Hello Campeurs !

Je suis ravie de vous retrouver pour la suite des aventures de Jack et Sam sur Edora ! Mille mercis pour vos messages !

J'espère que vous apprécierez autant ce nouveau chapitre. Bonne lecture !

5

Base de Cheyenne Mountain – Colorado Springs

Walter Harriman lança le programme de numérotation et commença à annoncer :

– Chevron 1, engagé… Chevron 2 engagé…

Du coin de l'œil, le Sergent regarda le Dr Daniel Jackson, debout près de la console, qui gardait les yeux rivés sur la Porte en train de tourner. L'archéologue avait le visage fatigué et des cernes sombres soulignaient ses yeux clairs. Ses cheveux avaient un air ébouriffé, signe qu'il avait encore dû s'endormir à son bureau. Il se dégageait de lui un mélange d'espoir et de tension qui contrastait avec sa personnalité d'ordinaire si calme.

Teal'c entra à son tour dans le poste de commande de la Porte, immédiatement suivi du Général Hammond qui venait de raccrocher avec le Pentagone. Hammond avait l'air sombre, ce qui ne présageait rien de bon.

Le chevron 6 s'enclencha et l'immense anneau de Naquadah se remit à tourner vers sa dernière destination, le symbole de la Terre.

Le chevron bougea d'avant en arrière sur le symbole pyramidal mais ne s'alluma pas. L'anneau resta vide et immobile.

Le visage de Daniel s'assombrit.

– Sergent ? demanda Hammond.

– Le chevron 7 ne se verrouille pas, mon Général.

Teal'c et Daniel échangèrent un regard lourd de sens.

– Merci, Sergent. C'était notre dernier essai. SG1, rejoignez-moi en salle de débriefing, ordonna le vieux Général.

Walter coupa la séquence avec un soupir. Ils étaient nombreux au SGC à espérer que la Porte d'Edora finirait pas répondre. Cela faisait désormais trois semaines qu'il composait les mêmes coordonnées tous les jours à la même heure. Sans succès. L'homme se sentit triste et découragé. Il appréciait beaucoup les membres de SG1 et le Colonel O'Neill avait toujours un mot gentil pour lui. Quant au Major Carter, qui ne l'aimait pas au SGC ? Cette femme était incroyable…

Avec un nouveau soupir, il regarda le Général et le reste de SG1 monter l'escalier en direction de la salle vitrée qui surplombait la salle d'embarquement.

Il allait devoir l'annoncer à Siler…

Une fois la porte refermée, Daniel s'assit lourdement sur son siège habituel, ressentant douloureusement l'absence de Jack et Sam à ses côtés. Teal'c s'installa en face de lui, respectant lui aussi les deux places vides de leurs amis.

Hammond croisa les mains sur la table, sur un dossier et soupira lourdement.

Avant qu'il puisse dire quelque chose, Daniel déclara :

– Leur Porte est peut-être simplement bloquée. Elle a très bien pu être ensevelie ou heurtée par la météorite qui fonçait sur nous lorsque nous avons évacué. Nous avons déjà été confronté à ça à plusieurs reprises…

– Je sais cela, Dr Jackson. Nous avons envisagé toutes les possibilités mais, cela ne change rien au problème. Tant que la Porte d'Edora n'est pas dégagée ou réparée de leur côté, nous ne pouvons pas accéder à ce monde pour leur porter secours.

– En effet, confirma Teal'c, posément mais tristement.

– Des nouvelles de nos alliés ? demanda le Général.

– Les Tollans sont désolés mais, ils ne peuvent pas nous apporter leur aide dans l'immédiat. Ils pourraient avoir un vaisseau disponible d'ici quatre à six mois. Quant aux Tok'Ra, nous n'avons pas encore reçu de réponse officielle. Apparemment, Jacob Carter est en mission sous couverture assez loin et il ne sera pas joignable avant plusieurs mois également.

Hammond contempla le dossier posé devant lui et l'ouvrit lentement.

– Bien. Le Colonel O'Neill et le Major Carter sont officiellement déclarés disparus en mission à compter de ce jour.

– Quoi ? Mais non ! s'insurgea Daniel. Vous ne pouvez pas… Il y a encore de l'espoir !

– Dr Jackson ! gronda le Général.

La voix était forte mais la compassion sous-tendait les paroles.

– Vous savez très bien que cela ne veut pas dire que nous renonçons à les retrouver. Nous avons déjà vécu ça lors de l'incident avec la Porte de l'Antarctique. Mais, nous devons néanmoins garder à l'esprit qu'Edora a pu être grièvement touchée par la pluie de météorites. Il n'y a peut-être plus personne pour déterrer la porte des étoiles.

Daniel baissa la tête pour cacher l'émotion qui l'étreignait. Il était parfaitement conscient de cette possibilité mais, tant qu'elle n'avait pas été prononcée à haute voix, il avait trouvé le moyen de l'occulter et de ne pas trop y penser.

Hammond continua d'une voix aussi mesurée que possible compte tenu des circonstances :

– J'ai informé le Président que je n'envisageais pas d'affecter de nouveaux membres à SG1. Pas tant qu'un de nos alliés n'a pas rallié la planète pour s'assurer de visu de la situation du Colonel O'Neill et du Major Carter.

Daniel poussa un soupir de soulagement audible.

– Teal'c, poursuivit Hammond. SG3 est revenu de mission avec un blessé hier. Il sera hors rotation durant au moins deux mois selon le Dr Fraiser. Si vous le souhaitez, je peux vous réaffecter à cette équipe en attendant.

Teal'c hocha tranquillement la tête pour manifester son approbation.

– Quant à vous, Dr Jackson, j'ai cru comprendre que vous aviez plusieurs artéfacts intéressants sur lesquels travailler ?

– Tout à fait, Monsieur.

– Parfait. Alors c'est réglé. Nous reverrons la suite à donner dans quelques mois. En attendant, l'équipe SG1 est officiellement hors rotation. Disposez.

SJSJSJSJSJSJ

Edora

Les jours suivants s'écoulèrent comme un rêve flou pour Sam. Les périodes d'éveil étaient de courte durée. Elle émergeait de temps à autre de la brume de la fièvre avant de replonger dans un sommeil chaotique.

Elle se rappelait la sensation des bras de Jack autour d'elle lorsqu'il l'aidait à aller aux toilettes. La caresse de ses mains dans ses cheveux ou sur son visage, le linge chaud qu'il passait sur son corps plusieurs fois par jour pour éloigner la sueur et la fièvre.

L'odeur entêtante des cataplasmes et des huiles était devenue familière et symbole d'apaisement. Elle respirait mieux lorsque la vieille femme les lui administrait. De temps en temps, on lui donnait des bains tièdes parfumés à la sauge et au thym. La première fois, Sam avait réalisé avec une certaine panique qu'elle était en sous-vêtements devant Jack tandis qu'il l'aidait à se baigner. Mais, il lui avait murmuré des paroles apaisantes et l'avait rapidement couverte d'une serviette moelleuse. Lorsqu'elle avait croisé ses yeux chocolat, elle n'avait rien vu d'autre que de la tendresse et l'appréhension de l'avoir blessée par ses gestes. Elle avait doucement hoché la tête, lui permettant tacitement de continuer et s'était laissée aller, sereine et en sécurité.

C'était étrange. C'était comme si elle découvrait un autre homme.

Elle connaissait le soldat implacable et bourru, le Jack drôle et sarcastique, l'officier brillamment intelligent sous ses abords d'idiot affirmé. Mais, l'homme en lui, lui était totalement inconnu. Jusque-là.

Après leur rencontre, elle était tombée amoureuse de lui, petit à petit, sans vraiment s'en apercevoir. Au départ, elle avait simplement voulu impressionner le militaire chevronné, le héros des rapports de la mission Abydos. Elle voulait obtenir son approbation à tout prix quitte à aller au-delà de ses forces.

Puis, au fil des missions, elle avait appris de sa sagacité et de son expérience hors du commun et elle avait respecté le mentor qu'il était. Elle était tellement fière de passer la Porte des Etoiles à ses côtés et demeurait toujours surprise lorsqu'il accordait un crédit total à ses théories scientifiques.

Lorsqu'elle s'était laissée aller à embrasser Narim, elle avait réalisé avec stupeur que son cœur ne répondait pas aux sentiments du Tollan. Il battait déjà pour un autre.

Mais, l'invasion imprévue de Jolinar dans sa tête avait perturbé tout ça, lui implantant des souvenirs qui n'étaient pas les siens et qui résonnaient pourtant en elle avec force. Déboussolée par le chaos de son âme et de son cœur, Sam avait été contrainte de prendre du recul pour faire le point sur ce qu'elle ressentait vraiment et trier ses émotions.

Les semaines qui avait suivi l'attaque de l'Ashrak, la nuit, lorsqu'elle tournait et retournait dans son lit, cherchant à s'arracher aux cauchemars laissés par le sombre passé de Jolinar, Carter avait découvert que seule l'image de Jack O'Neill pouvait l'apaiser.

Et désormais, ce n'est plus un rêve. Il était là. Il veillait sur elle.

oOoOoOoOo

Jour 24

Sam s'éveilla et jeta un regard intrigué en direction de la fenêtre de la chambre. Une étrange clarté blanchâtre apparaissait entre les rideaux mal tirés.

Pour la première fois depuis ce qui lui sembla des lustres, la jeune femme eut l'impression de se sentir mieux. Elle était encore un peu floue, courbatue et fatiguée mais, son esprit était clair. Repoussant les couvertures, elle tenta de se lever, vacillant sur ses jambes en coton. Elle se glissa jusqu'à la fenêtre en se tenant au mur et écarta les tentures.

Elle retint une exclamation de surprise en découvrant le paysage merveilleusement blanc qui s'étendait sous ses fenêtres.

La pluie s'était changée en neige durant la nuit et un épais manteau duveteux recouvrait le toit de la grange voisine, les champs alentours et la route en terre. Les piquets des clôtures étaient coiffés de monticules blancs et les branches des arbres ployaient doucement sous leur charge scintillante.

Le soleil était loin de se lever et il neigeait encore fort. Sam voyait à peine plus loin qu'une dizaine de mètres dans la tourmente blanche qui enveloppait d'un silence scintillant leur maisonnée.

Jack n'était en vue nulle part mais, en se dirigeant à tâtons vers les toilettes, elle entendit un ronflement familier qui provenait de la seconde chambre.

Passant la tête sans faire de bruit, elle sourit avec tendresse en apercevant l'homme. Il avait rapproché les deux petits lits et dormait, affalé sur le ventre, les mains sous un oreiller, ses pieds dépassant très largement du matelas de fortune sur lequel il s'était écrasé d'épuisement. Une couverture pendait, à moitié sur lui et à moitié par terre.

Le laissant se reposer, Sam se glissa dans la salle de bain, se soulagea puis se rinça le visage à l'eau claire. Le miroir lui renvoya l'image d'une femme qu'elle ne reconnut pas immédiatement. Ses yeux immenses semblaient dévorer son visage pâle et amaigri.

Retournant à la chambre, elle vit que le feu s'était éteint et qu'il faisait froid dans la maison. Saisissant le tisonnier, elle ranima les braises et allait jeter quelques bûches dans l'âtre lorsqu'une main ferme mais douce se referma sur son poignet.

Levant la tête, elle découvrit un Jack O'Neill tout sauf paisiblement endormi.

– Jack… haleta-t-elle, surprise par son regard sombre et intense.

– He… Vous ne devriez pas vous promener comme ça pieds nus et toute seule. Et si vous étiez tombée ? la gronda-t-il doucement.

Il est vrai que ses jambes tremblaient pour supporter son poids.

– Je suis désolée, je ne voulais pas vous déranger.

Il soupira comme si cela avait peu d'importance.

– Allez, venez-là, je vous ramène au lit.

Si elle ne s'était pas sentie aussi fourbue, l'offre lui aurait parue étonnamment séduisante…

Glissant un bras autour de sa taille, Jack lui offrit l'appui de son autre main pour la conduire en sécurité à la chambre. Sam accepta son aide avec un sourire.

– Il a neigé, déclara-t-elle avant de tousser.

– Ouais, répondit le Colonel en jetant un coup d'œil dehors. Garan avait raison. Heureusement que j'ai coupé le bois hier soir. Je ne sais pas si Glenda viendra avec ce mauvais temps… Vous avez faim ? ajouta-t-il en sentant son propre estomac se réveiller.

La voir debout et plus claire le soulageait tellement que son appétit revenait comme par magie.

– Je crois oui.

– Il y a du bouillon de poule si vous en voulez. Ah, et Garan a trouvé du miel en forêt il y a deux jours. Je peux en mettre dans votre tisane pour en adoucir le goût.

– Ce serait bien, merci.

Jack remonta les couvertures sur elle et, avec un regard de joyeux gamin, il disparut en cuisine.

Il commença par recharger la cheminée puis s'attela au petit déjeuner.

Avant que Sam ne puisse envisager de se relever, O'Neill entra dans la chambre en portant dans ses bras un plateau de lit en bois, garni de tranches de pain, de soupe et de fruits.

Sam écarquilla les yeux de surprise tandis qu'il disposait le plateau sur ses genoux, par-dessus les couvertures.

– Merci, Jack. Mais, il ne fallait pas vous donner cette peine. J'aurais pu me lever…

Jack leva les yeux au ciel et déclara simplement :

– Mangez ! Ordre du Docteur.

Deux heures plus tard, Glenda frappa à la porte et entra sans attendre d'être invitée, un vent glacial sur ses talons. Garan l'attendait sous l'auvent, tenant la longe d'un cheval.

Voyant que sa patiente était assise dans le lit, la vieille femme lui sourit.

– Bonjour, gamine, comment te sens-tu ce matin ?

– Mieux ! Merci !

La guérisseuse s'assit au bord du lit et déposa le dos de sa main contre son front.

– Ta fièvre est complètement tombée. C'est bien. Tu vas devoir te reposer encore quelques jours. Ton corps a été très affaibli par la maladie, tu dois reprendre des forces mais, ton mari t'a bien soignée. Tu as de la chance d'avoir un homme comme lui pour veiller sur toi.

Sam rougit furieusement et espéra que Jack n'avait pas entendu depuis la pièce voisine.

Elle se contenta de murmurer :

– Oui, c'est un homme bon…

Glenda lui sourit amicalement, comme l'aurait fait sa grand-mère lorsqu'elle était encore en vie.

– Depuis combien de temps êtes-vous ensemble ? demanda-t-elle en fouillant dans sa bourse à la recherche de ses remèdes.

– Eh bien… C'est assez récent, bredouilla Sam, gênée.

C'était le moins qu'on pouvait dire…

Glenda parut surprise.

– Ah ? J'aurais cru que vous étiez unis depuis plusieurs années déjà. Il semble tellement amoureux de toi !

Sam sentit le feu monter à ses joues et couvrir son cou.

– Fils ! appela la guérisseuse d'une voix autoritaire.

Jack passa la tête à la porte, s'assurant discrètement que Sam était visible avant d'entrer carrément dans la pièce.

– Oui, Glenda ?

– Tu veilleras à lui faire une friction chaque soir avec cette huile pendant encore quelques jours. Et tu pourras continuer à lui donner de la tisane matin et soir aussi. Si quelque chose ne va pas, envoie-moi Garan.

– Entendu. Merci pour tout, Glenda.

La guérisseuse se leva et s'appuya au bras de Jack dans un geste qui semblait familier puisque l'homme ne parut pas surpris. Il raccompagna la vieille femme à la porte tout en discutant du temps qu'il faisait.

Lorsque la porte se referma, Jack inspira profondément. Il avait involontairement entendu la conversation des deux femmes et avait eu bien du mal à croiser le regard de Sam après que la guérisseuse ait si aisément lu dans son cœur.

Il se demandait quelle blague trouver pour s'éloigner de ce dangereux précipice lorsque Sam l'appela. Il se força à adopter son visage le plus neutre possible et entra dans la chambre.

– J'aimerais bien prendre un bain… Est-ce qu'il y a de l'eau chaude ? demanda-t-elle timidement, en rougissant.

– Je vais vous en faire chauffer je vous préviens dès que c'est prêt, répondit Jack en retournant à la cuisine.

Un moment plus tard, il revint et vit que Sam somnolait, enfouie sous les couvertures. S'approchant, il écarta une mèche de cheveux de son front pour voir si elle dormait vraiment. Deux yeux aussi bleus qu'un ciel d'été le fixèrent brusquement et un sourire doux atteignit les lèvres de la jeune femme lorsqu'elle le reconnut.

– Le bain de Madame est avancé, dit-il d'un ton moqueur pour cacher son trouble.

Elle rit et accepta le peignoir qu'il lui tendait. Elle s'enroula docilement dedans avant de prendre son bras pour aller à la salle de bain. Il la lâcha en arrivant devant le paravent.

– Est-ce que ça va aller ?

– Oui. Je suis un peu plus stable sur mes jambes depuis que j'ai mangé.

– Prenez votre temps… Criez si vous avez besoin de quoi que ce soit. Je ne suis pas loin.

Elle hocha la tête et le remercia d'un sourire timide. La rougeur délicate qui gagnait son cou et le triangle de peau visible dans son encolure poussa Jack à s'éclipser avant qu'elle ne voit l'effet qu'elle avait sur lui.

O'Neill rajouta une bûche dans la cheminée pour que Sam ait suffisamment chaud pendant qu'elle se baignait puis il en profita pour aller refaire le lit de la chambre principale et aérer la pièce.

Sam fredonna doucement en savourant l'eau chaude qui délassait ses membres et son dos. Elle avait des douleurs costales assez impressionnantes à force de tousser et la vapeur du bain lui faisait du bien. Jack avait mis du thym dans l'eau pour accroître son bien-être. Elle se lava tranquillement et prit son temps, savourant sa baignade jusqu'à ce que l'eau refroidisse. Puis, elle se sécha, s'enroula dans le peignoir et regagna la chambre. Jack en sortait avec une brassée de draps sales.

Le lit était refait et le fond de l'air était frais.

– Vous devriez rester auprès du feu, le temps que la pièce se réchauffe un peu, proposa-t-il.

Sam acquiesça et demanda :

– Est-ce que vous auriez vu ma tablette ?

Jack eut un léger rire :

– Je vois que ça va mieux si vous cherchez déjà vos jouets !

Il tira l'objet du coffre où il l'avait rangé à l'abri.

– Merci !

Sam s'empara de l'objet et l'alluma. La batterie était faible. Avec une moue, elle s'assit à la table, près de la pile à naquadah et tira un câble enroulé dessus que Jack n'avait jamais remarqué. Elle connecta sa tablette qui se mit aussitôt en charge.

– Cool ! lança Jack.

– Ouais mais ça va prendre quelques heures… Vous n'auriez pas trouvé du papier par hasard ?

– Si, j'en ai demandé à Garan.

Il se dirigea vers une étagère et lui ramena une sorte de carnet relié de cuir.

– Est-ce que ça irait ?

– Oui ! C'est parfait ! s'exclama-t-elle ravie. Puis, réalisant que s'il l'avait demandé, il en avait peut-être besoin, elle demanda : est-ce que je peux m'en servir ?

– Bien sûr. J'en ai un autre. Celui-ci est pour vous, répondit-il en lui tendant un stylo tiré de son paquetage.

Sam lui offrit un sourire joyeux et ouvrit aussitôt le calepin.

Il ignorait ce qu'elle faisait mais cela semblait important. Ses tracés étaient fins et méthodiques, ornés de calculs mathématiques complexes.

Au bout d'une heure, Jack obligea Sam à retourner au lit et lui confisqua le cahier pour qu'elle se repose.

La jeune femme protesta lorsqu'il menaça d'en faire un ordre, grimaça et s'exécuta finalement.

Cinq minutes plus tard, elle dormait.

oOoOoOoOo

Les trois jours suivants, Sam alterna entre des périodes de repos forcés et des moments de veille où elle travaillait sur les plans de son chauffe-eau solaire. Elle devait tenir compte des matériaux qu'elle pourrait trouver et des contraintes locales en termes d'orientation et de durée d'ensoleillement pour optimiser l'appareil. Peut-être qu'en utilisant ce qui restait du MALP elle pourrait gagner du temps sur la conception…

Au soir du quatrième jour, Sam rangea sa tablette et rejoignit Jack devant la cheminée. L'homme s'activait à construire quelque chose. Il taillait des morceaux de bois avec un couteau de chasse et les assemblait adroitement.

Sam s'assit dans le fauteuil près de lui, enroulée dans un grand châle.

– Qu'est-ce que vous faites ?

Levant les yeux, il lui montra l'objet encore inachevé.

– Je construis des pièges.

– Des pièges ?

– Ouais, pour chasser. Garan m'a dit que la forêt regorge de petits herbivores qui ressemblent à des lapins. Il paraît qu'ils font de délicieux ragouts ! Il fait trop froid pour aller pêcher sur le lac en ce moment alors, je pensais poser quelques appâts.

– C'est une excellente idée ! Comment avez-vous appris à faire ça ? Je suis presque sûre que ça ne faisait pas partie de ce qu'on nous apprend à l'Académie.

Il rit.

– C'est mon père qui m'a montré. Nous allions chasser quand j'étais enfant, dans le Minnesota.

– Je ne vous jamais entendu parler de vos parents avant…

Jack soupira doucement, un voile mélancolique dans son regard :

– Mon père est mort il y a un paquet d'années, quand j'étais encore chez les Blacks Ops. Il n'a jamais connu Charlie. Ma mère vit toujours dans le Minnesota mais, nous ne sommes pas vraiment en bons termes…

– Je vois… Et la pêche ?

Jack lui fut reconnaissant pour le changement de sujet de conversation.

– La pêche est venue plus tard… Quand j'ai réalisé qu'il était bien moins fatiguant de taquiner le poisson que de courir la forêt…

Sam rit de bon cœur à la blague et le regarda continuer à assembler les pièces avec des morceaux de cordes. Le collet fut bientôt terminé et il en commença un second. Ils restèrent côte à côte dans un silence tranquille, profitant de la compagnie de l'autre et du crépitement doux du feu de cheminée.

Alors qu'il se faisait tard, Sam bâilla longuement.

– Vous devriez aller vous coucher, murmura Jack.

Sam hocha la tête et se dirigea d'un pas discret vers la chambre. Elle alluma sa bougie et fouilla dans l'armoire pour se changer.

Elle avait aidé Jack à faire une lessive et les chemises qu'elle utilisait pour la nuit étaient suspendues sur un fil dans un coin de la cuisine, en train de sécher. Elle se résigna donc à enfiler une des chemises de nuit qu'elle avait trouvées le premier soir. Le coton était incroyablement doux pour un vêtement de confection artisanale. Le vêtement tombait jusqu'à ses chevilles et comportait deux bretelles larges et un empiècement en dentelle au bord du décolleté.

Sam allait entrer dans le lit lorsqu'elle entendit les pas de Jack dans le couloir, se diriger vers l'autre chambre. Depuis qu'elle avait été malade, il avait dormi à côté, respectant son repos. Mais, elle se sentait mieux à présent. Elle avait encore besoin d'une ou deux siestes dans la journée et ses jambes étaient encore un peu faibles mais, elle ne toussait plus depuis deux jours.

Hésitante, elle se dirigea vers la chambre d'enfants et murmura :

– Jack…

Le Colonel se tourna vivement, surpris par sa présence dans l'embrasure de la pièce :

– Quelque chose ne va pas ?

Il était en train d'ouvrir les draps du lit d'appoint.

– Non ! enfin… si, bredouilla-t-elle avant d'ajouter : Vous venez dormir ?

L'invitation était suffisante pour que Jack comprenne où elle voulait en venir.

Baissant les yeux, O'Neill s'aperçut qu'il retenait involontairement son souffle. Depuis qu'elle allait mieux, il avait repris des distances prudentes. Elle n'avait plus autant besoin de lui et elle trouverait sans doute inapproprié que son Officier Commandant soit trop collant.

Il avait décidé de lui laisser de l'espace, sortant le plus souvent possible de la maison.

Il passait des heures dans la grange pour couper du bois, marchait chaque jour jusqu'au village et se baladait autour du lac malgré le froid piquant. Il avait aussi commencé à rafistoler les clôtures et à construire un abri destiné à accueillir trois poules et une chèvre que Laira devait leur donner la semaine suivante.

Il ne rentrait que pour les repas, la douche et le sommeil.

De qui se moquait-il ? Il avait besoin de cet espace pour ne pas penser à chaque instant à quel point il avait eu peur de la perdre. À quel point, ses sentiments grandissant pour elle étaient inappropriés et dangereux… Il était son Commandant et elle était son Second bon sang ! Toute cette histoire allait les envoyer tout droit en Cour Martiale !

Le soir, il se recroquevillait en chien de fusil sur les petits lits transformés en lit d'appoint et dormait quelques heures, se réveillant plusieurs fois dans la nuit pour s'assurer que Sam dormait paisiblement.

Et voilà qu'elle lui demandait de revenir dormir dans la même chambre.

Pour l'amour du ciel ! Il était tellement foutu s'il cédait…

Inconsciente du chemin tortueux qu'avaient pris ses pensées, Sam le scrutait avec attention, un pli perplexe se formant entre ses yeux au milieu de son front, comme lorsqu'elle cherchait à résoudre un problème insoluble.

Jack soupira et finit par déclarer en grimpant sur le petit lit :

– Je crois que je vais lire un peu avant d'éteindre. Mais, vous pouvez pousser la porte si la lumière vous gêne.

Le visage de Sam se ferma et une ombre de tristesse passa dans son doux regard.

Jack s'en voulut immédiatement mais, c'était mieux ainsi. Il devait la protéger. Bientôt, un vaisseau viendrait les chercher ou il trouverait enfin cette fichue Porte et ils rentreraient chez eux.

Et tout redeviendrait comme avant.La Terre serait toujours menacée par les Goa'ulds et leur mission devrait encore et toujours passer avant tout le reste.

Inutile de faire prendre des risques supplémentaires à sa carrière. Le simple fait qu'ils partagent une maison allait déjà soulever suffisamment de questions lors du débriefing devant Hammond…

– Bonne nuit, Jack, dit-elle d'une voix où perçait une craquelure.

– Bonne nuit, Carter, grommela-t-il en attrapant le livre qu'il avait trouvé dans le paquetage de Daniel.

Un bouquin sur la culture mésopotamienne… Juste ce qui lui fallait pour arrêter de penser à Sam et s'endormir…

Les épaules de Sam s'affaissèrent et elle lui tourna le dos avant qu'il puisse voir la clarté trouble envahir ses yeux.

La porte de la chambre principale claqua un peu plus fort que ce que Sam avait prévu mais, elle s'en moquait. Soufflant la bougie, elle se glissa au fond du lit et se roula en boule.

Jonas Hanson riait sinistrement dans un coin de sa tête.

Sam soupira et ferma durement les paupières.

Il l'avait appelée Carter.

Au moins, les choses étaient claires. Il était le Colonel et elle n'était que son Major. Il n'y avait pas de place pour une quelconque romance entre eux, quand bien même étaient-ils à des années-lumière du SGC.

Pourtant, dans le secret de son cœur, Sam devait avouer qu'elle aurait sans scrupule jeté aux orties la règlementation si Jack avait pu répondre à ses sentiments.

Mais elle n'était pas assez bien pour lui.

Elle ne méritait pas un homme comme lui.

Sam serra ses bras autour de sa poitrine et se berça doucement d'avant en arrière, essayant de rappeler à sa mémoire le réconfort qu'elle avait ressenti avec les bras de Jack serrés autour d'elle, son souffle chaud dans son cou, alors qu'il la pressait fermement contre les pans durs de son corps.

L'illusion était douce et l'enveloppa d'une bulle suffisamment moelleuse pour qu'elle s'endorme enfin.

A suivre…

Alors ? Je suis à votre écoute !