Et voilà la fin, je poste l'épilogue dans la foulée.

Bonne lecture !


Quelques jours après l'incident, pendant lesquels Draco fut incapable d'approcher Harry sans ressentir un horrible malaise – comme il l'avait craint – ils furent convoqués, Harry, Cho et lui, à l'infirmerie en pleine journée. En approchant de la porte, Draco se disait que Cho y était sûrement déjà, puisque c'était elle qui avait pris soin d'Harry. Figé devant la poignée, il avala la boule coincée dans sa gorge. La potion était prête et Harry allait redevenir lui-même mais le savoir n'était d'aucune aide pour Draco. Il se posait sans cesse la même question : est-ce que tout redeviendrait à la normale après ça ? Serrant le poing, il se donna suffisamment de courage pour pousser la porte et s'engouffrer à l'intérieur.

Dès qu'il y mit un pied, il entendit le capharnaüm. Tous élevaient la voix pour se faire entendre et personne ne semblait vouloir écouter les autres. Draco avança en direction du bruit, sur le dernier lit de la rangée, caché par les rideaux. Derrière, Harry était assis sur le lit et avait l'air de vouloir s'enfuir, tandis que Cho, à ses côtés, faisait de son mieux pour le maintenir en place. Autour, les professeurs s'arrêtèrent brusquement pour se tourner vers lui.

- Monsieur Malfoy, s'enthousiasma le professeur Slughorn avec un sourire, nous n'attendions plus que vous. Albus, mon ami, je pense qu'il est temps maintenant. Ce pauvre garçon a suffisamment attendu.

- Et vous comptez lui faire boire ça comment ? S'insurgea Madame Pomfresh en secouant un flacon sous le nez de l'homme. De force ? C'est un enfant !

- Du calme, du calme, tempéra Dumbledore. Je suis sûr que Monsieur Malfoy et Miss Chang sauront trouver les mots pour le convaincre.

Baissant le regard vers Cho, Draco la surpris à l'observer, les lèvres pincées. Visiblement, elle n'y arrivait pas toute seule, et ça compliquait grandement les choses. D'un autre côté, il comprenait qu'Harry ne veuille pas obéir et qu'il ait peur. Prenant sur lui et ravalant la nausée qui lui retournait l'estomac, Draco s'approcha du lit et posa un genou au sol.

- Qu'est-ce qu'il se passe bonhomme ? Demanda-t-il d'une voix douce.

- Je veux pas rester, dit-il, les yeux embués.

- Pourquoi ? Tu as peur ?

Harry hocha la tête et s'accrocha plus fort à la manche de Cho.

- Tu sais pourquoi on est tous ici ? Demanda Draco.

Harry n'en savait rien. Personne ne le lui avait dit. Et les grandes personnes n'avaient fait que se crier dessus depuis qu'il était arrivé.

- On est là parce que tonton Severus va pouvoir te faire redevenir grand.

- Comme toi ? Demanda Harry.

- Oui, comme moi, sourit Draco en serrant le poing pour contrôler ses tremblements.

L'adolescent releva le menton vers l'infirmière et lui demande silencieusement le flacon, main tendue. Hésitante, elle chercha d'abord l'approbation dans le regard du directeur qui l'encouragea. Pas confiante pour autant de confier une tâche si importante à un élève, elle consentie à déposer la fiole dans sa main.

- Ne la casser pas, prévint-elle tout de même d'une voix dure.

Draco ne prit pas la peine de répondre. Il n'était pas un idiot et il n'allait certainement pas gâcher la chance qu'ils avaient de rendre à Harry sa véritable apparence. Caressant le verre du pouce, Draco garda le regard fixé sur la potion qui dormait sagement à l'intérieur, attendant d'être utilisée.

- Tu vois ça, dit-il en approchant la fiole, c'est ce qui va te faire redevenir grand. C'est une potion magique.

Ouvrant un peu plus grands ses yeux intrigués, Harry se pencha vers la fiole pour regarder dedans.

- On fait quoi avec ? Demanda Harry.

- On le boit. Tu vas boire la potion magique, après tu vas dormir et quand tu te réveilleras, tu seras grand comme moi. Et comme Cho.

- Ça fait mal ?

- Non, promis, le rassura Cho en caressant sa tête. Tu ne sentiras rien du tout !

- Je veux pas faire dodo, répondit Harry en les regardant tour à tour.

Mordillant l'intérieur de sa lèvre pour trouver quoi répondre, Cho se décida pour la première chose qui lui traversa l'esprit.

- La potion magique te donnera envie de faire dodo.

- Tu veux redevenir grand ? Demanda Draco.

Harry se tourna vers lui et hocha vivement la tête. Il était bien comme ça, mais il avait bien compris que sa vie d'adolescent était encore mieux.

- Alors tu dois boire. C'est la seule solution. Tu comprends ?

Même s'il ne saisissait pas vraiment, Harry hocha la tête. Puis, sans prévenir, alors que Draco venait de faire sauter le bouchon, il releva la tête, l'air paniqué.

- Et mon doudou ?

- Il est là.

Le sortant du sac à ses pieds, Cho le lui donna. Dès qu'il l'eut entre les bras, et après encore un moment de silence, Harry accepta de prendre le verre dans lequel Draco avait versé la potion. Elle ne sentait rien, mais il n'était pas rassuré pour autant. Il n'avait vraiment pas envie de boire ça, et il n'avait pas envie de dormir non plus. Regardant à nouveau Cho et Draco, qui l'encourageait silencieusement en ayant l'air d'attendre impatiemment que ça arrive, il se résigna. Ça avait l'air de leur faire plaisir, et il voulait être grand. Alors Harry prit le verre et l'approcha jusqu'à tremper ses lèvres dans la potion. Il n'eut pas le temps d'en déterminé le goût, de savoir si c'était bon ou mauvais, que Draco souleva le verre pour le faire boire.

- Tu dois tout finir, lui souffla-t-il.

Fermant les yeux, Harry avala doucement le liquide, gorgée après gorgée jusqu'à la fin, sans avoir le temps de faire une pause. Draco aurait préféré ne pas lui imposer ça, mais il connaissait suffisamment le petit garçon pour savoir qu'il aurait refusé de finir le verre s'il l'avait délaissé une seule seconde. Récupérant le gobelet, Draco se leva pour le donner à Madame Pomfresh. Il voulait s'éloigner d'Harry. Sans vraiment le vouloir. En fait, il en ressentait plutôt le besoin. Posant une main ferme sur son épaule, Severus lui fit un regard qu'il sut déchiffrer sans difficultés. Il s'inquiétait pour lui et voulait s'assurer qu'il allait bien. Son parrain avait probablement entendu, par les autres professeurs ou par Dumbledore lui-même, ce qui s'était passé. Même s'il n'en avait toujours rien dit. Il fallait dire que Severus n'était pas du genre à s'épancher. Draco lui fit un léger signe de la tête et porta son attention sur les autres adultes.

- Qu'est-ce qui va se passer, maintenant ?

- Eh bien, commença le professeur Slughorn, il resta plongé dans le sommeil jusqu'à ce qu'il retrouve son aspect d'origine.

- Pendant qu'il dormira, je m'occuperais de lui pour que son corps grandisse sans dommage, ajouta Madame Pomfresh.

- Comment ? Demanda Draco.

- Bien que cela ne vous regarde en rien, avec un onguent adapté à la situation.

- Harry se réveillera dès que sa transformation sera achevée, termina le professeur Dumbledore. Il n'y a pas à s'en faire pour lui, il est très bien entouré.

Draco eut envie de rire nerveusement. C'était justement parce qu'Harry était si bien « entouré » que tout cela était arrivé. Ce n'était pas vraiment ce qui l'inquiétait le plus, en réalité, mais plutôt tout le reste. Jetant un coup d'œil par-dessus son épaule, il vit que Cho avait couché Harry sous les draps et discutait à voix basse avec lui alors qu'il peinait de plus en plus à garder les yeux ouverts. Quand Harry s'aperçut que Draco les regardait, il tourna le nez vers lui et lui fit le plus grand sourire dont il était capable.

- D'aco ? Appela-t-il faiblement.

- Oui ?

S'approchant, en restant tout de même à distance, Draco tourna le dos à ses professeurs pour se concentrer sur lui.

- On sera toujours copains après ?

- Mais oui, répondit-il, ne pouvant retenir un sourire et une caresse dans ses cheveux.

Quand Harry ferma les yeux, murmurant à Draco qu'il l'aimait, avant de sombrer dans le sommeil, il recula d'un pas et croisa les bras sur sa poitrine dans une pathétique tentative de se protéger. Cho se laissa envahir par un pincement au cœur, triste de devoir dire adieu à cet adorable petit garçon.

- Dors bien, Harry, lui murmura-t-elle en embrassant son front.

Elle le regarda dormir un instant puis se releva, reportant son attention sur Draco.

- On y va ? Proposa-t-elle.

Il ne prit pas la peine d'y répondre, ni d'y réfléchir et se précipita presque hors de l'infirmerie. Accordant un bref remerciement aux professeurs et s'excusant, Cho fit de son mieux pour rattraper l'adolescent.

- Tu vas bien ? Demanda-t-elle une fois à ses côtés et se calant sur le rythme de ses pas.

- Ils m'ont détraqué ! S'écria-t-il en se tournant vivement vers elle. Ces deux parasites répugnants.

Il ne s'était toujours pas décrispé et serrait ses bras un peu trop fort, la respiration forte. Cho voulut lui dire que tout irait bien, que les choses allaient rentrer dans l'ordre, mais elle n'en eut pas la force. À la place, elle glissa tant bien que mal ses bras autour de Draco pour l'enserrer et posa sa tête sur son épaule.

- Je suis vraiment désolée. C'était affreux de te dire tout ça.

Draco ne bougea pas. Ni pour se défaire de la prise de Cho, ni pour la lui rendre. Bien qu'il y songeait souvent, la seule fois où Draco avait mis un pied à l'infirmerie pour rendre visite à Harry l'avait immédiatement fait regretter. Le malaise devenait bien plus fort quand il était à proximité de lui et il n'osa plus y mettre les pieds.

Plus d'une semaine passa avant qu'Harry ouvre les yeux. Il eut deux sensations qui l'assaillirent du tac au tac. Premièrement, la lumière l'éblouissait beaucoup trop et il referma aussitôt les yeux. Ensuite, il avait horriblement mal partout.

- Vous êtes réveillé ! Fit une voix près de lui. Merlin soit loué.

Il reconnut sans peine la voix de Madame Pomfresh. Il avait passé suffisamment de temps à l'infirmerie au cours des années pour que cet endroit devienne sa seconde maison.

- Lumière, arriva-t-il à dire, malgré sa gorge excessivement sèche.

Il entendit le bruit de rideaux que l'ont tirait et il fit plus sombre. Ouvrant prudemment les yeux, il posa son regard flou sur la silhouette de l'infirmière. Il avait l'impression d'être dans un brouillard complet.

- Content d'être à nouveau parmi nous Monsieur Potter ? Demanda-t-elle en prenant ses constantes.

Harry n'arriva qu'à produire un son guttural.

- Je vais allez prévenir le professeur Dumbledore que vous êtes réveillé. En attendant de retrouver tous vos moyens, reposez-vous, d'accord ? Et surtout, Monsieur Potter, faites-moi plaisir et rester dans ce lit jusqu'à ce que vous soyez complètement remis !

Sur ces mots, elle resserra les draps autour de lui, arrachant une plainte au garçon. Satisfaite, Madame Pomfresh quitta la pièce. Harry se rendit compte qu'il s'était endormi que lorsqu'il ouvrit les yeux pour la seconde fois. Cette fois, la lumière l'aveugla moins et son corps était moins lourd. Il arriva à extirper son bras des draps pour mettre ses lunettes sans trop de mal.

- Harry ! S'exclama une voix à ses côtés.

Tournant la tête, Harry trouva Neville assis près de lui, une drôle de plante en pot sur les genoux.

- J'ai entendu dire que tu étais réveillé et euh… Je voulais voir comment tu allais. Je t'ai ramené ça !

Posant la plante sur la table de chevet, Neville rapprocha sa chaise.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? Demanda Harry.

Il grimaça en se frottant la gorge et accepta le verre d'eau que lui servit Neville.

- Oh, souffla Neville en baissant les yeux. En fait…

- Neville, s'il te plait, plaida Harry qui n'avait pas envie d'attendre des heures qu'il se décide.

Se grattant la tête, Neville se décida à tout lui raconter. Sa transformation, le fait qu'il avait passé plusieurs semaines dans la peau d'un petit garçon, surveiller par Draco et Cho. Plus Neville parlait, et plus Harry avait une impression de familiarité. Neville n'osa pas parler de tout ce que Ron et Hermione avaient provoqué. Il n'avait pas vraiment le courage d'apprendre à Harry que ses meilleurs amis n'étaient pas tels qu'il le croyait, mais il se disait aussi qu'il était encore trop tôt pour embêter Harry avec ça.

- Merci, souffla Harry. D'être venu.

- Pas de quoi.

- Où sont Ron et Hermione ? Et Draco ? Demanda-t-il.

Neville sentit ses oreilles le chauffer. Bon sang il n'était pas bon du tout pour mentir !

- Londubat ! Tonna une voix grave.

Les deux adolescents sursautèrent et levèrent le nez vers le professeur Rogue qui se tenait devant le lit.

- Bien que ce soit aimable à vous d'être venu rendre visite à Monsieur Potter, je pense que votre présence serait bien plus appréciée en cours.

- Oui… Oui, professeur, balbutia Neville avant de se sauver.

Malgré ça, il était reconnaissant envers le professeur Rogue de l'avoir sorti involontairement de ce mauvais pas.

- Professeur, salua Harry en se redressant maladroitement.

- Ne soyez pas idiot Potter ! Restez allongé.

La simili-inquiétude de son professeur surpris Harry.

- Je suis venu constater par moi-même que vous étiez redevenu vous-même.

- J'étais vraiment un enfant, alors ?

- Après avoir superbement raté votre potion, oui.

- Ma potion ? Demanda Harry, sourcils froncés.

- Vous ne vous souvenez pas de ce qui s'est passé ?

- Non… Je… C'est un peu flou.

Le scrutant, Rogue décida qu'Harry disait la vérité et s'en alla. Ça ne servait à rien de le questionner tant qu'il n'avait pas recouvré la mémoire, s'il la retrouvait un jour. Harry ne comprit pas bien que ce qui s'était déroulé sous ses yeux, mais il était bien trop épuisé par il ne savait trop quoi pour s'en soucier.

Lors de son troisième jour à l'infirmerie, il eut une nouvelle visite. Celle de Dobby. Harry le regarda d'abord curieusement avant de lui demander ce qu'il faisait là.

- Dobby était inquiet pour Monsieur Harry Potter, Monsieur ! Dobby s'est promis qu'il viendrait lui-même prendre des nouvelles de son ami !

- D'accord, souffla Harry.

Peu de gens, en dehors des professeurs, avaient fait le déplacement jusqu'à lui et, pour l'instant, aucune des personnes qu'il désirait le plus voire ne s'étaient montrées.

- Dobby s'en veut terriblement Monsieur. Si seulement Dobby avait vu que son ami allait mal…

- Ce n'est pas de ta faute, soupira Harry, en laissant sa tête retombée sur l'oreiller.

Il lui manquait encore des brides de souvenirs mais, jusqu'ici, il en avait recouvré une bonne partie. Il se souvenait de ce qu'il avait essayé de faire, dans la salle sur demande. Sa dispute avec Draco. Et il se souvenait de façon étrangement claire du temps qu'il avait passé en tant que petit garçon.

- Dobby aurait voulu faire plus pour Monsieur Harry Potter.

Harry ne l'écoutait pas. Généralement, Dobby parlait plus pour lui-même que pour les autres. En fait, Harry était concentré à essayer de se souvenir de tout ce qu'il avait vécu ces dernières semaines.

- Dobby, appela Harry, le coupant dans son monologue.

- Oui ?

- Où est Draco ?

Dobby resta silencieux si longtemps qu'Harry baissa les yeux sur lui. C'était étrange.

- Qu'est-ce que tu me caches ? Demanda Harry en se redressant sur un coude.

Contrairement à leur deuxième rencontre, Dobby n'eut pas l'air de chercher à fuir. Harry prit ça comme un signe qu'il pourrait obtenir ce qu'il désirait sans trop de difficulté. Il n'eut même pas besoin de réitérer sa question avant que l'elfe craque.

- Dobby sait que le maître Draco est très bouleversé depuis que Monsieur Ronald Weasley et Miss Hermione Granger l'ont accusé de toutes ces terribles choses, Monsieur.

Harry poussa un long soupir en s'asseyant plus confortablement sur le lit.

- J'aurais préféré que ce soit un rêve.

Quand il releva les yeux vers Dobby, qui l'observait étrangement, Harry clarifia sa pensée.

- Je me souviens de ce qu'il s'est passé. Du moins, jusqu'à ce que Cho m'emmène loin de la grande salle. J'ai dû mal à croire que ce soit vraiment arrivé mais je dois m'y faire. Hermione et Ron ne sont pas comme je le croyais.

- Dobby est désolé pour Monsieur Harry Potter, Monsieur…

- Moi aussi Dobby. Je n'arrive pas à comprendre. Qu'est-ce qu'ils ont dit d'autres ? Après mon départ, voulut-il savoir.

Dobby n'était pas sûr que ce soit une bonne idée de remuer tout ça, mais il ne pouvait pas mentir à son ami. D'autant plus que les accusations étaient totalement infondées et qu'il voulait rétablir la vérité. Son maître n'avait jamais fait de mal à Harry et il n'aurait jamais fait de mal à un enfant. Alors il raconta à Harry ce qu'il avait entendu d'autre.

- Je vais les tuer, cracha Harry en serrant ses draps dans ses poings.

L'elfe ne dit rien. Il ne pouvait pas l'en dissuader parce qu'il avait eu lui-même envie de faire de terribles choses, mais il ne pouvait pas l'encourager non plus, sinon c'était Harry qui risquait des ennuis. Il resta simplement assis sur le lit jusqu'à ce qu'Harry le revoit à son travail.

Au cours des jours suivants, Harry eut trois autres visites. Cho se présenta la première et il fut ravi de la voir.

- Merci pour tout ce que tu as fait pour moi, fit Harry après une longue conversation sur tous les sujets possibles et imaginables.

- Ce n'est rien, sourit Cho. Tu es mon ami, et même si je me suis rendue compte que je n'avais pas été assez présente avant ça, je ne pouvais pas fermer les yeux. Et puis, tu étais tellement mignon ! Comment j'aurais pu résister !

Un gloussement lui échappa et Harry la rejoignit dans son rire. Il l'attira même à lui pour lui montrer toute sa reconnaissance au travers d'une embrassade.

- Je me souviens tu sais, dit-il en se replaçant contre ses oreillers.

- De quoi ? Demanda-t-elle.

- De tout.

Au visage surpris de son amie, il sourit.

- Mais ne dit rien, d'accord ? Quémanda-t-il avec un clin d'œil. Pour l'instant ça doit rester un secret entre toi et moi.

Cho, un sourire amusé sur les lèvres, acquiesça.

- Donc tu te souviens de tout, reprit-elle.

- De tout, confirma Harry. C'est très étrange parce que j'étais vraiment un enfant, mais je m'en souviens aussi clairement que de ma dispute avec Draco avant l'incident.

- Je crois que je comprends ce que tu veux dire.

- Je me souviens que j'adorais voir tes cheveux se balancer dans ton dos.

Cho laissa échapper un rire sincère.

- Je me souviens que tu jouais avec moi, que tu me gavais de chocolat, plaisanta-t-il en désignant la boite qu'elle lui avait apporté en cadeaux, lui arrachant un nouveau rire. Ou encore que tu me lisais une histoire avant de me coucher, que tu me bordais.

- C'est vrai, dit-elle avec un sourire doux.

- Et je crois que je ne pourrais jamais assez te remercier pour ça. Parce que, ces quelques mois, c'était l'enfance dont j'avais toujours rêvé. Et, ne le prends pas mal, mais avec toi, j'avais l'impression d'avoir une maman.

Les lèvres entrouvertes sous le choc, Cho fini par ricaner.

- Je ne me pensais pas si vieille, répondit-elle, mais je vais choisir de garder ça comme un compliment.

- Ce n'était pas tellement ton âge, mais, tu vois ce que je veux dire…

- Oui, souffla-t-elle en posant sa main sur celle d'Harry. J'ai compris. Et je suis heureuse que ma présence ait rendu ton petit toi heureux.

Un silence doux s'installa entre eux, rapidement interrompu par plusieurs voix se rapprochant. Quand trois adolescents passèrent le rideau, la conversation se stoppa net.

- On dérange ? Demanda Seamus avec un sourire en coin, en voyant la main de Cho.

- Non, non, s'empressa de répondre Harry en éloignant son bras.

- Très drôle, vraiment, répliqua Cho. Bon, je vais te laisser.

Elle salua Harry d'une dernière accolade, lui murmura de prendre soin de lui et s'en alla. Les garçons la regardèrent partir puis prirent deux chaises supplémentaires pour s'aligner près du lit d'Harry.

- Comment ça va, mon pote ? Demanda Seamus.

- Ça pourrait aller mieux, répondit Harry. Et vous ?

Dean haussa les épaules et Neville se contenta d'un petit « oui ».

- Dites, fit Harry un peu gêné. Il y a quelque chose dont je voudrais vous parler.

- Vas-y, l'encouragea Dean, dis-nous tout.

Pendant qu'il parlait, l'adolescent sorti de son sac ce qu'ils avaient amené pour Harry. Quelques friandises, un livre sur le Quidditch pour passer le temps et des bricoles.

- On m'a dit, pour la grande salle, menti Harry.

Les trois amis se figèrent, se jetant des coups d'œil les uns aux autres.

- Et ? Osa Seamus.

- Je voulais vous remercier d'avoir défendu Draco.

- Tu sais, dit précipitamment Neville, la dernière fois, je voulais pas…

- Je sais, le coupa Harry. Tu n'as pas besoin de t'excuser de n'avoir rien dit. Je n'aurais pas été en état de l'entendre, de toute façon.

Neville se sentit soulagé et fit un sourire à Harry.

- Pour être honnête, lança Dean, même si on ne l'aime pas, on a jamais pensé que Malfoy ait pu te faire quoi que ce soit.

- C'est vrai, confirma Seamus. On pense que ce n'est pas lui qui t'a fait boire cette potion pour te changer en enfant.

- Vous avez raison. La vérité c'est que je l'ai bu de mon plein gré, avoua Harry avec une grimace.

En voyant ses amis choqués, il décida de dire toute la vérité sur cette histoire.

- C'est moi qui ai préparé cette fameuse potion et… En fait, j'avais l'intention de mettre fin à mes jours mais il faut croire que la recette à foirer quelque part.

- Attend…

- Quoi ? S'exclama Dean.

- Comment ça ? Renchérit Seamus.

- J'allais vraiment mal. Pas à cause de Draco et de nos problèmes ! Ne put-il se retenir d'ajouter. Enfin, ça en faisait partie mais, toute cette pression de l'Élu, Voldemort, tout ça…

- Donc, tu voulais mourir ? Osa demander Neville d'une petite voix.

- Je ne suis pas sûr. Ce que je voulais, c'était qu'on me laisse tranquille et je pense qu'à ce moment-là, je me suis dit que la seule solution c'était de disparaître. C'était bête de ma part.

- On…

- On avait pas remarqué, fini Dean à la place de son meilleur ami.

- Excuse-nous, pria Seamus.

Harry les rassura d'un sourire.

- J'en veux à personne pour ça les gars. Alors revenons-en au sujet principal ! On m'a dit que toi, Neville, tu avais mis un coup de poing magistral à Ron.

Neville ouvrit grand la bouche avant de la refermer, le visage cramoisi.

- C'était énorme ! S'exclama Seamus, ravi. T'aurais dû voir ça ! Un direct dans sa tronche.

Harry se mit à rire et laissa ses amis lui raconter leur version des faits.

- Et alors, qu'est-ce qu'elle a fait McGonagall ? Demanda-t-il, curieux.

- Elle m'a nommé préfet ! Se vanta Dean.

- Elle a dit qu'il était hors de question que Ron et Hermione gardent leurs postes après ce qui s'était passé, compléta Neville.

- Et elle a aussi viré Ron de l'équipe. Du coup, Ginny a été obligé de prendre McLaggen comme gardien.

- Aïe, fit Harry.

- Tu l'as dit, confirma Dean.

- Et Ginny, elle va comment ?

- Je ne l'ai jamais vu autant en pétard ! Expliqua son petit-ami. Elle est vraiment furieuse après eux et elle tourne en rond dans la salle commune comme une lionne en cage.

- C'est flippant, dit Seamus. Plus les jours passent et plus elle est en colère.

- Elle attend qu'ils sortent des cachots pour leur faire mordre la poussière, reprit Neville.

Harry grimaça. Il imaginait sans peine à quel point Ginny devait être remontée. D'un autre côté, il était rassuré qu'elle semble de son côté et condamne, elle aussi, les agissements et les paroles de Ron et Hermione. D'après tout ce qu'il avait entendu, vraiment très peu de gens les soutenait. Tout le monde, même ceux qui avait Draco en horreur, pensait dur comme fer qu'il n'était pas assez monstrueux pour s'en prendre à un enfant, et que Dumbledore n'était ni assez bête, ni assez inconscient pour laisser Harry aux mains de quelqu'un qui aurait pu lui nuire.

- Vous savez ce qu'en ont pensé les Weasley ? Osa-t-il.

- D'après ce que Ginny m'a dit, à part Fred et Georges…

- Le paquet bleu, ça vient d'eux, coupa Seamus en montrant la grande boite sur la table de nuit.

Dean leva les yeux au ciel mais ne releva pas l'interruption.

- Je disais donc, continua-t-il, Fred et Georges ont un peu connu Malfoy et ils pensent comme nous. Pour les autres, c'est un peu plus compliqué. Percy est toujours le lèche-botte du Ministre alors il ne s'en soucis pas et les autres, ils n'arrivent pas à croire que Ron ait pu faire ça. Ils sont dans le déni d'après Ginny, et ça cause beaucoup de tensions.

- Fleur non plus ne croit pas à ce qu'ils ont dit sur Draco, rappela Neville.

- C'est vrai, répondit Dean, Fleur non plus.

- Je vois, souffla Harry, un peu peiné d'avoir causé du trouble dans la famille Weasley après tout ce qu'ils avaient fait pour lui. Et les parents d'Hermione ?

- Lavande, c'est elle la nouvelle préfète, dit que comme ce sont des moldus et qu'ils ne connaissent rien, ils sont à 100% du côté d'Hermione.

L'annonce de Seamus fut un coup dur pour Harry, mais il n'aurait pas dû s'attendre à autre chose. Si tout ce que les Granger savaient de leur monde et des camarades d'Hermione se résumait à ce qu'elle leur disait, c'était parfaitement logique qu'ils la croient sur parole. La tête appuyée contre le mur derrière lui, Harry ne vit pas l'échange silencieux entre ses amis.

- On va te laisser, déclara Dean. T'as sûrement besoin de te reposer encore un peu.

- D'accord, souffla Harry, prit au dépourvu.

- On se reverra dans la tour ou dans la grande salle, rassura Seamus en présentant son poing à Harry.

Il tapa dedans avec un sourire, approuvant. Harry les salua de la main quand ils commencèrent à reprendre leurs affaires jusqu'à ce qu'une idée lui traverse l'esprit.

- Neville, attend !

Les trois garçons se retournèrent, curieux.

- Je peux te parler une seconde en privé ?

- Euh…

Il jeta un œil à Dean et Seamus qui lui dirent qu'ils l'attendraient dans le couloir.

- D'accord, accepta Neville en venant se rasseoir. Qu'est-ce que tu veux me dire ?

Harry glissa vers lui, se penchant pour être plus près et un sourire espiègle sur le visage.

- Dis-moi.

Neville était déjà très nerveux face au comportement d'Harry, alors qu'il laisse traîner un suspens ne le rassurait pas du tout.

- Toi et le professeur Rogue…

Harry n'eut pas le temps d'aller au bout de sa phrase qu'il explosa de rire en voyant le visage de Neville. Cette conversation allait être très intéressante.

Alors que Madame Pomfresh venait de lui apporter une nouvelle cruche d'eau, en lui annonçant qu'il pourrait sortir le lendemain dans la matinée si tout se passait bien durant la nuit, Harry eut la désagréable visite des dernières personnes qu'il souhaitait voir.

- Harry ! S'écrièrent-t-ils en cœur, en s'approchant à grands pas de son lit.

Harry resta de marbre lorsqu'Hermione et Ron l'enlacèrent. Il avait un goût horrible dans la bouche et avait l'impression d'être incapable de respirer ou de réfléchir correctement, envahi par la plus intense des fureurs. Même lorsque Bellatrix avait assassiné Sirius, il n'avait pas été aussi enragé. Dès qu'ils s'éloignèrent, Harry fit signe à Ron de s'approcher. Une fois assez près, s'attendant sûrement à une nouvelle accolade, Harry lui attrapa le visage et lui donna un coup de tête avec toute la force dont il était capable. Ron se retrouva projeté au sol, le nez sûrement cassé vu le son qu'il avait produit.

- Harry ! S'insurgea Hermione en s'agenouillant près de Ron. Qu'est-ce qui t'as pris enfin ?

Ne répondant rien, Harry sortit de son lit et se mit à hauteur d'Hermione. Quand elle tourna la tête vers lui, il s'empara du col de son gilet si fort qu'elle se mit à haleter. Jamais elle n'avait vu Harry avec des yeux si noirs.

- Je sais ce que vous avez fait, cracha Harry d'un ton glacial. Si jamais vous vous approcher à nouveau de moi, de Draco ou de l'un de mes amis…

Il laissa flotter un silence pour s'approcher jusqu'à ce que son nez frôle presque celui d'Hermione. Et, tout en la regardant droit dans les yeux, il susurra quelques mots.

- Je vous tue.

Terrifiée et ne pouvant plus respirer, le visage d'Hermione commença à perdre de ses couleurs. Harry la relâcha brutalement et partit se réinstaller dans son lit.

- Dehors, ordonna-t-il.

Si, en temps normal, Hermione et Ron auraient protestés, la présence de Madame Pomfresh, alertée par le raffut, les dissuada. Relevant Ron comme elle pouvait, Hermione l'entraîna hors de l'infirmerie, jetant tout de même des regards vers Harry. L'infirmière décocha un regard qui voulait tout dire à Harry mais il n'en eut cure et préféra jeter un sort à ses lunettes pour les réparer.