Chapitre 16 : Rendez-vous chez Gellert

-Londres, 8h30-

« C'est simple, je prends l'information en premier pour avoir la vérité la plus pure, l'originelle. Après, seulement, mon père étouffe sa diffusion aux autres médias et journalistes.

-C'est dégueulasse de faire ça, lança franchement la voix d'Harry au milieu des bruits de la circulation et de l'écoulement doux-puissant de la Tamise.

-Que veux-tu Potter, l'information, c'est le pouvoir. Il faut être naïf pour croire que tout le monde y a accès. Je ne suis pas un mauvais journaliste : tout ce que j'écris est vrai et honnête. Nous mettons juste en place des stratégies pour éviter le désordre. Et c'est pas comme si on faisait ça à chaque fois. »

Harry et Drago surplombaient le fleuve londonien, assis sur le sol de pierres froides de l'avenue piétonne, les jambes pendantes entre les petits piliers blancs les empêchant d'accéder à l'eau. À leurs côtés, le London Eye, immobile, observait tout comme eux le grand bâtiment blanc de New Scotland Yard, de l'autre côté de la rive.

« Si tu étais un bon journaliste, tu saurais que la vérité est rarement pure et jamais simple.

-Je suis un bon journaliste, parce que je sais que ce que tu viens dire tu l'as piqué à Oscar Wilde.

-Ça n'a rien à voir avec du journalisme.

-Si : j'ai les informations.

-Un journaliste dont le père possède la moitié des médias du pays, c'est de la triche.

-Dixit le mec qui s'est fait pistonner aussi, répliqua Drago en ricanant, et qui travaille lui-même sur l'affaire de la mort de ses parents. C'est vrai que tu es parfaitement en règle Potter, ça m'avait échappé dites donc.

-Touché, admit le brun.

-Donc pour en revenir à Grindelwald, reprit l'autre plus sérieusement malgré son petit sourire victorieux, les fuites vont venir de la prison elle-même, les gardiens, les familles, les prisonniers entre eux, ceux qui trouvent le moyen de communiquer avec l'extérieur. Je dirai qu'il faut minimum une journée pour que l'information sorte de la prison, deux autres pour que Londres soit au courant. Donc trois jours pour assurer notre contrôle des médias. C'est suffisant.

-Et comment est-ce que ton père s'y prend ?

Drago haussa un sourcil :

-Franchement Potter, au vu de ton innocence tu ne veux pas savoir.

-Mon innocence ? répéta ledit Potter, je sais pas où t'as lu ça, mais c'était de la mauvaise presse.

-Que tu crois, ricana le blond, moi je te dis que tu es trop innocent pour le monde merveilleux de la police criminelle.

-Eh bien pourtant je suis là, grommela Harry, et jusqu'ici tout va bien. Et puis il y a plein d'autres gens qui sont encore plus « innocents » que moi comme tu dis.

-Comme qui ?

-Eh bien, Remus pour commencer, si tout le monde était comme lui Scotland Yard n'existerait même pas Luna Lovegood même si elle n'est qu'à l'accueil, et puis… Minerva peut compter aussi.

-Non Minerva ne compte pas, elle a la justice dans le sang, elle est parfaite pour ça.

Harry resta pensif quelques instants.

-Tu sais ce qui lui est arrivé pour qu'elle soit rétrogradée de son poste d'inspectrice ?

-Non, je n'ai jamais réussi à le savoir, admit Drago, personne n'en parle, je n'ai pas trouvé d'archives de presse et Severus n'a jamais voulu me le dire par respect pour elle. Mais ça a dû être assez grave pour que ce soit aussi tabou maintenant !

-En même temps ce n'est qu'une rétrogradation, réfléchit Harry, elle aurait pu être carrément suspendue à vie.

-Oui mais elle est excellente, ajouta le blond, vraiment plus qu'excellente même et ça tout le monde le reconnaît, même Jedusor. Alors pour quelqu'un de son envergure, une rétrogradation aussi importante, c'est vraiment que la situation craint.

Petit silence.

-Mais toi, reprit le journaliste en changeant de sujet, tu n'es pas fait pour ça.

-Mais enfin qu'est-ce qui te fait dire ça ?

-T'agace pas, moi non plus je ne suis pas fait pour ça. Mais je suis journaliste, quand ça me monte trop à la tête je peux m'orienter vers d'autres sujets plus sympas, pour revenir un peu dans la vie normale. Toi par contre, si tu continues, tu ne pourras pas changer de voie. Ou difficilement. Et je pense que ce ne serait pas bon pour toi.

-Je ne sais pas, répondit le brun, j'aime quand même bien travailler avec la police.

-Moi aussi ! Mais ce n'est pas mon métier à temps plein pour autant, tu vois ce que je veux dire ?

-Peut-être.

-Tu n'essayes même pas.

-Que tu crois.

-Imbécile.

-Toi-même. »

Ils rirent, puis leur conversation dut être remise à plus tard puisque Harry venait de recevoir un message de Minerva comme quoi son permis de port d'armes venait d'être déposé à l'accueil de New Scotland Yard. Ils se saluèrent rapidement et Harry traversa le pont de Westminster pour rejoindre le grand bâtiment blanc de l'autre côté de la rive.

.

-NSY, Bureau de Dumbledore, 9h15-

« Bien, je suis content que l'équipe puisse reprendre du service à son rythme habituel ! Félicitations Harry pour l'obtention de ton permis, j'ai entendu beaucoup de bien de ta prestation malgré ton dernier petit faux-pas. Je te dirais bien qu'il faut apprendre de cette erreur mais ce serait malhonnête de ma part si je ne te disais pas que moi-même, le jour de mon examen - il y a fort longtemps - j'avais fait exactement la même chose ! »

Severus, Harry, Minerva et Remus se tenaient tous les quatre dans le bureau du directeur, assis dans les petits fauteuils marron que ce dernier avait installés il y a peu. Lui-même, assis dans son fauteuil légèrement plus usé, regardait les quatre agents avec ses yeux bleus scrutateurs.

« Bien, reprit-il plus sérieusement, si je vous ai fait venir ici ce matin, c'est pour une mission particulière. Nos enquêtes sont au point mort, et j'ai pensé cette nuit à une nouvelle tentative disons, peu conventionnelle, afin d'obtenir de nouvelles informations. Et puisque je ne tiendrai pas mon effet de suspens plus longtemps, cette mission a bel et bien à voir avec Gellert Grindelwald. »

À côté d'Harry, les jambes croisées, Severus se tendit légèrement, mais le brun ne sut pas dire si cela était dû à de la crainte ou de l'excitation. Dumbledore se leva et commença à effectuer de longs allers-retours devant son bureau, l'air concentré :

-Je suis allé cette nuit, avec plusieurs membres des services secrets et du gouvernement, dont Célestin O'Drake, à la prison de Wandsworth pour observer le comportement de notre nouveau détenu. Bien sûr il ne savait rien de notre présence, nous observions grâce à un retour de caméras de surveillance installées dans sa cellule. Il s'est montré plutôt détendu et relativement docile, je pense que c'est le bon moment pour aller lui parler.

Il fit une pause pour regarder chacun de ses interlocuteurs puis reprit :

-Severus, Harry, je voudrais que vous vous rendiez à la prison pour le rencontrer.

Cinq secondes de battement. Harry n'en croyait pas ses oreilles, et Severus, imperturbable, ne montrait aucun signe d'étonnement :

-Au sujet des meurtres en série ou de l'affaire Potter ?

-Eh bien, répondit Dumbledore en se mettant à nouveau à faire les cent pas, je pense que dans les deux cas, nous avons à faire à une organisation en réseau. Grindelwald, qui a été à la tête du plus grand réseau mafieux de l'histoire conjointe de la Grande-Bretagne et des Amériques, doit certainement encore avoir des contacts, des noms, des ficelles concernant ce qu'il se passe aujourd'hui. Ce qui est étonnant, c'est que je m'attendais sincèrement à ce que les meurtres en série soient stoppés assez vite, grâce à Jedusor et le travail qu'il effectue avec les petits réseaux trafiquants de Londres. Mais il n'a pas l'air d'y avoir fait appel, et cela me surprend : ce n'est pas bon signe. Il se peut que ses réseaux ne veuillent pas s'en mêler, ou qu'il ait perdu l'emprise qu'il avait sur eux : Tom ne laisserait jamais une affaire d'une telle ampleur traîner s'il avait les moyens de l'élucider rapidement. La situation de ce côté-là est donc anormale. Il faut savoir si Grindelwald sait quelque chose à ce sujet. En revanche, en ce qui concerne James et Lily Potter, il faudra être malin : je mettrais ma main à couper que Grindelwald connaît de près ou de loin le réseau qu'espionnaient tes parents Harry. Il faudra réussir à le faire parler, la difficulté étant qu'il n'a pas forcément d'intérêt personnel à nous aider. Mais je suis optimiste, j'ai des raisons de penser que vous deux vous parviendrez à quelque chose.

-Et nous ? Demanda Remus de son ton posé habituel.

-Minerva et toi irez avec Célestin O'Drake, qui ne devrait pas se trouver bien loin du Yard à l'heure qu'il est. Il a en sa possession des archives qui selon lui pourraient être susceptibles de nous intéresser. Je vous laisse gérer cela le temps qu'il faudra. Des questions ?

-Comment est-on supposé faire parler Grindelwald ? demanda Harry, d'après ce que vous dites ça m'a juste l'air impossible.

-Ce n'est pas impossible, répondit Severus d'un ton traînant.

-Il suffit d'un peu de consistance, répondit d'un ton mystérieux Albus dont les yeux brillaient étrangement, vous vous rendrez à Wandsworth à 14 heures, cela vous laisse le temps de préparer un plan d'action. En cas de souci, je devrais pouvoir m'y rendre vers 14 heures 30 ou 15 heures, envoyez-moi un message, je viendrai vous aider. »

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-Prison de Wandsworth, 13h45-

Ils n'avaient pas de plan. Ou presque.

Oubliez tout ce qu'on vous a dit sur Jedusor, l'avait mis en garde Snape, il ne joue pas dans la même cour que Gellert Grindelwald. Dumbledore est le seul à posséder un niveau d'intelligence et de finesse aussi élevé. Il est dangereux, mais pas de la même façon que Jedusor. Vous le sentirez.

Parfait, s'était dit Harry, une arme flambant neuve accrochée à sa ceinture, qui attendait maintenant dans le hall d'entrée de la prison aux côtés de Severus qui avait le visage plus impassible que jamais. Il n'y avait plus aucune trace du sentiment aérien qu'ils avaient ressenti ces deux derniers jours : Harry sentait que l'inspecteur avait pris soin d'ériger des protections mentales imperméables à toute pensée qui ne concernait pas leur mission actuelle, ce qui poussait le plus jeune à faire de même.

Étrangement, Harry n'était pas inquiet, il sentait juste cette drôle d'électricité dans l'air et comme un léger picotement au bout de ses doigts, qui semblait annoncer que la rencontre qu'ils étaient sur le point de faire était spéciale.

Au bout de quelques minutes, une gardienne à la peau mate vint les accueillir. Elle leur demanda de la suivre d'un ton sec en s'engageant dans le bâtiment dédié aux détenus hommes.

Le trajet jusqu'à la cellule de Grindelwald se fit en silence. Ils passèrent devant les vitres de la cafétéria qu'occupait une trentaine de détenus. Harry en vit certains regarder dans leur direction, certains s'attardant plus longuement sur la silhouette de l'inspecteur. Ils passèrent le long des portes de cellule qui laissaient deviner par la lumière qui passait à travers une petite grille carrée la présence de prisonniers. Il y avait des caméras de surveillance partout.

Ils arrivèrent ensuite dans une partie de la prison plus austère et moins peuplée. Ils traversèrent de longs couloirs gris, puis s'arrêtèrent devant une porte blindée, visiblement fermée. La gardienne ouvrit avec une carte électromagnétique. La porte donnait sur des escaliers dont les marches descendaient vingt par vingt dans les sous-sols de la prison. Là où se trouvait Grindelwald.

Ils descendirent, et au fur et à mesure qu'ils marchaient, Harry sentit une pression inconfortable monter lentement dans le creux de son ventre. Les sous-sols étaient silencieux, mais d'un silence pesant, qui s'accrochait à vous comme une drôle de chaleur moite. Le seul bruit qui résonnait entre les murs gris presque blancs était celui de leurs pas sur les marches. Arrivés en bas dans un petit couloir aux murs blancs qui donnait à la prison un air d'hôpital psychiatrique américain, ils tombèrent de nouveau devant une grande porte blindée que la gardienne ouvrit immédiatement. Le couloir blanc continuait et au bout ce celui-ci quatre gardes vêtus de leurs uniformes noirs veillaient sur la porte noire de la cellule de Grindelwald, alignés deux par deux de chaque côté des murs parallèles.

Ils approchèrent lentement, dans le même silence qui les avait suivis depuis le début de leur descente. La gardienne s'approcha des gardes pour leur annoncer la visite de Scotland Yard, ceux-ci hochèrent la tête et saluèrent dans une économie de mots record l'inspecteur et son agent. Un des gardes passa sa carte le long du petit boîtier sur le mur proche de la porte, et celle-ci s'ouvrit. Snape et Harry y entrèrent seuls, la gardienne les ayant notifiés du fait que leur conversation serait enregistrée par des caméras de surveillance.

La salle dans laquelle ils se trouvaient à présent était plus grande que la plupart des cellules de la prison, en son centre, elle était coupée en deux par une immense vitre qui traversait la salle dans toute sa largeur et dans toute sa hauteur. Face à eux, implantée au milieu de la vitre, une table en bois clair devant laquelle se tenaient deux chaises traversait et liait les deux moitiés de la salle. Dans un coin, de l'autre côté, Gellert Grindelwald se tenait immobile, assis sur le petit lit de prison en métal, en fixant le mur de ses deux yeux bleu et sombre. Ses bras reposaient sur ses genoux, et il portait une tenue de détenu gris clair.

Immédiatement après avoir aperçu Grindelwald, Harry ressentit l'incroyable puissance qui émanait de ce dernier, comme si les forces gravitationnelles autour de lui augmentaient du simple fait de sa présence dans la pièce. Même après les avoir entendu pénétrer dans la cellule, Grindelwald ne bougea pas d'un pouce et continua à fixer le mur.

L'idéal serait qu'il soit le premier à parler, lui avait dit Snape plus tôt dans la journée.

C'était mal parti, pensa Harry.

L'inspecteur prit les devants et s'installa sur une des chaises qui se trouvaient devant la petite table. Harry l'imita, puis un long silence s'installa dans la pièce. Snape semblait serein et attendait patiemment que Grindelwald prenne la parole.

Au bout de quelques instants, les deux hommes virent le détenu fermer les yeux et prendre une grande inspiration avant de lancer d'une voix grave et profonde :

« Scotland Yard.

Son ton était on ne peut plus calme, comme s'il recevait du monde chez lui.

-Cela faisait longtemps.

Il avait dit cela en rouvrant ses yeux, qui étaient toujours tournés vers le mur. Après une pause, il continua :

-Je me souviens de vous, Snape.

Il tourna légèrement la tête pour capter le regard de Severus puis tourna les yeux vers Harry qu'il observa pendant de longues secondes.

-Et vous me dites vaguement quelque chose. Mais vous êtes trop jeune pour que nous nous soyons déjà rencontrés, et aussi trop inexpérimenté pour être autorisé à visiter un détenu comme moi. Qui vous envoie ?

-Le directeur Dumbledore, répondit Snape calmement.

Grindelwald se leva et se dirigea vers la chaise faisant face aux deux autres hommes. Ses yeux étaient perçants. Il s'assit face à Harry et Severus dans un mouvement presque nonchalant.

-Que veut-il ?

-Des renseignements.

-Et pourquoi donc je vous prie ? Je suis enfermé depuis près de vingt ans, que peut-il vouloir tirer de moi ?

Il avait parlé d'un ton calme mais ses derniers mots avaient laissé paraître une légère rancœur.

-Parce que justement ce que nous cherchons date de l'époque où vous étiez libre.

-Vous pouvez dire l'époque où l'équipe de Jedusor, dont vous entre autres, m'avez jeté en prison.

Il avait un petit sourire qu'Harry ne sut pas interpréter.

-Et pourquoi est-ce que je vous aiderais ? demanda le détenu.

-Je ne sais pas, que voulez-vous en échange ? demanda Snape en haussant un sourcil.

Grindelwald le regarda un instant puis s'appuya un peu plus sur le dossier de sa chaise.

-Il faut que j'y réfléchisse.

Il regarda longuement Severus, l'air pensif, puis ajouta en désignant ses deux interlocuteurs d'un petit mouvement de la tête :

-Dites-moi, quelle est la nature de votre relation exactement ?

-Professionnelle. Je suis inspecteur, il est l'un des membres de mon équipe.

-Vous avez été promu. Félicitations. Et monsieur s'appelle ?

-Harry Potter monsieur.

Grindelwald pencha légèrement la tête.

-Harry Potter, répéta-t-il d'une voix pensive.

Puis il tourna de nouveau la tête vers Severus :

-J'ai déjà dit tout ce que j'avais à dire concernant mon travail.

-Il ne s'agit pas de ça.

Haussement de sourcil.

-Alors de quoi s'agit-il ?

Severus se redressa sur sa chaise et s'apprêtait à répondre quand Harry le devança :

-Connaissiez-vous Lily et James Potter ?

Snape joignit ses mains sur la table en signe d'irritation : ils n'étaient pas censés agir aussi frontalement pour faire parler le détenu !

Pourtant Grindelwald répondit aussitôt :

-Un couple d'agents secrets. Ils traînaient parfois près de nos centres d'activité mais ils n'étaient que des dangers de seconde catégorie par rapport aux agents de l'inspecteur Jedusor que l'on surveillait d'assez près.

Il tourna brièvement les yeux vers Severus pour appuyer ses paroles puis recentra son attention sur Harry :

-Ce sont vos parents. Vous en avez parlé au passé, leur est-il arrivé quelque chose ?

-Ils sont décédés, en mission probablement, nous ne savons pas très bien, répondit Harry.

-C'est arrivé quelques semaines après votre arrestation, ajouta Snape qui s'était imperceptiblement rapproché d'Harry.

-Je vois, réagit Grindelwald, c'était il y a longtemps. Vous espérez certainement que je connaisse la raison de leur mort ?

Harry et Severus acquiescèrent d'un signe de tête. Le détenu fixait toujours Harry de son regard brillant.

-Je suis navré, je ne la sais pas. Peut-être qu'un de mes hommes s'est mis en tête de les tuer par revanche après mon arrestation. Mais cela est étrange pour la raison que je vous ai déjà dite : ils n'étaient absolument pas des cibles prioritaires pour nous même si nous les avions repérés.

-Connaissez-vous un autre réseau qui aurait pu s'en prendre à eux ?

Grindelwald sembla chercher dans sa mémoire quelques instants avant de répondre :

-À vrai dire, aucun qui n'ait eu de relations avec mon propre réseau à un moment donné. Où s'est passée leur mission ?

-En Angleterre, aux Etats-Unis et en Russie, répondit Severus.

-C'est proche de nos zones d'activités principales, avez-vous d'autres informations sur ce réseau ?

-Malheureusement non, admit l'inspecteur.

-Alors autant jouer à colin-maillard avec des inconnus, souffla Grindelwald.

-Vous dites que mes parents étaient des cibles secondaires, lança Harry en soutenant le regard bicolore du détenu, cela signifie que vous surveilliez de très près les membres de l'équipe de l'inspecteur Jedusor ?

-En effet, répondit simplement Grindelwald en scrutant le visage d'Harry.

-Alors comment cela se fait-il que vous ayez été arrêté par cette même équipe au final ?

Le regard de Grindelwald se durcit légèrement. L'inspecteur Snape bougea sur sa chaise et haussa un sourcil, pour ramener l'attention du détenu sur lui. Tournant son regard vers Severus, l'homme souffla doucement et répondit :

-J'ai tenu l'équipe de Jedusor éloigné de mes affaires pendant des mois et des mois. J'étais sur le point de mettre un terme à leur avancée. Mais, voyez-vous M. Potter, la trahison. La trahison a été la cause de mon arrestation. Mon réseau et ses activités ne laissaient aucune trace, aucune preuve. J'ai commis une seule erreur en faisant confiance à une personne que je tenais en estime, et elle a livré à Scotland Yard mon identité et tous les secrets de mon réseau. Jedusor n'est bon qu'à s'accaparer tout le mérite, mais ce n'est qu'un incapable, il n'a été qu'une poussière dans tous les évènements qui ont conduit à ma situation actuelle.

-Pensez-vous que votre réseau ait pu continuer ses activités jusqu'à aujourd'hui ? demanda Snape.

-Ce n'est possible qu'à la condition qu'ils aient retrouvé assez vite un leader. Je n'avais pas de second, la seule personne en qui j'avais confiance ayant choisi de se détourner du joli petit monde de la mafia. Alors je vous répondrai que cela est presque impossible. Des groupuscules très déterminés et mal organisés, peut-être, mais un réseau sérieux, c'est impossible.

-Alors il faut qu'on cherche du côté de vos réseaux, affirma Harry qui tentait tant bien que mal d'assembler les informations entre elles.

-Vous me parlez toujours des Potter ?

-Oui et non, admit Severus, nous avons en ce moment des meurtres ciblant les familles de policiers travaillant à Scotland Yard dont le mode opératoire nous fait énormément penser à un fonctionnement en réseau. Nous cherchions à savoir qui pouvait être présent à Londres.

-Je vois, continua Grindelwald, l'hypothèse de la vengeance peut toujours tenir. Peut-être que les Potter ont été les premiers de toute cette série de meurtre, y avez-vous pensé ? Les anciens de mon réseau qui n'ont pas été retrouvés et arrêtés, et continuent à leur manière de fonctionner.

-Les meurtres en série sont assez récents, contredit Snape, pour les Potter cela remonte à plusieurs années, cela m'étonnerait beaucoup qu'il s'agisse du même réseau et du même mobile.

-Je comprends, acquiesça le détenu en fixant l'inspecteur, mais je ne serai pas aussi catégorique. S'il reste des réseaux à Londres, je suis sûr qu'ils ne sont pas très rigoureux. Je serai prêt à parier que les meurtres sur lesquels vous travaillez sont assez aléatoires, et qu'ils sont avant tout des meurtres-spectacles.

-C'est le cas, confirma Severus en hochant la tête, mais cela ne prouve rien.

-Non, en effet. En tout cas je ne peux pas vous aider plus.

-Alors je pense que nous en avons fini avec vous, répliqua l'inspecteur qui commençait à se lever de sa chaise.

-Un instant inspecteur Snape, coupa Grindelwald en souriant légèrement, j'ai réfléchi à ce que je voulais en échange de notre conversation.

Severus haussa un sourcil interrogateur.

-Deux minutes, seul, avec M. Potter. »

L'inspecteur se crispa imperceptiblement et fixa longuement le regard de Grindelwald, pesant le niveau de danger auquel le garçon serait exposé s'il restait seul avec le détenu. Harry, quant à lui, observait Grindelwald d'un air perplexe : qu'est-ce qui pouvait bien provoquer l'intérêt du détenu à un tel point que sa seule demande après des années d'emprisonnement fût de parler seul à seul avec lui ? Et comme il ne voyait vraiment pas ce que cela pouvait être, et qu'il ne voyait pas de fait ce qu'il risquait, il se tourna vers Snape et lança :

« Ça ne me dérange pas, faisons-le. »

Snape l'observa longuement, cherchant à savoir ce qui pouvait bien se passer dans la tête du plus jeune. Mais force était de constater qu'Harry avait plutôt l'air serein et sûr de lui. Alors il se tourna vers Grindelwald une dernière fois, en lui lançant un regard de mise en garde, puis il sortit de la cellule, laissant les deux autres hommes seuls.

Harry recentra sa chaise de sorte à être complètement en face de l'autre homme, puis leva son regard vers lui, dans l'expectative.

« Il vous aime beaucoup, lança simplement Grindelwald en regardant la porte par laquelle venait de partir l'inspecteur.

-Je ne suis pas sûr que ce soient les bons termes, répondit Harry d'un air franchement incrédule.

Pour une raison à laquelle il ne voulait pas réfléchir, son cœur s'était légèrement serré dans sa poitrine.

-Et je peux vous assurer que si, insista le plus âgé en fixant le brun.

-Qu'est-ce qui vous fait dire ça ? Et pourquoi vous m'en parlez ? Cela n'est pas important.

-C'est important au contraire, dit Grindelwald.

-Vous avez sérieusement troqué tout ce dont vous pourriez avoir envie en tant que prisonnier pour me dire ça ?

Grindelwald ne répondit pas tout de suite. Il souffla, manifestant son léger agacement et se leva de sa chaise. Automatiquement, Harry se leva à son tour, pour rester au même niveau que son interlocuteur. De même, quand Grindelwald commença à marcher lentement le long de la grande vitre qui les séparait, Harry suivit le mouvement. L'ancien mafieux reprit :

-De quoi pourrais-je avoir envie, maintenant que je n'ai plus aucun futur envisageable autre que celui de vieillir et mourir dans une prison ? Vous savez M. Potter je ne regrette presque rien, je ne regrette pas mon travail ni mes crimes. Je regrette pourtant une chose, c'est avoir laissé passer la chance de vivre avec la personne que j'aimais. Et puisque c'est la seule chose que je regrette, en réalité je regrette absolument tout. Nous ne pouvons avoir envie de rien d'accessible quand nous sommes face au regret.

Légère pause, puis il continua.

-Que vous ne le voyez pas encore ou que vous ne vouliez pas le voir pour des raisons qui vous concernent, soit. Mais il y a quelque chose entre vous et Severus Snape. Je ne vous souhaite pas de vivre avec le regret d'avoir raté quelque chose.

Là, il arrêta de marcher et se stoppa pour faire complètement face au plus jeune, qui lui, saisit cette opportunité pour demander :

-Est-ce que la personne que vous aimiez est la même personne qui vous a trahi ?

Le regard de Grindelwald se fit d'un coup plus brillant qu'il ne l'était déjà.

-Oui, acquiesça le criminel, et je ne lui ai pas pardonné ce qu'il m'a fait. Il était ma plus grande force et ma plus grande faiblesse, cela s'est retourné contre moi. Nous avons pris des chemins différents.

Son regard se perdit dans le vague quelques instants, puis il se recentra sur le garçon.

-Mais là n'est pas le sujet. Je suis sincèrement navré pour vos parents. J'aurais aimé vous aider plus. Je ne peux le faire qu'en vous répétant ceci : il ne le sait peut-être pas lui-même, mais vous êtes aimé par Severus Snape. »

Et Harry n'eut pas le temps de répondre car la porte de la cellule s'ouvrit de nouveau, laissant place à Albus Dumbledore, dans son costume trois pièces gris :

« Harry, lança le directeur, les deux minutes sont écoulées, nous allons pouvoir retourner à nos occupations. »

Le jeune homme se dirigea vers la sortie immédiatement. Dumbledore avait le visage plus fermé que jamais, tandis que Grindelwald le fixait, des émotions de toute sorte se bousculant dans ses yeux qui brillaient toujours avec une intensité rare. Avant de sortir de la pièce en saluant d'un hochement de tête le détenu, Harry eut le temps de sentir la tension quasi-électrique qui s'était créée dans la cellule. Il se retourna pour lancer un dernier coup d'œil au plus grand criminel de l'histoire anglaise et intercepta son regard, presque désespéré, qui fixait Dumbledore tandis que ce dernier faisait tout pour ne pas regarder le détenu et sortir aussitôt derrière Harry.

.

« Il ne t'a rien dit de grave Harry ? demanda Dumbledore aussitôt qu'ils furent sortis de la cellule.

Snape les attendait les bras croisés, le dos appuyé contre le mur blanc.

-Quoi que je vous dise, vous irez regarder les enregistrements de la caméra de surveillance ? demanda Harry d'un ton presque plus accusateur qu'interrogatif.

-Oui cela est vrai, admit le directeur avec un petit sourire d'excuse, mais ce que je vais voir et ce que tu as ressenti sont deux choses différentes Harry.

-Alors non il n'a rien dit de grave, tout va bien, répondit le plus jeune dans un souffle presque inaudible.

Il était fatigué.

Severus l'observait attentivement : il guettait le moment où le plus jeune allait se mettre à décompresser, aussi soudainement qu'après ses épreuves psychologiques du genre tenir une conversation avec des hommes dangereux et manipulateurs - évènement qui serait à rayer définitivement de sa bucket-list.

-Bien, lança Dumbledore, prenez une pause pour aujourd'hui, vous avez déjà fait beaucoup. Nous ferons le point sur nos enquêtes demain. Je dois absolument partir au plus vite, je suis attendu au Yard. »

Il salua Harry et Severus et retourna travailler. Ces derniers partirent quelques secondes plus tard dans la même direction, plus lentement.

Soudainement, alors qu'ils montaient les marches qui les ramèneraient au rez-de-chaussée, Severus saisit le plus jeune par le poignet et le tira vers lui. Harry, surpris par le mouvement du l'inspecteur eut un petit moment de résistance, puis finalement, quand sa tête se logea doucement dans l'épaule de celui-ci, il laissa les bras de Severus s'enrouler solidement autour de lui, dans une étreinte rassurante.

« Vous faites ça pour moi ou vous faites ça pour vous ? marmonna Harry dans l'épaule de l'inspecteur.

Les deux.

Ils restèrent comme ça de longues minutes. Aucun des deux ne voulait bouger.

-Ne parlez de ça à personne, ordonna Snape d'un ton fatigué, j'ai quand même une réputation à tenir.

-Evidemment, répondit Harry en rigolant doucement. »

Quand ils se séparèrent, il se surprit à vouloir embrasser les lèvres du plus âgé. Les paroles de Grindelwald lui revinrent en tête aussi violemment qu'une gifle. Il cacha son rougissement en recommençant à monter rapidement les marches.

Severus, de son côté, regrettait déjà la chaleur du plus jeune, et il se traita de tous les noms pour ça.

Merde, merde, merde, merde.

Aucun des deux n'avait fait attention à la caméra de surveillance, au coin de la cage d'escaliers.