Chapitre quatre : Alchimistes d'État
Alicia écoutait sa sœur lui raconter la promesse qu'elle avait fait aux généraux Armstrong et Mustang.
- Tu peux pas t'en empêcher hein..
- De quoi tu parles ?
- C'est toujours la même discussion qui revient. Depuis que t'es sortie du coma. Tu dois arrêter de prendre toutes les responsabilités sur toi. T'es notre grande sœur, pas notre mère. Tu dois arrêter de vouloir te sacrifier pour notre bien. Je suis capable de m'en sortir toute seule !
Serena ne dit rien à ce sujet. Sa promesse originelle, celle de protéger sa petite sœur, lui restait quand même sur le cœur. Tant pis si Alicia n'était pas d'accord. Elle le lui devait.
- En attendant, ça me dit bien. De devenir Alchimiste d'État
- Sans blague. Ironisa Alicia
- Tu m'en crois pas capable ? Demanda Serena, légèrement vexée
- Je te crois capable de faire ce que tu veux. Devenir Alchimiste d'État, c'est faire partie de l'armée. Je pense l'institution bien plus saine qu'auparavant et évidemment bien plus saine que celle qu'on avait chez nous. Mais ça reste l'armée.
- J'ai jamais caché que l'idée de l'armée me plaisait. Il doit y avoir des gens sur le front, qui prennent des risques et se salissent les mains pour que le reste de la population n'ait pas à le faire.
- C'est tellement toi ça ! C'est ce qu'on était en train de dire ! T'as pas à faire ça !
- C'est peut être dans mon caractère, va savoir.
Alicia la regarda, l'air agacé. Elle dit :
- Et c'est pas un moyen de te rapprocher de lui ?
- De quoi tu parles ? Demanda Serena, en connaissant la réponse par avance
- Te rapprocher d'Edward... Répondit Alicia, implacable
- N'importe quoi. T'as entendu Mustang. Il est à l'étranger.
Serena avait senti une petite masse apparaître dans sa poitrine et faire pression sur son cœur. Avec le temps, elle apprenait que les poètes n'en avaient pas trop fait en parlant de cœur brisé. Elle avait très régulièrement mal dans la poitrine quand elle pensait à lui.
- C'est un moyen inconscient. Devenir alchimiste, quelque part, c'est te rapprocher de lui. De ce qu'il était.
- Épargne moi ta psychologie de comptoir. T'as trouvé ton rôle ici. À moi de trouver le mien. Si je reste ici sans rien faire, loin de tout ce que je connais et que j'aime, tout ce qui habitait mes journées... Je vais devenir folle. L'alchimie, c'est un tout nouveau champ de possibilité. La Vérité ne m'a pas rien appris de ça. Je vais pouvoir apprendre à nouveau. Je vais le faire.
Serena passa les examens primaires et les obtint sans grande difficultés. Quand elle récupéra ses résultats, elle dit à Lio :
- Maitre, vous allez devoir devenir notre baby-sitter officielle.
Léna dormait déjà au creux du bras de l'ancien professeur. Elle lui embrassa le front avec douceur et passa une main sur la joue de Serena :
- Soit tranquille ma fille. Je lui donnerai tout ce que j'ai.
Serena pénétra dans l'École des Alchimistes, engoncée dans un uniforme des plus inconfortables. Elle attira tous les regards sur elle. Une trentaine d'autres élèves étaient présents dans la Cour du Bâtiment. Ils la regardaient avec curiosité et pour la première fois depuis des années, Serena ne sut pas où se mettre. Ce fut un grand type qui lui sauva la mise :
- Salut !
- Oh... Salut. Tu dois être Malo Gardner.
- Et toi Serena Wolfe.
- C'est ça. Comment va ton bras ?
Elle fixait l'automail flambant neuf qui remplaçait le bras de son nouveau camarade.
- Franchement ? Ça fait encore terriblement mal. Mais c'est un bras. Ça sera pratique quand ça fera plus aussi douloureux.
- Tu vas parvenir à apprendre l'alchimie malgré la douleur ?
- De ce que j'ai compris, le maitre de cet établissement croit que l'apprentissage se fait mieux dans la douleur. Je vais être le meilleur élève
*O*
Izumi Curtis les regardait d'un air sévère. Elle se tenait bien droite en face d'eux et semblait n'avoir que faire des nombreux regards emprunts de respects qui se tournaient vers elle. Elle s'exclama, la voix forte :
- Un est tout. Tout n'est qu'un.
Serena sursauta. Elle avait déjà entendue cette expression. Elle tentait de se rappeler du contexte mais Izumi continua son discours d'accueil, si on pouvait dire ça comme ça.
- Vous allez être confronté à une intensité de travail que la plupart d'entre vous n'a encore jamais subi. Ça sera dur à tous les niveaux. Physiquement. Intellectuellement. Moralement. L'alchimie n'est pas juste une science. Elle est un miroir de la vie. Et la vie est dure. Il va falloir que vous l'intégriez très vite.
Izumi présenta alors les deux autres professeurs de l'école. Maël, l'ancien maitre de Serena, était l'instructeur physique. Une femme inconnue, nommée Lolita, serait responsable de leur instruction morale. Ils avaient tous l'air déterminés à les faire souffrir. Et ils allaient réussir. Chaque jour était effectivement difficile. Izumi leur expliquait les règles de base de l'alchimie : le principe de l'échange équivalent, le cercle de transmutation, les différents symboles alchimiques, la manière de composer un cercle, de comprendre le flux de vie du monde et de s'en servir… Ça aurait été déjà bien compliqué à comprendre sans le fait qu'ils étaient contraints de le faire en faisant des pompes, des tractions ou en étant maintenus la tête à l'envers. Il n'y avait pas que les cours théoriques. Chaque matin et chaque soir, Maël les prenait en charge. Serena pensait connaitre son maitre et sa rigueur. Elle le découvrit à nouveau. Le rôle de Maël était effectivement de les rendre puissants et forts, un esprit sain dans un corps sain comme Izumi et lui le clamaient en choeur. Mais son but était aussi des les pousser dans leur retranchement physiquement et mentaux. De les rendre humbles. De les pousser à prendre conscience de leurs limites, de leurs capacités, de celles qu'ils pouvaient dépasser et de celles qu'ils devaient accepter.
- Tu t'es ramollie, ma fille… Lui disait-il régulièrement
Serena ne pouvait qu'être d'accord. Mais elle préférait largement sortir des cours de Maël fourbue et courbaturée que les cours de Lolita. Cette dernière avait pour but de leur inculquer des valeurs morales et elle y allait au bulldozer. Son but était aussi des les rendre humbles. Il ne fallait plus d'alchimiste tout puissant, narcissiques au possible, qui pensaient avoir tout pouvoir sur le monde et sur leurs semblables. Lolita avait la capacité de souligner leurs failles, leurs contradictions et de les exposer devant tout le monde. Serena explosa plusieurs fois devant Lolita, qui savait appuyer là où ça faisait mal. Toutes ses épreuves semblaient bien trop dures mais elles avaient un sens. Un jour, Izumi leur expliqua, posément :
- Être alchimiste, c'est être au bord du gouffre en permanence. Et être tiraillé entre la possibilité de rendre le monde meilleur et celle de le tordre pour son propre bénéfice. Je suis là pour vous donner conscience de se gouffre et vous donner l'envie de ne pas y tomber. Le monde est gouverné par des lois claires, immuables. Tout est un et un est tout. On ne peut pas changer cela sans de grande conséquence. Vous devez toujours garder en tête que vous n'êtes pas des surhommes, que vous n'êtes pas supérieurs au reste de l'humanité et que vos capacités ne vous donnent pas le droit de modifier le monde en profondeur à votre guise. Vous êtes les garants des détails, des améliorations mineures au cycle de la vie des hommes. Penser le contraire, c'est tomber dans le gouffre.
Effectivement, la formation était exigeante, dure. Implacable. Comme la vie. Cela, Serena le savait mieux que personne. Mais derrière les épreuves, il y avait l'alchimie et ça, c'était fantastique. Pour la première fois depuis une éternité, elle apprenait, elle s'amusait. Avoir des enseignants, d'avoir des guides à sa pratique, des limites, une éthique et d'appartenir à une communauté, un ordre. Tout ça faisait qu'elle se sentait pleinement à sa place. Son cerveau cessait d'être cette masse encombrante qu'elle remplissait de futilité pour l'occuper. Il était enfin cette machine formidable qui fonctionnait à plein régime en accord avec son cœur et ses valeurs. Voyant enfin sa sœur heureuse, Alicia abandonna ses craintes pour soutenir pleinement son ainée dans ses études.
- T'as quand même des facilités... Remarqua la cadette
- Tu trouves ?
Serena traçait un cercle pour s'entrainer chez elle et regardait, en fronçant les sourcils, le résultat de sa transmutation.
- Ben d'après ce que j'entends, tu comprends certaines choses remarquablement vite. Tu crois que la Vérité n'a pas pu te donner quelques notions ? Ou alors c'est d'avoir fréquenter les garçons qui a...
Alicia s'interrompit, voyant que Serena avait fait une drôle de tête. Mais pour une fois, ça n'est pas la pensée des frères Elric qui avait perturbé Serena. Elle venait de comprendre quelque chose. Le lendemain, alors qu'ils étaient réunis en classe, elle pensait toujours à cette épiphanie. « Le cercle permet de faire circuler le flux. Les symboles permettent de diriger le flux d'énergie de la terre vers ce qu'on veut transmuter. Mais si… »
- Serena !
La jeune femme sursauta. Izumi Curtis la regardait sévèrement et lui dit :
- Arrête de bailler aux corneilles. C'est ton tour. Transmute.
Serena cligna des yeux et prit la craie. Puis elle la lâcha et regarda son maitre à nouveau. Si elle formait un cercle mais qu'elle était la formule… Alors, Serena claqua dans ses mains et les posa sur la table. Avec un éclair, il y poussa une petite forme humaine, enfantine. Un grand silence s'abattît sur la pièce et Izumi sentit son souffle se bloquer dans ses poumons. Serena regarda à nouveau son maitre et fixa son regard avec tranquillité. Elle savait qu'elle allait en prendre pleins la gueule tôt ou tard. Mais ça valait le coup. Rien n'avait été plus satisfaisant que ce qu'elle venait de faire.
*O*
Qu'est ce que tu as fait ? Demanda Izumi avec sévérité.
Elles étaient seule à seule et, confiante, Serena n'hésita pas à raconter son histoire. Elle tenta d'éluder la partie impliquant Ed et Al. Elle savait qu'Izumi avait été une sorte de mère de substitution pour les deux frères et elle ne se sentait pas de lui raconter leur trahison. Mais au bout d'un moment, alors qu'Izumi lui posait des questions sur la Vérité et les tribus, Serena laissa échapper.
- Ed avait bien récupéré sa jambe… Dit alors Serena, un peu légèrement
Son maitre fronça tout de suite les sourcils et dit :
- Ed ?
- Et bah…
- Tu parles d'Edward ? Elric ?
Serena rosit légèrement. Elle avait fait une gaffe mais maintenant, c'était un peu tard pour détourner la conversation. Elle le tenta quand même
- Oui maitre.
- Comment connais-tu Edward ? A ce que je sais, il est toujours à Creta, à faire Dieu sait quoi de son temps
-Il est très connu, Maitre. Tout le monde parle de lui
Les frères Elric avaient un statut de légende parmi la population. Ils avaient quand même sauver ce monde durant la bataille contre les homonculus et étaient des génies de l'alchimie. Une fresque les représentants aux côtés d'autres héros du Jour Promis avait même été peinte sur la facade d'un bâtiment près de l'École. Leurs disparitions mystérieuses pendant deux ans nourrissaient des théories multiples et le fait qu'ils soient chacun à l'étranger pour en apprendre plus sur l'alchimie semblait encore nourrir les ragots et les passions. Pour Serena, qui essayait de s'appliquer à ne pas penser à lui, la situation était parfois inconfortable. En plusieurs mois, elle ne pouvait que constater que la douleur ne partait pas, ainsi que son amour, profond et inébranlable.
- Bien sûr qu'il est connu, cet ingrat. Mais ça n'explique pas comment tu sais qu'il avait récupéré sa jambe de l'Autre Côté…
- Ben…
- Ça ne l'explique pas parce qu'en plus de tout, tu me l'apprends.
Serena renonça alors à mentir à son maitre et expliqua alors sa relation avec les frères Elric et l'histoire qu'elle avait partagé avec l'aîné. Izumi l'écouta attentivement et, une fois que Serena ait fini, elle semblait en colère.
- Je vais les tuer. Cette fois, ils l'auront mérité
- Invitez moi à regarder alors Maitre…
Izumi semblait bouillir. Elle marmonnait qu'elle pensait quand même les avoir élever mieux que ça, que c'était intolérable et qu'ils allaient l'entendre si jamais ils revenaient, ses ingrats de sales gosses. Finalement, elle regarda Serena, le regard sévère.
- Une dernière question jeune fille. Je sais qu'il y a une enfant qui vit avec vous.
Serena eut alors un sourire immédiat en pensant à Léna. Cette enfant était parfaite et même si elle ne voyait pas forcément le lien avec tout ça, elle était toujours ravie d'en parler.
- Elle s'appelle Léna
- Elle a de jolis yeux. Ceux de son père ?
- Ceux de…
Serena comprit alors où Izumi voulait en venir et balbutia :
- Non ! Pas du tout ! Vous vous trompez sur toute la ligne, maitre. Léna a les yeux de sa mère. Elle est morte de l'Autre Côté. C'est notre soeur. Notre demi soeur.
Izumi avait manifestement déduit de la couleur des yeux de Léna qu'elle était la fille d'Edward, qui les lui aurait transmis. Mais Léna n'avait pas du tout les yeux d'Edward et pour quiconque les connaissaient, c'était évident. Et puis Léna n'avait pas le bon âge, pas tout à fait. Elle aurait quelque chose comme six mois de moins si elle avait du être la fille d'Edward et de Serena. Cette idée lui semblait tellement folle, que Serena en avait la tête qui tournait. Un enfant qui lui serait née de… Non, c'était définitivement la dernière chose à laquelle elle devait penser si elle voulait garder un minimum de santé mentale et d'équilibre émotionnel.
- Bien. Tu sais que si ton histoire avec Edward commence à circuler, des rumeurs vont naitre sur l'origine de la petite… Commenta Izumi
- Et ben... sans doute, Maitre. Sans doute.
Izumi s'attacha particulièrement à Serena, qui fut définitivement une de ses meilleures élèves. Elle la présenta à l'examen des Alchimistes d'État dès la fin de sa première année de formation. Serena réclama le poste de Chercheuse.
- Dans quel domaine ? Demanda le Généralissime Grumann qui assistait à l'examen
- Les Ondes, Votre Excellence. Particulièrement les ondes lumineuses. Je souhaite les étudier sous l'angle offensif comme défensif. Je pense également à un projet autour de la production d'énergie propre.
- Vous êtes particulièrement douée en combat, selon votre Maitre Maël.
- Maël a été mon instructeur dès mes 14 ans, Votre Excellence.
- Vous pensez donc qu'il a un avis biaisé à votre sujet ?
- Non. Je vous disais ça pour vous faire comprendre qu'effectivement, je suis redoutable en combat
*O*
Serena passa l'examen sans difficulté. Lorsqu'on lui donna ses résultats, on lui proposa le poste d'Alchimiste Premium.
- Vraiment ? Murmura la jeune femme, s'adressant à un Roy Mustang tout sourire, qui venait juste de lui apporter la nouvelle
- Vous pouvez refuser, bien sûr. Mais ça serait dommage. Répondit-il
Serena tourna la tête vers sa soeur, qui la regardait avec un grand sourire plein de fierté. Serena dit alors :
- Les apprentis Premium se voient forcément attribuer un maitre en alchimie qui l'est également. Ça sera qui, si j'accepte ?
Le sourire de Roy Mustang s'étira et il lui dit, la tutoyant pour la première fois :
- Devine…
Il se leva sur ses paroles et la prévint qu'elle devait donner sa réponse à l'état major avant la fin de la journée.
- Félicitations, Serena. J'ai hâte de pouvoir travailler avec toi.
Et avec un dernier clin d'oeil en direction d'Alicia, il quitta la pièce. Les deux soeurs se regardèrent et Alicia serra sa grande soeur dans ses bras.
- Le fait que tu deviennes alchimiste d'état, c'est déjà quelque chose. Mais que tu sois Premium…
- J'ai pas encore accepté…
- Oh, Serena… À d'autres !
- Je sais pas si je vais bien m'entendre avec ce type… Les élèves de l'école disent qu'il y a une relation très forte qui peut se créer entre un maitre et son apprenti. Lui, il m'agace..
- Moi je l'aime bien.
- Vraiment ?
- Ouais. Déjà, il est pas désagréable à regarder
- Oh, non, berk…
- On sait que t'aimes pas les bruns, toi…
- Gale était brun… Rappela Serena
- Mmmmh. Ouais, c'est pas faux.
- Ed était blond et Marcel est presque roux. Je me trouve très ouverte d'esprit…
Elle parlait de Marcel Eiselstein, un camarade d'école avec qui elle partageait une relation floue et inconfortable, de son propre point de vue. Le jeune homme était gentil, doux et très amoureux d'elle. Serena avait tenté quelque chose avec lui mais se trouvait incapable de sortir de sa tête et de sa peau le souvenir de son amant précédent. Marcel semblait s'accommoder tant bien que mal de la situation mais Serena avait des difficultés à se regarder dans la glace. Elle avait essayé de mettre fin à la relation il y a quelques jours mais Marcel lui avait répondu qu'il était prêt à l'attendre. Secouant la tête pour se sortir cette situation de l'esprit, elle se refocalisa sur sa petite sœur et ses goûts douteux.
- Mais à part ça, qu'est ce que tu lui trouves, à ce type ?
- C'est un idéaliste. Il regarde le monde avec une naïveté confondante. Je trouve ça touchant… Conclue Alicia avec un joli sourire.
Serena Wolfe fut alors nommée Apprentie Alchimiste Premium, sous la direction du Général de Division Roy Mustang. Elle était la Première Expatriée à y accéder, ce qui déclencha un petit événement dans la presse. Mustang et elle s'installèrent à l'étage des Premiums, dans la Maison des Alchimistes d'État de Central. La bibliothèque immense, les bureaux spacieux et la salle commune confortables firent que Serena se sentait comme chez elle dans l'institution. Elle passa les premiers mois de sa formation à enfin développer ses propres théories, sa propre alchimie, sous la direction de Roy. C'était différent de tout ce qu'elle avait accompli jusqu'à présent et elle en tirait un véritable plaisir. Mustang était une aide précieuse et quotidienne. Elle savait qu'un alchimiste ne partageait ses secrets qu'avec une certaine répugnance et elle était touchée, profondément, par la confiance que Roy lui accordait. Le Général, qui avait déjà une certaine affection pour la jeune femme, se prit à l'aimer vraiment, comme la petite soeur qu'il n'avait jamais eu. Sous ses abords de forte tête caractérielle et endurcie, il trouvait une jeune femme avec une sensibilité touchante, attachée à la beauté des choses humaines. Serena aimait élaborer, réfléchir mais aussi rêver, elle qui en avait été trop souvent privé étant enfant. C'était une petite fille qui avait grandi trop vite. Serena, de son côté, se prit aussi d'affection pour ce militaire profondément idéaliste, qui gardait malgré tout ce qu'il avait vu, un regard profondément optimiste sur le monde et la nature humaine, l'appréciant d'autant plus qu'il l'avait perdu de vue pendant un temps. En apprenant à le connaître, elle fut rapidement persuadée que ce type était la meilleure solution pour occuper un jour la plus haute fonction du pays.
- Pourquoi tu veux parvenir à la tête de ce pays ? Lui avait-elle un jour demander, alors qu'ils travaillaient ensemble depuis deux mois
- Parce que je veux protéger le maximum de monde et que plus je monterai haut, plus j'aurai de monde sous ma responsabilité, plus je pourrai les protéger.
Serena haussa un sourcil et répondit, avec un sourire :
- Alicia a raison, à ton propos…
- Et qu'est ce qu'elle raconte, sur moi, Alicia ? Déjà, elle parle souvent de moi, Alicia ?
- Non, pas tellement. Elle dit que t'es d'une naïveté confondante
- C'est pas la première à le dire et pas la dernière à le penser…
- Elle disait plutôt ça comme un compliment.
- Je le prends comme tel.
- Tu penses que tu vas y arriver ? À prendre la tête du pays ? Ou de l'armée, du moins.
- Ça semble bien parti…
- Tu dis ça parce que Grumman est dans ton coin mais je pense pas qu'Armstrong se laissera faire.
- Tu parierais sur elle toi ?
- Pourquoi pas ? Ça me choquerait pas qu'elle y arrive. Elle en a toutes les capacités et elle ferait du bon boulot.
Mustang la regarda, l'air un peu vexé, voire blessé. Serena lui sourit et dit :
- T'inquiète, ma petite allumette. Moi aussi, je suis dans ton coin.
- Ma petite allumette ?
- Ben oui, je trouve que c'est approprié comme surnom.
- Je me considère plutôt comme un fier lance flamme !
- Meh. T'es une allumette. Quand t'es humide, tu marches plus.
- Apprends à allumer correctement la lumière, ma petite ampoule et après, tu pourras faire des blagues de ce genre.
*O*
Serena fut envoyé sur le terrain ponctuellement. Généralement, Roy l'envoyait accomplir des missions auprès d'un praticien qui avait toute sa confiance. Par moment, il la suivait aussi. En travaillant ensemble, ils finirent par avoir une idée.
- Le feu, c'est la première source de lumière de l'humanité... Si on combine ton alchimie et la mienne, on pourrait atteindre une puissance de feu jamais vu... Nota Serena
Ils étaient sur le champ de bataille. La guerre avait enfin commencé avec l'Autre Côté. La haine de Serena pour le Gouvernement Unique, qui osait s'en prendre à son nouveau monde, alla en s'empirant. L'Autre Côté arrivait à ouvrir la Porte à l'envie, contrairement au Monde Alchimique, qui se trouvaient donc perpétuellement en position de défense. Les scientifiques arrivaient vaguement à prévoir quand aurait lieu les attaques mais ne comprenaient pas vraiment la méthode. La seule chose dont ils étaient sûrs, c'était que cela devait nécessiter une quantité d'énergie énorme, ce qui expliquait le caractère relativement rare et anarchique de la fréquence des batailles, jusqu'à présent toujours remportés par le Monde Alchimique.
- Qu'est ce que tu veux dire par là ? Demanda Roy, perplexe
- Imagine qu'on se combine. Tu me mets le feu, littéralement. Et j'utilise la lumière et la puissance de tes flammes soit pour les potentialiser et les rendre encore plus destructrices. Soit je prends toute cette énergie et je la répartis dans toute les directions.
- En la répartissant comme ça, tu en amoindris la puissance... Remarqua Roy
- Ça pourrait suffire. Non pas pour tuer mais pour assommer. Assommer potentiellement toute un bataillon. Tu te rends compte ? On serait plus des armes humaines. En tout cas, pas des armes létales
- On pourrait souffler toute une armée entière... Murmura Roy
Après quelques tests, ils tentèrent en situation réelle et soufflèrent tout le front d'un seul coup. La bataille fut remportée sans presqu'aucun mort de part et d'autre. L'intégralité des officiers de l'armée fut ébahie par un tel exploit. Armstrong, la main serrée si fermement sur la garde de son épée que ses jointures en devenaient blanche, ne faisait que répéter en fixant le lointain :
- Une bataille gagnée et moins de 10 morts. Incroyable. Incroyable.
*O*
L'exploit de Serena et Roy fit le tour du pays. Ils y gagnèrent une réputation considérable. Alors que la fin d'année approchait, on ne parlait plus que d'eux. Grumman évoquait à demi mot sa retraite prochaine et il devenait évident pour tout le monde que Mustang était celui qui devait prendre sa place, coiffant Olivia Armstrong au poteau. Curieusement, cette dernière ne fit rien pour inverser la tendance, soulignant au contraire pour la première fois les mérites de son subordonné. Concernant Serena, après bientôt un an d'apprentissage, on commençait à avancer qu'elle devait bientôt être intronisée. Politiquement, ça avait d'autant plus de sens que des voix commençaient à s'élever contre les expatriés, qui subissaient même à présent des attaques qu'on qualifiait de terroristes. L'intronisation d'une expatriée en tant que première alchimiste premium de la Seconde Génération d'Alchimistes d'État était un symbole dont on ne pouvait pas se passer, d'autant qu'elle était de plus en plus populaire tant pour ses exploits sur les champs de bataille que par sa personnalité. Et alors que la fin de son apprentissage arrivait, brusquement, la relation entre Mustang et Serena sembla proche de se briser complètement. Par accident, Serena découvrit que son maitre et ami couchait depuis quelques semaines déjà avec sa petite sœur. Il y eut quelques coups, des cris, des pleurs et des mises en danger de la vie d'autrui. Mais après quelques jours, Serena finit par demander à Roy :
- T'as l'intention de lui faire du mal ? De la quitter quand elle aura cesser de t'amuser avec sa mine fraiche et son corps de jeunette ?
- Bien sûr que non. Répondit Mustang après un silence
- Ça fait longtemps que ça dure ?
- Quelques semaines
- T'as des sentiments pour elle ?
- Oui. C'était pas voulu mais oui.
- D'accord. Bien. Très bien.
Après un silence, Mustang osa poser la question qui lui tordait un peu les tripes :
- Ça signifie que… tu vas pas t'opposer à…
- Pourquoi je m'opposerai à ce que ma soeur sorte avec quelqu'un que je considère bon, humain, loyal, intelligent, droit et serviable…
Roy fut alors touché en plein coeur par ce que Serena venait de dire. Elle le regarda de biais et lui dit :
- Après, ça reste dégueulasse hein. T'as au moins 1 million d'années de plus qu'elle. Vieillard va…
*O*
On donna enfin à Serena sa mission-test, celle qu'elle devait accomplir seule pour pouvoir être intronisée. Lors de cette mission, elle eut la surprise de rencontrer un très haut gradé de l'armée, qui lui fit une proposition secrète. Lorsqu'elle revint, elle alla voir son maitre, ravi de la réussite de son apprentie.
- Attends un peu avant de me féliciter, ma petite allumette. J'ai un truc à te dire...
Alors que l'année 1922 approchait, la retraite de Grumman semblait elle aussi de plus en plus proche. Son ambition s'étant réveillée tardivement, il n'avait aucune intention de passer sa retraite à faire sauter ses petits enfants sur ses genoux. Il travaillait activement ses amitiés politiques au Parlement afin de faire élire Premier Ministre une de ses créatures. Il semblait alors évident à tout le monde que Mustang allait l'emporter dans sa bataille contre Olivier Mira et que Grumann garderait donc une position de pouvoir jusqu'à sa mort, avec une main dans chaque lieu de pouvoir, ce qui était inquiétant pour la jeune démocratie qu'était Amestris. Les deux rivaux prirent alors tout le monde de court quand Mustang accepta la proposition d'Armstrong. Il la laissait accéder au poste de Général des Armées et elle le nommait Général de Division, en charge de Central. Au lieu de s'affronter en pure perte, ils se reconnaissaient leur qualité respective et se soutiendrait mutuellement jusqu'à ce qu'ils soient chacun aux plus hauts postes du pays, Chef de l'Armée et Président, se reconnaissant tout les deux comme sans doute les plus aptes à le devenir. Grumann prit donc sa retraite en perdant toute son influence dans l'armée, à sa grande amertume. Et l'une des premières actions publiques du nouveau duo fut d'introniser Serena Wolfe comme lieutenant de l'armée d'Amestris et Alchimiste d'État Premium. Elle prit le surnom d'Alchimiste de Lumière.
