Chapitre Un : Revue de Presses
NAISSANCE DES ÉTATS D'EUROPE UNIS
« Nous le Peuple Européen, embrassant pleinement nos glorieuses racines antiques, puisant dans notre histoire glorieuse et confiant en notre avenir commun, décidons de former une fédération de Nations au Gouvernement Unique et à la Puissance Incomparable pour retrouver la place qui fut toujours la nôtre : celle de maitre du monde »
Alicia tenait le journal comme si il était empoisonné, les larmes aux yeux. Elle balbutia :
- Ils ont réussi à pourrir l'idée Européenne. Et tout le monde applaudit ! Tout le monde !
Elle entendit un soupir et tourna son regard vers le lit de sa sœur. Serena fixait vaguement un point au dessus de sa tête. Le regard fixe et éteint, elle murmura :
- C'est ainsi que meurt la liberté. Dans un tonnerre d'applaudissement.
Sa cadette la regarda, inquiète. Ses citations de Star Wars étaient rarement sorties avec un tel ton de tristesse. Mais il faut dire que ces derniers temps, Serena n'avait que ce ton de tristesse à la bouche. Et ce regard vide. Si vide.
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LE JAPON ENVAHIT LA CORÉE, LA CHINE S'UNIT À LA RUSSIE
« C'est avec l'approbation du Gouvernement Unique que la Nation la plus peuplée du monde s'est alliée avec l'une des plus grande Nation du Monde. La Chine, qui rejette définitivement et enfin, le spectre communiste dans les tréfonds de la triste mémoire humaine, s'allie avec notre allié Russe. Notre vénéré Président applaudit une alliance bienvenue et renouvèle ses voeux d'amitiés aux deux dirigeants. Une bonne nouvelle dans une région où l'impérialisme japonais retrouve alors ses glorieuses couleurs d'antan. Les États Unis ont fait part de leur inquiétude au Conseil des Nations Unies, à présent à demi vide comme l'a noté, sarcastique mais comme toujours spirituel, notre Grand Ministre des Affaires Étrangères. Les américains sont de toute façon bien trop pris dans leur marasme intérieur constitutionnel pour avoir un vrai poids sur la scène internationale, qui danse à présent une glorieuse danse des Nations. Sans eux. »
Le hall du Zanzibar était vide et un peu triste. On entendait plus la rumeur du quartier autrefois vivant et bigarré. Dans le petit salon, George écoutait Alicia lui faire la lecture du journal qu'elle s'obstinait à lire tous les jours. À la fin de sa lecture, elle le laissa tomber au milieu des autres et persifla :
- Ils ne connaissent plus d'autres champs lexical que celui de la Gloire… Persifla Alicia
- Comment on a pu en arriver là ? Murmura George, les yeux pleins de tristesse
Alicia le regarda, d'un air blasé et expliqua :
- On a accepté les petites concessions de liberté, sur l'autel de la sécurité, de la guerre contre le terrorisme… Puis on a accepté les plus grosses… On nous a habitué à la gradation dans l'escalade du fascisme. Pour que quand ils s'assument enfin au grand jour, la plupart des gens haussent les épaules en se sentant peu concernés…
George regarda sa filleule d'un air inquiet. Elle avait l'air fatigué, amaigri et triste. Ça faisait plusieurs semaines maintenant et elle semblait toujours aussi triste. Pas autant bien sûr que...
- Tu sais ce que ta soeur en pense ? Demanda George, inquiet
- Serena ne pense plus à grand chose, ces derniers temps…
- Il va bien falloir qu'elle sorte de cette chambre…
- Maman n'en est jamais sortie… Murmura à son tour Alicia, la gorge serrée en jetant un regard vers l'étage
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LES SCIENTIFIQUES CONFIRMENT L'EXISTENCE DU MULTIVERS ! AU MOINS UN AUTRE MONDE EXISTE EN PARALLÈLE DU NOTRE
« Le Conseil Scientifique Européen, avec l'assistance de plusieurs spécialistes russes, confirment l'existence d'un autre univers, existant en parallèle du nôtre. Nos prudents mais brillants scientifiques n'affirment rien concernant l'existence d'une simple planète ou alors d'un univers entier parallèle au nôtre. La prochaine question sera de savoir si il y a de la vie dans ce monde parallèle et si cette vie nous ressemblera. Encore une fois, l'Europe est le fer de lance des plus grandes découvertes de la Civilisation Humaine »
Un duo de jeunes femmes écoutait à présent Alicia faire sa lecture. Une fois qu'elle eut fini, Serena s'enfonça dans son fauteuil et se passa une main inquiète dans les cheveux.
- Je dois bien dire que je m'y attendais pas, à celle là
- Ils ont découvert l'Autre Monde.
Les deux sœurs se regardaient, inquiètes. Le Gouvernement Unique des États d'Europe Unis avait fait preuve, en seulement quelques semaines, de l'étendue du caractère dictatorial de sa politique. L'idée qu'ils aient pu découvrir un tout nouveau monde à exploiter n'était pas pour les rassurer. Perdues dans leurs inquiétudes, elles sursautèrent quand leur compagne fit un petit commentaire :
- Mais, c'est plutôt une bonne nouvelle non ?
- Tu trouves ? Demanda Serena d'une voix douce, en tournant son regard bleu vers elle.
La jeune femme était rousse, aux grands yeux dorés et enceinte jusqu'au dits yeux. Elle avait un air fragile et doux, qui contrastait avec l'air endurci des deux sœurs. Elle s'appelait Sarah, avait vécu toute sa vie dans le privilège et avait donc tendance à s'effondrer à la première difficulté. Alicia et Serena portaient donc un peu la mère de leur future petite sœur à bout de bras en plus du reste. L'idée de traverser la Porte à leur tour avait été discutée à nouveau et la nouvelle du jour faisait l'effet d'une bombe dans l'esprit des trois femmes.
- L'allusion aux Grandes Découvertes n'est pas de bonne augure. La dernière fois que l'Europe a fait une grande découverte, c'était l'Amérique. Et ils ont décimé toutes les populations locales… Précisa Alicia
- Mais ça vous permettrait de retrouver Edward et Alphonse… Dit alors Sarah, naïvement
Une étincelle douloureuse passa dans les grands yeux de Serena tandis qu'Alicia pinçait les lèvres. Elle précisa :
- Si on arrive avec une armée violente et belliqueuse sur les talons, je suis pas sûre qu'ils soient contents de nous voir arriver…
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LE GOUVERNEMENT UNIQUE RESTAURE LA MORALITÉ
« Une série de mesure a été annoncée ce soir par le Gouvernement Uni, une série de mesure que l'ensemble des familles et de personnes respectables attendaient avec impatience. Afin d'achever la restauration de l'Europe comme Civilisation Supérieure du Monde Moderne et alors que nous nous apprêtons à nous lancer dans la conquête d'un monde nouveau, il est absolument nécessaire de purger nos populations de la déviance et de la défaillance. Ainsi à parlé notre Glorieux Président avant d'annoncer une série de mesure que nous ne pouvons qu'approuver. Pour citer les plus majeures, nous notons la pénalisation de l'homosexualité masculine et féminine, ces abominables relations contre nature qui pullulaient dans notre société. Dans cette même dynamique, les relations interraciales seront également désapprouvées, les mariages mixtes ne seront plus célébrés. Les femmes ayant des enfants hors du mariage verront leur progéniture retirée à leur garde dès la naissance, pour être confiée à des institutions publiques où on leur enseignera la bonne morale et où ils pourront enfin être recueilli dans de bonne famille respectables qui ne sont pas bénis par la nature. »
Serena froissa le journal et le jeta de rage à l'autre bout de la pièce. Un silence de mort semblait avoir pris possession de l'hôtel. Sarah, toujours aussi enceinte, pleurait à chaude larme en se tordant les mains. George regardait dans le vide, comme figé et finit par partir sans dire un mot. Dans un filet de voix, Serena s'adressa à Sarah :
- Tu ne vas pas pouvoir accoucher à la maternité. Va falloir qu'on se débrouille autrement...
- Comment je vais faire… je ne veux pas qu'on me la retire… c'est mon bébé… mon bébé à moi et… à Erik… oh il faut qu'il revienne… oh il faut qu'il revienne…
Serena était trop épuisée psychiquement pour continuer à avoir de l'empathie dans l'immédiat. Elle aimait Sarah mais là tout de suite, rien ne pouvait l'énerver davantage que de la voir espérer le retour d'Erik Wolfe. Elle quitta la pièce et tomba sur George, qui semblait prostré. Elle s'approcha doucement de lui et posa une main sur son épaule :
- Ça va ?
- Oh… ils interdisent juste les relations entre hommes… il va juste falloir que je ne couche avec plus personne, ni que je ne tombe amoureux… ça me changera pas de mon habitude. Ne t'inquiète pas pour moi, mon ange...
- Oh, mon vieux… Murmura Serena
- C'est pas moi la priorité mon ange. La priorité c'est vous. Et la petite qui va naitre. Il faut qu'on se prépare à la recevoir dans des conditions bien différentes que celle qu'on imaginait.
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FERMETURE D'EDEN SCHOOL
« Il s'agit d'un crève coeur mais d'une décision nécessaire. Cette école formidable a formé de nombreux militaires, policiers et politiques ! Mais depuis quelques années, les fondateurs se sont affaiblis, ramollis, ils ont laissé entrer la gangrène dans cette glorieuse institution. Les fondateurs ont quitté les lieux il y a quelques jours, les élèves ont été répartis dans des écoles d'excellences »
Gabrielle fulminait, le visage rouge et les larmes aux yeux. Elle marmonnait :
- On peut pas laisser faire ça ! On peut pas...
La jeune femme faisait des allers-retours dans la chambre des filles. Serena la regardait et gardait le silence.
- Ils ont fermé l'école. Tu te rends compte ? Ils ont fermé l'école !
- Ils ont aussi rendu illégal l'homosexualité, Murmura Serena, avec un vague ton de reproche dans la voix
Outrée, Gabrielle se retourna d'un coup sec vers son amie et explosa :
- Oh ! Me fais pas le coup de me rappeler qu'on vit dans une dictature de merde ! Je lutte depuis des mois ! Des mois ! Et toi, tu...
- Ne crie pas !
Elle l'avait rappelée à l'ordre d'une voix ferme et sèche. Gabrielle sembla alors se dégonfler un peu et murmura :
- Pardon. J'oubliais...
- T'as bien de la chance, de pouvoir oublier...
Serena berçait une petite fille dans son tout petit lit. L'enfant s'obstinait à garder ses grands yeux dorés ouverts et semblait écouter. Les deux femmes essayaient de chuchoter donc depuis le début. Serena continua :
- J'ai eu des nouvelles de nos maitres. Ils sont dans la famille de Lio mais ne pensent pas y rester, ils se sentent surveillés. Je vais essayer de les faire venir ici.
- Maintenant, il faut qu'on entre tous dans la lutte armée. Tous les anciens d'Eden vont forcément nous rejoindre. C'est la goutte d'eau qui va faire déborder le vase
- T'es bien sûre de toi. Moi je suis une ancienne élève d'Eden et j'ai aucune intention de rejoindre la lutte armée
- Qu'est ce que tu veux dire ? S'étouffa Gabrielle
- La petite a déjà perdue sa mère. Je peux pas prendre plus de risque. Il faut quelqu'un qui s'occupe d'elle.
Un silence s'imposa. Gabrielle secouait la tête, rageuse. Serena dit alors :
- J'en ai parlé avec Alicia. On pense qu'il y a autre chose à faire…
- C'est à dire ?
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DE LA VIE CONFIRMÉE DANS LE MULTIVERS. LE GOUVERNEMENT PRÉPARE UNE EXPLORATION
« Tout à fait Thierry. Il nous faut reconnaitre que notre belle planète est à bout de souffle ! Un nouveau monde, proche et loin à la fois, nous promet une colonie de peuplement neuve, vierge ! De quoi recommencer d'un bon pas ! De fonder une civilisation dominante où nous serions les maitres ! Voilà ce que l'alliance de la Civilisation Dominante mérite ! »
La petite assemblée réunie dans le restaurant du Zanzibar regardait Alicia éteindre la télé. Elle se tourna vers eux et leur demanda :
- Vous en pensez quoi ?
- Les esprits qui travaillent au service du Gouvernement Unique sont brillants. Ils finiront forcément par trouver un moyen de passer la Porte. Espérons juste y parvenir avant eux et avoir l'opportunité de prévenir les gouvernements du Monde Alchimique. J'ai bon espoir.
L'homme parlait avec un bel accent italien et une belle confiance dans la voix. Il était petit, les traits burinés par le soleil et les mains abimés. C'était un physicien de renommée mondiale, qui avait gagné un Nobel de physique et dirigé des laboratoires importants. Mais son homosexualité le mettait à présent au ban de la société. C'était une de ses collègues, Hortense, qui avait réussit à le sortir d'Italie pour qu'ils puissent se réfugier dans un réseau clandestin. De connaissances en connaissances, ils avaient atterris au Zanzibar. Guccio et Hortense s'étaient penchés avec intérêt sur les travaux qu'avaient menés Serena et Edward et les avaient repris. Cela faisait presque 6 mois que les frères Elric avaient quitté leur monde, plongeant les sœurs Wolfe dans une sidération puis une dépression, très forte pour Serena. Si l'arrivée de Sarah était parvenue à lui redonner un peu de force, la naissance de Léna, malgré la mort de sa mère, l'avait transcendée. Alicia et Serena aimaient cette petite fille d'un amour inconditionnel et avaient naturellement étendu à elle les promesses qu'elles s'étaient faites : ne jamais se séparer, veiller les unes sur les autres. Et élever Léna dans un monde pareil, dans de telles conditions, leur semblait impossible. Léna grandirait libre. Il faudrait donc fuir, raison pour laquelle Serena avait demandé à Gabrielle si il y avait des rebelles qui seraient intéressés pour les aider. Dans un premier temps, Gabrielle avait été outrée par l'idée de Serena :
- On ne quitta pas le champ de bataille tant que le combat n'est pas finie !
- Ça se sent, que t'as fait l'armée toi... Grinça Serena
- Tu peux pas renoncer ! Pas toi ! Vivre Libre ou Mourir, Serena ! Tu te souviens ? Cette statue qu'on a vu à Paris !
Serena eut un soupir exaspéré et répondit :
- Vivre Libre ou Mourir. C'est exactement ce que je suis en train de te dire. Soit on part avec une chance de vivre libre soit on meurt.
- C'est pas DU TOUT ce que je voulais dire par là !
- Je me doute mais... J'ai pas demandé à mener cette guerre ! Je peux pas me permettre de faire comme toi et de me jeter à corps perdu dans la bataille, d'essayer de sauver ce monde de toutes mes forces. Mais je peux pas. Ils sont des millions, ils ont tous les moyens possibles et imaginables et nous, on est une petite poignée. J'ai deux petites sœurs à protéger. Léna a déjà perdue sa mère parce que Sarah n'a pas pu accoucher en toute sécurité. Je les mettrai pas en danger pour la salut de la Patrie.
- Et pour la Liberté ?
- Je peux pas prendre le risque de mourir pour une idée, Gab. C'est complètement con, de mourir pour une idée.
Énervée mais loyale, Gabrielle avait fait converger une belle petite troupe vers le Zanzibar. Un véritable réseau avait pris forme à travers l'Europe et une petite centaine de personnes s'étaient portées candidates à la fuite. Guccio et Hortense, les têtes de projets, étaient optimistes sur la possibilité d'accomplir cet exploit mais rappelaient que des conditions bien spécifiques devaient être réunies.
- Par moment, le tissu entre nos deux univers devient plus fin. Pour faire simple, c'est sans doute dû à des événements stellaires de grandes importances, qui doivent avoir lieu de chaque côté des deux mondes. Si le tissu est suffisamment fin, il suffit d'un rien pour le déchirer et ouvrir la Porte. Nous pourrons utiliser un générateur de photon par exemple. Ou encore mieux, ta noétique... Si tu peux produire une déflagration noétique suffisamment puissante, une faille s'ouvrira et il suffira de passer au travers.
Après quelques recherches, Serena comprit que c'était ce qui s'était passé pour les frères Elric, quelques mois auparavant. Les conditions étaient réunis sans qu'ils le sachent et ils avaient dû ouvrir une faille sans forcément s'y attendre. Et ne sachant pas combien de temps elle allait rester ouverte, ils s'y étaient engouffrés sans les attendre.
- Quelque part, ça me rassure de savoir ça...
Alicia murmurait en essayant d'endormir sa toute petite sœur pendant que Serena lui partageait cette explication. La cadette continua :
- De savoir qu'ils ont pas anticipé leur fuite, qu'ils ont pas complotés dans notre dos pour nous abandonner. Ça me rassure. On a quand même vécu quelque chose de réel.
- Moi, je trouve que ça change rien...
Surprise, Alicia regarda sa sœur et fut à nouveau frappé de la voir si changée par rapport à il y a quelques mois. Elle était maigre, pâle et triste. Indubitablement triste. La frénésie autour de la fuite qui l'habitait la plupart du temps faisait illusion mais quand elle se posait comme dans ce genre de moment, on devinait encore la profonde détresse qui habitait toujours son cœur.
- Ils auraient pu ne pas y aller. Ils auraient pu choisir de ne pas traverser. De nous attendre. Ensemble, on aurait pu comprendre et fuir à la prochaine faille. Ensemble
- Avec des si... Imagine si on avait réussi à fuir avec eux. On aurait pas eu Léna
- Ne me fais pas dire ce que j'ai pas dit. Je suis infiniment reconnaissante pour Léna. Mais en aucun cas ça ne signifie que je peux cesser de leur en vouloir pour ce qu'ils ont fait
- Tu les détestes ? Demanda Alicia après un silence
- Non. Je les aime toujours. C'est ça, le pire.
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UN CONTACT ÉTABLI
« Un contact semble avoir été établi par notre Glorieux Gouvernement et l'Autre Monde. Des gouvernements de pays nommés Amestris et Xing ont pu entrer en contact avec le Glorieux Gouvernement des Etats d'Europe Unis et de celui de notre allié de l'Empire Eternel Japonais. Face à nos offres de paix civilisatrice, ils n'ont répondu que par le mépris. Une réponse est attendue prochainement de la part de notre Glorieux Président. Les observateurs pensent que dans sa grande sagesse, il prépare un plan de pacification armée, afin de permettre à notre Glorieuse Civilisation Supérieure de s'imposer dans un Monde nouveau, auquel elle a droit »
Le journal voleta dans la brise du soir et alla s'écraser contre un mur. Bêtement, Serena parcouru l'article, comme par réflexe. N'y tenant plus, elle finit par vomir sur le papier. En se redressant, elle aperçut quelques étoiles à travers la pollution du ciel. Elle avait tellement aimé regarder les étoiles d'Eden School. Il y en avait des milliers. Et Gabrielle ne pourrait plus jamais les contempler. Gabrielle était morte, abattue, lâchement, d'une balle dans le dos. Serena l'avait trouvée, les yeux écarquillés, baignant dans une mare de son propre sang. Tellement de sang. Il y avait tellement de sang, dans un corps humain qui saigne. Ça l'avait déjà heurtée quand Sarah était morte. Mais là, c'était pire. Bien pire. Complètement absurde. Le monde malade ne s'arrêtait pas de tourner parce que Gabrielle était morte. Ce monde n'allait pas mieux parce que Gabrielle était morte. Ça ne servait à rien. Ça n'avait aucun sens. Les gens que Serena avait perdu étaient morts pour une raison. Sa mère était morte parce que son mari l'avait abandonnée. Sa grand mère était morte parce qu'épuisée par la vie. Laurie était morte parce qu'elle avait voulu bâtir quelque chose pour aider les enfants comme elle et y était parvenue. Il y avait eu quelque chose auquel se rattraper pour ceux qui restaient. Un sens. Une histoire à raconter, une conclusion logique. Il n'y en avait pas pour Gabrielle. Elle s'était battu contre des moulins à vent, en était morte et les moulins tournaient toujours. Implacablement. Rien n'avait de sens.
Le téléphone de Serena vibra doucement. Alicia l'appelait. Il fallait rentrer. Se redresser. Encore et toujours. Reconstruire inlassablement. Malgré les coups, malgré les cœurs brisés, il fallait continuer. Des gens comptaient sur elle, avaient besoin d'elle. Si elle ne restait pas debout, les gens qui avaient tué sa meilleure amie s'en prendraient à ses sœurs. Une haine solide grossit dans le cœur de la jeune femme. C'était peut être ça, le leg de Gabrielle à Serena, le sens à mettre derrière sa mort. Ne jamais se laisser abattre. Continuer à se débattre jusqu'à ce que les gens qui les avaient poussés dans leurs retranchements maudissent le jour où ils étaient venus au monde. Maudissent le jour où ils avaient croisé sa route à elle. Elle les ferait tous tomber. Mais depuis l'autre côté de la Porte. Depuis le Monde Alchimique, une fois que les gens qu'elle aimait plus qu'elle même serait en sécurité, elle ferait tout ce qui est en son pouvoir pour les faire tomber.
