Bonjour à tous ! Moins d'un an s'est écoulé depuis mon départ de la plateforme... Ceux qui me suivent encore (les plus assidus), ont remarqué que j'avais supprimé la fanfiction sur Bungou Stray Dogs, "La Déchéance d'un homme". Travaillant sur un projet de roman à partir de cette fanfiction, j'ai préféré l'effacer afin d'éviter le plagia. Mais me revoilà avec un nouveau projet de fanfic ! J'ignore pour l'instant où il va nous mener, mais après avoir passé des mois sur Hogwarts Legacy, j'ai développé l'envie de prolonger le plaisir que j'ai eu à me plonger dans son univers et son histoire, prolongation du monde d'Harry Potter qui a quand même marqué toute mon enfance.

Me voilà donc repartie. Le prologue est totalement exclusif et présente le personnage que j'ai créé et incarné tout au long du jeu. Suzanna. Je me suis plue à lui inventer une petite back story à partir des connaissances que j'avais du Londres du 19e siècle. Les premières lignes sont également inspirées du début de la "Passe miroir" de Christelle Dabos, pour ceux qui reconnaitrons (mais juste un tout petit peu). Sur ce, enjoy ! en espérant que la plateforme soit un peu moins délaissée qu'à mon départ. Vous pourrez aussi me retrouver sur ao3 et Wattpad.


Prologue.

Suzanna Pevrell

La ligne des pavés dessinait un chemin incertain le long d'Oxford Street, saturée comme à l'ordinaire de fiacres et de voitures attelées qui se croisaient sans logique véritable ni respect pour les passants.

Tout en manquant de trébucher dans ses bottines trop grandes, Suzanna jeta un regard assassin à un cocher qui manqua de la renverser en voulant forcer le passage, et rejoignit en courant le trottoir d'en face où l'attendait Violet.

– Bon la future aristo, tu m'écoutes ? » dit-elle sans tenir compte de l'incident. « Tout ton trousseau est à revoir. Il te faut des chapeaux, des jupes, de nouvelles bottines et des manteaux dignes de ce nom. »

– Mes robes me conviennent très bien », protesta Suzanna.

– Tu t'habilles comme Mrs. Bird ! Et mon dieu qu'est-ce que tu as encore fait à tes cheveux ?!

D'un geste vif, Suzanna rattrapa son chapeau qui s'était envolé sous l'effet d'une bourrasque et l'enfonça sur sa tête. Si même la météo n'était plus de son côté…

– Tu as coupé tes cheveux ?! », s'alarma Violet en lui arrachant le couvre-chef des mains. « Encore ! »

– Je peux encore les attacher ! », protesta-t-elle en frottant entre ses doigts les mèches éparses qui tombaient sur ses épaules.

– Et comment voudras-tu passer pour une Lady avec une tête pareille ?!

Excédée, la jeune fille fit volte-face et s'éloigna à grands pas avant de tourner vers elle un regard incendiaire pour lui signifier qu'elle l'attendait. Tout en réajustant ses lunettes sur son nez, Suzanna composa une mine de circonstances et suivit sa camarade. Autour d'elle s'élevait le vrombissement urbain, ininterrompu de ce qu'on appelait avec panache « l'ère industrielle », et sur les trottoirs se pressaient aussi bien des femmes en grande tenue que des ouvriers avec leurs chemises tachées de suie et leurs casquettes vissées sur le front jusqu'à cacher leurs yeux. Tous traçaient leur route avec empressement et donnait au quartier des allures de fourmilière géante en pleine expansion.

Suzanna préférait les rues moins agitées de Clapham ou encore de Greenwich, dont elle enviait les étudiants dans leurs opulentes capes noires et leurs yeux qui n'avaient vu la fange. L'atmosphère trop bruyante et agitée d'Oxford Street la mettait mal à l'aise et lui donnait des maux de tête.

– Tu sais », tenta-t-elle de protester. « Je ne suis pas sûre qu'il soit utile de me recomposer une garde-robe dès maintenant. »

– Ta-ta-ta », rétorqua Violet. « Un mot de plus et je t'abandonne ici. Tu ne peux pas prétendre avoir la chance de rejoindre l'une des meilleures familles du Yorkshire sans être un minimum présentable. »

Elle ne put s'empêcher de sourire. Avec ses cheveux blonds qui tombaient en grosses boucles devant des yeux aussi bleus qu'un lac, ses joues roses et ses petites lèvres qui ne demandaient qu'à être croquées, Violet pouvait obtenir n'importe quelle faveur, auprès de n'importe qui. Il ne lui en avait pas fallu beaucoup pour la trainer sur Oxford Street où avaient jailli de terre les fameux grands magasins dont on voyait les façades chiques et pleines de promesses dessinées sur les couvertures des journaux. Suzanna espérait seulement que la réalité finisse par rattraper sa jeune camarade, car même avec la somme qui lui avait été confiée, elle savait qu'elle ne pourrait même pas investir dans une paire de bas, du moins si elle voulait rester dans les standards visés par Violet.

– C'est qui pour toi déjà ? Le vieux qui va passer te récupérer demain ?

« Le vieux… » souffla-t-elle.

– Le monsieur âgé aux fringues bizarres.

– M. Fig », rétorqua-t-elle. « C'est un cousin éloigné du côté de mon père. »

– Et pourquoi il n'est pas venu te récupérer avant ?

– Parce qu'il n'était pas au courant de mon existence.

Violet la toisa d'un air dubitatif tandis que ses talons faisaient de petits claquements sur le sol. Il avait fallu qu'elle retourne elle-même, à de nombreuses reprises, l'histoire qu'Eleazar Fig lui avait servie pour faire passer son départ de l'orphelinat comme une opportunité digne d'un roman des sœurs Brontë. Plus c'est gros, et plus on y croira, lui avait-il assuré.

« Des problèmes de succession. Je ne suis qu'une enfant illégitime, mais il s'avère que mon père a tout de même voulu me reconnaître avant de mourir. »

– Encore si tu étais un garçon », fit remarquer Violet. « Mais une fille… »

– Je pense qu'il portait beaucoup d'affection à ma mère.

– Tu te souviens d'elle ?

– Non.

Suzanna Pevrell n'avait aucun souvenir de ses parents, de même qu'elle n'avait aucune idée de sa réelle identité avant que cet homme étrange, aux yeux sages, au visage marqué par les années, et aux vêtements si étrangement anachroniques, ne débarque à l'orphelinat où elle avait grandi en se faisant passer pour un cousin éloigné sur le point de lui rendre la place qui lui incombait dans une famille dont elle n'avait jamais entendu parler.

Eléazar Fig n'était pas son cousin, pas plus que Suzanna Pevrell n'était l'héritière d'un duc du Yorkshire.

« Tu es une sorcière Suzanna. Et tu seras une très bonne sorcière avec un peu d'entraînement. Quel dommage qu'on ne le sache que maintenant. »

Avec des manières dignes d'un alchimiste du Moyen-Âge et une verve intarissable, celui qui se faisait appelé le professeur Fig lui avait alors expliqué qu'en parallèle de la société « moldue », (mot utilisé pour qualifier les « non-sorciers»), existait un monde, un autre monde, façonné par des lois étrangères à la science, aussi anciennes et mystérieuses que l'univers lui-même. Il existait, selon lui, une école, perdue dans les Highlands écossaises, où allait chaque sorcier dès ses onze ans pour apprendre les arts magiques, et tout ce qui serait utile à un jeune magicien. Sauf que personne ne l'avait appelée, elle, à ses onze ans. Pire que cela elle n'avait jamais mis un pied dans une école.

Suzanna n'était personne. Elle avait grandi, comme tant d'autres enfants des rues, dans un orphelinat de Shoreditch où les chambres imprégnées d'humidité et d'odeurs d'égouts étaient davantage côtoyées par les souris et les araignées que par les gentilles fées dont les gamins rêvaient le soir en s'endormant, et qui les emporteraient pendant leur sommeil dans un monde plus beau et moins cruel.

Elle savait éplucher les légumes, récurer le parquet, savonner et essorer le linge, changer les couches des plus petits, pétrir le pain, et même raccommoder un genou écorché. Mais quand Eléazar Fig avait réparé d'un geste aussi superficiel que celui qu'on exécute pour chasser une mouche, le miroir qu'elle avait cassé le matin même et dont les morceaux gisaient encore sur le sol de sa chambre, Suzanna avait bien dû admettre que ça, elle ne savait pas le faire. De même qu'elle ne savait pas manier ce bout de bois appelé « baguette » pour allumer un feu ou faire léviter un objet. Eléazar Fig, lui, le pouvait. Et il lui avait dit qu'elle le pourrait aussi. Alors, lorsqu'il l'avait invitée à le suivre pour rejoindre Poudlard, l'école des sorciers, apprendre un art dont elle n'avait jamais soupçonné l'existence, faire tournoyer les éléments du bout de sa baguette, mouvoir les objets sans les toucher, les faire apparaître, disparaître ou même les transformer, lorsqu'il lui avait assuré qu'un jour elle pourrait voler dans les airs, soigner un genou avec une seule goutte de potion sans avoir à le recoudre, et essorer le linge, pourtant si rêche et si lourd d'un simple tour de baguette magique, Suzanna n'avait pas hésité une seconde. Elle l'aurait suivi jusqu'au bout du monde, et raconté la plus grosses des absurdités à sa tutrice, Mrs. Bird, pour s'extirper des rues puantes de Shoreditch et du réduit misérable qui lui servait de chambre depuis qu'elle était toute petite. Même si cela impliquait aussi de quitter les enfants, ses compagnons de jeu depuis toujours. Et Violet. Violet qui n'était pas une sorcière, et qui croyait que Suzanna, sa camarade de chambre, allait rejoindre sa famille du Yorshire pour devenir à son tour l'une de ces dames de la noblesse qu'elle enviait tellement.

– Allez ! » lança la jeune fille en tapant du pied. « Secoue-toi un peu ! »

Fichu caractère ! Songea Suzanna. Suzie pour les intimes.

Mais alors qu'une seule journée la séparait de son départ, l'adolescente se sentit tout à coup nostalgique. Reverrait-elle Londres un jour ? Flânerait-elle de nouveau devant ces vitrines pleines des merveilles qu'elle ne pourrait jamais se procurer mais dont elle rêvait quand même ?

Il lui semblait tout à coup qu'un seul pas la séparait de l'inconnu, d'un vide abyssal où rien ne la l'empêcherait de tomber, si ce n'était la main d'un homme qu'elle connaissait pourtant à peine. Les semaines passant et tandis qu'elle comptait les jours avant le retour d'Eléazar Fig, le souvenir des flammes nées de l'embout de sa baguette et des étincelles bigarrées qui étaient venues égayer les murs gris de sa chambre s'était assombri. Violet la tannait pour qu'elle refasse sa garde-robe en réalité, sa valise était prête depuis longtemps, et ne se constituait que d'une petite mallette pourvue d'une tenue de rechange, d'une chemise de nuit, de quelques sous-vêtements et d'un couteau. Son petit couteau bien à elle, qu'elle conservait toujours à ses côtés, depuis qu'un type de White Chapel avait bien failli la déshabiller sur le trottoir. Eléazar Fig ne semblait pas faire partie de ces homme-là, des vicieux qui dévisageaient les filles comme elle, plus encore comme Violet, et glissaient leurs regards pervers sous leurs jupes et leurs chemisiers sans la moindre considération pour leur dignité. Dans ces moments-là, Suzanna était contente d'être moins jolie que Violet. Et puis elle était solide, Mrs. Bird l'avait toujours dit. Un pur produit irlandais ! Disait la directrice de l'orphelinat, avec sa grosse voix et son accent de Manchester lorsqu'elle passait la main dans ses épais cheveux roux que Violet avait tant de mal à coiffer.

Un produit de nulle part, pensa Suzanna.

Après plusieurs boutiques qui lui arrachèrent tour à tour des soupirs d'émerveillement et de désespoir face au prix des articles, la petite blonde finit par se rabattre sur Coven Garden, et parvint à la faire entrer dans une échoppe de produits de seconde main, où Suzanna accepta d'échanger ses bottines contre une paire plus petite et qui lui tenait mieux aux pieds. Fig lui avait donné assez d'argent pour acheter une tenue complète. Elle choisit une jupe écarlate et un chemisier blanc comme ceux des dames dans les grands magasins.

Avec un regard flou, Suzanna contempla son visage dans l'un des miroirs de la boutique. Elle n'était pas laide, mais pas jolie non plus. Des traits mélancoliques, sans charme, criblés de tâches de rousseur. Elle avait les sourcils hauts, un peu foncés pour sa couleur de cheveux d'un roux qui tirait sur le brun. Sans ses lunettes, elle distinguait mal la couleur de ses yeux, d'un vert clair acide qui n'était joli qu'au soleil. Sauf qu'il n'y avait jamais de soleil à Londres. Y en aurait-il davantage en Écosse ? Elle en doutait fort. Selon Mrs Bird, les terres écossaises étaient les pires et les plus hostiles du Royaume-Uni. Pas étonnant que les sorciers se soient cachés là-bas.

Ce Poudlard, dont Fig lui avait parlé, lui sembla tout à coup très austère. Elle imaginait l'un de ces vieux châteaux hantés, comme ceux des histoires pour trois sous qu'on trouvait sur les quais de la gare Victoria, aux murs ruisselants d'humidité, envahis par les rats, et aux couloirs si obscurs qu'on n'y voyait pas le bout de son nez. Un frisson désagréable lui fit redresser le dos. Elle remit ses lunettes sur son nez, et arrangea ses cheveux pendant que Violet avait le dos tourné. Elle détestait les avoir longs. Et c'était plus pratique de les couper quand on voulait se faire passer pour un garçon. Un béret, un pantalon, et personne ne la soupçonnait plus d'être une fille. Combien de fois en avait-elle profité pour faire du vol à l'étalage ?

Suzanna sentit un sourire nostalgique se dessiner sur ses lèvres. Sans doute deviendrait-elle une bien lotie, trop bien éduquée et trop bien nourrie pour se livrer à ce genre d'aventures après son départ pour l'Écosse. Qui savait quel genre de personne elle serait appelée à devenir.

– On y va ? » demanda Violet, qui semblait elle aussi réaliser que le temps passait, et que leurs heures ensemble étaient désormais comptées.

– On y va.


Suzanna ne dormit pas bien cette nuit-là. À ces mille questions se mêlèrent des cauchemars de châteaux hantés, d'anciennes malédictions et d'araignées géantes venues creuser des galeries jusque sous son lit. Le petit jour se levait à son réveil, et elle s'aperçut dans la glace opaque qui pendait au mur en face d'elle, qu'elle avait les traits tirés et les yeux rougis de sommeil.

Le professeur Fig lui avait dit qu'il viendrait aux aurores. En effet, quand Suzanna jeta un œil par la fenêtre, elle aperçut sa chevelure grise, presque argentée, et son écharpe bleu azur où se reflétaient les premières lueurs du jour. Alors, elle déposa un baisé sur le front de Violet qui dormait encore, laissa sur sa table de nuit l'argent qu'elle avait pris soin de ne pas dépenser la veille, saisit sa valise, et jeta un dernier regard au refuge de toute une vie. Sa vie à elle, résumée par un lit en fer surmonté d'un matelas trop mince, un pot de chambre et une vasque en fer inoxydable où elle et Violet faisaient leur toilette. Elle avait donné ses livres aux autres enfants pour n'en garder qu'un. Peter Pan. Toutes ses affaires étaient dans sa mallette, elle n'avait plus qu'à franchir le seuil de sa chambre et fermer pour toujours la porte derrière elle.

Au rez-de-chaussée, là où se trouvait la salle commune qui servait à les réunir pour le petit déjeuné et le dîner, Mrs. Bird l'attendait déjà. Elle tenait un paquet enrobé d'un torchon blanc dans les mains, et Suzanna sut à l'odeur qu'il s'agissait d'un pain aux châtaignes. Son préféré.

« Bon vent mon p'tit », souffla la vieille dame en la prenant dans ses bras pour la serrer contre sa poitrine opulente. « Dieu te garde. »

– Vous aussi Mrs. Bird.

Suzanna ne voulut pas lui montrer ses larmes. De même qu'elle les cacha à Eléazar Fig, au moment où il lui ouvrait la portière de la calèche.

– Vous êtes prête ? », se contenta-t-il de demander, avec une retenue qu'elle lui avait déjà remarquée à sa première visite.

« Je suis prête professeur. »