Bonjour, bonsoir ! Je suis heureuse d'enfin vous retrouver (coeur)
Mauvaise nouvelle : mon ordi a planté.
Bonne nouvelle : les fichiers contenant mes histoires sont sur mon onedrive.
Cependant, je n'ai plus d'ordi donc c'est un peu compliqué de mettre en ligne. J'emprunte actuellement celui de mon copain, mais ce n'est pas pareil. Sans parler que je vais bientôt entrer dans le dur de mes révisions pour les écrits de mon concours dooonc je tâche de mettre le chapitre dix pour au moins réussir à vous offrir une partie entière de l'histoire, et qui peut se suffire à elle-même si au grand malheur je ne parvenais pas à écrire la suite de Nec spe nec metu pendant les mois d'été (quand mon concours sera passé).
Nous voici donc réuni.e.s pour le dernier chapitre de cette première partie niaise de cette fanfic niaise, j'ai nommé : Morceaux de désirs - Août enfiévrés héhé. Rien de -18 malgré le titre (pourquoi ai-je nommé ce chapitre 10 ainsi déjà ? hum il y a forcément une raison, ça va me revenir, et si c'est erreur, j'apporterai correction, fichtre), beaucoup de mignonnerie et de douceur, et d'un peu d'autres choses, à l'image de cette histoire niaise.
Merci Titou Douh de suivre encore autant cette histoire ! Zoely est la meilleure amie d'Ambuela pour une bonne raison, je te rassure hihi. Voilà la suite promise... je te promets plein de rebondissements !
Des bisous (et faites des sauvegardes externes, cloud et tout de vos fichiers, par la Merlin Merci) et bonne lecture,
Ju'
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Chapitre 10, Morceaux de désirs – Août enfiévré
« J'en reviens pas.
— Je te dis qu'on n'a rien fait finalement !
— Mais tu voulais quand même ! »
Aristote papillonna des yeux et passa ses doigts dessus lorsque ses globes oculaires le brûlèrent. Où était-il déjà ?
« Et alors ? Qu'est-ce que ça peut te faire ?
— Dans mon lit, Ambu, tu abuses ! »
Ah oui. Ambuela. Chez Zoely Zabini. Un très maigre rayon de lumière passait à travers les volets. Quelle heure était-il ?
« C'est toi qui abuses ! Non mais tu as vu ce que tu as dit à Aristote hier ? Si j'avais été lui, je serais parti !
— Pff, il se respecte pas si tu veux mon avis. L'horrible l'a tellement écrasé que…
— Ne parle pas d'elle ! Aristote est quelqu'un de bien, de gentil, d'amusant, de… je me sens bien avec lui. Je l'aime, et lui aussi il m'aime. Et il m'aime bien.
— C'est ça, il t'aime bien, et une fois qu'il aura ce qu'il veut, il te laissera, comme les autres ! Tu veux que je te parle de Finn ? De Romuald ? De…
— Mais c'était différent ! C'était pas vraiment de l'amour, c'était… c'était pour le cul !
— Oh tu les aimais, mais exact, ils voulaient ton cul, et juste ton cul ! Finn a fait le passage, et les autres… »
Le son d'une gifle qui raisonna fit sursauter Aristote. Il se redressa aussitôt, les yeux écarquillés malgré le poids de ses paupières. Qu'est-ce qui se passait encore ? Elles ne s'étaient pas assez fâchées la veille ? Il vit qu'il n'était que quatre heure et demie du matin à sa montre à gousset. Il se leva silencieusement et chercha ses vêtements pour se rhabiller. La suite le figea.
« Je te remercie, grinça la voix acerbe de Zoely Zabini. Je te disais donc que ton Aristote est un Sang-Pur, un Parkinson : un Vingt-Huit. Il t'aime peut-être, il t'aime peut-être même bien, comme tu dis, et c'est vrai qu'il n'est pas imbuvable comme les autres, mais le jour où il faudra vraiment s'engager, le mariage ou même rendre ça public, il n'assumera pas de fréquenter une personne qui ne fait pas partie des Vingt-Huit et il te jettera comme une malpropre. Donc fricote avec lui si ça te chante – et pas dans mon plumard – mais te fais pas d'idées, d'accord ?
— Mais je t'ai dit que…
— Vire-le de chez moi, et traîne pas : tu es déjà en retard aux vignes. Et moi aussi je suis en retard, donc j'y vais. À plus tard. »
La porte qui claqua la seconde d'après et le cri rageur d'Ambuela tordirent le ventre d'Aristote. Alors c'était pour ces raisons que Zoely Zabini s'était montrée si infecte avec lui ? Parce qu'Ambuela avait connu trop d'hommes qui s'étaient moqués d'elle ? Parce qu'il ne serait qu'un autre de la même sorte ? Parce qu'il l'abandonnerait à cause de son nom ?
Il descendit mollement les marches de l'escalier en laissant ses yeux s'attarder sur Ambuela à travers les barreaux de la rampe. Ses pieds étaient nus sous sa robe à motif de cerises, cette robe qu'elle portait déjà le jour où il l'avait rencontrée. Les plis froissés du tissu lui rappelèrent les minutes qui avaient précédé son sommeil, celles durant lesquelles elle s'était dévêtue, celles durant lesquelles ils s'étaient embrassés et caressés à en perdre haleine.
Lorsqu'il remonta ses yeux vers son visage et qu'il remarqua sa bouche pincée, si loin de celle tournée en un sourire généreux, il s'arrêta. Face à elle, sur la dernière marche, il se demanda ce qu'il devait lui dire pour la rassurer, pour la convaincre de ne pas écouter son amie… Ce qu'il devait dire. Le cœur en miettes, il observa les traits tremblants d'Ambuela avec ses yeux douloureux. Il ouvrit la bouche pour parler, sa bouche pâteuse le fit grimacer. Le poids sur son cœur se fit plus lourd lorsqu'elle se retourna, la tête rentrée dans les épaules.
« Ambuela… »
Sa main s'était levée d'elle-même pour rattraper la main d'Ambuela. Il n'eut même pas à tirer dessus pour qu'elle se retourne et le regarde en soupirant.
« Vous avez entendu, c'est ça ? marmonna-t-elle en reprenant sa main pour croiser les bras devant elle.
— Un peu, oui, en convint-il.
— À partir de quoi ? soupira-t-elle encore en se laissant tomber sur l'une des trois chaises de la pièce.
— Vous pensez vraiment que je vous abandonnerai à cause de ce registre ? » demanda-t-il aussitôt.
Il la regarda se relever en soupirant et aller chercher deux verres propres qu'elle remplit avec l'eau du seau. Elle attrapa une boîte en fer dans le placard, l'ouvrit pour regarder dedans, et revint vers lui pour poser la boîte ouverte sur la table. Quelques gâteaux secs se trouvaient encore dedans. Puis elle récupéra sa baguette sur le fauteuil, l'agita en revenant s'asseoir sur la chaise pour faire voler les deux verres jusqu'à eux. Il attrapa le sien en voyant le regard insistant qu'elle lui lançait. Il accepta même de s'asseoir en face d'elle avec la nette impression qu'il n'aimerait pas la discussion qui suivrait.
« Si je veux le savoir, je vous le demande », finit-elle par dire avant de boire le verre d'eau.
Il la regarda avec stupéfaction à la suite de cette réponse. Lorsqu'elle passa ses mains sur son visage avec exaspération, elle lui parut gagner trois ou quatre ans en quelques secondes.
« Zoely s'est fait abandonner devant l'autel par Rodrigue Rowle à la sortie de Poudlard à cause de ces raisons. C'est le cousin du mari de ma cousine. On est tous consanguins comme elle dit, commenta-t-elle avec sarcasme. Les Fortescue ne sont pas sur le Registre, même si ma grand-mère est une Yaxley, et que ma mère est une Greengrass et que l'épouse de mon oncle vient de la famille Travers. Tout ça pour une histoire de cœur. Un cousin éloigné Fortescue a épousé la fille que convoitait le fils de Teignous Nott de ce que j'ai compris, et les Nott n'ont pas aimé. Même si officiellement c'est parce que la sœur de mon père est mariée à un sorcier au nom trop moldu quoique tous sorciers depuis plusieurs générations. Ma Grand-mère et mon oncle sont allés faire des ronds de jambes auprès du vieux Nott pour changer ça en vain, ils se sont fâchés avec ledit cousin, et ils ont failli se fâcher aussi avec mon père et la sœur de mon père. Moi, ça me barbe, ces histoires, tellement c'est stupide et raciste même s'ils ne veulent pas le reconnaître. Et c'est pareil pour vous, sinon vous ne m'auriez pas parlé davantage en connaissant mon nom, non ? Et vous n'auriez pas attendu un mois pour me demander un rendez-vous ni encore trois semaines sans fricoter – comme dit Zoely. Donc je n'ai pas besoin de vous poser la question. »
Rodrigue Rowle… ça y est, ça lui revenait. Arcturus et Pollux en avait parlé l'an passé lors d'un repas. Rodrigue était parti en Europe continentale pour du commerce le lendemain de son mariage – qui n'avait pas eu lieu – et on ne le croisait plus beaucoup lors de réceptions depuis lors.
« La pauvre », commenta-t-il simplement avant de boire son verre d'eau.
Il se passa la main sur le visage en repensant aux mots amers de Zoely Zabini. Il pouvait comprendre ses réticences à présent. Même si elle avait été un peu trop violente tout de même. Même si son attitude à lui avait toujours été… bienveillante envers Ambuela.
Il posa sa main sur la table pour qu'Ambuela lui donne la sienne, ce qu'elle fit aussitôt en lui souriant, à son plus grand soulagement. Il en caressa le dos un moment avec son pouce pour se rassurer au contact de sa peau chaude et sucrée.
« Il y a tant d'hommes qui vous ont blessée ? » finit-il par demander du bout des lèvres.
Le peu de lumière qui était revenu sur le visage d'Ambuela s'éteignit aussitôt.
« Je vous ai dit que j'avais eu un chagrin d'amour, c'était à Poudlard, c'était il y a longtemps, répondit-elle en détournant les yeux.
— Vous avez quitté Poudlard il y a un an. Et Zoely a cité deux prénoms », rappela-t-il avec précaution.
Il ne resserra pas sa prise sur sa main de peur de se montrer trop insistant. Elle avait été la première personne avec laquelle il avait pu parler aussi librement de son chagrin d'amour, de ses craintes et de ses hésitations concernant ce sujet… Il n'avait jamais réussi à demander des conseils auprès de Pollux et Irma, puisqu'il ne voulait pas attiser leurs soupçons. Et toujours, elle avait été d'une douceur et d'une écoute incroyables. Il voulait faire montre de la même attitude à cet instant, une attitude qu'il avait aimée et admirée chez elle. Une attitude qui lui avait fait du bien. Une attitude dont il avait découvert l'existence dans ses bras et sous son regard tendre. Une attitude qu'il voulait à présent offrir à Ambuela.
« Je ne vous oblige pas à en parler bien sûr, ajouta-t-il plus doucement. J'ai seulement l'impression que vous minimisez ce qui vous a blessé, comme j'ai longtemps pu le faire dans mes propres affaires. »
Elle leva douloureusement les yeux au plafond pour retenir des larmes évidentes. Il hésita à se lever pour venir la prendre dans ses bras – un réflexe qu'il ne se connaissait pas – mais elle parla avant qu'il n'en ait eu le temps.
« C'était le meilleur ami de mon cousin, mon amour de Poudlard, dit-elle avec dérision. Il était un peu renfrogné, un peu baroudeur. Il avait un an de plus que moi. Plus cliché, on ne fait pas, reconnut-elle avec une voix étouffée. Puis j'ai fini par comprendre que personne ne l'intéressait. Je veux dire, sentimentalement parlant. Vraiment, de ce côté-là, ça va mieux. Je l'ai revu quelques fois et ça ne me fait plus rien. Je dis toujours qu'il épousera une sirène quand il aura cent ans, parce qu'il a un cœur quand même, plaisanta-t-elle sans amertume. Mais quand je… quand j'ai compris que c'était inutile d'espérer quelque chose de lui, j'ai fréquenté mon voisin moldu qui me plaisait. C'était bien. Je veux dire, j'aimais Kervern. Et lui aussi. Il était gentil et on riait bien. Mais il était tellement maladroit et craintif », soupira-t-elle.
Elle resta silencieuse un moment qui permit à Aristote de la contempler dans toute sa sincérité. Après les rires merveilleux et la joie de vivre avec lui ; après ses larmes pleines de colères face à sa meilleure amie, il avait à présent devant lui la douleur des souvenirs.
« Il m'épuisait, reprit-elle brusquement en reprenant sa main pour croiser ses bras et en le regardant dans les yeux quelques secondes. Alors je l'ai quitté et… et j'ai accepté les avances grossières d'un homme juste pour… pour me prouver que… que j'étais désirable, ce genre de choses stupides, reconnut-elle en grimaçant. Puis il m'a quittée, et j'ai accepté celles d'un autre homme. Et ainsi de suite. Mais à chaque fois je suis tombée amoureuse alors qu'eux ils ne voulaient que… que mon cul. Mais comme j'avais l'impression d'être aimée, qu'ils m'offraient mes verres, je les laissais faire alors que… alors que, Merlin, c'était même pas vraiment bon avec eux, conclut-elle avec exaspération en se laissant tomber au fond de la chaise.
— Avec eux ? s'étonna Aristote.
— Avec Kervern c'était chouette, et avec vous… Oh mon Dieu, dès que vous me regardez j'ai envie de me jeter sur vous, avoua-t-elle en écarquillant les yeux d'envie. Dès que vous me touchez peau à peau je n'arrive plus à me contrôler, ajouta-t-elle avec précipitation. Je… ça ne m'est jamais arrivée d'être en chaleur comme ça, ajouta-t-elle entre ses dents avec embarras. J'ai vraiment envie de vous manger quand je vous regarde. »
Euh lui aussi mais métaphoriquement tout de même.
« Je dois vous paraître complètement folle, reprit-elle en grimaçant.
— Mais non, dit-il en riant nerveusement.
— Même pas un peu ? insista-t-elle en faisant la moue.
— Je suis dans le même état que vous », confessa-t-il pour toute nuance.
Elle le regarda un instant les sourcils arqués et les joues rouges puis elle haussa les épaules en gloussant.
Il la regarda avec envie prendre un biscuit dans la boîte et le grignoter avec un sourire vague. Ses longs cheveux bruns reposaient en une tresse grossière sur son épaule avec une grâce incroyable. Il avait l'impression qu'ils étaient déjà dans un chez eux, ainsi vêtus et tombés du lit. Pouvait-il lui faire sa demande dès maintenant ? Ou le jour était-il mal choisi ? Il n'avait même pas de bague.
« Mais… bredouilla Ambuela en regardant à nouveau dans la boîte. Ce sont des Flakis ! Merlin, je suis sûre que Zoely se tape mon cousin ! Mais quelle… Argh, elle va m'entendre avec sa morale à deux Noises ! Ce n'est pas du tout pour mon anniversaire qu'il était là l'autre jour, mais pour elle ! Mais quels petits…
— Cachotiers ? proposa-t-il en peinant à suivre ses émotions.
— Hypocrites, oui ! s'offusqua-t-elle en fermant la boîte d'un geste rageur. Elle me bassine avec le fait qu'il est insupportable, et voilà, voilà où ils en sont !
— Ils sont peut-être amoureux ? proposa à tout hasard Aristote.
— Mon cousin ? Amoureux ? De Zoely ? Sûrement, il est amoureux tous les quatre matins ! ironisa-t-elle en jetant la boîte au fond du placard. Oh Merlin, quelle heure est-il ? s'inquiéta-t-elle.
— Cinq heure et quart, lui apprit-il en tirant aussitôt sa montre à gousset.
— Oh Merlin, j'ai deux heures de retard, mes parents vont me trucider, s'affola-t-elle en sautant sur ses chaussures. Vous montez derrière-moi sur le balai et je vous pose au village, loin des sortilèges anti-transplanage du domaine ?
— Bien sûr », accepta-t-il aussitôt avec impatience.
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Mademoiselle Ambuela conduisait un balai comme… comme une folle, oui.
Il était malade. Il avait réussi à se réveiller et à alléger ses yeux en les abreuvant de la vue d'Ambuela pendant une petite heure, mais il était à présent barbouillé comme après une cuite doublée d'une nuit blanche.
Et ça ne partait pas depuis ce matin.
« Qu'en pensez-vous, Mr Parkinson ? lui demanda encore Caryl Bulstrode.
— C'est très bien, Caryl », approuva-t-il en levant brièvement les yeux du document.
Caryl Bulstrode lui jeta un énième regard inquiet pendant que Mijomir Prijović le dévisageait étrangement. Merlin, il appelait Caryl Bulstrode par son prénom depuis tout à l'heure alors qu'il avait toujours mis un point d'honneur à s'adresser à lui par son nom de famille. Et puis il essayait de faire lamentablement bonne impression alors qu'il ne décrochait pas un mot, tenait discrètement sa tête avec ses doigts, et cachait ses yeux à moitié-fermés et ses traits crispés par les haut-le-cœur.
Vivement ce soir, la douche, et surtout la nuit.
Et puis vivement demain soir et la chambre aux Trois-Balais qu'il partagerait enfin vraiment avec Ambuela.
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Le hibou qui rentra sans prévenir dans l'ambassade réveilla véritablement Aristote cette fois-ci. Lorsqu'il reconnut le sceau du ministère de la Magie britannique, il interrompit Caryl Bulstrode et Mijomir Prijović qui commençaient à s'agacer de la non-avancée du traité.
« Un instant, Mr Prijović.
— Mais…
— C'est Monsieur le Ministre. »
Mr Parkinson,
Vous êtes convoqué dans le bureau du ministre de la Magie immédiatement.
Ursuline Barjow
Secrétaire au Département des Relations internationales
« Prenez vos affaire Caryl, nous y allons, dit-il pour mettre fin aux négociations.
— Mais le traité ! protesta Mijomir Prijović.
— Signez immédiatement celui que Caryl a brillamment préparé ou bien attendez que je vous recontacte, Mr Prijović. Le Ministre nous demande d'urgence. Nous y allons », trancha-t-il.
Il se leva tant bien que mal, se retint un moment au bord du bureau pour laisser le temps à sa tête de ne plus tourner, et indiqua à Caryl Bulstrode de quitter la pièce devant lui.
« Parkinson…
— J'obéis aux ordres du ministère, Mijomir, dit-il avec un sourire froid pour masquer son agacement envers les chipotages éternels de Prijović.
— Dites-moi ce qu'il en est ce soir », conclut avec agacement l'ambassadeur.
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« Pelagius Slughorn est décédé la nuit dernière, leur annonça abruptement le ministre de la magie Hector Fawley dès que la porte du bureau se ferma derrière eux. Vous partez immédiatement pour les Balkans vous assurer que nos relations ne s'abîment pas. Mr Bulstrode vous remplacera en attendant.
— Mais je devais partir fin août ! Mon départ peut au moins attendre quelques jours. Mes bagages ne sont pas prêts et… protesta Aristote en pensant avant tout à Ambuela.
— Je vous ai fait préparer le carrosse ministériel, vous pouvez partir ce soir. Vous reviendrez fin août finir vos bagages pour vous installer définitivement là-bas, une fois la période d'intérim passée.
— Monsieur le ministre, pourquoi tant de précipitation ? Je veux dire, le secrétaire de Pelagius peut très bien…
— La presse n'est pas encore au courant, Parkinson, mais Pelagius Slughorn et son secrétaire ont été assassinés.
— Plaît-il ? »
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Ma chère Mademoiselle Ambuela,
Je peine à trouver les mots pour vous dire que je dois de toute urgence partir pour une affaire au plus haut point confidentielle pour les Balkans, mon Ambuela, mon amour. Si vous avez le temps de venir au Ministère avant neuf heures ce soir, soit dans… trois heures à l'heure où j'écris cette lettre, je ne sais même pas si vous la recevrez, le monde est contre nous, ce n'est pas possible. Donc j'écrivais, si vous pouvez venir avant neuf heures au ministère, peut-être pourrons-nous nous croiser avant le départ du transport particulier que le ministre a fait préparer pour moi. Dans le cas contraire, je suis désespéré de vous dire que je ne pourrai sûrement pas rentrer avant la fin du mois d'août.
Je vous aime, je ne vous oublie pas même si je tarde à vous répondre, répondez-moi à l'adresse de l'Ambassade de Grande-Bretagne dans les Balkans à Sarajevo.
Je vous aime, je vous aime, je vous aime, je vous
Aristote Damoiseau vôtre
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Mon cher Damoiseau Aristote,
Que se passe-t-il, Aristote ? Je suis venue au ministère, mais je ne vous ai pas vu. J'ai demandé votre bureau, mais la secrétaire de votre Département m'a dit que vous étiez déjà parti. J'ai fini par tomber sur votre assistant qui m'a reçu dans votre bureau – j'en suis sûre, il y avait la toile que je vous ai offerte – mais il n'a rien voulu me dire à part que vous étiez en déplacement dans les Balkans et que je ne devais plus venir ici. Je… Je vous avoue que je suis inquiète et que je ne comprends pas. Qu'est-ce qui peut être confidentiel au point de partir au bout de trois heures sans même prendre la peine de transplaner chez moi pour me dire en personne que vous partez ? Je… Je ne pense pas être trop exigeante en demandant cela, Aristote ? Trois minutes pour faire l'aller-retour par transplanage et me dire un mot ?
Moi aussi je vous aime, mais je suis inquiète et extrêmement confuse,
Ambuela
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Ma très chère Ambuela,
Par pitié, gardez-le pour vous : pour parler bref il y a eu un attentat à Sarajevo visant des sorciers britanniques, et l'on craint une trahison de l'un des royaumes sorciers balkaniques. Je dois mener l'enquête et mettre de l'ordre dans les dossiers de Slughorn qui sont – pardonnez-moi les termes – dans un tel foutoir et tellement louches que j'ai envie d'éviscérer ce vieux sorcier exécrable alors qu'il est déjà mort ! Je n'arrive même pas à retrouver les dossiers des employés de l'Ambassade ! Je ne sais même pas qui travaille pour l'Ambassade britannique ! C'est n'importe quoi ! Sans parler de toutes les chicanes des dynasties sorcières : ah ça, elles ne m'avaient pas manqué depuis deux ans !
Pardonnez-moi, je m'emporte. Je ne peux parler avec personne de tout cela depuis que je suis arrivé. Les journées sont longues et épuisantes. Je cherche votre sourire dans le moindre visage en vain. Je repense éternellement aux seuls souvenirs que j'ai de vous, et je me lamente de n'avoir ni photographie, ni dessin, ni portrait de vous. Je me lamente aussi que le ministre m'ait envoyé un elfe et un Auror qui ne m'ont pas quitté d'une semelle avant mon départ, afin de s'assurer que je ferais au plus vite – ils craignent les trahisons à présent. J'ai seulement pu vous écrire cette lettre en même temps que beaucoup d'autres, sans qu'ils ne se doutent de rien. Croyez que j'aurais tout de suite transplané auprès de vous dans le cas contraire quitte à partir sans valise à Sarajevo. Je n'ai même pas pu emporter votre toile avec moi : je n'avais le droit qu'au strict minimum. Je pourrais demander à Caryl de m'envoyer votre toile dans le courrier que je lui enverrai en fin de semaine, mais il a autre chose à faire. Je n'ai même pas pu revoir ma mère et ma petite sœur non plus avant mon départ. La situation est extrêmement tendue. Il est possible que certains de mes courriers se perdent, je vous envoie donc mes lettres à deux reprises à chaque fois, ne vous en étonnez pas.
Je suis épuisé, je vous aime, je prie pour rêver de vous afin de gagner un temps de repos dans ce travail titanesque,
Damoiseau Aristote, vôtre
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Mon très cher Damoiseau Aristote,
Par Merlin, j'ai appris par hasard que Pelagius Slughorn était décédé ! La presse ne le dit pas, mais a-t-il été victime de cet attentat dont vous me parliez ? Par Merlin, Aristote, dites-moi que vous ne craignez rien, que vous êtes en sécurité, que vous avez des gardes du corps et que vous savez vous protéger ! Je suis tellement inquiète et je me sens tellement stupide de vous avoir réclamé trois minutes dans ma lettre précédente alors que la situation semble dramatique ! Ne cessez pas de m'écrire, je vous en prie. Même pour m'écrire trois lignes parce que vous êtes épuisé ou que vous n'avez pas le temps de plus !
Je vous ai dessiné cet autoportrait, glissé dans l'enveloppe, pour que vous puissiez ressourcer vos souvenirs à sa vue… Je vous en enverrai un à chaque fois, si vous le désirez, s'ils vous font du bien, s'ils vous aident à tenir jusqu'à votre retour.
Je vous aime, la vie me semble fade depuis que je sais que je ne vous reverrai pas avant la fin du mois d'août, dans un long mois. Mais si vous me manquez, je suis surtout inquiète pour vous, et je prie chaque soir pour que la Magie vous protège.
Votre Ambuela
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Ma très chère Mademoiselle Ambuela,
Je viens de passer la journée à Ankara où la vue de votre autoportrait m'a donné l'endurance nécessaire pour rester calme mais ferme face aux ambassadeurs réunis pour l'occasion. Aucun ne prend la pleine mesure de la situation, et je ne sais plus où donner de la tête et qui tenter de secouer comme un prunier pour le réveiller. J'ai plutôt l'impression d'avoir des abricotiers en fin de saison face à moi, dont les fruits s'écrasent au sol parce qu'ils sont trop mûrs : le moindre empressement que j'avance m'est reproché, et ils préfèrent tous m'inviter dans leurs villas, ou que sais-je encore, plutôt que de chercher à comprendre ce qu'il s'est passé. J'ai l'impression qu'on se joue de moi, et l'agacement commence à laisser place à l'exaspération. Ce sont tous des asticots répugnants, et je prie, moi aussi, pour que jamais vous n'ayez à les rencontrer.
Heureusement, j'ai pu compter sur l'aide d'un cercle de sorciers grecs qui m'ont pris en amitié parce que je porte le même prénom que leur grand philosophe Aristote. Après un regard de connivence entre eux qui en a dit long sur la situation embourbée de corruption, ils m'ont donné une adresse en Autriche. J'ai hésité à m'y rendre moi-même, mais l'ambassadrice d'Europe de l'Est est une personne de confiance, et j'ai préféré lui envoyer un courrier. J'attends sa réponse avec impatience, mais moins d'impatience tout de même que vos lettres. Elles sont un tel baume au cœur, une telle caresse pour mes yeux : je crois que sans elles, je n'aurais pas tenu aussi longtemps avant d'exploser de colère. La secrétaire que j'ai réussi à employer me semble de confiance, mais je crains qu'elle ne supporte bientôt plus la pression que la situation impose. J'essaie de m'adoucir en pensant à vous et en regardant votre dessin, mais vous me manquer vous aussi terriblement. Votre rire lumineux, vos yeux merveilleux, votre peau de soleil, la douceur de votre chevelure brune, la joie de votre esprit, la tendresse de vos regards et de votre voix… Je donnerais tout pour ne passer rien qu'une heure en votre compagnie avant la fin du mois d'août, et vous dire de vive voix combien je vous aime, et combien je veux pouvoir vous garder auprès de moi pour le reste de ma vie.
Damoiseau Aristote, simplement vôtre pour toujours
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Bonsoir Aristote,
Après avoir reçu votre missive, je me suis rendue moi-même à l'adresse que vous m'aviez indiquée. Nous y avons interpellé pas moins de cinq sorcières et sorciers suspects. Les interrogatoires sont en cours. Le prénom Despina est tatoué sur leurs bras. Ceci peut-il être une piste ?
Faby Anderson-Wolff
Ambassadrice de Grande-Bretagne en Europe centrale
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Bonsoir Faby,
Despina est le prénom de la princesse serbe dont l'union matrimoniale avec le prince Vlad de Bosnie est imminente. Y a-t-il quoi que ce soit d'autre qui puisse relier ces cinq sorcières et sorciers à la Serbie ou la Bosnie ?
Aristote Parkinson
Ambassadeur temporaire de Grande-Bretagne dans les Balkans
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Mr Caryl Bulstrode,
Pourriez-vous m'envoyer une copie du dossier BXD60 ? Il est très confidentiel, il faudrait que vous réalisiez la copie vous-même, et en priorité les parties traitant de la Serbie et de la Bosnie, quitte à m'envoyer les documents en deux temps.
L'enquête se concentre sur la Serbie et la Bosnie pour l'instant, ainsi que sur un groupuscule autrichien. Je vous envoie un dossier plus conséquent dans les jours qui viennent. Si vous pensez à quoi que ce soit, comme d'habitude, n'hésitez pas.
J'ai fait savoir à Mijomir Prijović que nous ne discuterions plus du traité que, je le répète avec l'esprit plus clair, vous avez très bien rédigé. J'ose espérer qu'il le signera tel quel dans peu de temps. Ceci vous enlève cette charge de travail, et vous pouvez vous concentrer sur le reste.
Pouvez-vous transmettre les autres plis de l'enveloppe aux personnes auxquelles ils sont adressés ? Je vous en saurai gré.
Une amie chère m'a dit qu'elle était venue me chercher au Ministère. Je vous remercie de l'avoir reçue et de lui avoir rappelé de ne pas revenir à l'avenir. Puis-je compter sur votre discrétion en ce qui concerne cette amie ? Je n'aimerais guère qu'elle se retrouve mêlée à la politique au vu des évènements récents. Je vous la présenterai un jour en bonne forme.
Prenez soin de vous, n'oubliez pas de dormir et ne faites pas trop de zèle. Si vous avez des questions ou besoin de conseils, n'hésitez pas,
Aristote Parkinson
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Mr Aristote Parkinson,
Je vous envoie en premier lieu les copies du dossier que vous m'avez demandé concernant la Serbie et la Bosnie. J'y ai joint un rapport que j'ai eu par hasard dans les mains la vieille et qui m'a fait penser à la manière dont Pelagius Slughorn et son secrétaire ont été assassinés. Peut-être cela vous semblera-t-il pertinent.
Je suis heureux de vous annoncer que Prijović a enfin signé le traité tel quel. Je vous remercie pour vos compliments.
Les enveloppes ont été transmises. J'ai remis celle destinée à votre père en main propre.
J'ai par hasard croisé votre amie aux Trois-Balais l'avant-veille alors que je dînais avec un ami. J'ignore qui elle est pour vous, mais elle s'est empressée de venir s'excuser auprès de moi concernant ses questions de la dernière fois. J'ai prié mon ami – qui la connaît – de ne pas parler du lien qui pouvait vous unir avec cette jeune sorcière, mais il peut se montrer très bavard. Je vous présente mes excuses, mais je préférais vous en avertir.
Je vous remercie pour votre attention,
Caryl Bulstrode
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[…]
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Mon très cher Aristote,
Voilà un autre autoportrait de moi… Vous me manquez terriblement, et je m'oublie dans le travail des vignes qui bat son plein afin de n'avoir même plus la force de penser – et donc de penser à votre absence. Je rêve de votre voix, apaisante et paisible, ce qu'elle ne semble plus être tant la lassitude et la colère semblent vous animer actuellement. Je rêve alors de vos yeux vifs et de votre sourire, qui semblent l'un et l'autre ternis par le travail. Je rêve encore de vous, tout simplement, dans mon lit, qui me caresse, que je caresse, que je respire comme mon oxygène. Je garde cette robe de chambre verte qui ne porte plus votre parfum pour le comble de mon désespoir.
Alors je me dessine pour vous. Et je vous dessine, vous. J'essaie de me rappeler la précision de votre bouche, de votre nez, de vos yeux, mais rien ne me satisfait et je brûle la moitié de mes cahiers. Je me tourne alors vers les paysages : ils deviennent une de ces natures mortes totalement vide de vie que je vous ai envoyées. J'ai refait un pique-nique sur ma nappe de vichy rouge pour me rappeler cette soirée où nous nous embrassâmes pour la première fois. Où vous me touchâtes avec ce brin d'herbe que je recherchai désespérément, avec vos mains ensuite, douces, tendres, sensibles, et ô combien attentives. Mais je fus seule, et je m'endormis seule sur ma nappe également.
Aristote, vous me parliez de la fin août, et le vingt du mois arrive déjà. Les hiboux sont si longs à revenir. Je me languis de vous. Je ne me reconnais plus. Je ne vis plus. Même Zoely est douce avec moi. Elle, douce, imaginez-vous ? Je fais peine à voir. Mon cousin se doute de quelque chose. Il essaie sans cesse de me présenter ses collègues stupides. Et mon père me pose des questions maladroites et indiscrètes tant il s'inquiète, lui qui me laisse vivre à ma guise et ne parle jamais.
Je vous aime, Aristote. Prenez soin de vous, mon amour. Mais ne m'oubliez pas, s'il vous plaît. Je vous ai déjà donné la chaleur de mon cœur, mes larmes d'inquiétude, et les sanglots de ma solitude. Je suis toute à vous, mais revenez-moi, ne fut-ce qu'une journée, ne fut-ce qu'une heure.
Votre Ambuela
PS : je n'ai reçu qu'une des deux lettres, cette fois-ci.
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Ma très chère Ambuela,
Votre tristesse, votre solitude et votre inquiétude me fendent le cœur. Je fais mon possible pour trouver les réponses à cette affaire et vous revenir au plus vite. Je dois revenir au plus tard pour le vingt-sept août. Je pensais pouvoir revenir plus tôt, mais l'affaire traîne, et il est heureux que je ne vous aie pas fait de faux espoirs. Je vous réserve cette soirée-là – si vous êtes libre. Vous n'aurez qu'à me rejoindre au Chemin de Traverse, j'ai pris l'initiative de déjà tout réserver pour que nous puissions enfin avoir une soirée en tête à tête sans personne pour nous interrompre ou nous ennuyer. Mettez l'une de vos belles robes, ou non, comme vous le voulez, ceci importe peu tant que je peux enfin vous tenir dans mes bras.
Le sommeil me gagne, les journées m'épuisent, et je ne puis répondre qu'à votre lettre par quelques modestes vers que vous m'avez inspirés, bien moins beaux que les paysages que mon absence vous fait réaliser :
L'éclat de l'amour brise mon corps de bonheur
Ô mon attendue, ma désirée, ma douceur,
Tendre rose qui manque à mon cœur esseulé
Absente, je meurs ; retrouvée, je suis sauvé !
Je vous aime,
Votre Aristote
PS : l'autre lettre a malheureusement dû brûler dans les mains d'opposants politiques.
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Bonjour Aristote,
Ces sorciers appartiennent en fait à Magielicht, le groupuscule autrichien qui milite pour la levée du Secret Magique et dont Despina serait le prénom de la fondatrice au siècle dernier. Ils ont enfin avoué que leur groupe remplissait des missions criminelles pour l'entreprise de Grindelwald mais aussi pour l'Allemagne de Vogel. L'un est définitivement indissociable de l'autre, ceci n'en est qu'une preuve supplémentaire.
Je vous envoie les baguettes et les dossiers de trois des membres qui ont avoué l'attentat et l'assassinat. L'Autriche n'est pas au courant que je les fais les livrer au Royaume-Uni afin qu'ils soient jugés et envoyés dans notre Azkaban – les Autrichiens seraient contre tant ils craignent et se soumettent à Grindelwald.
Faby Anderson-Wolff
Ambassadrice de Grande-Bretagne en Europe centrale
PS à couper pour vous : Reste à savoir si Monsieur le Ministre acceptera enfin de déclarer Grindelwald comme ennemi public numéro un et de vraiment le rechercher… ou s'il inventera un autre motif à l'assassinat de Pelagius.
Tenez-moi au courant de l'affaire, Aristote. Le moindre indice pourrait m'aider à orienter les troupes européennes à la recherche de Nurmengard.
J'ignore comment Lindsay fait pour supporter l'indécision de Fawley. Être cheffe des Aurors et cantonnée à des affaires de mœurs ces temps-ci doit lui être insupportable.
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Bonsoir Faby,
Je vous remercie pour votre efficacité légendaire. Les dossiers – descriptions physiques, habitudes, emplois du temps – et les baguettes semblent correspondre. Je vous envoie mes preuves, je les transmets également au bureau des Aurors et à Monsieur le Ministre.
Aristote Parkinson
Ambassadeur temporaire de Grande-Bretagne dans les Balkans
PS à couper pour vous : Deux mois plus tôt, Feuaupoudre-Maugrey voulait venir dans les Balkans pour rechercher Nurmengard au motif de la disparition de Bones-MacFoy l'an passé. Je le lui ai refusé en raison des recherches sérieuses menées par Dragonneau, et de la haine farouche des Monténégrins, des Croates et des Slovènes pour Grindelwald. Cette implication du groupuscule Magielicht lui donnera de nouveaux éléments de recherche. Tenez-moi également au courant, Faby.
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Ô mon cher Aristote,
Vous me promettez que vous serez sur le Chemin de Traverse le vingt-sept au soir ? Enfin ? Enfin je vais pouvoir vous voir à nouveau ? Entendre votre voix ? Vous prendre dans mes bras ? Enfin ?
Je serai là, bien sûr, je me rendrai même au Chaudron Baveur dès que je quitterai les vignes, à dix-sept heures trente. Vous n'aurez qu'à venir me chercher. Je serai en train de faire des petits portraits pour les badauds pour me retenir de courir au Ministère vous arracher à votre bureau.
Vous aurez ma soirée, ma nuit et même ma matinée. Vous aurez tout de moi. Et je prendrai tout de vous. Nous serons enfin l'un à l'autre et personne ne pourra nous empêcher d'enfin profiter l'un de l'autre. Oh je vous aime, Aristote. Je vous aime tant !
Votre Ambuela pour toujours
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Vingt-sept août 1938,
Londres,
Aristote descendit de l'Occimagique Express, épuisé, impatient mais apaisé. Ce n'était plus qu'une question de minutes avant qu'il ne retrouve Ambuela. Il attrapa sa malle – presque vide – et prit directement la direction du Chemin de Traverse. Il ignora les regards en coin des Moldus – à cause de sa tenue sorcière – et se dépêcha de s'orienter dans la gare et les rues. Il avait fait le trajet tant de fois entre 1934 et 1936 pour retrouver Melania, qu'il le connaissait par cœur. Et pourtant, ce soir-là, il vit et vécut ce trajet tout autrement. Il n'accourait pas seulement pour repartir presque aussitôt. Il accourait pour retrouver son foyer, son Ambuela, et c'était tout. Le reste importait peu.
Il accéléra le pas en reconnaissant l'entrée du Chaudron Baveur. Elle était déjà là-bas depuis une heure et demie selon ce qu'elle lui en avait dit. Il ne pensa même pas à s'épousseter ou à lisser sa robe. Ce n'était pas important. C'était totalement inutile : il ne voulait qu'Ambuela.
Il tira un dernier coup sec sur sa malle pour passer la porte qu'un sorcier quelconque lui tenait et qu'il remercia distraitement, tout concentré qu'il était à la recherche de Mademoiselle Ambuela.
Il fit quelques pas dans le brouhaha général sans pour autant l'entendre. La foule s'évaporait à mesure qu'il n'identifiait pas Ambuela parmi les gens qu'il voyait.
Il fit encore plusieurs pas pour se retrouver au milieu du Pub du Chaudron Baveur et retira son chapeau pour y voir plus clair.
Et il la vit. Elle parlait gentiment à un couple auquel elle montrait un petit dessin au trait qu'elle venait de faire. Elle lui sembla avoir maigri, et malgré les couleurs que le soleil avait laissés sur sa peau en raison des heures passées dans les vignes, elle avait le teint triste. Même les cerises de sa robe, celle qu'elle portait la première fois et la dernière fois qu'il l'avait vue, n'égayaient pas sa personne.
Seul son sourire et le faible gloussement qu'elle produisit à une remarque du couple montra que la joie était revenue dans sa vie depuis qu'elle avait reçu sa dernière lettre.
Lorsqu'elle releva assez le regard pour le voir, il crut que le monde entier se taisait pour regarder sa belle, douce, drôle et gourmande Ambuela arrondir les lèvres de sa bouche, lâcher le crayon qu'elle tenait et bredouiller son prénom avec espoir et crainte à la fois. Pourtant, nec spe, nec metu : ils étaient enfin réunis, non plus seulement dans leurs rêves, mais également dans la vie.
« Aristote ! cria-t-elle en bousculant ses clients pour courir à lui.
— Ambuela, murmura-t-il en retour en lâchant ce qu'il tenait pour refermer ses bras autour d'elle au moment où elle lui sauta dans les bras. Oh mon Ambuela. Vous…
— Vous m'avez tant manqué, sanglota-t-elle en enfouissant son visage dans son cou.
— Vous m'avez manqué aussi, je… comme jamais je… » bredouilla-t-il en sentant lui aussi la boule d'angoisse qui s'était établie dans sa gorge le mois dernier exploser.
Il passa ses mains dans son dos, dans sa nuque, dans son dos encore, le long de ses bras, dans la naissance de ses cheveux, pour la sentir partout sous la peau de ses doigts et la tenir toujours plus proche de lui. Il garda son visage dans le creux de son cou pour inspirer son parfum encore et encore. Il sentit en retour les mains d'Ambuela quitter son torse pour se perdre dans son dos emprisonné de sa cape et de ses vêtements encombrants, et remonter dans sa nuque, et le tenir toujours plus proche d'elle. S'ils avaient pu se fondre l'un dans l'autre dans une vaine tentative toute désespérée de s'unir pour l'éternité, sans doute l'auraient-ils fait. Ils étaient ensemble, dans les bras l'un de l'autre, le reste n'avait pas d'importance pour l'instant.
« Vous m'avez tant manqué, répéta-t-elle sans plus pleurer en éloignant son visage de son torse pour le regarder.
— Vous aussi, vous m'avez tant manqué, répéta-t-il à son tour. »
Ils firent glisser simultanément leurs mains sur les joues de l'autre. Elle avait toujours ses merveilleux yeux bruns étoilés de paillettes d'or et de larmes de bonheur. Elle avait toujours cette fossette sur sa joue droite. Elle était toujours elle, le teint plus halé et marqué par la tristesse mais sur lequel le bonheur des retrouvailles jetait une poignée de lumières.
Elle s'éleva sur la pointe des pieds, il se baissa juste un peu, et ils posèrent un baiser sur la bouche de l'autre, ils s'échangèrent ces baisers comme s'il s'était agi du bien le plus précieux qu'ils avaient gardé pour cet instant.
« Je vous aime, souffla Ambuela juste avant de se reculer.
— Moi aussi je vous aime », répondit-il en la serrant à nouveau contre lui.
Ils restèrent encore enlacés un moment qui sembla durer une éternité et à la fois si peu de temps à Aristote. Il avait imaginé des dizaines et même des centaines de fois son retour auprès d'Ambuela, et jamais il n'avait imaginé une telle émotion le saisir au creux du ventre. Il avait tout oublié lorsqu'elle lui était apparue, et lorsqu'elle avait accouru dans ses bras.
« Et si on y allait ? lui souffla-t-il en la sentant se raccrocher brusquement à lui.
— Dans la chambre du Chaudron Baveur que vous avez réservée pour nous ? demanda Ambuela en se reculant de ses bras.
— Je n'ai pas réservé de chambre ici mais ailleurs, lui souffla-t-il tendrement en regardant au sol où sa malle était tombée. Mais ce n'est pas loin, lui assura-t-il en se baissant pour s'emparer de l'anse. Vous prenez vos affaires ?
— Vous avez votre malle ? s'étonna Ambuela.
— J'arrive de King's Cross, je suis tout de suite venu vous rejoindre, lui répondit-il pendant qu'elle ne bougeait plus. J'aimerais simplement me changer avant de dîner, je ne serai pas long, et ensuite nous… »
Elle se jeta à nouveau dans ses bras, et il manqua de perdre l'équilibre cette fois-ci.
« Quelque chose ne va pas, Ambuela ? Je pensais que ma tenue vous importait peu, mais…
— Vous êtes venu directement ici, pour me voir moi, avant tous les autres ?
— Euh oui, vous me manquiez bien trop, avoua-t-il avec douceur en resserrant ses bras autour d'elle.
— Qu'est-ce que j'ai fait à Merlin pour que quelqu'un comme vous tombe amoureux de moi ? souffla-t-elle en reniflant. Vous… vous êtes gentil, honnête, vous m'aimez bien, vous…
— Ambuela, s'inquiéta-t-il en la revoyant sangloter.
— Tout va bien, je… je suis désolée, je suis heureuse et fatiguée et soulagée, je… je prends mes affaires et je vous suis. »
Il ignora aisément les regards des gens, reprit sa malle et marcha vers le Chemin de Traverse. Il tapota sur les briques pendant qu'Ambuela prenait ses affaires et lorsqu'elle revint, ils passèrent le passage ensemble.
« Mais où est-ce que vous… »
Il s'arrêta devant l'unique autre hôtel sorcier de Londres, celui d'un standing bien plus élevé, et où il était certain qu'on ne viendrait pas les ennuyer : les couloirs étaient ensorcelés de telle sorte que, durant leur traversée, les corps des clients devenaient aussi transparents qu'avec un Sortilège de Désillusion. Seules les chaussures restaient apparentes afin d'éviter les bousculades malencontreuses. Il n'y était jamais allé personnellement. Mais il y avait accompagné plusieurs diplomates en visite officielle. Il tint la porte à Ambuela qui, immobile au milieu du Chemin du Traverse, le regardait les yeux écarquillés de stupeur.
« Vous avez réservé au Britania ? bafouilla-t-elle.
— On sera plus tranquilles et bien installés, lui assura-t-il avec l'émerveillement de retrouver sa spontanéité et sa vivacité d'esprit.
— Mais vous n'êtes pas bien, bafouilla-t-elle en marchant vers lui. J'ose même pas imaginer le prix d'une nuit là-dedans !
— Et ce n'est pas fini », se moqua-t-il.
Pour une fois qu'il se permettait une folie – qui n'en était pas vraiment une au vu du salaire qu'il recevrait le mois prochain en tant qu'ambassadeur – et pour une fois que cette folie lui permettait la tranquillité qu'il aimait plus que tout, il n'allait pas se priver d'éblouir un peu Ambuela par la même occasion. Loin de toute la tension de Sarajevo, dans un endroit prêt pour eux, où ils seraient tous les deux jusqu'au lendemain matin, il se sentait enfin serein et invincible.
« Comment ça, ce n'est pas fini ? Vous avez réservé la suite royale ? dit-elle avec stupéfaction.
— Non, juste la chambre de princesse, se moqua-il. Je parle du dîner. Je ne pouvais pas faire les choses à moitié avec une personne aussi gourmande que vous », la taquina-t-il.
Le ton de sa propre voix, si différent de celui qu'il avait entendu depuis un mois et demi à Sarajevo, loin d'elle, et l'intention taquine qui revenait lorsqu'il s'adressait à Ambuela, le plongèrent dans un état second de bonheur simple. Toutes les rudesses, les atrocités, les mensonges et les manipulations de la cour balkanique et de la politique internationale s'envolèrent de ses souvenirs au son du rire d'Ambuela qui résonna dans le hall d'accueil du Britania.
Il regarda la silhouette d'Ambuela disparaître lorsqu'elle quitta le seuil d'entrée. Il tendit vaguement la main vers l'endroit où elle devait être selon l'emplacement de ses chaussures rouges à petits talons carrés, et sentit sa main se loger dans la sienne.
« Ne criez pas, je vais disparaître à mon tour, la prévint-il avec amusement.
— À votre tour ? » s'étonna sa voix puisqu'elle ne s'était de toute évidence pas aperçu de son invisibilité momentanée.
Il avait toujours trouvé ce sortilège barbare et hypocrite – on ne demandait pas qui d'autre que des espions n'avaient pas envie de se faire remarquer dans cet hôtel… – mais aujourd'hui il s'en amusa comme un adolescent. Le couinement de surprise d'Ambuela le fit rire, comme elle-même se mit à rire la seconde d'après. Il l'enlaça comme il put au milieu du hall d'entrée, retrouva distraitement ses formes avec plaisir, l'entendit à nouveau glousser, et se précipita de vérifier si le Sortilège de Désillusion du Britania camouflait aussi le parfum des clients. Le parfum sucré d'Ambuela l'enveloppa au moment même où il sentit ses mains gantées sur son dos et sur ses fesses.
Il se sentit sursauter de surprise avant de rire avec elle : personne ne pouvait les voir, et elle l'avait tout aussi bien assimilé que lui. C'était merveilleux de la retrouver et de voir leur complicité entourer à nouveau sa vie.
« Suivez-moi, lui chuchota-t-il à ce qu'il pensait être son oreille.
— Au bout du monde », lui assura-t-elle et il sentit son cœur exploser encore de bonheur.
Il s'approcha du comptoir d'accueil où un jeune sorcier en uniforme bleu roi semblait attendre qu'on s'adresse à lui. Comme les fois précédentes où il avait accompagné les ambassadeurs étrangers, il se fit la réflexion que ce devait être perturbant de parler à des gens dont on ne voyait que les chaussures.
« Bonsoir monsieur, dit-il plus calmement. J'ai réservé une chambre par hibou au nom de Parkinson Aristote. Tout est prêt ?
— Ah oui, Parkinson, sembla se rappeler le concierge de l'hôtel en laissant son doigt arpenter la page d'un livre de compte. Tout est prêt comme vous l'avez demandé, monsieur. Il me faudra simplement une signature ici, et Maya vous conduira à votre chambre. »
Aristote prit la page de parchemin et la plume que lui tendait le concierge, jeta un bref coup d'œil au document et y apposa sa signature – qui se mit à luire un instant – pendant que le concierge cherchait une clé derrière lui et faisait retentir une sonnette.
La clé transita dans des mains invisibles, et une paire de chaussures vertes apparurent dans son champ de vision. Il reprit sa valise et la main d'Ambuela.
« Laissez-moi vos valises et veuillez me suivre. Votre chambre se trouve au troisième étage, nous allons prendre l'ascenseur, les invita la porteuse de chaussures vertes.
Il vit la baguette de « Maya » apparaître et sa valise lui échapper pour voler à côté des chaussures vertes. Il tira légèrement sur la main d'Ambuela pour les faire avancer et monter dans l'ascenseur, à la suite des chaussures vertes. Parler à des chaussures lui faisait toujours une drôle d'impression.
« Vous avez la Chambre Méditerranée, reprit Maya en faisant tourner sa baguette pour actionner l'ascenseur. Vous êtes libre de descendre comme vous le souhaiter, en appuyant sur le bouton vert à votre droite. Si vous sortez, veuillez laisser votre clé à l'accueil. Elle vous sera restituée à votre retour, et nous vous mènerons à nouveau à l'étage désiré. Avez-vous quelque question ? »
Il se tourna vers l'endroit où devait se trouver Ambuela – là où il tenait sa main – dans l'idée de lui demander visuellement si elle avait une question, mais il ne la vit évidemment pas.
« Tout est clair, dit-il simplement. »
Il sentit au même moment Ambuela se coller à lui. Ses cheveux frottèrent contre la peau invisible de son visage, puis il sentit avec amusement ses lèvres arpenter sa joue – à l'insu de la majordomage – jusqu'à trouver son oreille. Son souffle se perdit un instant contre lui, et il sourit au vide de l'ascenseur qui montait dans un chuintement mécanique.
« C'est chic, dites donc. Vous avez l'habitude de ce genre d'endroit ?
— Pas l'habitude tout de même, non », en convint-il une fois que, de la même manière qu'elle, il eut trouvé son oreille.
— Après vous, les interrompit la majordomage. »
Aussitôt que l'ascenseur s'était immobilisé, la porte en fer s'était lentement ouverte comme la page d'un livre vers un immense couloir recouvert de moquette bleue. Le bruit de leurs pas – au contraire de celui qu'ils avaient fait dans le hall d'entrée – était ainsi étouffé. Aristote garda précieusement la main d'Ambuela dans la sienne pour sortir de la cage de l'ascenseur et pendant que la majordomage sortait à son tour. Il la garda toujours pour remonter le couloir recouvert de moquette bleue. C'était assez frustrant de ne pouvoir voir ni Ambuela, ni son sourire, ni son rire, ni son visage, ni sa silhouette, ni n'importe quel morceau d'elle autre que ses chaussures, alors qu'il voulait plus que tout la voir, l'entendre et profiter de sa présence après presque un mois et demi loin d'elle. Comment avait-il pu être assez bête pour penser à leur tranquillité et leur anonymat avant de penser à eux, tout simplement ?
Les chaussures vertes de la majordomage finirent par s'arrêter devant la porte au fond du couloir au moment même où la clé se glissa dans la serrure. Un déclic métallique au goût d'impatience et un grincement de porte à la sonorité du mystère qui se lève suivirent l'ouverture de la chambre somptueuse, de la suite de princesse, qui serait à eux deux jusqu'au lendemain matin.
« Je vous laisse contempler la vue panoramique sur le Chemin de Traverse depuis le balcon, profiter des détails que nous avons préparé selon vos demandes, et passer un agréable séjour dans notre hôtel, Mr et Mrs Parkinson, les salua Maya pendant que la clé voletait devant Aristote dont un battement de cœur sauta à la manière dont la majordomage les avait nommés. »
Lorsque la porte de la chambre se referma, le Sortilège de Désillusion se leva : les joues d'Ambuela étaient écarlates, ses yeux écarquillés de stupeur, sa bouche entrouverte d'hébétude pendant qu'elle regardait partout autour d'elle le mobilier de chêne doré et de tentures bleu roi brodées de fil d'or, le plafond haut orné de stuc ensorcelé, et le parquet ciré récemment. Le lit à baldaquin était d'un style plus Renaissance voire Post-Secret-Magique que médiéval et le petit canapé était dans les mêmes goûts.
Deux coupes de champagne sorcier les attendaient sur le guéridon, comme Aristote l'avait demandé.
« Oui, c'est ça, vous n'allez pas bien », bafouilla Ambuela en faisant volte-face vers lui.
Il explosa de rire.
« Mais non, je veux simplement vivre un rêve quand je suis avec vous », dit-il avec amusement en venant prendre ses mains.
Il les caressa distraitement avant de baisser la tête pour les embrasser avec amour. Ce n'était pas un baisemain conventionnel où chacun n'utilisait qu'une main. C'était un baiser permis par l'alliance de leurs deux mains jointes les unes aux autres avec envie. Il releva les yeux vers elle et posa un autre baiser sur le poignet de sa main gauche, puis un autre plus haut, puis encore un autre un peu plus haut, loin de ses gants, à même sa peau cette fois-ci. Le frisson, le sourire d'envie, et le soupire paisible qu'il provoqua chez Ambuela le firent sourire à son tour. Il remonta de baiser et baiser jusqu'au creux de son coude où le tissu de sa robe empêchait un nouveau contact de ses lèvres à sa peau. Là, elle gloussa un peu vint cueillir sa bouche de la sienne pour un autre baiser aussi apaisant, exalté et anesthésiant que ceux qu'ils avaient échangé un mois et demi plus tôt, le matin de son départ en catastrophe pour les Balkans.
« Je me sens un peu intimidée ici, lui souffla-t-elle une fois qu'ils furent front contre front.
— Il ne faut pas, nous ne sommes que tous les deux, comme avant, s'empressa-t-il de lui répondre.
— Mais euh vous êtes sûr que personne de Désillusionné n'est avec nous ? insista-t-elle en se reculant un peu.
— Certain. J'ai la clé de la chambre, il n'y a que lorsque la porte est fermée avec vous et moi dans la pièce que le sortilège se lève.
— Vous êtes vraiment habitué à cet endroit », pointa Ambuela en faisant la moue.
Il pensa évidemment à la personne de Melania qui se cachait dans la phrase d'Ambuela. Pourtant, il avait toujours rejoint son ancienne amante au Chaudron Baveur puisque c'était elle qui s'occupait de ces détails – détails qu'elle jugeait superflus étant donné qu'elle n'avait guère été romantique avec lui.
« Malgré ce que vous pouvez penser, je n'y avais jamais loué de chambre pour moi, dit-il d'emblée. J'ai simplement accompagné plusieurs fois des diplomates ici, et j'ai souvent discuté un peu avec eux dans leur suite, c'est tout, répondit-il sans perdre son amusement. Nous sommes d'ailleurs dans le plus petit type de chambre qu'on trouve ici », ajouta-t-il simplement pour voir sa réaction.
Elle le regarda avec consternation avant de lever les yeux au ciel, de la même manière qu'elle l'avait fait le jour où ils s'étaient rencontrés, le jour où il lui avait répondu de l'appeler Damoiseau, en faisant mine de se vexer de paraître digne d'un vieux Monsieur, alors qu'elle-même lui avait répondu qu'elle voulait du Mademoiselle et non du Madame.
« Je ne sais si je dois vous traiter de radin ou de prétentieux », répliqua-t-elle en mettant ses poings sur les hanches.
Le sourire qui graciait néanmoins ces lèvres en disait long sur l'attrait qu'elle trouvait à son humour pince-sans-rire, comme elle le lui avait déjà dit.
« Et vous si vous êtes une princesse capricieuse ou dépensière, répliqua-t-il avec amusement. Le champagne va être chaud, expliqua-t-il en lui désignant les coupes d'un geste de la tête.
— Ah, vous savez me parler, vous », s'amusa-t-elle ouvertement en posant son sac à côté d'elle.
Il la regarda se précipiter sur les coupes pendant qu'il posait sa malle sur le porte-valise en bois doré. Il l'entendit revenir vers lui au moment où il ouvrait les boucles de sa malle avec précaution.
« Eh bien, vous êtes capricieux ou dépensier pour me faire patienter avec les coupes ? l'embêta-t-elle.
— Plutôt dépensier, badina-t-il. Je vous ai ramené quelque chose.
— Vraiment ? »
Le ton étonné de sa voix continua de l'amuser. Il se releva vers elle, prit la coupe qu'elle lui tendait et vint entrechoquer doucement son verre au sien en la regardant dans les yeux, comme elle y tenait. Elle s'approcha de lui, pour l'embrasser encore ; il s'approcha d'elle en retour pour goûter encore sa bouche qui lui avait tant manqué.
« Quand j'ai fait une commande la semaine dernière pour l'ambassade, j'en ai pris pour vous également », reprit-il en goûtant son verre.
Les bulles de la boisson fraîche s'échouèrent dans sa bouche avec ce même piquant dont Ambuela pimentait sa vie depuis trois mois. Entendre ses soupirs d'approbation et ses commentaires d'onologue l'amusèrent et surtout l'émerveillèrent plus qu'autre chose. Il se plut à s'appuyer contre sa malle pour l'écouter à nouveau disserter sur ce qu'elle buvait. Elle aurait pu le faire pendant des heures, il le savait bien, et il trouvait cela assez fascinant de voir toute la poésie qu'elle mettait dans sa description et son analyse.
« Et mon cadeau alors ? s'interrompit-elle avec offuscation. Et puis je croyais que vous deviez vous changer, j'aimerais voir un peu tout ça !
— Tout de suite », répondit-il en se retenant d'exploser de rire.
C'était elle qui parlait et c'était lui qui se faisait houspiller ? C'était merveilleux.
Il tira l'une des deux bouteilles de Marasquin-Masquant qu'il avait ramenée pour la lui tendre. Le niveau du liquide incolore tangua silencieusement lorsqu'il lui présenta religieusement la bouteille. Il se mit à lui en lister les propriétés un peu comme elle le faisait, mais avec bien moins de poésie, il le savait bien.
« C'est une bouteille de Marasquin-Masquant, l'un des alcools forts les plus populaires en Dalmatie, Croatie et également dans certaines villes de Vénétie. Il est réalisé à partir de marasques, une variété de cerise très acide, broyées avec des graines. Meilleure est la bouteille, moins vous avez besoin d'en boire pour que tout ce que vous n'avez pas envie d'entendre parmi ce qu'on vous dit soit totalement masqué à votre oreille. »
Il regarda ses yeux écarquillés et sa bouche arrondie en un O presque parfait pendant qu'il récitait le petit monologue qu'il avait préparé pour s'endormir ces derniers jours. Son absence de réponse l'intrigua et même l'inquiéta. Il s'était vanté auprès de lui-même de la connaître si bien pour pouvoir lui ramener une bouteille plutôt que des chiffons ou des bijoux, mais peut-être qu'elle aurait tout de même préféré des chiffons ou des bijoux ?
« Je… le cadeau ne vous plaît pas ? demanda-t-il avec embarras. Je pensais qu'une bouteille de là-bas vous plairait davantage qu'un bijou mais…
— Vous plaisantez ? s'exclama-t-elle en posant précipitamment sa coupe pour prendre la bouteille à deux mains. C'est le meilleur cadeau qu'on ne m'ait jamais fait ! Enfin, Zoely m'offre de bonnes bouteilles, mais Zoely est ma meilleure amie alors heureusement qu'elle sait que je préfère une bouteille plutôt qu'un bijou. Je veux dire, même mon père qui sait que j'affectionne tout ce qui a trait à la table ne m'offrirait jamais une bouteille d'alcool fort. Vous… vous êtes fantastique, Aristote, vous méritiez bien que je me lamente de votre absence pendant un mois et demi si c'est pour me ramener une telle preuve d'amour ! Oh la la, j'ai hâte de la goûter ! Je crois que si je la bois, je n'entendrai alors que votre voix, pouffa-t-elle en regardant l'étiquette de la bouteille. Zut, ce n'est pas écrit en anglais, pourriez-vous me traduire ça ? Vous devez connaître cette langue, non ? puisque vous êtes diplomate là-bas. »
Il cligna des yeux pour assimiler tout ce qu'elle venait de lui dire, se sentit sourire niaisement, s'entendit même pouffer un peu, puis prit la bouteille pour lui traduire rapidement ce qui était écrit en serbe. Elle l'aidait avec les termes techniques lorsqu'il l'entendait glousser parce qu'il proposait des traductions hasardeuses de ces termes.
« C'est très étrange de vous entendre parler une autre langue, s'amusa-t-elle en regardant sa bouteille.
— Mais vous aimez ma langue, non ? répliqua-t-il avec innocence en reposant sa coupe vide sur le guéridon.
— Oh, Aristote, dit-elle en riant encore. Changez-vous au lieu de jouer au plus malin.
— Vos désirs sont des ordres, Mademoiselle Ambuela, se moqua-t-il en ouvrant à nouveau sa malle. Ou plutôt, vos ordres sont mes désirs, s'interrogea-t-il faussement en tirant une tenue propre de sa malle.
— Vous avez mangé du singe avant de venir, Damoiseau Aristote ? plaisanta-t-elle.
— C'est vous que je vais manger », répliqua-t-il naturellement avec un sourire qui en disait long.
Il l'entendit glousser encore. Il ne pensait plus à rien, plus qu'à elle. Il se sentait léger comme jamais. Comme un mois et demi plus tôt. Il n'avait pas besoin de retenir un mot qu'il avait envie de dire, un geste qu'il avait envie de faire. En revenant en Angleterre auprès d'Ambuela, il pouvait à nouveau vivre l'instant présent sans penser à ce qu'il avait envie de faire puisqu'il pouvait faire tout ce dont il avait envie.
« Eh, vous vous changez loin de moi ? protesta Ambuela en venant poser ses deux mains sur son torse. Moi qui pensais pouvoir vous aider, ajouta-t-elle plus bas en mordant ses lèvres avec envie.
— Si je vous laisse m'aider, nous ne sortirons plus de la soirée », la prévint-il avec amusement – et envie – en ne regardant que sa bouche.
C'était bien trop difficile de lui résister. Le nouveau baiser enfiévré qu'ils échangèrent menaça de lui faire changer ses plans.
« Or la soirée commence à peine, souffla-t-il contre son cou qu'il parsemait de baisers. »
Elle passa ses mains dans son cou et dans ses cheveux avec une douceur et une tendresse qu'il voulait sentir encore et encore. Oh peut-être qu'il pouvait… Non, les plans.
« J'en ai pour un instant », lui promit-il en s'échappant de ses bras.
Il ferma la porte menant à la salle d'eau et accrocha sa tenue de soirée sur la patère. Il chercha aussitôt dans la poche une petite boîte en cuire brun qu'il avait soigneusement préparée cette semaine. Les deux émeraudes et les deux diamants, placés en quinconce pour former un petit damier de vichy, surmontaient un anneau en or blanc ni trop épais ni trop fin, mais comme il le fallait pour une bague de fiançailles.
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Mouahahaah... Si vous avez lu Historiae Amoris, vous savez que c'est loin d'être une affaire conclue pour notre Ariri !
Et on se retrouve au plus tard cet été pour la partie deux de Nec spe nec metu... qui sera du point de vue d'Ambuela !
Des bisous,
Ju'
