Mama

Julie marchait d'un bon pas dans les rues de Tokyo, lunettes de soleil et chapeau large dissimulaient son visage. Elle ne voulait pas être reconnue, le plus difficile serait de rentrer dans le bâtiment après elle improviserait.

Il était déjà tard pourtant la chaleur était étouffante. Le mois d'août touchait à sa fin mais malgré cela la température dépassait les 30 °C. Elle avait revêtu une robe ample qui flottait autour d'elle, la couleur verte rappelait ses yeux. En voyant son reflet dans les grandes baies vitrées de l'immeuble qu'elle longeait elle se dit qu'elle aurait dû opter pour quelque chose de plus sobre, mais à bien y réfléchir elle n'avait rien de sobre dans sa garde robe.

Le bâtiment de la LME était en vue et elle marqua un temps d'arrêt, elle s'apprêtait à faire quelque chose de stupide et d'égoïste, mais tant pis. Depuis plusieurs mois elle ne pouvait plus supporter de savoir son fils loin d'elle. C'était plus fort qu'elle, elle devait lui parler.

Cela avait commencer par avoir des cauchemars, c'était après que le Boss ait envoyé une maquette du nouveau film de Ren. Il jouait un serial killer et semblait fou, devant Kuu elle en avait ri mais en revoyant les images elle n'avait pas pu faire taire l'inquiétude qu'avait fait naitre les yeux plein de rage de son fils. Elle avait peur pour Kuon. Il était encore la proie de ses cauchemars…

Alors, elle avait agi ! A l'insu de tous, elle s'était mise à la recherche de Tina, elle seule pourrait délivrer Kuon de la malédiction qu'elle lui avait jetée. Elle avait mis six mois avant de la trouver, elle s'attendait à tout sauf à ça : Tina avait refait sa vie et avait une petite fille de 2 ans. Julie se mordit la lèvre en repensant à la blessure qu'elle avait réouverte dans le cœur de la jeune femme. Mais pour son fils elle était prête à tout. Elle l'avait suppliée de pardonner à Kuon et de lui écrire une lettre. Cette lettre, elle la tenait serrée dans son sac, elle ne l'avait pas lue, c'était la formule magique pour rompre la malédiction de Kuon. Après il pourrait rentrer à Los Angeles et elle pourrait le voir autant qu'elle voudrait.

Oui elle était égoïste, mais c'était ça ou se laisser mourir de chagrin… Sept ans qu'elle n'avait pas revu son fils, sept longues années à collectionner ses interviews, à visionner tous ses films et à découper ses photos dans les magazines… Elle était sa fan numéro 1. Et de loin !

Elle enfonça son grand chapeau sur sa tête et avança dans le hall climatisé. Elle frissonna, après la canicule de l'extérieur, la fraîcheur la surprit, mais c'était plutôt agréable.

Elle s'approcha du comptoir qui tenait lieu de réception, ôta ses lunettes et dans un japonais approximatif elle informa la réceptionniste qu'elle avait rendez vous avec mademoiselle Kyoko Mogami. La réceptionniste la fixa longuement, se demandant où elle avait déjà vu cette personne, puis prit le téléphone et composa le numéro de la love me section.


« Mochi mochi », cria Moko San dans le combiné, elle avait tellement l'habitude de devoir parler aux dessus des voix de sa bruyante famille qu'elle ne savait pas « parler » au téléphone. La jeune actrice écouta puis demanda :

« Et qui demande à la voir ? »

La réceptionniste murmura quelques mots inaudibles et lui répondit rapidement, interloquée Kanae balbutia que Mogami San était en train de se changer mais qu'elle allait venir chercher madame Hizuri dans le hall. Elle raccrocha et passa la tête dans les vestiaires, Kyoko était sous la douche. Elle chantait ! Depuis qu'elle ne sortait pas avec Ren mais presque (elle lui avait expliqué comme ça et Kanae n'avait pas chercher à en savoir plus), elle était toujours de bonne humeur. L'atmosphère pesante qu'elle pouvait créer autour d'elle en deux minutes ne se manifestait même plus en présence de Sho Fuwa… Elle était heureuse de voir son amie comme ça mais craignait que les fans de Ren ne s'en prenne à elle… Bon pour le moment tout allait bien, elle referma la porte du vestiaire et pris la direction de l'escalier. Que pouvait bien vouloir Julie Hizuri !

« Moko San ? », Kyoko tendit l'oreille, certaine d'avoir entendu la porte du vestiaire. Rien. Elle décida de se sécher rapidement et d'enfiler sa combinaison rose pour aller retrouver son amie. En se passant la serviette sur les cheveux, elle se demanda pour la Nième fois ce que Ren Tsuruga pouvait bien lui trouver… il devait voir au-delà des apparences car, les cheveux mouillés et en jump suit rose flashy, elle n'était pas l'image de la séduction incarnée. Jamais ses fans ne l'accepteraient ! Elle frissonna et peigna ses cheveux, ils avaient poussé et des gouttes perlaient sur ses épaules. Au vu de la chaleur elle ne les sécha pas et rangea ses affaires dans son cassier. Puis elle se dirigea vers la salle de la love me section pour trier des papiers publicitaires avec Kanae.

L'idée de passer quelques heures avec son amie la mit en joie et elle entra dans la salle en ouvrant grand la porte et en criant :

« Bonjour Moko San ! »

Une paire d'yeux vert forêt se fixa sur elle avec étonnement, puis lui sourit. Kyoko se figea sur place, elle venait de voir la reine des fées. Kanae se tenait la tête pour étouffer son fou rire en face d'elle sur le canapé.

« Assieds-toi Mogami San, Julie San dit qu'elle à rendez vous avec toi. Je vais vous faire du thé. »


Bizarre, mignonne mais bizarre. Kuon a de drôle de goûts, pensa Julie. Elle enleva son chapeau et s'inclinant poliment devant la jeune fille.

« Pouvons-nous parler en anglais, s'il vous plaît, mon japonais n'est pas très bon ? » demanda poliment Julie.

Kyoko hocha la tête sans rien dire, cette femme l'impressionait, elle n'avait jamais vu une femme si belle.

« Je suis désolée Mogami San », continua Julie, « j'ai menti, nous n'avons pas rendez vous, mais je viens solliciter votre aide pour une question importante. Une question de vie ou de mort… »

Kyoko était perdue, elle avait déjà vu cette femme mais où ? Si elle recollait les morceaux du puzzle ensemble elle s'appelait Julie Hizuri, la femme de Kuu. Kyoko s'en voulu de ne pas avoir fait de recherches sur Kuu et sa femme. Il lui avait dit que sa femme et son fils étaient les plus belles personnes de la terre. Et à en juger Julie, il n'avait pas exagéré. Elle eut une pensée de remords concernant son père adoptif, elle avait cru qu'il en rajoutait mais non, Julie était bien là plus belle femme qu'elle ait rencontrée.

« Enchantée », dit Kyoko en s'inclinant respectueusement devant Julie, « en quoi puis je vous être utile ? »

« Euh… En fait… », Julie bafouillait, elle savait qu'elle était en train de faire une bêtise. « J'aimerais que vous retrouviez mon fils, Kuon. S'il vous plaît ? » Implora-t-elle, les larmes aux yeux.

De plus en plus perdue, Kyoko demanda, incertaine :

« Kuon ? Mais je pensais… Enfin, je croyais qu'il était…. Qu'il était… Décédé », lâcha-t-elle dans un filet de voix.

Ce fut au tour de Julie de paraître étonnée. Elle se signa et s'exclama :

« Non ! Kuon n'est pas mort, il a été kidnappé ! Il vit ici à Tokyo. Je vous en supplie, je dois lui parler. »

Cette fois-ci des larmes coulèrent sur ses joues, entraînant dans leur chute le rimmel de ses cils. Cette femme semblait si triste que Kyoko en eut le cœur serré.

Kuon… Elle ne le connaissait pas, s'il était aussi beau que sa mère il ne devait pas passer inaperçu. Elle n'avait jamais vu de si bel homme à Tokyo, à part Ren bien sûr mais elle n'était peut-être pas très objective. Non Kuon devait avoir les yeux verts et les cheveux blonds…

« Corn… », murmura telle. Corn qui avait pris l'apparence de Ren… Corn n'était pas une fée. Corn était Ren et était Kuon Hizuri. Elle fut si choquée que son corps fut pris de malaise et qu'elle dû s'assoir à côté de Julie. Elle était livide et Julie devina qu'elle ne savait pas encore la véritable identité de Ren. Elle lui posa la main sur le front et lui murmura.

« C'est une longue histoire Kyoko San, il n'a jamais voulu te mentir, seuls son père, le président et moi sommes au courant. Mais je dois le voir ! »

Kyoko ne sentait plus ses jambes, elle entendait la voix de Julie très loin au dessus d'elle. La main posée sur son front semblait en feu, Kyoko était glacée. Pétrifiée par ce qu'elle se refusait de comprendre depuis maintenant plusieurs mois : Ren et Corn était une seule et même personne.

Kanae qui s'affairait à préparer du thé, se retourna précipitamment et s'approcha de son amie. Elle n'était pas très douée avec l'anglais et ne comprenait pas ce qui avait pu mettre Kyoko dans cet état.

« Mo Kyoko, ne t'évanouis pas ! Tu m'entends ? » Dit-elle en tapotant les joues de son amie. Julie l'aida à l'allonger sur la banquette et à lui surélever les pieds. Toutes les deux commençaient à paniquer quand Kyoko gémit.

« Tout va bien, je suis morte de honte d'avoir été si aveugle. Je vais le tuer ! »

Julie sourit, Kyoko avait dit sa dernière phrase avec tant d'affection qu'elle savait qu'elle lui avait déjà pardonné. Après tout qui pouvait résister à Kuon… Elle fit boire un peu de thé à la jeune fille qui reprit quelques couleurs. Au bout d'une dizaine de minutes elle était même écarlate et se confondait en excuses en japonais que Julie ne comprenait pas.

« Je vais vous aider, promis ! » Jura Kyoko en serrant les mains de Julie. « J'espère que vous allez le gronder ! Il mériterait même une fessée ! »

Julie rit, « Il mesure 1m95… ça va être difficile. Mais oui il va se faire gronder. Il est parti sans même dire en revoir… ». Elle rajouta d'une petite voix, « Peut-être qu'il savait que j'aurais du mal à le voir partir… »

Elle avait le même rire que lui, c'était incroyable. Maintenant qu'elle reprenait ses esprits Kyoko sentait la colère sourde en elle. Il lui avait menti, il avait intérêt à avoir de bonnes raisons pour ça. Il allait passer un sale quart d'heure ! Pourtant elle était sûre d'une chose, une chose qui était vraie, qu'elle ne pouvait pas mettre en doute : il l'aimait. Alors pourquoi ce mensonge ?


Ren éternua une nouvelle fois, il n'était pas superstitieux, mais comme disait le proverbe quelqu'un était en train de parler de lui… En mal.

Il avait presque fini sa journée, encore quelques poses et il aurait fini sa séance de shooting. Tant mieux, il n'aimait pas cette collection, quelle idée de faire des pantalons qui arrivaient à mi-mollet, c'était ridicule ! Bon enfin il n'était pas payé pour juger, mais ce ne serait pas son meilleur job. En se regardant dans la glace il eut envie de remettre ses propres habits : un jean qui touchait terre et un pull qu'il avait acheté dans la boutique « à cause des garçons ».

C'était la marque qu'avait créée sa mère, bien sûr il n'avait pas repris contact avec elle, mais porter ses créations était un message d'amour, « Maman, j'aime ce que tu crées pour moi. » Car il savait que sa mère qui ne faisait que de la mode homme, pensait à lui dans chacun de ses modèles. Quand il portait les habits imaginés par sa mère il se sentait protégé. Comme si elle l'enveloppait de ses bras. Il sentait presque son parfum. Mon Dieu qu'elle lui manquait…

Le photographe l'incita à prendre de nouvelles poses et il lui fit signe qu'il était prêt. Allez encore 20 minutes !

« Argggg ! », grogna Ren

« Ça va ? », lui demanda Yashiro San.

« Que penses-tu de cette nouvelle mode ? Je trouve ça ignoble », murmura Ren pour ne pas être entendu.

« Je suppose que tu ne veux pas garder les habits ? », sourit le manager, « moi non plus je n'aime pas des masses. »

Les deux hommes se sourirent mutuellement. Yashiro San ne mentait jamais à son protégé et lui disait toujours quand quelque chose ne lui allait pas. Il avait dans son téléphone les pires habits dont on avait affublé Ren…. C'était un jeu entre eux.

« Celui-ci rentre direct dans ta collection, non ? » Dit le jeune acteur avec un sourire en coin.

« Je serai plus attentif aux collections pour les prochains shooting », promit Yashiro San, « mais c'est la mode ! »

« C'est ignoble ! Bon je vais me changer. Donne-moi cinq minutes. »

Une fois changé et en sécurité dans la voiture de son manager, Ren lut ses messages, le cœur battant. Elle ne lui écrivait pas tous les jours mais chaque message de sa part le mettait en joie. Il avait trois messages non lus dans sa boîte mail… Il ouvrit l'application et, déçu, réalisa que c'était des mails publicitaires. Il rangea le téléphone dans sa poche en soupirant.

« Elle n'a pas écrit ? » Demanda son ami en lui demandant d'attacher sa ceinture.

« Suis-je si facile à lire ? » Répliqua Ren vexé.

« Comme un livre ! » Rit Yashiro San. « Nous allons passer la prendre au bureau, tu pourras la voir en vrai, ne suis pas le meilleur des manager ? »

« Je ne sais pas si gérer ma vie sentimentale est dans ton cahier des charges », grommela Ren tout en lui souriant.

Le manager pouffa et s'engagea dans le trafic. Ren regardait par la fenêtre, il faisait lourd et la pluie n'allait pas tarder. Il avait hâte d'être chez lui. Le spectacle de l'orage vu depuis le 27éme étage était juste féerique. S'il pouvait en plus inviter Kyoko…

« Sais-tu si Mogami San travaille ce soir ? » Demanda-t-il a son manager.

« D'après son planning, non, elle ne travaille pas, mais la date de ses examens s'approche. Donc elle est peut-être prise ce soir. »

« C'est vrai qu'elle à l'examen de milieu d'année. Je voulais lui proposer de venir voir l'orage depuis chez moi… »

« Très romantique, je te vois sous un nouveau jour Ren. »

« Moques toi ! » Et Ren fit mine de bouder.

C'était devenu un jeu entre eux, le manager taquinait son protégé mais faisait tout ce qui était humainement possible pour que les deux amoureux aient du temps pour eux. Ren lui était très reconnaissant. Entre son emplois du temps surchargé et les jobs de Kyoko, il fallait que son manager soit un génie de l'organisation. Il jeta un regard vers son ami et pensa qu'il devrait lui dévoiler son identité. Il avait entièrement confiance en lui. Dans une semaine, ils avaient un job à Hokkaido, peut être ce serait le moment pour une petite confession. Il en parlerait au président dès que possible. Il avait besoin de son avis sur la question.

La voiture marquait un stop avant de rentrer dans le parking, quand les premières gouttes tombèrent. Autant pour la soirée romantique à regarder les éclairs, pensa Ren. Mais peut être aurait-il la chance d'admirer l'orage avec Kyoko malgré tout.

Dans l'ascenseur, Yashiro sélectionna le 13éme étage, Ren sourit, c'était l'étage où se trouvait le bureau de la love me section.

« A plus tard », chantonna Yashiro San en le laissant sur le palier du 13ème.

Ren le salua de la main.


Julie regardait la jeune fille qu'aimait son fils se transformer en ange vengeur. Elle aurait juré que quelqu'un avait déréglé la climatisation. En plus l'orage se préparait au dehors, rendant la scène apocalyptique. Kyoko était folle de rage, Julie comprenait qu'elle soit surprise mais de là à se mettre dans une telle colère, ça n'avait aucun sens.

Elle se tourna vers l'autre jeune fille qui avait l'air complétement calme devant un tel spectacle. Soit elle était là réincarnation du dalaï-lama, soit elle était habituée aux sautes d'humeurs de Kyoko. La jeune fille la fixa, fit une grimace et dans un anglais fragile demanda :

« Que lui avez-vous demander ? »

Le ton agressif surprit Julie, elle allait expliquer qu'elle ne comprenait pas, quand le tonnerre recouvrit tous les bruits. Kyoko avait l'air en transe, elle riait d'un rire démoniaque et Julie commençait à avoir peur quand soudain on frappa à la porte. Puis, s'en attendre de réponse Ren entra dans le bureau de la love me section.

« Il ne manquait plus que lui », marmonna Kanae pour elle-même. Mais elle fut coupée dans son envie de se moquer par l'intensité de la scène qui se déroulait devant elle.

Kyoko regardait Ren, prête à l'éventrer. Ren regardait madame Hizuri comme s'il avait vu Dieu en personne et Julie regardait Kyoko, terrifié par la réaction de la jeune fille. Avec l'orage en son et lumière, on aurait dit une scène d'un film de Tim Burton. La situation semblait s'éterniser et Kanae commença à se sentir très mal à l'aise. Qui devait parler en premier ? Elle s'éclaircit la voix et prononça d'une voix qui se voulait apaisante.

« Je vous invite à vous asseoir Tsuruga San. Entrez. »

Aussitôt la vie reprit le dessus, Ren, livide ferma la porte et tourna le verrou. Il s'avança lentement vers le canapé où étaient assises les deux femmes de sa vie, son regard bondissant de l'une à l'autre de façon comique. Calmer sa petite amie ou embrasser sa mère, que devait il faire ?

Ce fut Julie qui prit la décision pour lui en se jetant dans ses bras. Elle pleurait et riait en même temps et son beau visage était strié de noir. Sans quitter Kyoko des yeux Ren attira sa mère contre lui et lui murmura des paroles en Russe, en lui tapotant la tête. Enfin il inclina sa tête pour venir poser sa joue contre les cheveux blonds de Julie et il ferma les yeux.

« Je suis désolée, Mogami San, je suis désolée. » Pria Ren en japonais. Il répéta encore plusieurs fois sa litanie tout en balançant délicatement sa mère dans ses bras. Les larmes de Julie se tarirent, mais elle restait cramponnée à la chemise de Ren.

Kanae ne comprenait plus, ou alors si elle comprenait trop bien. Ren était en train de larguer Kyoko pour sortir avec une femme plus âgée. Elle allait le tuer….

L'orage fit disjoncter le courant et ils se retrouvèrent dans le noir le temps que le groupe électrogène du bâtiment soit enclenché. Kyoko toujours assise sur le canapé, semblait avoir buggé. Elle regardait Ren et Julie d'un regard vide. Kanae eut peur pour son amie et s'approcha d'elle.

« Sortez ! Sortez tous les deux ! » Cria-t-elle en japonais. « Comment avez-vous pu lui faire ça Ren ? Disparaissez. »

Ren se pencha pour prendre le chapeau de sa mère et l'entraina dans le hall. Une fois seule avec Kyoko, Kanae mis sa main sur son épaule :

« Les mecs sont tous cons, je ne pensais pas qu'il aimait les plans cougar… »

Kyoko releva la tête et fixa son amie. Puis elle éclata en sanglot et murmura :

« Ce… n'est pas… C'est sa mère ! »


Ren entraînait sa mère dans les escaliers de secours. Les lumières d'urgence était tout ce qu'il avait pour se guider. Ne penser à rien, suivre les lumières vertes, ne penser à rien.

Sa main serrait de toute ses forces celle de Julie, comme quand il était enfant et qu'elle était son refuge. Elle devait avoir mal et elle devait avoir du mal à le suivre dans ces escaliers, mais il ne ralentissait pas.

Ils mirent plus de 10 minutes pour accéder au parking. Là, Ren jura se remémorant qu'il était venu dans la voiture de son manager. Il sortit son portable, appela un taxi et fit face à sa mère.

Elle était à bout de souffle et sa chevelure était tout emmêlée. Malgré l'absence de lumière, Ren vit les traces des larmes sur ses joues et se sentit coupable. Il la prit dans ses bras et lui murmura des paroles d'apaisement. Il devait l'emmener au plus vite loin des yeux indiscrets, que faisait donc ce taxi ?

Julie n'avait pas pu dire un mot, entre la colère de la jeune actrice, leur fuite effrénée dans les escaliers et l'émotion de sentir enfin son fils près d'elle, elle ne savait que dire. Pourtant elle s'était joué et rejoué cette scène des centaines de fois dans sa tête. Mais elle était juste trop émue pour dire quelque chose. Et pour dire quoi ? « Kuon, je t'aime. Tu es le sens de ma vie, s'il te plaît rentre à la maison… »

Elle avait devant elle un homme qui n'était plus tout à fait son fils. Elle réalisait qu'il avait sa vie, son travail et son cœur à Tokyo et qu'il ne rentrerait sans doute pas.

Elle allait lui demander pardon quand il la prit dans ses bras et la serra contre lui. Elle l'entendit parler mais ne compris pas ce qu'il disait. C'était une voix grave, douce et sensuelle qu'elle entendait et non la voix de son fils. Il avait tellement changé !

Elle sursauta quand l'électricité revint. Et prit du recul pour le regarder. Il avait encore grandi et était trop mince à son goût. Elle se demanda s'il continuait à être difficile pour la nourriture. A en juger par la finesse de ses traits elle pencha pour un oui. Il la regardait d'un air attendri et elle se sentit coupable, elle venait chambouler sa vie et il lui souriait. Il avait les cheveux bruns et les yeux marrons, mais depuis qu'elle suivait sa carrière elle s'y était faite. Il ressemblait de plus en plus à son père pensa-t-elle. Elle le regardait comme si chaque seconde lui était comptée et pu enfin murmurer son nom.

« Kuon… mon Kuon… »

« Maman, je suis heureux de te voir mais personne ne doit savoir. »

Et il l'entraina vers les phares du taxi qui s'approchait d'eux. Ren donna l'adresse au chauffeur, parti à la recherche d'un mouchoir dans sa poche qu'il tendit à sa mère. Julie le remercia et essuya les larmes de son visages, remit ses lunettes de soleil et son chapeau. Personne ne devait savoir !

Elle vit son fils pianoter sur son téléphone, elle ne lisait pas le japonais mais supposa qu'il devait écrire à Kyoko. Elle fut de nouveau envahie par une vague de culpabilité.


« Sa mère ! Julie Hizuri ! Non ? », Kanae s'était levée si brusquement que Kyoko avait failli tomber, se retenant de justesse à l'accoudoir du canapé. Elle était sonnée et avait besoin de se remettre de ses émotions, elle se lova dans la tiédeur du siège et ferma les yeux.

« Comment tu as-tu dit qu'il s'appelait ? Kuon, c'est ça ? » Demanda Kanae en sortant son portable. Devant l'absence de réponse de son amie elle ouvrit le moniteur de recherche et tapa « Kuon Hizuri image », aussitôt des dizaines de photos d'un jeune homme blond aux yeux verts lui sourirent. C'était le sourire de Ren Tsuruga.

« C'est le scoop du siècle », déclara telle, « la véritable identité de Ren Tsuruga ! Les tabloïds payeraient une fortune pour cette information… »

« Tu ne dois rien dire », sursauta Kyoko, « je dois lui parler d'abord. » Elle présentait quelque chose de douloureux derrière le mensonge de Ren et voulait plus d'informations. Corn lui avait dit qu'il était maudit… Il avait eu l'air si désemparé en lui disant ceci qu'elle voulait en savoir plus.

« Je sais… » Commença-t-elle au moment où la lumière revenait, éblouie elle marqua une pause, « le président, il doit savoir… »

Elle sécha ses larmes et jeta un regard dans le miroir… Elle ne pourrait pas cacher ses yeux rougis au président, mais tant pis, elle devait savoir.

« S'il te plaît Kanae, j'aimerais y aller seule. » Supplia-t-elle. Et devant l'air compréhensif de son amie, elle eut envie de la serrer contre elle. Puis elle sortit et se dirigea vers les ascenseurs, prit une grande respiration et appuya sur le bouton d'appel. Oui le président saurait lui donner une explication…

Dans l'ascenseur, elle sentit son téléphone vibrer. Elle le sortit et hésita devant le nom de l'expéditeur, elle était vraiment furieuse contre lui. Un second message arriva et s'afficha quelque seconde en haut de son écran. Il lui avait écrit « je t'aime. »


« J'ai rencontré Kyoko dans une forêt de Kyoto il y a de ça dix ans, mais jusqu'à maintenant elle pensait que j'étais une fée, elle doit être furieuse contre moi. Ne t'en fais pas Maman, c'est mon mensonge qui l'a bouleversée, tu n'y es pour rien. »

Cela faisait une bonne heure que Ren essayait de calmer la culpabilité de sa mère. En arrivant chez lui elle avait fondu en larmes, comme si elle ne pouvait plus supporter une minute de plus d'être écartée de la vie de son fils.

Ren l'avait laissée pleurer en la serrant dans ses bras, il avait l'impression que cette femme si forte dans son souvenir était sur le point de se briser. Jamais sa mère, son roc, ne s'était montrée aussi vulnérable. Il lui sembla alors être devenu définitivement adulte.

Il avait téléphoné au président pour lui expliquer la situation. Et ce dernier n'avait pas eu l'air étonné. Il s'était attendu à l'arrivée de Julie depuis sept ans, alors, qu'elle soit finalement venue ne le surprenait pas. Ils se fixèrent rendez-vous pour le lendemain à 9h.

Enfin, Julie avait fini par se calmer et écouter son fils avec attention. En effet quand il était parti au Japon avec Kuu, enfant, il avait fait la rencontre d'une petite fille nommée Kyoko. Il lui avait longuement parlé d'elle à son retour.

« Tu veux dire que cette petite fille, tu l'as retrouvée ? », murmura-t-elle, incrédule.

« Par pur hasard ! Je crois que c'est le destin, non ? », dit Ren en souriant de son plus beau sourire.

Julie ne savait trop quoi dire, il y avait plus de chance de gagner au loto que de retrouver une amie d'enfance en ne connaissant juste son prénom. En tout cas, son fils semblait vraiment épris de cette Kyoko, destin ou pas, il avait l'air heureux.

« Elle pense que tu es une fée ? », cette histoire était trop bizarre pour Julie.

« Plus maintenant », sourit Ren, « je vais me faire engueuler la prochaine fois que je la croise, mais je l'ai mérité ! »

« Je suis désolée, Kuon. Si je peux faire quelque chose… »

« Merci maman, mais je peux régler mes problèmes moi-même. Et il faut que je lui raconte pour Rick. »

Julie tiqua. Il semblait serein en lui parlant de Rick, se pourrait il qu'elle se soit trompée et qu'il soit en paix avec son passé ? Oui il semblait en paix, triste certes, mais en paix.

« En fait… Je suis venu pour te donner ça… », dit-elle en fouillant dans son sac. Elle en sortit une enveloppe froissée qu'elle lissa du plat de la main avant de la lui tendre.

« C'est de la part de Tina », continua-t-elle, « mais je vais peut-être rentrer comme ça tu pourras la lire seul…. Peux tu m'appeler un taxi ? »

« Je vais te raccompagner », répondit le jeune homme en attrapant la lettre, « mais je préférerais lire cette lettre en ta présence. Veux-tu bien rester encore un peu Maman ? »

Julie lui sourit, lui passa la main dans les cheveux pour le dépeigner et s'assit de nouveau sur le canapé. Il prit la lettre, et courageusement la décacheta et la lut d'une traitre. Puis il la posa sur la table basse et se leva. Il s'approcha de la baie vitrée et contempla la lune qui s'était levée. Puis il revint vers le canapé, les yeux ruisselants de larmes et se jeta dans les bras de Julie. Elle le serra contre elle, comme lorsqu'enfant il se faisait mal, il lui semblait que son fils pleurait les larmes qu'il s'était interdit de verser après la mort de son ami.

« Merci maman. Elle me pardonne et me souhaite d'être heureux, elle m'a même joint une photo de sa fille. Maman, si tu savais comme il me manque ! Je pense à lui tous les jours… Je suis tellement heureux que Tina ait refait sa vie. Elle m'indique son e-mail, peut être que j'oserais lui répondre… »

Il posa la tête contre l'épaule de sa mère et elle vint déposer un baiser sur ses cheveux comme lorsque, bébé, il s'endormait. Ils restèrent longtemps dans cette position, jusqu'à ce que Ren ait une crampe. Il s'étira en souriant.

« Je te prépare la chambre d'ami, tu seras mieux ici qu'à l'hôtel et tu pourras me parler de ce que tu fais en ce moment, pas des jeans trop courts j'espère… » et il lui sourit de son vrai sourire.

Elle sourit en retour et en riant elle lui répondit d'un ton ironique.

« Je suis sûre que tu adores cette mode ! »


« J'ai rencontré Kuon, il y a de ça dix ans dans une forêt de Kyoto. J'ai cru qu'il était une fée. Vous saviez n'est ce pas ? »

Le président fixa son regard sur la jeune fille en colère en face de lui. Elle lui rappelait la jeune fille qui avait éclaté le téléphone portable lors de l'audience… une jeune fille qui ne pardonnait pas…

« Une fée ? Il y a dix ans ? Kuon ? », encore une fois le président était destabilisé par cette jeune fille, décidement rien n'était simple autour de Kyoko.

« Ren est Kuon ! Vous le saviez n'est-ce pas ? », s'énerva Kyoko, au risque de paraitre rude.

« Oui bien sûr, il est mon filleul ! Mais assieds toi car c'est une histoire compliquée et très triste que celle de Kuon. J'aurais préféré que tu l'entendes de sa bouche, mais il vient de m'appeler et m'a dit de te dire toute la vérité. »

Pour une fois, le président semblait fatigué et triste. Kyoko, toujours en colère, s'assit sur le sarcophage égyptien qui décorait le bureau du président. Ce dernier, orné d'une coiffe de pharaon, soupira et, contournant son bureau, vint s'assoir près d'elle sur le sarcophage. Il lui mit une main sur la sienne.

« Kyoko Chan, il t'aime… »

La jeune fille le regardait, complètement perdue.

« Pourquoi m'a-t-il menti ? », dit-elle, la voix tremblante d'un mix entre la tristesse et l'irritation.

« Je ne sais pas, mais je pense qu'il t'aime depuis 10 ans… Si le moment n'était pas si dramatique, je sauterais de bonheur devant une histoire si romantique. Ren remonte dans mon estime ! »

« Président… », gronda Kyoko.

« Oups, pardon… Tu as deviné juste, Ren est le fils de Julie et Kuu Hizuri. Mais loin de l'enfance bénie qu'il aurait pu avoir, il a toujours été extrêmement seul. Un enfant dans un monde d'adulte… ses parents ne se sont doutés de rien, mais Kuon souffrait de la méchanceté et du racisme des autres enfants. Quand son père l'a amené au Japon, j'ai vu que cet enfant était fragile. J'ai aussi reconnu le grand talent d'acteur avec lequel il camouflait sa souffrance pour épargner son père. Ce petit était né pour être acteur. »

Kyoko sourit, cela ne l'étonnait pas, Ren était le plus grand acteur qu'elle connaisse. Elle garda le silence.

« Il fit ses débuts peu de temps après, et il fut vite remarqué. Son talent, son look et son nom en firent une proie toute désignée pour la jalousie et la méchanceté des autres. Mais il n'osait pas se rebiffer. L'année de se 14 ans il fit la connaissance de Rick, Rick était cascadeur, et il lui conseilla de se défendre, de rendre les coups. C'est ainsi que Kuon rentra dans une spirale de violence. »

« Kuu avait formé son fils aux arts martiaux, aussi Kuon devint vite le boureau plutôt que la victime. Jusqu'au jour où Rick tenta de l'arrêter. Cette nuit-là, Kuon prit la fuite et Rick partit à sa poursuite, il se fit renverser par une voiture en traversant une rue. Il est mort sur le coup, devant les yeux de Kuon et de Tina, sa petite amie. Tina sous le coup du chagrin a alors maudit Kuon. Depuis il ne peut se pardonner la mort de son meilleur ami. »

Kyoko ouvrait de grands yeux, alors c'était bien ça, Ren se sentait responsable de la mort de son ami.

« Après cela, Kuon s'est laissé dépérir, continua le président. Kuu m'a appelé à l'aide et j'ai ramené son fils au Japon pour qu'il réinvente sa vie. Je ne lui ai donné que son nom, il a travaillé dur pour bâtir le personnage de Ren Tsuruga. Je n'aurais pas parié sur un tel succès il y a sept ans ! Je suis si fier de lui… »

Kyoko était sans voix, alors elle était tombée amoureuse d'un personnage fictif ? Ou bien Kuon se cachait dans les fissures de Ren Tsuruga ? Cette partie de Ren sombre et effrayante, c'était Kuon ? Mais Kuon était Corn et elle l'aimait aussi… mon Dieu elle était perdue. Elle regarda le président de ses grands yeux d'ambre et d'une toute petite voix demanda :

« Président ? Vous y croyez, vous, au destin ? »


Kanae attendait avec angoisse dans le bureau de la love me section. Pour passer le temps, elle avait regardé toute la biographie de Kuon Hizuri, il avait commencé à jouer à 10 ans et s'était évaporé l'été de ses 14 ans. Apparemment personne ne savait ce qu'il était devenu, il s'était volatilisé !

Elle songea avec admiration que Ren était un personnage fictif tellement crédible que tout le Japon avait été dupe. Elle n'appréciait pas l'homme mais elle avait du respect pour l'acteur !

Kyoko ne revenait pas et elle se décida à rentrer chez elle, elle s'était déjà changée et s'apprêtait à sortir quand le manager de Ren frappa puis entra dans le bureau.

Savait-il ? Dieu que ce secret aller être lourd à porter… Elle était tellement perdue dans ses pensées qu'elle négligea de le saluer.

« Kotonami San, nous sommes attendus chez le président demain à 9h, voulez vous que je vous ramène chez vous ? Ren et Kyoko Chan sont déjà rentrés. »

Kanae sortit de sa trance et s'inclina poliment en le saluant.

« Excusez-moi, Yashiro San, j'étais dans mes pensées. Oui je veux bien que vous me déposiez chez moi, il pleut encore fort. Merci. »

Elle le suivit dans le couloir et s'arrêta à ses côtés pour attendre l'ascenseur. Lui aussi avait l'air dans ses pensées. Elle se demanda encore une fois s'il était au courant du véritable nom de Ren.

« Pardon, Yashiro San, savez-vous sur quoi portera la réunion de demain ? »

« Vous le savez déjà, j'avoue être sous le choc, Ren m'a parlé brièvement et je m'attendais à tout sauf à ça. Je ne sais pas quoi en penser. » Machinalement le jeune manager remonta ses lunettes sur son nez.

« Il vous a donné son vrai nom ? », demanda prudemment Kanae.

« Oui, mais j'ai du mal à le croire même si j'ai regardé des photos et que ça fait sens. Vous vous rendez compte Kanae san, il n'est même pas japonais ? », à bien le regarder la jeune fille décela de la tristesse dans les yeux de Yashiro san. Elle voulut le rassurer :

« Je pense qu'il nous expliquera tout demain, il doit y avoir une raison à ce changement complet d'identité. »

L'ascenseur les avait déposés dans le parking et malgré la faible luminosité, Kanae vit que je jeune homme avait toujours l'air troublé. Elle lui mit la main sur le bras.

« Il a même menti à Mogami San, je pense qu'il y a un lourd secret derrière sa transformation. »

Le manager lui sourit et ils firent le trajet sans un mot, chacun dans ses pensées. Kanae texta Kyoko pour avoir des nouvelles mais celle-ci ne répondit pas.

« Celle-là, elle ne paie rien pour attendre », murmura Kanae.

Elle regarda le jeune manager qui eut un sourire carnassier.

« Ren non plus ne paie rien pour attendre… »

Kanae sourit à son tour… Sur le moment elle compatit pour Ren.


Il n'avait pas dormi de la nuit, elle le savait, une mère sent ce genre de chose, de nouveau un sentiment de culpabilité l'envahit. Quelle heure était-il ? 3 heures, et à Los Angeles ? Elle sortit son téléphone et composa le numéro qu'elle connaissait par cœur.

« Allo, Kuu, j'ai fait une bêtise. Je suis chez Kuon. »

« Julie, tu n'es pas à Paris ? …. Comment va-t-il ? »

« Mal, il n'arrive pas à dormir. J'ai demandé de l'aide à Kyoko Chan, comme nous le supposions il en est amoureux. Mais elle l'a reconnu, ils se connaissaient. Je veux dire elle connaît Kuon. »

« Julie, ce que tu me dis est très brouillon. Comment aurait-elle pu savoir ? »

« Ils se sont rencontrés à Kyoto. Tu te rappelles ce film de samouraï que tu avais tourné là bas il y a 10 ans. Tu avais emmené Kuon. »

« Mon Dieu, Julie ! Je prends le premier avion pour Tokyo. Ne le quitte pas des yeux. Moi aussi je veux le voir. »

« Kuu… Merci. Je t'aime. »

« Je vous aime aussi. J'arrive. »

Julie raccrocha et sortit de la chambre d'ami. Doucement elle toqua à la porte de son fils. S'ils ne dormaient pas ni l'un ni l'autre, autant discuter. Elle avait mis sa vie sans dessus dessous, elle pouvait au moins le rassurer.

Quand elle entra dans sa chambre, son fils regardait son téléphone d'un air absent.

« Chéri ? Tu n'arrives pas à dormir ? » Demanda-t-elle.

Ren la regarda, il avait enlevé ses lentilles et elle retrouvait le regard de son petit garçon. Il avait l'air très tendu. Elle s'avança vers lui et s'assit à l'extrémité du lit.

« Tu essayes de parler à Kyoko Chan ? » Insista-t-elle.

« Non, je ne veux pas l'ennuyer. Elle doit être vraiment furieuse contre moi. Mais elle croyait si fort que j'étais une fée, je n'ai pas voulu la décevoir ! » répondit Ren en la regardant d'un air triste.

« Tu es amoureux d'elle, n'est ce pas ? », Julie ne posait pas une question… elle était sure qu'ils s'aimaient.

Ren baissa les yeux et sourit… Puis il mit le doigt sur sa bouche et fouilla dans sa table de chevet. Il en tira une photo qu'il montra à sa mère en souriant. Sur le cliché, Kyoko posait avec Maria chan, la petite fille de Lory.

« Tu as bon goût, ton père ne tarit pas d'éloges sur sa cuisine et son jeu d'actrice… nous nous doutions un peu qu'elle était spéciale à tes yeux. », lui avoua sa mère. « Tu lui as dit ? »

« Oui, elle connaît mes sentiments, mais c'est un peu compliqué. Je devais lui dire mon vrai nom et elle veut devenir plus connue avant que l'on sorte officiellement ensemble. Maintenant je ne sais pas si elle va me pardonner. » Ren avait vraiment l'ai inquiet.

« Je suis désolée… » murmura Julie.

« Maman, j'ai choisi de lui mentir, moi pas toi. Alors ne te culpabilises pas, OK ? »

« Kuon… Tu as vraiment mûri ! Je suis fière de toi. J'étais si inquiète lors du visionnage de ton dernier film. Quelle idée de jouer un tueur en série… j'ai eu une peur bleue ! »

Ren rit légèrement et tapota le coussin à côté de lui.

« Dis ? Tu me fais des gratouilles de cheveux… », lui demanda-t-il avec ses yeux de petit chiot.

« Mon grand bébé », fit-elle en l'embrassant sur les cheveux.


Elle avait dormi comme une souche, elle avait tellement pleuré hier soir qu'elle avait évacué toute forme de tristesse dans son cœur. Il lui avait menti, il protégeait son secret, mais il l'aimait.

Elle relut le message qu'il lui avait envoyé la veille. Il avait signé Ren. Il l'aimait, il n'avait pas employé le verbe « suki » mais le verbe « aisuru »… C'était la première fois qu'il utilisait ce mot !

Elle avait au moins sept messages de Kanae, elle n'avait pas répondu car elle ne savait pas ce qu'elle avait le droit de dire à son amie. De toute manière elles se verraient chez le président. Elle lui écrit quand même un court message pour lui dire que tout allait bien et qu'elle lui expliquerait plus tard. Aussitôt le message envoyé, son téléphone vibra : Kanae lui répondait à tout à l'heure avec six emojis en colère ! Zut il ne manquait plus qu'elle se fâche avec sa meilleure amie !

Elle descendit dans la cuisine du darumaya et prépara le petit déjeuner. Elle avait presque fini quand l'okami se réveilla.

« Ça sent bon ! Tu es déjà réveillée, Kyoko chan ? »

« Oui j'ai une réunion à 9h. » avoua la jeune fille.

« Un dimanche ? Ça ne pouvait pas attendre Lundi. » L'okami trouvait que sa protégée travaillait trop, elle avait bientôt ses examens de milieu d'année, si en plus ils lui mettaient des réunions le dimanche…

Kyoko sourit et baissa la tête, elle n'aimait pas mentir. Elle pensa que, de toute manière, elle ne pourrait jamais attendre jusqu'à lundi, Il fallait qu'elle lui parle.

« Itadakimasu », fit l'okami en tapant dans ses mains. Kyoko fit de même et elles mangèrent en silence.

« Je m'occupe de la vaisselle fit l'okami », va te préparer pour ta réunion.

Kyoko monta dans sa chambre sans faire de bruit pour ne pas réveiller le chef. Une fois la porte refermée elle se dirigea vers son armoire, elle n'avait pas des tonnes d'habits… Elle repensa à l'élégance de Julie et rougit. « Je n'arriverai jamais à sa cheville », pensa-t-elle. Découragée, elle prit la première robe qu'elle trouva et l'enfila. Elle grimaça en voyant son reflet dans le miroir, et couru se passer de l'eau sur le visage et peigner ses cheveux rebelles. Là, elle avait fait son maximum… elle n'était pas mannequin non plus !

Son téléphone vibra et elle lut le message de Yashiro San lui disant qu'il l'attendait devant le restaurant. Elle eut un moment de panique, et si Ren était avec lui ? Tremblante elle descendit les escaliers, mit ses chaussures et sortit sans même un au revoir à sa logeuse.

« Chéri, Kyoko Chan est bizarre aujourd'hui… » dit cette dernière à son mari mal réveillé.


Le président était vêtu en costume cravate, en soit c'était déjà un signe d'extrême gravité. Le silence dans la salle était pesant et les participants à la réunion n'osaient pas se regarder.

Ren et Julie étaient arrivés les premiers, Kanae avait suivi peu de temps après et ils attendaient Yashiro San et Kyoko.

Kanae songea que c'était extrêmement déstabilisant de voir le président habillé normalement. Ren et sa mère l'avait saluée mais le jeune acteur avait l'air épuisé et tendu. Kanae qui, elle devait bien se l'admettre, était jalouse de l'attention que portait sa meilleure amie à cet homme, commença à culpabiliser. Après tout Ren avait l'air vraiment mal.

A l'arrivée de Kyoko et Yashiro San, tous se levèrent. Kyoko rougit d'être le centre de l'attention et s'assit en face de Ren. Ils échangèrent un regard, il avait l'air perdu et ses yeux étaient verts ce matin.

Yashiro San, surpris, s'assit à côté de la jeune femme, son regard allant de Julie Hizuri à Ren. Il connaissait la mannequin de légende qu'était Julie mais ne comprenait pas ce qu'elle faisait à cette table.

« Yashiro san, je te présente ma mère, comme je te l'ai dit hier soir, mon vrai nom est Kuon Hizuri. Mais je ne veux pas que vous portiez mon mensonge et j'ai décidé de le révéler à la presse. » Dit Ren sans reprendre son souffle.

« Ren, Kuu et Julie vont donner un interview au magasin « Elle Japon », le rendez est pris pour après demain, d'ici là, si vous pouviez garder cette information secrète… » Enchaîna le président. « Maintenant, Yashiro San, Kotonami san et Julie San, allons dans mon bureau pour ficeler les préparatifs. » Et sans même laisser le temps aux autres de dire un mot il les entraîna hors de la salle de réunion.

« Ces deux-là doivent se parler », répondit-il aux trois paires d'yeux qui l'interrogeaient. « Allez, on file dans mon bureau, j'ai mis un micro… C'est encore mieux qu'un film ! »

Devant l'air choqué de ses trois suivants, il sourit d'un air démoniaque.

« Love démon !», susurrèrent en cœur Kanae, Julie et Yashiro.


« Love démon !» murmurèrent Ren et Kyoko.

Ren mit son doigt sur sa bouche et prit le bloc note des mains de la jeune fille. D'ailleurs ? pourquoi prenait-elle des notes ? Elle était trop sérieuse ! Sur le coin droit de la feuille, elle avait griffonné des fleurs…

The microphone is on. Écrit-il en anglais.

Elle tourna la tête à gauche et à droite puis suivit des yeux la direction qu'il lui indiquait. Effectivement le micro de la salle de réunion avait été laissé sur On. Encore un plan machiavélique du président…

« Mogami San, saviez-vous que les crocodiles peuvent vivre jusqu'à 60 ans ? » Demanda Ren.

Kyoko le regarda comme s'il avait perdu la raison puis le vit écrire sur le bloc note tout en parlant, elle comprit aussitôt et rentra dans son jeu, suivant ses répliques tout en déchiffrant à grande peine ce qu'il était en train d'écrire.

Kyoko Chan, je suis désolé, pour toi j'aurais vraiment aimé être une fée. Mais je ne suis qu'un mec qui t'aime à la folie. Je t'en supplie, pardonne-moi.

Il reprit son discours sur les crocodiles indiquant que le sexe de l'animal était déterminé par la chaleur que recevrait l'œuf enterré dans le sable. Il y avait des années à mâles et des années à femelles. Pendant ce temps Kyoko écrivait d'une écriture élégante sa réponse.

Kuon pourquoi m'as-tu menti ? Je t'aime même si tu n'es pas une fée !

Elle prit alors la parole pour dire que c'était la même chose chez les tortues et qu'avec le réchauffement climatique le ratio male/femelle était déréglé, ce qui mettait l'espèce en danger. Ren écrivait à toute vitesse.

Kyoko, je suis responsable de la mort de mon meilleur ami, mais grâce à toi je commence à me pardonner. S'il te plaît donne moi une seconde chance.

Dans le bureau du président c'était la surprise générale.

« Moo, je sais qu'ils sont tous les deux bizarres mais c'est quoi ces histoires de crocodiles… » commenta Kanae.

« Ils savent que vous écoutez président ! » Dit Julie en souriant, « ils doivent s'écrire. »

« J'aurais dû mettre une caméra ! », ragea le président.

Dans la salle de réunion, Kyoko s'était déplacée pour lire par-dessus l'épaule de Ren. Quand il eu fini il lui tendit le cahier. Elle le regarda un instant et se pencha vers lui, il sentait bon. Elle dépose un chaste baiser sur son front, lui passa la main dans les cheveux et lui sourit, puis écrivit :

Je te pardonne si toi aussi tu te pardonnes. Tu n'y es pour rien c'était un accident !

Ren sourit tristement et l'enlaça, plaçant son visage contre son ventre, il entendit gargouiller son estomac… il était presque midi. Cela le fit sourire et il prit la feuille, maintenant toute griffonnée.

Je vais avoir besoin de temps… Je t'aime, m'attendras-tu ?

Elle tourna la page du cahier et de sa belle écriture répondit :

Le temps qu'il faille, moi aussi j'ai besoin de temps, ne serait-ce que pour être aussi célèbre que toi !

Il rit et lui dit dans l'oreille :

« Ça, ça risque d'arriver assez vite ! »

Puis il plia la feuille, la mit dans sa poche et énonça d'une voix forte :

« Président ? Vous pouvez revenir ! Je sais que vous avez tout écouté… allez, on a du boulot ! »