Chapitre trois : Vivre Libre ou Mourir
Serena entra dans la pièce. Cela faisait des jours qu'elle et ses sœurs étaient arrivées dans ce monde. Les expatriés avaient été parqués dans l'ancien troisième laboratoire d'alchimie, en attendant que le gouvernement et le parlement ne décident quoi faire d'eux. Au fond, ils comprenaient tous. Les contacts que les autorités avaient eu avec l'Autre Côté étaient belliqueux, menaçants. Accorder un blanc seing à une centaine de ressortissants qui en venaient, ça aurait été d'une naïveté qui aurait toucher à la bêtise.
Les expatriés étaient bien traités. Les militaires qui les gardaient leur avaient fourni tout le nécessaire pour leur confort et même quelques effets supplémentaires, notamment pour les enfants. En ce moment même, il y avait un alchimiste immense (et bizarrement torse nu) qui s'activait pour rendre le bâtiment plus confortable. Serena l'avait observé avec fascination alors qu'il travaillait, jusqu'à ce qu'un militaire vienne la chercher. C'était à son tour, bizarrement, d'être interrogée. Elle était la cinquième à l'être formellement, en trois jours. Elle regarda autour d'elle. Ça ressemblait à une salle d'interrogatoire de série policière, avec une vitre sans tain. Elle soupira.
- Certaines choses restent les mêmes.
Peu importe le côté de la porte, on voulait observer les suspects qu'on interrogeait. Est ce que c'est ce qu'elle était, pour eux ? Une ressortissante d'un monde menaçant, donc suspecte ? Sagement, comme pour montrer sa bonne volonté, elle s'assit à la place de l'interrogée et s'observa, dans la vitre du miroir sans tain. Elle était dans un triste état. Déjà, elle était plus maigre. Elle était ressortie d'Eden remarquablement musclée. Et puis, les deux ans passés à l'hôtel, dans une relative nonchalance, lui avait fait un peu fondre ses muscles pour quelques rondeurs bien placées. On grossit toujours un peu quand on est amoureuse, lui avait dit George. Elle se passa le doigt sur le visage. Elle avait maigri maintenant. Pas autant que quand elle était sorti du coma mais quand même. Elle n'avait pas mangé grand chose alors qu'elle était clouée au lit. Et par la suite non plus, elle n'avait pas eu grand appétit. Ses pommettes étaient un peu plus saillantes et on voyait encore davantage ses yeux, qui semblaient presque trop grand pour son visage. Et ses cheveux pendaient un peu tristement de chaque côté de ce dit visage. L'éclat bleu nuit qu'ils pouvaient avoir s'était comme éteint. Elle fronça les sourcils. Elle se trouvait terne. Fatiguée. Et pour la première fois depuis longtemps, ça la dérangea.
Elle fut sortie de ses pensées par l'entrée de deux militaires. Un homme et une femme. Elle les observa. La femme était grande, blonde. Elle dégageait une impression de puissance et de confiance. Son regard bleu était glacé. L'homme semblait légèrement plus jeune. Il était très brun, aux yeux très noirs. Il lui inspirait plus de confiance, plus de chaleur, comme un feu de cheminé. Sans dire un mot, ils s'assirent en face d'elle et la regardèrent. La femme semblait déterminée à lui faire baisser les yeux. Mais il en fallait beaucoup à Serena pour qu'elle détourne le regard. La femme eut alors un sourire et demanda :
- Caractérielle ?
- C'est ce que ma mère disait de moi.
La femme eut un sourire amusé et elle continua :
- Bien… Nous avons interrogé plusieurs de vos… compatriotes ces derniers jours. Ils nous ont fait une présentation complète de l'état dans lequel se trouve votre monde actuellement.
- C'est pas glorieux. Se contenta de répondre Serena, sans baisser les yeux
- Ils nous ont décrits un monde qui se centralisent autour de quelques vastes états dictatoriaux. Ils auraient pour intention de venir dans notre monde, dans le but de nous envahir et de transformer ce monde en une vaste colonie d'habitation pour leurs propres populations.
Serena croisa les mains devant elle et hocha la tête, pour dire :
- La planète est à bout de souffle. Le climat est déréglé. La population est trop importante. Il commence à y avoir un problème de ressources flagrant. Venir ici, c'est pouvoir tout recommencer à zéro. Envahir, importer leurs civilisations, imposer leurs populations. Les gouvernements des états dominants ont une longue tradition de colonisation. C'est ce qu'ils savent faire de mieux
Les deux militaires la regardèrent, surpris. C'était sans doute la première fois qu'on leur justifiait calmement une telle chose. L'homme fronça alors les sourcils et dit :
- Ils ont conscience de tout ça et plutôt que de chercher une solution, ils préfèrent exterminer toute une population pour ne pas avoir à y penser ?
Il semblait profondément outré. Serena sourit et dit :
- Il arrive un moment où on est tous amené à faire le choix entre le bien et la facilité. Ils ont fait leur choix. Et c'est pas celui du bien…
Elle haussa les épaules et la femme s'adressa à elle :
- Avez vous été amené à faire ce choix ?
- Oui. Je suis pas sûre d'avoir fait le bon.
- Vraiment ?
- Je suis venue ici. Était-ce le choix du bien ou de la facilité ?
La femme sourit. Décidément, cette jeune fille lui plaisait. L'homme se pencha à nouveau et revint sur le sujet :
- Vos gouvernements… Ils considèrent plus facile d'envahir un monde qui risque de ne pas se laisser faire plutôt que de chercher à régler les problèmes dont vous nous avez parlé ?
- Bien sûr. C'est une fuite en avant. C'est plus simple que de régler des problèmes dont je suis sûre qu'on vous a expliqué qu'ils étaient profonds. Et puis, ça leur permet de faire la guerre.
Serena sourit et ajouta :
- Je suis sûre que vous comprenez ça mais on peut tout imposer à sa population sous le prétexte de la guerre.
- Qu'est ce qui vous fait dire qu'on peut comprendre une chose pareille ? Demanda l'homme en fronçant les sourcils
Vous étiez une dictature militaire non, il y a pas encore si longtemps ?
Le silence s'étira pendant quelques secondes alors que l'homme et la femme regardaient Serena. Elle reprit la parole :
- Allons, soyons honnête les uns avec les autres. Si vous m'avez convoquée si tôt, alors qu'il reste toute une fournée de scientifiques, de journalistes et de politiques à interroger, c'est que vous savez que j'ai été en contact avec des ressortissants de chez vous par le passé. Vous voulez savoir à quel point je sais des choses sur vous.
- Donc vous êtes caractérielle et intelligente ? Demanda la femme, en croisant les mains devant son visage, sans doute pour cacher son sourire
- Ça, c'est ce que mon père disait de moi.
La femme éclata de rire et dit :
- Je suis Olivier Mira Armstrong. Et l'abruti à côté de moi, c'est Roy Mustang. Nous sommes tous les deux généraux de l'armée d'Amestris
- Mustang… S'étonna doucement Serena
Elle regarda l'homme. C'était donc lui en qui Edward et Alphonse avaient tant confiance pour reconstruire ce monde. Celui qui avait été forcé d'accomplir une transmutation humaine pour ouvrir la Porte. Il continuait de la regarder et lui demanda :
- Vous me connaissez ?
- De nom. Je croyais que vous étiez colonel.
- J'ai eu de l'avancement.
- Au grand regret de tout le monde. Commenta Armstrong.
Mustang lui jeta un regard de biais. Il ne semblait pas tant amusé que ça par la remarque mais n'en fit pas cas. Il dit :
- On nous a dit que vous aviez réuni autour de vous plusieurs résistants et que l'idée de traverser la Porte pour venir ici était votre idée ainsi que celle de votre soeur.
- Venir ici, à la base, c'était l'idée des ressortissants dont on a parlé. Ils voulaient rentrer chez eux et pourquoi pas nous emmener avec eux. L'idée est restée malgré tout.
- Et ils ne l'ont pas fait ? Vous amener avec eux ?
- Vous avez du constater quand ils sont revenus qu'ils n'étaient que tout les deux.
-Il y a des millions d'habitants dans ce pays. Qu'est ce qui vous fait penser qu'on a remarqué l'absence de deux garçons ? Demanda Armstrong, cachant toujours son sourire derrière ses mains
- L'un d'entre eux était des vôtres non ? Militaire. Alchimiste d'État. Quand un type pareil disparait pendant deux ans et réapparait d'un coup, on lui pose sans doute des questions. Après, il est tout à fait possible qu'il ne vous ai pas parlé de nous. J'ose espérer qu'il était pas fier.
Les deux militaires remarquèrent alors l'éclat profondément douloureux dans les yeux de la jeune femme. Mustang fronça les sourcils et laissa Armstrong continuer à poser les questions.
- Vous avez donc appliqué la même technique que les frères Elric pour venir ici ?
- Non. Ils ont eu de la chance manifestement. Ils sont tombés au bon moment et au bon endroit. Il nous a fallut plus d'efforts pour ouvrir la Porte et aussi attendre les bonnes conditions. Vous avez interrogé Hortense. C'était l'une des têtes pensantes du projet, avec Guccio. Vous devez donc aussi savoir qu'il est resté de l'Autre Côté pour fermer la brèche. Vous n'en apprendrez rien de plus en m'interrogeant. Sans eux, ma soeur et moi aurions du attendre longtemps avant de pouvoir ouvrir la Porte, si tant est qu'on y serait jamais parvenu. Nous, on s'est contenté de réunir les gens autour de cette idée de traverser la Porte. Certains avaient déjà eu cette idée d'ailleurs, étant donné que le Gouvernement Unique avait informé la population de votre existence. Notre rôle n'était pas si important que ça au final. On s'est contenté de leur donner confiance en ce projet en racontant qu'on avait bon espoir qu'il y ait de meilleures conditions de vie ici.
- Et d'où teniez vous cet espoir ? Demanda Mustang
- Alphonse et Edward avaient espoir qu'avec vous parmi les têtes dirigeantes du pays… ça ne pourrait qu'aller dans la bonne direction.
Mustang cligna des yeux et sembla touché par ce que venait de dire Serena. Armstrong se renfrogna légèrement et dit :
- Cet espoir était malgré tout bien maigre… Basé sur les propos de deux hommes qui, manifestement, vous ont abandonnés derrière eux.
- C'était quoi, l'alternative ? On vous a peut être pas bien expliqué ce que c'est, de vivre de l'Autre Côté…
Elle était blessée par la remarque d'Armstrong, qui embraya immédiatement :
- Vous auriez pu lutter pour améliorer les choses. Vous ne semblez pas dépourvu de force et de caractère…
- J'aurai pu. J'aurai peut être du. Vivre Libre ou Mourir…
Elle répétait la devise, qu'elle avait vu au côté de Gabrielle, sur une statue en France. Et que Gabrielle avait fait sienne, si fort. Elle qui avait lutté, qui en était morte. Serena se contenta de dire :
- Vivre Libre ou Mourir. Je ne pouvais pas mourir. J'ai des gens à protéger. J'ai mes soeurs à protéger. Alors j'ai choisi de vivre libre et ça, ça nécessitait de partir. Mais…
Elle se pencha sur la table et regardant Olivier Mira dans les yeux, elle affirma :
- Si vous, votre armée ou votre gouvernement, pouvez me garantir que mes soeurs sont en sécurité et qu'elles sont libres, je lutterai.
- Pour nous ? Contre votre propre monde ?
- Bien sûr
- Comment suis-je censé faire confiance à quelqu'un qui se retourne contre son pays ? Son foyer ? Demanda Armstrong, la voix dure
- Mon foyer, c'est là où sont mes soeurs. Ma maison, c'est elles. Et mon pays…
Elle prit une grande respiration et dit :
- Dans la déclaration des droits de l'homme, qui étaient censée être un phare dans la nuit, il est inscrit qu'il y a quatre droits de l'homme qui sont sacrés. Il s'agit de la liberté, de la sûreté, de la propriété et de la résistance à l'oppression.
Elle prit une pause et continua :
- La résistance à l'oppression, ça a l'air de rien mais c'est peut-être le plus important des quatre parce qu'il détermine l'accès aux trois autres. Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.
Un silence tomba sur la pièce et les deux militaires virent le feu dans le regard de Serena. Elle ajouta encore :
- Le peuple ne devrait pas avoir peur du gouvernement. Le gouvernement devrait avoir peur du peuple. Chaque tyran frappe encore encore et encore, il cherche à inspirer la peur parce qu'il sait, qu'un jour, parmi ses trop nombreuses victimes, il y en aura plusieurs qui finiront par se lever et frapper en retour. J'ai aucun scrupule à les frapper. Aucun. Protégez mes soeurs, donnez moi les moyens de les frapper et je le ferai. Pour vous défendre. Pour les faire tomber. Je m'engage à le faire.
- Bien. Voilà qui est parfait.
*O*
Le Président de la République et son gouvernement firent alors l'annonce de l'arrivée des expatriés à la population. On leur fit un exposé précis du profil de chacun d'entre eux, afin de les présenter aux citoyens et d'expliquer les raisons de leur fuite. Après un premier réflexe d'inquiétude, la population générale fut prit d'un élan de charité pour eux. Plusieurs institutions naquirent assez rapidement. La première fut le Cabinet des Représentants pour représenter, auprès du gouvernement et du parlement, les expatriés. Il n'y eut pas de candidature, on demanda à chacun de voter pour celui ou celle qu'il pensait le plus apte. Celui qui arriva en tête fut le syndicaliste Francis Clavier, d'une courte tête. La deuxième arrivée, à sa grande surprise, fut Alicia. Sa sœur ne fut pas surprise. Alicia avait passé l'essentiel de son temps à rassurer tout le monde et s'était fait un devoir de connaître tout le monde, de s'intéresser à leurs histoires. Serena connaissait la bonté, la sincérité mais aussi le talent de sa sœur pour les arts oratoires. Elle avait convaincu sans essayer. Alicia devint donc la Première Sous Représentante du Cabinet des Expatriés et prit, à 19 ans, de lourdes responsabilités.
Le gouvernement d'Amestris demanda aussi que les très nombreux scientifiques se réunissent pour établir une somme la plus complète possible des connaissances de l'Autre Côté. C'était l'oeuvre d'une vie, ils s'y mirent donc rapidement. Quelques anciens journalistes et politiques furent aussi sommer, par le Conseil Scientifique lui même, de former un comité d'éthique, dont l'objectif serait de réfléchir aux progrès et aux techniques qu'il fallait ou non importer dans ce monde. Il était aussi du rôle de ce comité d'éthique de vulgariser et d'expliquer ces notions à la Population d'Amestris. La dernière institution qui naquit naturellement fut la Bibliothèque des Expatriés. L'ensemble des œuvres qui avaient été ramenées depuis l'Autre Côté y furent déposés et les expatriés entreprirent de les copier, de les protéger et de les diffuser, avec si besoin, une mise en contexte. Ce fut cette institution qui eut le plus de succès dans l'immédiat, attirant la fascination des citoyens d'Amestris. Assez rapidement, on vit apparaître des influences culturelles clairement issues de l'Autre Côté, notamment dans l'architecture.
Les sœurs Wolfe s'installèrent dans une résidence flambant neuve de Central, dans un bel appartement qui avait été attribué à Alicia, au nom de sa nouvelle fonction. La cadette était bien occupée et Serena se trouva un peu désemparée. Après des mois de lutte et de souffrance, la paix lui était étrange. Elle passait beaucoup de temps auprès de Lio, dont elle s'était encore rapprochée pendant la Fuite. Son maitre la soutenait le mieux possible, notamment en s'occupant de Léna. Lio avait enfin révélé à Serena qu'elle aussi avait vu la Vérité, dans une expérience qu'elle avait faite étant plus jeune, afin de guérir de sa stérilité. Son élève, de son côté, lui avait fait part de cette blessure intime, douloureuse encore. Serena lui raconta sa crainte primaire de l'amour, son appréhension de finir comme sa mère, son besoin de mettre des barrières tout le temps. Et l'arrivée d'Edward Elric dans sa vie, qui l'avait convaincue de tout abandonner pour avoir la chance de vivre quelque chose d'incroyable à ses côtés. Et le vide qu'il y avait en elle depuis qu'il l'avait quittée, contre lequel elle essayait de lutter depuis des mois. Le fait d'être à Amestris, où Edward était une légende vivante, ne lui était pas des plus simples. Lio l'écoutait, la soutenait et la poussait à, elle aussi, se trouver une vocation, une place. Mais Serena ne savait pas quoi faire. Elle pensait à court terme depuis des mois et n'arrivait pas à se projeter dans un monde qu'elle ne connaissait pas. Elle oubliait toutefois qu'elle avait déjà fait une promesse. Roy Mustang, lui, ne l'avait pas oubliée et un jour, le Général se présenta chez elle pour la lui rappeler.
*O*
Serena regardait le militaire, dans son uniforme bleu, assis en face d'elle l'air serein. Calmement, elle lui demanda :
- Que souhaitez vous que je fasse ? Vous avez l'intention de m'enrôler ?
- Vous le feriez ? Devenir soldat ?
- Vous l'avez dit, vous avez rempli votre part du contrat. Mes sœurs sont libres et en sécurité. A moi de remplir la mienne.
- Vous, simple soldat, ça serait du talent de gâché. Affirma Roy avec un demi sourire.
- A quoi pensez vous alors ?
- Que penseriez vous de devenir Alchimiste d'État ?
Serena cligna des yeux et pensa immédiatement à l'évidence.
- Comme…
- Comme LUI, oui. Même si il ne l'est plus, officiellement
Serena allait poser des questions quand sa soeur entra dans l'appartement. Mustang lui sourit et se présenta :
- Madame la Sous Représentante ! C'est un honneur !
- Si vous le dites. Vous êtes ?
- Je suis le Général de Brigade Roy Mustang, Alchimiste de Flamme.
- Oh, vous n'étiez pas devenu aveugle ? S'exclama alors Alicia, avec un joli sourire empathique
- Et bien… si mais comme vous le constatez, c'est réglé. J'ai à nouveau des yeux pour voir, Lui Dit il en souriant, charmeur
Serena leva un sourcil, se demandant si ce type était sérieux quand il draguait sa soeur tout juste majeure. Alicia ne se démonta pas et lui dit :
- Voilà qui est pratique. J'ai interrompu une discussion ?
- Je proposai à votre soeur de devenir Alchimiste.
- Oh ! Comme…
- Oui, comme eux. Même si, je me répète, ils ne sont pas - ou plus - Alchimiste d'État
- Que s'est il passé ?
- Et bien le fait de disparaitre pendant deux ans n'a pas aidé. Pendant leur absence, la Générale de Brigade Armstrong a réformé le système des Alchimistes d'État. Ceux qui l'étaient avant cette refonte devaient se présenter aux forces armées ou au gouvernement pour manifester leur souhait de le rester. Les frères Elric ne l'ont pas fait, même après être revenu. Ils sont parti à l'étranger
- A l'étranger ?
- Alphonse est à Xing, si mes renseignements sont exacts. Un pays à l'est. Edward lui, est à Creta en ce moment, à l'Ouest. Ils étudient l'alchimie de ces pays chacun de leur côté
- Donc ils partent pour retrouver leur foyer et une fois qu'ils y sont, ils décident de repartir… S'étonna Alicia, avec un rire nerveux
- Ça valait bien la peine… Grommela Serena, en regardant par terre
- Toujours est il que ça nous arrange bien. Si vous voulez devenir Alchimiste d'État, ça ne rentrera pas en ligne de compte. Ils ne sont plus là, vous ne risquez pas de les croiser. En tout cas, pas dans l'immédiat
- Si je deviens Alchimiste d'État, je devrais donc travailler pour l'armée ? Demanda Serena
- Oui.
- Je serai donc un chien de l'armée ? Demanda la jeune femme, en se souvenant de l'expression d'Ed
- Plus vraiment. Comme je vous l'ai dit, la Générale Armstrong a refondé le système. A présent, nous fonctionnons en ordre. Il y en a trois : les chercheurs, les praticiens et les premiums
- Ça consiste en quoi ?
- Les chercheurs portent bien leur nom. Ils se concentrent sur leurs recherches mais peuvent être amené à intervenir sur le terrain, dans le cas où leurs recherches s'y appliquent. Les missions ne sont jamais du maintien de l'ordre ou de la lutte armée. Cela, c'est les praticiens qui s'en occupent. Parfois, les ordres collaborent entre eux. On peut par exemple attribuer un chercheur à un praticien ou à un premium.
- Et les premiums justement ?
- Ils font les deux. C'est un ordre d'élite, qui ne peut qu'être proposé en fin de formation et non pas choisi par le candidat. Les Premium sont les alchimistes les plus talentueux, dont on ne peut se passer pour faire avancer notre Science mais qui sont trop puissants pour ne pas être employés sur le terrain.
- Et vous ? Vous appartenez à quel ordre ? Demanda Alicia
- Premium. Evidemment, Répondit il avec un sourire charmeur
Serena haussa encore les sourcils et s'empressa de continuer :
- Comment on devient alchimiste ? Je n'ai quasiment aucune idée de ce que c'est, il faudra tout que j'apprenne
- Ça te changera… Marmonna Alicia
- Il y a un cycle de formation national. L'école d'alchimie élémentaire consiste en une formation en sciences générales, sciences dures et sciences humaines également. Cette première formation dure entre 6 mois et 2 ans et elle se conclue par un examen des savoirs. Elle n'est pas obligatoire, ceux qui ont un savoir suffisant pour passer l'examen primaire peuvent s'en passer. Il me semble que c'est votre cas. Vous avez vu la Vérité, de votre côté. N'est ce pas ?
Serena ne répondit pas, elle se contenta de le fixer.
- Une fois obtenu, vous passerez par l'école d'alchimie secondaire, où différents maitres vous apprendront les lois et la pratique de l'alchimie. Cette formation dure entre 1 et 5 ans, selon les élèves. Nous venons d'ailleurs d'intégrer votre premier Maitre, Maël à cette école
- Quoi ?
- Vraiment ?
- Nous avions besoin d'un homme tel que lui. Il a beaucoup plu à la directrice des écoles.
Un silence suivit cette affirmation. Alicia eut un sourire. Maël serait parfait, elle était ravie qu'il puisse continuer à enseigner. Serena demanda alors :
- Et après ?
- Après, quand les maitres estiment qu'un élève est prêt, ils le proposent à l'examen secondaire. Si il l'obtient, il doit choisir entre les ordres de chercheur et de praticien. Les plus doués se voient proposés l'ordre des Premium. Par la suite, ils partent en apprentissage. Les chercheurs rejoignent une équipe de recherches dans une des maisons d'Alchimie des cinq métropoles du pays. Ils ont une limite de deux ans pour présenter le résultat de leur recherche. Les praticiens eux se voient attribué un maitre, qu'ils suivent aussi pendant deux ans maximum. Quand ils se sentent près, ils doivent accomplir une mission à bien. Pour les Premium, c'est une combinaison des deux sauf que leur maitre doit absolument être un alchimiste Premium lui-même. Si tout se passe bien, ils deviennent alchimiste d'État et commencent leur pratique en toute autonomie.
- Donc je pourrai devenir Alchimiste d'État d'ici deux ans ?
- Si vous vous montrez exceptionnellement douée, oui. On estime qu'en moyenne, il en faut 4
- Vous avez proposé la formation à d'autres expatriés ?
- Vous êtes la première. Mais d'autres ont manifesté le souhait de devenir Alchimiste d'État. Un certain Malo Gardner souhaite devenir alchimiste-médecin si j'ai tout bien compris
- Malo Gardner ? Interrogea Serena en regardant sa soeur
- Un grand métisse. Il lui manquait un bras. Ils viennent de lui poser un automail je crois
- C'est cela. Une certaine Sayuri aussi
- Sayu ? Vraiment ? S'exclamèrent les deux sœurs, en repensant à la petite japonaise timide qu'elles avaient rencontré à la bibliothèque et qui était restée avec elles pendant leur captivité temporaire.
- Une jeune fille très douée, qui a fait forte impression à la Générale Armstrong et au Colonel son frère. Elle va devoir passer par l'école primaire, n'ayant pas votre degré extrême de connaissance.
- Je vais y réfléchir…
- Faites vite. L'examen primaire pour accéder à l'école d'alchimie approche
Serena hocha la tête. Alicia, comprenant que cette discussion était finie, enchaina sur un sujet qui l'intéressait :
- Permettez moi de vous poser une question, Général Mustang
- Je vous en prie, appelez moi Roy
- Non, elle va vous appeler Général et vous allez l'appeler Madame la Sous Représentante et ça ira très bien, Grogna Serena
- Il y a une grande différence entre Générale de Division et Général de Brigade ? Demanda Alicia, en ignorant l'intervention de sa grande sœur
- Il y a un rang. Général de Brigade, puis Général de Division qu'on appelle plus simplement Général tout court. Ensuite vient le Général des Armées, bien que personne n'ait ce grade à l'heure actuelle... Puis le Généralissime, qui dirige le tout. Ce dernier titre est appelé à s'éteindre avec la mort ou la retraite de son actuel porteur
- Pourquoi ?
- C'est une survivance de l'Ancien Régime. Pour faire la transition sans trop de perturbation. Le titre le plus important sera donc Général des Armées, après la fin de carrière du Généralissime Grumann. Celui qui sera nommé à ce poste dirigera donc l'armée à son départ.
- C'est donc Olivier Mira Armstrong qui est en bonne posture pour prendre la tête de l'armée d'Amestris. Étant donnée qu'elle est la plus haute gradée après le Généralissime.
Pour le moment oui.
- J'ai cru comprendre que c'était votre objectif, d'atteindre cette place… Dit Alors Alicia
- Vous avez bien compris, Dit Roy avec un sourire charmeur
- Et donc, la Générale de Division est votre rivale ? Demanda Alicia sans se laisser perturber
- Tout à fait. J'ai l'avantage d'avoir une longue relation de mentor à élève avec le généralissime Grumann. Il a clairement l'intention de me soutenir pour prendre sa suite mais son simple appui ne suffira pas
- C'est donc pour ça que vous cherchez à nous aider. Politiquement, vous mettre du côté des Expatriés, faire en sorte que nous puissions rejoindre certains corps d'élite… C'est vous devoir une faveur que vous nous réclamerez le moment venu… Juste pour que ça soit clair entre nous… Roy… Dit Alicia avec un sourire
Roy regarda Alicia avec un regard neuf et eut un sourire nouveau. Alicia ne payait pas de mine, derrière le caractère enflammé de sa grande sœur. Mais il se rendait compte de l'étendue de son intelligence, mais aussi du fait qu'elle n'était pas dépourvue de caractère non plus. Il lui répondit en toute honnêteté.
- En partie seulement
- Et quelle est l'autre partie ?
- Mes convictions personnelles. Je pense très sincèrement et en toute honnêteté que votre soeur serait un atout formidable pour l'Ordre des Alchimistes d'État. Ensuite, je considère les Expatriés comme des personnes courageuses, ayant fuits l'oppression. Si je me positionne en faveur de leur intégration à notre société, c'est parce que je crois très sincèrement que c'est la bonne chose à faire. C'est le choix du Bien, pas de la facilité.
