Mise au point
Chimney était inquiet.
Les alarmes résonnaient dans sa tête et soulignait la gravité de la situation. Quelque chose n'allait vraiment pas avec son ami, son frère, et il se rendait compte qu'il n'avait pas été à la hauteur avec lui.
Il se demandait comment il allait pouvoir annoncer à Maddie que son petit frère avait disparu et que personne ne semblait savoir où il se trouvait.
Elle allait complètement paniquer.
Il ouvrit la porte de l'appartement qu'il partageait avec la jeune femme pour la découvrir assise sur le canapé. Elle semblait l'attendre et Chimney sentait dans ses trippes à quel point il avait des problèmes.
– Maddie ?
– Nous devons parler, se contenta-t-elle de dire le faisant se figer au ton mordant.
– D'accord, souffla-t-il hésitant. De… ?
– De Buck, oui, confirma-t-elle.
– Est-il ici ? se redressa-t-il, le cœur battant à tout rompre, en cherchant une preuve qu'il était venu chez eux.
– Non, lâcha-t-elle, faisant s'effondrer l'espoir qui lui avait gonflé la poitrine. Il est en sécurité.
– Où ? Maddie, le loft est vide, sa ligne est coupée et personne n'a eu de ses nouvelles depuis le procès…
– Ce qui fait presque un mois, siffla-t-elle. Personne ne lui a parlé depuis un mois et cela n'a déclenché aucune alarme, chez aucun de vous ? Personne n'a trouvé ce silence bizarre ? Mais quels genres d'amis êtes-vous donc ?
Maddie essuya une larme et Chimney fit un pas en avant, mais il se stoppa lorsqu'elle lui lança un regard noir. Il sentit les sueurs froides courir le long de sa colonne vertébrale et faire s'intensifier la peur.
– Je suis un ami merdique, confirma-t-il.
– Je ne te le fais pas dire.
– Est-ce qu'il va bien ?
– Non, Howie, hoqueta-t-elle de colère. J'ai failli perdre mon frère, aujourd'hui.
– Que… ? suffoqua-t-il. Quoi ? Dans quel… hôpital… est-il ?
Il devait aller le voir, rester à ses côtés et ne plus jamais en bouger même si ça signifiait rester à genoux tout ce temps pour se faire pardonner. Il ne pouvait pas le perdre.
Il ne pouvait pas de nouveau perdre un frère.
– Il est en sécurité, répéta-t-elle. Sa famille, celle qui l'aime et se soucie réellement de lui, va prendre soin de lui maintenant.
– Maddie…
– Il ne veut pas vous voir, aucun de vous. Vous lui avez fait bien trop de mal. Et j'aurais des mots avec Eddie également après avoir de nouveau assuré à mon petit frère à quel point il est aimé et désiré dans notre vie. A quel point, il n'est PAS remplaçable.
– Maddie…
– Je suis en colère Chimney, contre vous tous et contre toi, plus particulièrement. Mais j'ai conscience d'être également coupable. J'aurais dû comprendre que quelque chose n'allait pas quand il a arrêté de répondre à mes messages. Je n'ai pas agi, je ne l'ai pas aidé quand il en avait le plus besoin, je l'ai laissé se débrouiller avec ses traumatismes.
– Maddie…, reprit-il d'une voix plus calme qu'il ne l'était réellement. Où est Buck ? Je n'irai pas le voir si ce n'est pas ce qu'il veut mais je veux juste savoir où il est.
– Buck est en sécurité et hors de la rue, maintenant.
– De la… ? sursauta-t-il. Il était… ? Non !
C'était impossible. Comment avait-il pu le laisser à sa propre déchéance sans en avoir aucune idée ?
– Karen, Athena et moi veillons sur lui. Il a traitement et un vrai thérapeute cette fois. J'ai une question pour toi. Mon mariage et ma vie avec Doug, sont-ils de bons sujets de plaisanteries pour toi ?
– Quoi ? Mais…non. Jamais.
– Le fait qu'il m'ait battu, qu'il se soit imposé à moi, va-t-il devenir un sujet de moquerie récurrent ?
– Non mais absolument pas. Maddie, je ne rirai jamais de ce genre de sujet. Tu le sais, tu me connais.
– Je le pensais. Je pensais vraiment que si tu apprenais que quelqu'un avait été victime d'un viol, tu ferais tout pour l'aider. Mais de toute évidence, je me trompais. Je t'ai confié mon petit frère, l'être pour moi le plus important de cette planète, mais tu ne l'as pas écouté. Il avait besoin de ton aide, de tes conseils mais tu t'es seulement moqué de lui.
– Je te jure que si Buck m'avait dit avoir été agressé, je lui serai venu en aide, paniqua-t-il.
Il ne pouvait décemment pas être passé à côté ça, avoir foiré à ce point-là, en plus de tout le reste.
C'était impossible, il y avait forcément une autre explication.
– Il t'en a parlé, confirma Maddie, lui brisant le cœur. Il essayait de comprendre si ce qui s'était passé était normal mais tu t'en es amusé. Et comme si ce n'était pas suffisant, tu lui rappelles ce traumatisme régulièrement.
– Maddie, je te jure que je n'ai aucune idée de ce dont tu parles mais il est évident qu'il s'agit d'un malentendu.
– Tu te souviens de sa thérapeute ? Celle qu'il a vu alors qu'il était encore en formation, après la mort de ce gamin sur une attraction.
– Celle avec laquelle il a couché ?
– Effectivement, tu t'en rappelles. Donc, tu trouves normal pour un thérapeute de coucher avec ses patients, qui se trouvent être dans un état de vulnérabilité plus ou moins avancé.
– Attends Maddie… C'est arrivé pendant la séance ? demanda-t-il abasourdis. Mais je n'en avais aucune idée. Je pensais qu'ils se connaissaient d'avant. Buck n'a jamais dit que ça s'était passé pendant la séance. Je n'ai pas imaginé une seule seconde qu'il demandait de l'aide. Je n'aurais pas laissé passer ça.
– Donc, Athena avait raison. Vous n'avez pas compris la réalité de la situation à l'époque. Mais ça ne change rien au fait que vos actes ont quand même des conséquences et que votre inaction a permis à cette prédatrice d'en avoir à nouveau après mon frère.
– Alors, je te promets qu'on va agir cette fois, nous allons la mettre hors d'état de nuire, faire en sorte que Buck puisse être en sécurité.
– Je te crois Howie mais je préfère ne pas te voir pour le moment.
– Je comprends, déglutit-il en se levant et en récupérant ses affaires. Je vais trouver un endroit. Prends le temps qu'il te faut. Et dis à Buck que je l'aime et que je suis désolé de ne pas avoir compris.
Il quitta l'appartement et marcha quelques mètres, avant de s'écrouler en larmes. Il avait failli perdre Buck à cause de sa négligence et il ne savait pas encore s'il se le pardonnerait un jour.
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Bobby était effondré.
Athena venait de lui parler de Buck et de l'état dans lequel il se trouvait. Son garçon, celui qu'il considérait comme son propre enfant, avait pensé à mourir, peut-être même y pensait-il encore.
Cette simple idée le rendait malade.
Il avait l'impression de l'avoir abandonné, pire encore, de l'avoir poussé dans les griffes de cette horrible femme, deux fois.
– Il m'a demandé de l'aide et j'ai détourné les yeux.
– Tu as juste mal interprété la situation, le rassura Athena.
– J'ai supposé qu'il avait commis une erreur de gosse, rectifie-t-il. Je suis juste passé à autre chose.
– Bobby…
– Même si j'ignorais que ça s'était passé pendant la séance, je n'aurais pas dû accepter qu'elle soit celle qui signe son retour et encore moins de le faire y retourner. Elle l'a violé, Athena, s'effondra-t-il en larmes. Elle a violé mon bébé et elle le menace de recommencer.
– Je sais et crois moi, elle va le payer très cher, je vais y veiller.
– Il ne me le pardonnera jamais.
– Il te pardonnera parce qu'il t'aime et parce qu'il a un grand cœur.
– Je l'aime tellement.
– Il va avoir besoin de l'entendre et de nombreuses fois. Bobby, la solitude l'a presque tué et il est vraiment dans un endroit sombre en ce moment. Pour pouvoir retrouver la lumière, il va avoir besoin de nous et de notre amour, tout le long du chemin.
– Tu as dis qu'il refusait de me voir.
– Pas parce qu'il t'en veut mais parce qu'il a honte. Honte d'avoir intenté ce procès, honte de s'être laissé submergé et de t'avoir déçu et surtout honte de ne pas réussir à dépasser sa peur et d'affronter ce monstre.
– Il ne doit plus jamais se retrouver face à elle.
– Il devra au contraire l'affronter mais seulement quand il sera assez fort pour ça. C'est le seul moyen de tourner cette page difficile de son passé et c'est l'axe sur lequel travaille sa thérapeute actuelle.
– Est-elle digne de confiance ? s'inquiéta-t-il.
– Elle l'est mais elle va avoir besoin de notre aide pour le soigner.
– Je ne le laisserais plus affronter ça tout seul.
– Nous ne devons plus jamais le laisser seul.
– Je vais lui préparer sa chambre, faire en sorte qu'il sache à quel point nous l'aimons. Je vais l'étouffer d'amour jusqu'à ce qu'il le comprenne.
– Il ne viendra pas ici, Bobby. Pas temps que vous n'aurez pas mis les choses à plat tous les deux.
– Tout était de ma faute, se dégonfla-t-il. La bombe, le procès, c'était de ma faute et j'en porterai l'entière responsabilité.
– Bobby, Buck n'a pas besoin que tu portes sa propre culpabilité. Il a juste besoin de savoir que malgré ses erreurs, que malgré son passé, tu continueras de l'aimer.
– D'accord, souffla-t-il. Dis-lui que quand il sera prêt, je serai juste là.
– Il le sait déjà.
