Hello everyone!

En voilà un chapitre qui aura mis du temps à sortir... pas mal de choses dans ma vie, les vacances, les enfants, le jardinage intensif, un déménagement en perspective...tout ça tout ça.

Donc merci de votre patience et même si c'est lent, je compte toujours aller au bout de cette fic!

Merci à Kuro-Hagi (qui elle doit avoir un clône pour arriver à tout mener de front et publier autant) pour son oeil expert et ses conseils avisés. Merci à Futae pour son soutient, best cheerleader ever, et me dire de foncer quand j'ai un doute! Merci à Yuhonorine pour ses encouragements également et toutes les filles avec qui j'ai plaisir à échanger régulièrement.

J'espère que ce chapitre va vous plaire et n'hésitez pas à me faire part de vos remarques et commentaires en review ou en MP (promis, je ne mords pas ;)


"Un problème Ahomine ?"

La bonne humeur relative du basketteur s'envola instantanément alors que Kat arborait un sourire radieux.

"Oi! On peut savoir ce que tu fous là ? Vire ton bras tout de suite…" tempêta le métis en se dégageant de la prise de la jeune femme.

"Ooooh c'est bon! Détend-toi un peu! C'est pas comme si l'un de mes seins allait te crever un oeil…"

Le sarcasme… Pas sûr qu'il comprenne, pensèrent de concert des deux témoins de Taiga.

"Là, j'te rejoins… Aucun risque…" répondit Daiki d'un ton sec en baissant le regard vers la poitrine de la jeune thérapeute, poitrine qui manquait définitivement de volume à son goût.

Blasé, il releva la tête et réalisa que Kat, perchée sur des talons de dix centimètres, avait les yeux à la même hauteur que les siens. Et quels yeux! Identiques à ceux de son frère. Enfin, si Kagami avait porté de l'eyeliner et du mascara. Mais cette lueur, cette étincelle de défi qui animait ses prunelles était semblable à celle de son rival.

Troublé, il détacha son regard des iris carmins et scruta le reste du visage de Kat. Il nota quelques discrètes taches de rousseur sur son nez et ses pommettes. Et ça, c'était unique, Kagami n'en avait pas… Non pas qu'il l'ait déjà étudié de si près mais ils avaient passé suffisamment de temps ensemble pour savoir que sa peau était quasi immaculée. Bon, okay, il l'admettait, un peu jaloux de la pilosité de son ami, il lui était déjà arrivé de regarder le faciès de Kagami de très près afin d'essayer de comprendre pourquoi son propre visage restait désespérément imberbe… Comme si l'étude minutieuse des poils de l'Américain allait lui apporter quelconque réponse. Ce souvenir le fit légèrement sourire… Ou alors étaient-ce les tâches de rousseur ? Il ne le reconnaîtrait jamais mais il trouvait cela plutôt mignon.

Il s'attarda ensuite sur la bouche fardée d'un rouge profond et, là encore, son éternel rival s'immisça dans son esprit. Il avait goûté aux lèvres charnues de Kagami. Et même s'il avait bien intégré que cette soirée était une énorme erreur et qu'il devait en effacer le moindre souvenir -aussi agréable soit-il-, il se demanda si celles de Kat avaient le même goût, la même chaleur.

Mais bordel de merde, à quoi je pense moi ?

Chassant ses pensées, Aomine recula d'un pas et lorgna sans vergogne le reste du corps de sa vis-à-vis. Là, plus de comparaison possible. Kat portait une petite robe verte émeraude en satin. Courte. Très courte. Il l'avait pourtant vue en short la veille alors qu'elle revenait de sa session shopping avec l'épouse d'Akashi mais, obnubilé par l'absence flagrante de rondeurs au niveau du t-shirt, il n'avait pas prêté attention à ses jambes. Des jambes interminables. Ambrées. Fines. Musclées. Puissantes certainement. Kat pouvait-ellesauter aussi haut que son frère ? Etait-ce la marque de fabrique de la famille ? L'as des Toyota Alvark pensa qu'il aimerait bien voir ça…

Oh merde, je recommence… Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez moi ?

"La vue te plaît ?" le coupa Kat dans sa contemplation.

"Genre, comme si c'était possible… J'essaye juste de comprendre comment une fille comme toi peut être mannequin…" répondit âprement Aomine chez qui les réparties cinglantes fusaient aussi naturellement que les paniers sur un terrain.

"Va savoir…" rétorqua Kat à son tour. Son ton n'avait rien d'agressif. Au contraire, elle semblait s'amuser de la situation.

Elle n'avait pas fait autant de kilomètres pour se prendre la tête avec quelqu'un qui, de toute évidence, ne réalisait pas le manque total de cohérence entre ses paroles et ses actes. Elle s'était bien rendu compte que, depuis le matin, le basketteur ne la lâchait pas des yeux. Cependant, mis à part ce détail, son animosité à son égard n'avait pas faiblit. Le frère de coeur de sa future belle-soeur était un vrai mystère pour elle. Mais plutôt que d'essayer de le comprendre -après tout, elle était kiné, pas psy-, elle avait décidé de s'en accommoder.. Et même de s'en amuser en s'efforçant de le provoquer subtilement afin de le faire sortir de ses gonds… Ce n'était pas très malin mais après tout ce ne serait que lui rendre la monnaie de sa pièce pour son accueil de la veille.

Alors qu'il s'apprêtait à surenchérir, Aomine se tourna vers Kuroko et Himuro espérant obtenir quelconque soutien de l'un d'eux. Grossière erreur. Si le premier ne laissait rien paraître, le brun ténébreux était hilare. Aux premières loges, ils avaient assisté en silence à toute la scène et en étaient parvenu à la même conclusion : quoique pouvait en dire Aomine, Kat était définitivement à son goût. Ce qu'ils ne comprenaient pas par contre, c'était l'énergie qu'il déployait pour s'auto-convaincre du contraire et l'aversion qu'il manifestait pour la jeune femme. Quand il avait appris son existence quelques jours plus tôt, Daiki s'était enthousiasmé au point de mettre un ultimatum à Kagami pour la rencontrer. Mais, maintenant qu'il l'avait en face de lui son comportement était des plus déroutant. A certains moments il bloquait et la fixait de longues minutes, trahissant une attirance évidente, à d'autres la contrariété venait troubler ses traits et l'agressivité faisait surface. Kuroko n'avait donc plus le choix, l'Assemblée des Chevaliers de l'Apocalypse (A.C.A. pour les intimes, c'était Midorima qui les avait surnommés ainsi), dont les membres n'étaient autre que lui-même, Kise, Himuro et Takao, allait devoir une nouvelle fois se réunir afin d'aider le métis à ouvrir les yeux et assumer ses sentiments. Et ainsi rendre le monde meilleur. Ou pas. C'était selon leur humeur en fait.

"'tain les gars vous faites chier…" se contenta donc de répondre le concerné pour ne pas s'enfoncer plus. Même un idiot comme lui sentit que le terrain était glissant et qu'il ferait mieux de se taire.

Kuroko trouvait que jusqu'à présent, Kat s'était montrée étrangement magnanime en ne répondant pas aux provocations d'Aomine. Même s'il savait qu'elle avait, tout comme son frère, un très bon fond, il l'avait également déjà vu s'enflammer pour moins que ça. Qu'avait-elle derrière la tête ? Encore une énigme à soumettre à l'A.C.A.

Mais pour l'heure il fallait changer de sujet. Il serait dommageable pour tout le monde que le métis arrive remonté comme une pendule à la cérémonie… En trouble fête on faisait difficilement mieux qu'Aomine Daiki contrarié ou vexé…

"Tu es sublime Kitty-san! Par contre, je n'y connais pas grand chose mais je ne suis pas certain que ce soient les chaussures les plus adaptées pour marcher dans le sable…"

"T'inquiètes Tetsu, je vais les enlever… Mais ce n'est pas souvent que je peux mettre des talons hauts sans me sentir comme une géante… et sinon on y va ?"

"Tu as raison, il faut y aller. Si Momoi-san nous trouve ici elle va nous massacrer."

Les quatre témoins se mirent ainsi en route, direction : la plage. Kuroko et Himuro marchaient l'un à côté de l'autre suivis de près par Kat. Fermant la marche quelques pas derrière, Aomine faisait visiblement de gros efforts pour retrouver son calme.

Ce qui n'était pas évident étant donné la vue troublante offerte par la jeune femme : sa robe ne révélait pas uniquement des jambes sublimes, elle était également dos nu et laissait apparaître les fossettes de ses reins.

Le basketteur avait lu récemment une étude des plus fiable -trouvée sur un obscure site de médecine alternative, entre deux sessions YouPorn- expliquant que les personnes possédant des fossettes sacro-iliaques étaient de meilleurs coups que le reste de la population. Adepte des théories fumeuses, Aomine ne se sentait pourtant pas l'âme de vérifier la véracité de celle-ci.

Pas moyen...


Comme beaucoup d'établissement du même standing, l'Akashi Beach Resort & Spa possédait une immense plage privée. Sable blanc, eaux limpides, beach bar et personnel au petit soin, tout était fait pour que les touristes fortunés se sentent comme chez eux et dépensent sans compter.

Cependant, la plage retenue pour la cérémonie avait un côté plus confidentiel. Petite enclave laissée au naturel entre deux falaises, son accès était camouflé par la végétation et seuls les clients les plus fidèles avaient connaissance de son existence.

Pour l'occasion, des dizaines de petits bancs blancs avaient été disposés sur le sable face à la mer et à un kiosque en bois flotté surmontait une estrade. Tout le mobilier était décoré de voilages en mousseline blanche, de rubans rouges et rose, ainsi que des bouquets par centaines. Il y en avait partout. Des fleurs de toutes les couleurs, du rouge le plus profond au rose le plus léger, en passant par le fushia, le pourpre et le rubis, le tout réhaussé par de petites touches vert citron. Renoncules, pivoines, roses, dahlias, arums, orchidées et santinis se mélangeaient avec une harmonie déconcertante. Certaines fleurs ne poussaient même pas au Japon et encore moins à cette saison.

"Wahooo ! C'est extraordinaire !… Ça a dû coûter une blind en fleurs… Je me demande comment mon frère a pu se payer ça…" lâcha Kat à voix haute, sans se soucier de l'image que de tels propos pouvaient renvoyer.

"C'est un cadeau d'Akashi-sama." répondit Kuroko ralentissant pour se mettre à sa hauteur et ainsi lui faire bénéficier de sa misdirection.

"Votre pote à qui appartient l'hôtel ? Mais à quel point il est riche celui-là ?"

"Tu n'as pas idée… Mais ce n'est pas lui, c'est le cadeau de son père. Enfin, l'un des cadeaux."

"Je n'imagine même pas à quoi devait ressembler la déco au mariage de son fils."

"On se serait cru à Disneyland."

"Et il est généreux comme ça avec tout le monde ? Parce que j'ai des projets à lui soumettre dans ce cas…"

"Non, laisse tomber, ton frère et Momoi-san c'est spécial. Je pense qu'Akashi-sama leur est reconnaissant de ce qu'ils ont fait l'un et l'autre pour son fils par le passé… Si Kagami-kun ne l'a pas encore fait je te raconterai plus tard."

Alors qu'ils continuaient de marcher dans l'allée menant à l'estrade, Kat regarda autour d'elle découvrant plein de nouveaux visages. Au vu des gabarits de certains, bien que loin des standards de la NBA, elle supposa que bon nombre d'entre eux étaient des basketteurs de l'équipe dont Momoi avait la responsabilité.

Plus qu'une simple manager, la jeune femme aux cheveux roses était une véritable petite maman pour l'équipe. Bien que son frère de coeur fusse toujours celui qui lui accaparait le plus de temps, elle veillait au bien-être de ses joueurs comme une mère poule sur ses poussins. Et c'est donc tout naturellement qu'ils avaient répondu présents pour célébrer son union avec Kagami.

Voyant Aomine à la traîne, Kat décida de ralentir de pas, lui permettant ainsi de la rattraper et d'arriver ensemble face aux invités. Ne bénéficiant soudainement plus de la misdirection du joueur fantôme, la présence de la jeune femme sauta alors aux yeux de l'assistance. Ayant déjà expérimenté les pouvoirs magiques de Kuroko, elle ne fut pas tellement surprise de cette situation mais elle remarqua avec amusement que, outre les regards braqués sur elle, les commentaires allaient bon train.

"C'est qui ?"

"C'est la nouvelle copine d'Aomine ?"

"Regarde, il fait la tronche… C'est quoi son problème ? Elle est canon!"

"Comment il fait pour toujours se dégoter des meufs comme ça ? Elle est trop bonne!"

"T'as raison, j'lui mettrai bien une cartouche moi aussi… On verra la semaine prochaine quand il en aura changé…"

"T'as envie de passer derrière ce mec toi ? Avec tout ce qu'il se tape il doit forcément avoir la bite qui suinte… Parce que j'en ai déjà croisées plusieurs et elles sont loin d'être toutes aussi classes que celle-là…"

"N'empêche qu'il assure le con!"

"Ouais, c'est écoeurant. J'me demandent ce qu'elles lui trouvent... Bon, j'suis pas gay hein… Mais faut reconnaitre qu'il est beau gosse... 'Fin quand même, dès qu'il l'ouvre ça tue tout…"

Un peu étonnée par ce qu'elle entendait, Kat, taquine, décida de railler gentiment Aomine qui visiblement n'appréciait guère la conversation entre les membres de son équipe. La mâchoire serrée et le regard sombre, son agacement semblait reprendre le dessus.

"Alors Don Juan, on a la bite qui suinte ?" lui chuchota-t-elle à l'oreille.

Bon okay, pour la délicatesse on repassera.

"Va te faire foutre ! Et j't'ai déjà dit de pas m'toucher!"

C'était plutôt violent comme réaction mais quand on cherchait Aomine, on le trouvait.

D'accord, il collectionnait les conquêtes, mais le basketteur avait toujours mis un point d'honneur à sortir couvert. Ce n'était pas tant les MST qu'il redoutait mais l'idée de se retrouver avec un mouflet ou deux alors qu'il n'avait pas encore réalisé le tiers de sa bucket list ne le tentait guère. Donc non, Daiki Junior, toujours bien à l'abri sous son chapeau en latex, se portait comme un charme et cette bande de frustrés pouvait bien se mettre leurs idées reçues… euh, là où il pensait... Mais, ce qui le mettait vraiment hors de lui, c'était qu'on puisse l'imaginer être en couple avec…. elle!

Non mais et puis quoi encore ?

"Oh c'est bon ! Tu prends toujours tout au premier degré comme ça ou ça t'arrive de te détendre ? C'est fou c'que tu peux être coincé en fait..." tempéra, à sa manière, l'Américaine soucieuse de calmer un peu le jeu à quelques secondes de la cérémonie. Elle voulait l'asticoter, pas provoquer un esclandre.

"J'suis PAS coincé !"

"Et bien on dirait pas… Ce sont tes coéquipiers ? Qu'est-ce que tu leurs as fait ?"

"Pas tes oignons… Et lâche moi un peu ! C'est quoi le délire depuis tout à l'heure ? T'arrêtes pas d'me coller !"

"Alors non j'te colle pas et le délire c'est que mon frère et ta meilleure amie se marient tu as oublié ? On a deux-trois formalités qui nous attendent, donc que ça te plaise ou non tu vas devoir faire avec ma personne."

Là, Aomine avait le choix. Soit il répondait et les hostilités étaient officiellement ouvertes, signant ainsi son arrêt de mort car Satsuki ne lui pardonnerait jamais d'avoir gâché sa cérémonie… Soit il réprimait son tempérament de feu, pendant au moins vingt-quatre heures, et tout le monde passait un bon moment. A défaut d'être le mec le plus intelligent de la terre, le métis connaissait quand même les limites à ne pas dépasser et là, clairement, c'en était une. Malgré ses nerfs à fleur de peau, il se contenta donc d'un grognement en guise de réponse et continua son chemin.

Pendant ce temps, à quelques mètres de là, une autre équipe célébrait ses retrouvailles. Sans pour autant avoir de places attribuées, les anciens membres de l'équipe de Too se retrouvèrent assis tous ensemble. Ils se remémoraient les souvenirs de leur première -et unique pour certains- année ensemble. Tous s'accordaient à dire que jamais ils n'auraient imaginé se retrouver un jour pour célébrer l'union du seul membre féminin de la Génération des Miracles et de celui qui leur avait mené la vie si dure à l'époque. Alors que la conversation allait bon train, l'apparition soudaine de Kat les laissa sans voix. La plupart se demandait comment leur ancien as avait bien pu trouver une telle cavalière et surtout qui elle était pour avoir l'honneur d'être le témoin de leur amie aux cheveux rose. Imayoshi, seul à connaître l'identité de Kat, décida d'éclairer leurs lanternes.

"Messieurs, laissez moi vous présenter Wilson Kat, née Kagami… Comme son nom de naissance l'indique, il s'agit de la soeur de Kagami Taiga. Et pour être précis, sa soeur jumelle. Elle a pris le nom de sa mère suite au divorce de leurs parents et a aujourd'hui la nationalité américaine. Elle nous arrive de New York et vient d'obtenir son diplôme de kinésithérapeute à l'université de Columbia, où elle a terminé sixième de sa promo. Elle démarrera en septembre une année supplémentaire en traumatologie du sport. Elle est également mannequin fitness à l'agence Wilhelmina Models, ce qui lui a permis de financer elle même ses études depuis que sa mère, grande avocate de son état, a coupé les ponts il y a cinq ans. Elle vit en collocation avec la photographe de mode Jade Cooper qu'elle considère comme sa grande soeur. Elle pratique le yoga, le parkours et voue un culte de la personne à l'athlète américaine Jessie Graff. Elle se déplace principalement en vélo car elle déteste les transports en commun… Trop sales selon elle. C'est une réelle maniaque de la propreté. Elle aime faire la fête et même si elle est actuellement célibataire, elle a une belle collection d'amants à son actif."

"Désolé… C'est impressionnant mais… Excuse-moi… Mais comment tu peux savoir tout ça ?" tenta timidement Sakurai qui n'avait visiblement pas perdu son habitude de s'excuser pour un oui ou pour un non.

"Rappelle-moi ce que tu fais dans la vie déjà ?" enchaîna à son tour Susa qui vivant désormais à Kyoto, n'avait pas eu beaucoup de nouvelles de son ancienne équipe depuis son départ du lycée.

"Disons que je travaille dans l'informatique."

"Désolé de te demander ça mais tu n'avais pas eu des problèmes avec la justice il y a quelques temps ? Vraiment désolé mais... Je travaille au tribunal et excuse-moi mais il me semble avoir vu ton nom un jour. J'suis désolé."

"Je sais très bien où tu travailles. Et… Hummmm… Je ne vois absolument pas de quoi tu parles."

Sakurai blêmit alors, avant de se confondre, encore, en excuses.

Wakamatsu, au courant du travail un peu particulier de son aîné, de son passé trouble et de sa collaboration ponctuelle avec la police sur certaines affaires, n'avait prêté aucune attentionaux échanges de ses ex-coéquipiers. Pour lui, rien d'anormal dans le fait que son ancien capitaine connaisse en détail la vie d'une -jusqu'alors- inconnue. Il était même persuadé qu'Imayoshi en savait bien plus qu'il ne voulait le dire, mais qu'importe, le jeune policier n'avait retenu qu'une seule information : "Célibataire ? Tu as bien dit célibataire?"

"Oooh, je vois que tu aimes toujours autant jouer avec le feu ?"

"Hein ? Pourquoi ? Tu crois que j'ai aucune chance ?"

"Oh non, au contraire. Et puis tu es un grand garçon et de surcroît un officier de police reconnu maintenant... Tu as tout à fait le droit d'aimer vivre dangereusement. Donc si tu as des projets pour ce week-end, je te dirai simplement bonne chance."

"YOOOSH ! Alors c'est décidé ! Il est hors de question que j'la laisse à Aomine! Ce soir, Kagami est dans mon lit !"

"Désolé mais tu veux parler de Wilson…" rectifia poliment Sakurai.

"Ouais, enfin, vous m'avez compris hein ?! Kagami soeur, Wilson… La fille canon là-bas quoi!"

Tandis que le jeune officier essayait de rattraper son lapsus comme il pouvait, Imayoshi laissa échapper un petit rire des plus énigmatiques… Voire même sadique pour qui savait faire la différence chez lui.

Interrompant le joyeux brouhaha de la foule, Akashi vint se placer sur l'estrade, entre les quatre témoins. La musique d'ambiance diffusée jusqu'alors s'arrêta et d'un même mouvement tout le monde se tourna vers l'arrière.

Sur un air des Surfaris, rappelant qu'il avait grandi sur les plages californiennes, Kagami fit son entrée au bras de celle qu'il considérait comme sa mère. Bien qu'elle même se serait plutôt qualifiée de grande soeur, Alex prenait son rôle très au sérieux et l'émotion de conduire son petit protégé jusqu'à l'autel transparaissaitsur son visage. Les larmes n'étaient pas très loin.

Pourtant habituée aux tenues extravagantes mettant en valeur sa plastique parfaite, l'ancienne joueuse de WNBA avait opté pour une robe longue, simple, d'un fuchsia éclatant et reflétant son tempérament naturellement jovial.

Encore une fois, des chuchotements se firent entendre parmi les invités. Les commentaires venaient principalement de la gente masculine qui trouvait que l'entourage féminin de l'Américain valait à lui seul le déplacement jusqu'à Okinawa. Une voix se fit néanmoins entendre modérant leurs propos, rappelant que TOUTES ne pouvaient pas être logées à la même enseigne, citant par exemple son ancienne coach qui pouvait plus facilement être qualifiée de démon que de déesse... Démon qui de toute évidence avait trouvé son double en la personne d'Hyuuga, ce dernier venant défendre l'honneur de sa femme à grands coups de claques derrière la tête du malotru. Aucune remarque supplémentaire ne vint plus perturber l'arrivée du marié.

Taiga, plus souriant que jamais, portait un costume chic et décontracté, dont la couleur blanche mettait en valeur son bronzage peaufiné ces derniers jours à se la couler douce sur la plage. Seule touche colorée, un petit mouchoir rouge bordeaux, venait garnir la poche de son veston laissé ouvert.

Arrivés à destination, Alex lâcha le bras de son poulain pour aller s'asseoir à côté de M. Kagami, au premier rang. Le jeune pompier s'installa alors à la droite d'Akashi. Quand la musique se tue à nouveau, ce dernier annonça très solennellement :

"A présent, je vous invite à vous lever pour la mariée."

C'est également sur un air folk-surf-ukulele que Momoi avait choisi de faire son entrée au bras de son père. Somewhere over the rainbow… Tellement cliché… Tellement parfait!

Parfait comme le choix de sa robe. Satsuki avait opté pour un modèle assez près du corps, une robe fourreau, dos nu, toute en dentelle française, mettant sa poitrine et ses courbes en valeur sans tomber dans le piège de la vulgarité ni la transformer en meringue. Ses cheveux au vent, surmontés d'une couronne de fleurs blanches et son maquillage léger venaient compléter le tableau délicat, la faisant ressembler à une princesse bohème tout droit sortie d'un conte de fée. Ou de Woodstock. Les avis divergeaient sur la question mais tout le monde s'accordait sur le fait que la mariée était sublime.

Bien qu'elle ait tout -ou presque- orchestré elle-même et qu'elle savait à quoi s'attendre, Momoi fut impressionnée par tous ces regards tournés vers elle. A sa manière, elle aussi était une joueuse de l'ombre. Elle n'avait pas l'habitude d'être sous le feu des projecteurs et s'empourpra vivement.

En la voyant, la mâchoire de Kagami descendit d'un étage et son regard s'illumina. Il avait beau partager sa vie depuis des mois et l'aimer plus que de raison, la voir ainsi, si belle et boulversée, elle habituellement si sûre d'elle, fit à nouveau chavirer son coeur.

C'était donc avec des yeux de merlan frit et un sourire des plus niais, mais des plus heureux, que l'ancien joueur de NBA regarda sa future femme s'avancer vers lui.

Parmis les VIP du premier rang, un autre homme avait le regard rivé sur Satsuki. Kise n'avait pas perdu une miette de l'arrivée de son amie et une certaine fierté lui emplissait la poitrine. Et pour cause, il était celui qui avait aidé la manager à choisir sa robe et avait insisté pour rester simple là où la demoiselle se serait bien laissée séduire par des montagnes de tulles et des kilomètres de voiles. Elle avait fini par l'écouter et il le résultat dépassait les prévisions du mannequin, qui ne put retenir quelques larmes.

Les mariés réunis, Akashi débuta la cérémonie par un émouvant discours, rappelant à chacun l'importance de l'amour et des valeurs du mariage dans la société actuelle. Sa personnalité effrayante laissa place à quelque chose de beaucoup plus doux et chaleureux. Cette facette de l'Empereur, que beaucoup ne connaissait pas, émut autant que les mots qu'il prononçait. Tout le monde pouvait sentir l'affection qu'il portait à ses deux amis.

Après l'allocution d'ouverture, ce fut au tour des témoins de lire des citations, chansons, poèmes ou contes philosophiques sélectionnés par les mariés pour illustrer leur histoire, de leur rencontre jusqu'à ce jour.

Enfin, Kuroko s'avança avec une sorte de parchemin qu'il donna à Kagami. Après l'avoir déroulé et fixé quelques secondes en silence, le jeune pompier prit une grande inspiration et se lança, la voix tremblante.

"Satsuki

Quand on s'est rencontré au lycée, tu n'avais d'yeux que pour Kuroko. Tu étais déjà très belle et même si je connaissais les préférences de mon coéquipier je n'ai pas cherché à briser tes rêves ou à te draguer… Je crois qu'en fait tu m'impressionnais…

Je dois reconnaître aussi que l'énergumène qui te sert de meilleur ami…"

"Oi!"

"...m'a hypnotisé avec son basket et que pendant longtemps c'est tout ce qui a compté pour moi."

"Hummm… j'aime mieux ça..."

"Puis, il y a eu mon départ aux Etats-Unis, les études et la NBA et tu sais mieux que personne où ça m'a conduit. Même si c'est Aomine qui est venu me chercher, et je l'en remercie encore une fois...

"Tu m'en dois une mec !"

"Shhh… Dai-chan !"

"Même si c'est Aomine qui est venu me chercher, c'est toi qui a patiemment reconstruit ma vie. Tu m'as vu au fond du gouffre, plus mal que jamais et là où n'importe qui d'autre aurait fuit, tu t'es remontée les manches et tu as commencé à faire bouger les choses une par une. Avec ta patience et ta persévérance, tu as transformé ma vie et même si je sais que tu n'approuves pas toujours mes choix, tu as toujours été, tu es toujours d'un soutien sans faille. Pour ça, je te serais éternellement reconnaissant."

Reprenant sa respiration, Kagami leva les yeux de sa feuille pour regarder sa femme et il vit des larmes commencer à perler au coin de ses yeux. Il n'osa pas regarder vers les invités mais le silence qui régnait laissait à penser que Momoi n'était pas la seule touchée par ses mots. La gorge nouée, il reprit sa lecture.

"Puis, petit à petit, sans m'en apercevoir, mes sentiments ont commencé à changer et la gratitude a laissé place à… Autre chose. Quelque chose pour lequel je n'avais pas de mot mais quelque chose d'agréable. Je n'avais jamais vraiment été amoureux jusque-là et pour moi, les papillons dans mon ventre à chaque fois que l'on passait du temps ensemble me rappelaient juste que j'avais faim…"

Cette anecdote eu le don d'alléger un peu l'atmosphère et tout le monde se mit à rire. Après tout, Kagami restait Kagami.

"Mais même après quelques burgers, ça ne passait pas… Maintenant je peux te le dire mais je suis allé voir Midorima pour savoir à quoi c'était dû… Et tu le connais, il a compris tout de suite mais ce tsundere a préféré me laisser galérer."

Tout le monde se tourna subitement vers le jeune médecin qui, chose trop exceptionnelle pour ne pas être soulignée, laissa transparaître son amusement dans un sourire en coin.

"Heureusement, j'ai fini par avoir les réponses à mes questions et il s'avère que ce n'était pas de junkfood que j'avais faim…"

L'assistance, mi-choquée, mi-amusée laissa échapper un "Ooooh". Seul Izuki jubilait, le jeu de mot allait lui faire le week-end. Reprenant un air sérieux, le jeune pompier se racla la gorge et reprit.

"Satsuki, tu es la femme la plus forte que je connaisse. Tu es belle. Intelligente. Douce. Attentionnée. Bourrée d'humour. Surprenante. Ta dévotion à tes proches est sans limite et la présence de Kat aujourd'hui en est une preuve supplémentaire."

Cette fois, ce fut vers la jeune thérapeuthe que les regards se tournèrent.

"Je ne sais pas ce que j'ai fait pour en mériter autant, continua Kagami plus ému que jamais, je me sens comme l'homme le plus chanceux du monde... Je sais que je ne suis pas le mec le plus intelligent… Alors j'ai juste décidé d'arrêter d'essayer de comprendre et de profiter de ce que la vie m'offre.

Satsuki, je suis heureux mais surtout très fier de devenir ton mari.

Alors, devant tout le monde, nos familles et nos amis, je m'engage à tout faire pour te rendre heureuse les deux cent prochaines années… Je te promets de toujours prendre soin de toi comme tu as su le faire avec moi. Je te promets d'être là pour toi, pour partager tes joies mais également tes peines, de supporter tes excentricités sans broncher, ta cuisine…"

Ceux qui avaient entendu parler des prouesses de la jeune femme derrière les fourneaux rigolèrent tandis que ceux qui en avaient fait les frais pâliren. Aomine en tête. Kagami reprit.

"Je te promet tout simplement de t'aimer un peu plus chaque jour. Et beaucoup plus chaque nuit."

Pour ceux qui n'avait pas compris la première fois, ce coup-ci l'allusion était claire. Tellement claire que certains restèrent coi et mirent un moment avant de comprendre que Kagami venait bien de clore son discours par une révélation des plus intimes.

Comme d'habitude, le visage de Kuroko ne laissait rien paraître. Pourtant, pour qui savait interpréter la malice dans son regard, on y lisait clairement son amusement. C'est lui qui avait aidé Kagami à rédiger ses voeux et qui lui avait affirmé que finir ainsi serait une belle preuve d'amour et passerait crème… Ou pas ! Kagami finit par réaliser le sens de ses paroles et se mit à rougir fortement ce qui allègea l'atmosphère.

Momoi, quant à elle, ne s'en formalisa pas. Au contraire, cette promesse était des plus réjouissantes mais la bienséance l'empêchait de trop exprimer sa joie. Elle se contenta alors d'un léger sourire en coin signifiant à Kagami qu'elle avait bien compris le message et qu'il avait plutôt intérêt à respecter ses engagements !

Elle se tourna ensuite vers sa belle-soeur qui s'avança pour lui porter son texte. A son tour, elle commença à lire.

"Taiga,

La première fois que j'ai recueilli des informations sur toi, j'ai tout de suite su que tu allais changer nos vies.

Et je pense que personne ici ne me contredira si je dis que je ne me suis pas trompée sur ce point."

Dans un même mouvement, tous les membres de la Génération des Miracles hochèrent la tête, confirmant ainsi les propos de leur amie.

"Cependant, continua Satsuki, ce que je n'avais pas prévu… C'était que moi aussi je serai éblouie par ta lumière.

Je n'avais pas prévu qu'un jour j'hébergerai chez moi un homme blessé.

Je n'avais pas prévu, que je partagerai son quotidien et que petit à petit je tomberai sous son charme.

Je n'avais pas prévu que, croyant l'aider, je ne serai finalement que la spectatrice privilégiée de sa renaissance.

Je n'avais pas prévu que, croyant lui apporter du soutien, je ne ferais que profiter de la douceur de la vie à ses côtés.

Tu dis que je t'ai aidé à remonter la pente mais je n'ai fait que te montrer le chemin et c'est toi qui a fait tout le reste.

Tu dis que je suis forte et que je déplace des montagnes mais c'est ta présence qui me donne l'énergie de le faire.

Avec toi à mes côtés, je sais que tout est possible.

Je me sens aimée et en sécurité où que je sois, rien ne peut m'arriver.

Tu me comprends mieux que quiconque.

C'est toi qui devine à ma voix quand je suis triste et file me préparer des pancakes.

C'est toi qui met le dentifrice sur ma brosse à dent avant de partir quand le tube est presque vide.

C'est toi qui me prête ton pull quand j'ai été trop têtue pour prendre le mien.

C'est toi qui me porte jusque dans notre lit quand je m'endors en travaillant sous le kotatsu.

C'est toi qui me laisse le dernier carré de chocolat sur mon chevet tes soirs de garde.

Et enfin, tu me dis chaque jour que je suis belle.

Sans ces attentions, je ne serais pas celle que je suis aujourd'hui."

Au fil des mots, il s'était installé un silence religieux que seul le bruit des vagues venait perturber. Tout le monde attendait la suite.

"Taiga, vivre à tes côtés est pour moi un privilège. Non seulement, tu me rends heureuse comme jamais je n'aurais imaginé l'être un jour. Mais, chaque instant passé à tes côtés apporte son lot d'imprévus, déjouant mes prévisions et me rappelant à quel point il est bon de se laisser surprendre.

Je m'engage donc à mon tour à tout faire pour te rendre la pareille. Je m'engage à veiller sur toi, à prendre soin de toi quand parfois tu t'oublies, faisant passer le bien-être de tes proches avant le tien. Je m'engage à te redonner le sourire après une intervention compliquée et à ne surtout pas te cuisiner de bons petits plats…"

La blague avait beau être récurrente, personne ne s'en lassait et tout le monde rigola de bon coeur. Kagami le premier.

Satsuki, radieuse et souriante, continua donc sur le même ton.

"Je m'engage à essayer d'arriver à l'heure et à faire des efforts sur le rangement…"

Okay, le jeune pompier avait toujours pensé le mariage 'épanouissant' mais il ne s'attendait pas à ça… Keep going baby !

"Je m'engage à ne plus laver tes uniformes avec mes t-shirts roses…"

Wahoo là c'était carrément Noël !

"... Et d'arrêter de commenter à haute voix les matchs de NBA quand nous les regardons tous les deux…"

Cette femme était définitivement parfaite ! Taiga pensa que si elle continuait ainsi, il allait finir par se mettre à saigner du nez !

"Ne t'inquiètes pas, le rassura Satsuki amusée, je vais m'arrêter là, je n'ai pas l'intention de ruiner ce magnifique costume avec ton sang, tu es vraiment trop sexy dedans !"

"M-mais comment tu sais ?"

"Taiga, reprit-elle sérieusement tout en ignorant sa question, tu es un homme exceptionnel et tu mérites le meilleur. Je ne sais pas si je serai tous les jours à la hauteur mais je m'engage à tout faire pour être digne de ton amour.

Je t'aime."

C'est la gorge nouée que la jeune femme avait prononcé ces derniers mots et quand elle leva les yeux, elle tomba sur ceux de Kagami, anormalement brillants. Il n'en fallut pas plus pour que des perles de larmes se forment aux coins des siens, ainsi que chez un bon nombre de leurs proches. Ne laissant pas le temps à l'émotion de retomber, Akashi en profita pour annoncer la suite.

"Satsuki et Taiga, vos familles, vos amis, nous tous ici présents sommes témoins de votre échange de vœux. S'il quelqu'un dans l'assemblée a quoi que ce soit à dire pour s'opposer à cette union, qu'il se lève et parle, ou se taise à jamais…"

Akashi avait repris son ton menaçant habituel et évidemment personne n'osa se manifester.

"Il est temps d'aborder maintenant l'étape finale de l'échange des alliances, symboles de votre union. Daiki, Tatsuya, j'espère que vous ne les avez pas oubliées..."

Trop inconscients pour prendre les menaces de l'Empereur au sérieux, souriants et décontractés Aomine et Himuro s'avancèrent livrer leurs précieux butins aux amoureux du jour.

Malgré leurs mains tremblantes, l'échange des anneaux se déroula sans encombre, sans perte inopinée et sans phalange qui coince. Satsuki avait opté pour un jonc en or blanc à l'image de son homme : simple par la forme mais d'une grande valeur. Taiga quand à lui, avait choisi pour elle quelque chose de beaucoup plus travaillé. La bague, également en or blanc, était sertie d'une multitude de diamants blancs et de saphirs roses, de différentes tailles, rappelant un champ de fleurs au printemps. Après avoir rapidement montré leurs mains à leurs invités, qui de toute façon ne pouvaient rien voir vu la distance, le couple se tourna vers le maître de cérémonie dans l'attente fébrile de l'annoncefinale.

"Mesdames, messieurs, c'est avec un immense plaisir que je vous présente, pour la première fois en tant que mari et femme,Taiga et Satsuki Kagami.

Taiga, tu peux embrasser la mariée."

Le jeune marié ne se fit évidemment pas prier pour passer à l'action et, sous un tonnerre d'applaudissement, offrit à l'élue de son coeur, un baiser digne des plus beaux films hollywoodiens.

Cette cérémonie, à leur image, avait touché l'assemblée et nombreux étaient ceux qui s'essuyaient discrètement les yeux. Tout le monde était ému et les quatre témoins n'étaient pas en reste. Kat s'était transformée en panda tant son mascara avait coulé. Les masques imperturbables de Kuroko et d'Himuro n'étaient pas loin de voler en éclat. Enfin, Aomine faisait tout pour maintenir son air blasé mais ses yeux brillant ne trompaient personne.


"Oh regarde, c'est trop mignon, les portes-prénoms sont en forme de ballon de basket !"

Après un rapide crochet par les sanitaires pour une retouche maquillage, supervisée par son acolyte des podiums, Kat rejoignit le reste des invités. Discutant par petits groupes, cocktails à la main, chacun cherchait sa place parmis les nombreuses tables du restaurant.

"Hummm…" se contenta de répondre, ou plutôt de grogner, Aomine.

"Quoi ? Tu vas vraiment faire la gueule toute la soirée ? Ecoute, j'ai bien compris que tu as une dent contre moi et même si au fond j'en ai rien à carrer… On est condamné à manger côte à côte donc ça serait cool si tu faisais au moins semblant d'être civilisé jusqu'au dessert."

"Je SUIS civilisé!" tempêta le Japonais qui n'aimait pas qu'on remette en cause l'éducation qu'il avait reçu de sa mère. Lui seul avait ce droit.

"Désolée mais mes oeufs au plat et moi on a comme un doute…" répondit Kat peu impressionnée par le ton du métis.

Le basketteur amorçait une réponse des plus méprisantes quand le sourire de l'Américaine, à la fois narquois et chaleureux, le déstabilisa. Décidément, il ne la comprenait pas… Était-elle en train de se moquer de lui ? Ou, au contraire, essayait-elle d'établir le contact ?

En y repensant, ce n'était peut-être pas sa première tentative d'ailleurs. Juste avant la cérémonie, c'est elle qui avait amorcée le dialogue. Même si ses propos relevaient plus de l'agression qu'autre chose aux yeux d'Aomine, il devait reconnaître qu'elle lui avait tendu une perche. Le métis ne savait pas quel comportement adopter. D'un côté il n'avait pas du tout envie de faire ami-ami avec cet imposteur mais de l'autre il se rendait bien compte que son attitude ne menait nulle part. Peut-être était-il temps de faire un effort….

Après tout, que risquait-il à essayer de la connaître un peu ?

A priori pas grand chose… Mais, ça aurait été trop mal le connaître que de croire qu'il allait baisser les armes et devenir instantanément le meilleur ami de l'homme. Ou de la femme en l'occurrence. Non, la sympathie d'Aomine Daiki se méritait. Kat allait devoir faire ses preuves.

Et quoi de mieux que de commencer par tester sa résistance à l'alcool ? Car c'est bien connu, ce n'est pas en buvant du jus de carotte qu'on passe les meilleures soirées. Enfin, ça dépendait pour qui, nombreux étaient ceux qui auraient pu jurer du contraire parmi les invités...

Tout en s'asseyant à sa place, il repéra une bouteille de vin blanc et après s'être servi, il décida de faire un pas en avant :

"Je te sers un verre ?" demanda Aomine à une Kat plus qu'étonnée par ce changement soudain de comportement.

"Merci... Mais non merci, je ne bois que de l'eau".

Au tour d'Aomine de marquer un temps d'arrêt, histoire de bien assimiler l'information.

"Ça existe ça, les gens qui boivent que de l'eau ?" demanda-t-il incrédule, après quelques secondes à la fixer en silence.

"La preuve."

"Et donc tu ne sors jamais ?"

"C'est quoi le rapport ? Bien-sûr que je sors !"

"Genre, en boîte et dans des bars ?"

"Oui, comme tout le monde. Et même plutôt souvent."

"Et me dis pas qu'en boîte tu bois que de l'eau j'te croirais pas !"

"Bah t'as qu'à pas me croire mais là non plus je ne bois pas d'alcool."

"Mais…. Pourquoi ?"

"Aomine, au lieu de raconter des conneries, sers nous plutôt à boire à Kazunari et moi, s'il te plait."

"Oui, nous le vin blanc on aime ça Aomine-kun!"

La curiosité de savoir comment quelqu'un pouvait prétendre sortir et faire la fête sans boire d'alcool l'emporta sur la remarque du three pointer. Aomine servit donc, sans broncher, le précieux nectar au futur médecin et à son infirmier préféré, tout juste installés face à lui. Une fois sa mission accomplie, il se tourna vers sa voisine qui, voyant qu'il ne lâcherait pas le morceau, finit par lui fournir une explication.

"Pour répondre à ta question, disons que je n'aime pas perdre le contrôle."

"Perdre le contrôle ? Mais c'est justement tout l'intérêt du truc ! Tu sais pas ce que tu rates ! Tu es sûre que tu ne veux pas essayer ?"

"J'ai déjà essayé…"

"Aa-ah ! Tu vois ! J'me disais aussi que c'était pas possible!" la coupa Aomine, trop content d'avoir obtenu des aveux.

"J'ai déjà essayé, reprit Kat calmement, mais ça n'a rien donné de bon donc maintenant je préfère m'abstenir."

"'tain t'es pas drôle… Au moins ton frère il sait s'amuser lui ! Il a une bonne descente !"

"Et on a vu ce que ça donne quand vous avez tous les deux trop picolés… Aïe Shin-chan, pourquoi tu me pinces ?"

"Pourquoi ? Il se passe quoi de spécial quand vous avez bu ?" demanda Kat intriguée par la réaction de Midorima à la remarque du petit brun.

" s'passe rien." répondit sèchement Aomine qui fusillait à présent Takao du regard.

"Oh rien d'exceptionnel en effet, compléta Takao amusé. Juste une sorte de rapprochement viril…"

Le jeune interne faillit s'étrangler en entendant cette réponse mais heureusement, sur certains sujets, Kat était bien la soeur de Bakagami.

"Oh, il se sont juste foutus sur la gueule…" conclue-t-elle presque déçue par la banalité de cette anecdote.

"Oui, c'est l'idée… Je pense que si Momoi-san ne les avait pas séparés, ton frère en aurait foutu plein la g-"

"C'est bon, on a compris…" coupa Midorima, une main sous la table serrant de plus belle le genou de son conjoint pour le faire taire. Et, comme le message semblait être passé, il décida d'engager la conversation avec la jeune thérapeuthe, histoire de s'assurer que le sujet précédent était bel et bien clos. L'alcool et ses dérives, ça allait un moment, mais place aux discussions d'adultes maintenant.

"Et sinon, Kat, tu permets que je t'appelle ainsi ? J'ai cru comprendre que tu allais commencer une année en traumatologie du sport à la rentrée… Toujours à la fac ou c'est une école spécialisée ?"

Ainsi, au grand désespoir de Takao et d'Aomine, s'engagea un échange enflammé sur les opérations de la hanche, les immobilisations de la colonne vertébrale ou encore la rééducation des membres inférieurs. Passionnant.

Les plats furent rapidement servis et la discussion continua entre médecine et banalités.

Alcool aidant, Aomine s'était un peu détendu. Et, tout comme le reste de la journée il ne pouvait s'empêcher de regarder sa voisine. Cependant, ses motivations n'était plus tout à fait les mêmes. Non, ce qu'il voyait depuis que la première assiette avait été déposée sur la table le sidérait complètement.

"Tu bois peut être pas mais putain qu'est-ce que tu manges ! C'est inhumain ! J'ai l'habitude avec ton frère mais je ne pensais pas qu'une fille pouvait bouffer autant !"

"Pardon ? C'est de moi que tu parles ?" demanda Kat complètement incrédule face à une telle muflerie.

"Non non, j'parles à ma serviette de table… "

Après quelques secondes, face à l'absence de réponse de l'Américaine, qui le fixait comme si elle allait lui planter une baguette dans un oeil, Aomine se sentit obligé d'en rajouter une couche enterrant définitivement les bonnes résolutions du début de dîner -et puis de toute façon cette fille ne buvait pas alors à quoi bon ?

"Hey, bien-sûr que c'est de toi que je parles ! T'en vois d'autres des aspirateurs à bouffe ici ?"

What the fuck is your problem, you fucking moron ?!

A cet instant, Kat avait très, mais alors très très très envie de balancer son poing sur le nez du métis. Cependant, une fois encore, elle se contenta de respirer un grand coup. Plus tôt dans la journée, elle s'était demandée si elle ne l'avait pas jugé un peu vite lors de son arrivée. Elle avait alors décidé de lui laisser une chance de se montrer sous un meilleur jour tout en le taquinant un peu. Mais là… Mais là, elle se posait réellement des questions sur la santé mentale de l'ami de son frère. C'était quoi son problème ? Les Japonais étaient pourtant connus pour leurs bonnes manières et leur extrême courtoisie. Peut-être avait-elle en face d'elle l'exception qui confirmait la règle, LE goujat national, celui qu'il fallait pour élever le niveau de tous les autres. Quoi qu'il en soit, l'impolitesse dont il venait de faire preuve avait remis les idées de Kat en place et si elle avait décidé de laisser couler le temps du repas, il était hors de question que cela reste impuni.

Essayant de se contenir, elle reprit donc la conversation comme si de rien n'était.

"Et donc, selon toi, une fille n'a pas le droit d'aimer manger ? Il faut qu'on soit toutes maigres avec des gros nichons ? C'est ça ton idée de la femme ?"

Bon d'accord, ce n'était pas tout à fait 'comme si de rien n'était' mais son âme de féministe lui soufflait de lui faire fermer son clapet.

"Oi ! Me fais pas dire ce que j'ai pas dit… Et pourquoi tu t'énerves d'abord ?"

Et voilà que maintenant il jouait les innocents ! De mieux en vieux. Bientôt, ça allait être lui la victime...

"Pourquoi je m'énerve ? Tu te demandes vraiment pourquoi je m'énerve ?"

"Laisse tomber Kat, intervint Midorima qui voyait le drame arriver, c'est un cas désespéré. Tu pourrais lui faire un dessin qu'il ne comprendrait toujours pas..."

"Oi ! De quoi j'me mêle monsieur je-sais-tout ? D'ailleurs, toi qui es médecin, ou presque, tu ne trouve pas ça étrange quelqu'un qui bouffe autant ?"

"Non, ça n'a rien d'étrange. Je suppose que, tout comme son frère, Kat a simplement un métabolisme de base très élevé, un peu comme les enfants."

"Comme les enfants ?"

"Oui, les enfants ont un métab-"

"Ouais en fait tu sais quoi ? Je m'en tap... Whoooo whoo whooo… Tu fais quoi là ?"

"Quitte à être qualifiée d'aspirateur à bouffe autant en profiter !" répondit Kat calmement, en avalant la dernière crevette d'Aomine les yeux rivés dans les siens.

"Non mais t'as vu ça où que tu pouvais faire ça ? Personne ne t'a appris les bonnes manières ?"

"Les bonnes manières ? Parce que tu connais ça toi ? C'est pas moi qui vient de t'insulter deux fois en vingt-quatre heures j'te signale !"

"Mais n'importe quoi ! Je ne t'ai jamais ins-"

"Kitty-chan, Aomine-kun…"

"Oh putain ! Tetsu !" sursautèrent en coeur Kat et Aomine en se retournant.

"Oh non Kuroko-kun, tu les arrêtes pile quand ça devient intéressant…"

"Désolé d'interrompre votre parade nuptiale mais c'est l'heure, vous venez ?" continua le fantôme, ignorant superbement la remarque de Takao qui se frottait à présent l'arrière du crâne. Il semblerait que son cher et tendre n'avait pas la même définition de ce qui pouvait être qualifié d'intéressant...

"Hein ?" se contenta de répondre Aomine ne comprenant visiblement pas l'allusion.

"Attends... Tu as bien dit 'parade nuptiale' là ?"

Kat avait quant à elle très bien compris mais son sens de l'humour semblait avoir quelque peu disparu depuis le début du repas.

"J'ai dit ça ? Je ne m'en souviens pas…"

"A d'autres Tetsu, ton air innocent ne prend pas avec moi, tu sais que Ryry se confie beaucoup à moi, je sais très bien de quoi tu es capable... Mais là je peux te dire que t'es complètement à côté de la plaque…"

"Oi! De quoi vous parlez et pourquoi j'ai l'impression que ça me concerne ?"

"Je dis juste que Kat et toi vous êtes en train de flir-"

"Tu voulais pas qu'on te suive quelque part ?" coupa l'Américaine qui n'avait pas du tout envie d'entendre la fin de cette phrase.

Kuroko n'aimait pas se faire interrompre de la sorte mais il préféra passer outre pour le moment. Il aurait bien d'autres occasions pour s'amuser avec ces deux-là pendant le week-end. Et puis, il n'avait pas encore eu le temps de réunir l'A.C.A. afin d'élaborer un plan...

"Je répondrai à ta question plus tard, Aomine-kun. Et pour répondre à la tienne Kitty-chan, nous avons préparé un petit discours pour les mariés. Un peu moins conventionnel que ceux qu'ils nous ont fait lire cet après-midi…. Je sais que tu n'as rien prévu mais ça serait sympa en tant que témoin que tu te joignes à nous et si tu veux ajouter quelque chose à la fin nous te laisserons la parole."

Kat, méfiante, Kuroko, amusé, et Aomine, perturbé par l'échange précédent lui ayant quelque peu échappé, se dirigèrent alors vers le centre de la pièce, face aux mariés, où ils furent rejoint par Himuro armé d'un micro.

"Un. Deux. Un. Deux. Ça fonctionne… Ladies and gentlemen, Taiga, Satsuki... Nous sommes désolés d'interrompre ainsi votre repas mais nous avons préparé un petit discours en l'honneur des mariés."

Le silence se fit alors, tout le monde curieux de savoir ce que les quatre témoins pouvaient bien avoir à dire. Le brun mystérieux reprit alors.

"Taiga, Satsuki…

Oh ne nous regardez pas comme si vous étiez surpris… Vous n'aviez quand même pas imaginé que vous alliez vous en tirer comme ça ? Si ? Désolé… Ou pas.

Pour être honnête, nous avions tout d'abord pensé à nous moquer un peu en ressortant les vieux dossiers mais comme vous avez eu la bonne idée de le faire vous même pendant vos voeux nous n'avons pas grand chose à ajouter."

La déception de certains invités, qui s'attendaient très certainement à des révélations croustillantes sur le passé des amoureux, se fit rapidement entendre.

"Ou alors du très très lourd…" se corrigea Himuro d'un ton qui n'avait rien de rassurant pour le couple.

"Aaaaah !", "Ouais vas y, balance !" pouvait-on entendre ci et là alors que les Kagami blêmissaient.

"Ouais nan y'a des enfants quand même…" fit semblant d'hésiter le brun mystérieux. Son sourire machiavélique ne trompait effectivement personne.

"Ooooooh" firent de nouveau les déçus, jouant le jeu.

"Vous voulez savoir à ce point ? Vous en pensez quoi les gars ? Vous avez quelques anecdotes en stock ?"

"Tu veux dire, comme là fois où Kagami-kun s'est évanoui après que Nigou lui ait léché un orteil ?" intervint Kuroko le visage toujours aussi inexpressif, provoquant une franche rigolade dans la salle.

"Ou comme quand, après un match, Satsuki est entrée dans notre vestiaire au lycée alors que nous prenions tous notre douche… Un truc urgent à me dire apparement…" ajouta Aomine qui avait retrouvé son sourire.

Cette fois, ce fut vers la mariée que tous les regards se tournèrent. Elle arborait une jolie teinte rouge, assortie aux cheveux de son époux derrière lequel elle tentait de se cacher.

"Ou encore comme le jour où Kagami-kun a raté son permis parce qu'il avait oublié de quel côté de la route on roule aux Etats-Unis…"

"Hey! protesta vivement le concerné. Je revenais d'un voyage au Japon ! Et puis comment tu sais ça ? Y'a qu'Aomine qui était au courant !"

"Oups !" lâcha alors le métis.

"Bon, nous pourrions continuer comme ça longtemps mais vraiment, ce serait mal nous connaître de penser que nous aimons vous torturer et nous moquer gratuitement...

Non non, en fait, si nous voulions prendre la parole ce soir, tant que nous sommes tous encore à peu près sobre, c'était simplement pour vous remercier."

Les mariés affichèrent alors un air à la fois étonné et soulagé. Même si la méfiance était encore de rigueur, connaissant que trop bien leur amis pour être totalement détendus, il pouvaient néanmoins de nouveau respirer normalement.

"Nous souhaitions vous dire merci pour tous ces instants en votre compagnie, pas seulement aujourd'hui mais depuis toutes ces années durant lesquelles l'un et l'autre, chacun à votre manière, vous avez pris soin de nous."

Himuro passa alors le micro à Kuroko qui continua sur le même registre.

"Nous voulions vous remercier d'avoir été les oreilles attentives lors de nos coups de moins bien, les compagnons idéaux de nos soirées arrosées, les complices de nos grandes épopées, l'appartement où squatter, d'ailleurs tu me feras penser à te rendre ta clé Kagami-kun…"

"De quelle clé tu parles ? Je t'ai jamais rien donné !"

"Possible, mais il faudra que je te la rende quand même…"

Et avant même que notre dunker de service n'ait le temps de chercher à comprendre, Kuroko enchaîna, imperturbable.

"Donc, je profite de cette belle occasion pour vous dire merci, tous les deux, d'être des amis loyaux et sur lesquels on peut compter."

Enfin, Kuroko tendit le micro à Aomine. Plus ému qu'il ne voulait l'admettre, il mit quelques secondes à se lancer.

"Ouais, heu… Désolé… C'est pas mon truc les discours… Satsuki… Taiga… Oh bordel vous êtes mariés… J'ai encore du mal à réaliser… Pas que je ne sois pas heureux pour vous, hein ? Au contraire, vous êtes carrément parfaits l'un pour l'autre ! C'est juste que… j'sais pas, j'pensais pas que ça m'ferait ça…"

Le métis marqua une nouvelle pause. Sentant son trouble, personne dans la salle n'osa faire de bruit. Après avoir prit une grande inspiration tout en se passant la main dans les cheveux, il se jeta à l'eau.

"Satsu, déjà, je tenais à te le dire, tu es magnifique dans cette robe ! 'tain les mecs, lança-t-il à l'attention des témoins de Taiga, j'sais que les filles c'est pas votre truc mais ouvrez les yeux bordel ! Cette fille est un vrai canon et vous ne lui avez même pas dit ! Alors moi je te le dis, si j'te considérais pas comme ma soeur ton mari aurait du souci à se faire…"

Alors que Satsuki frétillait sur place à ce compliment, Kagami, un brin possessif, déposa un baiser sur la joue de sa femme. Il savait que son ami ne ferait jamais quelque chose d'aussi 'contre nature'… Mais quand même, il s'était senti obligé de marquer son territoire. Ah, les hommes...

"Tu le sais, continua Aomine, pour moi tu es bien plus qu'une manager et même qu'une amie, tu es ma soeur, ma deuxième maman… Tu ne m'as jamais lâché et j'ai bien conscience que parfois j'abuse un peu… Et pourtant, tu es là, joyeuse, pétillante… Je ne sais même pas si je te l'ai déjà dit un jour alors c'est pour moi aussi l'occasion ou jamais : merci. Merci d'être toi. Merci pour tout ce que tu as fais, tout ce que tu fais, pour moi, pour nous tous…"

Même s'il avait conscience que ses mots risquaient de chambouler sa meilleure amie, il ne s'attendait pas à la voir pleurer ainsi. Ses sautes d'humeur étaient toujours aussi impressionnantes. Quelques secondes auparavant, elle était sur un petit nuage, et à présent, c'était la mousson. La connaissant par coeur, il savait qu'il devait rapidement passer à la suite au risque de la voir se ruer sur lui pour lui faire un énorme câlin.

"Taiga, mon pote… Profites-en demain on r'part sur les 'Bakagami'... Mais là ouvre bien tes oreilles car je ne le répéterai pas."

Le métis exprimait rarement ses sentiments. Ce dernier préférait se cacher derrière plusieurs épaisseurs de goujaterie et d'arrogance plutôt que d'être pris en flagrant délit de sentimentalisme. Sachant cela, Kagami, déjà un peu ébranlé par les déclarations d'amitiés précédentes, lui prêta la plus grande attention.

"En plus d'être un joueur exceptionnel… Et bordel qu'est-ce que tu manques à ce sport ! T'es sûr que tu ne veux pas revenir jouer ?"

"Ouais, j'suis sûr." rigola Taiga. Cette question, Aomine la lui posait à chaque fois qu'ils se voyait et le pompier lui répondait inlassablement la même chose.

"Nan mais parce que si tu changes d'avis, tu m'le dis tout de suite… Parce que bon, j'connais un gars… Qui connait un gars… Passons, tu connais la chanson et d'toute façon j'ai pas dit mon dernier mot… Et j'disais quoi déjà ? Ah oui… En plus d'être l'un des rares à pouvoir rivaliser avec moi… Tu es un mec en or ! Tu es celui qui m'a redonné goût au basket, et à la vie par la même occasion. Tu as été mon point d'repère alors que ça s'passait pas super bien chez les Spurs, et si j'ai tenu une saison complète c'est parce que j'savais que je pouvais venir me ressourcer sur ton canap' et que tu m'poserais pas de questions... Avec toi, tout est toujours plus : plus fun, plus intense, plus vivant, les victoires plus grisantes… Plus de burgers, plus de conneries, plus de fou rires…"

Aomine marqua une pause, permettant à Kagami, visiblement bouleversé, de se reprendre un peu. Le métis l'avait pourtant habitué à ses théories fumeuses et aux déclarations fracassantes mais une fois encore, il avait réussi à le surprendre : il savait se montrer gentil et reconnaissant. Non pas qu'il ne l'en croyait pas capable, mais il n'en avait jamais eu la preuve jusqu'alors.

"Pour toutes ces raisons, reprit Daiki, je n'aurais jamais espéré une meilleure personne que toi pour prendre soin d'elle… Je sais mieux que quiconque que cette fille est capable du meilleur… Comme du pire!"

Ah ! On y était ! Tout le monde se disait que c'était trop beau pour durer. La jeune mariée avait cessé instantanément de pleurer et elle avait désormais des envies de meurtre.

Malgré les regards noirs de sa soeur de coeur, le basketteur continua.

"Toi seul à l'estomac assez blindé pour supporter sa cuisine, la patience d'accepter ses lubies, l'endurance suffisante pour la suivre lors de ses virées shopping ou ses réveils énergiques à grand coup de Beyonce dans les oreilles… J'te soupçonne même de danser avec elle… I'm a single lady... Ouais, j'te vois bien là !"

A ces propos, les joues de Kagami se tintèrent légèrement, signifiant à Aomine qu'il avait visé juste.

"Plus sérieusement mec, on dirait tu a été conçu pour elle…"

Le ton s'était radouci et son sourire provocateur avait laissé place à quelque chose de plus sincère et chaleureux.

"Alors, dit-il, j'te la confie… Elle fait la grande mais elle est fragile alors continues à en prendre soin comme tu le fais déjà… J'vous souhaite le meilleur et pour longtemps ! Soyez heureux !"

Touché par les mots du métis, tout le monde se leva et applaudit. Quand le bruit cessa, le basketteur décida d'apporter une dernière précision, histoire de rétablir l'équilibre… Après tout, il avait une image à tenir.

"Et pour c'qui est des dossiers, fit-il en mimant les guillemets avec ses doigts sur le dernier mot, j'crois que tant que tu resteras le meilleur resto gratuit d'Tokyo t'as pas de soucis à te faire, j'serai une vraie tombe !" Et d'ajouter un clin d'oeil grossier en guise de scellement de leur accord unilatéral.

Satsuki leva les yeux au ciel tandis que Kagami, malgré son sourire, haussait les sourcils montrant ainsi son scepticisme. Ce n'était apparement pas demain la veille qu'ils allaient se débarrasser de leur 'parasite' qui s'invitait à manger jusqu'à six jours par semaine. Il fallait vraiment qu'il se trouve quelqu'un pensèrent alors de concert les jeunes mariés.

"Avant de vous laisser et que le gâteau ne soit servi, il y a une dernière personne qui voulait dire un mot… Kat, je te laisse la parole."

"Merci Tetsuya et euh… Bonsoir… Wahoo Tai, tu en as de la chance ! Non seulement tu as une femme en or mais je me rends compte à quel point vous deux comptez pour vos amis. Si tu permets je vais commencer moi aussi par remercier Satsuki.

Hey… Ça y est… On est belles-soeurs… Moi qui pensais il y a encore une semaine ne plus jamais revoir mon frère, tu as réussi l'impossible…Il faut savoir que si tu demandes à n'importe lequel de mes potes, je parles de ceux qui me connaissent le mieux, il te répondrait à coup sûr que me réveiller au milieu de la nuit est la pire idée que tu puisses avoir..."

"Je confirme… Si tu veux pas mourir laisse la dormir ! Un fois, elle m'a carrém-"

"On a compris mon coeur, tu nous raconteras ça plus tard, laisse Kitty-chan parler…"

"Fais gaffe à ce que tu vas raconter Ryry… Et… Euh… Désolée...Je disais donc c'est pas le bon plan d'interrompre mon sommeil… Mais pourtant, je crois que je ne te remercierai jamais assez de l'avoir fait. Cet appel, que je n'ai jamais eu le courage de passer de mon côté, je l'espérais depuis tellement longtemps, t'imagines même pas… Je l'espérais sans y croire et pourtant here I am!"

Kat s'octroya une petite pause pendant laquelle on aurait pu entendre une mouche voler. De nombreuses personnes ignoraient jusqu'alors que Taiga avait une soeur et se demandaient quelle pouvait être leur histoire. Parmis la foule, un homme semblait plus ébranlé que les autres. Essayant de maintenir un air impassible, Kagami père était partagé entre la joie de voir ses enfants heureux de se retrouver, et un fort sentiment de culpabilité. Il fut tiré de ses pensées par la voix de Kat qui reprit.

"So... Moi aussi je te dois un merci… Merci du fond du coeur. Quand je vois Tai, son sourire, même après tant d'années, je n'ai aucun doute sur son bonheur ni sur le fait que tu y es pour beaucoup ! Je vous souhaite moi aussi le meilleur et j'espère sincèrement que, malgré la distance, nous aurons l'occasion de passer beaucoup d'autres moments comme celui-ci !"

Plus Kat parlait, plus le sourire de Satsuki s'élargissait. La jeune mariée hochait inconsciemment la tête, traduisant également son souhait de faire une place à sa belle-soeur dans sa vie.

De timides applaudissements retentirent avant que Kat ne reprenne à l'attention de son frère.

"Tai…"

Mais, alors que tout le monde attendait la suite, la thérapeuthe s'arrêta de parler pour fixer Taiga dans les yeux. D'imperceptibles mouvements de sourcils, de micros hochements de têtes, des commissures de lèvres se relevant à peine, voilà tout ce que les jumeaux laissaient voir de leur dialogue silencieux. Les secondes s'allongèrent, sans pour autant que le silence ne devienne pesant, tous se demandaient simplement s'ils n'étaient pas en train d'assister à un phénomène surnaturel.

Takao, qui avait toujour été fasciné par la gémellité, jubilait et décida de profiter de l'occasion pour vérifier sa théorie. Théorie selon laquelle les jumeaux étaient reliés et pouvaient communiquer de manière télépathique; voire même ressentir les émotions et sensations de l'autre tout en étant à des milliers de kilomètres. Ce qu'il voyait actuellement ne faisait que renforcer ses croyances. C'était l'occasion rêvée d'en boucher un coin à son conjoint qui, lui, ne croyait pas une seconde à ses élucubrations. Sa décision était prise, dès qu'il en aurait l'occasion, le faucon interrogerait, séparément, Taiga et Kat afin de savoir ce qu'ils avaient bien pu se dire, à leur manière. Il lui suffirait alors de comparer les versions et Midorima n'aurait plus qu'à se rendre à l'évidence et reconnaître son génie.

Kazunari fut ramené à la réalité par les applaudissements et l'arrivée de la pièce montée. Mince ! Il avait raté la fin de l'échange… Perdu dans ses pensées, anticipant quelque peu les faveurs que lui accorderait son docteur love une fois la lumière faite sur son intelligence supérieure, il avait complètement manqué les larmes et les embrassades de tout ce petit monde.

Le dessert fut ensuite servi et englouti avec plaisir. Puis, Satsuki et son père ouvrirent le bal, avant d'être rapidement rejoints sur la piste par Alex et Taiga.

Avant la fin du morceau, A song for you de l'inimitable Donny Hathaway, les deux couples échangèrent leurs partenaires.

Les jeunes tourtereaux semblaient sur un petit nuage, plus amoureux et heureux que jamais. De son côté, monsieur Momoi était au bord de l'apoplexie. Le quarantenaire n'était pour ainsi dire pas très grand et avait littéralement la tête entre les seins de l'Américaine. Et, si dans d'autres circonstances il se serait réjoui d'une telle situation, sentir le poids du regard assassin de son épouse dans son dos le mettait plus que mal à l'aise.

Quand les dernières notes résonnèrent, il remercia poliment mais prestement l'ancienne joueuse de WNBA et se dépêcha de retourner auprès de madame Momoi qui affichait un air on ne peut plus contrarié. La chanson suivante démarra sans temps mort et de nombreux couples rejoignirent Taiga et Satsuki pour danser.

Kise avait fait l'honneur de cette première danse à son amoureux, bien que ce dernier ne soit pas particulièrement adepte des dance floors, mais il faisait de grands signes à Kat qui regardait les danseurs avec envie, lui promettant d'être son cavalier dès que Kuroko déciderait de passer son tour. Elle adorait se déchainer en musique et le blond savait qu'il y avait peu, voire aucune chance qu'Aomine daigne la faire danser.

D'ailleurs, comme s'il lisait dans les pensées du mannequin, le métis signifia à Kat qu'elle ne devait pas compter sur lui dans ce domaine. Non pas qu'elle en ait exprimé l'envie mais autant dissiper tout malentendu dès le départ.

"Il est hors de question que je te fasse danser."

Alors que la New-Yorkaise allait répliquer sur le même ton, elle fut subitement interrompue dans son élan.

"Ça ne sera pas nécessaire" venait de dire une voix grave dans leur dos.