Merula arriva dans la Grande salle pour prendre son petit-déjeuner. Enfin, ça, c'était la raison officielle. Officieusement, elle avait besoin de parler à Tulipe.
« Salut Merula. Tu as bien dormi ? Je serais pas surprise que ce soit le cas avec la soirée d'hier soir », déclara Tulipe en souriant.
« Oui. Encore merci pour hier. C'était... génial. Enfin bref, assez parlé d'émotion. J'aimerais te demander autre chose. Je sais, enfin je me doute pourquoi tu as fait tout ça pour moi. Cependant... les efforts qu'IL a fourni... je n'arrive pas à les comprendre. Même si l'hostilité entre nous deux a disparu, je n'ai jamais fait quoi que ce soit pour lui qui aurait mérité un tel anniversaire... et un tel cadeau. J'aimerai juste savoir... Est-ce que tu sais pourquoi Paul s'est donné autant de mal ? demanda Merula à son amie.
— Et bien, pour être totalement honnête, il m'a juste dit qu'il voulait faire plaisir et faire sourire les gens. Malgré tout, personnellement, je pense qu'il y a une autre raison », avoua mystérieusement la jeune Serdaigle avec un clin d'œil.
— Ah bon, et c'est quoi cette autre raison ? interrogea la Serpentard. Et bieeen... Lors d'une conversation, j'ai peut-être ou peut-être pas mentionné qu'il te plaisait... Oui je suis désolé ! Mais sa réaction m'a surprise. Je me serais attendu à ce qu'il s'offusque, ou nie. Néanmoins, tu sais ce qu'il s'est passé ? Il a rougit comme une tomate, expliqua Tulipe en ricanant.
— TU LUI AS DIT QUOI ? MAIS... Mais pourquoi tu lui as dit ça ? Tu m'avais promis de-, entonna Merula avant d'être brutalement stoppée.
— Je ne lui ai pas dit la nature de tes sentiments, juste qu'il te plaisait, c'est tout, cassa Tulipe.
— Tu as intérêt. Mais... hum... Tu peux me redire comment il a réagit ? ordonna presque Merula qui semblait s'être calmée.
— Il est devenu aussi rouge que la bannière de Gryffondor, s'esclaffa Tulipe.
— Tu... tu penses que..., commença-t-elle, laissant traîner la fin de sa phrase.
Cependant, son chemin de pensée fut stoppé net. "Quand on parle du loup, on en voit la queue," pensa-t-elle.
« Salut Mer, ça va ? » salua Paul qui venait d'arriver. « Je... euh... oui... Salut Paul. Hum, oui ça va et toi ? » bégaya la jeune fille. Paul aurait juré que ses joues avaient rougie mais, trop fatigué à l'instant pour la taquiner là-dessus, alla droit au but: « Je vais bien merci. Dit moi, on pourrait se parler en privé ce soir dans la cour ? Ce serait à la même heure qu'hier soir à peu près ».
« Avec le cadeau que tu m'as fait, ça ferait de moi une mauvaise personne de refuser je suppose. Très bien, je serais là Zélini, » affirma-t-elle d'un taux faussement hautain. Paul discerna ce qu'il pensait être un peu de joie dissimulée derrière cela.
Semblant avoir obtenu ce qu'elle voulait, Merula fit un petit signe de la main aux deux autres et s'éloigna vers la table des Serpentards. Tulipe, qui jusqu'ici était resté silencieuse, leva un sourcil en direction du jeune conjureur de sort: « C'est le grand jour alors, tu vas lui dire ? ». « Qu'est ce que... Comment tu sais ? » murmura furieusement Paul alors qu'une rougeur lui montait aux joues. « Je n'en n'avais absolument aucune idée. Tu viens juste de confirmer une hypothèse. Je te souhaite bonne chance en tout cas », rigola la Serdaigle en voyant son ami faire son meilleur facepalm.
« Oui, OK, mais garde ça pour toi, peu importe comment ça se passe... Compris ? » chuchota Paul en regardant frénétiquement autour d'eux, s'assurant que personne ne les avait entendus. « Compte sur moi. De toute façon, je t'en dois une pour l'anniversaire, alors même si j'aurais voulu, je n'aurais rien fait, » rassura la fille avant de se lever et de partir en cours à son tour.
La journée passa beaucoup trop vite au goût de Paul, et avant même qu'il ne puisse commencer à réfléchir à comment s'en sortir, c'était l'heure. Il n'était absolument pas prêt. "Dans le pire des cas, j'ai juste à sauter dans le Lac Noir et m'assurer de ne jamais remonter à la surface", se dit-il avec humour, mais semblant véritablement considérer l'idée.
Il arriva finalement dans la cour. Merula l'attendait déjà, une fois de plus, et avait l'air un peu stressée également. Il s'approcha et lui dit « Bonsoir Mer. ».
« Enfin ! J'ai cru que j'allais geler. Bref, bonsoir Paul, euh... de quoi veux-tu me parler ? » demanda timidement la fille. Paul prit sa plus grande inspiration et se lança: « Écoute Mer, ça fait six ans que l'on se connaît, que l'on se voit tous les jours, qu'on parle tous les jours. Mais ces derniers temps, c'est différent et je voulais juste te dire que... je... euh... ». Paul bégaya pendant quelques secondes, cherchant ses mots, avant de relever subitement la tête et de s'écrier: « Je t'aime ! ».
Les deux adolescents avaient les joues si rouge que même dans le noir on pouvait le voir. Si quelqu'un leur demandait, c'était probablement à cause du froid. Oui, le froid. Rien d'autre que le froid.
Le cerveau de Merula sembla cesser de fonctionner, laissant plusieurs secondes de battements qui durèrent des millénaires pour le jeune homme ayant ouvert son cœur. Finalement, elle arriva à entonner une réponse: « Je... c'est vrai ? Sérieusement ? Tu ne te moques pas de moi ? ». Paul reprit la parole aussitôt « Je n'ai jamais été aussi sérieux de ma vie. Ce sentiment trotte dans ma tête depuis des jours, des semaines, des mois... J'ai beaucoup douté dans ma vie... Mais pas aujourd'hui ! » assura-t-il fermement.
Merula parut surprise pendant un moment. Elle chercha ses mots, avant de relâcher un soupir: « Je ne sais pas Paul ». Paul sentit son cœur se briser: « Comment ça tu ne sais pas ? Écoute, je préfère que tu sois directe avec moi. Si ce n'est pas réciproque, dis le moi directement. Je ne suis pas un enfant, je n'ai pas besoin d'être pris avec des pincettes », lança le jeune homme de plus en plus stressé.
Elle le regarda à nouveau dans les yeux, et lui expliqua: « Je ne sais pas. Pas à cause de toi. Mais... eh bien... to- » avant d'être coupée par Paul dont le ton montait: « Attends, tu ne vas pas me repousser parce que mon père n'était pas un sang pur j'espère ».
Elle baissa les yeux et bredouilla: « Tu ne... comprends pas... je... » mais il était trop choqué pour l'écouter. Son cœur était brisé et il ne put se retenir « Pourquoi tout tourne toujours autour de la famille des gens mais jamais de la personne elle même ? Bon sang, j'aurais pensé que ces conneries de sang pur étant supérieur seraient derrière-toi aujourd'hui, » s'exclama-t-il. Il baissa la tête à son tour: "M'enfin, laisse tomber. Ma mère m'a toujours répété une phrase: 'Fait attention quand tu te fais des films mon fils, car les autres acteurs de ce dernier ont rarement le même scénario que toi".
Sur ces mots, et ne voulant pas se donner en spectacle devant la fille qui venait de lui briser le cœur, il se retourna pour partir. Mais avant qu'il puisse faire le moindre pas, Merula lui attrapa la main et le tira vers elle. Paul, faisant de son mieux pour contenir sa tristesse, la fixa dans les yeux avant de se rendre compte qu'elle était également en larme. « Attends ! Je t'en supplie, ne pars pas. Je... Je t'aime aussi. Mais, j-j'ai besoin de réfléchir... enfin... tu vois... écoute, hum... s'il te plaît, laisse moi les vacances d'hiver pour y réfléchir », bredouilla-t-elle avant de s'effondrer sur Paul. Ses larmes coulaient sur l'uniforme de Paul, alors que ce dernier faisait de son mieux pour rester aussi stoïque que possible.
Celui-ci avait repris un peu de courage avec les derniers mots qu'il venait d'entendre et essaya de la rassurer tant bien que mal: « Ça va, ça va. Je suis là, maintenant, calme toi s'il te plaît », tout en lui caressant le dos en faisant des petits cercles avec sa main.
Finalement, après ce qui aurait pu être des heures, elle relâcha son étreinte et lui lança un petit « Bonne nuit Paul » avant de partir en courant vers son dortoir. Il commença à repartir également, un petit espoir se formant et réparant les petites fissures au sein de son cœur. « Bonne nuit Mer ».
