Liée à mon univers "Tous nos moindres secrets" sur l'après-guerre.
4 chapitres publiés le vendredi soir.
Les fanfictions liées à cette histoire, dans l'ordre chronologique :
Toute seule - La positive attitude ! - Moi, j'ai besoin d'amour - 你的目光 _ Automne : À vingt ans - Hiver : À vingt ans - La douceur des couchers de soleil - Printemps : À vingt ans - Été : À vingt ans - Les filles d'aujourd'hui
Il n'y a absolument pas besoin de les avoir lu pour comprendre Une vie de hasards.
La vie de Drago Malefoy avait été écrite depuis le jour où sa mère, Narcissa Malefoy née Black, avait annoncé à son mari qu'ils attendaient un heureux événement. Dès lors, on avait préparé la nursery, déjà fait commander un portrait du futur nourrisson et réfléchi à ce que serait sa destinée.
Chez les Malefoy, elle leur appartenait bien évidemment, cette fameuse destinée. Là où elle échappait à tous, à la magie elle-même, la destinée, elle, ployait le genou devant tous les Malefoy.
On avait choisi son prénom, son futur métier, ses passe-temps et pris trois nouveaux elfes de maison pour l'héritier à naître.
Drago avait grandi dans le confort et le luxe de n'avoir à suivre qu'une seule route. Il s'était plié aux exigences et aux attentes de ses parents. Il n'aurait pu en être autrement, il n'avait à l'époque, aucune idée que l'enfance pouvait ressembler à autre chose. Et puis, Drago était fier de faire briller les yeux de sa mère lorsqu'elle le présentait à ses amies qui s'émerveillaient de ses bonnes manières, de son noble caractère et de ses traits fins et beaux. Drago était fier de faire briller les yeux de son père lorsqu'il l'emmenait se pavaner à ses côtés dans les couloirs du Ministère et qu'on félicitait l'esprit vif de Drago, qui avait toujours un mot pertinent à dire, une belle parole parfaitement récitée à la virgule près pour flatter les égos…
Drago Malefoy irait à Serpentard. Il serait joueur de Quidditch, mais seulement pour le plaisir, une carrière dans ce sport – et dans un autre – était parfaitement inenvisageable. Il obtiendrait brillamment ses BUSES, puis ses ASPICS. Il deviendrait assistant, puis secrétaire, peut-être consultant et enfin Ministre au sein du Ministère de la Magie, à la direction d'un domaine assez estimé, comme celui de la coopération magique internationale ou de la justice magique…
Drago était un Malefoy. Un sang pur coulait dans ses veines et il devait en être à la hauteur. Il devait s'en montrer digne.
Il devait.
Le jour même de sa naissance, il avait déjà des dettes. Il croulait déjà sous les devoirs.
Alors dans les doutes qui prenaient racines à l'adolescence, il avait persisté à croire ce qu'on lui avait toujours dit.
Qu'il était différent des autres. Meilleur, très certainement. Qu'il connaissait et possédait des dons que les autres lui jalouseraient toujours mais qu'ils n'auraient jamais car le statut de Drago était inatteignable.
Il avait persisté…
Il avait concentré sa haine sur Hermione Granger, qui représentait à elle toute seule toutes les contradictions entre ce que ses parents lui avaient raconté et la vérité. Elle, cette née-moldue, pourtant bien meilleure que lui dans toutes les matières… Elle n'était pas méchante. Elle ne l'avait méprisé qu'à partir du jour où il s'en était pris à ses amis. Certes, il ne supportait pas ses airs arrogants de Miss-je-sais-tout… Des airs qu'il avait pourtant lui-même, il devait bien le reconnaître.
Mais surtout, Hermione ne l'avait jamais méprisé parce qu'il était un Malefoy. Elle ne savait même pas ce que ce nom impliquait… Non. C'était bien pire. Elle l'avait méprisée pour ce qu'il était, ce qu'il y avait dans son cœur, pour ce qu'il lui faisait subir, pour les insultes qu'il lui assénait avec violence, pour ses mauvais-tours qu'il lui jouait dans le but de la blesser… Elle le méprisait, loin de toute jalousie, parce que sa personne entière ne lui inspirait que ce seul sentiment.
Lui, il l'avait détestée aussi sans la connaître au début.
Les Sangs-de-bourbe étaient des voleurs de magie. Ils lui étaient inférieurs.
— Ce sera un nouveau chocolat chaud, Monsieur ? demanda la serveuse.
Drago hocha simplement la tête et se perdit de nouveau dans la contemplation du paysage.
— Vous devriez rentrer à l'intérieur. Vous allez attraper froid et il va commencer à neiger. Le ciel est bien chargé… On ne voit plus le pic du Mont Cervin ! se désola-t-elle en débarrassant la table de sa tasse pour le resservir.
Drago garda le silence.
Il serra les poings.
Il ne savait plus s'il valait mieux que tous les autres mais une chose était certaine. Il n'appartenait pas au camp des gagnants et eux seuls faisaient l'Histoire et la loi.
Il posa sa main gauche sur son bras droit, à l'endroit où la marque des Ténèbres lui rappellerait désormais qu'un jour, il avait été incapable de prendre une décision, qu'il avait été incapable de faire preuve de courage et d'avouer qu'il avait peur, qu'il n'était pas certain de la vouloir, cette marque.
Marqué.
Comme un animal qu'on envoyait dans un vulgaire abattoir moldu…
Marqué.
Comme une chose, qu'on s'appropriait, comme un vêtement sur lequel on imposait son prénom pour ne pas le perdre et pour dire à tout le monde qu'il était notre chose, notre posession.
Dans la vie de Drago, il n'y avait jamais eu de place pour le hasard. Tout avait été préparé.
Et aujourd'hui, tout ça s'était écroulé.
Il était recherché par les Aurors Britanniques.
Il fuyait son propre pays.
Sa propre terre.
Ses propres souvenirs.
Il fuyait cet avenir parfait qui s'était envolé et qu'il n'avait jamais questionné.
Qu'allait-il faire maintenant ?
Qu'allait-il devenir ?
Il baissa les yeux vers l'énorme tronc d'arbre coupé qui servait de table.
La Suisse était un pays défini par ses montagnes, ses vallées et ses lacs. Ici, il y avait le marron de la terre, le vert des plaines, le jaune des fleurs sauvages, le bleu ciel, le gris des montagnes et le blanc de leurs sommets. Il y avait toutes les couleurs des forêts. Ce pays offrait une nature pure et dure et était sans aucun doute l'une des meilleures destinations en Europe pour pratiquer les sports d'hiver, comme le ski ou la randonnée en raquettes. Drago s'amusait tous les jours de voir passer les touristes moldus, ridicules, empêtrés dans leurs affaires, accoutrés dans des tenues aux couleurs douteuses et les visages dévorés par des cagoules ou de grosses lunettes…
Il n'y avait pas grand monde en réalité, dans ce petit village moldu. Les sorciers s'y comptaient sur les doigts d'une main et étaient réputés pour être des ermites.
Les pins, le relief, le ciel bleu la journée, qui se voilait de gris parfois subitement pour faire tomber sa neige…
Le pays était beau.
Le pays était devenu un refuge.
Personne ne pourrait le trouver ici.
Ses parents s'en étaient assurés, avant de se faire capturer par les Aurors et d'être rappelés en Grande-Bretagne.
Drago savait qu'il aurait pu aller en Roumanie, chercher quelques partisans du Seigneur-des-Ténèbres qui y avaient fui après la guerre. Il en était tout simplement hors de question.
Plus jamais.
Il n'était pas comme eux.
Il n'avait finalement pris aucun plaisir à savoir des sorciers et sorcières être torturés pour le seul crime de leur basse naissance. Il avait haï chaque seconde où il avait eu à entendre les cris de douleur d'Hermione Granger, dans sa maison, à la merci de sa tante. Il avait détesté voir son ennemi de Poudlard avoir à fuir la mort.
Des enfants.
Ils n'étaient que des enfants, avec des jeux d'enfant.
Des jeux cruels, loin d'être inoffensifs. Drago avait tout fait pour blesser. Il n'était pas quelqu'un de bien. Il le devinait à présent.
Mais jamais ses jeux d'enfants n'avaient ôté la vie de qui que ce soit et Potter, Granger et Weasley n'avaient pas mérité la mort et la souffrance.
— Et voilà votre chocolat liégeois, Monsieur !
La serveuse déposa la tasse fumante en face de lui.
Il ne la remercia pas.
Il compta ses pièces moldues, en espérant avoir assez.
Il ne pourrait pas éternellement vivre sur les économies qu'il avait…
Il se perdit dans la contemplation des circonvolutions du tronc d'arbre sur lequel on avait déposé sa tasse.
Il aimait bien les ronds…
C'était une forme apaisante. Régulière.
— Si je m'attendais à ça !
L'anglais était trop parfait, sans accent, pour qu'il s'agisse là d'un local.
Drago sursauta, et se retourna, sa main sur sa poche, prêt à dégainer sa baguette et à fuir.
Mais le visage était surpris. Il n'était pas menaçant.
— Daphné.
Il l'avait reconnue à ses longs cheveux blonds, à ses yeux bleu clair et à son teint de porcelaine. Les Greengrass avaient toujours été de jolies poupées selon son père. Drago, lui, avait souvent trouvé Daphné bien loin d'être comparable à un objet inanimé. Cette fille était une tornade d'énergie et de sourires. Elle n'avait jamais eu d'amis proches mais tout le monde avait toujours prêté attention à ce qu'elle disait. Daphné était de ces personnes qui auraient pu comprendre Drago.
Les aînés d'une famille.
Qui étaient nés avec des dettes et des devoirs.
Qui avaient cru.
Qui n'avaient jamais eu le moindre hasard dans leurs vies.
Mais Drago n'avait jamais eu le temps de s'intéresser à qui que ce soit d'autres que sa propre personne et Daphné en avait toujours fait de même.
Elle écarquilla finalement les yeux et pinça ses lèvres. Elle déposa sa grosse harpe habillée de sa protection, que Drago remarqua à ce moment précis, et retira la capuche de sa cape.
— Astoria, annonça-t-elle. Tu n'as jamais su nous distinguer, elle et moi…
