Corn
« Voudrais tu manger avec moi ce soir ? Je suis libre à partir de 19h. Bonne journée. Ren »
Ren relu son texto et le trouva trop direct, il rajouta une formule de salutation et se détacha du conditionnel, il inclut un smiley et, son texto fini, il se relu :
« Bonjour Mogami San, veux-tu manger avec moi ce soir ? Je suis libre à partir de 19h. Je te souhaite une très belle journée. Ren »
Ça ne lui plaisait toujours pas et il n'était pas sûr de ses kanjis… La barbe avec ce texto, et quels emojis mettre ? Mécontent il effaça son message et recommença, pour écrire la même chose. Il soupira et composa son numéro.
« Mochi mochi, comment allez-vous Tsuruga San ? », répondit-elle à la 3ème sonnerie.
« Je vais bien et toi ? Je finis tôt ce soir et j'aimerais savoir si tu voulais diner avec moi… on pourrait commander à emporter ? »
Il avait encore employé le conditionnel… décidément la communication n'était pas son fort. Il avait l'impression de la supplier. Mais contre toute attente elle lui répondit :
« Je finis à 20h mais je peux être chez vous en 15 min, si ça ne vous fait pas trop tard… »
« Je t'attends à l'agence, nous rentrerons ensemble, OK ? Et je t'ai déjà demandé de me tutoyer. »
Il y eu un blanc au bout de la ligne et Ren toussota.
"Mogami San ?"
"Oui… désolée. C'est OK. Rendez-vous à la LME à 20h15. A ce soir bonne journée. »
Et sans lui laisser le temps de répondre elle raccrocha. Elle était toujours nerveuse à l'idée d'être seule avec lui et jamais elle n'arriverait à le tutoyer. Cela faisait plusieurs mois qu'ils avaient parlé dans cet ascenseur et apparemment il n'avait pas été pris de délire ce jour-là. Il semblait l'aimer sincèrement, mais elle ne comprenait toujours pas pourquoi il avait choisi une fille comme elle. Bref elle aimait passer du temps avec lui mais ne savait pas trop comment se comporter… Elle n'était pas sa petite amie et plus non plus sa kouhei… elle était un peu perdue.
Ren regarda son téléphone avec étonnement. Qu'est-ce qu'il lui prenait ? Ce n'était pas son genre de raccrocher au nez des gens. Il rangea le téléphone dans sa poche et pris la direction de sa loge. Elle était bizarre en ce moment. Bon OK, elle était bizarre tout le temps, mais en ce moment elle battait des records. Il avait l'impression désagréable qu'elle le fuyait. Pourtant elle lui avait donné sa pierre, et avait répondu favorablement à ses avances, mais elle semblait avoir peur d'être seule avec lui. Elle avait sans doute encore besoin de temps…
Au final elle choisit de manger des sushis. Pendant qu'il les commandait elle l'observa du coin de l'œil. Il était beau, vêtu simplement d'un jean et d'un T-shirt, il paraissait plus jeune. Son âge en fait se dit-elle.
Il raccrocha et vint s'assoir en face d'elle dans le salon. Depuis qu'il s'était déclaré il lui laissait de l'espace, c'était tout à son honneur mais elle aurait aimé qu'il soit plus entreprenant, même si elle devait bien se l'admettre, elle était terrorisée. Elle était vraiment perdue, une partie d'elle voulait l'embrasser alors que l'autre partie rêvait de fuir…
« Les sushis seront là dans 15 minutes. » il lui souriait gentiment, comme s'il avait senti sa gêne.
Elle lui sourit en réponse et essaya de se soustraire à cette torture, tous ces petits démons étaient exorcisés par son divin sourire et il ne s'en rendait même pas compte. De jour en jour elle sentait monter en elle un sentiment inconnu qui lui donnait envie de l'embrasser. Tel un papillon tournant autour d'une flamme, elle se leva et vint s'assoir à sa gauche. Il fut surpris et se décala pour ne pas la toucher.
« J'agis comme une prude innocente ! » songea-t-il en ricanant intérieurement.
Elle le fixait de ses yeux d'ambres et il ne put dire un mot. Hypnotisé il la vit avec horreur et bonheur, rapprocher son visage du sien, puis il ferma les yeux et se laissa embrasser. C'était doux comme de la soie et frais comme de la rosée. Instinctivement il prit son visage dans ses grandes mains. Et elle l'embrassa à nouveau, moins timide cette fois ci. La chaleur de son souffle, la pression de ses lèvres et le gémissement qu'elle laissa échapper le rendirent fou.
Perdant pied il l'embrassa à son tour. Tendrement mais avec passion. Elle répondait à ses mordillements en en trouvant ses lèvres et en aspirant les siennes. Il glissa sa langue sur ses lèvres et sa langue vint à sa rencontre. Elle se serrait contre lui et dépeignait ses cheveux avec sa main droite. La gauche était posée sur son torse contre son cœur… Elle devait le sentir bouger tellement il battait vite et fort.
Il s'enhardit et la prit dans ses bras, les lèvres collées aux siennes, leurs langues avaient commencé un duel dont seul le seul le manque d'oxygène pourrait les sauver. Il était en feu et il savait qu'il devait se détacher d'elle, mais ses mains étaient devenues autonomes et sa bouche faisait sécession… Il était trahi par son propre corps. Il s'abandonnait à ce baiser, oubliant jusqu'à son nom, quand la sonnerie de l'interphone les fit sursauter tous les deux.
Gêné il se leva et calmement alla ouvrir la porte d'entrée. Au sourire entendu du livreur il comprit qu'il devait être indécent à voir, un coup d'œil rapide au miroir de l'entrée le lui confirma. Lèvres gonflées, joues roses, cheveux en bataille et œil dilaté… pris en flagrant délit ! Il paya et ajouta un bon pourboire, et lentement rejoint Kyoko.
Elle était toujours sur le canapé, la tête basse, le visage dans les mains et des larmes dans les yeux.
« Je vous prie de m'excusez Tsuruga San… je… je ne sais pas ce qu'il m'a prise… je… je ne voulais pas… vous offenser. »
Il posa ses sushis sur la table du salon et s'assit à ses côtés. Lui posant la main sur l'épaule, il lui parla doucement comme une mère à son enfant, d'une voix douce comme un murmure.
« Kyoko. Tout va bien, je ne suis pas offensé, pour dire la vérité je suis troublé mais heureux. Mais avant que tu deviennes officiellement ma petite amie je dois te dire quelque chose. »
Elle n'osait pas le regarder, après son attitude éhontée elle ne pourrait plus jamais le regarder dans les yeux. Alors, il lui leva la tête gentiment avec sa main gauche et lui sourit.
« Kyoko Chan, je ne l'ai dit à personne mais j'aimerais que tu m'appelles par mon vrai prénom. »
Elle s'attendait à tout sauf à ça, il était Kuon Hizuri, le fils d'Otosan ! Elle avait du mal à y croire tellement c'était un scoop. Pourtant elle devait bien l'admettre : ils se ressemblaient.
Ren lui avait annoncé son nom sans qu'elle ne s'y prépare et maintenant elle avait mille questions à lui poser. Elle avait complètement oublié la gêne déclenchée par leur baiser ainsi que le fait qu'il voulait qu'elle soit officiellement sa petite amie. Il lui semblait que le temps s'était accéléré et que cette discussion datait de plusieurs mois… Elle avait voulu lui demander des détails mais il lui avait dit qu'il fallait qu'ils se nourrissent d'abord en lui renvoyant ses propres arguments. Pour une fois qu'il insistait pour manger…
Ils étaient donc, tous les deux silencieux devant leurs sushis, ne sachant pas que dire tant leur situation était bizarre. Elle avait arrangé ses cheveux en allant se laver les mains avant le repas, mais Ren avait gardé les cheveux en bataille, ce qui rappelait à Kyoko son attitude éhontée.
Qu'est-ce qui avait bien pu lui prendre de l'embrasser de la sorte ? En y réfléchissant bien ils étaient tous les deux au bout de leurs forces. Depuis des mois ils jouaient au chat et à la souris… Seulement elle ne s'était pas imaginée en chat ! Encore moins Ren en souris ! Pourtant elle sentait que lui aussi avait envie de faire évoluer leur relation, il lui avait dit son nom. Elle était sûre que même Yashiro San n'était pas au courant de sa véritable identité, peut être que même le président ne savait pas. Elle voulait savoir… Dieu que ce silence était lourd… Et pourquoi Ren mettait il tant de temps à manger ses sushis !
Il la regarda et sourit, comme s'il avait pu lire dans ses pensées il posa ses baguettes, puis se leva et pris deux verres et une bouteille de vin à la cuisine. Il l'ouvrit et remplit les verres à moitié.
« C'est une longue histoire Kyoko, installe toi confortablement… Peut-être devrais tu appeler tes logeurs. »
Après avoir appelé elle se glissa près de lui sur le canapé, et prit le verre qu'il lui tendait. Elle n'avait pas encore 18 ans mais il lui semblait qu'elle aurait besoin de l'aide de l'alcool pour se détendre un peu. Elle renifla son verre et fit une moue perplexe.
« C'est un Aloxe Corton de 2018, Mogami San, il est très bon ! » L'encouragea Ren.
Elle but une gorgée, qui lui brûla la langue. Il avait raison, malgré son manque de connaissances en la matière, elle trouva le vin à son goût et bu une seconde gorgée. Il ramena le plaid sur elle et la serra contre lui.
« Par où commencer ?» La voix de Ren était douce près de son oreille, puis il rit doucement et dit :
« Je sais ! Commençons par « il était une fois » … »
Il était une fois, dans un pays lointain et froid, une jeune danseuse, Olga Pernova, qui aspirait à devenir danseuse étoile au bolchoï. Elle travaillait dur pour arriver à ses rêves et devint la plus jeune danseuse à intégrer le prestigieux ballet. Elle n'avait que 17 ans lorsqu'elle dansa sur la scène du théâtre de Moscou pour la première fois. Comme elle était très douée, en deux ans elle devint première étoile et accéda au statut de star dans le monde de la danse classique.
Lénine venait de mourir et Staline avait pris la tête du pays, les purges étaient fréquentes et on parlait de déportations en Sibérie pour les camarades dissidents. Olga ne pensait qu'à danser et l'avenir politique du pays ne lui importait peu. Elle vivait dans une sphère de luxe, dansant dans de somptueux costumes de scène, mangeant dans les meilleurs restaurants et menant la grande vie.
Elle était jeune et très belle avec ses cheveux blonds et ses grands yeux noisette. Elle était grande pour une danseuse mais sa silhouette fine la rajeunissait. Elle était courtisée par de nombreux hommes qui la couvraient de cadeaux luxueux. Mais elle les refusait tous.
Sa vie tournait autour de la danse, il n'y avait que sur scène qu'elle se sentait pleinement heureuse. Pour elle rien ne valait la scène. Aussi, quand sa troupe reçu l'ordre d'aller jouer dans un camp de prisonniers en Sibérie, une histoire de communication de Staline pour montrer que ces camps n'était pas si horrible que ça, elle accepta aussitôt. Ne s'occupant pas de politique et assez innocente, Olga croyait le leader du parti communiste. Aussi elle fut totalement bouleversée à son arrivée en Sibérie de voir les conditions inhumaines dans lesquelles étaient gardés ces prisonniers. Ces gens avaient été envoyés ici pour y mourir de labeur.
Terrorisée la troupe donna sa performance devant les caméras de la propagande, mais Olga était révoltée ! Comment pouvait-on faire subir ça à des êtres humains. A la fin du spectacle, elle serra les mains calleuses de ces prisonniers. Ils lui demandaient tous des nouvelles de Moscou mais les gradés surveillaient et elle ne pouvait rien dire. Soudain un jeune homme d'une vingtaine d'année s'approcha d'elle et lui glissa quelque chose dans les mains. Elle regarda ses paumes et vit un caillou d'un beau bleu. C'était tout ce que le pauvre jeune homme pouvait lui donnait pour la remercier, ça et un grand sourire. Il avait des yeux vert émeraude et les cheveux très noirs. C'était l'homme le plus beau qu'elle n'ait jamais rencontré et elle en tomba immédiatement amoureuse.
Tout ce qu'Olga pu faire fut de lui serrer la main, gardant la pierre dans sa paume et lui rendre son sourire. Mais déjà les geôliers pressaient les prisonniers dans leurs cellules avec une grande violence.
Olga avait le cœur brisé, elle ne comprenait pas comment la situation avait pu autant se détériorer, la révolution n'était pas si loin… Le regard du prisonnier l'avait réveillée, ce soir-là elle prit sa décision, à la première occasion, elle fuirait la Russie.
Olga avait saisi sa chance de passer à l'ouest lors d'une représentation du lac des cygnes donnée à Paris. Cela faisait plus de deux ans qu'elle était entrée dans la résistance au régime stalinien, les risques étaient grands et elle savait qu'elle n'aurait pas de seconde chance.
Elle ne pouvait oublier les yeux et le regard de ce prisonnier en Sibérie. Qu'avait il fait pour mériter un tel sort ? Était-il même toujours vivant ? Elle ne savait même pas son nom ! Néanmoins elle pensait à lui tous les jours.
Ce soir à Paris elle dansa comme jamais, la foule l'acclama de longues minutes, mais elle n'entendait que les battements fous de son cœur, elle était terrifiée. Après la sortie de scène elle fila dans sa loge, se revêtit de vêtements d'hommes et, mêlée à la bande qui démontait les décors elle sortit libre dans les rues de Paris. Elle avait rendez-vous avec un contact pour passer à Londres puis aux USA comme réfugiée politique.
Son passage à l'ouest fit grand bruit en Russie et elle savait qu'elle ne rêverait sans doute plus jamais sa terre natale, mais elle ne regrettait en rien sa décision. Elle avait 22 ans et une nouvelle vie s'ouvrait à elle.
Son arrivée sur le sol américain ne fut pas telle qu'elle l'avait imaginé. Elle fut détenue dans un centre où elle dû fournir toutes les informations qu'elle détenait, peu à vrai dire… Elle passa là quasi 8 mois afin que les autorités s'assurent qu'elle n'était pas un agent double. Elle ne possédait rien, elle avait emmené quelques bijoux et sa pierre bleue dont elle ne se séparait jamais.
Une fois libre, elle reprit la dance et put intégrer une troupe renommée à New York. Elle aimait sa nouvelle vie et l'agitation permanente de Broadway. Elle était heureuse mais songeait toujours à ce beau jeune homme entrevu au goulag. Elle avait beaucoup de prétendants mais elle ne leur permettait même pas de rêver, elle était inaccessible. Elle avait laissé son cœur dans un goulag de Sibérie.
Quand elle ne travaillait pas elle s'occupait de réfugiés russes. Avec la méfiance qui régnait aux USA, leur vie n'était pas facile tous les jours. C'est comme ça qu'elle le rencontra, il avait les mêmes yeux verts que le jeune prisonnier du goulag mais ses cheveux étaient châtain clair. Il était très grand et parlais mal l'anglais, aussi elle l'aida dans ses démarches administratives… Le cœur d'Olga s'éprit de ses grands yeux verts…
Il s'appelait Gregor Norizov et avait réussi à s'enfuir sur un bateau dans la mer Noire d'où il était originaire. Il était bijoutier et trouva rapidement un travail à New York. Très vite ils se marièrent et eurent 3 filles. La dernière Julie, avait les yeux de son père. Ces yeux verts que sa mère n'avait jamais pu oublier.
Les filles grandirent et firent leur vie. Julie était belle comme le jour et se fit vite repérer par une agence de mannequin. Elle partageait sa vie entre New York, Paris et Los Angeles. Elle devint une icône et sa mère craignait qu'elle ne devienne une de ces stars capricieuses et hautaines, comme elle avait été elle-même capricieuse et hautaine avant sa rencontre avec le jeune homme aux yeux verts.
Malheureusement, Olga tomba malade alors que Julie n'avait que 22 ans. Elle avait une maladie incurable mais avant de partir elle raconta à sa plus jeune fille l'histoire de cette pierre qu'elle avait gardé jusqu'à ce jour. Julie tomba amoureuse de la pierre, et la garda précieusement en promettant qu'elle resterait dans la famille. Olga mourut sans jamais avoir connu le nom du jeune homme qui avait changé sa vie.
Julie pleura longtemps sa mère, elle souriait sur les podiums mais au fond d'elle elle se sentait triste. Elle enchaînait les histoires sans lendemain et semblait destinée à la tristesse. Seule sa pierre avait la capacité de l'apaiser. Elle passait des heures à contempler les reflets que le soleil y dessinait.
Elle travaillait énormément, d'un podium à l'autre sans jamais se plaindre. Sa mère pouvait reposer en paix, Julie était loin d'être hautaine et mesquine. Elle se distinguait des autres modèles par sa gentillesse et son sérieux. Pour le lancement de sa propre collection elle dû se rendre à Los Angeles, elle en profita pour assister à un gala de charité. A ce repas siégeait un jeune acteur japonais, elle n'avait jamais vu ses films mais il avait un air doux. Ils engagèrent la conversation et de fils en aiguilles se retrouvèrent à parler toute la soirée, Julie était sous le charme de cet homme a l'accent exotique. Ils se séparent et Julie pensait ne plus jamais le revoir, mais le lendemain matin il l'attendait devant son hôtel avec un énorme bouquet de fleurs et une invitation à dîner. Elle devait rentrer à New York mais quelque chose chez cet acteur la retint à Los Angeles.
Elle accepta l'invitation à dîner et au cours du repas ils discutèrent comme s'ils s'étaient attendus toute leur vie. Julie remplissait leurs verres et ils refirent le monde. Au dessert elle réalisa que Kuu, c'était le prénom de l'acteur, ne supportait pas le vin, mais que n'osant pas la vexer il avait fini tous les verres qu'elle lui avait versés. Elle dû le raccompagner chez lui, sur le perron, mort de honte le jeune acteur ivre s'excusait en japonais. Elle ne comprenait pas cette langue et cela la fit rit. La tristesse s'éloignait d'elle quand elle était avec cet homme. Elle le trouvait adorable dans ses gestes pleins de déférence à son égard. Aussi elle l'embrassa et ne le quitta plus jamais.
En février de l'année suivante Julie donna naissance à un fils, Kuon Hizuri, il avait les yeux de sa mère et les cheveux blond, bien que ses traits fussent asiatiques. Julie était aux anges elle avait donné naissance au plus beau bébé du monde.
Ce furent des années bénies, Kuon grandissait, il était agréable et souriant, elle l'entrainait souvent sur ses défilés quand Kuu ne le lui le volait pas pour l'emmener sur ses tournages. Ils formaient une famille unie, enviés de tous.
Julie ne remarqua pas que son fils était malheureux. Que jaloux, ses camarades de classe le harcelaient. Il souriait pour donner le change mais il était toujours seul. Un enfant au milieu d'adultes.
Un jour Kuon lui demanda d'où venait cette jolie pierre bleutée qui trônait dans son coffre à bijoux. Elle lui raconta l'histoire d'Olga et de l'homme aux yeux verts et donna la pierre à son fils.
Kuon ne quittait pas sa pierre. Il avait l'impression que c'était son porte bonheur. Que la pierre aspirait sa tristesse.
A l'école les violences se faisaient plus nombreuses et les humiliations était son quotidien. Il avait débuté au cinéma mais là aussi il avait à rendre compte à des jaloux. On lui reprochait son look, sa richesse et sa célébrité.
Un jour son père l'emmena au Japon pour le tournage d'un film. Il resta avec ses grands-parents paternels, mais son grand père était sévère et n'avait jamais accepté que son fils parte aux USA et encore moins qu'il épouse une étrangère. Pour lui Kuon n'était qu'un enfant bâtard et il lui faisait une vie infernale.
Kuon passait ses journées dehors pour éviter les remontrance de son aïeul. Il avait trouvé une clairière avec une rivière près de chez ses grands-parents. Il passait son temps là dans la fraîcheur du ruisseau.
Un jour, alors qu'il faisait des ricochets dans la rivière il tomba nez à nez avec une petite fille en pleurs. En le voyant elle s'arrêta net de pleurer et lui demanda le plus sérieusement du monde s'il était une fée. Pour qu'elle sourit il entra dans son jeu et devint une fée pour deux semaines. Tous les jours ils jouaient ensemble au bord de la rivière et la petite fille riait. Avec ses couettes elle était adorable et au moment de la quitter il lui fit don de sa pierre magique pour qu'elle ne soit plus jamais triste.
Quand il revint à Los Angeles, ses ennuis s'amplifièrent mais il gardait le souvenir chaleureux du sourire de la petite fille quand il lui avait donné sa pierre. Il pensa souvent à elle.
Peu de temps après il rencontra Rick sur un tournage. Rick s'était attaché à cet enfant solitaire qu'était devenu Kuon. Il lui enseigna comment se défendre et à rendre les coups. Mais Kuon était trop gentil pour ça et les humiliations continuaient.
Un soir alors qu'il rentrait chez lui, Kuon fut attaqué par une bande de jeunes qui l'embêtait depuis la maternelle. Ils avaient bu et avec l'effet de bande, devinrent féroces. Ils voulaient crever les yeux verts du jeune homme. L'esprit de Kuon vrilla et il mit en application les enseignements de Rick pour se défendre. Et il eut un tel sentiment de toute puissance que la violence des bagarres devint sa drogue.
Ses parents commencèrent à s'inquiéter de le voir rentrer blessé et ils se rendirent compte des souffrances que vivait leur fils chéri. Mais ce n'est qu'après la mort de Rick qu'ils mesurèrent l'étendue des dégâts dans l'esprit de Kuon. En effet, lors d'une de ces rixes, Rick tenta de s'interposer et de retenir le jeune homme, il fut percuté par une voiture. Le choc le tua sur le coup.
Kuon arrêta de se nourrir, ne se levait plus et ses parents étaient à bout de ressources. Kuu téléphona à un ami à Tokyo qui eut une idée de génie. Kuon était un acteur né, s'il ne voulait plus de sa vie, il pouvait jouer la vie d'un autre. Le président sauta dans le premier avion et ramena Kuon au Japon.
Il fallut beaucoup de temps au jeune homme pour se reconstruire, mais il se forgea un personnage, inspiré de son père et de Rick, et s'y tint. Il ne révéla à personne son identité et travailla d'arrachepied. Le succès fut immédiat mais il garda un œil averti sur le monde du spectacle. Il effectuait son travail, de son mieux. Il lui fut alloué un manager que le président avait spécialement sélectionné pour son sérieux et son jeune âge. Mais il n'arriva jamais à le considérer comme un ami de peur d'entraîner sa perte.
Ce ne fut que lorsqu'une jeune fille butée s'était incrustée dans son agence qu'il fut ébranlé. Par son courage d'abord, par sa persévérance et aussi par sa beauté.
Néanmoins il préféra faire taire ses sentiments et s'amusa à embêter la jeune fille. Jusqu'au jour où elle laissa s'échapper la pierre magique qu'elle trimballait partout avec elle. Alors tout lui revint, la clairière, l'été de ses 10 ans et elle, sa petite Kyoko chan.
Dès lors il n'y avait plus aucun frein à son amour pour la jeune fille, les gens autour de lui s'apercevaient de ses sentiments et même s'il n'aimait pas l'idée il se résigna à les accepter et à offrir son amitié à la jeune fille.
Bien sûr elle ne savait rien de son passé et cela le gênait. Il s'était promis de le lui dire mais le courage lui manquait. Enfin jusqu'à ce soir.
Kyoko n'avait pas bougé depuis le début de l'histoire et Ren craignit qu'elle ne se soit endormie. Il se redressa et la jeune fille se tourna vers lui. Elle avait les larmes aux yeux.
« Corn ? »
« Oui Kyoko Chan, je suis désolé de t'avoir menti. »
« Quelle est la suite de l'histoire ? »
« Je ne sais pas Kyoko Chan, veux-tu l'écrire avec moi ? »
« …. »
« Kyoko, veux tu m'épouser ? »
« …. »
« Kyoko Chan ? »
Kyoko ne pouvait en croire ses oreilles, il était sérieux là ? Elle n'était même pas majeure ! Pourtant en le regardant elle voyait bien dans ses yeux décidés qu'il était très sérieux.
« Corn, peut être devrions nous sortir ensemble avant de nous marier, non ? »
« Je suis sûr de moi, tu es la femme de ma vie. »
… « Corn, si on apprenait à mieux se connaître ? »
« Comme tout à l'heure », demanda-t-il avec un sourire espiègle.
Elle rougit, et lui envoya une tape sur l'épaule.
« Oui, comme tout à l'heure aussi, en ce qui me concerne c'était mon second baiser… »
« Donc c'est non ? »
« Non ? Non, non, non, c'est oui, dis-moi quelle était la probabilité pour qu'on se retrouve à Tokyo ? C'est le destin qui nous a réuni. Tous les gens qui touchent cette pierre trouvent l'amour. J'aimerais remercier ce jeune homme aux yeux verts, si nous sommes ensemble c'est grâce à lui. »
« Tu veux dire que c'est oui ? »
« Disons peut-être, embrasse-moi maintenant ! »
Il sorti la pierre de sa poche et la posa dans sa petite main. Il lui ferma le poing et enveloppa ses mains autour des siennes. Elle le regarda et approcha ses lèvres des siennes. Cette fois ci il ne ferma pas les yeux.
