Hello les gens !
Merci pour votre patience... je n'ose calculer combien de mois se sont écoulés depuis mon dernier chapitre... Cette année a été compliquée pour moi sur le plan personnel et je n'ai pas pu écrire autant que je l'aurait souhaité. Mais, ça devrait s'arranger dans les semaines à venir et normalement cette histoire devrait avancer un peu plus vite... Enfin, j'espère XD
Sinon, merci à celles et ceux qui suivent cette fic et qui laissent des reviews et bonne lecture à tous.
:)
Afin de profiter au mieux du spectacle, l'éclairage de l'hôtel avaient été éteint. Un piano, disposé dans le jardin pour l'occasion, accompagnait la lente ascension des lanternes dans le ciel. Plus personne n'osait parler, chacun admirait en musique son lampion rejoindre les étoiles tout en espérant que son voeu se réalise.
Si certains souhaitaient faire fortune ou rencontrer le véritable amour, d'autres avaient des préoccupations beaucoup plus triviales.
Faites que Mai-chan débarque avec deux ou trois copines et qu'elles me fassent oublier jusqu'à mon propre nom…
Oublier.
S'oublier.
Être ailleurs.
Loin d'ici.
S'envoler.
Aomine était songeur et avait le coeur lourd. Il repensait à ce qu'était sa vie depuis quelques mois. A sa rupture avec Yuki. A ce baiser échangé avec Kagami. A toutes ses histoires sans lendemain. A ce mariage. Au bonheur de ses amis. A son incapacité à être heureux ces derniers temps.
Kuroko avait vu juste. Comme toujours. La veille encore, le petit passeur avait essayé de lui tendre la main, et comme toujours, le métis avait minimisé les faits. Il faisait de son mieux pour camoufler son mal-être derrière son caractère infernal mais en vérité Aomine se sentait plus seul que jamais.
Concrètement, il était entouré. Il savait que jamais Satsuki, Kagami, Tetsuya ne le laisseraient tomber. Il savait qu'en cas de besoin il pouvait compter sur eux, qu'ils accoureraient et seraient présents pour lui…
Mais au quotidien, qui avait-il ? Personne.
Et ce soir, c'était encore plus criant de vérité. Ils étaient tous là. Ses amis, ses coéquipiers... même sa propre mère. Tous. Mais ils n'étaient pas là pour lui. Et, même s'il était sincèrement heureux pour Kagami et Satsuki, cet étalage de bons sentiments lui laissait comme un goût amer. Sans aller jusqu'à les jalouser, Aomine devait reconnaître qu'il les enviait.
Qu'ont-ils de plus que moi ? Pourquoi eux ? Pourquoi sont-ils tous heureux en couple ? Pourquoi pas moi ? Est-ce que je suis fait pour ça au moins ?
'Tain, c'est quand la dernière fois que j'ai été heureux ? J'me souviens même pas…
Quand on a gagné la coupe cet hiver ? … Mouais… J'avoues c'était le pied…
Mais ça aurait été mieux si j'avais eu quelqu'un avec qui célébrer… On peut pas dire que les minettes d'un soir ça compte vraiment… Heureusement que personne ne m'entend penser tiens, j'passerai trop pour un sentimental…
Mais quand même, avoir quelqu'un à la maison c'était pas mal… Est-ce que je dois rappeler Yuki ? Hummm… Nan. Mauvaise idée. C'était voué à l'échec de toute façon, elle n'en avait qu'après ma notoriété et mon pognon… Mais bordel… Quels seins !
Cette dernière pensée, bien qu'emprunte de nostalgie, le ramena à quelque chose de plus primaire.
Faut vraiment que je me trouve quelqu'un pour cette nuit…
J'vais quand même pas pioncer dans la même chambre que l'autre… 'Tain… Tout ça à cause d'elle… Kat… La belle arnaque ! Taiga et Kise j'vous r'tiens sur ce coup là ! Vous m'avez vendu du rêve, j'aurais dû me méfier… D'ailleurs, elle est passée où ?
Pivotant sur lui même, Aomine se mit à scruter la foule avant de s'immobiliser, stupéfait.
Etait-il VRAIMENT en train de chercher Kat du regard ? La réponse à cette question le fit grimacer.
"Ça va ?"
"Quoi ?" demanda-t-il en sursautant.
"J'te demande si ça va. Ça fait bien cinq minutes que j'te parles et qu'tu réponds pas... Et là tu devrais voir ta tête, on dirait que tu viens de manger un curry de Riko !"
Depuis qu'elle était devenue sa coach, la première femme à coacher une équipe professionnelle au Japon, Aomine avait pu expérimenter la cuisine de la jeune femme à quelques reprises. Il visualisait donc très bien quelle expression pouvait être peinte sur son visage : du dégoût. Il venait de penser à Kat, quoi de plus normal que d'avoir l'air écoeuré ?
"Ouais… Excuse moi… Tu disais quoi déjà ?"
A défaut de profiter de la présence d'une jolie fille, Aomine passait un agréable moment en compagnie de Kiyoshi. Depuis le lycée les deux jeunes hommes s'étaient croisés en de nombreuses occasions mais le métis n'avait jamais vraiment pris le temps de discuter avec son ancien adversaire. Aomine savait pertinemment que l'enseignant en avait après son divin fessier et avait, d'habitude, tendance à le fuire, ne lui laissant aucune chance de faire ses preuves.
Sans savoir pourquoi ce soir plus qu'un autre, Aomine n'avait pas fuit. Il ne lui avait pas mis un énième vent. Et il devait reconnaître qu'il appréciait l'échange. Le professeur avait de la conversation et Aomine se sentait à l'aise avec lui. Il n'avait pas l'impression d'être jugé ou de devoir faire semblant. Kiyoshi avait le contact facile et les choses paraissaient simples à ses côtés. Le basketteur avait même été agréablement surpris par la retenue et le respect dont Kiyoshi faisait preuve à son égard. Lui même adepte de méthodes de séduction digne des hommes de néandertal, le métis s'était attendu à se faire draguer lourdement mais non, il n'en était rien.
Ils discutèrent ainsi de basket (évidement), de sport, de NBA, encore de sport, de sponsors et de gestion de carrière. Aomine ne voyait pas le temps passer et en oubliait presque son mal-être.
Absorbés par leur conversation, ils ne virent pas non plus arriver les deux énergumènes alcoolisés qui apportaient avec eux une assiette pleine de choux à la crème.
"Salut les tourtereaux !" lança Kise très fier de son entrée en matière tandis que Kuroko ricanait bêtement à ses côtés.
Surpris, Kiyoshi rit poliment mais Aomine se tendit immédiatement.
Il aimait ses amis du fond du coeur cependant, il lui arrivait parfois, souvent même, de les trouver pénibles. Such a pain in the ass comme disait Kagami. Ce soir était sans conteste l'une de ces fois.
Que Kise soit insupportable n'était pas une nouvelle en soit mais Kuroko faisait preuve de plus de retenue habituellement.
Habituellement.
Aomine savait bien que sous ses airs angéliques Kuroko pouvait parfois se montrer diabolique… Mais avait-il bu au point de laisser sortir son double maléfique ?
La dernière fois qu'il avait vu Kuroko ivre remontait à la pendaison de crémaillère de l'appartement que Kise et lui partageaient. Et ça n'avait pas été joli à voir. Après avoir fait un strip tease digne de son ancien capitaine, le jeune instituteur avait absolument tenu à faire un karaoké. Mais, trop déçu de se retrouver seul au micro, il avait contraint tous les présents, sans exception, à participer en les menaçant de ressortir de vieilles photos compromettantes ou de vils ragots de vestiaires que nombreux espéraient oubliés. Après deux ou trois révélations croustillantes, pour prouver qu'il ne bluffait pas, tout le monde s'était exécuté faisant, au passage, saigner copieusement les oreilles de l'assistance. Aomine devait reconnaître qu'ils avaient finalement beaucoup rigolé. Du moins, jusqu'à ce que Kuroko, en plein milieu d'un couplet, se mette à rendre tout l'alcool ingurgité sur le tapis du salon. A partir de là, tout était parti en vrille. L'appartement avait été entièrement baptisé par le jeune homme aux cheveux cyan, jusqu'à ce que ce dernier finisse par s'effondrer dans son lit.
Aomine comprit alors mieux la présence des gâteaux servant à éponger le trop plein d'alcool. Kise était pénible, certes, mais il était attentionné.
Mais pénible quand même ! Ils n'étaient pas arrivés depuis plus de deux minutes qu'Aomine n'en pouvait déjà plu de leurs sous-entendus grossiers. Et non, il ne coucherait pas avec Kiyoshi ce soir. Ni aucun autre soir d'ailleurs. Allaient-ils comprendre un jour ou le métis était-il condamné à subir leurs remarques jusqu'à la fin des temps ?
Aomine prit sur lui et ne répondit rien. Même si son silence lui coûtait, il savait qu'argumenter avec eux ne ferait qu'aggraver le problème. Cette conversation, ils l'avaient déjà eue des dizaines de fois et le résultat était toujours le même : selon ses amis, Aomine refusait de reconnaître qu'il pouvait être attiré par les hommes, ne serait-ce juste que par curiosité, et ne savait clairement pas ce qu'il manquait !
Il se contenta donc de boire. Encore. Peut-être même que s'il buvait suffisamment, il finirait par ne plus les entendre. Peut-être aussi que s'il buvait plus que suffisamment, passer la nuit dans la même chambre que Wakamatsu ne serait pas si terrible…
Tsss… Mais quelle idée ?! Faudrait plutôt que je me bouge et que je parte en chasse là !
"Aominecchiiiii…. Tu en veux ?" proposa gentiment le blond en lui tendant l'assiette de choux.
"Non merci, manger c'est tricher !" répondit-il simplement en portant de nouveau son verre à ses lèvres tout en laissant ses yeux vagabonder de serveuse en serveuse.
Ouais, faut que j'me bouge… Mais par qui commencer ? Elles sont toutes bonnes ! Dommage qu'elle soient si farouches, dès que j'en approche une, elle se barre… D'ailleurs, c'est quoi leur problème ? Elles ont du avoir des consignes, j'vois pas autre chose ! Akashi t'es vraiment qu'un connard ! Tu fais l'beau avec ta femme et ton mec mais tu penses pas aux potes… C'est pas comme si j'allais leur faire du mal ! J'en connais aucune qui a eu à se plaindre… J'suis quand même un dieu quand il s'agit de sexe… de basket et de sexe… Putain, mais ça va faire une semaine que j'ai pas ken… Faut vraiment que je me vide les couilles… J'suis sûr que c'est ça qui fait qu'ça tourne pas rond… Juste un petite levrette… ou au moins… j'sais pas moi…. même une pipe ça m'irait ! J'demande pas la lune !
Toujours en orbite, Aomine n'avait pas réalisé que les deux anciens membres de la Génération des Miracles s'étaient éloignés un instant (un autre verre Kuroko ? T'es sûr ?), le laissant de nouveau seul avec Koyoshi. Quand il redescendit sur Terre, le basketteur regarda son vis à vis porter un chou à la bouche puis le faire disparaître en une seule bouchée gourmande. Peut-être Aomine était il finalement plus sensible aux suggestions de ses amis qu'il ne voulait bien l'admettre car il trouva ce geste très sensuel. Tout s'était passé comme au ralenti… En voyant cela, il eu donc, en toute modestie, l'idée du siècle. Rien que ça. L'idée qui, somme toute, ferait plaisir à TOUT le monde…
"Dis, tu voudrais pas me rendre un petit service ?" demanda-t-il à l'ancien pivot, sourire carnassier sur le visage.
"Quel genre de service ?" demanda le concerné en retour et regardant Aomine avec méfiance.
L'espace d'un instant Aomine se demanda s'il devait y mettre les formes et décida que finalement non, il valait mieux y aller franco. Après tout, Kiyoshi ne demandait que ça depuis des mois, c'était donc une grande faveur qu'il lui accordait là… Pourquoi s'encombrer de belles paroles ? Et puis, ça devait faire au moins une trois quart d'heure qu'ils discutaient, on pouvait bien considérer ça comme une sorte de pré-préliminaires !
"Tu voudrais pas me sucer ? On s'trouve un coin tranquille, j'te laisse faire ton affaire et tout le monde est content…"
Kiyoshi manqua de s'étouffer en entendant ça et il dut se mordre la langue pour ne pas exploser de rire. Il savait le basketteur imprévisible mais tout de même ! Aomine devait savoir qu'il avait des vues sur lui et avait décidé de lui faire une blague… Qui aurait cru que le basketteur à l'égo démesuré avait un tel sens de l'humour ?
Hein, qui ?
Quand il comprit qu'Aomine était on ne peut plus sérieux, l'amusement laissa place à l'effarement et la consternation. Ce mec ne doutait vraiment de rien.
Cependant, aussi insultante que soit la proposition du métis, Kiyoshi prit sur lui et préféra décliner poliment.
"Wahoo, on me l'avait jamais faite celle-ci ! Et euh… Merci mais non merci, je passe mon tour…"
Le métis, qui n'avait pas l'habitude de se faire refouler, était sous le choc. Par deux fois ce soir, lui, le grand et ô combien sexy Aomine Daiki, avait essuyé un refus. Impensable. Surtout venant de l'ancien pivot de Seirin. A aucun moment il n'avait envisagé rencontrer quelconque résistance… Après tout, c'était presqu'un service qu'il lui rendait !
A moins que... Kiyoshi devait en réalité faire partie de ceux qui avaient besoin d'être séduits, d'être baratinés... Le basketteur n'avait jamais trop compris la différence entre les deux mais qu'importe, le résultat était le même… Il allait devoir jouer le jeu s'il voulait sa petite gâterie.
"Pourquoi ? J'ai entendu dire que t'étais suuuuper doué…" relança-t-il d'une voix suave accompagnée d'un sourire aguicheur.
La flatterie était une tactique qui avait fait ses preuves. Simple et efficace. Et Aomine n'avait pas envie d'y passer la nuit. Un ou deux compliments devraient suffir pour obtenir les faveurs du brun et, si jamais il se trouvait que ce dernier était un incurable romantique, Aomine avait toujours la possibilité d'invoquer la fameuse réplique du père voleur d'étoiles. Succès garanti.
Ou pas.
"C'est gentil mais ça ne marche pas comme ça…" répondit gentiment Kiyoshi. Il avait l'air de chercher ses mots, ne voulant pas vexer le basketteur. Un comble. Malgré tout, il ne souhaitait vraiment pas se le mettre à dos. Peut-être était-ce dû à son esprit tordu, mais Aomine faisait parti de ces personnes qu'il valait mieux avoir comme ami que comme ennemi. Cependant, ce dernier ne lui laissa pas le temps de préciser son propos.
"C'est Akashi qui t'a donné des consignes ? C'est ça ?" le coupa Aomine d'un ton agacé.
Son humeur venait de changer du tout au tout et son côté parano reprenait le dessus. Il ne voyait pas quelle autre raison avait bien pu pousser Kiyoshi à lui mettre un vent. C'était selon lui la seule explication logique.
"Euh… Je ne sais pas ce qu'Akashi vient faire dans cette histoire mais non, je n'ai reçu de consignes de personne. Et puisqu'on en est à jouer cartes sur table, je vais te dire ce qu'il en est. Oui, tu me plais et oui j'ai très envie de te mettre dans mon lit. Mais non, je ne vais pas te sucer comme ça au détour d'une allée… Je ne sais pas si ce genre de plan fonctionne avec les filles mais moi il m'en faut un peu plus. Si un jour je te suce, ça sera avant de TE prendre et ça sera uniquement dans ce sens là. Si tu imagines qu'il puisse se passer quelconque autre scénario, tu te trompes de client…"
"Okay... Ça a le mérite d'être clair..."
Aomine était scié. Il avait toujours vu Kiyoshi comme quelqu'un de doux et de serein; voire même d'un peu trop gentil. Cependant, lors de sa tirade, le métis l'avait trouvé presque… Autoritaire. Il ne s'était jamais trop préoccupé de savoir d'où lui venait son surnom de "Coeur d'Acier" mais il commençait à en avoir une petite idée. En tout cas, cela avait eu le mérite de le calmer. Sa colère s'était dissipée aussi vite qu'elle était apparue pour laisser place à… A quoi au juste ?
Drôle de mélange… Le genre d'attitude qui a tendance à m'exciter d'habitude… J'aime bien les meufs qui savent ce qu'elles veulent… Ouais, les meufs, on en revient toujours au même point…
"Tu sais, renchérit Kiyoshi ayant surpris le regard qu'avait posé Aomine sur lui l'espace d'une seconde, tu ne serais pas le premier hétéro dont je m'occupe… Et j'en connais qui ne sont jamais revenus aux femmes après…"
"Comment t'as dit ça déjà ? Merci mais non merci… rigola le basketteur un peu plus détendu. Je tiens à ce que ma porte de sortie reste une porte de sortie. Et peu importe tous les bienfaits d'un massage de la prostate !"
"Tu m'as pourtant l'air bien renseigné…" s'amusa Kiyoshi à son tour.
"Ouais, Takao me tient la jambe avec ça à chaque fois que je vais manger chez eux… J'ai l'impression que c'est une constante autour de moi, tout le monde a l'air de vouloir que je bascule du côté obscure… Ouais, nan, excuse, mauvais choix de mots… Bref, sur ces bonnes paroles, je vais aller me resservir et qui sait, peut-être que je trouverai en route une bonne âme prête à me rendre service… Elle !"
"Comme tu veux Aomine… J'imagine que tu ne changeras pas d'avis alors… Bonne chance !" le salua Kiyoshi qui en profita pour savourer la vue offerte par le basketteur de dos. Son pantalon mettait définitivement son meilleur atout en valeur.
En partant, Aomine croisa les deux enquiquineurs de retour du bar. Alors que Kuroko semblait déçu de le voir s'éloigner, Kise avait l'air un peu plus affolé.
"Tu vas où là ? Tu vas pas t'coucher au moins ? Tetsuyacchi, dis quelque chose, retiens le..."
Oi, qu'est-ce qu'il lui arrive encore ?
"'tain, aux dernières nouvelles j'peux encore aller où j'veux… C'est quoi ton problème Kise ? T'es encore plus chiant que d'habitude !"
"Mais… Mais…"
Kise était réellement paniqué. Il ne fallait absolument pas qu'Aomine monte maintenant. S'il tombait sur Kat et Wakamatsu c'était la catastrophe assurée et Kuroko lui en voudrait à mort. Même si ce dernier semblait avoir complètement oublié leur mission à cet instant, le mannequin refusait de laisser tomber la promesse qu'il avait faite à son homme.
Au bout de quelques secondes, qui parurent une éternité aux yeux de Kise, Kuroko sembla enfin comprendre la situation et inventa une histoire de serveuses qu'il aurait entendu discuter près du bar, au sujet du 'mec super sexy à la peau mate' qu'elles rêvaient de 'goûter pour vérifier si sa peau avait la saveur du caramel'... C'était un peu tiré par les cheveux mais c'était tout ce que le cerveau anesthésié du jeune instituteur pouvait produire à cet instant.
Aomine lui adressa d'abord un regard dubitatif mais, tel un toxicomane totalement en manque, il se dit que toute piste était bonne à suivre. Au pire, il pourrait toujours continuer à boire.
"Le bar ? Très bien c'est là que j'allais de toute façon… Merci Tetsu… A plus Kise !" bougonna-t-il en tournant les talons.
Quand il fut assez loin, Kise recommença à respirer normalement et demanda à son conjoint si ce mensonge allait suffire.
"Honnêtement je suis déjà surpris moi-même qu'il m'ait cru. Mais je ne vois pas ce qu'on pouvait faire de plus… On aurait peut-être pu le ligoter mais je pense que ça aurait mal tourné… On n'a plus qu'à espérer que Wakamatsu-kun et Kitty-chan ne soient pas du genre à remettre le couvert 4 fois de suite…"
"Pour Wakamatsu je n'en sais rien mais pour Kittycchi… Oh c'est bon ! Me regarde pas comme ça ! Je le sais parce qu'elle me raconte c'est tout… Et d'ailleurs…"
Kise ne finit pas sa phrase mais planta un regard plein de sous entendu dans les yeux de l'élu de son coeur.
Esquissant un léger sourire, Kuroko hocha doucement la tête, répondant ainsi à la question qui n'avait pas eu besoin d'être posée.
Ils retournèrent donc discuter avec Kiyoshi.
Aomine n'avait trouvé aucune jolie serveuse à proximité du bar. Évidemment. Il s'en était douté et n'était donc pas déçu. Mais quand même. Il ne comprenait simplement pas ses amis. A quoi jouaient-ils ? Ça ne ressemblait pas à Kuroko de lui faire des plans pareils et l'alcool n'expliquait pas tout... C'était quoi l'idée ?
En plus, sa discussion avec Kiyoshi avait été un vrai grand huit émotionnel… Il ne pouvait pas nier avoir volontairement flirté avec l'ancien pivot, allant même jusqu'à lui réclamer une fellation… Pouvait-il toujours se proclamer hétéro après ça ? L'épisode Kagami passait encore, il s'agissait de son rival après tout, mais là ! Et puis il avait été foncièrement vexé quand Kiyoshi lui avait refusé ce plaisir… Mais qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez lui ? Il aurait dû se réjouir ! Etait-il paumé à ce point ?
Le barman avait dû penser que oui car ce dernier lui servit un grand verre de Yamazaki Malt de 2013 sans qu'Aomine n'ait commandé quoi que ce soit. Et, après les premières gorgées de ce que l'homme lui expliqua être le meilleur whiskey au monde, Aomine décida de lui subtiliser la bouteille afin d'aller la savourer sur la petite plage où avait eu lieu la cérémonie.
Il ne saurait dire combien de temps il était resté ainsi à contempler les étoiles tout en essayant de noyer son spleen dans le liquide ambré mais Aomine décida qu'il serait plus sage d'aller se coucher avant d'être pris d'une furieuse envie de nager. Dans son état, c'était la noyade assurée.
Lorsque Aomine ouvrit la porte de la chambre, une vision apocalyptique s'offrit à lui.
Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?
Sidéré, il demeura immobile un court instant avant de s'avancer de quelques pas. Wakamatsu était-il là ou avait-il eu la primeur de découvrir le carnage ? Une fois dans la pièce, il fut clair qu'un tsunami avait dû s'abattre ici. L'une des tringles à rideaux était partiellement arrachée du mur et menaçait de tomber d'une seconde à l'autre, une chaise était renversée et la table basse en verre était brisée en mille morceaux. La lampe de bureau, elle aussi cassée, gisait au sol à coté des nombreux flyers touristiques et fournitures de bureau préalablement si bien alignés. Un peu comme si quelqu'un les avaient balayés d'un revers de bras. L'une des fenêtres de la chambre était ouverte et laissait passer un agréable courant d'air. Le basketteur se demanda alors s'il n'avait pas oublié de la refermer avant de partir. Un animal sauvage aurait très bien pu entrer et, prit de panique, saccager le lieu. Il avait vu un reportage sur des cochons se baladant librement sur les plages aux Bahamas et cela lui paraissait tout à fait plausible que l'un d'eux, attiré par des odeurs de nourriture ou de l'un de ses pairs, se soit introduit ici. Bon, okay, Wakamatsu avait la transpiration musquée mais tout de même… Cet abruti avait dû laisser de la bouffe trainer et voilà le résultat ! Cependant, Aomine avait quitté la chambre en dernier, et il était persuadé que la fenêtre était fermée à ce moment-là. Il ne se rappelait d'ailleurs même pas l'avoir ouverte. Après tout, la chambre était climatisée et disposait d'un ventilateur au plafond, à quoi bon aérer ? Le Japon avait beau être un archipel et Okinawa une île paradisiaque, on était très loin des Caraïbes. Et de surcroît, la chambre des deux hommes se situait au premier étage… C'est donc avec cette logique implacable que le basketteur abandonna la piste des cochons… Du moins, jusqu'à entendre un ronflement digne d'un sanglier en rut. L'obscurité de la pièce obligea Aomine à plisser les yeux pour voir d'où émanait ce son. Nu, en travers de son lit Wakamatsu ronflait comme un bienheureux, les bras en croix et la tête renversée entre le matelas et le mur.
Mise à part la nudité de son ancien coéquipier, ce qui surprit un peu plus le métis était que tous les draps et oreillers étaient par terre. Tous. Ceux du lit de Wakamatsu. Mais également les siens. Et puis… Cette odeur… Aucun doute possible. Il la connaissait par coeur cette odeur. Malgré la fenêtre ouverte, la pièce puait le sexe !
Sentant l'agacement monter en lui, le basketteur alluma la lumière. Bien décidé à demander quelques explications à Wakamatsu, il s'approcha des deux lits queen size quand un détail l'arrêta net. Des capotes. Pas une. Ni deux. Mais trois capotes usagées trainaient ci et là. Dont une sur SON lit.
"Putain…" souffla Aomine entre ses dents serrées. Il ne trouvait plus ses mot tellement il était énervé. Sa seule envie à présent était de soulever le blond par les cheveux et de lui envoyer un coup de poing dans la mâchoire.
Putain mais de quel droit ? Ce mec est-il con au point de penser qu'il peut baiser sur MON lit sans que je ne dise rien ?
Il combla rapidement la distance qui le séparait du jeune officier lorsque ses doigts se refermèrent sur les mèches blondes, il fut une nouvelle fois stoppé dans son élan.
C'est quoi ça encore… ?
Wakamatsu avait la lèvre inférieure fendue et gonflée. Un caillot de sang empêchant sa bouche de se remettre à saigner témoignait de la violence du coup qu'il avait dû recevoir. Effaré, Aomine regarda alors le corps de son vis à vis et constata de nombreuses marques rouges, morsures et griffures. Les draps étaient tachés par le sang et une belle trace de main rouge ornait le mur au dessus de la tête de lit. Il avait dû s'y appuyer après l'avoir portée à son visage.
"Nan arrête, je joue plus… C'était super mais j'ai eu ma dose, va te trouver une autre victime, moi j'ai besoin de dormir…" marmonna le blond les yeux clos tout en tentant de se retourner sur le ventre pour continuer sa nuit.
"De quoi tu parles mec ?"
"Aomine ?"
"Mais qui veux tu que ce soit ? Et qu'est-ce qu'il s'est passé ici ?" le ton s'était radouci laissant presque transparaître une certaine inquiétude.
"Laisse tomber, c'est rien…"
"Rien ? Mais t'as vu ta tronche ? Et ton corps ? T'as des bleus partout et bordel... Enfile un caleçon !"
"Hummm… Laisse-moi dormir, j'suis rincé… Et c'est pas comme si tu m'avais jamais vu à poil !"
"Pas moyen ! Il s'est passé quoi ? Tu t'es fait agresser ? Tu veux que j'appelle ma darone ?"
"Laisse tomber j'te dis, j'te raconterai demain, va te coucher…"
La voix de Wakamatsu était lasse et il n'avait visiblement pas les yeux en face des trous.
"Me coucher ? Au milieu des capotes dégueulasses ? T'en as d'autres des comme ça ?"
"Ah. Ouais. Les capotes. Désolée pour ça… Attends, je vais les mettre à la poubelle…"
"Mais putain parce que c'est vraiment les tiennes ? Tu t'es vraiment envoyé en l'air dans MON lit ?"
"Nan.. Enfin si… Mais c'est qu-"
"Si t'étais pas déjà amoché crois moi volontier que flic ou pas je t'aurais bien collé une droite, l'interrompit Aomine au bord de l'implosion. On réglera ça demain… J'vais dormir ailleurs !"
S'apprêtant à quitter la chambre, Aomine, écoeuré, jeta un dernier coup d'oeil à son lit. Il s'arrêta net, fit demi tour et s'approcha pour être certain de ce qu'il venait de voir.
Non, il n'avait pas rêvé. Sa mâchoire se crispa et ses poings se fermèrent de rage.
"Putain... J'vais la buter !" éructa le basketteur avant de partir en claquant la porte.
Un long cheveux rouge traînait sur le matelas taché.
"Daiki !"
Dire que le réveil fut rude pour Aomine était un euphémisme. Tout son corps le faisait souffrir. La voix d'Akashi semblait comme amplifiée et résonnait jusque dans sa mâchoire. Pourquoi parlait-il aussi fort ? Il tenta d'ouvrir les yeux, mais la lumière trop vive lui brûla les rétines. Il les referma instantanément.
"Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?" marmonna-t-il en se frottant le visage avec ses deux mains. Sa voix était rauque et sa langue pâteuse.
"Daiki, dans mon bureau !"
Lentement, le métis cligna des yeux et vit Akashi, face à lui, debout, les bras croisés et les sourcils froncés.
"Ouch Akashi… ça peut pas attendre un peu ? Il est quelle heure là ? C'est pas un peu tôt ? Et pourquoi j'suis pas dans mon lit ? " bailla Aomine, hagard, en s'étirant comme un chat et manquant de peu de tomber du transat sur lequel il venait de passer la nuit.
"Non Daiki ça ne peut pas attendre. Maintenant tu bouges ton cul et tu me suis."
Le ton et le vocabulaire employés ne laissaient rien présager de bon. Aomine pouvait compter sur les doigts d'une seule main les fois où il avait entendu Akashi jurer et chaque fois, ce qui s'en était suivi n'avait pas été très beau à voir. Néanmoins, malgré la gravité apparente de la situation, Aomine ne comprenait absolument pas ce que l'Empereur lui voulait.
De toute évidence, il avait fini sa nuit ici, sur une chaise longue en acier et sans aucun matelas pour améliorer son confort, au bord de la piscine principale entre le lobby et la grande plage. Alors d'accord, il aurait certainement pu choisir un coin plus discret où s'échouer mais à cet instant, il ne se rappelait même plus comment il en était arrivé là.
En quête de réponses, il leva les yeux vers le jeune homme aux cheveux écarlates. Erreur. Akashi commençait visiblement à s'impatienter. D'expérience, le basketteur savait que la patience n'était pas le fort de son ami et il se dit qu'il ferait mieux de s'exécuter rapidement. Il aurait toujours la possibilité d'aller finir sa nuit ailleurs une fois qu'il saurait ce que l'Empereur lui voulait.
Se relevant avec difficulté, le plus grand suivit donc son ancien capitaine en silence jusqu'à son bureau. La distance n'était pas longue mais chaque pas était un vrai calvaire tant il avait mal partout. C'était comme si chaque contact entre ses pieds et le sol provoquait une onde de chocs qui remontait le long de son corps en s'amplifiant jusqu'à venir exploser dans son crâne. La lumière vive du soleil et l'agitation du personnel autour de lui ne faisait que renforcer son martyr.
Quand ils furent arrivés, Aomine s'arrêta prudemment sur le seuil de la porte. Il regarda Akashi se diriger vers son bar personnel au fond de la pièce, attraper un verre et se servir en eau avant de s'asseoir face à lui. Toujours sans un mot, le jeune héritier ouvrit ensuite un tiroir de son bureau et attrapa un comprimé qu'il lâcha dans le verre. Enfin, il poussa ce dernier devant les fauteuils libres lui faisant face.
"Pour moi ?"
"Pour qui veux tu que ce soit Daiki ?" répondit l'homme d'affaire irrité par la stupidité de la question.
"Co-... comment tu sais ?" marmonna alors le basketteur d'une voix d'outre tombe.
"Si tu croises un miroir tu comprendras. Maintenant arrêtes avec tes questions bêtes et assieds toi."
Trop mal en point pour batailler, Aomine s'avança et se laissa lourdement tomber sur le premier siège à sa portée. Une fois installé, Akashi poussa le verre dans sa direction et attendit en silence sans le lâcher des yeux. Le métis se prit alors d'une passion soudaine pour les milliers de bulles que faisait naître le médicament en fondant. Il n'osait pas lever les yeux conscient que ses ennuis débuteraient à l'instant précis où son regard croiserait celui d'Akashi.
Il ne comprenait peut-être pas ce qu'il faisait ici mais il savait reconnaître quand Akashi avait décidé de mettre la pression à quelqu'un. Et ce matin, ce quelqu'un c'était lui. Il avait beau être la star exubérante de la balle orange, à l'heure actuelle il se sentait misérable et avait juste envie de disparaître. Si une chose n'avait pas changé depuis toutes ces années, c'était bien le pouvoir exercé par le jeune héritier sur son entourage.
Quand faut y aller...
Prenant une grande inspiration, Aomine but son aspirine d'une traite.
"J'ai croisé Wakamatsu." déclara alors Akashi une fois qu'Aomine eut avalé la dernière goutte de son verre, ne laissant même pas le temps à la molécule de faire effet.
"Et ?" demanda le basketteur toujours amnésique.
"J'ai croisé Wakamatsu et je dois t'avouer que je suis très déçu de ton comportement. Je vous ai vus discuter hier soir et j'avais imaginé, à tort visiblement, que tu t'étais enfin décidé à grandir, à te comporter en adulte responsable. Peux-tu m'expliquer quelle raison absurde a pu te pousser à le mettre dans cet état ?"
"Quoi ? Mais de quoi tu parles ?"
Aomine avait l'impression d'être sermonné comme un enfant de dix ans et plutôt que de l'aider à comprendre, celà commença à l'agacer.
"Daiki, je commence à en avoir assez de tes caprices de star. Wakamatsu a le visage tuméfié et l'une des femmes de ménage m'a rapporté que votre chambre est complètement saccagée. Je ne voulais pas le croire alors je suis allé vérifier moi même… Les tâches de sang sur le lit et sur les murs ne laissent aucun doute sur ce qu'il s'est passé hier soir. J'espère donc pour toi que la mémoire va vite te revenir et je te conseille également de joindre ton assurance parce qu'il est hors de question que je laisse passer ça !"
Aomine était abasourdi. De quoi ce mégalo d'Akashi pouvait-il bien lui parler ? Wakamatsu blessé ? Mais qu'avait-il à voir là dedans ? C'était une histoire de fou ? L'Empereur était-il en crise ? Avait-il replongé ? Le basketteur était de plus en plus perdu. Il fixa Akashi pour être certain que ce dernier ne se moquait pas de lui, même si ce n'était pas son genre, il fallait envisager toutes les possibilités vu comment Kise et Kuroko s'étaient comportés la veille…
Kise… Kuroko… Il essaya de se repasser mentalement le film de la soirée et là... Tout lui revient en tête ! Kiyoshi, le whiskey, la plage, la chambre, Wakamatsu nu, le sang, le rouge, les cheveux rouges….
"OH BORDEL DE MERDE ! JE VAIS LA BUTER !" explosa alors Aomine en se levant d'un bond et en se dirigeant vers la porte.
Comprenant également qu'Akashi le tenait pour responsable pour l'état de Wakamatsu et de leur chambre, Aomine sentit son sang se mettre à bouillir de plus belle et n'eut plus qu'une idée en tête : aller trouver la planche à pain boulimique et lui expliquer sa façon de penser ! Comment avait-il pu oublier ça ?
Prêt à en découdre, il attrapa la poignée quand un bruit métallique sur sa droite le figea. Il tourna lentement la tête et découvrit une paire de ciseaux dorée plantée dans le bois à quelques centimètres de son oreille.
"Daiki, nous n'avons pas terminé notre conversation."
Aomine déglutit, lâcha la poignée et retourna à sa place calmement.
Quand il fut de nouveau assis, Akashi reprit la parole.
"J'imagine que tu as retrouvé la mémoire… Je t'écoutes Daiki et j'espère que ton histoire tient la route."
Le basketteur prit une grande inspiration pour formuler les choses clairement et sans s'énerver.
"Pour faire court, ce n'est pas moi, c'est l'autre connasse de Kat ! Hier soir ils ont baisé... Dans mon lit en plus… Mais passons… Je ne sais pas ce qu'il s'est passé exactement mais quand je suis arrivé elle n'était plus là et Wakamatsu avait la tronche en sang..."
"Kat ?" dit calmement Akashi en se pinçant l'arrête du nez.
Aomine hocha la tête.
"Daiki. Je ne sais pas du tout ce que cette fille a bien pu te faire mais il faut que tu arrêtes de te focaliser sur elle. Ça devient malsain… Et crois moi je m'y connais dans ce domaine. J'ai croisé Kat ce matin et elle ne semblait pas vraiment avoir passé la nuit à faire du krav maga."
"Bah p't-être que c'est pas elle qui l'a amoché mais j'suis sûr qu'ils ont ken dans mon lit ces crevards… Et il était déjà comme ça quand je suis arrivé… Tu sais quoi ? On va faire simple : si tu m'crois pas fais le venir ! Il a visiblement des goûts de chiotte en matière de gonzesses mais j'le connais et c'est pas un menteur, il va te dire lui que j'y suis pour rien !"
Bien qu'un peu sceptique, Akashi attrapa son téléphone et demanda à faire venir le concerné. Peut-être, encore que cela restait à prouver, avait-il tiré ses conclusions de manière trop hâtive. Aomine, bien qu'un peu nerveux jusqu'alors, semblait assez sûr de lui.
Moins de dix minutes plus tard, Wakamatsu entra dans le bureau et s'installa à côté d'Aomine. Quelques heures de sommeil réparateur et une douche revigorante semblaient lui avoir fait le plus grand bien. Cependant, sa lèvre toujours gonflée et les marques de morsures à la base de son cou témoignaient de l'agitation de sa nuit.
Sans entrer dans les détails, le jeune officier confirma la version d'Aomine. Soulagé, ce dernier fut alors prié de quitter la pièce, laissant Wakamatsu finir de s'expliquer en privé. Bien-sûr aucun des deux ne prit la peine de lui présenter des excuses pour ce malentendu et cette fin de nuit épouvantable.
Dorénavant blanchi de tout soupçon, le basketteur senti la pression retomber et eut envie d'une bonne douche. Il portait toujours son costume de la veille et se sentait un peu poisseux. Un brossage de dents dans les règles de l'art ne lui ferait pas de mal non plus. Il prit donc le chemin de sa chambre, qu'il espérait remise en ordre, en se demandant ce qu'il allait faire en attendant le déjeuner. Il manquait clairement de sommeil mais il refusait de se coucher dans son lit, ce dernier étant souillé à jamais.
En se séchant les cheveux, il regarda par la fenêtre et l'étendue turquoise lui donna envie d'aller se poser sur la plage. Il se prépara rapidement et se dirigea, comme quelques heures plus tôt, vers la petite crique où ses amis s'étaient dit oui la veille. Là, il espérait finir sa nuit tranquillement, loin des accusations délirantes d'Akashi ou des élucubrations de Kise.
Le soleil était déjà haut dans le ciel et la chaleur moite accablante. Aomine se chercha donc un petit coin d'ombre où s'installer. Quand il repéra le spot parfait, sous un grand filao, il remarqua qu'une serviette de plage était déjà installée sur le sable.
Alors qu'il s'apprêtait à poursuivre son chemin pour s'installer un peu plus loin, il regarda en direction de l'eau, cherchant machinalement le propriétaire de la dite serviette.
Et il le vit en train de se baigner.
Un sourire mauvais déforma alors son visage.
Kat.
Et elle était seule.
C'était parfait.
Il allait pouvoir lui expliquer entre quatre yeux tout le bien qu'il pensait d'elle.
Elle… Cette… Cette… Cette salope ! Celle que le ciel avait envoyé pour lui pourrir la vie ! Il y avait beaucoup réfléchi la veille en vidant sa bouteille de spiritueux sur cette même plage et il n'y voyait pas d'autre explication. Cette fille était un démon. Elle était le double maléfique de Kagami. Lui, avait été envoyé tel un ange gardien pour lui redonner goût à la vie et au basket et elle… Elle allait tout détruire ! Dès qu'il avait posé les yeux sur elle, il avait senti que quelque chose allait de travers. Il avait eu de drôles de palpitations et le souffle un peu court… Quel genre de personne, si ce n'est une créature du Malin, peut provoquer ce genre de symptômes ? Et puis, elle n'avait pas de seins bordel… Une pure agression visuelle ! Et enfin où qu'il aille, il tombait sur elle… Il ne savait pas trop ce qu'il avait fait pour mériter ça mais la vie le punissait, il en était convaincu.
Aomine décida alors de s'installer sur la serviette de Kat en attendant qu'elle sorte de l'eau. Ainsi, elle ne pourrait pas l'esquiver. Ainsi, il pourrait lui demander de repartir d'où elle venait, de le laisser tranquille et d'oublier son frère car Kagami n'avait pas besoin d'elle pour être heureux. Oui, c'était ça l'idée. La faire fuir pour ne plus jamais la revoir et reprendre le cours de sa vie.
Dans l'esprit d'Aomine, la jeune femme avait réussi, en deux jours seulement, à cristalliser tous ses problèmes. Bien malgré elle, l'Américaine s'était immiscée dans sa tête. Elle hantait son esprit depuis qu'il l'avait rencontrée et il formait des corrélations absurdes entre la jeune femme et ses émotions négatives. Occultant totalement le fait que son mal-être avait commencé il y avait plusieurs mois déjà, il la tenait pour responsable de son état actuel.
Akashi avait entièrement raison en disant qu'il se focalisait trop sur elle. Lui même s'en rendait compte et cette constatation l'énervait au plus au point, le rendant agressif. Pour le bien de tous, il fallait que ça cesse. Mais, plutôt que de faire un travail sur lui-même et se demander ce qu'une telle obsession pouvait bien signifier, Aomine avait choisi le chemin de la facilité. Il était parti dans un délire mystique et s'était convaincu qu'en mettant le maximum de distance entre eux deux, il allait forcément retrouver le bonheur...
Un peu plus loin, Kat n'avait pas remarqué Aomine et se baignait tranquillement. Le basketteur ne voyait que sa tête dépasser de l'eau mais il trouvait qu'elle barbotait plus qu'elle ne nageait réellement. De temps en temps, elle disparaissait sous la surface et à chaque fois qu'elle émergeait, il ne pouvait s'empêcher de penser à la petite sirène… Encore une preuve que cette fille était mauvaise… Les sirènes ne sont-elles pas supposées être des créatures des ténèbres qui séduisent les marins pour les dévorer…
'Tain, combien de temps elle va mettre à sortir encore ? Elle va finir par être toute frippée… Ouais, n'en, c'pas mon problème en fait… Elle peut même se noyer j'en ai rien à carrer !
Aomine avait eut le temps de répéter son speech une bonne dizaine de fois, reformulant sa tirade encore et encore pour être certain qu'elle comprenne bien qu'elle n'était pas la bienvenue dans sa vie quand enfin, elle se décida à sortir de l'eau.
En le voyant, un air contrarié s'afficha sur son visage.
Et ouais, t'es pas contente de me voir… Attends cinq minutes, ça sera pire...
Malgré tout, l'Américaine continua à marcher, droit vers lui.
Petit à petit, son corps émergea de l'eau et Aomine ne put retenir sa mâchoire de se décrocher, choqué par la vision qui s'offrait à lui.
Kat ne portait qu'un micro slip de bain.
Cependant,ce n'était pas la nudité de la jeune femme qui avait provoqué cette réaction.
Le corps de Kat était recouvert de bleus. Et, plus elle s'approchait, plus il en découvrait. Elle avait même quelques égratignures sur les bras, des suçons dans le cou et sur la poitrine et quelques morsures ci et là.
Une étrange impression de déjà-vu s'empara de lui.
Etait-ce vraiment Wakamatsu qui lui avait fait ça ?
Mais qu'est-ce qu'ils ont foutu dans cette chambre ? Putain… Wakamatsu… Mec, me dis pas que tu as perdu les pédales à ce point ?! Merde...
"Un problème ?" lui demanda-t-elle froidement.
Aomine avait perdu la parole et n'arrivait pas à détacher ses yeux du corps de la jeune femme. Alors qu'il avait prévu de lui balancer toute sa haine au visage, sa hargne avait complètement disparu pour laisser place à une réelle inquiétude.
"Ça va ?" demanda-t-il alors, sincèrement préoccupé.
C'était la seule phrase qu'il avait réussi à formuler.
"Très bien…" répondit-elle à son tour après quelques secondes.
Kat avait été surprise par la question mais surtout par l'air sincère du métis quand il l'avait posée. Venait-elle de le surprendre en flagrant délit de gentillesse ? Intéressant...
Cependant, malgré sa réponse on ne peut plus claire, Aomine continuait de regarder son corps avec insistance. Un peu trop à son goût. Elle se sentait vraiment bien, elle n'avait pas besoin d'aide et encore moins de la sienne.
"Quand tu auras fini de te rincer l'oeil, tu pourras peut-être bouger ton cul que je me sèche ?"
Peut-être qu'en le provoquant, il passerait à autre chose…
Mais encore une fois, cela aurait été se méprendre sur Aomine que de penser qu'il lâcherait l'affaire aussi facilement. Tout en lui tendant la serviette sur laquelle il était assis jusqu'alors, il lui posa sans détour la question qui lui brûlait les lèvres.
"Qu'est-ce qui s'est passé ? C'est Wakamatsu qui t'a fait ça ?"
Here we are... pensa Kat en soupirant.
Bien consciente que ce genre de marques sur son corps pouvait soulever quelques questions, la jeune femme s'était levée tôt pour pouvoir profiter de la mer sans être vue. Elle pensait profiter du fait que tout le monde soit au petit déjeuner, ou toujours en train de dormir, pour se délasser de sa nuit agitée à l'abris des regards.
Mais c'était sans compter sur le casse-pieds de service.
"C'est… Pas tes oignons." répondit-elle alors sèchement, espérant ainsi clore cette conversation.
Elle ne voulait pas aller sur ce terrain là, surtout avec lui. Elle voulait garder sa vie privée, privée justement. Elle savait que de toute façon, il ne la comprendrait pas. Alors à quoi bon ? Elle en avait assez de devoir se justifier sur sa sexualité, sur ce qui la faisait vibrer, se sentir vivante. Certains aimaient les sports extrêmes et personne ne leur posait de question alors pourquoi elle devait-elle subir un interrogatoire à chaque fois qu'elle revenait avec quelques bleus ? Il lui était même arrivée de faire fuir certaines de ses conquêtes du soir quand elle leur avait fait part de ses désirs… Alors non, elle n'avait pas envie d'avoir cette discussion avec Aomine.
Hésitant à insister, Aomine se contenta de la regarder en silence. Sa mère lui avait toujours répété qu'on ne devait jamais se taire si l'on était témoin d'une scène de violence, qu'il fallait tout mettre en oeuvre pour aider les victimes… Mais qui était la victime ici ? Après tout, Wakamatsu n'était pas dans un meilleur état et n'avait pas eu l'air de se plaindre. Et puis, quelque chose, dans l'attitude de Kat, lui soufflait qu'il n'y avait pas forcément matière à s'alarmer plus que ça.
Lorsqu'elle fut sèche, Kat se pencha vers Aomine qui la regardait toujours, et attrapa son débardeur qu'elle enfila d'un geste fluide. Le tissus était fin et ne cachait pas grand chose. La fraîcheur de la mer avait durci ses tétons qui pointaient fièrement sous l'étoffe et Aomine se surprit à trouver cette vision très sexy. Malgré les bleus, malgré les marques, malgré que Kat soit la pire des connasses à ses yeux… Lui. Aomine Daiki. L'as des as. La star du basket nippon. L'accro aux poitrines opulentes. Il venait, à cet instant, de trouver sexy une poitrine dont le bonnet oscillait entre le A et le B. Pire que ça, la poitrine de Kat.
Mais bordel… Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez moi ? Faut que je me ressaisisse…
"Tu devrais mettre un pull." lâcha-t-il alors soudainement en détournant les yeux vers la mer.
"Hein ? Mais il ne fait pas froid !"
"C'est pas pour le froid."
"Ah."
"Tu fais comme tu veux mais si ça t'emmerde qu'on te pose des questions tu devrais pas te montrer comme ça… Ton frère risque de ne pas comprendre."
"Genre, toi tu comprends…"
"Non mais moi j'en ai rien à foutre…"
"Et c'est pour ça que tu me regardes comme si effectivement t'en avais rien à foutre" le taquina-t-elle.
Elle était contente qu'il décide de passer à autre chose mais elle n'avait pas pu résister à l'envie de l'embêter. C'était si facile.
"Va chier !" aboya alors Aomine comme s'il avait été pris la main dans le sac.
Kat, amusée par la réaction du basketteur, fit semblant de réfléchir quelques secondes.
"Ouais, bonne idée, j'vais faire ça..."
"Putain mais t'es dégueulasse !" s'énerva-t-il une nouvelle fois.
Vraiment trop facile...
En guise de réponse, Kat lui adressa son plus beau sourire, celui qu'elle gardait habituellement pour les photographes : radieux mais totalement hypocrite. Elle ramassa le reste de ses affaires, lui tourna le dos et partit en direction de sa chambre. Comme elle occupait une suite supérieure avec jacuzzi, éloignée du bâtiment principal, la jeune femme espérait, cette fois, ne croiser personne. En effet, pensant se baigner seule, elle n'avait rien prévu pour se couvrir d'avantage.
"A plus Da. !" lança-t-elle alors par dessus son épaule, tout en lui faisant un gentil geste de la main : son majeur bien tendu.
Aomine la regarda marcher jusqu'à ce qu'elle disparaisse derrière la végétation. Enfin, il la regarda… Il regarda plutôt ses fesses. Magnifiques. Comme sur la photo que lui avait montré Kise à l'aéroport. Tellement absorbé par son cul, il n'avait pas vu le doigt d'honneur qu'elle venait de lui adresser. Il était hypnotisé. Autant elle manquait de volume en haut, autant le bas était sublime. Vraiment sublime. Pourquoi avait-il fallu que le plus beau fessier qu'il n'eut jamais contemplé soit celui de cette...
Et… meeeeeerde !
Avec tout ce qu'il venait de se passer, Aomine avait complètement oublié d'expliquer à la jeune femme le fond de sa pensée. Il était dépité. En colère contre lui de s'être laissé perturber aussi facilement, après tout ce n'étaient que deux ou trois bleus, le métis attrapa deux grosses poignées de sable et les balança avec rage autour de lui.
Merde ! Fait chier ! Bordel !
Pour se calmer, il décida d'aller faire un tour dans l'eau avant d'entamer sérieusement sa sieste. Trouver le sommeil dans cet état était tout bonnement impossible. Malheureusement, lorsqu'il se redressa, son énervement se décupla encore en constatant la bosse que formait son sexe en érection sous son maillot de bain.
A ce moment là, Aomine eut envie de pleurer.
