyer je ne suis pas stable ? je demande ma voix montant dans les aigus.

La violence de sa demande exacerbe ma nervosité.

- Il ne s'agit pas tant du foyer que de ton mode de vie Bella, me calme-t-elle doucement.

- Ça fait quand même un moment que mon mode de vie est réglé comme une horloge ! je me défends brutalement.

- Bella... commence-t-elle avec douceur. Je le sais et nous le savons tous. Nous savons dans quelles conditions tu as grandi et nous te comprenons. Dans cette pièce, tu n'as que des amis. J'essaie de t'expliquer qu'ils sont en train de chercher le détail qui nous fera flancher, ne le prends pas personnellement.

Facile à dire ! C'est quand même moi qui suis directement mise en cause, donc directement visée.

- Mais tu ne peux pas refuser ? je demande un peu bêtement.

- Si je refuse, ça semblera louche. Le mieux est que tu te plies à cet examen.

- Est-ce qu'on peut choisir le psychiatre qui va s'en charger ? demande Edward.

- Nous allons choisir avec eux un spécialiste qui conviendra aux deux parties. Edward tu pourras m'aider sur ce coup.

Mon cerveau se met en branle pour trouver une réponse adéquate. Mais aucune ne me vient, aucune adéquate en tout cas.

- Non, je ne veux pas, je lâche.

Tous gigotent un peu sur leur siège. Je perçois leur malaise. Je sais que c'est égoïste de ma part, mais encore une fois, et malgré tout le mal que je me donne pour être bien dans ma vie, pour chasser les démons de mon passé, celui-ci me rattrape. C'est injuste et je suis comme vexée que personne ne prenne ma défense.

- Je sais que tu ne veux pas Bella et je ne te le demanderai pas si ce n'était pas si important. Nous sommes coincés. Sans cet examen, on devra attendre de connaitre l'identité du suspect de la vidéo avant que des démarches de remboursement se mettent en place. Et on ne la connaitra sans doute jamais. Notre meilleure option est de négocier un accord avec les Volturi. Tu fais cet examen, tu prouves que tu n'es pas une détraquée et on passe à autre chose.

Elle s'énerve un peu. Elle aussi est coincée, comme nous tous, sans cet examen nous n'avancerons pas.

- Et pour l'instant, ils ne font que demander, si tu refuses, ils vont l'exiger et essayer de trouver la faille même la plus infime pour te discréditer.

J'ai beau chercher une solution dans tous les sens, je ne peux pas y couper.
Je n'ai jamais réussi à être suivie par un psy, je n'ai jamais accepté d'être évaluée, auscultée à la loupe. Il faut croire que le destin se joue de moi.

- Je vais le faire, j'abdique en baissant la tête, vaincue.

Ils sont tous soulagés et je ne peux pas leur en vouloir.

- Ça ne va pas être une partie de plaisir mais je n'ai pas le choix.

- Je vais t'aider, intervient Alice. On va se préparer aux éventuelles questions ensemble.

- Toi ? s'étonne Edward. C'est moi le psychiatre ici.

Elle ricane, espiègle, comme si elle s'attendait à son intervention.

- Pédopsychiatre, s'amuse-t-elle. Tu pourras participer si tu veux.

Il grimace comme si ce n'était pas suffisant à ses yeux.

- Une dernière chose, avance Alice. J'ai un bon contact chez les enquêteurs. A priori, ça bouge de leur côté.

Personne ne comprend vraiment ce que signifie son « ça bouge ».

- C'est une bonne chose pour nous ? demande Edward.

- Eh bien, je pense me rapprocher d'eux. Je connais deux trois choses sur ce cabinet qui pourrait peut-être les intéresser.

Jasper se redresse vivement.

- On en a déjà parlé Alice, je ne veux...

- C'est juste pour leur mettre la pression, le coupe-t-elle. Pour qu'ils acceptent plus facilement une négociation et qu'on en finisse au plus vite. Il est hors de question de se mettre en danger Jasper.

Elle répond fermement, ses yeux le toise avec aplomb. Ils restent quelques instants dans cette position avant que Jasper ne claque sa langue et se laisse tomber contre le dossier du canapé, loin d'être convaincu.

- Tu ne nous as pas dit si Alec était mêlé à l'affaire, avance Edward pour couper court à leur échange.

- Non, a priori il ne l'est pas. Je pense qu'ils ne sont pas fous, ils savent que le fait qu'Alec soit chargé de l'affaire créerait un conflit d'intérêt.

Nous acquiesçons à l'unissons. Elle sait mieux que nous comment défendre nos intérêts.

Nous sommes censés nous détendre maintenant mais très franchement je n'y arrive pas et je pense ne pas pouvoir y arriver avant que ce foutu examen soit passé.
J'essaie tout de même de donner le change.

Edward amène nos assiettes. Il apaise l'atmosphère. Il raconte notre journée. Alice et Jasper rient un peu quand Edward parle du combat.

Lorsqu'il montre son tatouage et engage la conversation sur celui-ci avec Jasper, Alice me fait un petit signe de tête pour me proposer de la suivre à la cuisine.
J'accepte sans hésiter. Elle a dû sentir mon trouble. J'ai des centaines de questions à lui poser.
Si je dois en passer par une observation minutieuse de mon passé, je veux être préparée, le plus vite possible.
Nous nous installons sur les chaises hautes du bar, dos aux garçons.

- La première chose à savoir, c'est qu'il ne faut pas mentir.

Elle entre dans le vif du sujet sans préambule et j'en suis soulagée. Je suis suspendue à ses lèvres, concentrée comme si j'apprenais une leçon.

- Rien ne sert de cacher la vérité, au contraire ça peut nous desservir.

- Mais si je dis tout Alice…

- Ecoute-moi bien, elle me coupe. Tu as une vie très stable Bella. Ce qui va ressortir de cet examen est que tu as eu un passé difficile mais que tu as réussi à te forger une vie équilibrée au final.

Je souffle de dépit. Elle se place bien face à moi, ses yeux droits dans les miens.

- Tu as eu une enfance de merde et tu as fait des conneries, mais tu t'en es sortie. Tu as un travail, tu ne te drogues pas, tu ne bois pas, tu as des amis, un petit-ami, tu fais du sport…tu as une vie tout à fait « normale ».

Oui je ne peux pas lui donner tort. Le fait qu'Alice, si lisse, utilise des grossièretés affirme un peu plus ses propos.
Elle est tellement persuadée de ce qu'elle avance et je ne peux que capituler.

- C'est ce que tu vas expliquer. Pas plus pas moins, conclut-elle fermement.

Son attitude assurée me donne une certaine force.

- Je suis capable de le faire.

Je me sens prête. Je me suis battue pour être là où je suis aujourd'hui et je n'ai rien à cacher.
Elle me donne un sourire qui signifie qu'elle n'en attendait pas moins de moi. Même si le fait qu'Alice puisse me motiver est étrange, je souris en retour.

Nous rejoignons les gars.

Je picore dans mon assiette sans avoir vraiment faim. L'air est toujours chargé d'une tension presque palpable.

- Je sais que je n'ai pas été très présente ces derniers jours, je lance.

- Bella…

- Non Alice, je la coupe. Je sais que je vous ai laissés vous démerder avec l'affaire de l'incendie. Jasper et toi avez tout géré tous seuls et ce n'est pas juste.

Jasper s'est redressé et s'est rapproché du bord du canapé, il écoute attentivement, son regard sérieux. Son attitude me prouve que je fais bien de lui parler.

- Je voulais m'excuser. J'ai pas assuré, je suis vraiment désolée pour ça.

Edward tente de répondre mais c'est Jasper qui prend la parole.

- Tu sais, tu as le droit de te sentir mal, il hésite. Tu as le droit de penser à toi et de faire une pause. Tu sais qu'on était là et tu t'es reposée sur nous, je ne t'en veux pas pour ça.

Je sens qu'il y a un « mais ».

- Par contre, donne des nouvelles bordel !

Il ne s'énerve pas vraiment, il est juste très contrarié.

- Si t'as pas envie de savoir des choses, si tu veux rester chez toi, je ferai avec, mais parle-moi ! Ne t'enferme plus dans le silence ! On s'est tous fait beaucoup de soucis pour toi. Tu comptes pour moi, appelle-moi si tu vas bien et si tu vas mal appelle-moi aussi.

Je souris même si je ne suis pas très fière de moi.

- Je sais j'ai pas été cool sur le coup. Je ne sais même pas ce qui m'est arrivé. Je n'avais plus la force d'affronter quoi que ce soit, j'étais comme… lasse, comme déconnectée, plus rien n'arrivait à me motiver.

- Bella, tu as subi plusieurs chocs importants qui t'ont bouleversée, intervient Edward. D'abord ta mère, la maladie d'Emmett puis l'incendie.

Et toi qui es parti, je pense. Mais je n'ai pas envie de le culpabiliser et son départ était légitime, je le comprends maintenant.

- Tu étais en état de choc Bella. C'est ce qui arrive quand on fait face à des événements trop douloureux Tu as mis quelques jours à t'en remettre, ce n'est pas si long.

Edward met des mots sur mon mal être et je ne sais pas pourquoi mais ses mots me soulagent. Oui je suis humaine et parfois je n'arrive plus à lutter, je ne peux que l'admettre.

- Ça arrive Bella, continue Jasper. Ça arrive à tout le monde. Mais tout le monde n'a pas la chance d'être entouré comme tu l'es. N'oublie pas que je suis là, qu'on est tous là pour toi.

Je hoche la tête, troublée et rassurée à la fois. Il a raison, je ne me rends pas toujours compte de la chance que j'ai d'avoir des proches si révenants.
Mon obstination à toujours vouloir me débrouiller seule est une tare. Elle a failli me coûter l'affection de mes amis et même l'amour d'Edward.

- Tu me pardonnes ? je demande mal à l'aise.

- Bien sûr que je te pardonne.

Il prend mes doigts entre les siens et ça suffit. On se regarde en souriant et nous savons que nous sommes en paix.

- C'est le moment des bonnes nouvelles ?

Il lève un regard interrogateur vers moi. Ses sourcils sont remontés et sa bouche fait une petite grimace.

- J'ai piqué les clés du salon de Carmen, je rigole.

- Tu quoi ?

Je mets ma tête à sa hauteur et je prends ses mains dans les miennes. Je laisse déborder ma joie sans retenue.

- Carmen nous laisse les clés de son salon ! Jasper ! On va pouvoir bosser ! Chez Carmen !

Il met quelques secondes à assimiler mes paroles. Petit à petit ses yeux pétillent et il serre mes mains plus fort.
Il éclate de rire, prend mon visage en coupe et parsème ma joue de petits baisers. J'entends les rires d'Alice et Edward et moi-même je ne me retiens pas.
Je lui explique tous les détails, il est émerveillé, il est ravi, il réfléchit déjà à l'organisation, à appeler ses clients...

- Bella... j'entends l'émotion dans sa voix. Comme au bon vieux temps.

Mes yeux tombent dans les siens et la même émotion un rien nostalgique nous traverse.

- Bella et moi nous sommes rencontrés chez Carmen, explique-t-il à Alice et Edward qui bien qu'attendris par notre échange n'en saisissent pas vraiment l'essence. Je faisais un essai pour bosser et toi tu étais une très jeune tatoueuse, Carmen était ton mentor. Tu étais très impressionnante, sourit-il.

Mon cœur bat très fort, je me rappelle très bien la première fois que nous nous sommes rencontrés et je me rappelle aussi que le courant est très vite passé entre nous. Ce n'était pas évident pour moi à l'époque de m'entendre si bien avec quelqu'un.

- Moi impressionnante ? Tu rigoles ? Avec ton allure nonchalante et ton assurance, c'est toi qui était impressionnant, je riposte en blaguant.

- Tu n'avais peur de personne Bella, je me souviens que tu remettais n'importe qui à sa place, tu savais ce que tu voulais et tu étais si jeune.

Je souris.

- On est tout de suite devenu amis, j'enchaine.

Il hoche la tête en souriant.
Un sentiment étrange m'ébranle, nous allons reprendre le travail à l'endroit où nous l'avons commencé ensemble. Comme si nous recommencions à zéro, comme si tous nos efforts pour avancer étaient réduits à néant.
Mais il y a une différence, parce que même si tout porte à croire que nous devions tout reprendre depuis le début, ce n'est pas le cas. Je préfère l'envisager comme un coup du destin, comme une chance de bosser à nouveau ensemble et dans cet endroit que nous adorons.

Ce soir-là, même si nos au revoir ont été plus chaleureux, Jasper et Alice nous ont quittés comme ils étaient venus, mi dépités mi soucieux.

J'ai repris confiance en moi c'est un fait, mais cet examen psychologique m'agite. Je sais qu'il déterminera mon implication dans l'affaire de l'incendie et très franchement, je ne suis pas sûre d'être une personne équilibrée, pas sûre de pouvoir montrer que je ne suis pas névrosée.

¤o¤o¤

Je me lève à l'aube pour faire mon footing. Je cours vite, j'ai besoin de me dépenser. La discussion d'hier soir tourne dans ma tête et même si je ne peux pas m'y soustraire, faire cet examen me contrarie profondément.

Je veux passer par le salon de Carmen pour vérifier les réserves en couleur, papier, faire une liste de ce que je dois commander avant de commencer à tatouer.

Sans y réfléchir, je me retrouve dans mon quartier, non loin de mon appartement. C'est étrange d'être ici. Ce lieu est mon refuge, du moins il est censé l'être. Ce matin, je ne ressens rien de tel. Quand j'imagine l'intérieur de mon appartement, je le trouve fade, sans la saveur rassurante qu'il avait il y a de cela quelques jours encore.
Spontanément je fais le parallèle avec la maison d'Edward. Elle est si chaleureuse, accueillante.
Une idée me frappe, elle est mon chez moi. L'endroit où vit Edward est mon chez moi. C'est naturel, presqu'instinctif.
Je n'ai pas besoin d'un refuge, je n'ai pas besoin de me retrouver seule. J'ai déjà tout ça et même plus.

Je passe au salon rapidement et c'est d'un pas décidé que je rejoins la maison d'Edward, mon « chez moi ».

J'ai réussi à me doucher avec une extrême discrétion. En même temps, Edward dort à poings fermés, imperturbable.
Il a l'air d'un gamin. La bouche entrouverte, son souffle fort qui s'échappe de ses lèvres, ses cheveux en pagaille, ses mains fermées sur sa poitrine.
Je me glisse sous la couette sur lui.

Je fais taire ses râles dans un baiser. Il n'y répond pas vraiment et je reste légère, je lui laisse le temps. Mes seins trainent tranquillement sur son torse, mon ventre contre le sien. Je passe mes doigts dans ses cheveux, sur son front, sa joue.
Il semble commencer à s'éveiller quand il soupire et que ses mains courent sur mon dos et descendent lentement vers mes reins pour s'arrêter sur mes fesses.

- Tu es nue, chuchote-t-il somnolent.

- Et tu es sexy, je réponds dans sa bouche.

Il remonte nonchalamment ma cuisse sur sa hanche. Je caresse son sexe déjà dur avec mon pubis.
Sa main passe sur ma nuque tandis qu'il approfondit notre baiser. Il gémit doucement comme pour me montrer qu'il apprécie ma façon de le réveiller.

Son sexe trouve enfin mon entrée et s'insinue très lentement. Tandis qu'il glisse profondément en moi, nous geignons à l'unisson dans une sorte de soulagement. Nous restons collés un instant pour savourer la sensation avant qu'il ne se retire et revienne tout aussi langoureusement.
Je n'ai vraiment aucun doute, c'est là qu'est ma place et la sienne.

Mon bassin va et vient sur son érection. Il prononce mon nom avec cette voix si sensuelle qu'il n'utilise qu'avec moi.
Je me redresse en prenant appui sur son torse pour mieux le regarder, pour mieux m'apercevoir de la putain de chance que j'ai de passer mes journées et mes nuits avec lui. Ses yeux mi-clos se froncent sous l'effet du plaisir. A moitié endormi, il se délecte de mes va-et-vient plus appuyés. Il se laisse aller, soumis à mes mouvements. Ses doigts s'enfoncent dans mes hanches mais il me laisse diriger, il profite et j'ai vraiment envie de lui faire plaisir.

- Je viens bébé, supplie-t-il.

Alors j'ondule sur lui plus fermement. Ses yeux se plissent sous le poids du plaisir, il enfonce sa tête dans les oreillers et jouis dans un soupir rauque.

- Ma Bella, échappe-t-il dans un souffle.

Je me laisse tomber sur son torse, essoufflée et comblée. Ses mains n'en finissent pas de caresser mon corps.

Je suis bien, je suis plus que bien mais je me redresse pourtant. Je m'installe sur le côté, accoudée sur le matelas, la tête sur ma main.

Je regarde Edward qui semble se rendormir.

- Edward réveille-toi.

Non je ne fais pas dans la dentelle. Ma décision est prise et je dois savoir là tout de suite ce qu'il en pense.

Il ouvre difficilement un œil. Son bras enroule ma taille pour me coller à lui mais je résiste.

- Faut qu'on parle.

- Il est trop tôt, grogne-t-il en nichant son nez dans mon cou.

Il n'est pas loin de 8 heures, il n'est pas trop tôt.

- Edward, je susurre à son oreille. Je veux vivre avec toi.

Il relève la tête subitement. Ses yeux bouffis par le sommeil cherchent mon regard.
Je souris non sans appréhension.

- Tu vis déjà chez moi, s'amuse-t-il.

- Tu as très bien compris ce que je veux dire, je râle.

Il me sonde, il cherche la faille ou se demande si je suis bien sérieuse.

- J'ai trouvé mon refuge, dis-je en caressant sa joue. Je veux que tout ce qui m'appartient soit ici

Ses yeux pétillent, il semble ému. Il sourit avec tendresse.

- Je n'ai pas grand-chose, je ne prendrais pas beaucoup de place.

Il prend mon visage en coupe et son air se fait sérieux.

- Tu prends toute la place Bella. Je suis foutrement heureux que tu me le demandes parce que je sais de façon certaine que ta place est ici, dans TA maison, auprès de moi.

Il m'embrasse avec ferveur et j'ai l'impression de flotter de bien-être. Désormais je ne peux plus reculer et je ne le veux plus.
Edward est mien et je suis sienne.

Il recule pour me regarder droit dans les yeux et lance : « Epouse-moi ! »

Hein ?

J'explose de rire et me lève précipitamment pour échapper à son regard.

- Je suis très sérieux. Epouse-moi.

J'ai bien vu qu'il était sérieux mais il ne peut pas l'être.
Je m'enferme dans la salle de bains pour me rafraichir.

Je l'entends frapper à la porte.

- Bella j'attends une réponse.

Je lève les yeux au ciel.
Il plaisante. Il ne peut que plaisanter.

Je reviens dans la chambre et entreprend de me rhabiller mais Edward se saisit de mon bras et vient me caler contre lui.

- Epouse-moi ! répète-t-il encore tout sourire.

- Tu peux arrêter de répéter ça tout le temps ? je demande en agitant ma main libre.

- Non, rit-il.

Il est à la fois joueur et très déterminé et je suis, moi, confuse, je ne sais pas trop comment le prendre.

- Tu es ridicule ! je rigole.

- Non ! On est fait pour se marier, insiste-t-il en m'embrassant.

J'essaie de le repousser en posant mes mains sur son torse.

- Personne n'est fait pour se marier, je me moque.

J'arrive difficilement à parler parce que ses lèvres ne veulent pas quitter les miennes.

- S'il te plait, continue-t-il en baisant mon cou.

- Edward on ne se marie pas à mon âge, je tente.

Je n'en sais strictement rien mais pour moi le mariage c'est après avoir vécu ensemble de longues années.

- On se marie quand on veut, dit-il sa bouche sur mon sein.

Il mordille mes tétons et mon clitoris se contracte durement.

- Edward…

C'est plus un souffle qu'un râle, c'est même presqu'un gémissement. Je commence à ne plus bien comprendre à ce qu'il raconte. Sans doute le fait-il exprès.
Mes yeux se ferment d'eux-mêmes et ma tête se renverse contre le mur derrière moi. Un mur ? Je n'avais même pas remarqué qu'il m'avait coincé le fourbe.
Je tente à nouveau de le repousser mais je n'y mets pas vraiment de conviction, ce qu'il me fait est trop bon pour que je l'abrège.

- Bella, il soupire sur mon pubis.

Sa voix rauque fait frissonner mes tripes.
Je suis perdue.

- S'il te plait, il continue en laissant trainer sa langue.

- Edward…je gémis ma voix partant dans les aigus.

Je ne peux rien faire de mieux. La douceur de ses gestes contraste tellement avec la puissance de mon désir que c'en est presque douloureux.

Sa main remonte à l'intérieur de ma cuisse. Je suis dans l'expectative et c'est foutrement excitant.
Son doigt glisse brutalement en moi.
Je crie sous la surprise. Il grogne de satisfaction. Je sens son sourire contre ma peau. Je suis déjà au bord de la jouissance.
Sa langue, ses mains et sa voix sur mon sexe exacerbent mon excitation, je perds pied.

- Dis-moi oui, susurre-t-il autoritaire.

Je crie de nouveau.

- Dis oui Bella.

- Oui ! Oui !

Je jouis avec une telle force que mes jambes en tremblent. Edward saisit mes hanches pour me maintenir debout tandis que sa langue continue de me caresser.
Je suis au paradis ou si je n'y suis pas, je n'en suis foutrement pas loin.

Il revient à ma hauteur.
J'ai du mal à me remettre de mes sensations mais je capte très bien le sourire malicieux qui éclaire son visage.

- Tu as dit oui, affirme-t-il radieux.

Je frappe ma tête contre le mur. Il est fort, il est très fort mais je n'ai pas dit mon dernier mot.