Le miracle de l'Étoile Hivernale
Auteur : Lady Zalia
Type : Humour / Romance fluffy [Lurry] (Lucius Malefoy-Harry Potter). Histoire en trois chapitres terminée. Un chapitre sera publié tous les deux jours soit les 10/02, 12/02 et 14/02.
Disclaimers : Univers appartenant à J.K. Rowling. Rating T. Crackfic pour noël (très très en retard). J'ai trop joué à Stardew Valley et à Magic Awakened (et PAF ça fait des Chocapics !). Cette histoire m'a été inspirée après la lecture de « La maison au bord du monde » par La Vieille aux chats et « La Conspiration des Scones à la Citrouille » par JustPaulInHere. Je vous les conseille si vous aimez les [Snarry]. Je voulais écrire une histoire digne d'un téléfilm américain de Noël, à la fois mièvre et contemplatif. Je suis assez satisfaite du résultat (même si j'ai galéré à l'écrire XD) j'espère que cette histoire vous plaira ! L'histoire est racontée du point de vue de Lucius exclusivement.
Bonne lecture ! 😘
Chapitre 1
Alors que la Bataille de Poudlard venait à peine de se terminer, Lucius avait profité de la cohue générale pour fuir les lieux avec Narcissa et Drago. Il avait conscience qu'il était à un tournant de sa vie. L'un de ces moments où il devait prendre une décision radicale s'il voulait survivre. Il savait qu'il en était capable, après tout, ce n'était pas la première fois. Il l'avait fait sous le règne de Voldemort. Taire ses goûts, sa personnalité, sa fierté, devenir ce qu'il n'était pas…
Et aujourd'hui, il devait recommencer. Seul. Narcissa n'était pas Mangemort et elle avait sauvé la vie de l'Élu, quant à Drago, il était encore mineur lorsqu'il avait pris la marque, et il avait refusé d'identifier Potter lorsqu'il était chez eux. Il était persuadé qu'il s'en sortirait bien mieux tout seul.
Dans sa valise, il avait pris le strict minimum et surtout rien qui ne permette de l'identifier. Quelques vieux vêtements qu'il n'avait plus portés depuis des années, de l'argent moldu qu'il s'était secrètement procuré en prévision de ce moment, et un album de photographies en guises de souvenir.
Sa première baguette avait été détruite par son précédent maître lorsque ce dernier avait affronté Potter, 11 mois plus tôt, et il avait profité de la présence de Garrick Ollivander entre ses murs pour lui en faire réaliser une nouvelle. Il avait infligé un sortilège de faux-souvenirs au fabricant pour l'empêcher d'en mémoriser les caractéristiques et il louait aujourd'hui sa présence d'esprit.
Debout dans le salon, face à son épouse et son fils, il retira la chevalière qui l'identifiait comme Lord ainsi que la broche comportant l'emblème de la famille Malefoy.
- Drago, tout ceci te revient de droit. Ne laisse pas la société sorcière traîner le nom de Malefoy dans la boue. Je te lègue mon titre, mon domaine et ma fortune. Je sais que tu prendras soin de ta mère.
Il tendit aussi le parchemin de donation signé, sous le regard angoissé de son fils. Depuis quand ne l'avait-il plus vu sourire ?
- Père, devez-vous vraiment disparaître ainsi ?
- Tout est préférable à Azkaban. Je ne veux plus jamais y retourner, j'y mourrais. Je préfère vivre dans l'oubli. Il ne reste déjà plus rien de mon honneur. Je doute que la société puisse jamais pardonner mes crimes, en revanche si je peux encore accomplir mon devoir de père et d'époux, alors je pars en paix. Dès que j'aurais quitté le domaine, prévenez les Aurors de ma fuite. Dites-leur que je vous ai menacé. Laissez-les explorer le manoir. Narcissa, je te rends ta liberté.
De son côté, son épouse avait les lèvres pincées, bras croisés. Lucius retira l'alliance de son doigt et la fit glisser vers Narcissa en compagnie de l'acte de divorce. Cette dernière le fusillait du regard, témoignant par son attitude tout le mépris qu'il lui inspirait.
- Lucius. Je vous exècre. Vous m'avez forcée à vivre aux côtés de ce monstre, vous avez menacé ma vie et celle de notre fils par vos actions. Et désormais vous n'avez même pas la décence de vous offrir à la justice. Vous prétendez agir en époux et en père ? Il eut été mieux de témoigner de vos crimes et de notre innocence. Soyez donc certain que je vous descendrai plus bas que terre chaque fois qu'il m'en sera fait l'occasion.
Le blond lâcha un imperceptible soupir. Il reconnaissait bien là la hargne d'un Black à l'honneur bafoué.
- Faites donc. Drago, je ne serais plus là pour te guider et je n'ai sans doute pas pu t'apprendre tout ce que je souhaitais, mais tu es intelligent. J'ai confiance en toi, je sais que malgré mes erreurs, un avenir brillant t'attend. Adieu.
- Père… je…
- Reste digne, fils.
Son descendant hocha la tête, l'émotion transparaissant dans ses yeux clairs. Malgré l'environnement dans lequel il avait grandi, il n'était pas une mauvaise personne.
- Je vous souhaite une bonne continuation, père. Adieu.
Sans un mot supplémentaire, Lucius quitta le salon pour se diriger vers l'entrée. Il ne voulait pas faire durer les choses plus longtemps que nécessaire, d'autant qu'il savait que les Aurors ne tarderaient pas à venir le chercher. Après tout, il avait été le bras droit du Seigneur des Ténèbres, et ce dernier l'avait fait libérer de prison. Il était riche, bien connu et de nombreuses personnes avaient souffert de ses malversations et manipulations. Il ne faudrait pas plus d'une journée pour qu'il devienne le Mangemort le plus recherché du pays…
Fermant brièvement les yeux, il transplana. Il savait où il devait se rendre. Cela faisait déjà des semaines, des mois même qu'il avait prémédité sa fuite. Depuis que Potter s'était enfui du manoir avec tous ses prisonniers, il y avait songé. À partir de ce jour, il avait commencé à élaborer son plan…
Sa première étape serait de se faire voir à Édimbourg. Il voulait faire croire qu'il comptait fuir en Norvège par bateau et le temps d'un clignement, il apparut sur les quais de la ville Écossaise. Il avait revêtu ses luxueux vêtements pour attirer le regard, et il marcha à toute hâte jusqu'à la capitainerie sorcière, protégée par un sortilège Repousse-moldu, au beau milieu du Lighthouse Park.
À l'intérieur, une véritable effervescence régnait. Manifestement, de nombreux trafiquants avaient eu vent de la défaite de Voldemort et semblaient pressés de quitter le pays.
Paré de son air le plus arrogant, il sortit une petite bourse de Gallions et la déposa lourdement sur le comptoir pour en faire tinter le contenu.
- Je cherche un départ pour Bergen ou Oslo aujourd'hui. Je suis prêt à payer le prix qui s'impose.
Le sorcier en poste le dévisagea de haut en bas avec un rictus méprisant avant d'empocher l'argent d'un geste vif.
- Vous n'êtes pas le seul rat à vouloir abandonner le navire. Allez voir du côté de Rennies Lock Bridge. Il y a un petit escalier qui mène sous le pont. Vous y trouverez un embarcadère dissimulé. Le mot de passe est "Latibulum".
Lucius hocha la tête et se détourna, ignorant le ricanement de son précédent interlocuteur. Il n'avait même pas besoin de se rendre sur ce fameux embarcadère. Il y avait bien suffisamment de témoins pour informer les Aurors de ce qu'il cherchait.
Il quitta la capitainerie et se désillusionna immédiatement avant de transformer sa tenue de quelques coups de baguette. Exit le long manteau noir, la chemise blanche impeccable et la veste brocardée. Bonjour manteau de laine, chemise à carreaux, pull et jean délavé. Il métamorphosa aussi sa toque de fourrure en un vulgaire bonnet sous lequel il dissimula sa longue chevelure blonde. Il devait s'habiller comme jamais Lucius Malefoy ne s'habillerait en allant à l'extrême inverse de ce qu'il aimait porter. Convaincre toutes les personnes qu'il croiserait qu'il ne pouvait pas être Lucius Malefoy.
Il suffisait de s'inspirer des moldus, copier leur style rudimentaire, en attendant de pouvoir se changer véritablement. Bien sûr, il y avait le risque que quelqu'un détecte le sortilège d'Illusion, mais ce n'était que jusqu'à ce qu'il atteigne sa destination. Il se concentra pour transplaner jusqu'à Galway en Irlande. Désormais, il avait besoin d'emprunter l'un de ces moyens de transport moldus pour se rendre jusqu'à sa future demeure.
Il avait fait appel à un spécialiste pour l'obtenir. Un cracmol du nom de Stuart Roysen. L'homme vivait à Londres et proposait un service de fausse identité aux sorciers désireux de disparaître. Ironiquement, Lucius avait découvert son existence en cherchant un moyen de pression sur ses parents, William et Penelope Roysen, deux sorciers qui travaillaient au ministère.
Stuart lui avait ainsi procuré un terrain agricole dans un village situé à l'extrême Ouest de l'Irlande… Barnanrusheen, ainsi qu'une nouvelle identité : Angus Blening, un citadin désireux de refaire sa vie au grand air. Il lui avait expliqué où se rendre et comment faire pour ne pas attirer l'attention des moldus.
Aujourd'hui, il lui suffirait de suivre ses recommandations….
***/+/***
Lucius descendit de l'autocar, le pas rendu hésitant par le mal de la route. Les transports moldus étaient vraiment barbares ! Bruyants, nauséabonds et désespérément lents… Il n'était pas près de faire le trajet en sens inverse !
Dehors, la nuit était tombée, et son premier réflexe fut de vouloir saisir sa baguette afin de lancer un Lumos. Heureusement, il se reprit au dernier moment, s'approchant pour déchiffrer les noms indiqués par le panneau devant lui. Il devait absolument perdre l'habitude de sortir sa baguette pour ne la garder que pour une situation d'extrême urgence. Désormais, il devait vivre comme un parfait moldu… Sa liberté était à ce prix.
Stuart lui avait indiqué comment trouver son terrain, et il suivit la route jusqu'à déboucher sur une vaste zone isolée, envahie par la végétation. Une maison de pierre rudimentaire se trouvait là, manifestement inoccupée. Il récupéra la grosse clé dans son sac et ressentit un minuscule regain de satisfaction lorsqu'elle tourna dans la serrure. Au moins il ne s'était pas trompé d'endroit… Cependant sa joie fondit plus vite que face à un Détraqueur en constatant l'intérieur plus que spartiate : un lit, une table rectangulaire flanquée de deux bancs, une cheminée et un étrange objet moldu sur un meuble en bois. Au fond, une porte entrouverte laissait deviner une salle de bain rudimentaire, mais l'ensemble était encore plus exigu que le hall du manoir Malefoy.
Juste à droite de l'entrée, un petit dispositif était accroché au mur, et Lucius appuya dessus, pensant qu'il devait s'agir du système qui verrouillait la porte. Cependant cela alluma la lumière, le faisant sursauter au passage. Était-ce donc ainsi que les moldus s'éclairaient ? C'était ingénieux, il devait le reconnaître. Au moins, il n'aurait pas besoin d'utiliser sa magie pour cela…
Il referma sa porte d'entrée et prit le temps d'observer plus en détail son modeste logement. Contre le mur de gauche, plusieurs outils légèrement rouillés étaient disposés pêle-mêle : une pioche, une houe, une hache, une faux ainsi qu'un arrosoir envahi de toiles d'araignées. De l'autre côté, une fausse plante en pot était recouverte de poussière et un tapis immonde et minuscule servait de descente de lit… Maintenant qu'il y était, sans doute aurait-il dû penser à emporter davantage de linge de maison… Ainsi qu'un elfe pour faire le ménage…
Puisqu'il était seul, il se permit un long soupir de lassitude. Il avait beau déjà regretter son ancienne vie, ce n'était pas comme s'il pouvait se permettre de faire marche arrière… Le souvenir de son séjour à Azkaban le hantait encore, et au-delà d'une peine de prison interminable, il y avait fort à parier qu'il soit condamné à mort pour ses crimes.
Déposant son sac dans un coin, il sortit sa chemise de nuit en flanelle et coiffa ses longs cheveux blonds avant de les glisser sous son bonnet de nuit. Sans doute aurait-il dû les couper pour parfaire son déguisement, mais il n'avait pu s'y résoudre. Cependant, dès demain il les attacherait pour plus de discrétion. Puis il s'introduisit dans son nouveau lit, grimaçant à nouveau face à la texture des draps. Le matelas était affreux et la couverture était froide, mais il se consola en songeant que c'était bien mieux qu'Azkaban…
***/+/***
Lucius ouvrit les yeux au lever du jour, réveillé par la luminosité qui pénétrait dans sa cabane. L'horloge au mur indiquait 6 heures du matin, et il eut besoin de quelques secondes pour se remémorer ce qu'il faisait là et à quel point sa vie avait changé.
Il n'avait rien mangé depuis son petit déjeuner la veille, et son estomac criait famine, cependant il allait devoir visiter le village s'il voulait pouvoir s'acheter quelque chose. Il s'habilla de vêtements sobres et enfila une paire de bottines en cuir brun, qu'il portait habituellement pour se promener sur son domaine.
Utiliser l'argent moldu n'était pas un problème, en revanche, devoir se présenter aux habitants était une épreuve qu'il redoutait. Il allait devoir interagir avec ces moldus de manière… polie… humble. Comme s'il était un Arthur Weasley ou un Reginald Cattermole. Aller au contraire de son éducation, de ses principes…
Il devait absolument garder pour lui toutes les remarques désagréables qui allaient immanquablement lui venir à l'esprit, sans quoi sa couverture serait compromise. Il fallait qu'il se montre amical pour gagner leur confiance… Il inspira longuement pour se préparer psychologiquement à l'épreuve à venir…
Cela ne faisait même pas une minute qu'il avait pensé cela, que trois coups retentirent à la porte. Réprimant sa mauvaise humeur, il étira son visage en un sourire factice avant d'aller ouvrir. Devant lui se trouvait une femme d'âge mur, aux cheveux roux mi-longs attachés. Elle portait un sweat jaune moutarde, une veste en cuir, et un pantalon de travail. À sa ceinture, un marteau était accroché.
- Bonjour, tu dois être Angus ! Bienvenue ! Je suis Robine, la charpentière du village. Le maire Lewis m'a envoyée te souhaiter la bienvenue. Nous ne savions pas quand tu arriverais, mais hier quelqu'un a vu de la lumière, et ici les nouvelles vont vite.
Lucius cligna des yeux, scandalisé, incertain de la manière dont il devait répondre. En plus de l'agresser avec ses goûts vestimentaires douteux, cette manante osait le tutoyer, LUI ! Cependant, il n'avait même pas pu placer un mot, que la moldue avait continué.
- Que penses-tu de ta ferme ? Bon, d'accord, c'est un peu envahi par les mauvaises herbes, mais c'est un bon sol fertile en dessous de tout ça ! Avec un peu de travail, tu auras tout nettoyé en un rien de temps.
- Je… Plait-il ?
- C'est une bonne chose qu'un nouveau fermier arrive en ville. Tout le monde est curieux, il faut les comprendre, ce n'est pas tous les jours qu'on a un nouvel habitant. N'hésite pas à aller faire connaissance avec le reste de la communauté ! Les gens ont hâte de te rencontrer. Tiens, avant que j'oublie, le maire Lewis m'a remis un petit cadeau de bienvenue pour toi. Il me semble que ce sont des graines. Et pour le reste, Pierre pourra te vendre tout ce dont tu as besoin. Tu le trouveras facilement. Le magasin général se trouve au nord de la place de la ville.
Le Serpentard était doucement en train de perdre patience, partagé entre stupéfixer l'impudente ou la soumettre au Doloris. Elle ne le laissait même pas en placer une ! Mais avant qu'il ne mette au tapis toutes ses bonnes résolutions, la dénommée Robine s'interrompit pour regarder la montre à son poignet.
- Oh, le temps file ! J'aurais adoré discuter plus longtemps, mais du travail m'attend. N'hésite pas à faire appel à moi si tu veux améliorer quelque chose dans ta ferme. Je peux agrandir ta maison ou construire des bâtiments agricoles. En revanche je travaille seule, donc il faudra me fournir les matières premières. Tu devrais trouver tout ce qu'il te faut dans les environs. Sur ce, je vais te laisser t'habituer à ta nouvelle vie !
Et avant même qu'il n'eut pu lui poser la moindre question, elle était repartie. Lucius soupira longuement en observant le terrain qui s'étendait devant lui. La parcelle était dans un état déplorable, envahie par les mauvaises herbes, les arbres morts et les cailloux. Il n'y connaissait pas grand-chose en agriculture, mais il aimait le jardinage et avait un minimum de bon sens. Il se doutait qu'il allait devoir nettoyer tout ça s'il voulait y faire pousser quelque chose… Il s'était choisi une identité de fermier, pensant que ce serait le plus simple pour s'intégrer à la vie moldue, mais il avait peut-être mésestimé la pénibilité de la tâche…
Avant toute chose, il avait besoin de manger. Il était tôt, mais il espérait qu'il y aurait quelque chose d'ouvert au village… Avec un peu de chance, il pourrait faire ses achats sans croiser trop de monde, car si tous les habitants était aussi bavard que Robine, il n'était pas certain qu'il survivrait.
Il fit quelques pas à l'extérieur et eut un frisson d'effroi en constatant qu'il avait déjà du courrier dans sa boîte aux lettres. Est-ce que tous les gens d'ici étaient aussi intrusifs ? La première lettre venait d'un certain Lewis, le maire du village, qui lui présentait sommairement les 28 habitants et lui conseillait d'aller se présenter à chacun d'entre eux. Manifestement, c'était là toute la population… Au moins cela n'allait pas être si compliqué à retenir. La deuxième lettre venait d'un dénommé Pierre, le propriétaire du magasin général et qui était lui aussi maraîcher. Il lui indiquait les étapes pour obtenir ses premières récoltes.
Pour le coup, il était plutôt agréablement étonné. Très logiquement, un nouveau fermier allait faire de la concurrence au maraîcher, et pourtant il lui indiquait comment faire et l'aidait sans même qu'il n'en fasse la demande. C'était à n'y rien comprendre…
Il y avait trois chemins qui partaient de sa ferme, et il décida de suivre celui par lequel il était venu, en profitant pour admirer le magnifique paysage qui l'entourait. Il avait choisi cette région en premier lieu du fait de son isolement géographique, mais il savait apprécier la nature à l'état brut. Au pied des hauts conifères poussaient des rhododendrons mauves et des bruyères pourpres. Un petit lac approvisionnait sa ferme et des roseaux et orchidées des marais y s'y épanouissaient dans un joyeux chaos. L'ajonc aux pétales jaune vif courait le long du muret de granit qui délimitait sa propriété et ses épines formaient une barrière naturelle supplémentaire. Dans le ciel, des mouettes criardes et des fous de Bassan volaient en cercle, plongeant parfois au-delà de l'orée des arbres à la recherche de nourriture. Il pouvait d'ailleurs entendre la mer au loin, dont les vagues frappaient régulièrement la falaise à l'extrême sud du village.
Il lui fallut une bonne trentaine de minutes pour aller à pied jusqu'aux premières habitations. Il avait débouché sur une grande place pavée, cependant nulle statue ni monument n'en décorait les lieux. Il y avait quelques parterres de fleurs et des arbres, mais l'ensemble était très simpliste. Devant lui se trouvaient deux bâtiments, dont les pancartes indiquaient qu'il s'agissait d'un cabinet médical pour le premier et du fameux magasin général pour le second. Les horaires d'ouverture étaient aussi indiqués et manifestement rien n'ouvrait avant 9 heures…
Un peu plus bas, il trouva un resto-bar appelé "Golden Hop Pub", en revanche il n'ouvrait pas avant midi… C'était bien sa veine ! Il continua donc sa visite, l'estomac sur les talons. La ville n'était pas très grande mais comportait tout de même un musée qui faisait aussi office de bibliothèque, un maréchal-ferrant, une boutique de pêche et un ranch où l'on pouvait acheter des animaux et des fournitures agricoles.
Tous les citoyens qu'il croisa le tutoyèrent comme si c'était la seule manière de communiquer, et tout le monde sembla stupidement heureux de sa venue. À leurs yeux, l'arrivée d'un étranger semblait la meilleure chose possible. Ces gens n'avaient-ils donc aucun instinct de méfiance ?
Parmi les différents moldus qu'il rencontra, il fit la connaissance d'Abigail, la fille du maraîcher, une sorte d'adolescente attardée cynique, qui se teignait les cheveux en violet et aimait la pluie, ainsi que sa mère prénommée Caroline. Il rencontra aussi Evelyn, la doyenne du village, qui passait ses journées à jardiner et cuisiner, et Marnie, une éleveuse végétarienne. Toutes semblaient aussi mièvres que dénuées d'intérêt l'une que l'autre.
Au magasin général, il observa attentivement le catalogue pour noter toutes les informations dans son carnet. S'il voulait devenir riche, il devait faire des calculs précis ! En cette saison, le chou frisé semblait être la culture la plus rentable, et il dépensa quelques Livres pour acheter ses premiers semis.
Finalement vint l'heure d'ouverture du restaurant. Le Serpentard se sentait au bord du malaise et il s'y précipita avec toute la dignité dont il était encore capable. Il avait passé toute la matinée à parler avec des inconnus beaucoup trop familiers à son goût. Il ressentait un besoin urgent de s'isoler et retrouver un semblant de confort pour continuer sa journée.
À l'intérieur du restaurant, il rencontra le propriétaire, un moustachu rondouillard nommé Gustave, dont la carte se résumait à une salade, un plat de spaghetti ou une pizza. Pour la seconde fois depuis sa fuite, Lucius regretta amèrement sa tribu d'elfes de maison. Décidément, il allait devoir rapidement apprendre à cuisiner s'il ne voulait pas être condamné à manger n'importe quoi…
Rien de tout cela n'était dans les goûts de Lucius, cependant il devait se nourrir, et il commanda les pâtes à la bolognaise. Il ne lui restait que peu d'argent, heureusement il pouvait tout de même se le permettre.
Après son déjeuner, le Serpentard retourna à sa ferme. À présent qu'il avait retrouvé un semblant d'énergie, il était temps de se mettre au travail. Il allait rapidement avoir besoin d'un sac plus grand, et il maudit à nouveau les moldus pour leur méconnaissance de la magie. Le sortilège d'extension était pourtant à la portée de n'importe quel sorcier raisonnablement doué ! S'il avait su, il l'aurait enchanté avant de quitter le manoir…
Il avait croisé le maire Lewis qui lui avait indiqué qu'il pouvait ramasser les fleurs et fruits sauvages qui poussaient en forêt et que cela lui permettrait de gagner un peu d'argent. Par chance, il y en avait tous les 100 mètres. Est-ce que les habitants du village étaient tous des fainéants patentés ? Sur la plage, il avait aussi trouvé quelques coquillages mais aussi des fruits de mer. Il suffisait de se baisser. Ce n'était pas grand-chose, mais c'était toujours mieux que la mendicité…
De retour sur son terrain, sa première grosse difficulté survint lorsqu'il essaya de couper un arbre. Les petites pierres n'étaient pas trop difficiles à déloger à coups de pioche, en revanche couper un arbre entier lui prenait près d'une heure de travail ! Sans doute sa hache était-elle émoussée, mais il était bien trop effrayé à l'idée que quelqu'un le détecte s'il faisait de la magie…
Il soupira longuement et eut un sourire amer en se souvenant combien Narcissa détestait lorsqu'il le faisait. Au moins ici, il n'y avait plus personne pour le reprendre sur ses mauvaises habitudes… Dehors, le soleil tapait verticalement et il retira sa veste pour travailler plus aisément. Il devait se remémorer son dernier emprisonnement. Azkaban avait été la plus terrible épreuve de son existence, et désormais il devait tout faire pour ne plus jamais y retourner.
Il imagina que les arbres étaient des Détraqueurs immobiles qu'il pourrait découper à coups de hache, et cette idée lui permit de se donner du cœur à l'ouvrage. Le terrain était vaste mais il serait inutile de tout déboiser le premier jour. Il devait commencer par libérer une surface suffisamment vaste pour y planter ses graines. Il n'avait pas pu en acheter beaucoup mais y avait aussi les 15 graines de panais offerts par le maire.
À la fin de la journée, Lucius était épuisé mais satisfait. Son terrain commençait à ressembler à quelque chose. Aux dires de tous les villageois, la terre d'ici était particulièrement fertile, de ce fait il avait bon espoir d'obtenir des récoltes rapidement. Le maire Lewis se chargerait chaque soir de venir récupérer le produit de ses récoltes en échange d'argent, ce qui lui épargnait la peine de se montrer aimable avec ses potentiels clients.
Cela ne se ferait probablement pas en seulement quelques jours, mais il comptait bien s'enrichir sur le dos de ces idiots. Il allait devoir se salir les mains en faisant ce que manifestement personne ne voulait faire, mais il pourrait bientôt améliorer son quotidien, il en était persuadé.
***/+/***
Le lendemain matin, Lucius se réveilla à nouveau à l'aube, pleinement régénéré de sa précédente journée de travail. Il avait bien plusieurs courbatures, mais c'était moins terrible qu'il ne l'avait imaginé, et la petite somme d'argent qu'il trouva dans sa boîte aux lettres acheva de le motiver.
Il avait gagné plusieurs Livres simplement grâce à la cueillette, car il avait conservé le bois et les pierres pour de futures constructions. Il avait aussi gardé quelques oignons et poireaux pour manger sans avoir à aller en ville, et il se prépara une salade de crudité en guise de petit déjeuner. Ce n'était bien évidemment pas aussi luxueux que ce à quoi il avait l'habitude, mais comparé à la bouillie infâme servie à Azkaban, c'était largement mieux.
Dans sa boîte aux lettres, il y avait aussi une lettre signée de Willy, le pêcheur local, qui souhaitait faire sa connaissance. Il était de bonne humeur et il décida de la préserver en repoussant cette nouvelle rencontre à plus tard. Au moins, sa ferme était suffisamment excentrée du village pour le bien de sa misanthropie.
Il passa plusieurs heures à arracher les mauvaises herbes et dégager les pierres et les arbres de son terrain, puis il consentit à marcher jusqu'au village. L'argent récolté allait lui permettre d'acheter des graines supplémentaires ainsi que des ingrédients pour égayer ses repas.
En fin de journée, il se rendit sur la plage pour rencontrer le fameux pêcheur. L'homme ressemblait à un sans-abri crasseux. Ses traits étaient burinés par le vent marin et ses vêtements étaient des loques. Il portait une barbe fournie, des cheveux mi-longs et fumait une pipe depuis le bord du quai.
- Ohé, mon garçon !
Lucius leva un sourcil. En voilà encore un qui ne connaissait pas l'élémentaire politesse…
- C'est à moi que vous parlez ?
- Yep ! J'ai entendu dire qu'il y avait du sang neuf au village ! Ravi de faire ta connaissance. Ah, je viens de passer un mois en mer. C'était un long voyage ! J'ai vendu beaucoup de bons poissons. J'ai enfin assez économisé pour m'acheter une nouvelle canne à pêche. Tiens, je veux que tu prennes l'ancienne. C'est important pour moi que l'art de la pêche reste en vie. Et puis peut-être que tu achèteras quelque chose dans mon magasin de temps en temps.
Il semblait avoir des difficultés à vivre de son art, pourtant il lui offrait une canne à pêche rudimentaire et l'incitait à pêcher autant qu'il le pouvait. C'était à n'y rien comprendre ! Les gens d'ici étaient si différents des sorciers qu'il avait côtoyés jusqu'alors, qu'ils ne cessaient de le surprendre. Ils semblaient tous aussi candides et débonnaires que Cornelius Fudge… Il observa l'outil entre ses doigts avec un regard curieux. Il n'avait jamais rien pêché, mais cela ne devait tout de même pas être si compliqué…
- Et bien, merci je suppose.
- Tu trouveras plein de poissons aux alentours. La nature est vraiment généreuse ici. J'achèterai volontiers tout ce que tu attraperas et j'organise aussi souvent des défis de pêche contre de l'argent.
- Je vois. Dans ce cas, je suppose que nous nous reverrons.
Pour une fois, ce n'était même pas une menace…
Depuis le quai, il parvint à pêcher quelques algues, des cannettes de soda, plusieurs déchets divers et un malheureux poisson. Vu de l'extérieur, il n'aurait pas imaginé l'océan aussi pollué ! Quant à attraper des poissons, ce n'était clairement pas si facile qu'il l'aurait cru. Pour une raison étrange, ils semblaient tous capables de rivaliser en force brute avec lui et parvenaient à s'échapper de son hameçon malgré plusieurs minutes à jouer avec le moulinet. Heureusement, sa journée ne fut pas vaine, car les gens du village achetaient tout ce qu'il pouvait ramasser, du simple pissenlit jusqu'à la coquille de moule trouvée sur le sable...
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Le jour suivant, une pluie drue tombait sur toute la vallée, et Lucius se sentit étrangement réconforté face à cet élément pourtant caractéristique de la campagne irlandaise. Il eut un sourire sans joie face à ce constat : Son quotidien était devenu si perturbant, si différent de ce à quoi il avait l'habitude, qu'il se mettait à apprécier quelque chose d'aussi trivial qu'une pluie printanière. Mais au moins, il allait pouvoir mener ses tâches à bien sans rencontrer trop de monde…
La boutique de Pierre était fermée, il alla donc sur la plage pour ramasser des coquillages, puis il retourna à sa ferme et reprit le nettoyage de sa parcelle. Il y avait quelque chose d'assez apaisant dans cette tâche manuelle, et cela lui rappela ses longues promenades sur le domaine Malefoy lorsqu'il était enfant. Aujourd'hui, les elfes de maison s'occupaient de l'entretien du parc, mais lorsqu'il était jeune, il pouvait passer des journées entières à ramasser les branches mortes et arranger les massifs pour que tout soit impeccable. Il se souvenait des magnifiques paons blancs qu'il avait achetés ou du kiosque sculpté dans le marbre. Désormais, il avait un vaste terrain à agencer selon ses goûts et plus personne pour qualifier sa passion « d'indigne » pour un aristocrate…
Dans sa boîte aux lettres, quelqu'un lui avait envoyé une recette de cuisine pour préparer des barres de céréales, et il la lut tout d'abord avec une grande méfiance. Est-ce qu'on tentait de profiter de son manque de connaissances pour l'empoisonner ? Dans le doute, il suivit la recette à la lettre avec pour objectif de vendre le fameux encas, cependant son travail de la matinée lui avait donné faim, et il décida d'en goûter une petite portion par curiosité. Le goût était horriblement farineux, mais lorsqu'il le mangea, il se sentit aussi revigoré que s'il avait absorbé une potion énergisante. L'après-midi, il décida d'aller pêcher en se rendant cette fois au lac de la forêt de Sève-Cendreuse. Il parvint à attraper davantage de poissons et pu se faire un dîner un peu plus luxueux que ce à quoi il avait eu droit jusqu'à présent.
***/+/***
Le cinquième jour, il reçut deux nouveaux courriers dans sa boîte aux lettres. L'un pour lui expliquer comment fabriquer des bombes artisanales (Ces gens encourageaient-ils le terrorisme ?) et une seconde l'informant qu'un nouveau passage avait été ouvert au nord de la ville.
Pour son plus grand étonnement, ses cultures de panais avaient déjà poussé. Au moins les villageois ne lui avaient pas menti à ce propos, le terrain était manifestement exceptionnellement fertile… Il récolta ses légumes et en garda quelques-uns pour se faire à dîner tandis qu'il plaçait les autres dans le bac d'expédition. Il planta immédiatement de nouvelles graines puis emprunta le chemin situé au nord de sa ferme.
La scierie de Robine se trouvait là et même s'il n'avait pas très envie de reparler à cette charpentière bien trop loquace à son goût, il voulait se renseigner sur le prix des améliorations pour sa maison. Il arrivait à gagner quelques Livres chaque jour uniquement grâce à la cueillette et s'il ne savait pas encore combien allaient lui rapporter ses 10 panais, il avait déjà remarqué que l'économie ici semblait légèrement différente du reste du Royaume Uni. Comme si le village vivait si replié sur lui-même qu'il en avait développé ses propres valeurs.
Un plat de spaghetti au Golden Hop Pub coûtait 2,4£ tandis qu'un sac de farine ou de sucre au magasin général coûtait 1£ et un sac à dos 20£.
Lucius notait tout avec attention. C'était pour cela que le Seigneur des Ténèbres l'avait choisi comme stratège à une époque. Il observait, comparait, tirait des conclusions… Et s'il pouvait utiliser ses compétences pour s'enrichir, il n'allait certainement pas se gêner.
Robine proposait d'agrandir sa maison et d'y construire une cuisine pour seulement 100£, en revanche il devait lui fournir 5 stères de bois pour cela. Il avait hâte de pouvoir à nouveau manger convenablement et il nota mentalement de récolter davantage de bois dans les jours à venir.
Lorsqu'il ressortit de la scierie, il se dirigea vers le lac de montagne pour découvrir le fameux nouveau passage. C'est alors qu'il tomba sur un homme barbu aux longs cheveux gris, qui ressemblait traits pour traits à Abelforth Dumbledore, et cette vision lui arracha un mouvement de recul. L'homme portait un vêtement fait de feuilles et semblait vivre dans une tente jaune vif installée sous un arbre. Si Lucius se fiait aux informations données par le maire dans sa première lettre, il s'agissait du dénommé Linus.
- S'il te plait, ne détruis pas ma tente.
Lucius leva un sourcil circonspect.
- Sachez que j'ai bien mieux à faire de mon temps.
- C'est déjà arrivé.
Le Serpentard tourna les talons, rendu mal à l'aise par le vieil homme. Il se rappelait très clairement le soir de la Coupe du Monde de Quidditch, lorsque lui et d'autres Mangemorts avaient incendiés des tentes "juste pour s'amuser". Ce n'était pas très glorieux, il devait bien le reconnaître, et le regard du moldu lui renvoyait son crime au visage.
Il continua sa route jusqu'au chemin désormais dégagé, et poussé par la curiosité, pénétra dans la mine. Un homme borgne se trouvait là, manifestement perdu dans ses pensées. Il observait un puits de mine d'où émergeait une échelle, tandis qu'au fond de la grotte, un ascenseur semblait hors-service. Lucius s'approcha pour attirer son attention.
- Bonjour monsieur… ?
- Bien le bonjour ! Je regardais dans cet ancien puits de mine. Ça a l'air abandonné depuis des décennies. Pourtant, il y a probablement du bon minerai là-dessous. Mais un endroit comme ça, plongé dans l'obscurité et qui n'a pas été exploré depuis si longtemps… Je crains que du minerai ne soit pas la seule chose que l'on pourrait trouver…
- Autre chose ? C'est-à-dire ?
- Des monstres, bien sûr ! Tiens, prends ça. Tu pourrais en avoir besoin.
Il lui jeta une épée rouillée que le blond attrapa par réflexe.
- Qu'est-ce que vous appelez des monstres ? Et… une épée ?! Que voulez-vous que j'en fasse ?! Elle n'est même pas bonne à couper du beurre.
Avait-il voyagé dans le temps ou bien ces moldus utilisaient une arme totalement archaïque ?!
- Des monstres… des bestioles quoi ! J'allais oublier, je m'appelle Marlon. Je gère la guilde des aventuriers dans la vallée. Je vais garder un œil sur toi. Fais tes preuves avec ça, et peut-être que tu pourras devenir membre de la guilde. Je vends le véritable équipement à ceux qui le méritent.
Lucius se demanda en quoi pouvait bien consister une "guilde des aventuriers" et quel pouvait être l'intérêt d'en faire partie, cependant il n'eut pas le temps de poser la question que Marlon était déjà parti.
Le Serpentard reporta son regard sur le puits de mine. L'homme avait parlé de "bon minerai", ce qui signifiait qu'il pourrait potentiellement se faire de l'argent. Peut-être que le maréchal-ferrant du village le payerait généreusement s'il lui ramenait du minerai ?
Il ne savait pas encore ce qu'il allait y trouver, mais en cas de besoin, il avait toujours sa baguette sur lui. Marlon avait parlé de "monstres". Était-il possible que des créatures fantastiques y résident ? Il ne le saurait pas à moins d'y descendre… Et au moins sous terre, personne ne pourrait le surprendre à faire de la magie…
Le premier sous-sol ne comportait que des pierres et quelques gisements de minerai de cuivre, mais en descendant, il se retrouva bien vite confronté à plusieurs sortes de créatures magiques. Il vit tout d'abord ce qu'il pensait être un amas de mousse verdâtre… avant de se rendre compte que ladite moisissure avait des yeux et de petites pattes… Il s'agissait de Badimons, capables de projeter un acide corrosif, et il sortit sa baguette pour les vaincre à coups d'Incendio. Il croisa aussi des Vampirmites qui attaquaient à vue, ainsi que ce qui ressemblait à des Ciseburines géants dissimulés sous des rochers. À Poudlard, il n'avait jamais été très attentif en cours de Défense contre les Forces du Mal, et aujourd'hui il le regrettait un peu…
Heureusement, la mine regorgeait aussi de minerais de tous genres, et il déplora à nouveau de ne pas avoir de sac plus grand. Il était certain qu'il allait récupérer pas mal d'argent au retour, d'autant plus si aucun villageois n'osait s'y aventurer. Il allait se positionner comme le seul fournisseur de minerais, sans compter les pierres et le charbon. Il se chargea autant qu'il put, mais alors que minuit arrivait, il sentit brusquement la fatigue le saisir. Auparavant, il était capable de rester éveillé jusqu'à l'aube sans dormir, mais il faut dire que son quotidien avait radicalement changé. Casser des pierres à la pioche était assez physique et il avait un besoin urgent de rentrer chez lui pour dormir.
Il s'empressa donc de remonter à la surface pour faire le trajet inverse. Lorsqu'il arriva chez lui, il avait l'impression qu'il était sur le point de s'évanouir sous la fatigue.
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Lorsque Lucius sortit de sa maison au petit matin, il tomba nez-à-nez avec le maréchal-ferrant du village.
- Euh… Bonjour.
- Bonjour, vous êtes Clint, n'est-ce pas ?
- Ouai. Je t'ai vu ressortir de la mine hier soir. Ton sac semblait bien lourd. J'imagine que tu as usé de ta pioche pour trouver du minerai ? C'est du bon travail ça !
Immédiatement méfiant, le Serpentard plissa les yeux. Mais que lui voulait-il donc ?
- En effet, je suis descendu dans la mine hier. Marlon m'a dit qu'elle était abandonnée, donc tout ce que j'y ai trouvé m'appartient.
- Tout à fait ! Et si tu veux pouvoir tirer le meilleur parti des minerais que tu trouves, tu auras besoin d'une fournaise. Il s'avère que j'ai des plans de constructions supplémentaires. Tiens, ils sont pour toi.
Clint lui mit lesdits plans entre les mains et Lucius leva un sourcil.
- C'est fort généreux de votre part. Mais qu'attendez-vous de moi ?
- Une fournaise te permet de faire fondre des lingots de métal. Les lingots de métal peuvent être utilisés pour l'artisanat, la construction et l'amélioration d'outils. Lorsque tu auras obtenu quelques lingots de cuivre, passe me voir pour que je puisse améliorer l'un de tes outils. Ça facilitera beaucoup ton travail.
- Je vois, vous avez aussi quelque chose à y gagner finalement.
- Je dis ça pour te rendre service. Allez, je rentre chez moi. Prends soin de toi.
Dans sa boîte aux lettres, plusieurs courriers l'attendaient. Le premier venait du maire Lewis, qui le félicitait d'avoir planté et récolté ses panais et lui offrait 1£. Le second venait de Marlon, qui le mettait au défi d'atteindre le 40e sous-sol de la mine et de tuer 10 "slimes" (sans doute le nom que les moldus donnaient aux Bandimons), en échange de quoi il aurait une place dans sa guilde d'aventuriers. Et le troisième était une publicité envoyée par Robine, lui proposant de construire un puits et un poulailler dans sa ferme « pour le prix exceptionnel de 50£, 3 stères de bois et 175 pierres ».
Mais est-ce que tous les habitants du village passaient leurs journées à l'espionner et leurs nuits à lui écrire des lettres ? Cela expliquerait peut-être pourquoi le pêcheur lui demandait de lui ramener du poisson ou la charpentière du bois… Le conservateur du musée lui demandait de remplir les collections et de retrouver les livres perdus de la bibliothèque à sa place, quant à certains villageois, ils semblaient vivre dans l'oisiveté la plus totale, allant jusqu'à le payer pour leur ramener un poireau, alors même que ces légumes semblaient pousser comme de la mauvaise herbe…
Ce jour-là, lorsqu'il entra au village, il tomba sur le maire Lewis qui l'invita à le suivre jusqu'à une grande bâtisse délabrée située au nord de la ville.
- Voici le centre communautaire de Barnanrusheen… ou plutôt, ce qu'il en reste. C'était la fierté et la joie de cette ville… C'était toujours très animé ici. Regardez-moi ça. C'est honteux. Ces derniers temps, les jeunes préfèrent s'asseoir devant la télévision plutôt que de faire partie de la communauté.
Lucius ignorait ce que pouvait bien être une télévision, cependant il se contenta de hocher la tête. Le maire continua.
- Mais écoutez-moi, on dirait un vieux gâteux. Joja Corporation m'a harcelé pour leur vendre le terrain afin qu'ils puissent le transformer en entrepôt…
- Pourquoi ne pas leur céder ? Cet endroit ne vous sert à rien et il tombe en ruine. Avec de l'argent, vous pourriez construire d'autres infrastructures.
Lewis grimaça face à son pragmatisme.
- Je sais bien, d'autant que Barnanrusheen a besoin d'argent. Cependant, je n'arrive pas à le vendre… Les vieux comme moi s'attachent aux reliques du passé… Enfin bref. Si d'autres villageois m'en font la demande, je le vendrais… Allons voir à l'intérieur…
Il ouvrit la porte et le Serpentard le suivit, sa curiosité malgré lui attisée. Le maire fronça les sourcils en voyant une étrange cabane végétale.
- Tiens, qu'est-ce que c'est ? Des enfants du village ont dû venir jouer ici. Cet endroit est encore plus délabré que dans mes souvenirs.
Derrière lui, une petite créature ressemblant à une branche d'arbre vivante fit son apparition, et Lucius ne put s'empêcher de sursauter à sa vue.
- Quoi ? Vous avez vu quelque chose ? Hum… Je ne serais pas surpris si cet endroit était infesté de rats. Bon, écoutez… Je vais laisser cet endroit ouvert à partir de maintenant. Vous pourriez essayer d'attraper ce rat si vous en avez le temps.
Le blond faillit lui rétorquer qu'il n'avait pas que ça à faire, mais il se rappela sa résolution… Sympathiser avec les villageois, se montrer cordial, gagner leur confiance, les manipuler pour obtenir leurs faveurs… Il se contenta d'un sourire affable tandis que le maire quittait les lieux.
Une fois seul, il en profita pour explorer. Outre la vaste pièce principale, il y avait plusieurs pièces plus petites qui semblaient chacune avoir une fonction précise. Il ne revit pas le Botruc, mais dans l'une d'elles, Lucius trouva une étrange tablette écrite dans ce qui semblait être du gobelbabil. Il n'en était pas certain, car il n'avait jamais appris la langue de ces êtres inférieurs qu'étaient les gobelins, cependant sa curiosité en était renforcée. Était-il possible qu'il y ait un gobelin, ou même une colonie dans ce village ? Il devait absolument en être certain, afin de s'assurer que sa couverture ne soit pas compromise…
Il recopia soigneusement la tablette puis retourna à ses activités. Peut-être trouverait-il quelque chose à la bibliothèque…
***/+/***
Le lendemain matin, une nouvelle lettre se trouvait dans sa boîte aux lettres. Son papier était bleu et le texte était écrit d'une étrange couleur bleu turquoise.
"Mes sources me disent que tu traines dans l'ancien centre communautaire. Pourquoi ne viendrais-tu pas me rendre visite ? J'habite à l'ouest du lac de la forêt, dans la tour de pierre. J'ai peut-être des informations concernant ton… "problème de rat". - M. Rasmodius, Sorcier"
Immédiatement, le cœur de Lucius se mit à accélérer. Cet homme était-il réellement un sorcier ? Était-il au courant de sa réelle identité ? Il ne pouvait s'empêcher de se poser mille et une questions.
Comme les autres villageois, il semblait nourrir une grande curiosité pour sa personne, mais son principal souci était surtout de savoir s'il pouvait représenter ou non une menace. Il décida d'aller le voir le jour-même, sa baguette soigneusement dissimulée dans sa manche. Il arrosa rapidement ses récoltes puis se rendit au sud de son terrain pour rejoindre la forêt.
L'homme habitait dans une haute tour de pierre et lorsque Lucius entra, il se tenait devant une sorte de cercle rituel parsemé de bougies. Sur la gauche, un énorme chaudron produisait une intense fumée verte tandis qu'au fond, un feu vif brûlait dans la cheminée. L'homme était habillé d'une longue robe de mage noire ainsi que d'un chapeau de la même couleur. Il portait un collier et une ceinture en or et avait des cheveux, une barbe et une moustache violette.
- Ah ! Entre. Je suis Rasmodius… Chercheur des vérités arcanique. Je vis entre le monde physique et le monde éthéré. Je suis aussi maître des sept éléments. Gardien de la sacrée… Bon, tu as compris.
Lucius lui jeta un regard circonspect. Il ignorait encore si cet homme était réellement un sorcier, mais il semblait pour le moins excentrique…
- Bonjour. Je suis Angus, le nouveau fermier.
- Je sais qui tu es, Angus. Les esprits m'ont informé de ton arrivée.
- Euh oui, ça faisait quelques semaines que j'avais acheté le terrain, mais il m'a fallu un peu de temps pour tout mettre en ordre.
- Je voudrais te montrer quelque chose. Admire-moi ça.
Il tendit les mains vers son cercle rituel, et un instant plus tard, le Botruc qu'il avait aperçu la veille se trouvait là.
- Tu en as déjà vu un, n'est-ce pas ?
Lucius hésita. Devait-il reconnaître qu'il était capable de voir ces créatures ? Cela le révélerait-il comme sorcier ou bien les moldus étaient-ils capables de les voir aussi ? Il n'eut pas le temps de répondre que l'autre homme continua.
- Ils se nomment "Botrucs"... Ce sont des esprits mystérieux… Pour une raison quelconque, ils refusent de me parler. Je ne sais pas pourquoi ils se sont installés dans le centre communautaire, mais tu n'as aucune raison de les craindre.
Lucius réprima un ricanement en voyant l'air docte de l'homme face à lui. Tout sorcier ayant fait ses études à Poudlard connaissait les Botrucs. Manifestement, le dénommé Rasmodius ne semblait pas nourrir de méfiance à son sujet… Peut-être pourrait-il en profiter ?
- Merci de me partager vos savoirs, monsieur Rasmodius. À ce propos, j'ai trouvé une tablette écrite dans une langue inconnue. Tenez, je l'ai recopiée. Sauriez-vous par hasard la traduire ?
- Hum, c'est vraiment très intéressant… Reste ici, je vais aller voir ça de mes yeux. Je reviens très vite.
Et sans se préoccuper qu'il soit moldu ou sorcier, l'homme transplana sous ses yeux. Au moins, cela signifiait qu'il n'était pas un Cracmol et bien un véritable sorcier. Mais dans ce cas, pourquoi ne se préoccupait-il pas davantage du Secret ? Il s'était directement présenté à lui comme un sorcier et faisait de la magie sous ses yeux, mais cela signifiait-il qu'il était au courant pour ses pouvoirs ? Ou au contraire, était-ce parce que Barnanrusheen était si isolé du reste du monde qu'il ne craignait pas de le dévoiler à l'un de ses habitants ?
Rasmodius réapparu quelques secondes plus tard.
- J'ai pu voir la tablette. La langue est obscure, mais j'ai pu la déchiffrer. Ça dit : "Nous, les Botrucs, sommes heureux de vous aider. En retour, nous demandons des cadeaux de la vallée. Si vous ne faites qu'un avec la forêt, la vraie nature de ce parchemin sera révélée." J'ignore ce que "Un avec la forêt" peut bien vouloir dire mais… Tiens ! Viens ici !
Il s'était positionné devant l'énorme chaudron, et Lucius s'approcha prudemment.
- Mon chaudron fait mijoter plein d'ingrédients de la forêt. Bébé fougère, vers moussu, champignons vénéneux… Tu sens ça ? Tiens. Bois. Laisse l'essence de la forêt envahir ton corps.
- Euh… Je ne suis pas certain que…
- Vas-y, je te dis ! C'est absolument sans risque !
Lucius plissa les yeux. Ne pas boire une potion inconnue était le bon sens même, d'autant que l'autre sorcier semblait assez excentrique, et il lui avait dit qu'elle contenait des champignons vénéneux... Il avait tout de même de solides notions en potion et celle-ci ne lui disait absolument rien. Cependant, ce n'était clairement pas du Veritaserum et il doutait que l'homme veuille l'empoisonner. Tout le village semblait louer sa venue, peut-être était-ce une manière de tester son courage. Refuser de boire pourrait sembler suspect…
Il ne voulait pas prendre le risque que ce Rasmodius lui jette un sortilège d'Amnésie ou de faux-souvenirs. D'une main ferme, il s'empara du gobelet et avala la mixture d'une traite. Si Severus avait été encore en vie, il l'aurait sans doute insulté de tous les noms… Le goût était absolument infâme et il faillit tout régurgiter dans l'instant. Mais la seconde suivante, il lui sembla être entouré par une puissante odeur de pin et il sentit que le paysage tournait autour de lui.
Lorsqu'il reprit conscience de la réalité, il semblait intact, et Rasmodius lui jeta un regard ennuyé.
- Et bien, tu vas pouvoir comprendre le langage des Botrucs désormais. Tu peux partir maintenant, j'ai du travail.
Septique, Lucius se rendit directement au centre communautaire, et il s'aperçut avec stupeur qu'il pouvait désormais déchiffrer sans peine les étranges écritures. Il n'avait jamais entendu parler d'une telle potion mais il ne pouvait que reconnaître ses effets. Manifestement les "Botrucs" réclamaient des offrandes… Et s'il les satisfaisait, peut-être serait-il possible d'obtenir leur aide à la ferme ? Ça valait le coup d'essayer…
Pour l'instant, sa principale préoccupation était de s'enrichir afin d'améliorer son confort, puis gagner la confiance des villageois pour assurer sa sécurité. En répondant à leurs demandes, il s'assurait d'obtenir l'un comme l'autre. Et quelle que soit la difficulté du métier d'agriculteur, c'était bien mieux que de casser des pierres sur l'île d'Azkaban, il en était convaincu.
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Les jours suivants, Lucius s'efforça de livrer différentes choses aux Botrucs. Il y en avait en vérité toute une colonie qui vivait dans l'ancien centre communautaire de Barnanrusheen, et ils réclamaient toutes sortes de babioles, allant d'une poignée de glands à une pépite d'or. Sans doute que l'arbre dans lequel ils nichaient originellement avait été abattu, et qu'ils avaient trouvé refuge dans ce lieu désaffecté des humains…
Un matin, alors qu'il avait déposé toute une série d'offrandes la veille, il avait eu la surprise de trouver tout son champ parfaitement nettoyé, sans la moindre mauvaise herbe ni le moindre caillou pour entraver son labeur. Un autre jour, ça avait été plusieurs plants qui avaient « mystérieusement » poussé en l'espace d'une seule nuit.
Lucius ne pouvait être absolument certain qu'il s'agissait de l'œuvre des Botrucs, mais il lui arrivait désormais fréquemment d'en apercevoir aux alentours de sa ferme et il considérait cela comme un signe : La magie elle-même veillait sur lui et lui offrait sa bénédiction.
Petit à petit, il s'aperçut que ses cultures donnaient de meilleurs produits. Des légumes plus gros, des fruits plus sucrés, des récoltes plus fréquentes.
Ses arbres pouvaient former de nouvelles fleurs chaque jour et ses animaux produisaient des œufs et du lait à profusion, si bien que tous les habitants étaient clients de sa ferme et qu'il ne se passait pas une semaine sans qu'il ne reçoive une commande.
Après quelques mois, la nouvelle vie de Lucius semblait jouir des meilleurs auspices. Ses angoisses s'étaient apaisées et ses cauchemars se faisaient plus rares. Tout ce qu'il espérait, c'était que les choses durent ainsi jusqu'à ce que le monde sorcier l'ait oublié. Qui sait, peut-être que d'ici 15 ou 20 ans pourrait-il retourner parmi les siens ?
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Fin du chapitre 1
RDV lundi pour le second chapitre ! 😉 N'hésitez pas à me faire part de vos remarques et impressions !
