"Maintenant, pour ce devoir, je vais vous mettre par groupe de deux. Premier groupe, Monsieur Zélini et mademoiselle Snyde. Vous travaillerez tous les deux ensemble sur ce devoir. Ensuite...", commença Rogue de sa voix monotone alors qu'il retournait derrière son bureau.

Paul attendait que Rogue nomme le reste des groupes qui devront travailler ensemble en regardant Merula assise de l'autre côté de leur table. À la surprise de personne, elle le regardait d'un air renfrogné. Non pas qu'il soit réellement surpris. Il avait fini par s'habituer aux regards et aux remarques qu'elle lui faisait.

La vraie surprise pour lui, c'est que ce n'était qu'un air renfrogné. Lors de leur première ou deuxième année, ça aurait été suivi d'une remarque cinglante et d'un sort bien placé.

Cela serait également rapidement suivi d'une demande pour avoir un partenaire différent avec qui elle avait plus d'affinité. Mais depuis leur troisième année, l'animosité présente entre le Serdaigle et la Serpentard avait commencé à se calmer, et depuis leur quatrième année, leur relation pouvait être qualifiée de passable.

"Je suppose que je devrai travailler avec mon camarade de classe maudit préféré ", soupira Merula.

"Ton préféré maintenant ? Je devrais me sentir flatté ?" rétorqua Paul sur un ton taquin.

Sans la distraction causée par le professeur Rogue qui lui fit perdre le contact visuel avec Merula, il aurait juré avoir vu une rougeur sur ses joues. Tournant son attention vers Rogue alors qu'il finissait de nommer tous les groupes, Paul le regarda se lever silencieusement de son siège.

"Si vous échouez à ce devoir, vos vacances d'hiver seront... extraordinairement occupées ". Les mots de Rogue résonnèrent dans toute la classe, lui permettant de rajouter: "Les examens auront lieu après les vacances, maintenant dehors !"

Avec ce dernier mot, une course folle s'ensuivit pour que chacun prenne ses livres et ses affaires personnelles et quitte la classe. Paul attrapa ses propres affaires et se dirigea vers la porte de la salle de classe, seulement pour être arrêté par une Serpentard aux yeux violets trop familier.

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"Pas si vite Zélini", dit-elle à son compagnon de Serdaigle devant elle, "Même si je n'aime pas travailler avec toi, nous devons tous les deux faire équipe pour réussir au mieux. "

"Enfin quelque chose sur lequel nous pouvons nous mettre d'accord", répondit Paul en passant devant elle, "En plus, j'aimerai pouvoir passer au moins une partie de mes vacances avec mes parents."

Du coin de l'œil, Paul regarda Merula se raidir tandis qu'elle marchait à côté de lui. Un léger soupçon de culpabilité le remplit, sachant qu'elle n'avait pas de parents qu'elle pourrait revoir pendant les vacances.

"Désolé, je sais que tes parents -", commença Paul avant d'être coupé par Merula, "Garde ça pour toi , Zélini". Sa réponse fut suivie d'une accélération, incitant presque Paul à courir pour la rattraper.

"Merula", l'appela t-il. Elle s'arrêta net, le jeune garçon emboitant le pas, et elle se retourna pour lui faire face, un mélange de douleur et de colère dans ses yeux.

"Ne me parle pas avec ce ton... pitoyable", l'avertit-elle, sortant sa baguette et lui tapotant le menton avec.

"Je suis désolé", répéta Paul, utilisant sa main droite pour abaisser lentement sa baguette loin de son visage.

"Je t'aurai déjà jeté un sort qui te ferait danser nu en chantant "Vive le vent" si nous n'avions pas ce devoir à faire ensemble", siffla Merula entre ses dents.

"Je sais", déclara Paul, avant de commencer une bataille de regards avec la fille qui dura quelques instants.

"Finissons en". Merula recula d'un pas et continua à son rythme dans les couloirs. Laissant échapper un petit souffle, Paul la rattrapa rapidement. S'alignant au même rythme rapide qu'elle, les deux se dirigèrent vers leur destination.

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La bibliothèque de Poudlard était, comme d'habitude, parsemée d'étudiants de différentes années, certains conversant entre eux tandis que d'autres étudiaient seuls. Quant à lui, il avait élu domicile sur le canapé près de la cheminée qui crépitait doucement en arrière-plan. La plus grande surprise ayant été que Merula avait choisit de s'asseoir à côté de lui au lieu de la chaise la plus éloignée qui était disponible. Cela en soi n'était pas un problème. Cependant le fait qu'elle n'émit aucune plainte lorsqu'il la fixait du regard lui laissa quelques questions.

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Il avait essayé de l'ignorer pendant la dernière heure qu'ils avaient passée à discuter et à revoir leurs devoirs.

"Si ce n'était pas pour un devoir, je pourrais vraiment passer du bon temps avec elle", pensa Paul, "Merula ?".

"Quoi ?". Il n'avait pas besoin de lever les yeux de son livre pour sentir son regard sur lui.

"Es-tu nerveuse ?". La question impétueuse posée par le garçon sembla inquiéter la jeune fille. D'abord par le fait qu'il l'ait posée, et ensuite et surtout le fait qu'il l'avait bien remarqué.

"Non." répondit Merula de façon abrupte. Il était clair pour lui que quelque chose la dérangeait, sachant trop bien qu'elle n'était pas du genre à s'ouvrir et à déverser ses sentiments. Malgré cela, il n'avait rien à perdre à essayer. Levant les yeux de son livre et prenant une petite bouffée d'air, il se prépara.

"S'il s'agit de -" commença-t-il avant d'être interrompu par Merula.

"Ce n'est pas ça." Elle leva les yeux de son propre livre. Ce qui était surprenant pour Paul, c'était que la colère dans ses yeux s'était évaporée, sa posture restait rigide et son visage ne donnait aucune trace d'émotion. Cependant, et en dépit de ses meilleurs efforts, il pu voir la douleur et la tristesse dans ses yeux.

"Merula, je sais ce que c'est que de perdre de la famille. Tu dois ouvrir ton cœur au bout d'un moment", dit doucement Paul, essayant de la faire se libérer du masque qu'elle s'efforcer de porter devant tout le monde.

"Je peux gérer les choses moi-même, je n'ai besoin de l'aide de personne", déclara-t-elle de manière abrupte, ses yeux tournés vers le livre sur ses genoux. Sans doute pour éviter son regard.

"Tu es sûre ?" questionna-t-il.

Le silence retomba entre eux alors qu'il gardait son regard sur elle. De son coté, Merula faisait de son mieux pour contrôler ses propres troubles internes. Sa prise sur le livre se resserra alors qu'elle se battait intérieurement pour garder sa propre tristesse pour elle, se répétant encore et encore dans sa tête, "Je vais bien, ignore-le". Un défi qui était devenu plus difficile au cours de la dernière année. C'était d'ailleurs quelque chose que ses lèvres tremblantes trahissaient.

Elle gardait ses yeux sur les pages, mais étant incapable de lire, elle décida de jeter un œil pour voir Paul se préparer à dire quelque chose.

"Paul, non." C'était la seule chose qu'elle réussit à dire.

Abandonnant ses idées, Paul se pencha en arrière sur le canapé. Laissant échapper un petit soupir de fatigue, Merula prit quelques secondes pour se calmer et se pencher en arrière à son tour, enfin capable de lire le texte griffonné sur les pages épaisses. Rogue leur avait confié la mission de choisir une potion à préparer, ce qui n'était pas si difficile. Elle savait très bien que Zélini et elle étaient les étudiants les plus brillants en potion. Ils devaient rédiger une rédaction, allant des ingrédients de la potion à ses effets et à ce qu'ils devaient faire pour la préparer.

Leur choix de potion: l'élixir d'euphorie. Zélini avait proposé l'idée, affirmant que cela lui remonterait le moral par rapport à l'ambiance sombre que dégageait habituellement le cours de potion. Roulant des yeux au souvenir, elle continua d'écrire sur son carnet. Regardant Paul, elle remarqua qu'il faisait de même. Voyant qu'il levait un sourcil vers elle, Merula enfouit rapidement sa tête dans ses notes pour copier les détails et les informations dans son cahier.

"Tu en es où ? Tu n'espères pas que ces livres vont t'apprendre des choses utiles ?" le taquina-t-elle.

Paul essaya de cacher son agacement du mieux qu'il pouvait. Pour lui, les dix dernières minutes ne semblaient jamais être passées. Malgré tout, il pouvait commencer à entendre un soupçon de fatigue dans la voix de sa camarade. Il ne doutait pas du tout des émotions qui tourbillonnaient en elle, entre leur devoir actuel et leurs autres aventures. Les caves maudites avaient été un lourd fardeau à porter, bien que ni l'un ni l'autre ne l'ait montré à quiconque, ne voulant pas montrer des faiblesses que l'un pourrait utiliser contre l'autre.

"J'ai noté la plupart des détails de la potion et tous les ingrédients nécessaires", soupira Paul. "Et toi?".

"Je termine juste de prendre en note quelques détails sur les fèves soporifiques", répondit-t-elle. Merula l'entendit émettre un son de reconnaissance qui ressemblait beaucoup à un bâillement.

Jetant un coup d'œil à l'horloge suspendue au-dessus du foyer, elle vit qu'il était presque sept heures. Il ne restait alors plus qu'une heure avant que Madame Pince ne ferme la bibliothèque.

Elle bailla à son tour. Après tout, ils étudiaient et discutaient depuis plus d'une heure et demie. Penchée en arrière, bien installée dans le canapé, elle ne pouvait pas nier qu'elle était fatiguée. Un autre bâillement vint, suivit rapidement d'un autre qui ne passa pas inaperçu par Paul.

"T'es fatiguée ?" taquina-t-il.

"Tais-toi," répliqua-t-elle, bien que sans l'amertume habituelle.

Paul le remarqua, souriant à lui-même en la regardant lutter pour garder les yeux ouverts. Décider de garder tout commentaire pour lui, il se concentra sur le livre qu'il lisait. Il ne fallut pas longtemps avant qu'il puisse entendre Merula commencer à respirer légèrement plus fort. Jetant un coup d'œil à sa partenaire, il confirma rapidement ses soupçons. Elle s'était endormie. C'était un spectacle intéressant à voir. Son tyran et bourreau, Merula Snyde, était en train de dormir paisiblement. Détendu dans le canapé confortable, Paul sentit un poids soudain sur ses épaules.

Regardant à sa gauche, il vit Merula reposer sa tête sur son épaule. Paul pouvait sentir la sueur commencer à se former sur son corps, son cœur battant sans savoir comment faire face à la situation actuelle. La réveiller serait une mauvaise idée car elle le frapperait sans aucun doute au visage. Ainsi la laisser se reposer était la seule option viable. Prenant une grande inspiration pour se calmer, Paul se détendit, laissant la tension quitter son corps.

Curieusement, il trouva son nouveau rôle d'oreiller plutôt confortable. Elle remua légèrement, se rapprochant en ajustant son corps. Souriant à lui-même, Paul ne pouvait pas retenir sa curiosité. Il enleva délicatement son bras gauche de son livre et le passa par-dessus sa tête, frottant quelques mèches lâches derrière son oreille avant de la poser sur son épaule. Étonnamment pour lui, contrairement à son apparence, ses cheveux étaient plutôt doux. Une plus grande surprise fut qu'elle ronflait faiblement, le forçant à ne pas rire car cela la réveillerait.

Il ne fallut pas longtemps à sa propre fatigue pour le vaincre. Cela ne le dérangerait pas de s'endormir comme ça. Mais Pince, l'affreuse bibliothécaire, allait arriver. Merula, quant à elle, était encore endormie.

"Merula, réveille-toi".

La dite fille remua, clignant des yeux plusieurs fois avant d'ouvrir de les ouvrir complètement . S'adaptant au manque de lumière, elle vit qu'elle était toujours sur le canapé près de la cheminée de la bibliothèque. En regardant vers sa gauche, elle pouvait voir qu'elle était à quelques centimètres du visage de Paul, clignotant des yeux une fois - pas deux, elle traita la situation actuelle et en un instant, elle était réveillée et s'éloignait de son corps.

"Debout petite princesse".

Envoyant à Paul un air renfrogné alors qu'elle se levait du canapé, il la regarda à son tour avec curiosité.

"Tu t'es bien reposée ?" demanda-t-il, un soupçon d'amusement dans sa voix.

"Plus maintenant." répondit-t-elle en lui lançant un regard vicieux.

"Alors, tu ne nies pas que tu étais bien," fit remarquer Paul.

Merula s'arrêta à la réalisation de son dérapage, saisissant rapidement ses objets avant de se diriger vers la sortie de la bibliothèque. Paul sourit de satisfaction, frottant ses yeux de sommeil et attrapa ses propres affaires.

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Un bref jogging lui permit de rattraper Merula, obtenant un regard dédaigneux de la part de Madame Pince. Les deux sortirent de la bibliothèque et entrèrent dans les couloirs longs mais vides de Poudlard. Leur promenade en elle-même n'était pas mouvementée, un long silence perdurant, seulement interrompu quand Merula jetait un coup d'œil à Paul qui, à son tour, lui faisait un sourire maladroit. Cela arriva plusieurs fois jusqu'à ce qu'ils approchent de la fin de leur destination, la salle commune des Serpentards.

"Merci d'avoir étudié avec moi". Paul interrompit le silence.

"S'il te plait, je veux juste réussir ce devoir et me débarrasser de toi", lança Merula en haussant les épaules, utilisant sa main pour lui faire signe dans un geste dramatique.

"Non, je pense que tu aimes juste m'avoir comme compagnie", taquina Paul, commençant à faire demi-tour pour aller dans le dortoir des Serdaigles.

"Dans tes rêves, Zélini", lui souffla Merula.

"Pas que dans mes rêves apparemment", corrigea Paul en faisant un clin d'œil par-dessus son épaule.

"Pardon ?" cria-t-elle, s'arrêtant à l'entrée du dortoir.

"Quoi ? Tu étais celle qui dormait paisiblement sur mon épaule, en ronflant un peu je pourrais ajouter," lui rappela-t-elle.

Les yeux de Merula s'écarquillèrent légèrement, détournant son visage de celui de son camarade souriant. C'était une tentative claire de cacher sa rougeur, qui ne fit que le faire rire.

"Tais-toi", siffla-t-elle, se tournant vers la porte des dortoirs féminins. Avant de pouvoir avancer, elle sentit une main attraper la sienne.

"Merula, attends", dit-il plus vite qu'il ne l'aurait souhaité. Son visage se retourna pour regarder le sien, ses yeux vacillèrent vers sa main tenant la sienne. Peu de temps après, il la retira, une petite rougeur remontant sur son visage.

"On continue ce foutu devoir quand ? Et où ?" demanda-t-il, retrouvant son calme.

"Demain je suppose, à la bibliothèque," suggéra Merula en haussant les épaules.

"Pas de problème". Paul lui fit un petit sourire. Un silence incertain s'installa entre eux, leurs yeux restèrent fixés l'un sur l'autre et ce ne fut que lorsque le bavardage des étudiants à proximité leur parvinrent qu'ils se séparèrent.

"Je vais... euh ... je te vois demain", dit Paul, lui donnant un rire nerveux avant de se tourner vers les escaliers menant à son propre dortoir, la laissant faire de même.

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En arrivant enfin dans son dortoir, Paul se dirigea directement dans son lit. Ignorant tous les commentaires élogieux et désapprobateurs sur son chemin, enlevant ses bottes et échangeant son uniforme contre une petite robe noire de pyjama, il se laissa tomber sur le lit. Avec le recul, il a découvert qu'étudier avec Merula n'était pas aussi mauvais qu'il le pensait.

Enfin, tout cela était du moins de son point de vue. Il essayait toujours de parler avec elle de ses soucis, mais Merula préférait garder tout pour elle tout en disant à peu près à tout le monde qui lui demandait qu'elle pouvait s'en sortir toute seule et qu'elle était la meilleure. Elle s'était forgée ce caractère dur à l'extérieur, mais malgré tout cela, il savait que Merula avait un côté plus doux, aujourd'hui en était un exemple.

Paul réfléchit brièvement à l'idée qu'elle s'endorme à nouveau demain dans la bibliothèque. Reniflant à l'idée saugrenue, il se remémora le souvenir alors qu'il roulait sur le côté et laissait le besoin de sommeil prendre le dessus.

Il ne s'attendait pas du tout à ce que la même chose se répète le lendemain.