Chapitre 9 : le prix de la liberté

Le manoir était affreusement silencieux et Hermione regrettait plus que jamais de ne rien risquer au détour d'un couloir. Ann et Raphaël étaient en repos et avait amené les jumeaux au village, pour les festivités d'Halloween. Depuis plusieurs jours, ces adorables crapules n'avaient eu de cesse d'essayer d'effrayer la maîtresse des lieux, se déguisant toujours de façon plus originale à chaque fois. Le calme ambiant de l'instant était donc désolant.

Pire encore, il était déprimant. La jeune Lady était rentrée du travail en début d'après-midi, après avoir travaillé toute la matinée avec Rolf et trois autres collègues. Cela l'avait bien occupée, ils avaient fait le lien avec des confrères américains pour le transfert d'un couple de licorne, dans le but d'aider à la repopulation de cette espèce là-bas. Mais maintenant qu'elle était chez elle, presque seule, elle ruminait et ce malgré ses tentatives pour s'occuper.

Cela faisait déjà un mois et demi que Severus était parti et presque tout autant qu'elle n'avait pas de nouvelles de lui. Oh, elle savait qu'il était en bonne compagnie, mais ce fut sa belle-mère qui lui avait annoncée cela au détour d'une conversation, durant son anniversaire. Car oui, bien qu'elle s'en fut doutée plus ou moins quelques jours avant cette date, son époux avait invité la famille et les amis proches de sa femme pour cette fête spéciale. Ce fut une journée mémorable…

Elle se souviendrait longtemps de son vingtième anniversaire. Certes elle avait passé un agréable moment, elle avait même pleuré en revoyant ses parents. Minerva avait pris le temps de venir aussi, tout comme Harry et la grande majorité des têtes rousses de la famille Weasley, sans oublier sa belle-mère. Tout s'était bien passé, le repas avait été extraordinaire, comme toujours, et le gâteau excellent puis Hermione avait reçu plusieurs présents, tous aussi plaisants les uns que les autres. Elle avait néanmoins espéré que Severus serait là, au moins pour l'occasion, mais Lady Eileen mit à mal ses espérances en lui tendant un paquet supplémentaire :

« Severus m'a demandé de garder ça pour aujourd'hui ! C'est vraiment dommage qu'il n'ait pas pu retarder son départ pour la France de quelques jours. J'espère que vous le disputerez comme il se doit à son retour ! » avait-elle dit avec un air amusé « Il faut qu'il cesse de toujours penser au travail avant tout, c'est une trop mauvaise habitude qu'il a prise. ».

Personne ne s'était douté qu'Hermione n'était pas au courant et, de ce fait, elle comprit qu'elle seule avait été dans le flou pendant ces quelques jours. Visiblement, son époux avait pris le temps d'excuser son absence pour la fête qu'il avait organisé pour elle, sans lui écrire à elle justement !

Presque un mois et demi plus tard, il n'avait toujours rien envoyé d'ailleurs. C'était frustrant, mais elle ne montrait rien. De toute façon, qu'est-ce qu'elle pouvait dire ? Ce n'était pas comme si elle s'inquiétait pour lui, il était adulte et savait se défendre – et attaquer aussi – alors il ne risquait rien. Ce n'était pas non plus comme si elle était amoureuse de lui, il pouvait très bien passer son temps avec qui il voulait !

Il avait tenu parole et avait respecté la part de son marché en lui permettant de travailler, la fidélité ne faisait pas partie de ce qu'il avait prévu… non, vraiment, elle n'avait rien à dire. S'il voulait coucher avec d'autres femmes, même mariées, tant pis. Au pire se ferait-il tuer dans un duel par un mari jaloux et elle deviendrait veuve et serait ainsi tranquille pour le restant de sa vie !

- Par Merlin, Lady Hermione, vous allez bien ?

La lionne tourna la tête et regarda Mahdi qui semblait inquiet. Elle ne comprit qu'après, en voyant qu'elle tenait à la main un verre à pied cassé :

- Oh heu… oui, je vais bien. Je n'ai pas fait attention, admit-elle gênée. Reparo !

Elle passa sa main devant le verre qui se répara une fois la formule prononcée.

- Je pense vous en avoir un peu trop demandé aujourd'hui, vous avez eu une longue matinée après tout. Veuillez m'excuser Ma Lady !

- Non, ne vous inquiétez pas Mahdi, je vais bien et puis, c'est moi qui ai insisté pour m'entraîner encore.

- De toute évidence, vous réussissez parfaitement le sortilège d'attraction sans baguette maintenant, tout comme celui de réparation, fit-il remarquer en souriant. Vous faites de gros progrès et la leçon du jour est acquise.

- J'ai un bon professeur…

Mahdi inclina la tête en la remerciant, tout en arguant qu'elle était une très bonne élève. Hermione se sentit d'un coup assez triste, cela aurait pourtant dû lui faire plaisir.

- Je vous propose de nous arrêter là pour aujourd'hui, demain nous verrons pour apprendre l'expulso !

- Nous pourrions commencer maintenant…

- Ne voulez-vous donc pas aller au village pour les festivités ?

- Je pense que je préfère rester au manoir, mais vous pouvez y aller si vous le souhaitez. Je saurais survivre à une soirée seule, vous savez ?

- Ce serait totalement indécent, fit-il remarquer.

- Je ne suis pas experte dans la Lorderie Mahdi, mais il me semble que tout n'est pas très conventionnel dans cette demeure. Alors vraiment, cela me ferait très plaisir de savoir que vous vous amusez tous ! Je travaille demain, alors je vais seulement manger et dormir. Vous n'allez pas vous priver pour être seulement la garde rapprochée de la Lady aux bois dormant.

Il fallut insister encore un peu pour convaincre le majordome, mais ce dernier finit par accepter en voyant la tête d'Ursula, la cuisinière étant non loin, s'occupant de l'argenterie avec Illuminé. L'argument qui fit mouche fut que la maîtresse de maison serait justement avec ce dernier et les autres elfes, signant ainsi le départ des derniers humains qui semblaient ravis à l'idée de profiter d'une fête de village. Ils n'avaient probablement jamais pu sortir tous en même temps mais, pour une fois, ils pourraient en profiter pleinement.

Comme elle l'avait dit, la lionne se contenta de manger avant d'aller dans son lit, après tout de même un bon bain bien mérité. Illuminé, Ponctuel et les autres étaient vraiment des amours et avaient pris le temps de faire chauffer la chambre d'Hermione avant qu'elle n'y entre. Ses draps aussi étaient chaud et elle ne put que se sentir détendue une fois dedans. Elle attrapa son livre sur la table de chevet et regarda la couverture un moment :

« Le portrait de Dorian Gray »

Il faisait partie des six livres moldus que Severus lui avait fait parvenir pour son anniversaire, tous d'Oscar Wild. Elle lui en était reconnaissante bien sûr, mais comme chaque soir avant de s'endormir depuis des semaines, elle s'imaginait surtout lancer son bouquin en cours dans la tête de son époux, aujourd'hui y compris. Hélas, ce n'était pas encore ce soir qu'elle le ferait, elle se contenta donc de soupirer et de reprendre où elle en était. Bien vite, le sommeil s'invita…

Quand elle ouvrit les yeux, il faisait toujours nuit. Un bruit étrange l'avait dérangé et l'avait ainsi réveillé de bien mauvaise humeur. Se mettant sur ses pieds, elle prit sa baguette et lança un Lumos dans l'optique de trouver la source dudit bruit. Elle se dirigea dans le couloir et entendit à nouveau le même bruit, comme une porte qui claquait. Était-ce les domestiques qui étaient de retour ? Ce serait surprenant, ils étaient toujours si discrets d'ordinaire.

Hermione descendit jusque dans l'entrée et tendit l'oreille. Le bruit continuait mais cette fois de façon répété et insistante. Il était clair que ce n'était pas les employés de maison, Hermione commença à se demander s'il n'y avait pas un cambrioleur quelconque. Après tout, de nombreux vols avaient eu lieu à pré-au-lard, alors même si ce n'était pas à côté, c'était une possibilité à avoir en tête. Parée à toutes éventualités, la Lady se dirigea au son en tenant fermement sa baguette, prête à se défendre si besoin.

Les bruits venaient de la salle de jeux. Il y avait plusieurs décorations de valeurs dedans, Hermione prit alors un temps pour respirer profondément et… entra dans la salle d'un coup et pointa sa baguette encore allumée pour prendre le cambrioleur sur le fait. Mais ce ne fut pas ce qu'elle trouva. Severus était là, debout, le pantalon aux chevilles et une blonde autour de ses hanches. Narcissa Malfoy la regarda avec un large sourire alors que le sorcier la prenait toujours contre le mur de façon impudique.

L'instant d'après, Hermione eut la sensation d'être happée par le sol, comme si elle tombait dans le vide, entendant son mari gémir des « Cissy » à répétition ainsi que des rires féminins malsains. Tout devint noir autour d'elle alors qu'elle se réveilla en sursaut, dans son lit, en pleine nuit…

- Par tous les fondateurs de Poudlard… un cauchemar…

Alors qu'elle prenait conscience du mauvais rêve en question, la lionne se mit à pleurer. Elle plia ses jambes sous sa couette et les serra contre elle, pleurant contre ses genoux. Elle avait déjà fait des cauchemars horribles, des cauchemars sanglants, des cauchemars glauques, mais jamais n'en avait-elle fait d'aussi blessant. Dès qu'elle essayait de se calmer, elle entendait la voix de son mari en appeler une autre, entrainant une nouvelle crise de larmes. C'était douloureux…

BAM…

Hermione releva la tête en entendant un bruit sourd, comme une porte qui claquait. Sans trop savoir comment, elle se retrouva debout, baguette en main, à courir dans les couloirs du manoir. Si elle devait devenir veuve, ce serait par ses propres mains !

« Même sans aimer sa femme, on peut au moins la respecter ! » Se dit-elle en passant le premier couloir.

« Il m'a abandonné comme une moins que rien, je vais lui rappeler que tout à un prix ! » Le maudissait-elle en descendant les premières marches.

« Je ne suis qu'une victime collatérale, mais si je n'ai pas le droit à l'amour, il n'aura pas le droit au sexe ! Il va devenir eunuque, il va voir ! » Pensa-t-elle en arrivant en bas.

D'autres bruits se faisaient entendre, dans la salle de jeu. Confondant cauchemar et réalité, Hermione entra dans la pièce telle une furie :

- Espèce de coureur de rempart, de co…

Hermione ne finit pas son insulte, tombant non pas sur son mari, mais sur deux sorciers encapuchonnés qui semblaient mettre dans un sac sans fond tout ce qu'ils trouvaient. Choquée l'espace d'un instant, ce fut un sortilège de bloc jambe lui sifflant à l'oreille qui la rappela à l'ordre. Serrant sa baguette, elle évita un autre sort et en lança à son tour.

- Mais elle va se calmer la Lady, ouais ! Grogna l'un d'eux.

Mais pour qui se prenaient-ils ? Comme si elle allait se laisser faire ! Elle évita un repulso mais se fit projeter en avant par un bombarda faisant exploser un meuble juste derrière elle. Son oreille droite sifflait désagréablement alors qu'elle essayait de se relever, désorientée :

- Tu m'avais dit qu'il n'y aurait personne ! comprit-elle difficilement de la part du second homme.

- Son mari est en France, je pensais qu'elle était avec vu que tous les employés sont au village !

- Viens, on part…

Hermione chercha sa baguette alors que le plus hargneux riait :

- T'as peur de quoi ? C'est qu'une femme… d'ailleurs j'en ferais bien mon dîner !

- Arrête tes conneries…

- Oh ta gueule et casse-toi si tu as peur.

Elle ne la trouva pas, agacée Hermione se leva difficilement, chercha à lancer un accio mais n'y parvint pas. Puis, elle vit le second voleur partir réellement alors que le premier s'approchait d'elle :

- Pas la peine de faire la courageuse la donzelle. Tu vas voir, je vais te faire aimer ça de toute façon !

Avec un rire mauvais, il lui sauta dessus mais Hermione réussit à l'esquiver. Elle essaya de courir pour partir mais à peine eut-elle fait deux pas qu'elle se fit projeter contre le mur. Un corps massif la maintenait contre et la fit pivoter pour la mettre face à lui :

- Tu peux rien faire sans baguette, sans domestiques, sans elfes… tu n'es rien !

- Qu'avez-vous fait aux elfes ! grogna-t-elle.

- Tu devrais plutôt t'inquiéter pour toi. Tu aurais mieux fait de te choisir un autre mari… j'peux rien lui faire à lui, mais à toi, si !

Hermione ne pouvait pas voir le visage de son agresseur mais sentit sans difficulté son haleine fétide. On aurait pu croire qu'une distillerie était en fonction dans son gosier. Il agrippa la chemise de nuit de la lionne et la déchira d'un simple sort de découpe. Elle était peut-être une « simple donzelle » mais elle ne comptait pas se laisser faire pour autant. Serrant sa mâchoire, plus énervée que jamais, elle se concentra sur la table de poker derrière son agresseur et tendit sa main, ce qui le fit rire.

- Tu t'es prise pour le Lord des ténèbres ? se moqua-t-il.

- Je suis la Lady des ténèbres, sale gourgandin ! ACCIO !

La table arriva en voltigeant à pleine vitesse et se fracassa contre l'homme qui s'écrasa contre elle sous le choc. Cela lui fit mal à elle aussi, mais clairement moins qu'à lui qui la relâcha après coup et qui tituba tout en cherchant apparemment à insulter la jeune femme.

- Madame Hermione, j'arrive !

La lionne reconnut la voix couinante d'Illuminé et l'homme comprit qu'il n'avait plus la capacité de gagner le combat. Énervé, il se redressa et partit en courant comme il pouvait. Hermione voulut le suivre mais sa jambe droite lâcha sous son poids et elle tomba lourdement au sol. Illuminé était à côté et hésita entre arrêter l'homme ou porter secours à sa maitresse en la voyant mal au point au sol. Hermione voulut lui dire de l'attaquer lui mais la douleur l'en empêcha et l'elfe se dirigea vers elle. Une fois la créature à ses côtés, déçue mais se sentant enfin en sécurité, elle ferma les yeux et se laissa sombrer dans l'inconscience.

- Vous devez rester allongée Lady Hermione.

- Si je dois rester une minute de plus allongée, je vous promets que j'hurle !

- Mais Ann a dit que…

- Est-ce que Ann est guérisseuse ?

- Non, mais elle est ma supérieure !

- Et moi je suis votre maîtresse de maison !

Hermione se détesta pour avoir dit cela à sa femme de chambre. Elle soupira alors :

- Je suis désolée Emily, mais ça fait déjà une semaine que j'ai la sensation d'être punie dans ma chambre ! Le guérisseur Rivoyre a soigné ma jambe et mes brûlures, je vais très bien maintenant.

- Certes, mais vous avez encore des hématomes imposants Madame et vous avez surtout vécu quelque chose de difficile.

- Je ne veux pas sortir, je veux seulement… eh bien, au moins descendre rejoindre mes parents à table ! Ils sont ici et je ne peux même pas manger avec eux.

- Votre père dit aussi que vous avez besoin de repos Madame. Monsieur Granger n'est pas guérisseur, mais il est médecin.

Hermione soupira et laissa retomber son dos contre ses coussins, contre sa tête de lit. Elle ne pouvait rien répondre face à cet argument de toute façon. Emily lui installa son plateau repas et la laissa tranquille pour le déjeuner.

Depuis une semaine, elle était coincée dans sa chambre, avec à peine l'autorisation de se lever pour ses besoins primaires. Pourtant, même si elle avait encore mal, le témoin de son mari était intervenu et l'avait soigné avec talent, lui permettant de soigner sa jambe cassée en un tour de baguette. Mais tous les domestiques prenaient à la lettre l'obligation de repos de ce dernier, exaspérant la jeune Lady qui essayait au mieux d'être patiente. Elle savait qu'ils se sentaient tous coupables d'être sortis alors même qu'elle les avait poussés à le faire. Dès lors, ils étaient devenus encore plus collants et bienveillants qu'avant, même Ursula qui ne faisait plus que les plats préférés d'Hermione, mettant de côtes ses spécialités écossaises étranges.

Au moins, point positif de tout ça, ses parents étaient avec elle au manoir. Mahdi était allé les chercher et avait même eu l'autorisation du ministère pour leur faire utiliser un portoloin. Sa belle-mère aussi était venue s'installer au manoir d'ailleurs, elle était en relation directe avec le directeur du département de la justice, lui mettant la pression pour qu'ils trouvent les coupables au plus vite. Lady Eileen était adorable, mais il sommeillait en elle un occamy prêt à mordre pour la sécurité de son entourage ! Hermione lui en était reconnaissante d'ailleurs... contrairement à son fils, elle s'occupait bien de sa bru.

En dehors de son époux, qui était resté silencieux malgré une missive envoyée en urgence par Mahdi dès le lendemain matin des évènements, Hermione avait régulièrement de la visite. Tous ses amis étaient venus au moins une fois, même Rolf et Madame Griffacier pour lui souhaiter un prompt rétablissement. C'était toujours ça !

Elle n'avait mangé que son entrée quand on toqua à sa porte. Ann entra une fois invitée à le faire, contrariée :

- Lady Hermione, je suis navrée de vous déranger pendant votre repas… une personne souhaite vous voir.

- « Une personne » ? Qui est-ce ?

- Eh bien… il s'agit de Lord Black Madame. Dois-je le laisser monter ?

La réponse mit du temps à venir et pour cause, Hermione était choquée. Elle comprenait néanmoins mieux pourquoi la gouvernante était aussi embêtée, tout le monde devait connaître un minimum la haine de leur maître envers Sirius. Néanmoins, la jeune Lady avait envie de voir ce dernier… et puis Severus n'était pas là, alors en quoi cela pourrait le déranger ?

- Faites-le entrer… merci Ann.

La gouvernante s'inclina légèrement, l'air grave, et repartit. Deux minutes plus tard, Sirius entra dans la chambre. Il était toujours aussi séduisant, c'était indéniable, d'autant qu'il avait repris un peu de masse et ses cernes avaient disparu. Sa barbe et ses cheveux étaient un peu plus courts que dans ses souvenirs, mais dans l'ensemble, il était toujours le même. Sirius inclina sa tête pour la saluer :

- Bonjour Sirius !

- Bonjour Hermione… je suis navré de ne pas être venu vous visiter avant, je n'ai appris ce qu'il vous était arrivé que récemment et…

- Vous êtes là et c'est déjà beaucoup pour moi.

Sirius s'approcha du lit en gardant une distance raisonnable :

- Comment allez-vous ?

- Je vais beaucoup mieux, je serais même déjà sur pieds si cela ne tenait qu'à moi !

- Il est préférable que vous vous reposiez, ce qu'il s'est passé n'est pas anodin. J'espère que ces malotrus seront vite retrouvés et envoyés à Azkaban !

- Nous l'espérons tous, moi plus que quiconque.

Il semblait si inquiet et énervé à la fois que cela toucha la jeune Lady.

- J'ai ouï dire que vous vous étiez battue avec brio Hermione, mais je ne comprends néanmoins pas un détail… pourquoi diantre étiez-vous seule chez vous ?

- J'avais donné la permission, si ce n'était un ordre, à tous les domestiques de sortir profiter de la fête du village. Je n'étais néanmoins pas vraiment seule, les elfes étaient là… hélas, les deux malotrus s'en étaient déjà occupés en les attaquants lâchement pendant qu'ils étaient occupés ou endormis. Seul l'un d'eux a réussi à se dépêtrer de la cage enchantée dans laquelle il avait été enfermés.

- Vous n'auriez jamais dû rester seule dans un lieu aussi éloigné de tout.

- Je vous en prie, Sirius, ne faites pas comme les autres. Je ne voyais et ne vois toujours pas de mal à ce que je sois seule chez moi. Ce qu'il s'est passé aurait pu avoir lieu avec la présence de tous les domestiques !

- Je suis simplement inquiet pour vous Hermione. Je… je tiens toujours à vous !

- Moi aussi Sirius…

Hermione baissa le regard. Oui, elle tenait toujours à lui, ce n'était pas un mensonge. Mais le regard de Lord Black était plus profond qu'elle ne pouvait le supporter. Peut-être était-ce lié au fait qu'il était aujourd'hui lui-même marié, mais la lionne ne voulait plus voir ses yeux pétiller de la sorte, elle trouvait cela extrêmement gênant.

- Avez-vous reçu ma carte de vœux ? demanda-t-elle d'ailleurs.

- Oui… cela a fait plaisir à Éloïse, elle était très touchée par votre mot.

- Bien, j'en suis contente.

- Je… je pense que je vais y aller, je vais vous laisser vous reposer.

- Repasserez-vous me voir ?

- Je ne peux le promettre, mais j'essaierai.

- C'est déjà beaucoup.

Hermione lui sourit alors et Sirius s'approcha, se permettant de lui prendre la main pour lui déposer un baiser. Elle en fut étonnée mais ne dit rien, laissant ensuite le sorcier quitter la pièce, la laissant à nouveau seule avec elle-même. Elle regarda son plat mais son appétit était parti ailleurs et elle préféra se rassoir correctement contre ses oreillers, songeuse et surtout fatiguée, sûrement de ne rien avoir à faire. Soupirant, elle attrapa son livre en cours, le dernier qu'elle n'avait pas encore terminé mais qui n'allait pas faire long feu. Elle aurait peut-être dû demander des livres à ses parents, mais tant pis, c'était déjà mieux que rien.

Au cours de la semaine suivante, Hermione eut le saint Graal : l'autorisation de se lever ! Bien entendu, elle n'avait pas le droit de s'éloigner trop, et elle était toujours sous bonne garde avec ses parents et Eileen ou les domestiques, mais au moins avait-elle la possibilité de sortir un peu. La majorité du temps néanmoins, elle restait dans le jardin d'hiver, où elle pouvait voir l'extérieur sans souffrir du froid.

Elle aimait énormément cette pièce, presque autant que la bibliothèque, voire plus maintenant que la neige s'invitait à Skye. Les baies vitrées donnaient une vue presque magique sur une grande étendue blanche, comme si elle faisait partie d'une aventure nordique.

Cela lui arrivait même de passer des soirées entières ici pendant que les autres se préparaient déjà à dormir. Bien sûr, Mahdi lui avait déjà demandé plusieurs fois de le prévenir quand elle s'y rendait si tard, pour éviter qu'elle ne s'endormisse dans une posture inconfortable sur le canapé, mais elle oubliait parfois. Cela ne la dérangeait pas plus que ça, le canapé étant si grand qu'elle pouvait s'y étendre presque entièrement.

Ce jour-là, elle avait visiblement dû s'endormir, car elle sentit un bras passer sous sa tête et un autre sous ses genoux. Elle était encore entre songe et réalité et se laissa donc faire, trop fatiguée pour s'en plaindre et encore plus pour proposer de retourner dans sa chambre sur ses jambes. Néanmoins, il était surprenant de se dire que Mahdi la portait ainsi…

Hermione le sentit hésiter quand elle bougea légèrement mais il reprit la marche, de façon incertaine et presque tremblante, quand il comprit qu'elle ne se réveillerait pas. Se laissant bercer par les pas du majordome, elle se détendit, prête à se rendormir pour de bon quand il la déposa dans son lit, prenant le temps de positionner convenablement sa couette dessus.

- Reposez-vous bien… chuchota son sauveur.

Hermione baragouina un merci incompréhensible alors qu'il s'éloignait. Puis, elle repensa à la voix de Mahdi… ce n'était pas la même que d'habitude non ? Cela ressemblait beaucoup plus à la voix de…

- Severus ?

Tenta d'elle de demander, sans être sûre que ses lèvres n'aient bougées. Elle voulut voir mais ses yeux avaient du mal à s'ouvrir et à faire le focus. De toute façon, il faisait bien trop nuit dans sa chambre pour ça… mais elle fut presque certaine de voir une lumière provenant non pas du couloir, mais de la porte donnant sur la « pièce interdite ».

« Je dois être en train de rêver… » se dit-elle vaguement avant de se laisser rattraper, pour de bon, par le marchand de sable.

Le lendemain matin, Emily vint la réveiller pour le petit déjeuner. Quand elle sortit de sa chambre, ce fut avec une robe simple et une queue de cheval sans prétention, elle n'avait personne à impressionner et ne reprendrait le travail que deux jours plus tard, Rolf ayant insisté pour qu'elle se repose le plus possible avant de reprendre. C'était soit cela, soit elle aurait été assignée à un bureau… le choix était vite fait, elle était mieux avec ses parents !

Arrivée dans la salle à manger, Hermione salua ses parents qui étaient déjà installés. Elle n'avait pas très faim mais se força à prendre un peu d'œufs brouillés et du bacon, pour ne pas avoir de réflexion de la part de son père. Une dizaine de minutes plus tard, sa belle-mère arriva à son tour. Elle leva la tête pour la saluer mais perdit instantanément son sourire tout en faisant tomber sa fourchette :

- Severus…

Il inclina la tête en signe de salutations :

- Bonjour Hermione… Jane, John, ravi de vous revoir. Com…

- Vous avez fait bon voyage j'espère ? le coupa-t-elle en reprenant son couvert.

- Oui, répondit-il sans s'énerver. Mais vous, co…

- Comment était la France ?

Hermione vit ses parents la regarder du coin de l'œil. Oui, elle était énervée, oui elle était impolie et oui, elle le savait, mais elle s'en fichait éperdument.

- Française…

- Plaît-il ?

- La France était française, répéta-t-il avec lassitude. Je vais vous laisser à votre petit déjeuner…

Les Granger ne répondirent rien à cette affirmation. Même si ses parents étaient des gens cordiaux et bien élevés, ils étaient, au fond, assez déçus que leur gendre ne soit pas arrivé plus tôt en apprenant ce qui était arrivé. Severus inclina nouveau la tête et partit en claudiquant légèrement. Hermione le remarqua mais s'en fichait… presque. Pourquoi boitait-il ? À bien y réfléchir, n'avait-il pas l'air plus pâle encore que d'habitude ? Était-il malade ?

- Quand est-il rentré ? demanda John.

- Je ne sais pas, répondit Jane. Sûrement cette nuit, mais je n'ai rien entendu !

- Ça va ma chérie ?

- Oui, je vais très bien.

C'était donc bien lui qui l'avait porté jusqu'à son lit ? Comment avait-il fait en boitant de la sorte ?

- Lady Hermione, Lady Hermione !

Ann arriva en courant dans la salle à manger, oubliant toute convenance, l'air trop heureuse pour s'en soucier :

- Ils ont retrouvé l'un de vos agresseurs !

- Pardon ?

- Les Aurors, ils ont retrouvé l'un des agresseurs et il a avoué ce qu'il avait fait avant même le viritaserum !

- Mais comment l'ont-ils retrouvé ? Ils savent où est le second ? demanda Jane alors qu'Hermione restait coite.

- Je ne sais pas tout avec exactitude, c'est l'une de mes connaissances travaillant au ministère qui m'a envoyé une missive ! Visiblement il n'y a qu'un seul des deux qui a été arrêté par les Aurors ! Ce n'est apparemment pas celui qui a violenté Madame, mais il devrait être auditionné bientôt et sûrement envoyé à Azkaban juste après. Peut-être pourra-t-il dire où se cache son complice ! En tout cas, je pense qu'ils vont vous demander de vous rendre à son procès qui aura lieu dans la journée !

- C'est rapide, fit remarquer John.

- Il s'en est pris à une Lady, c'est bien mérité !

Oui, Ann était vraiment joyeuse et Hermione aussi au fond. Mais l'un des deux étaient encore en liberté, le plus violent bien entendu, et en plus, visiblement, elle allait devoir se rendre à un procès expéditif et se retrouver face au complice fuyard. Voir le voleur se faire condamner n'était pas une si mauvaise chose cela étant, mais elle se serait bien passée de devoir le recroiser.

Hélas, elle reçut en effet une convocation et ce à peine une demi-heure plus tard. Lady Eileen était arrivée au petit déjeuner et avait appris cette nouvelle en même temps que le retour de son fils, qu'elle n'avait pas encore vu. Quel goujat, il n'était même pas allé parler à sa mère !

Après le petit déjeuner, Hermione se rendit à son bureau pour l'enguirlander. Il n'allait pas s'en tirer à si bon compte quand-même, malade ou non ! Et puis, de toute façon, qu'est-ce qui pouvait l'avoir rendu malade ? Avait-il fini par attraper un coup de froid en France ? C'était forcément moins grave qu'une agression et il ne méritait pas qu'elle s'inquiétasse de son état !

Quoi qu'il en fût, elle le trouva en effet assis derrière son office en train de trier des dizaines et des dizaines de lettres. Quand elle entra, il la regarda avec dépit et résilience, silencieux.

- Vous n'avez vraiment rien à dire pour votre défense ? s'énerva-t-elle en fermant la porte.

- Non…

Elle ne s'était pas attendue à cette réponse et en perdit son anglais.

- J'ai tous les torts et je le sais… vous avez le droit de vous énerver autant que vous le souhaitez…

- Je… eh bien… vous n'êtes…

Ce n'était pas si simple que ça d'houspiller un homme déjà vaincu. Néanmoins toujours énervée, elle tapa du pied :

- Vous m'énervez !

- Je sais, admit-il en soupirant.

- Eh bien tant mieux si vous le savez, comme ça je n'ai pas besoin de faire un laïus complet ! Ce serait beaucoup trop long et je n'ai pas envie de vous parler !

La lionne se tourna pour sortir mais son mari l'interpella avant :

- Je ferai préparer vos valises pendant que vous serez au ministère tout à l'heure… la maison Londonienne étant déjà prise, je les ferai transférer dans celle du centre.

- Pardon ? dit-elle sans même se retourner.

- Je ne peux pas quitter le manoir pour… diverses raisons. Mais je sais que vous ne vous y plaisez pas vraiment, expliqua-t-il doucement. La maison du centre est plus petite que la maison où séjourne ma mère mais vous serez plus proches de vos parents, de vos amis aussi et… et d'autres personnes… quant aux employés là-bas, ils sont charmants et discrets et je suis certain que… que vous vous y plairez…

- Vous… vous me virez de…

- Non, je vous libère Hermione… c'est tout ce que je peux faire pour vous… vous libérer…

Hermione ne se retourna toujours pas, incapable de le regarder, et se contenta donc d'ouvrir la porte pour sortir. Elle croisa en chemin Emily et accéléra le pas pour s'enfermer dans la bibliothèque, sanctuaire le plus proche, où elle se permit de pleurer une fois un sort d'insonorisation lancé et la porte bloquée. Cet après-midi, elle serait libre… mais était-elle vraiment prisonnière ?