Hello ! :)
Merci d'avoir ajouté l'histoire à tes favoris et de la suivre. J'espère que la suite te plaira.
Bonne lecture.
CHAPITRE 28 – Dumbledore
Un an. Violet avait cru y échapper. Vraiment. L'espoir ou la naïveté, sans doute, ou les deux. Les quelques jours avant le dix-sept juin avaient été pénibles, ainsi que les jours suivants, et tous les autres depuis deux semaines. Les crises de panique et les cauchemars l'avaient prises pour cible, ils l'avaient chassée avant de l'attraper. Violet était leur prisonnière, ligotée entre larmes et souffle coupé, tremblements et images effroyables. Elle était de nouveau la Violet de trois ans, celle de six ans et plus récemment, celle de treize ans.
Chaque fois qu'elle plongeait dans les bras de Morphée, Violet était propulsée au département des Mystères. Les murmures d'Harry, récitant la prophétie, rythmaient son cauchemar où Violet subissait la disparition de Sirius. Par l'Arche, son oncle s'envolait, suivi par chaque personne qu'elle aimait, celles parties trop tôt et celles qu'elle craignait de perdre.
Ses nuits étaient agitées. Les heures de sommeil lui manquaient. Une nouvelle fois, Violet se réveilla en sursaut à la recherche d'air qui brûlait ses poumons. Olivier – dont le sommeil était plus léger qu'une plume – s'inquiétait de jour en jour. Cette nuit n'était pas une exception.
— Tu es sûre que ça va ? Tu ne vas plus tenir sur un balai si tu ne dors pas.
— C'est une mauvaise période, répondit-elle en se grattant la tête. C'est normal, ça va passer, ne t'en fais pas.
Elle l'embrassa sur le front et se leva pour boire un verre d'eau fraîche – seul remède à ses insomnies. Violet parcourut le couloir, s'arrêta devant la table pour lire le titre d'article de Rita Skeeter, sorti quatre mois plus tôt.
Olivier Dubois : Excellent gardien, sauf de sa mémoire ?
Malgré le fait que Violet avait détesté la blague d'Erine et d'Olivier, elle avait préféré rire du stupide article de Rita Skeeter dont les informations n'avaient jamais été si fausses. En souvenir du gros échec de la journaliste, Olivier et Violet avaient choisi de garder le morceau de journal. C'était toujours un plaisir à lire.
Lorsqu'elle avança vers la cuisine, Violet se retourna, attirée par de discrets crépitements – comme un feu qui ne prenait pas. Quelque chose clochait avec la cheminée. De petites flammes naissaient pour s'éteindre dans de silencieuses explosions. Le cœur de Violet palpita, une personne tentait de se transporter chez eux, mais la fermeture du conduit l'en interdisait.
BOUM ! BOUM ! BOUM !
Les tambourinements contre la porte d'entrée la glacèrent. Violet prit une profonde inspiration, ses perturbations nocturnes auraient un point positif ce soir. Elle courut jusqu'à la porte et déverrouilla chaque serrure de sécurité à l'aide de sa baguette magique. Le dernier ouvert, Fred, George et Erine apparurent. Ils la bousculèrent pour entrer, sans un mot. Contrairement à leur arrivée à l'improviste, quelques mois plus tôt, ils étaient essoufflés et plus agités que jamais. Cette fois-ci, un événement grave s'était produit.
Olivier les rejoignit – en décrochant un bâillement. Fred annonça d'un ton grave, pourtant sa voix tremblotait – preuve de l'urgence :
— Poudlard a été attaqué.
Ils s'échangèrent des regards maladroits. Les yeux d'Erine rougissaient et l'estomac de Violet se retourna. Elle s'enveloppa dans ses bras, comment Poudlard – l'endroit le plus sûr de Grande-Bretagne – avait pu être attaquée ? Poudlard ne pouvait pas être attaquée, c'était impossible. Pas en temps normal, mais plus rien n'était normal depuis l'entrée d'Harry dans l'école de magie. Chacun réalisa peu à peu toutes les personnes mises en danger. La bouche de Violet forma une cercle parfait quand elle se remémora les mots de son père, quelques heures plus tôt.
— Mon père et Tonks étaient à Poudlard, pour une mission exceptionnelle, prononça-t-elle d'une voix blanche et elle essuya ses mains moites sur ses cuisses.
— Il y a eu un blessé grave et un mort, ajouta George, tête baissée. Si on va maintenant au Terrier, on aura le temps de prendre, nous aussi, la cheminette pour Poudlard. Nos parents s'y rendaient.
— Allez-y, dit Erine. C'est inutile de tous s'y déplacer. Si Holly est touchée, prévenez-moi immédiatement et là, j'arriverai.
Les jumeaux et Violet quittèrent l'appartement, abandonnant Olivier et Erine. Ils rejoignirent le Terrier, profitèrent des dernières secondes d'ouverture vers Poudlard pour disparaître dans la cheminée et atterrirent dans le bureau de la professeure McGonagall. Monsieur et madame Weasley étaient déjà là, tout comme Fleur – pourquoi tant de monde ? Et d'ailleurs, pourquoi les jumeaux avaient-ils été si vite mis au courant ? La professeure de Métamorphoses les accueillit, le visage pâle, totalement déboussolée. Violet trembla de tous ses membres, car Minerva McGonagall ne se laissait jamais s'accabler – pas en public, en tout cas.
— Suivez-moi… déclara-t-elle, le teint blafard.
Molly, Arthur et Fleur se précipitèrent dans les couloirs frais, d'où une brise tiède tenait à leur apporter réconfort. Violet fixait les jumeaux, qui n'avaient jamais été si sérieux. Ils étaient focalisés sur les quatre personnes devant eux, sans un mot, sans un sourire. La curiosité donna des coups au cœur de Violet, sa soif de savoir criait des questions auxquelles sa raison ne souhaitait pas avoir de réponses.
Les pas de Violet ralentirent pour qu'elle se retrouve derrière tout ce monde. Un blessé grave et un mort, avait dit George. Le cauchemar de ses nuits l'agressa. Elle croisa les doigts dans son dos. Violet pria pour que la réalité ne l'attrape pas et que ses visions nocturnes ne restent que songes.
Dans l'infirmerie, Violet compta toutes les personnes présentes et les identifia. Une à une. D'abord, la chevelure rousse de Ron et Ginny autour d'un lit. Les deux Weasley formaient un cercle avec Neville, Luna, Hermione et ouf… Harry et Holly. Sa seconde de soulagement fut interrompue par le coup de coude de Fred. Molly et Arthur, ainsi que Fleur se penchèrent au-dessus de la personne alitée.
Les jumeaux lui tirèrent le bras. Un hoquet saisit Violet. Si les personnes autour d'elle n'avaient pas été présentes, elle n'aurait jamais reconnu cet homme. Son visage était méconnaissable, déchiré comme un parchemin à jeter. Une substance verte y était étalée, pour limiter les dégâts certainement. Seuls les longs cheveux roux et la boucle d'oreille en crochet de serpent auraient pu lui mettre le doxy à l'oreille. Bill Weasley était la personne blessée.
Un cognard se déclencha dans le corps de Violet, frappant chacun de ses membres. Qui était mort ? Où était son père ? Où était Tonks ?
Plus proche de Bill, elle aperçut – dans l'espace entre Luna et Holly – son père, assis le visage entre les mains et Tonks. Violet abandonna Bill et évita la main d'Holly pour courir vers son père. Il releva la tête, quand il la reconnut, Remus se leva pour la prendre dans ses bras.
— J'ai eu peur qu'il ne te soit arrivé malheur, chuchota-t-elle.
— Ne t'en fais pas, ma Violet, je vais bien. Quant à Bill, il devrait s'en remettre.
Violet lui adressa un regard interrogateur. Son père soupira, comme s'il portait le poids du monde sur son dos – toute sa vie en était proche – et il s'expliqua :
— Greyback l'a mordu, mais il était sous forme humaine. Bill aura peut-être quelques signes du loup, mais il ne devrait pas en devenir un.
— Vous croyez que je ne voudrais plus me marier avec lui ? Ou c'est peut-être ce que vous espérez ? le coupa – involontairement – Fleur et Violet se dégagea de son père, mais celui-ci ne détacha pas son bras de ses épaules. Qu'est-ce que ça peut me faire, son physique ? Je suis suffisamment belle pour deux, il me semble ! Ces cicatrices montrent simplement que mon mari est courageux !
Les yeux de Violet s'écarquillèrent quand Fleur poussa madame Weasley et qu'elle saisit la main de Bill. L'expression de Molly fut extrêmement étrange, Violet n'y prit pas garde. Si Bill était le blessé grave, qu'il était hors de danger, qui… D'autant que la voix brisée de son père ne la rassurait pas. Une dernière fois, Violet parcourut la pièce des yeux. Il ne manquait pourtant personne !
— George a dit qu'il y avait un blessé grave et un mort, déclara-t-elle et les regards se posèrent sur elle. S'il s'agit de Bill, qui est mort ?
Quelques lèvres tremblèrent et des yeux s'humidifièrent, Harry s'agita et détourna le regard. La poigne de son père se resserra un peu plus. Ce fut Tonks, dont les cheveux ne perdaient pas leur gris souris qui annonça :
— Dumbledore est mort.
Depuis quelques années, Violet vouait une haine envers Dumbledore. Elle aurait cru ne rien ressentir face à cette perte. Pourtant, un sentiment étrange la parcourut. C'était l'empathie. Cette capacité qui lui permettait d'éprouver une certaine pour les personnes qui tenaient à Dumbledore et l'admiraient.
Une autre émotion la traversa, sûrement la plus forte. La peur.
Dumbledore était leur chef de guerre, depuis toujours, malgré toutes les mauvaises décisions. Qui s'en chargerait ? Sans compter que Voldemort craignait Dumbledore, tout comme le Ministère. Que se passerait-il maintenant ?
La tête de Violet pivota naturellement vers son père – dont les yeux étaient figés sur le sol, à la recherche d'une quelconque réponse. Les sourcils de Violet se froncèrent et sa bouche s'ouvrit quand elle comprit.
Son père la serrait contre lui parce que lui aussi avait peur.
Dumbledore était le créateur du plan. Il était celui qui avait tout dirigé. Dumbledore était le maître de cette partie d'échecs. Remus devait se poser mille et une question sur la continuité. Qui tiendrait les ficelles des pions ? Plus que tout, Violet en était certaine, il redoutait ce qui pouvait lui arriver. La partie était perdue d'avance.
Ce questionnement allait bien plus loin. Violet le comprit quand Harry évoqua le responsable de la mort de Dumbledore. Severus Rogue. Rogue avait touché du sortilège de la Mort le directeur de Poudlard. Rogue, en qui Dumbledore avait confiance. Rogue, qui connaissait parfaitement l'identité de Violet. Rogue, qui avait toujours détesté ses deux pères et Sirius. Rogue, qui irait tout raconter à Voldemort. Rogue.
Ses tremblements s'accentuèrent, incontrôlables. Les discussions autour d'elle n'existaient plus. Bill était affaibli. Dumbledore n'était plus. Harry et elle étaient plus que jamais en danger. Voldemort avait un coup d'avance. Ils étaient fini.
Pourtant quand Tonks s'adressa à son père ce qui provoqua le lâcher prise de ce dernier, elle n'eut pas d'autres choix qu'écouter.
— Regarde Fleur ! s'exclama Tonks, ce qui provoque le lâcher prise de Remus et Violet retrouva son audition. Elle veut toujours l'épouser, même s'il a été mordu. Elle s'en fiche !
— C'est différent, répondit Remus, tendu. Bill ne sera pas un loup-garou à part entière. Les deux cas sont très...
— Mais ça m'est égal ! Ça m'est complètement égal !
Tonks l'attrapa par le devant de sa robe et le secoua. Violet demeura immobile. Premièrement, elle n'avait pas à agir, cela ne la regardait pas. Deuxièmement et finalement, son père allait peut-être enfin réaliser que l'amour de Tonks était vrai et que ses appréhensions ne changeraient rien à cela.
Elle écouta les arguments de Molly et Arthur, mais son père s'obstinait à les contredire, répétant sans cesse les mêmes plates excuses. Violet roula des yeux, qu'il pouvait être immature ! Il tenta de changer de sujet, reportant l'intérêt sur Dumbledore. C'était sans compter sur la professeure McGonagall. ce qui eut le mérite de la faire rouler des yeux. Quand allait-il être capable de s'ouvrir et d'exprimer ses sentiments ?
— Dumbledore aurait été plus heureux que quiconque de penser qu'il y a un peu plus d'amour dans le monde, coupa-t-elle sèchement et Violet la trouva juste.
Son père se terra dans le silence. Même à trente-huit ans et après avoir été son collègue, il devait continuer de craindre l'autorité de la professeure McGonagall. La porte de l'infirmerie s'ouvrit pour laisser passer Hagrid qui sanglotait dans un grand mouchoir.
— Il faudra que je voie les gens du ministère quand ils seront là. Hagrid, s'il vous plaît, dites aux Directeurs de Maison – Slughorn peut représenter Serpentard – que je veux tout de suite les rencontrer dans mon bureau. Miss Lupin, puis-je vous demander de raccompagner Miss Green et Miss Lovegood à la tour des Serdaigle ?
— Bien sûr, Professeure McGonagall.
Sans lui adresser un mot et un regard, Remus embrassa Violet sur le front. Puis, elle rejoignit Holly et Luna, qui se séparèrent du reste du groupe. Toutes les trois quittèrent l'enceinte de l'infirmerie et parcoururent les couloirs dans un profond silence.
La lune éclairait avec timidité la pierre ancienne du château, leur apportant un filet de visibilité. Une douce brise estivale fit voler avec la délicatesse d'un battement d'ailes de papillon leurs longs cheveux. Violet observa Holly, qui se mordillait la joue – sûrement pour se retenir de parler – et divagua sur Luna, qui contemplait le ciel étoilé avec rêverie.
— Albus signifie « blanc et lumineux », brisa-t-elle le silence, d'une voix calme. Comme la lune de ce soir.
— Ton père pense que Poudlard va définitivement fermer ses portes, laissa échapper ses pensées Holly maintenant que des paroles avaient été prononcées. Tu le crois aussi ?
— Dumbledore était une figure importante de l'école surtout par un temps de guerre comme celui-ci, admit-elle. Plusieurs professeurs sont capables de prendre cette relève.
— Tu penses à la Professeure McGonagall, n'est-ce pas ? demanda Holly.
— En effet. Tout dépendra de la décision du conseil d'administration et du Ministère. En fonction, l'école pourra peut-être poursuivre son enseignement et les parents auront peut-être confiance en la nouvelle personne à la tête de Poudlard.
— Cela fait beaucoup de peut-être, murmura Luna.
— Je ne peux faire mieux malheureusement.
Violet aurait aimé rassurer les deux Serdaigle et leur promettre un radieux futur pour leur école. Cependant, elle n'avait aucune information. Personne n'en avait à l'heure actuelle. L'avenir de tous était incertain et Violet refusait de leur mentir. Arrivées au heurtoir de l'aigle, elle les abandonna. Holly l'étreignit d'une grande force et lui chuchota à l'oreille :
— Il faut vraiment qu'on se soutienne tous maintenant. Nous sommes tous dans le même bateau. On restera forts, ensemble.
Violet sourit à Holly. Les mots étaient choisis avec excellence. Holly cherchait à lui donner espoir. Son amie savait pertinemment tout ce qui se passait dans son esprit car Holly était ainsi : observatrice, sensible, mais surtout empathique.
Avant de retrouver les jumeaux, Violet admira une dernière fois ce ciel sombre dont les étoiles brillaient d'une lumière étincelante. Comme leur monde, malgré l'obscurité qui régnait, il y aurait toujours des étoiles pour la combattre. Ses yeux trouvèrent la lune, Luna avait raison. L'astre n'avait jamais été aussi blanc et lumineux – pas hors soir de pleine. Elle parcourut une à une les étoiles jusqu'à trouver celle de Sirius. Ses paupières se fermèrent et Violet s'adressa à elle-même, espérant que ses mots s'envolent jusqu'à être entendus plus haut :
— On est ensemble. Faites que tout se passe bien.
30 juin 1997
La cérémonie se déroulait autour du Lac Noir, endroit où Dumbledore avait souhaité reposer éternellement. L'assemblée se densifiait au fil des minutes. Bien entendu, l'entièreté de l'Ordre du Phénix était présente. Des personnalités importantes telles que le Ministre et membres du Ministère, Madame Maxime – Directrice de Beauxbâtons – avaient aussi effectué le déplacement.
Près d'eux, Violet observait d'un œil son père, main dans la main avec Tonks dont les cheveux avaient retrouvé ce magnifique rose. En quelques jours, Remus avait enfin réalisé que les temps de tous étaient comptés et que profiter était la meilleure solution. Violet en était soulagée.
Le quintet était venu, ensemble, à l'enterrement de celui qui avait été leur directeur. Parmi toutes les chaises, ils avaient choisi celles du milieu. De leur place, ils n'eurent aucun mal à apercevoir les élèves de Poudlard qui arrivaient en rang pour rendre un dernier hommage au Professeur Dumbledore. La professeure McGonagall et les Directeurs de Maison indiquèrent aux élèves quatre rangées distinctes où ils se placèrent par maison – comme toujours.
— Je l'avais bien dit que Leo lui plaisait, déclara Erine, en se dandinant de fierté.
Violet, Olivier, Fred et George suivirent les yeux onyx d'Erine posés vers les élèves de Poudlard. Ils découvrirent la main d'Holly, entremêlée à celle de Leo Perry. Leur contemplation ne dura qu'un millième de seconde. Au bout de l'allée, Hagrid apparut. Entre ses mains, le corps de Dumbledore était enveloppé de velours pourpre parsemé d'étoiles d'or. Les Êtres de l'eau entamaient un chant dans une langue que Violet ne connaissait pas, mais ses poils se hérissèrent à l'écoute de ses notes puissantes.
Violet suivit du regard Hagrid. Inconsciemment, ses pupilles tombèrent sur Harry – entourés de ses deux précieux meilleurs amis et de Ginny. Violet le savait bouleversé, car – contrairement à elle – Harry tenait à Dumbledore. Harry aimait Dumbledore. Pour son frère, Violet eut un pincement au cœur.
Elle regretta d'être aussi loin de lui et que cette assemblée ne soit pas intime, sans quoi elle aurait pu soutenir son petit frère. Violet reporta son attention sur le drap en velours déposé sur une table en marbre blanche. Un petit homme s'avança, la cérémonie commençait.
Malgré tout le respect qu'elle devait à Dumbledore, Violet préféra ne pas écouter. Elle ne supporterait pas les mots élogieux. Sa main trouva celle d'Olivier, qui lui caressa la peau de son pouce. Puis elle admira les Êtres de l'eau dont la peau violacée brillait sous les rayons du soleil. Elle se contenta d'ainsi, juste présente.
C'était bien connu. Violet n'était pas une grande admiratrice d'Albus Dumbledore. Elle ne commencerait pas, maintenant qu'il était mort, cela aurait été bien hypocrite. Cependant, elle se devait d'être présente. Non pas pour le défunt, mais pour les personnes qui restaient. Violet devait être présente pour eux, pour soutenir toutes les personnes qu'elle aimait qui, eux, appréciaient Dumbledore.
Car la Mort n'était pas la plus dure pour ceux partis, Elle l'était pour ceux qui vivraient sans eux.
Quand la table de marbre fut recouverte, Violet se trouva soulagée. Elle n'avait assisté qu'à l'enterrement de Lyall et l'ambiance pesante commençait à lui rappeler ce terrible moment – qu'elle espérait revivre le plus tard possible.
Parmi toute la foule qui adressait un dernier au revoir à Dumbledore, Violet distingua son père qui lâchait la main de Tonks après lui avoir murmuré quelques mots. Il partait s'isoler, loin de la foule. Violet n'en doutait pas. Son père détestait se montrer en public et il avait une fâcheuse tendance à refouler ses sentiments afin de tenir bon pour les personnes restantes.
Violet ne comptait pas le laisser seul. Il avait été son protecteur pendant toutes ces années, il avait toujours tout donné pour elle. C'était à son tour de lui rendre la pareille. Elle était sa lueur d'espoir et elle continuerait de l'être aussi longtemps qu'elle le pourrait, aussi faible que la lueur était.
Aujourd'hui, Violet était toujours là, c'était suffisant.
Elle lâcha la main d'Olivier et se faufila à travers ces multitudes de personnes jusqu'à retrouver l'air. Le brouhaha s'estompa et ses oreilles la remercièrent. Ses chaussures écrasèrent l'herbe verte et Violet s'approcha doucement de son père. Face à lui, elle posa une main sur son épaule. Dans un sourd grognement, il lui dit :
— Je m'excuse de ne pas avoir été aussi présent. Tu as subi deux grosses pertes d'affilée, deux personnes à qui tu tenais et...
Son père inspira avant de poursuivre :
— Je n'ai pas su te protéger comme il le fallait.
Si le moment avait été approprié, Violet aurait soufflé. Encore une fois, son père doutait de lui. Pourtant, Violet avait dix-neuf ans. Elle avait quitté le nid familial qu'il lui avait construit. Elle était une adulte. Mais il voulait toujours être à la hauteur. Son père doutait encore, et encore, et encore. Au bout de quinze ans à prendre soin d'elle, il croyait toujours ne pas faire assez alors qu'il avait toujours fait.
— Ce n'est pas la question, murmura-t-elle. Crois-moi, tu as toujours fait le nécessaire. Et... Je n'étais pas aussi proche de Cedric comme tu l'étais de Dumbledore. Tu souffres beaucoup plus.
Son père déglutit. Il leva les yeux vers le ciel, comme s'il demandait une quelconque force. Violet adoucit son visage, il allait s'ouvrir. Alors, elle fit apparaître deux chaises – qui provenaient de l'assemblée – et ils s'assirent. Violet glissa ses jambes pour lui faire face.
— Sirius était le seul ami qu'il me restait... Le seul. J'ai à peine eu le temps de le retrouver et vous... Harry et toi n'avez même pas eu le temps de vraiment le connaître, de profiter de lui...
Comme toujours, Violet aurait aimé lui répondre. Ce n'était pas toujours ce que les personnes en souhaitaient. Parfois, une oreille attentive était le seul besoin.
— Nous ne te le montrions pas, car nous voulions que tu profites de Sirius et qu'il apprenne à connaître la jeune fille que tu étais devenue. Les premières semaines ont été compliquées. Nous étions deux meilleurs amis, heureux de se retrouver, mais emplis de culpabilité d'avoir cru l'autre traître. Tous les deux, nous culpabilisions de la mort de nos amis. Et... J'ai dû lui apprendre la mort de Mary, aussi tragique que les autres. C'était difficile pour Sirius. Un coup en plus s'ajoutait à son traumatisme. Mary est morte, persuadé qu'il était coupable. Une dose de culpabilité en plus pour Sirius, il imaginait qu'elle serait encore là si elle avait su que ce n'était pas lui. Et moi, je regrettais encore plus de ne pas m'être acharnée auprès de Dumbledore pour que Mary reste avec nous.
« Je devais faire comprendre à Sirius le plan de Dumbledore. Encore une fois, ce fut compliqué. Du grand Sirius Black. Il a été difficile de se faire réellement confiance. Et puis, il y a eu le Tournoi des Trois Sorciers où Sirius s'inquiétait pour Harry. Moi aussi d'ailleurs, mais je devais aussi penser à toi. Tout s'est enchaîné.
« Finalement, nous avons été là l'un pour l'autre sans pour autant réussir à retrouver ce lien que vous nous aidiez à retrouver. Il est parti trop tôt. Comme tous.
Une pause fut nécessaire pour que Remus accepte que ses larmes s'échappent, Violet baissa les yeux le laissant dans sa pudeur. Ce court instant lui permit réflexion. Elle avait cru les retrouvailles si simples et naturelles. Une nouvelle fois, leurs parrains avaient gardé le pire pour eux, afin de donner le meilleur à Harry et elle. Violet n'avait jamais imaginé toutes ces subtilités, invisibles à ses yeux. Son père ne lui accorda pas plus de temps, car il enchaîna. Elle sut que son tour était venu de le rassurer, car elle avait fini par tout comprendre.
— Je n'ai jamais eu entièrement confiance en Dumbledore.
— Je le sais, murmura-t-elle et il se retourna vers elle, surpris. Je l'ai compris après coup. Enfin un peu... Tout a pris sens après vos révélations.
Son père fronça les sourcils, la poussant à poursuivre. Violet s'adossa à la chaise et entortilla une de ses boucles à son doigt avant de la relâcher.
— Dans le coffre de Gringotts, j'ai retrouvé des échanges entre maman et toi. Elle avait toujours confiance en toi. J'ai pu lire que, depuis le début, tu doutais du choix de s'être engagé dans cette guerre, de suivre tout le monde. Non, pas par lâcheté, tu ne seras jamais lâche, tu craignais de votre bien-être. J'ai lu que tu craignais le futur. Maman t'a rassuré et vous étiez tombés d'accord sur le fait que vous ne pouviez avoir confiance qu'en vous. Et puis... J'ai réfléchi. A tout.
Elle s'arrêta pour organiser ses pensées. Dans cette histoire, tout n'était qu'une affaire de détails.
— Tu n'as pas confiance en Dumbledore, tu estimes juste lui devoir énormément. Il t'a beaucoup donné et, même si je pense que cela l'a aidé à se servir de toi, tu avais la sensation de lui être redevable. Dumbledore t'a permis de suivre une scolarité des plus normales et de te faire des amis. Il t'a offert un travail, même si je suis persuadée que cela aurait pu commencer bien plus tôt et ne jamais se terminer. Mais surtout... Je suis certaine que tu penses lui être redevable par rapport à moi. Tu as donné toute ta vie pour moi et... Le plan de Dumbledore permettait de me garder en lieu sûr, hors de danger. J'étais la seule personne qu'il te restait de tes meilleurs amis. Avec le plan, tu étais sûr que je vivrai. Donc je comprends que tu aies voulu le suivre et que tu as toujours continué.
« Après coup, j'ai refait tous les plans dans ma tête. J'ai remarqué tout ce que j'étais incapable de voir à l'époque. J'ai remarqué que tu en voulais à Dumbledore de m'avoir parlé ainsi, mais tu ne pouvais pas aller contre lui. Je l'ai compris car malgré tous mes accès de rébellion envers lui, tu n'as jamais vraiment haussé le ton. Tu ne m'as jamais convaincue d'avoir confiance en lui car toi-même tu ne l'avais pas. C'est en toi que tu voulais que j'ai confiance car tu savais ce que tu faisais pour moi. Je comprends que tu voulais que je reste dans les rangs car Dumbledore était le chef et qu'il est le seul sorcier que Voldemort craignait.
Les yeux bleus de son père s'embrumèrent d'une fine couche de rosée, elle lui enlevait le poids de la culpabilité.
— Je suis quand même désolée pour cette perte, ajouta-t-elle.
Son père ne prononça aucun mot, son visage était assez expressif : il la remerciait. Violet pivota la tête vers toutes les personnes rassemblées. Elle repéra les cheveux roses de Tonks, cette dernière discutait avec Olivier et ils regardèrent dans leur direction.
— Je suis contente de voir que tu aies retrouvé Tonks, dit Violet. Tu as perdu beaucoup de personnes que tu aimais. Cela aurait été dommage de laisser filer celle que tu as. Tu as bien longtemps été seul et... Je sais que tu l'aimes. Je suis contente.
— Ta sagesse m'impressionnera toujours, ma Violet.
— J'ai appris du meilleur.
Les lèvres de son père s'étirèrent, reconnaissant. Il posa la main sur les cheveux de Violet et les caressa, comme il n'avait jamais cessé de le faire. Son regard changea, peiné. Violet fronça les sourcils. La conversation n'était pas terminée, elle devina que la suite ne lui plairait. Le plan passait à l'étape supérieure.
— Tu ne vas pas pouvoir continuer à jouer dans la Ligue, ma Violet.
— QUOI ? cria -t-elle. Pourquoi ? Non ! C'est non ! On est qualifiés ! Je ne peux pas abandonner l'équipe !
— Olivier et toi ne pouvez pas continuer à être exposés aussi publiquement. Personne ne sait quelles informations Rogue va donner à Voldemort. Après ce qu'il a fait, il n'y a aucune raison pour qu'il taise ton existence.
— Vous ne pouvez pas faire cela à Olivier, s'opposa-t-elle, la voix tremblante.
— Il est d'accord.
Bien sûr.
Jamais son père ne lui aurait annoncé sans l'accord d'Olivier. Le cœur de Violet se brisa, miette par miette. Qu'aurait dû dire Olivier ? Lui qui ne souhaitait que son bien. Une forte envie de pleurer la secoua, Violet ravala ses larmes qui s'assemblèrent pour former une boule dans sa gorge. Olivier brisait son rêve, pour elle. Elle qui aurait aimé vivre la plus belle des histoires d'amour avec lui ne lui apportait que de la peine.
Maintenant qu'il était dans le plan et acceptait de jouer les pions, Violet ne pouvait faire marche arrière, car Olivier n'y reviendrait pas.
Une douleur tiraillante naissait à chaque morceau que son cœur perdait. Vive. Tenace. Déchiré.
— Erine va vous écrire un arrêt pour maladie, détailla son père, elle ne fut plus surprise de découvrir qu'ils savaient tous. Vous resterez chez vous pour le moment, on avisera.
— Laissez-nous les quarts de finale. Juste les quarts, s'il te plaît, le supplia-t-elle au bord de l'effondrement.
— Vio... On ne peut pas...
— Je suis Violet Lupin, poursuiveuse du Club de Flaquemare. Je suis dans tous les journaux ! S'ils veulent me trouver, ils me trouveront. Un match supplémentaire ou non. Si tu ne le fais pas pour moi, fais-le pour Olivier. Nous jouons contre les Pies. Avec un peu de « chance », ils gagneront et Olivier n'aura rien perdu. S'il te plaît, papa. Juste les quarts.
— J'en parlerai avec Kingsley et Fol Œil.
— Merci.
La tête de Violet s'écrasa sur sa poitrine. Elle essuya une larme qu'elle n'avait pas su contenir et son père continua de lui caresser les cheveux. Violet pensa à Olivier. La boule dans sa gorge grossit, les larmes étaient rejointes par la culpabilité. La vie d'Olivier n'avait plus de sens, par sa faute. « Quidditch avant tout », mais bien sûr… Olivier n'avait rien demandé, elle l'avait emporté dans une montagne de problèmes. Une qu'ils ne surmonteraient pas.
— Ne cherche pas à perdre Olivier, dit son père. Tu as de la chance de l'avoir, ce serait dommage de le laisser filer.
Violet ne résista pas au sourire qui se faufila sur son visage quand son père utilisa ses propres mots. Cependant, il disparut aussi vite qu'il avait pointé le bout de son nez quand son père ajouta :
— Olivier n'a pas hésité une seconde.
— Je sais. Et c'est bien le problème.
Leurs regards s'associèrent pour regarder les deux mêmes personnes : Tonks et Olivier.
Quoi qu'ils pensaient, Remus et Violet étaient, en effet, chanceux. Ils se devaient d'accepter toutes les concessions que Tonks et Olivier, que chaque personne de leur entourage, étaient prêts à faire pour eux, car eux-mêmes auraient fait ces choix.
Il était l'heure d'accepter pour mieux profiter du temps qu'il leur restait.
Voilà :)
Ce chapitre vous a-t-il plu ?
Bon... Je ne sais pas trop quoi poser comme questions car cela reste un passage assez fidèle des livres. Les réactions de Violet vous ont semblé justes ? Holly, a-t-elle raison ? Violet sera-t-elle entendu ?
Au sujet de la discussion de Remus et de Violet, quelques remarques ? J'imagine que dans la timeline de Celle-Dont-On-Ne-Prononcera-Pas le-Nom, Remus a entièrement confiance en Dumbledore, enfin je crois d'après ce qu'on sait et voit. J'aime croire qu'il n'a pas cette confiance aveugle, pourtant. Même si Dumbledore a fait des choix nécessaires pour l'avancée de la guerre, je doute qu'une personne saine d'esprit continuerait de suivre, sans le moindre doute, le chef d'un "clan" de guerre pendant laquelle ses amis sont morts. Ce n'est que mon point de vue.
C'est pour cette raison que j'ai voulu nuancer, ici. D'autant plus que dans la timeline de Vous-Savez-Qui, Violet n'existe pas. Il s'est passé beaucoup dans la vie de Remus, en plus, ici. Donc, cela me semblait évident. Bref, j'espère que la conversation vous a plu et vous a semblé cohérente.
Bon... Le Quidditch est, une nouvelle fois, annulé. Qu'en pensez-vous ? Les réactions d'Olivier et d'Erine, mais surtout celle de Violet ?
Bref, le prochain et dernier chapitre de ce tome arrivera donc... la semaine prochaine. Je suis toute émue. J'ai à la fois si hâte et si peur de partager le Tome 4.
Je disais donc, au prochain chapitre "Un rayon de lumière dans l'obscurité" : ... Non. En fait, je ne dis rien. Ce serait trop vous dire ahah. Autant garder un peu de surprise. Je peux quand même vous dire qu'on va rencontrer deux nouveaux personnages (pas OC, des personnages bien présents dans le canon).
A bientôt.
Blue.
