Hello folks !
Ce fut long et laborieux... Un peu comme cette année sur le point de s'achever. Mais les choses n'ont-elles pas plus de saveur quand on les a beaucoup attendu ?
Ah ? Quoi ? Vous ne l'attendiez plus ? Bah le voilà quand même ^^
Je ne vais pas m'étendre en bla-bla inutiles, je vous laisse lire et profiter.
Quoi que... Juste un point. MERCI Kuro, tu es, en plus d'une auteure de talent, une beta géniale !
Et aussi, parce qu'on m'a dit que ça pouvait aider à la lecture, ci-dessous il y a un mini-glossaire, juste comme ça :)
Runner-up : c'est le deuxième. Finaliste mais n'ayant pas gagné.
Rookie : c'est le bleu, le petit nouveau. Ce terme est généralement employé au basket pour parler d'une recrue dont c'est la première année dans le circuit.
Sophomore : joueur dans la deuxième année.
Les différents postes au basket (les persos évoluant à ces postes vous parleront plus que mes explications confuses donc… Voilà) : meneur (Akashi, Izuki ), arrière (Midorima, Hyuga), intérieur/pivot (Murasakibara, Wakamatsu, Kiyoshi), ailier (Kise), ailier fort (Aomine, Kagami)…
Enjoy.
La chaleur étouffante du mois d'août ayant laissé place aux températures plus douces de septembre, les Tokyoïtes pouvaient de nouveau respirer normalement. Après avoir délaissé pendant deux mois les balades en ville au bénéfice de leurs intérieurs climatisés, les habitants recommençaient peu à peu à profiter de la douceur de la fin d'été dans les nombreux parcs qu'offrait la capitale.
Cependant, le répit avait été de courte durée, un typhon de niveau 4 s'annonçait pour le lendemain. La pluie tombait sans discontinuer depuis la veille, le vent soufflait de plus en plus fort et les chaînes de télévisions diffusaient en boucle les consignes de sécurité.
Comme à chaque fois, l'ambiance de la ville devenait particulière, comme électrique. L'air était lourd et moite et les coups de tonnerre résonnaient dans les ruelles, ajoutant un côté dramatique à ce décor de fin du monde. Bien que fréquentes dans l'archipel, surtout à cette période de l'année, les tempêtes tropicales n'en étaient pas moins redoutées par les Japonais.
Le pic de la tempête n'étant prévu que pour le lendemain soir, la vie économique, culturelle et sportive du pays n'en était pas perturbée. Ainsi, plusieurs milliers de fans de basket s'étaient retrouvés au Toyota Motors Fuchu Sports Center pour assister au troisième match de la saison entre les Alvark Tokyo, runner-up la saison précédente, et les Utsunomiya Brex, champions en titre.
Tout comme à l'extérieur, l'ambiance dans la salle était électrique, le public survolté. Les deux heures de route sous la pluie et les rafales de vent n'avaient pas effrayé les fidèles supporters des Brex, venus en nombre. Même si on était loin de l'ambiance de folie du Madison Square Garden ou du United Center, véritables lieux de cultes pour les aficionados de NBA, depuis quelques années, les amateurs nippons de la balle orange se faisaient de plus en plus nombreux et savaient donner de la voix.
Cela faisait maintenant quatre ou cinq ans que les deux équipes se disputaient le titre et, à chacune de leurs rencontres, la tension était palpable aussi bien sur le terrain que dans les tribunes. Pour ne rien arranger, le coach des Brex avait très mal supporté s'être fait voler le titre deux ans plus tôt par une équipe coachée par une femme, jeune de surcroît. Le cinquantenaire bedonnant à la mentalité très patriarcale considérait que la place de cette dernière était plus à la maison à s'occuper des enfants que sur les bancs d'un terrain de basket. Il en avait fait une affaire personnelle et chacune de leur rencontre était un peu plus tendue que la précédente. L'arrivée de Aomine au sein des Alvark il y a trois ans avait donné un bel avantage aux Tokyoïtes. Malheureusement, l'année dernière le recrutement de deux joueurs américains dans leurs rangs avait permis aux Brex de décrocher le titre, la défense tokyoïte n'ayant pas fait le poids face à leurs attaques coordonnées.
Les deux premiers quarts temps s'étaient déroulés comme à l'accoutumée : poussifs avec un manque évident de fluidité. Chaque équipe mettait une grosse pression à ses adversaires et les fautes s'accumulaient, contrairement aux points. Le score restait anormalement bas pour un match de cette envergure. C'est avec une légère avance de dix points pour les Alvark que le match reprit après la mi-temps. Malheureusement, une baisse de régime générale et surtout un marquage à la culotte de Aomine avaient réduit leur avantage à quatre petits points à la fin du troisième quart temps. En plus de leurs qualités offensives, les deux Américains recrutés l'an passé avaient eu le temps d'apprivoiser le jeu de Aomine et empêchaient efficacement l'as de Tokyo de déployer son jeu. La moindre de ses actions était bloquée et nombre de ses tirs n'atteignaient même pas le cercle, contrés en l'air dès que le ballon quittait les main du numéro 5.
De plus en plus frustré, Aomine sentait la colère monter en lui.
Pendant les deux minutes de pause, Riko expliqua la stratégie tandis que les joueurs buvaient et épongeaient la sueur de leur front. Ce match n'était pas des plus spectaculaires mais il s'avérait éreintant. Momoi, ou plutôt Kagami désormais, et le kiné de l'équipe faisaient leur maximum pour soulager les jambes lourdes et éviter l'apparition des premières crampes.
Du coin de l'œil, Satsuki surveillait son ami d'enfance et, si à une époque le voir perdu dans ses pensées présageait du meilleur, ce soir son instinct lui soufflait le contraire.
Une sorte d'aura négative émanait de lui. Les yeux rivés sur le sol, Aomine se mordait l'intérieur des joues tandis que ses jambes tressautaient d'impatience.
Soudain, la sonnerie retentit et les joueurs retournèrent sur le terrain, prêts à en découdre et à aller chercher cette victoire difficile.
Malgré la fatigue, Satsuki restait debout derrière le banc. Elle faisait les cents pas, trop anxieuse pour s'asseoir et surtout torturée par une sorte de sciatique depuis quelques jours. Elle avait beau se tordre dans tous les sens, aucune position ne la soulageait.
Sous les encouragements de leurs supporters, les deux équipes reprirent le match dans la même dynamique que précédemment. La défense individuelle adoptée par les Brex obligeait leurs adversaires à beaucoup courir afin de se démarquer et se créer des ouvertures pour scorer. Même si en cette fin de rencontre la fatigue commençait à se faire sentir, l'enjeu poussait les joueurs à dépasser leurs limites sans pour autant offrir un spectacle exceptionnel.
Ayant réussi à s'isoler, Aomine tenta un tir mi-distance mais celui-ci fut, encore une fois, contré. Heureusement pour les Tokyoïtes, le rebond fut en leur faveur et le panier marqué par le pivot de l'équipe. Le score était à présent de 72 à 66.
"Digne d'un match de collégiens" pensa amèrement le brun en jetant un œil au tableau de marque.
Balle à l'adversaire, remise en jeu. Le meneur réceptionna la balle et la distribua à ses ailiers. Le ballon circulait vite, les passes rapides et précises rappelaient à Aomine le jeu de Kuroko il y avait quelques années. Cependant, il n'avait pas le temps de se perdre dans ses souvenirs, il était en plein match et de surcroît affrontait leur plus gros adversaire. Et justement, l'une des nouvelles recrues décida de tenter sa chance en un-contre-un face à lui. Aomine le contint vaillamment quelques secondes, mais se fit surprendre et ne put que regarder, dépité, le sophomore shooter en fadeway, gratifiant ainsi son équipe de deux points supplémentaires.
L'as des Alvark l'avait mauvaise depuis le début de la rencontre mais perdre un duel face à un gamin ne parlant même pas japonais, fut la goute d'eau qui fit déborder le vase.
A la remise en jeu, il réclama le ballon, bien décidé à y aller seul et à montrer qui était le vrai patron sur ce terrain. Balle en main, il accéléra en direction du panier adverse, laissant ses coéquipiers sur le carreau. Il contourna un premier adversaire avec fluidité mais, dans la précipitation, ne vit pas l'écran juste derrière et heurta un second joueur en pleine face. A cette vitesse, il perdit l'équilibre et ne put éviter la chute. Sous le regard choqué de milliers de spectateurs, il s'effondra au sol, criant de douleur.
Sans attendre le coup de sifflet de l'arbitre, le staff médical se précipita sur Aomine pour évaluer la gravité de la situation. Sur la touche, Satsuki regardait la scène avec effroi. Craignant le pire, son cœur s'affola et ses jambes commencèrent à trembler. Elle s'assit sur le banc pour ne pas s'effondrer et s'efforça de respirer calmement. Les paroles de Kat cet été lui revinrent alors en mémoire.
Le lendemain du mariage, tandis que tout le monde se remettait de ses émotions et de la soirée plus ou moins arrosée, Akashi avait (fortement) suggéré l'idée de faire des petits matchs de basket histoire de se remémorer le bon vieux temps…
Alors que les hommes se donnaient corps et âmes sous un soleil de plomb, Kat, Riko et Satsuki les regardaient jouer en discutant des qualités physiques des uns et des autres, regrettant l'abandon du basket par certains et rigolant gentiment des tentatives farfelues d'autres un peu moins doués. Et puis il fallait avouer, que regarder tous ces adonis, torses nus et luisants, se disputer un ballon dans une ambiance bon enfant n'était pas l'activité la plus désagréable qu'il soit.
Kat avait été très impressionnée par son frère qui, bien que refusant de se donner à fond depuis sa blessure au genou, semblait avoir un niveau bien supérieur à la moyenne. Cependant, malgré l'animosité qu'elle ressentait à son égard, c'était bien Aomine qui l'avait hypnotisé par son jeu incroyable. Elle n'était pas une férue de basket, néanmoins elle avait assisté à suffisamment de matchs pour reconnaître un talent exceptionnel quand elle en voyait un. La nuit suivant leur retrouvailles, Kagami lui avait raconté rapidement son parcours en NBA et dans les grandes lignes celui de son ami. Et à son tour, elle ne pouvait que déplorer que ce dernier, aussi insupportable soit-il, n'ait pas réussi à se faire un nom dans la ligue Américaine. Cependant, ses réflexes professionnels reprirent le dessus et à mesure qu'elle analysait sa façon de bouger ou sa posture au repos ses sourcils se fronçaient. Bien-sûr, elle était un peu loin du jeu pour tirer des conclusions précises mais l'observation de l'amplitude de ses mouvements, sa vitesse d'exécution et l'alignement de ses membres laissaient clairement à penser que le joueur professionnel n'était pas aussi en forme qu'un œil non exercé pouvait l'imaginer.
"Il lui arrive quoi à l'autre obsédé des nichons ? C'est la gueule de bois qui le rend comme ça ou il a sérieusement besoin de se reprendre ?"
"Qu'est-ce que tu veux dire ?" demanda la jeune mariée qui avait également remarqué depuis un certain temps que la condition physique de son ami déclinait, sans pour autant oser aborder le sujet ouvertement.
"De ce que je vois, les bases sont… Comment dire ? Supérieures à la moyenne… On voit que le mec est sportif, normal tu m'diras… Mais j'ajouterai qu'il est taillé pour le basket… et faire un sport qui correspond à sa morphologie, contrairement à ce qu'on pourrait penser, ce n'est pas si fréquent ! Mais revenons à Aomine : sa musculature est développée et homogène. On voit que ce n'est pas de la gonflette, que le muscle n'est pas là pour faire joli… Les articulations sont plutôt souples aussi… Mais… On dirait que l'engrenage est un peu grippé. Par exemple, tu vois là ? Quand il est au repos, il n'a pas l'air symétrique… J'ai l'impression que ses crêtes iliaques ne sont pas à la même hauteur… Après c'est peut-être qu'une impression mais c'est souvent le signe d'un problème de genou ou de cheville… il s'est blessé récemment ?"
"Non, pas que je sache. Pas sur un terrain en tout cas…"
"Rien de catastrophique mais c'est typiquement le genre de pathologie qui n'a l'air de rien mais qui crée des déséquilibres dans tout le corps. Pour compenser, il va forcer de l'autre côté, ça va créer des micro-tensions et à force ça fatigue et c'est comme ça que les grosses blessures arrivent… Ce n'est pas compliqué à corriger mais ça demande du travail et de la régularité…"
"Et on ne peut pas dire que ce soient deux qualités qui caractérisent le plus Aomine…" ajouta Riko un peu dépitée. "Je demanderai au kiné du club d'y jeter un œil dès la reprise. Ça serait dommage de perdre notre as parce que monsieur n'est pas foutu d'avoir une hygiène de vie correcte !"
"Et tu arrives à voir tout ça d'où tu es ?"
"Oh ça manque clairement de précision, ça se trouve c'est juste un effet d'optique vu d'ici… Ça demanderait d'y passer plus de temps ! Mais j'adore l'analyse posturale ! Si on sait comment lire un corps, il nous raconte tellement de choses !"
Habituée à l'exercice depuis qu'elle était petite, Riko ne pouvait qu'être d'accord avec les propos de l'Américaine. Cependant, bien que douée dans ce domaine, ses analyses n'étaient généralement pas aussi fines que celle faite par Kat en quelques secondes. Elle était curieuse de la voir travailler sérieusement dans de bonnes conditions et avec un patient conciliant…
Recroquevillé en position foetale sur le sol, Aomine se tenait la jambe, laissant échapper des grognements de rage et de douleur. A sa souffrance physique s'ajoutait toute la frustration et la crainte de ne pas pouvoir ne serait-ce que finir le match.
A ses côtés, les secouristes essayaient de le faire lâcher prise afin d'évaluer la gravité de sa blessure. Les joueurs des deux équipes ainsi que le public regardaient la scène, attendant le verdict dans un silence anxieux.
Debout devant le banc de touche, Riko analysait les images capturées par l'un de ses assistants chargé de filmer la rencontre afin de se faire elle-même une idée du problème.
Et rapidement, elle eut sa réponse. Nul besoin d'attendre l'avis du médecin, les images parlaient d'elles-même : tentant d'éviter une chute, Aomine avait mal positionné ses appuis et sa cheville droite s'était pliée à quatre-vingt-dix degrés. C'était au mieux une entorse et au pire… Un frisson la parcourut. Elle ne préférait pas y penser.
Sur le terrain, Aomine serrait les dents mais la douleur devenait supportable. Recouvrant peu à peu ses esprits, il regarda autour de lui. Subitement la colère le submergea.
Pourquoi tout le monde le regardait de cette façon ? Okay il était tombé ! Okay il avait mal ! Et alors ? Il n'était pas en sucre ! Il allait leur montrer que leur pitié et leurs regards inquiets étaient inutiles !
Chassant les secouristes qui s'appliquaient à pulvériser des bombes de froid sur sa cheville, il se redressa. Mais, la douleur le foudroya de nouveau et il s'effondra sur l'épaule d'un jeune secouriste resté près de lui malgré ses vociférations.
"Accrochez-vous Aomine-san, je vais vous transporter jusqu'au banc avant qu'on vous évacue vers l'hôpital."
"Comment ça m'évacuer ? C'est quoi ces conneries !? aboya le basketteur en attrapant le soigneur par le col. Le match n'est pas fini ! Alors strappez moi et j'y retourne !"
Surpris par sa réaction virulente, le jeune homme tenta de reculer tout en bredouillant des excuses maladroites mais Aomine le tenait fermement. A cet instant, la rage émanait de tous les pores de sa peau.
"Dai-chan… Lâche-le s'il te plait." demanda Satsuki doucement. Elle sentait son ami sur le point d'exploser.
"Alors quoi ? Toi aussi Satsu ? T'es d'accord avec ces conneries ? Tu penses que j'suis fini ?"
Aomine avait lâché le secouriste et regardait à présent son amie d'un air menaçant.
"Dai-chan ! Personne n'a dit ça !"
"Ah ouais ? Et c'est quoi la suite alors ? On m'amène à l'hôpital où comme par hasard on me dit que j'en ai pour six mois, vous finissez la saison sans moi et en juin on m'annonce que je suis bon pour prendre ma retraite ? Parce que vous pensez sincèrement pouvoir faire quelque chose de potable sans moi ? Vous n'êtes rien sans moi ! RIEN !"
"Dai…"
Abasourdie par les propos de son ami, la jeune manager en restait muette. Aomine n'avait que rarement levé le ton face à elle. Ils avaient cette relation privilégiée qui faisait d'elle la seule personne contre laquelle il se mettait rarement en colère. Sauf peut-être... À cette époque maudite où il était en dépression. Son cœur cognait fort dans sa poitrine alors qu'elle tentait vainement de trouver les mots. Le moindre de ses propos risquait d'être interprété de travers, empirant ainsi la situation. Elle sentit soudain les larmes lui monter aux yeux. Pour la première fois depuis des années, elle avait le sentiment d'être impuissante face au désarroi de son ami.
"Aomine, maintenant tu la ferme et tu suis les ambulanciers. On reparlera de tout ça après, ici on a un match à gagner."
Bien que ne se laissant pas dicter sa conduite par grand monde, Aomine respectait et écoutait sa coach. Riko, tant par son talent que son caractère bien trempé, avait réussi à se faire une place dans l'univers ultra viril du basket professionnel et ses résultats lui conféraient une légitimité grandissante d'années en années. Si leur collaboration avait débuté de manière un peu houleuse, la jeune femme avait vite cerné le fonctionnement de Aomine. Tant que les résultats étaient au rendez-vous, elle fermait les yeux sur son manque de ponctualité et d'assiduité. Elle avait compris qu'il avait besoin d'une certaine liberté qu'elle lui accordait tout en lui proposant un entraînement adapté lui permettant de progresser. Pour le reste, elle déléguait à Momoi. En contre partie, même si cela arrivait rarement, lorsqu'elle haussait le ton et lui ordonnait de faire quelque chose, elle attendait de lui qu'il obéisse sans rechigner.
Alors, bien que fou de rage à l'idée de quitter le terrain ainsi, Aomine fit donc ce qui lui était demandé et s'installa dans la civière des ambulanciers arrivés entre temps. Poings et mâchoire serrés, il fulminait encore après la terre entière quand les portes du gymnase se fermèrent derrière lui. Prisonnier de sa colère, il n'avait même pas remarqué la standing ovation et les encouragements que le public lui avait accordé en partant.
Assise sur une simple chaise métallique dans le couloir menant aux vestiaires, Satsuki regarda pour la centième fois son portable. Aucune réponse. Elle soupira. Bien qu'exténuée, elle allait certainement devoir se déplacer.
Et à cet instant, elle n'en avait pas envie. Quand il s'était emporté un peu plus tôt, elle n'avait pas su comment lui répondre, pas su comment l'aider, pas su comment apaiser sa détresse cachée derrière son accès de colère. Elle se sentait inutile et incapable. Et ce sentiment la rendait malade. Elle pensait que si elle allait le voir dans cet état, elle ne ferait qu'empirer la situation, déjà fragile, de son ami. Elle avait simplement peur qu'il s'éloigne un peu plus d'elle en la voyant ainsi.
"Alors ?"
Riko venait de sortir du vestiaire dans lequel ses joueurs s'apprêtaient à se doucher. Malgré le départ d'Aomine, les Tokyo Alvark avaient réussi à se maintenir et remporter la victoire de deux petits points. La soirée avait été éprouvante pour l'équipe, tant sur le plan physique que mental, et elle avait tenu à les féliciter de leurs efforts sitôt le match terminé. Satsuki secoua la tête négativement en soupirant.
"Alors rien. Soit il a éteint son portable, mais ça serait bien la première fois que Dai-chan respecterait le règlement de l'hôpital… Soit il ignore mes appels…"
"T'as essayé d'appeler Midorima ?"
"Oui mais il n'est pas de garde cette nuit. Il a dit qu'il allait essayer de joindre ses collègues et qu'il rappellerait s'il a des nouvelles… Mais qu'il ne fallait pas trop compter dessus avant plusieurs heures, ils sont souvent débordés le samedi soir."
"Aïe. Fallait s'en douter. Y'a pas quelqu'un d'autre qu'on pourrait appeler ?"
"Non mais laisse tomber, je vais y aller... J'espère juste…"
Riko la regarda en silence, attendant la suite.
"J'espère juste qu'il acceptera de me parler, souffla Satsuki, inquiète. Il n'avait vraiment pas l'air bien en partant."
"Et j'imagine que tu ne parles pas uniquement de sa cheville…"
"Non… T'as dû le remarquer aussi, depuis quelques mois il semble plus déprimé... Je sais que des fois j'ai tendance à le couver alors au début je me disais que je devais me faire des idées... Mais honnêtement depuis cet été je m'inquiète vraiment. Et sa crise de parano là, ça me rappelle de mauvais souvenirs…"
"Depuis cet été ?"
"Après sa rupture avec Yuki la saison dernière, il sortait deux à trois fois par semaine et collectionnait les nanas... Mais ça allait encore. Enfin, t'as pas besoin que je te rappelle à quelle heure il arrivait le matin, mais au moins il venait ! Mais depuis cet été... C'est tous les soirs ! Et les rares fois où il ne sort pas, il le passe à draguer en ligne, regarder du porno ou jouer aux jeux vidéos en buvant de la bière… Souvent jusqu'au matin…"
"C'est lui qui t'a dit ça ?"
"Non. C'est Ki-chan quand je lui expliquais que Dai-chan ratait de plus en plus souvent les entraînements du matin. Désolée, j'aurais dû t'en parler… Mais je pensais qu'avec la reprise des matchs les choses rentreraient dans l'ordre…"
"T'excuses pas… Je comprends… Et puis, j'ai ma part de responsabilité aussi. C'est pas comme si je lui avais mis la pression pour qu'il arrive à l'heure… Peut-être que j'aurais dû..."
"Je sais pas… Dai-chan a toujours ce côté rebelle. Il a du mal avec l'autorité... En temps normal, la liberté que tu lui laisses lui convient. Même l'équipe l'a compris sans que ça engendre de frustrations... Non... Vraiment je pense que c'était un bon compromis qui fonctionnait bien. Sauf... Sauf là... Et tu pouvais pas deviner que ça se passerait comme ça."
"Ah ce point, non… Mais quand même... Je crois qu'on aurait pu éviter d'en arriver là… Comme tu l'as dit, en fin de saison dernière il n'était déjà plus à cent pour cent. Et cet été, Kat nous a alertées sur sa condition physique… J'aurais dû être plus vigilante et, j'en sais rien... Peut-être lui serrer un peu plus la vis..."
Les deux femmes se turent à nouveau, rongées par l'inquiétude et la culpabilité.
"Et merde ! lâcha la coach plus dépitée qu'énervée. On fait quoi maintenant ? J'imagine que tu as déjà dû essayer de lui parler…"
Satsuki acquiesça de la tête et reprit en soupirant :
"J'ai essayé de lui parler plusieurs fois mais il m'assure que tout va bien. Il dit que je dramatise… Comme toujours il n'accepte pas de se montrer faible..."
Le ton employé par Satsuki trahissait sa tristesse et son désarroi. Elle pensait qu'ils étaient au dessus de ça après tout ce qu'ils avaient traversé ensemble, qu'avec elle au moins il acceptait de montrer ses vulnérabilités. Mais force était de constater que ce n'était pas le cas.
"Je pense, reprit-elle, qu'il en a un peu conscience lui-même… Mais qu'il essaye juste de s'auto-convaincre en répétant à qui veut l'entendre qu'il n'a besoin de personne. Il est toujours trop fier pour accepter même d'avoir besoin d'aide… C'est tellement frustrant, j'ai l'impression d'assister à un crash aérien et de ne rien pouvoir faire !"
"Ne te blâme pas pour ça… Tu n'as rien à te reprocher ! Tu ne peux pas aider quelqu'un qui ne veut pas qu'on l'aide. Et puis tu as ta vie en dehors du club, tu n'as pas à sacrifier tout ton temps libre et ton énergie pour lui ! Quand bien même tu le considères comme ton frère, son bonheur ne doit pas se faire au détriment du tien !"
"Je sais bien… Mais c'est dur de le voir comme ça. Et je suis pas la seule à m'inquiéter. Tetsu-kun aussi. Il essaye d'être présent le plus possible alors qu'il a un travail monstre à l'école. J'imagine que lui non plus n'a pas envie de revivre ce qu'on a vécu à la fin du collège. Je sais qu'il a essayé de lui parler plusieurs fois, mais je n'ai pas l'impression qu'il soit beaucoup plus efficace…"
"Et Kagami-kun ? Ils sont proches tous les deux. Il n'a pas tenté de lui parler ?"
"J- J'en sais trop rien. Je sais qu'ils se sont vus à notre retour de voyage de noces. Taiga est rentré un peu énervé et n'a pas voulu s'étendre sur le sujet. J'ai cru comprendre qu'il lui a dit ce qu'il pensait de son comportement à notre mariage surtout vis à vis de sa sœur et de moi… Il se sont un peu pris la tête. Rien de bien sérieux mais il y a peu de chances que Dai-chan l'écoute pendant quelque temps… Enfin j'imagine que ça ne coûte rien d'essayer..."
"Dans tous les cas il faut qu'on trouve quelque chose parce qu'on ne peut pas le laisser continuer comme ça… Il va saborder sa carrière en jouant au con... Et si ça arrive ça ne fera qu'empirer sa situation..." termina Riko la mine sombre, elle aussi bien au courant de la phase de dépression que Aomine avait traversé au collège et au lycée.
"Oui… Je serais plus sereine de le savoir heureux... Comme tu dis Dai-chan c'est un peu le frère que je n'ai pas eu et je peux pas m'empêcher d'être inquiète pour lui…"
"Entre ça et les interventions de ton homme… Honnêtement je sais pas comment tu fais... J'avoues que de mon côté je suis bien contente que Junpei ait choisi de reprendre le salon familial… Le pire qui puisse lui arriver serait de se couper ou de glisser sur du shampoing !"
S'imaginant la scène, Satsuki ne put retenir un petit rire. Volontairement ou non, Riko venaient de détendre un peu le noeud qui serrait le ventre de la jeune femme aux cheveux roses depuis l'accident.
Voyant que Satsuki s'apaisait un peu, la coach lui sourit puis reprit.
"Satsuki… Tu sais, je ne te l'ai jamais dit formellement mais si je t'ai demandé de me rejoindre dans cette aventure ce n'est pas seulement pour ta capacité à gérer Aomine. L'équipe a besoin de toi. J'ai besoin de toi. Tes facultés d'analyse et tes prédictions sont phénoménales. Même si je ne comprends pas comment tu fais… On a vraiment de la chance de t'avoir. Alors ménage-toi aussi, ok ? Je sens que la saison va être longue..."
"Merci…"
"Yo coach, yo Momoi-san. On va tous boire un verre, vous venez avec nous ?" demanda Osakabe, jeune meneur recruté cette année, interrompant les filles dans leur élan sentimental.
"Non merci, j'ai encore un peu de travail ici" répondit simplement Riko.
Même si l'idée d'aller se détendre autour d'un verre était séduisante, elle souhaitait surtout les laisser profiter de ces moments entre joueurs et resserrer les liens essentiels à la cohésion de l'équipe.
"C'est gentil de proposer mais je dois passer à l'hôpital… Est-ce que tout le monde est habillé là-dedans ?" demanda Satsuki en se levant.
Habituée depuis toujours à fréquenter les vestiaires, la nudité des hommes ne la gênait pas… Mais le contraire n'était pas forcément vrai. Alors, elle avait appris à faire attention et n'y entrait plus comme dans un moulin.
Et puis, Kagami lui avait avoué récemment être un peu mal à l'aise de la savoir régulièrement au milieu d'hommes en tenue d'Adam…
"Ouais c'est bon Momoi-san, vous pouvez y aller, c'est safe !"
Après avoir récupéré les quelques affaires oubliées lors du départ précipité de Aomine, elle promit à Riko de l'appeler en quittant l'hôpital et s'engouffra dans le taxi qui l'attendait devant le gymnase.
Une demi-heure plus tard, elle retrouva son ami, somnolent, sur un lit dans un box individuel des urgences de l'hôpital Yokota.
En l'entendant arriver, il ouvrit les yeux mais les referma rapidement en laissant échapper un faible grognement. Visiblement, il n'était pas ravi de la voir.
"Je t'ai apporté le reste de tes affaires…" annonça-t-elle doucement, craignant qu'il ne s'emporte à nouveau.
Aomine ne répondit pas tout de suite. Ses sentiments étaient partagés. D'un côté, il restait contrarié par toute la situation et en voulait à la terre entière, Satsuki comprise. Mais de l'autre, sa petite voix intérieure l'implorait de ne pas se couper d'elle. Il savait qu'elle n'y était pour rien et surtout, qu'il avait besoin d'elle. Encore. Bien qu'il n'était pas prêt à le reconnaître à voix haute, il se sentait basculer petit à petit dans l'obscurité. Il ne savait pas forcément pourquoi ni comment il en était arrivé là mais il avait trop bien connu cet état pour feindre l'ignorance encore longtemps. Alors, même s'il n'était pas prêt à voir toute la vérité en face, il décida de ne pas se replier sur lui-même au moins pour ce soir et d'accepter la présence de son amie à ses côtés.
"Merci" finit-il par souffler.
En entendant ce simple mot, Satsuki ressentit un soulagement infini. Soulagement de le voir enfin calmé. Soulagement qu'il ne lui ait pas tourné le dos. Sa poitrine se gonfla un peu d'émotion et les larmes lui montèrent presque aux yeux. En s'approchant du lit, elle remarqua sa jambe surélevée et la vessie de glace posée sur sa cheville gonflée et bleuissante.
"Alors ? Ça se présente comment ?" demanda-t-elle avec dans la voix toute la bienveillance dont elle savait faire preuve pour essayer de camoufler ses propres inquiétudes.
"J'en sais rien… Ils m'ont fait des radios et j'ai vu un type qui devait revenir vite mais visiblement il s'est perdu… Ou alors il est aux chiottes… Vu son air constipé ça m'étonnerait pas… "
Malgré son ton blasé, voir Aomine retrouver son sens de l'humour, certe très personnel, rassura la jeune femme qui laissa échapper un ricanement complice.
"Ne vous inquiétez pas pour mon transit Aomine-san, il va bien."
Sans bruit ni s'annoncer, un grand homme blond à lunettes portant une blouse blanche les avait rejoint dans le box. Satsuki se tendit légèrement, surprise de cette soudaine intrusion et un peu gênée. Elle jeta un coup d'œil au jeune homme et elle devait avouer que son air revêche donnait raison à son ami. Néanmoins, elle se contenta de houspiller ce dernier pour ses propos déplacés, feignant honteusement de n'avoir absolument pas ricaner quelques secondes plus tôt.
"Madame Aomine je suppose ?" lui demanda le jeune homme en la fixant derrière ses imposantes lunettes rectangulaires.
"Non. Désolée. Je suis Kagami Satsuki, sa manager." répondit la concernée en se penchant respectueusement.
"Manager ?" renchérit alors le blond sans prendre la peine de se présenter à son tour ni de lui rendre ses salutations.
"Oui, comme vous le voyez, Aomine-san est joueur de bas-…"
"Je sais très bien qui il est, la coupa l'interne, ce que je veux savoir c'est si vous êtes de sa famille ou non."
"Non docteur mai-"
"Alors je vais vous demander de sortir s'il vous plaît, madame Kagami."
"Mais… "
"Elle peut rester" trancha soudainement Aomine d'un ton qui ne laissait pas place à la discussion.
Derrière cet accès d'autorité se cachaient en fait toute sa vulnérabilité et sa peur. Si jamais il devait entendre une mauvaise nouvelle, il ne voulait surtout pas être seul. Son cœur cognait douloureusement dans sa poitrine et même s'il essayait de ne rien montrer il se sentait flancher.
"Comme vous voulez" répondit alors le jeune médecin d'une voix monotone.
La jeune femme souffla discrètement, soulagée d'être soutenue par son ami. Le médecin n'avait pas semblé apprécier la réponse autoritaire de Aomine, néanmoins son regard lui paraissait presque compatissant à l'égard du basketteur. Elle devina à son allure que le jeune homme devait être sportif également : il comprenait certainement l'inquiétude de Daiki en ces circonstances. L'éclair de panique dans le regard de son ami ne lui avait pas échappé et elle devait reconnaître qu'elle n'en menait pas large non plus, inquiète du verdict qui allait tomber.
Elle se recula légèrement pour laisser aux deux hommes un semblant d'intimité, se rongeant les sangs et essayant de faire bonne figure. Aomine avait besoin de soutien, pas de la voir se décomposer. Elle avait réussi à surmonter son appréhension pour venir le voir à l'hôpital, ce n'était pas le moment de défaillir. Malgré tout, elle ne pouvait pas s'empêcher de s'imaginer le pire. Elle serait anéantie de voir la carrière de son ami s'arrêter là. Comme ça. Son ventre se noua douloureusement à l'idée que tout ce qu'ils avaient construit, ensemble depuis tant d'années, puisse s'effondrer subitement. Imaginer ce qu'il adviendrait de lui s'il devait renoncer au basket lui donnait presque la nausée. Il ne s'en remettrait certainement jamais. Et cette idée lui était insupportable. Et puis après Taiga... Daiki... non, ça ne pouvait pas arriver deux fois.
"Aomine-san, commença le blond en s'asseyant sur un tabouret à côté du lit, je suis allé montrer vos radios à mon chef de service afin de connaître son opinion sur les suites à donner et après une analyse minutieuse je peux vous confirmer que vos ligaments ne se sont pas déchirés. Vous avez de la chance, vous échappez à la chirurgie. Cependant, ils sont très endommagés et la guérison complète va demander du temps…"
"Combien de temps ?" s'empressa de demander le basketteur.
"Je n'ai pas de chiffre précis à vous donner, tout dépendra de vous. Certaines entorses, mêmes sévères, cicatrisent en six semaines… D'autres mettent plus de trois mois."
"Trois mois ?" aboya Aomine, la faisant sursauter légèrement. Ce pronostic ne lui plaisait pas, comme en témoignait sa véhémence soudaine.
"Trois mois, confirma le jeune interne, stoïque. Sans compter la rééducation."
Un lourd silence s'abattit alors dans la salle. Satsuki encaissait encore la nouvelle et n'osait pas intervenir. Son regard était fixé sur Aomine qui lui semblait réfléchir aux paroles du médecin.
"Si j'comprends bien, docteur Tsukimachin-"
"Tsukishima" rectifia le blond qui n'aimait pas entendre son nom écorché ainsi.
"Ouais, ça… Si j'comprends bien, vous êtes en train de me dire que ma saison est complètement niquée ! ... Formidable !"
Le cœur de Momoi se glaça, le ton d'Aomine était des plus cyniques et sa réflexion avait de toute évidence tourné court.
"Encore une fois, ça dépend de vous. Loin de moi l'idée de vous donner de faux espoirs mais si vous êtes sérieux dans les prochaines semaines et que vous vous appliquez en rééducation, vous pouvez être de retour sur le parquet pour Noël… Par contre, si vous jouez au con et que vous faites n'importe quoi, il va sérieusement falloir songer à vous mettre au tricot ou au scrapbooking."
Aomine ne dit rien, intégrant lentement les paroles de l'interne. Et ce qu'il découvrit ne lui plut pas.
"Putain… Noël…" finit-il par lâcher en se frottant le visage, résigné.
Les fêtes de fin d'année lui semblaient si loin. Mais il n'avait que le basket. S'il ne jouait pas, il allait devenir dingue. Au moins, le basket lui donnait l'illusion d'être utile et le sortait un peu de sa solitude. Deux mois sans fouler un parquet ? L'idée était angoissante. Il serra la mâchoire. Il n'avait vraiment pas d'autre choix que d'être rigoureux et de s'investir à fond. Et de toute façon, il ne savait même pas ce qu'était le scrapbooking !
"Ok… Et maintenant ? Vous allez me mettre un plâtre ?" reprit-il à l'attention de Tsukishima.
"C'était mon idée mais le docteur Law, le chef de service, pense que ce n'est pas nécessaire. Et vous savez comment sont les chefs... Je reviens vous mettre une atèle dans quelques minutes et vous serez libre de partir avec une jolie paire de béquilles."
Alors que le grand blond quittait la pièce, Satsuki, restée silencieuse jusque-là, s'approcha de son ami pour le réconforter. Le pire avait été évité et elle en était soulagée, mais elle savait que son ami ne verrait pas les choses sous cet angle.
"C'est plutôt une bonne nouvelle nan ?" tenta-t-elle néanmoins en essayant de se montrer la plus convaincante possible.
"T'appelles ça une bonne nouvelle toi ? 'Tain Satsu tu me connais mieux que ça pourtant ! C'est une nouvelle de merde !"
