CHAPITRE 14

Si Sarah avait accepté de libérer Jareth de son enchantement, cela ne voulait pas dire qu'elle lui faisait entièrement confiance. Oui, elle avait conscience qu'elle avait besoin d'aide, terriblement et désespérément besoin d'aide. Ça expliquait pourquoi elle s'apprêtait à le libérer de sa prison de bois et de magie alors qu'elle avait juré de ne jamais le faire quoi qu'il pouvait arriver.

Mais elle n'avait pas imaginé qu'un jour, elle croiserait le chemin d'une créature encore plus dangereuse.

Néanmoins, être désespérée ne la rendait pas stupide. Elle ne pouvait pas oublier qui elle avait en face d'elle. Elle ne pouvait pas prendre le risque de faire un faux pas et d'échanger une dangereuse créature de magie et de ténèbres pour une autre.

Alors c'est pour ça que, malgré les minutes qui s'égrenaient comme des grains de sable dans un sablier, Sarah refusait de bouger tant que le roi des Goblins n'aurait pas accepté toutes ses demandes sans la moindre exception. Malgré le fait que le soleil s'était déjà levé, le ciel était sombre, sa lumière étouffée par d'épais flocons de neige qui tourbillonnaient autour eux. Sarah ne pouvait s'empêcher de cligner des yeux pour essayer de déloger les flocons qui ne cessaient de s'accrocher à ses cils. Elle aurait pu décider d'aller se mettre à l'abri dans le mausolée ou même quelque part dans le village mais elle ne voulait pas prendre le risque de quitter le cimetière avant qu'avoir réglé cette question.

Alors, ignorant le froid qui rampait le long de son corps, elle restait assise sur le trône de glace tandis que Jareth se tenait perché sur le haut d'une tombe, ressemblant plus que jamais à une avatar de plumes.

— Sarah Sarah, dit-il en sautant soudain pour tenir sur le sol devant elle avec une grâce toute prédatrice. Ne pourrait-on pas reporter notre petite négociation à plus tard ? On ne peut pas dire que le temps s'y prête ?

Sa voix était égale et son ton enjôleur mais alors qu'il s'approchait d'elle pour la dominer de toute sa hauteur, Sarah pouvait voir l'éclat dans son regard qui montrait qu'il commençait à s'impatienter.

Il approcha son visage du sien et Sarah retint un frisson qui devait forcément être lié au froid. Pour cacher sa réaction, elle croisa les bras et haussa un sourcil impérieux.

— Je ne bougerais pas ici jusqu'à ce que tu me donnes ta parole de roi que tu m'aideras à retrouver tous les enfants d'Hamelin sains et saufs et que tu me promettras de ne jamais porter atteinte aux habitants passés, présents et futurs d'Hamelin et …

Jareth la coupa en se penchant en avant, son souffle se mêlant au sien.

— Et en échange, tu me libéreras de ce maudit casse-noisette, murmura-t-il le regard plongé dans le sien. Et pour finir, je t'aiderais à te débarrasser du Mausekonig, je sais.

Sarah s'efforça de ne pas ciller.

— Je suis contente de savoir que je ne parle pas dans le vide.

Son ton sec arracha un sourire à Jareth et le cœur Sarah manqua un battement. Pour dissimuler son trouble, elle enchaîna.

— Alors ?

Son regard s'attardant sur le rouge de ses joues, Jareth pencha la tête sur le côté.

— Alors quoi ?

Sarah laissa échapper un petit grondement et fit mine de se lever quand Jareth l'arrêta en posant sa main sur la sienne. Sarah se figea et releva la tête vers lui.

— Du calme precious, dit-il en frottant son nez contre le sien. Est-ce que c'est le froid qui te rend si … Piquante ?

L'espace d'un instant, Sarah resta figée, le monde s'effaçant autour d'elle pour ne laisser que la sensation de son nez froid contre le sien. Le geste était étrangement affectueux et bien plus désarmant que tout ce qu'il avait pu lui faire avant.

— Precious ? murmura-t-il en tournant la tête, juste assez pour que ses lèvres ne se trouvent qu'à quelques millimètres de son oreille.

— Je veux ta promesse, répéta-t-elle d'une voix étranglée.

Un soupir lui échappa et cette fois-ci, Sarah ne put empêcher un frisson de la traverser. Jareth se recula juste assez pour que son visage soit face au sien. Du coin de l'œil, Sarah vit quelque chose étinceler. Elle se raidit mais avant qu'elle ait eu le temps de faire quoi que ce soit, une dague de verre apparut dans sa main et Jareth se coupa d'un geste fluide au niveau du poignet, juste au-dessus de son gant, sans jamais lâcher la main de Sarah. Cette dernière tenta de se dégager mais il raffermit sa prise dessus et alors que son sang entrait en contact avec sa peau, une expression des plus solennels se dessina sur son visage et c'est sans la quitter des yeux qu'il prit la parole.

— Je jure par le sang de mes ancêtres et par la terre de ma magie qu'à l'instant où tu mettras fin à mon châtiment je t'aiderais par tous les moyens à retrouver sains et saufs tous les enfants d'Hamelin, à éliminer la menace que représente le Mausekonig et je ne m'attaquerais plus aux habitants Hamelin, qu'ils soient du passé, du présent ou du futur.

Il leva la main de Sarah jusqu'à sa bouche et, les yeux rivés dans les siens, il conclue sa promesse en embrassant doucement le sang sur la peau nue de Sarah. Elle sursauta au contact de ses lèvres contre sa peau, la sensation étouffant presque le bruit lointain de clochettes qui la fit se redresser brusquement.

— Tu as ta promesse, murmura Jareth, ses lèvres caressant sa peau à chacun de ses mots. A toi de remplir ta part du marché maintenant, chère Sarah.

Le regard plongé dans le sien, il lui sembla voir l'éternité s'étirer à l'horizon. Ce qu'elle allait faire ici avait le potentiel de tout bouleverser. Ça allait tout bouleverser mais c'était trop tard pour reculer maintenant.

Si Sarah était complètement honnête avec elle-même, il était déjà trop tard au moment même où elle avait croisé le regard bicolore du roi des Goblins pour la première fois.

— Entendu, répondit Sarah.

Jareth se redressa, le sourire aux lèvres, et il ouvrit la bouche, probablement pour dire quelque chose de stupide qui donnerait envie à Sarah de renoncer et partir en courant. Alors, au lieu de lui expliquer ce qu'elle devait faire pour le délivrer du sort, elle arrêta de tergiverser et profita de l'occasion. Elle se redressa, ferma les yeux et se pencha pour l'embrasser.

A l'instant où ses lèvres entrèrent en contact avec les siennes, c'était comme si Jareth s'était transformé en statue de sel. Le cœur battant la chamade, elle garda les yeux fermés et, contre ses lèvres toujours immobiles, elle murmura la formule qu'elle avait mémorisé et gravé en elle il y a des années quand elle avait dû demander l'aide d'Oncle Drosselmeyer. En réalité, les mots avaient peu d'importance. C'était le contact et l'intention qui comptaient et c'est pour ça que Sarah préférait garder les yeux fermer.

Elle ne voulais pas prendre le risque de se laisser déconcentrer … Encore plus que ce qu'elle n'était actuellement.

Jareth n'avait toujours pas bougé quand Sarah sentit la magie prendre effet. Il y eut comme un craquement sourd puis une odeur de fumée et cannelle qui envahit l'air avant de disparaître presque immédiatement.

Comme Jareth n'avait toujours pas bronché, Sarah qui commençait à se sentir mal à l'aise décida qu'il était temps de mettre fin au baiser. Ce n'était pas son premier baiser mais d'habitude, s'ils n'avaient pas été renversants, au moins ils ne lui avaient pas donné l'impression d'être en train d'embrasser … Un jouet en bois.

— C'est bon, tu es ... commença Sarah en se reculant légèrement au fond du siège.

Mais elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase que Jareth avait réagi et quelle réaction !Sarah eut juste le temps de remarquer que ses vêtements avaient changé pour prendre la couleur d'un ciel d'orage quand il tira sur sa main pour l'attirer vers lui et l'embrasser.

Et cette fois-ci, les pensées de Sarah s'éparpillèrent face à sa réaction. Le baiser se fit immédiatement à la fois profond, taquin et sensuel. Il suça et mordilla sa lèvre inférieure et Sarah laissa échapper un gémissement qui la fit rougir. En réponse, il émit un délicieux ronronnement et il passa ses doigts dans sa chevelure pour l'attirer plus près de lui.

Sarah était presque sûre que c'était une mauvaise idée mais elle ne se rappelait plus pourquoi. La neige continuait de tomber autour d'eux mais elle n'avait plus froid, surtout quand elle sentit sa main glisser de ses cheveux jusqu'à sa poitrine.

Mettant fin au baiser malgré les murmures de protestations de Sarah, Jareth blottit sa tête contre son cou et prononça son nom si doucement qu'elle eut l'impression qu'elle l'avait imaginé. Mais elle n'eut pas le temps de s'interroger sur cette soudaine ferveur parce que son corps se glissa contre le sien et Jareth l'embrassa de nouveau, son baiser gagnant encore en intensité, plongeant Sarah dans un tourbillon de sensations. Son corps se fit chaud et malléable sous le sien mais Sarah ne put s'empêcher de mordiller sa lèvre à son tour ce qui ne déplut pas du tout à Jareth qui laissa échapper un grondement et redoubla de ferveur.

Elle réalisa qu'elle était en train de l'enlacer quand Jareth mit de nouveau fin au baiser pour se reculer légèrement. Sarah allait protester mais il laisser courir ses lèvres chaudes le long de son cou. Elle frissonna en sentant sa bouche chaude et humide titiller et mordiller mais elle retint un nouveau gémissement quand son corps chaud et dur se coula contre le sien, ses lèvres suivant la courbe de son cou, le creux de son épaule et enfin la courbure de sa poitrine.

Pendant un instant, Sarah se figea quand son cerveau embrumé réalisa enfin qu'elle ne portait plus ni manteau ni robe, seulement ses sous-vêtements, une chemise blanche tout ce qu'il y avait de plus banal qui lui tombait jusqu'aux genoux. Elle ne sentait même pas le froid sur sa peau et alors qu'elle s'apprêtait à se redresser pour essayer de remettre de l'ordre dans ses pensées, Jareth effleura de ses lèvres la peau rougi de ses seins dénudés et ses questions moururent dans un souffle. Elle se mit à trembler légèrement quand ses cheveux doux comme des plumes effleurèrent à leur tour sa peau quand Jareth descendit encore plus bas.

Elle se raidit un instant avant de se figer quand il se glissa à ses pieds, agenouillé devant elle alors qu'elle était toujours assise sur le trône, le corps fiévreux et le cœur battant à tout rompre.

— Ma précieux Sarah, murmura-t-il accroupi devant elle, le regard brûlant. Tu ne peux pas imaginer ...

Il laissa sa phrase en suspense et Sarah eut l'impression qu'il avait perdu le fil de ses pensées vu la façon dont ses yeux la dévoraient. Quelque part en elle, il y avait une certaine satisfaction de savoir qu'elle n'était pas la seule prisonnière de cette folie. Elle allait répliquait quelque chose quand, sans la quitter des yeux, il commença à enlever ses gants avec une lenteur calculée, un par un, avec ses dents. Une douce chaleur envahit le corps de Sarah et elle était presque sûre que ses joues devaient être cramoisies. Jareth sourit d'un air satisfait et, une fois les gants enlevés, lentement, comme s'il voulait lui laisser le temps de l'arrêter, ses mains remontèrent le long ses chevilles puis de ses mollets jusqu'à ses genoux qu'il écarta doucement.

Sarah prit une brusque inspiration et il marqua une pause mais elle ne fit rien pour l'arrêter. Elle avait peut-être perdu la tête mais dans la série des mauvaises décisions qu'elle avait pu prendre ces dernières années, ce n'était probablement pas la pire.

Ni la dernière.

Voyant qu'elle n'allait rien dire, il se pencha entre ses jambes et Sarah ferma les yeux. Le visuel était trop intense mais elle réalisa rapidement son erreur quand chaque sensation lui sembla décupler une fois les yeux fermés. Son souffle chaud entre ses jambes la fit frissonner et elle ne put retenir un gémissement quand sa langue humide et râpeuse caressa sa partie la plus intime. La sensation de ses cheveux contre l'intérieur de ses cuisses était irrésistible et elle se mit à haleter.

Sans s'interrompre, il souleva ses jambes pour les mettre sur ses épaules et elle sentit son corps glisser sur le trône mais Jareth la maintint en place et soudain, le monde de Sarah ne fut plus que chaleur humide et moite, frissons de plaisir et gémissements à peine étouffés. Une vague de sensations monta en elle et elle plongea les doigts dans ses cheveux pour le rapprocher ou pour autre chose, elle ne savait pas vraiment. Soudain, il la mordit et son corps s'arc-bouta, sa bouche s'ouvrant en un cri silencieux.

Le corps alangui et l'esprit trouble, cela prit un moment à Sarah pour reprendre ses esprits et cela lui prit encore plus longtemps avant de réaliser que si elle était toujours sur le trône, ses jambes tremblantes reposaient désormais sur le sol froid et elle était désormais seule dans le cimetière, sans manteau et sans robe.

Et elle se rappela enfin pourquoi embrasser le roi des Gobelins était une mauvaise idée.