Bonjour tout le monde et bonne lecture !


« Monsieur, il nous en manque juste deux. » annonça une femme, en s'approchant de l'homme.

Celui-ci se détourna des cellules qui emprisonnaient les Aurors et les apprentis. La majorité d'entre eux étaient blessés d'une façon ou d'une autre. Ils étaient assis en petits groupes mentor-apprentis, parlaient à voix basse, mais certains pleuraient. Près de leur mentor à l'air sinistre, deux apprenties sanglotaient l'une contre l'autre. L'homme ricana et baissa les yeux vers la femme.

« Black. » déduit-il.

Ce n'était pas une question.

« Et la fille, dit-elle. McKinnon. »

Robards, qui était affalé dans un coin, leva les yeux à la mention de Black, puis à nouveau à celle du nom de McKinnon. Il avait l'air fier que tous deux soient encore en course. L'homme pensait bien rectifier cela, et rapidement.

« Est-ce que je dois envoyer- »

« Non. » répondit l'homme.

Il tapota sa poche pour s'assurer que sa baguette était toujours là, avant de relever sa capuche sur sa tête.

« Non. Je vais le faire moi-même. »

Il passa devant la femme et se dirigea vers Robards. Il tendit la main et Robards eut l'air troublé. L'homme soupira, attrapa la cape de Robards et tira son Sidekick de sa poche.

« Merci. » dit-il en relâchant Robards.

L'homme prononça le mot de passe et l'objet s'ouvrit avec un clic métallique. Tout le monde le regardait désormais.

« Je reviendrais rapidement, je pense. » dit-il en souriant de manière ironique, tout en sortant sa baguette.

Il semblait que McKinnon avait son Sidekick avec elle et que donc, en utilisant sa pair, il serait capable de trouver sa location exacte.

« Pointe au Nord. » dit-il.


Le plafond, le tapis et même les murs – sur lesquels étaient accrochées des assiettes décorées d'affreux chatons – étaient tous de la même horrible couleur rose. Différents napperons et coussins à dentelle étaient posés à plusieurs endroits dans la pièce. Ce n'était pas un très grand bureau, ce qui n'arrangeait rien. Sirius supposa que soit l'occupante ne travaillait pas beaucoup, soit elle avait un autre bureau dans un autre service.

Ravalant sa nausée, Sirius s'avança un peu et jeta un œil à une armoire rose derrière le bureau. Il y avait plusieurs serrures dessus, tout comme – du moins il le supposait – des sorts pour s'assurer que son contenu restait secret. La propriétaire de ce bureau avait apparemment beaucoup de secrets, mais à l'étage de l'administration du Ministère, cela n'était pas vraiment surprenant.

Il éternua en passant près d'une fleur éclatante, mais pas amicale – il aurait juré qu'elle lui avait grogné dessus – et rampa sous le bureau, qui puait d'une odeur sucrée.

Mais c'est sécurisé, pensa-t-il en prenant une grande inspiration. Ou du moins, ça le sera pour les quelques minutes que j'ai besoin pour savoir ce que je vais faire ensuite.

Il commença par prioriser. Harry, et ce qu'il appelait mentalement le « problème Remus », arrivait en premier, mais Marlène, blessée et loin de lui, arrivait vite ensuite.

Par Merlin, j'espère qu'elle va bien, pensa-t-il. Elle était forte, cependant. Elle serait capable de s'en tirer jusqu'à ce que Sirius ne remette ses pensées en ordre.

Remus ne viendrait pas. C'était évident. Sirius n'espérait plus aucune aide de son vieil ami, et c'était comme un couteau planté en plein cœur. Il lui avait accordé le bénéfice du doute, il n'avait pas insisté, il s'était persuadé que Remus lui aurait dit ce qu'il jugeait important … Et bien, des gens mourraient, le Ministère était en train de tomber et si cela n'était pas important, Sirius ne savait pas ce qui l'était. Il y aurait des mots à venir – ou plutôt des sorts – entre lui et son supposé 'ami' si ou quand Sirius se débrouillerait pour sortir.

Et si Remus travaillait vraiment pour les autres, alors cela remettait en cause la sécurité de Harry. Sirius avait beaucoup de difficultés à imaginer que Remus puisse laisser quelque chose de mal arriver à Harry. Il était raisonnablement sûr que Kreattur le balancerait contre un mur s'il ne faisait même qu'essayer et que quiconque avait des intentions malintentionnées subirait encore bien, bien pire.

Je dois quand même m'en assurer, pensa Sirius. Plus tôt, lorsqu'il avait utilisé la Cheminée, il était inquiet, pas effrayé. Il était désormais terrifié. Pour des raisons de sécurité, le Niveau Deux ne possédait pas de Cheminées – les discussions entre Aurors pouvaient être surveillées et il n'était pas question de laisser ni personne, ni objet entrer dans le quartier général de la sécurité du Ministère sans être contrôlé en amont – mais les autres étages n'avaient pas ces sécurités. Et heureusement, ce bureau se trouvait à un de ces étages, même s'il n'y avait pas de Cheminée dans le bureau que Sirius avait choisi.

L'Atrium était un meilleur endroit pour tenter d'accéder à la Cheminée. Utiliser le réseau était dangereux partout, mais il s'était dit que l'Atrium était l'endroit le plus sûr, car il était si ouvert que lui – ou Marlène – serait au moins capable de voir un ennemi préparer son attaque avant de passer à l'acte. Il y avait aussi dans l'Atrium plusieurs portes vers d'autres parties du Ministère, ce qui leur laissait des échappatoires.

Cet étage n'était pas franchement mieux. Il était parsemé de bureaux et de box – des cachettes parfaites pour même le moins expérimenté des attaquants – et se terminait souvent en cul-de-sac. N'importe qui pourrait se glisser derrière lui et le bloquer dans un coin avant qu'il ne réalise qu'il était attaqué. Et si les choses avaient réussi à autant déraper dans l'Atrium, il pouvait seulement imaginer à quel point tout pouvait encore empirer s'il essayait d'utiliser une Cheminée à cet étage.

Mais il faut que je prenne le risque, pensa-t-il en soupirant.

Il se leva, la main agrippée sur sa baguette, et se faufila jusqu'à la porte. Ostendere me omnia, pensa-t-il, et quand il ne put voir aucune présence derrière les murs, il fit disparaître sa vision magique et sortit. Il parcourut du regard le couloir de haut en bas et une plaque brillante attira son attention. Le bureau de Fudge. Pour les mêmes raisons qu'il n'y avait pas de Cheminées au Niveau Deux, il n'y en avait aucune dans le bureau de Fudge … En revanche, il y en avait une dans le bureau attenant. Celui qui appartenait à son sous-secrétaire senior.

Sirius se hâta dans le couloir, déverrouilla la porte et se glissa à l'intérieur. Le bureau était plus modeste que celui qu'il venait de quitter. Barty Croupton avait toujours été un homme très sobre et son bureau lui ressemblait en ce sens. Il y avait un bureau verni avec rien d'autre qu'une horloge et un encrier, une bibliothèque bien fournie et parfaitement rangée et une cheminée, au-dessus de laquelle se trouvait un pot de Poudre de Cheminette et une récompense pour Services rendus au Ministère durant la guerre.

Il n'y avait aucune photographie de son fils ou de sa femme dans la pièce, mais encore, Sirius ne s'était pas attendu à autre chose. Croupton avait condamné son propre fils à la prison à vie à Azkaban et n'était sans doute pas quelqu'un de sentimental.

Sirius jeta une poignée de Poudre de Cheminette, murmura l'adresse, avant de se pencher vers les flammes. Tout ce qu'il vit cependant, quand les flammes se mirent à bouger, fut le fond de la Cheminée. Sirius se recula brusquement sans réfléchir et aperçut une main à l'endroit où il s'était trouvé. Il éteignit les flammes avec sa baguette et courut vers la porte, en sachant que ce n'était qu'une question de temps avant que quelqu'un ne le trouve.

Il retourna dans sa cachette, dans le bureau rose. C'était suffisamment éloigné du bureau de Croupton pour qu'on ne lui tombe pas dessus par hasard, mais suffisamment proche pour qu'ils se disent que c'était idiot de le chercher là.

Alors le réseau de Cheminées est bloqué, pensa-t-il sinistrement, en essayant de ne pas laisser cela l'inquiéter. Il semblait qu'il y avait de moins en moins d'issue de secours. Peu importe.

« Kreattur. » murmura Sirius, mais le crac n'arriva pas.

Des frissons parcoururent la colonne vertébrale de Sirius.

« Kreattur ! » insista-t-il.

Mais plusieurs secondes plus tard, il était toujours le seul occupant du bureau.

« Kreattur, c'est un ordre ! »

Toujours rien.

« Viens ici, maintenant, ou ce sera des vêtements ! »

Cela lui rappela de mauvais souvenirs de Noddy – l'ancienne elfe de maison de James – qui avait été tué pendant leur septième année, afin qu'elle ne puisse pas aider à localiser James quand il serait enlevé par les mangemorts.

Mais Kreattur ne peut pas être mort, pensa Sirius, refusant de le croire. Il devait y avoir une raison pour laquelle Kreattur l'ignorait … Peut-être était-il occupé- Tu l'as menacé avec des vêtements, se rappela Sirius. Il secoua la tête. Peut-être avait-il des ordres contraires ? La voix dans la tête de Sirius renifla. Des ordres ? De qui ? Les seules personnes à qui il doit obéissance, c'est toi et Harry.

Tais-toi, se répondit Sirius, en laissant tomber sa tête dans ses mains. Il se força à se concentrer, avant de devenir fou d'inquiétude, et commença à se remémorer de vieilles leçons apprises dans l'Ordre et en tant qu'Auror. Une en particulier semblait appropriée.

Aide les personnes que tu es capable d'aider, pensa-t-il sinistrement. Les protections Anti-Transplanage couvraient toujours le Ministère, les Cheminées étaient condamnées et il imaginait que la sortie des visiteurs avait aussi été bloqué ou détruite. Kreattur ne pouvait pas l'aider non plus. Et étant donné leur prudence pour tout le reste, c'était probable que des sortilèges anti-portoloins aient aussi été mis en place … Quitter le Ministère ne semblait pas être une option viable.

Cela voulait dire que Marlène était maintenant sa priorité principale. Ils étaient séparés depuis une bonne demi-heure, ce qui voulait dire qu'elle pouvait être n'importe où et dans n'importe quel état, mais Sirius se doutait qu'elle était blessée. Elle bougeait difficilement dans l'Atrium, mais avait quand même sauté dans un tunnel d'ascenseur. Au mieux, elle avait quelques écorchures et au pire … Et bien, il préférait ne pas y penser. Mais avec ces informations, elle était sans doute encore dans les tunnels des ascenseurs – qui, pour dire vrai, recouvraient l'entièreté du Ministère – soit incapable, soit réticente à bouger plus loin … et cela basé sur l'idée que les Serpent Sworn ne l'avaient pas déjà attrapé.

Une seule façon de le savoir, pensa-t-il, levant sa baguette. Spero-

Mais Marlène l'avait battu de vitesse. Pour la seconde fois ce jour-là, la lionne argentée apparut. Cette fois cependant, elle ne grogna pas. Il y eut un léger bourdonnement lorsqu'elle se matérialisa dans le bureau et Sirius observa ses énormes pattes entre le sol et le bureau. Elle vint se poster derrière la table et le regarda depuis l'arrière du fauteuil.

Sa queue s'agita et ses oreilles se dressèrent. L'expérience de Sirius avec les chats était limité à Tufty et McGonagall, mais il comprit quand même qu'elle était nerveuse.

« Sirius, murmura-t-elle. Je suis- »

La voix de Marlène s'affaiblit et elle laissa échapper un petit gémissement de douleur. Sirius serra les poings.

« -au Niveau Trois, je pense. »

Une autre respiration douloureuse.

« Suis-moi. »

Suis-moi … ? se demanda-t-il. Alors la lionne se redressa. Elle ne disparut pas, mais se dirigea vers la porte. Sirius comprit alors ce qu'elle voulait.

« Ok. » dit-il en ouvrant la porte.

Elle se faufila à travers, glissant dans le couloir en silence en direction des ascenseurs. Sirius regarda des deux côtés et vit le coin d'une capuche disparaître quelques mètres plus loin. Il jura en silence et regarda la lionne continuer son chemin, ignorante.

Merde, pensa-t-il. Il regarda de nouveau au coin du couloir, avant de se hâter derrière le Patronus. Ils ne rencontrèrent personne d'autre entre le bureau et l'ascenseur et Sirius s'empressa d'ouvrir les portes, de faire apparaître des barreaux, d'y descendre et de refermer les portes derrière lui. La lionne s'éteignit un instant, avant de réapparaître en bas, l'air impatient.

Sirius eut besoin de cinq minutes pour retrouver Marlène, à travers ce labyrinthe de tunnels. En chemin, la lionne avait manqué de le mener à trois Serpent Sworn qui traînaient au Niveau Deux. Ils cherchaient certainement Marlène eux aussi et donc, Sirius s'assura de bien savoir de quel côté aller avant de sceller le passage. Avec un peu de chance, ils ne sauraient même pas qu'il était censé y avoir un tunnel à cet endroit.

Finalement, la lionne s'arrêta à l'intersection de deux tunnels. Sirius balaya l'endroit du regard, avant qu'un bruit attire son attention. Marlène était là, la baguette pointée sur lui, appuyée contre l'un des murs de pierres.

« Le nom du chat de Lily. » demanda-t-elle, essoufflée.

« Tufty. » dit Sirius.

Marlène acquiesça et grimaça, plaquant ses mains sur son flanc. Elle glissa un peu le long du mur et Sirius se força à rester où il était.

« Le nom que j'ai utilisé quand je t'ai fait évadé ? »

« Ebony Hunt. » dit-elle.

Sirius s'avança rapidement vers elle et l'enlaça, autant pour l'aider à tenir debout que par affection. Elle ne protesta même pas. Elle glissa juste ses bras autour de son cou et posa son menton sur son épaule. Elle tremblait sous l'effort que cela lui demandait. Maladroitement – car elle était presque aussi grande que lui – Sirius l'aida à s'asseoir au sol.

« Où ? » dit-il.

« Lumos. » dit-elle d'une voix tremblante.

Sirius manqua de la lâcher. Elle avait une large plaie suintante de sa tempe jusqu'au coin de sa bouche. Elle présentait une plaie similaire sur ses avant-bras – les deux – et ses mains étaient abîmées. Il lui restait très peu de peau sur les paumes et les bouts de ses doigts, ainsi que ses ongles, étaient râpés.

« Quand j'ai sauté, j'ai du me rattraper comme je pouvais ... » expliqua-t-elle, tandis que Sirius retirait sa baguette de sa paume humide.

Il sortit les potions de soin de son sac, se demandant pourquoi elle n'avait pas utilisé les siennes.

« Je ne peux pas les sortir. » répondit-elle, en devinant sa question avant qu'il ne puisse demander.

Sirius soigna ses mains avec un mélange de sorts et de Dictame. Il fut obligé de lui couper les ongles car il ignorait comment les soigner avec la magie. Il se doutait qu'ils seraient douloureux, mais elle pourrait au moins utiliser ses mains. Il soigna son visage et se surprit à insister sur le soin de sa bouche, appliquant le reste du Dictame alors que ce n'était sans doute pas nécessaire. Marlène s'éclaircit la gorge et Sirius recula un peu. Marlène baissa alors les mains et leva son pull. Sirius se retourna, mais elle lui frappa l'épaule, avant de prendre une inspiration comme si le geste lui avait fait mal.

« D'abord, c'est rien que tu n'as déjà vu, dit-elle, de nouveau elle-même, irritée. Et ensuite, j'aimerais bien que tu me soignes ça aussi et tu ne peux pas le faire sans me regarder. »

Sirius baissa les yeux, avant de grimacer. Entre chacune de ses côtes, on pouvait voir de longues coupures fines – elles étaient déjà sèches – et aucune d'elles n'avaient trop saigné, mais elles semblaient douloureuses. Ces blessures étaient désagréables et restreignaient les mouvements, mais ne causaient pas de dommages sévères.

« Un maléfice, dit-elle. Dans l'Atrium. »

Sirius soigna sa poitrine plutôt facilement. Ce n'étaient que des blessures superficielles. Marlène fit rouler ses épaules et s'étira un peu, testant ses mouvements.

« Ça va ? » dit-il, et elle acquiesça, ses yeux sombres croisant les siens.

« Merci. »

Elle se mit à sourire et c'était un vrai sourire, pas le sourire forcé et tordu qui lui était destiné depuis qu'elle avait quitté la prison. Sirius lui rendit son sourire et tendit la main pour serrer la sienne, cette main qui était posée sur le sol entre eux. Le sourire de Marlène s'affadit un peu et elle serra ses doigts en retour, avant de retirer sa main. Sirius la laissa faire.

« S- »

Ce fut à ce moment-là que le tunnel se mit à gronder. Pas un grondement comme si un ascenseur approchait, mais un grondement semblable à un tremblement de terre. En fait, Sirius soupçonnait que c'était exactement ce genre de sorts. Les doigts de Marlène se plantèrent dans son bras – sous le choc ou parce qu'elle pensait qu'elle allait tomber si elle ne le faisait pas, il ne savait pas – et Sirius lui-même s'assit, absolument immobile, à la recherche de la source de ce remue-ménage.

Il la repéra vite. Une silhouette encapuchonnée se déplaçait vers eux, la baguette allumée.

« Tiens ma chaîne, dit Sirius du coin des lèvres. Et continue de jeter le sort, avant que le brouillard se dissipe. »

« Qu- »

« Caligo. » cria-t-il, avant de ranger sa baguette et de se transformer.

Il glissa sa truffe dans la main de Marlène et elle glissa sa main dans son cou jusqu'à sentir son collier. Elle serra alors sa prise. Patmol s'élança en avant, Marlène trébuchant derrière lui. Il utilisa son flair puisqu'il ne pouvait rien voir, mais il pouvait entendre les pas derrière eux – leur agresseur les poursuivait – et il avait une idée de l'endroit où se trouvaient les murs, grâce à ses souvenirs. Il courrait en sens inverse de la voie que le Patronus lui avait montré.

Ils avaient besoin de prendre de l'avance, ou du moins de trouver un meilleur endroit pour se battre. S'ils commençaient à se lancer des sorts dans le tunnel – qui était aussi large que Sirius était grand – l'un ou l'autre risquait de ricocher et de les toucher. Ils pourraient peut-être atteindre la personne, comme ils pourraient se toucher l'un l'autre.

« Caligo. » dit Marlène.

Patmol entendit une voix basse – c'était un homme, qui que ce soit – murmurer un sort, avant de sentir plutôt que de l'entendre venir vers eux. Il se jeta au sol et Marlène tomba près de lui.

« Caligo. » murmura-t-elle.

Le brouillard s'éclaircit pendant suffisamment de temps pour que Patmol puisse voir le sort bleu pâle passer au-dessus de leur tête, avant que l'obscurité ne retombe sur eux. Il se releva, ses griffes s'agrippant à la pierre, essayant à la fois de mener et de traîner Marlène avec lui. Elle comprit rapidement et sauta sur ses pieds.

Un autre sort siffla près de l'épaule de Patmol et un mur apparut devant eux. Patmol bifurqua sur la droite. Il détestait l'idée de laisser le Serpent Sworn lui dicter son chemin, mais quel autre choix avait-il ? Le bruit de son pendentif contre la chaîne, la respiration haletante de Marlène et ses réguliers 'Caligo' et les bruits de pas rapides de leur poursuivant sur la pierre, comme une sorte d'étrange bataille musicale.

Un vent frais passa sur le visage de Patmol et ses instincts reconnurent le danger. Il s'arrêta brusquement, à trois mètres d'un tunnel vertical apparu d'on ne sait où. Marlène mit une seconde de plus pour comprendre ce qui arrivait et s'arrêta à deux mètres du précipice, et seulement parce que Patmol planta ses griffes au sol pour la retenir.

« C'est le moment d'abandonner, je pense. » dit l'attaquant en s'approchant dans le brouillard.

Il était entouré d'un Bouclier et marchait lentement vers eux, comme s'il ne voulait pas les surprendre. Il leva son autre main.

« Posez vos baguettes au sol. »

Patmol tourna les yeux vers Marlène, dont la mâchoire était serrée.

« Ça veut dire que tu dois te transformer, Black. »

Patmol reprit lentement la forme de Sirius et sortit sa baguette de sa poche. Il n'avait aucune intention de la donner, mais il savait qu'il ne pouvait pas atteindre le Serpent Sworn à travers son Bouclier – tout ce qu'il ferait ricocherait sur lui et Marlène – mais il savait aussi qu'ils étaient deux contre un … Ils avaient de bonnes chances s'ils devaient se battre et l'homme ne pouvait pas les blesser sans faire tomber son Bouclier …

Marlène observa Sirius. Incandescent fut le mot qui vint à l'esprit de Sirius pour décrire ses yeux. Il pensa – comme si cela était possible – qu'ils avaient l'air prêt à lancer des étincelles. Mais alors, elle passa doucement devant lui, sa baguette tendue, acceptant la défaite.

« Mar- »

Son menton se redressa, comme si elle voulait lui dire de ne pas protester. Alors, il ferma la bouche, serrant sa propre baguette, et la regarda, impuissant. L'homme ne baissa pas son Bouclier. Marlène tendit la main à travers celui-ci – évidemment, c'était un Bouclier qui bloquait les sorts, mais rien d'autre – lui offrant sa baguette.

Sirius réalisa ce qu'elle allait faire une seconde avant que ça n'arrive. Lorsque l'homme encapuchonné tendit la main pour prendre sa baguette, son autre main se serra. Le poing de Marlène traversa le Bouclier sans aucune résistance et frappa l'homme en plein visage. Sirius devina qu'il avait atteint l'endroit exact où se trouvaient ses pommettes et qu'elle y avait mis toute sa force, car son Bouclier disparut et qu'il chancela avec un grognement de douleur.

« Marly, bouge ! Procellus ! »

Marlène se jeta de côté et le sort de Sirius fonça sur l'homme, gagnant vitesse et force en chemin. Les cheveux et la robe de Marlène se soulevèrent lorsque le souffle passa près d'elle et enveloppa le membre des Serpent Sworn, qui n'avait pas eu le temps d'utiliser sa baguette pour l'arrêter.

« En haut ou en bas ? » demanda Marlène, en montrant le tunnel derrière Sirius.

« En haut. » dit Sirius.

Puisqu'ils n'essayaient plus d'être discret, alors ils devaient être rapides et il agita sa baguette vers le mur, faisant sortir une plateforme de pierre du mur. Cela fit trembler le tunnel entier, avant de craquer comme un orage quand il apparut. Sirius était prêt à sauter dessus, lorsqu'un éclair jaillit, sortant du tunnel derrière eux, se diffusant autour des murs. Sirius sentit de la chaleur et fut jeté au sol par un tremblement puissant.

Marlène lâcha un juron furieux quelque part sur sa gauche et il y eut un claquement lorsqu'une baguette tomba sur le sol. Sirius roula sur le côté pour voir l'homme relâcher Marlène. Elle tomba par terre comme une poupée de chiffon, immobile, et Sirius rampa jusqu'à elle, ignorant l'homme pour le moment. Sirius réalisa que l'homme ne semblait pas gêné d'être ignoré. Il observait juste Sirius chercher un pouls et n'en trouver aucun.

« Non. » gémit-il.

Il leva la main près du nez de Marlène, espérant y sentir un souffle, mais il ne trouva rien. Il secoua la tête, essayant de ne pas flancher. Ses yeux le brûlaient.

« Le dernier homme debout. » annonça doucement le Serpent Sworn au-dessus de lui.

Sirius comprit ce que cela impliquait. Les Aurors et les apprentis – Dora, Fol-Oeil, Robards, Scrimgeour, tous les autres – étaient tous soit morts, soit capturés. Il refusa d'y penser plus. Pas maintenant.

« Non. » dit Sirius.

Il attrapa la main de Marlène et espéra que le mouvement distrairait l'homme de son autre main, qui s'était serrée autour de sa baguette.

« Ah, ah. » dit-il en agitant la baguette, et la main de Sirius – qui s'était levée, prête à lancer un sort – se crispa.

Sa baguette tomba et Sirius essaya de se jeter dessus, mais il fut frappé à la poitrine par une ligne d'air qui ressemblait plutôt à une barre de fer. Il se cogna contre le mur, le souffle coupé, et se demanda une fois de plus s'il allait mourir.

« Mieux. » dit l'homme, satisfait.

Sirius le fusilla du regard, avant que ses yeux ne se posent sur Marlène. Elle n'avait jamais été une personne très agitée, mais la voir immobile comme ça … Elle avait déjà échappé à ce qu'il pensait être une vraie mort des années plus tôt, mais cette fois, il ne pensait pas la voir revenir. Cette fois, il pouvait voir son corps. Sa gorge se serra fortement tout à coup.

« Harry. » demanda-t-il à bout de souffle, incapable de lâcher Marlène des yeux.

« Pardon ? » demanda l'homme, presque poliment, en jouant avec l'insigne doré sur sa cape.

« Harry. »

Les yeux de Sirius se posèrent sur l'homme.

« Il est vivant ? »

La tête de l'homme se pencha sur le côté, comme s'il essayait de comprendre Sirius. Sirius se demanda pourquoi il ne l'avait pas encore tué.

« Oui. » répondit l'homme après un silence.

L'espoir réapparut dans la poitrine de Sirius, plus fort et plus désespéré que n'importe quel Patronus. Il ne pouvait pas mourir ici, pas si Harry était encore en vie, pas s'il était tout ce qui lui restait. Et là où il y avait de l'espoir, il y avait de la magie. Elle explosa du corps de Sirius, illuminant le tunnel, faisant valser l'homme. Sirius sentit sa force disparaître, de la façon dont cela arrivait toujours après de la magie accidentelle, mais il se força à se lever, à attraper sa baguette et à remonter les tunnels qu'ils avaient déjà parcouru.

Ses jambes tremblaient, ses côtes lui faisaient mal – il n'avait fait que courir, grimper et utiliser beaucoup de magie – mais il insista.

Jusqu'à ce que quelque chose de dur et de chaud – un sort – ne le frappe dans le dos et qu'il ne tombe sur la pierre.


« … dingues … tous complètement dingues ! » cria quelqu'un avec force.

Sirius s'étira et se débattit en sentant quelque chose sur son visage. Un main attrapa la sienne et la repoussa.

« Au nom de Merlin, arrête de bouger ! »

Quelqu'un se mit à rire et Sirius, en reconnaissant le rire, se força à ouvrir les yeux.

Il était dans un bureau qu'il connaissait bien – le bureau de Scrimgeour, en fait – et l'homme en question était assis en face de lui, portant une robe à l'effigie des Serpent Sworn. Sa capuche, cependant, était baissée et les yeux dorés de Scrimgeour le dévisageaient derrière ses lunettes. La main de Sirius plongea sur sa poche et la personne qui s'occupait de sa tête laissa échapper un grognement de désapprobation et lui tira l'oreille. Sirius grimaça et essaya de se lever.

« Assieds-toi, Black. » dit calmement Scrimgeour.

Il sortit deux baguettes de sa poche – l'une appartenait à Sirius, l'autre était à lui – et les plaça sur le bureau entre eux deux. Sirius chercha à prendre la sienne, mais Scrimgeour lui bloqua la main.

« Oui- »

Leatherby, le guérisseur qui avait voulu faire oublier à Harry l'attaque des Détraqueurs dans leur cellule avant le procès, le fusilla du regard. Ensuite, il plaça les mains sur les épaules de Sirius et le força à se rasseoir sur sa chaise.

« -assieds-toi, Black ! »

Il tapa la tête de Sirius avec sa baguette – plus fortement que nécessaire – mais c'était le dernier de ses soucis.

« C'était vous ! » dit Sirius en fixant le responsable des Serpent Sworn.

« Très original, Black, nous n'avons pas déjà entendu ça trente fois aujourd'hui. » murmura Leatherby.

Scrimgeour avait l'air amusé.

« Alors ? »

« Épuisé, annonça Leatherby sur un ton professionnel. Mais il va vivre. »

Scrimgeour hocha la tête et montra la porte. Leatherby prit congé, se plaignant bruyamment de l'état mental défaillant des Aurors.

« Vous ? » répéta Sirius, sans être trop sûr de ce qui était en train de se passer.

La porte se verrouilla derrière Leatherby et Sirius fixa son attention sur Scrimgeour, qui s'adossa à sa chaise et croisa les doigts.

« C'était vous ? »

Bien sûr, cela avait du sens. C'était dans le bureau de Scrimgeour qu'il – ou plutôt Harry – avait vu le symbole et entendu le nom pour la première fois … Scrimgeour était celui qui s'était disputé à ce propos avec Amélia, après que les apprentis aient terminé leur leçon.

Scrimgeour était à un poste suffisamment important pour pouvoir fermer le Ministère pour une après-midi, pour que toutes les nouvelles concernant les Serpent Sworn lui soient transmises en premier lieu, de façon à pouvoir changer de tactiques, à être toujours en avance sur les autres … Scrimgeour, qui était habitué à gérer des soldats, n'aurait eu aucune difficulté à gérer une organisation telle que celle-ci …

Scrimgeour, à qui tout le monde faisait confiance, parce qu'il était si juste, si calme, à qui Sirius faisait confiance parce que Scrimgeour avait témoigné en sa faveur à son procès-

« Oui. Moi. » dit simplement Scrimgeour en se grattant le nez.

Il se rassit un peu mieux sur son siège.

« Enfin … Moi, les membres seniors de l'équipe des Aurors et quelques autres. »

Sirius cligna des yeux.

« Vous m'avez perdu. » avoua Sirius.

« Et bien ... Si nous nous étions appelés 'les Aurors' ou 'la société secrète de Scrimgeour', je pense que ça aurait été trop évident, tu ne crois pas ? »

Scrimgeour esquissa un léger sourire.

« Probablement, dit faiblement Sirius. Mais-Vous ? Blackburn a été tué, Fol-Oeil et Robards étaient des imposteurs et Marlène- »

Sirius força sa voix à fonctionner et quand il y parvint, elle sortit bien plus fortement qu'il ne l'avait anticipé.

« Vous l'avez tué, je l'ai regardé mouri- »

Scrimgeour leva une main et Sirius se tut parce qu'il était désarmé. Scrimgeour semblait satisfait de lui parler plutôt que de le tuer.

« Est-ce que tu as vu Blackburn mourir ? »

« Non, mais Hemsley a dit- »

« Oui, Hemsley. Un Auror te l'a dit. »

Scrimgeour croisa ses doigts et reposa son dos contre le dossier de la chaise. Sirius observa les baguettes sur le bureau, mais elles ne semblaient pas vouloir disparaître et il était en train d'obtenir des réponses.

« Je parie que tu ne l'as même pas remis en question. »

Sirius serra la mâchoire.

« Et Marlène ? lança-t-il. Je l'ai vu- »

« Philtre de Mort-vivante au bout de ma baguette, dit Scrimgeour. Une potion puissante. Quiconque examinerait le corps – comme tu l'as fait – se dirait qu'elle était morte, parce que la magie dissimule le pouls et la respiration. »

Il jeta un œil à son Sidekick.

« Elle devrait être réveillée maintenant. »

Même si Sirius avait quelque chose à redire à cela – il était trop occupé à essayer de ne pas sombrer dans l'espoir désespéré qui éclatait dans sa poitrine comme des feux d'artifice – Scrimgeour ne lui en donna pas la chance.

« Robards était le vrai Robards. Il a seulement fait semblant quand tu t'es montré suspicieux. Et Maugrey a pris du Polynectar pour se transformer, ce n'était pas un imposteur à court de potion. »

« Et Amélia ? demanda Sirius. Elle était- »

« -occupée à prendre du temps pour elle, à visiter sa famille et à rattraper de la paperasse en retard, dit Scrimgeour en souriant. Je pense qu'elle n'a pas très envie de revenir, d'ailleurs. »

« Quelqu'un a utilisé un Sortilège de Mort, dans l'Atrium- »

« J'espère bien que non. » répondit Scrimgeour, plutôt froidement.

Sirius croisa les bras.

« Des étincelles, Black, de la même couleur verte. J'admets qu'on a lancé des sorts plutôt dangereux, mais rien comme ça. Quelques fractures, des coupures, des brûlures sont à attendre – des deux côtés- »

Scrimgeour se frotta la joue, ce qui fit remarquer à Sirius qu'elle était plus sombre que le reste de son visage et qu'elle commençait à gonfler. Marlène avait toujours eu un solide coup de poing.

« -mais nous ne cherchions pas à tuer. On a tous des compétences en médecine et nous avions plusieurs guérisseurs à disposition- »

Il fit signe en direction de la porte par laquelle Leatherby était sorti.

« -au cas où la situation dérapait. »

« D'accord, dit Sirius, en pensant – avec beaucoup d'hésitation – qu'il croyait Scrimgeour désormais. Alors, en dehors du fait que vous et tout le monde dans ce service êtes complètement dingues … Pourquoi ? »

« Pourquoi ? »

« Pourquoi organiser un truc pareil ? Pourquoi blesser des gens – même si ce n'est pas permanent ? Pourquoi- »

« Tu l'as remarqué, j'espère, et tu as pris le temps d'apprécier que nous ne vivons plus en période de guerre. Parfois c'est facile d'oublier qu'il y a de vrais dangers là dehors et pas juste des petits voleurs et des gens trop stupides pour comprendre la différence entre ce qui est légal et ce qui ne l'est pas. »

Scrimgeour releva la lèvre.

« C'est très bien de s'entraîner, mais si un apprenti ne peut pas utiliser ce qu'il sait dans une situation réelle, alors à quoi bon s'embêter à le lui enseigner en premier lieu ? »

« Alors vous m'avez fait croire que mon meilleur ami m'avait trahi, que mon filleul était en danger, vous m'avez fait regarder une autre amie mourir pour- »

Sirius secoua la tête et prit une grand inspiration.

« C'était un test ? »

« Et bien, oui. » dit Scrimgeour, pas gêné le moins du monde.

Sirius supposa qu'il aurait du s'y attendre. Les Aurors pensaient différemment, de manière brutale et … sans émotions. Ça ne voulait pas dire qu'ils étaient cruels, mais ils se moquaient pas mal des blessures physiques et mentales … Ils diraient que c'était une façon de forger le caractère.

« Le test le plus poussé qu'on ait mis en place jusque-là, ajouta Scrimgeour, fier. Il y a trois ans, nous avons attaqué chaque apprenti individuellement, chez eux. Nous les avons traqué aussi longtemps que possible jusqu'à ce qu'ils perdent. Six ans avant ça, nous les avons kidnappé, individuellement aussi, leur avons donné l'opportunité de s'évader – pour voir s'ils repéraient l'issue – et on les a traqué. »

« Pourquoi faire ça en groupe cette année ? demanda Sirius. Pourquoi changer- »

« A cause de toi, répondit Scrimgeour. Après ton procès, il n'y avait aucune raison – à part le fait que tu sois rouillé – que tu ne sois pas capable de récupérer ton ancien poste. Crois-moi quand je dis que ce n'est pas du favoritisme, de vouloir te récupérer, mais plutôt que ce serait injuste de ne pas te donner ta chance … Bien sûr, au début, aucun problème pour te rappeler, mais quand les politiques ont eu leur mot à dire, c'est devenu bien plus compliqué. Et puisque je n'ai pas peur de donner des noms, ni Fudge, ni Croupton, ni Ombrage n'étaient heureux de ma proposition. J'ai réussi à offrir au Bureau des Aurors pas mal d'indépendance depuis que j'en ai pris la charge- »

Il inclina la tête d'une manière respectueuse en direction de Sirius et Sirius comprit qu'il faisait référence à son prédécesseur, Charlus Potter.

« -mais pas assez pour leur tenir tête face à un refus si clair … Mais bon, bien sûr, les Serpentards – comme les Gryffondors- »

Il adressa un nouveau signe de tête respectueux en direction de Sirius.

« -ont tendance à voir les refus comme des défis. »

Sirius sourit largement, incapable de s'en empêcher.

« Robards ne m'a pas informé quand il t'a demandé de l'aide par rapport à McKinnon, mais quand je l'ai découvert, je l'ai autorisé à continuer à travailler avec toi. Je pense qu'il a été surpris, en fait, mais j'espérais que tu trouves McKinnon et que je pourrais utiliser ça pour justifier ton retour dans le service … Et puis, McKinnon est finalement revenue d'elle-même. »

Scrimgeour l'observa à travers ses lunettes.

« Je n'ai aucun doute sur le fait que tu étais impliqué, mais Robards n'a pas expliqué comment dans le rapport officiel – et franchement, je crois qu'il vaut mieux qu'on ne sache pas- »

« Probablement. » confirma Sirius.

Scrimgeour avait l'air amusé.

« -mais à cause de ça, je n'avais rien pour appuyer ma demande. On aurait pu tirer des ficelles pour te faire entrer en formation, mais j'imagine que tu aurais été insulté par la proposition … Alors nous devions te tester, tester des choses différentes par rapport aux autres apprentis. En plus de tout ce sur quoi les apprentis étaient évalués, nous devions voir si tu étais capable d'être un meneur et c'est affreusement difficile à tester de manière individuelle. C'est pourquoi, cette année, nous avons gardé tout le monde ensemble. »

« Je n'ai rien mené. »

« Tu as essayé, dit Scrimgeour. Tu as fait valoir tes idées quand personne d'autre ne l'a fait, et les autres t'auraient suivi s'il n'y avait pas eu Hemsley. Son arrivée était un test, pour voir si tu te soumettais à son autorité. »

« Vous tous, dit faiblement Sirius. Vous avez vraiment beaucoup trop de temps libre- »

« Tout comme toi, dit Scrimgeour. Maintenant, tu en auras beaucoup moins. »

« -vous ne devriez pas plutôt être en train, vous savez, d'arrêter des types dans l'Allée des Embrumes, au lieu d'organiser des complots contre vos propres apprentis ? »

Sirius cligna des yeux, en réalisant ce que Scrimgeour venait de dire.

« Pardon ? » demanda-t-il.


Remus et Harry attendaient, impatients, devant la Cheminée de la cuisine du Square Grimmaurd. Ils regardaient leur montre toutes les cinq minutes et échangeaient régulièrement des regards nerveux en observant les flammes. Kreattur faisait les cent pas derrière eux, en se frottant les oreilles. Il les avait presque arraché quand Sirius l'avait appelé, même si Harry était présent pour lui offrir un contre-ordre et pour le rassurer sur le fait qu'il ne recevrait pas de vêtements (bien que Remus avait remarqué qu'il portait un tablier tout neuf, vert et rouge, qui devait être un cadeau de Noël).

Le parquet devant la porte d'entrée couina et Remus sauta sur ses pieds dans la seconde. Harry lui lança un regard inquiet et Remus se rassit. Il valait mieux ne pas être debout quand Sirius le frapperait, il tomberait de moins haut.

Les chaussures de Sirius apparurent en haut de l'escalier, puis ses jambes, puis son torse et finalement son visage, qui était pâle et plutôt sale. Ses yeux semblaient distraits. Sirius s'effondra en bas des escaliers. Remus et Harry échangèrent un regard choqué et bondirent de leur chaise.

« Patmol ? » demanda Harry, horrifié.

Kreattur était debout derrière lui, se tordant de nouveau les oreilles.

« Sirius ? dit Remus en levant sa baguette. Rennervate. Sirius ?! »

Sirius s'étira, mais son visage était blanc et ses yeux se plissèrent. Remus se pencha plus près, tandis que Harry se tournait vers Kreattur.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« Remus. » dit-il faiblement, en toussant.

Alors il grimaça et pressa sa main sur ses côtes. Il la retira et elle leur apparut ensanglantée. Le cœur de Remus manqua un battement et il leva le pull de Sirius pour regarder la blessure. C'est comme si quelque chose lui avait arraché un bout de peau. Remus sentit la nausée monter, mais il se força à se concentrer.

« Du Dictame, Harry, dit-il avec urgence. Vite. »

Harry, qui regardait la plaie avec une curiosité étrange, se leva et se dirigea vers le placard. Il semblait bien plus calme que Remus.

« Que- Sirius, qu'est-ce qui s'est passé ? »

« C'était un piège, gémit Sirius. Scrimgeour- il- je viens seulement de m'enfuir- tout le monde s'est fait tué, Remus. Marlène et Dora- »

Le cœur de Remus s'arrêta et des larmes firent leur apparition dans les yeux de Sirius.

« -je n'ai rien pu faire- »

Sirius gémit et se plia en deux.

« Non, dit Remus, le visage crispé. Non, Sirius, c'était un test, ce n'était pas censé- Dora n'est pas- c'est impossible, c'était juste un test, Sirius- »

« Tiens. » dit Harry en lui plaçant le Dictame dans les mains.

« Un test ? » souffla Sirius.

Les mains de Remus tremblaient tellement qu'il avait du mal à ouvrit la bouteille. Harry était appuyé contre la table de la cuisine, les regardant calmement.

« De quoi ? »

« Les Aurors devaient vous tester, toi et les apprentis. » bafouilla Remus.

Il abandonna sa tentative pour ouvrir le Dictame à la main et utilisa sa baguette.

« C'est tout ce qu'ils étaient censés- »

La respiration haletante de Sirius s'arrêta et il s'immobilisa. Remus se figea, le Dictame entre Remus et l'horrible blessure sur le flanc de Sirius.

« N- »

« Tiens. » dit la voix de Sirius, au-dessus de lui.

Remus leva la tête pour voir avec des yeux embués quelque chose de doré voler vers lui. Il l'attrapa instinctivement et il posa le Dictame près de Sirius, qui s'était assis et ressemblait de plus en plus à sa petite amie souriante dans la robe trop grande de son meilleur ami. Le vrai Sirius descendait les escaliers en chaussettes, portant dans ses mains les bottes d'équilibre de Dora. Il enlaça Harry, qui ne sembla pas du tout surpris de le voir. Remus essuya ses yeux et se laissa tomber au sol en grognant.

« C'est bien fait pour toi, pour nous avoir envoyé là-bas sans nous prévenir. » dit Dora, mais elle n'avait pas l'air furieuse.

En fait, quand Remus leva les yeux, elle lui souriait.

« Et j'adore mon cadeau, mais tu sais à quel point c'est galère de se faire discrète quand ce truc- »

Elle sortit le Scrutoscope de sa poche.

« -ne fait que siffler toutes les trente secondes ? »

« Je suis impressionné de voir qu'il est toujours entier. » dit Sirius.

Dora lui tira la langue.

« Je lui ai lancé tous les sorts anti-casse que j'ai pu trouver, dit Remus. Il est aussi costaud que du diamant. »

Dora arqua un sourcil en le regardant.

« Je sais que c'est bruyant … Je voulais juste te le donner pour que tu sois prévenu, ou du moins, je voulais quelque chose qui pourrait aider. »

Elle lui sourit et il lui rendit son sourire, nerveusement. Il ne regrettait pas de ne pas les avoir prévenu – ce n'était un test, après tout – mais il s'inquiétait qu'ils lui en tiennent rigueur.

« Tu ne comptes pas me taper dessus ? » demanda Remus, à moitié sérieux, en observant Sirius.

« Nan. » répondit Sirius.

Remus se leva doucement.

« J'étais … euh … moins convaincu quand je pensais que tu nous avais trahi et, et bien, envoyé vers la mort- »

Remus grimaça.

« -mais Scrimgeour m'a dit qu'il t'avait fait promettre de ne rien dire et de ne pas t'impliquer. »

« Je voulais dire quelque chose, dit Remus avec honnêteté. Mais en quoi ça aurait été spontané si vous aviez été prévenu ? Et vous étiez observé. S'ils avaient même pensé que je vous avais informé, ils auraient changé d'avis à propos du test- »

« Ça va, dit Sirius. Vraiment. »

Il sourit largement.

« Ça s'est plutôt bien fini. »

Il fit un signe de tête vers l'objet doré. Remus fut surpris de découvrir qu'il le tenait toujours dans ses mains et il le leva pour y jeter un œil. C'était un Sidekick, brillant et nouveau, avec Auror Sirius Black inscrit dessus.

Harry s'approcha pour mieux voir. Remus le lui lança et Harry l'attrapa sans effort, le retourna entre ses doigts et sourit largement.

« Félicitations, dit Remus en tapant dans le dos de Sirius. Bien joué, Siriu- »

« Ce sera Auror Black pour toi, Lupin. » dit Sirius avec un sourire narquois.

« Oh, nous y voilà. » murmura Harry.

« Hé ! » dit Sirius en tendant le bras pour ébouriffer les cheveux de Harry.

Remus ne vit pas le reste. Il savait que cela impliquait un cri – il ne savait pas qui l'avait lancé – et que Kreattur avait commencé à leur crier dessus que c'était l'heure du dîner, mais Dora croisa son regard et se mit à sourire à sa façon, joueuse, maligne. Remus pensa que la seule chose raisonnable pour lui répondre était de l'embrasser.

« Joyeux Noël. » murmura-t-il contre sa bouche.

Il sentait son sourire et vit ses cheveux prendre une teinte jaune, comme le soleil, avant qu'elle l'attire contre elle en tirant sur sa cravate couverte de Cornedrue.


Juste une petite note pour dire bravo à Psufix d'avoir deviné pour le test. L'hypothèse était la bonne et pourtant, c'était pas si évident !