J'ai ouïe dire que Larian avait refait des animations de câlins et de bisous ? *_* Trop hâte de découvrir ça !
Journal des reviewers
Seulie : Ne t'en fais pas, j'avais saisi ce que tu voulais ire :)
Raphou est tellement génial. J'ai adoré le manipuler librement sur ce chapitre pour faire ressortir son côté bastard. J'avais hésité à faire recouvrir aussi Astarion de dessins mais je me suis abstenue. Silesta aurait été du genre à lui dessiner des moustaches pour rigoler mais sa transe était trop sérieuse pour le faire mdr
Liline37 : Elle a joué autant la sécurité que le rattrapage de sa bourde auprès de lui. Mais c'est vrai que son bon côté a fait penché vers Astarion. Elle va en discuter dans ce chapitre justement. Et puis, ça rajoute du piquant à l'affaire !
Tu as l'œil :) J'avais découvert le dialogue de rupture avec le DU par hasard sur une vidéo des répliques les plus drôles d'Astarion et j'ai adoré l'espèce de flottement quand il répond « I-I am. And beautiful. » et le petit soupir après XD Je devais le mettre. Ça compense la moquerie du « Thank you for helping, it was very kind T_T »
Jennalocked : Ah, Gayle toi aussi ? Il le mérite bien ^^ Merci pour ta fidélité et ton soutien !
Bon, il est temps de repartir vers notre histoire. On va repartir sur des chapitres un peu moins palpitant mais il le faut bien. Merci à tous, vous aime !
CHAPITRE XXXVII – EN ROUTE POUR LA PORTE DE BALDUR
Lae'zel et Ombrecoeur se réveillèrent peu après et trouvèrent à leur tour leurs trois alliés en train de converser au rez-de-chaussée. Tandis que les deux guerrières rejoignaient Gayle en bas, Astarion et Silesta eux, remontèrent pour se débarbouiller et se changer.
Même en frottant avec toute la meilleure volonté du monde quitte à presque s'arracher la peau, l'encre ne partit pas complètement. Heureusement pour la jeune femme, elle trouva des vêtements neufs pour remplacer ses anciennes frusques ruinées par les combats et ce changement fut le bienvenu. La combinaison chemise et corset fut troquée pour une tunique émeraude légère qui tombait jusqu'à mi-cuisse et serrée à la taille par une fine ceinture de cuir. Cette tenue faisait un peu plus masculine mais elle avait l'avantage d'être bien plus aérée et permettait une plus grande liberté de mouvement, notamment au niveau de la taille.
Silesta aimait ce nouvel habit ; il correspondait bien mieux à sa profession. Après un dernier petit tour devant le miroir, la saltimbanque sauta dans son pantalon, enfila ses bottes et fila retrouver ses compagnons à la table du petit-déjeuner.
Pendant l'absence de sa compagne, Astarion avait exposé au reste du groupe l'incroyable rebondissement avec Raphaël et son contrat. Tous furent d'abord fort étonnés qu'il eût été possible de damer le pion au diable mais comme le roublard, ils se laissèrent convaincre par l'argument de Silesta avant de s'horrifier à leur tour de la découverte du projet de Cazador.
« Sept-mille âmes... articula Lae'zel avant de se tourner vers Astarion. Voici donc pourquoi vous chassiez pour votre maître.
_ Entre autre. Je pense que dans le lot, certaines prises ont dû servir pour le divertissement ou la torture. Oh, j'ai fait un pléonasme, ironisa-t-il dans un éclat de rire distingué. Vous pourriez penser que sept-mille victimes recueillies sur près de deux siècles par sept rejetons représentent un faible rendement, or, il n'aurait pas été souhaitable pour Cazador d'attirer l'attention par trop de disparitions d'un coup. »
Il y eut un silence lugubre. Astarion avait raison. Son maître n'était pas qu'un psychopathe en puissance, c'était aussi un monstre de patience qui ne laissait rien au hasard. Chaque nouvelle allusion à cet homme le rendait un peu plus effrayant.
Silesta lut dans la figure plus renfermée du roublard qu'il était en train de songer à Cazador et au rituel. À son avenir. Elle préféra changer de sujet pour ne pas trop plomber l'ambiance et se tourna vers Ombrecoeur.
« Et vous, Ombrecoeur ? Comment vous sentez-vous après ce que vous a révélé Dame Aylin ? »
La prêtresse reposa son verre, les yeux dans le vague.
« Toute ma vie n'a été qu'une farce. J'avoue être encore un peu perdue. » Son regard se durcit. « La seule chose dont je suis sûre, c'est que mes parents sont vivants et je dois les sauver. Je pense qu'une part de moi l'a toujours su. »
L'humaine sourit doucement, heureuse de voir que son amie regagnait son âme vaillante.
« Vous avez été contrainte à une vie de mensonges. La vérité a fini par éclater.
_ Certes, mais la vérité peut s'avérer extrêmement douloureuse, répondit la cléresse d'une voix prudente. Vous en savez quelque chose, n'est-ce pas ? »
Silesta perdit un peu de sa lumière pour une pénombre plus fraîche. Elle baissa les yeux sur la table pour échapper aux quatre regards curieux sur elle.
« Vous voudriez en parler un peu ? l'invita Gayle.
_ Il n'y a pas grand chose à dire, rétorqua-t-elle mollement. J'aime à penser que j'ai fait le choix de la sécurité et non celui de la peur. Si deux puissants mages se sont associés pour sceller quelque chose en moi, c'est que ça ne doit pas en sortir. Je peux vivre sans souvenirs, même si c'est difficile. Mais aurais-je pu vivre si j'avais libéré... cette chose ? »
Ces camarades mesuraient à quel point cette décision avait été difficile à prendre, bien plus qu'elle ne le laissait penser. Gayle était le premier à le savoir, lui qui avait guetté depuis la fenêtre sa longue réflexion torturée. Même avec la pensée d'avoir refermé la porte à ce qui dormait en elle, la jeune femme garderait une part d'angoisse qui ne la quitterait peut-être jamais, en plus de savoir qu'elle ne retrouverait jamais la mémoire. C'était injuste.
« Mon ancienne moi vous aurait dit qu'il vaut mieux vivre dans des ténèbres sécurisantes qu'une lumière angoissante, mais à présent, je comprends votre peine, lui dit Ombrecoeur avec un triste sourire. Vous avez fait le choix de la sagesse.
_ Votre sens du sacrifice est admirable, concéda Lae'zel. Mais je vous ai connue plus féroce en combativité.
_ Elle a raison, appuya Gayle. Je vais reprendre votre réplique, Silesta : nous trouverons une autre solution. Nous ne pouvons pas toucher au sceau magique autour de votre esprit ? Fort bien ! La magie ne fait pas tout. Qu'est-ce qui nous empêche d'essayer de retrouver quelqu'un qui pourrait vous raconter votre passé, par exemple ? Peut-être ce garçon demi-elfe que vous avez vu en rêve ? »
La saltimbanque demeura interdite, tiraillée entre la chaleur que lui procuraient l'amitié et le soutien de ses alliés et la violence qu'elle forçait sur elle pour essayer de les dissuader de chercher un moyen de l'aider. Cette douleur douce-amère la partageait entre l'envie de les serrer dans ses bras et celle de pleurer.
Elle se mordit fort la joue pour détourner la brûlure qui lui montait aux yeux et chercha une quelconque forme de distraction en se tournant vers Astarion qui la surveillait aussi. Il étira un sourire en coin bien à lui.
« Il y a certains besoins que je ne saurai hélas combler, regretta-t-il avec une malice coquine. Occupez-vous de votre esprit, je m'occupe du reste. »
Elle en aurait laissé sa tête retomber sur la table si elle avait pu. Il enfonçait le clou en plus de l'encourager aussi... Le pire dans tout ça était qu'une parcelle de son être se laissa séduire par ce doux espoir qui s'instillait petit à petit en elle. Si elle en apprenait plus sur elle-même sans toucher au sceau de sa mémoire, qu'en serait-il de son pacte avec Raphaël ? Le sceau de son corps se débloquerait-il ? Normalement non, du moins, elle l'espérait.
Cette échappatoire était aussi minuscule qu'un trou de souris. Serait-elle suffisante pour échapper au renard ? Non, elle ne devait pas céder au chant des sirènes tentatrices, c'était trop risqué. Et pourtant...
« Comment ferions-nous pour trouver quelqu'un qui me connaît ? Nous n'avons aucune piste.
_ Nous avons déjà ceci, exposa Gayle en montrant le dessin qu'il avait conservé. Et notre périple va se poursuivre à la Porte de Baldur. Je serais fort surpris que vous n'y soyez jamais allée pour vous produire. Votre talent pour la jonglerie de feu est assez notable pour s'en souvenir.
_ Je ferai travailler mes contacts si besoin, ajouta Astarion, tel le noble fier d'avoir le bras long.
_ Vous voulez dire votre réseau de malfrats et autres oiseaux de nuit peu recommandables ? traduisit Lae'zel avec justesse.
_ Et ? S'ils savent quelque chose ? Ça se tente.
Si Astarion s'y mettait aussi, cela en devenait encore plus difficile. Il était désormais impossible à la jeune femme de ne pas se laisser transporter par tout cet élan de solidarité. Silesta déposa les armes et s'empêcha de répliquer mais sans oublier la laisse qui la liait à Raphaël. Elle devait garder la tête froide pour son secret.
Il était temps d'enfin quitter l'auberge de l'Ultime Lueur pour repartir sur les routes, direction la Porte de Baldur pour retrouver les élus des Trois Funestes et récupérer leurs pierres infernales. Avec tout ce qui s'était passé depuis la défaite de Ketheric Thorm, Silesta en avait oublié pourquoi elle se trouvait là. C'était sur ce sujet qu'elle devait se concentrer en priorité. Il fallait qu'elle apprenne à faire une croix définitive sur son ancienne vie pour ne pas se risquer à devenir une débitrice de Raphaël. Elle avait largement de quoi faire pour compenser : vaincre l'Absolue et ainsi sauver Gayle de sa bombe infernale, arracher Astarion des griffes de Cazador et retrouver les parents d'Ombrecoeur. Voilà sa vie actuelle et elle se suffisait à elle-même.
Nos aventuriers récupérèrent leurs affaires puis allèrent saluer Jaheira, Aylin et Isobel une dernière fois avant de se remettre en route. Ils remercièrent chaudement la druidesse pour sa confiance et son hospitalité et souhaitèrent tout le bonheur du monde à l'aasimar et sa compagne.
« Ce n'est qu'un aurevoir, mes amis, déclara Aylin. Mon épée est vôtre. Si vous veniez à avoir besoin de mon aide, appelez. Je viendrai. Bonne chance à vous tous. Séluné veille sur vous. »
Il fut difficile pour eux de voir s'éloigner l'auberge dans leur dos. Pas seulement pour le douillet d'un lit ou les vrais repas chauds qui les réconfortaient après de harassantes péripéties ; c'était surtout que depuis qu'ils avaient été enlevés à bord du vaisseau illithid, cette auberge encerclée par les ombres était la seule chose qui s'était le plus rapprochée d'un foyer pour eux. Un endroit chaleureux, calme et sécurisant où ils pouvaient déposer leur fardeau un instant, se reposer, se recentrer et surtout, vivre. Même pour Astarion qui était habitué à vivre en extérieur, ce modeste établissement lui apparaissait maintenant comme un palais qui le changeait agréablement des boudoirs étouffants de pénombre ou les geôles glacées de la résidence Szarr.
Dehors, le monde avait légèrement changé. L'obscurité avait un peu faibli et l'air se faisait moins asphyxiant. La malédiction des ombres avait perdu en puissance depuis la mort de son créateur et cela n'en était que bénéfique. Pourvu que ces terres étouffées finissent par revenir pleinement à la vie.
Une même pensée partageait tous les esprits des randonneurs qui battaient le pavé gris : leurs retrouvailles avec la Porte de Baldur, chacune avec sa propre résonance. Curieuse pour Silesta, impatiente pour Ombrecoeur, angoissée pour Astarion et... très enthousiaste pour Gayle ?
« Ce n'est pas réellement pour moi, corrigea le magicien quand il lui fut demandé pourquoi il semblait si pressé. Je repensais à la couronne qui coiffait l'Absolue. Enfin, le cerveau vénérable. »
Il rappela que la couronne tirait ses pouvoirs de la magie du Néthéril. Cette magie était d'ordinaire si pure et si intense qu'il ne l'avait pas reconnue de prime abord. En temps normal, les artefacts du Néthéril ne recelaient que d'une infime fraction de leur pouvoir d'antan, mais pas cette couronne.
« J'ignore comment cette merveille a pu survivre au temps, mais elle existe bel et bien. Je dois en apprendre plus à son sujet. »
Cela faisait bien longtemps que Silesta n'avait pas vu Gayle aussi enthousiaste. Cela n'avait rien à voir avec sa jovialité habituelle ; l'homme était extatique, presque envoûté. Non pas qu'elle préférait le voir broyer du noir par rapport à Mystra mais autant d'énergie en devenait déstabilisant.
« Gayle, vous avez failli appuyer sur le déclencheur, il n'y a pas si longtemps, lui rappela gentiment la saltimbanque. Ménagez-vous un peu.
_ Je sais et je suis désolé de vous avoir mise dans cette situation. Mais je ne suis plus au bord du gouffre, désormais, car j'ai trouvé un autre... non, un meilleur moyen d'en réchapper. »
Tout était très clair pour lui : étudier de plus près cette couronne et en comprendre sa véritable nature leur permettrait de trouver un moyen pour remporter la victoire face à l'Absolue. Il fallait juste trouver des informations. Un tel artefact avait forcément été mentionné dans quelque écrit.
« Cela ne vaudra pas les établissements d'Eauprofonde, mais puisque nous allons à la Porte de Baldur, nous devrons absolument nous rendre chez Magie et Sortilèges. Leur collection de vieux grimoires est sans égale. Les textes sur l'empire du Néthéril sont rares mais je suis certain qu'ils en ont un ou deux cachés quelque part, se réjouit Gayle avec entrain. Pardonnez mon excitation, mais si mon idée est la bonne, ceci pourrait être la réponse à tous nos problèmes.
_ Ma foi, pourquoi pas ? lâcha la jeune femme rousse qui en sourit aussi, contaminée par son énergie. Cela ne pourra que servir.
_ Il a la paupière qui frétille comme vous face à un coffre rempli d'or », chuchota Astarion à Silesta, aussi interpellé qu'elle.
Le commentaire était malheureux mais il résumait bien la pensée de la jeune femme. Cela dit, sa tendance à vouloir voir le côté positif en toute chose lui soufflait qu'il était plus heureux de voir Gayle avec une telle envie d'avancer. S'il avait trouvé un but qui le détournait de son projet de se suicider, Silesta serait bien la dernière à vouloir le refréner. Et puis, son raisonnement se tenait. Cela ne leur coûtait rien de se renseigner sur cette couronne pour espérer en tirer un avantage sur leurs ennemis.
« Et vous, Astarion ? s'enquit Ombrecoeur. Nous nous rapprochons de la Porte de Baldur et de votre « famille », j'imagine que vous avez songé au rituel ?
_ Oh, vous voulez parler de cette petite sauterie aux sept-mille sacrifices dont l'issue va altérer mon destin pour toute l'éternité ? Oui, vaguement, ironisa l'interpellé dans toute sa superbe exagération. Pourquoi ?
_ Ne soyez pas si sarcastique, le morigéna calmement Silesta. Je reconnais que j'aimerais aussi connaître vos intentions. »
Le vampire avoua qu'il n'avait pas d'intentions précises pour l'instant. Le plus simple serait d'arrêter le rituel... ou pas.
« Quoi ? s'offusqua-t-il face au haussement de sourcils général. Je dois envisager toutes les possibilités ! Si je supplantais Cazador et menais à bien le rituel moi-même, j'obtiendrais un pouvoir incommensurable. Je pourrais affronter la lumière du jour sans avoir à craindre de finir en flagelleur mental.
_ C'est un bien grand défi que vous vous lanceriez, étant donné la trempe de votre maître, recadra Lae'zel. Cependant, acquérir un tel pouvoir ne serait pas de trop dans notre combat contre le cerveau vénérable.
_ Exactement.
_ Le pouvoir est une veuve noire qui vous attire comme la lumière attire le papillon et finit par causer votre perte, Astarion. Je suis le mieux placé pour vous le dire, tempéra Gayle avec gravité.
_ Une chance alors que votre avis n'entre pas en ligne de compte, dans ce cas », le rabroua l'elfe.
Silesta regarda Gayle froncer du nez. Elle était partagée. Connaissant Astarion et son indéfectible volonté de devenir plus fort pour prendre sa revanche sur son maître et sa vie, il était naturel pour lui de songer à prendre le pouvoir. Comment ne pas l'envisager ? Redevenir un être vivant, faire sauter une bonne fois pour toutes les chaînes de sa condition de vampire... Pas seulement celle qui le liait à Cazador mais aussi les autres entraves qui diminuaient les vampires comme marcher sous le soleil.
La jeune femme avait très souvent entendu Astarion mentionner ce plaisir simple qu'il avait perdu, peut-être plus encore que son reflet. Elle n'avait pas oublié cette vision de son compagnon au lendemain de leur première nuit ensemble, se tenant de toute sa droiture dans les rayons d'or du matin pour les savourer avec délice. Cela lui manquait plus que tout.
Et puis, Gayle avait émis cette implacable mais légitime réserve. Le pouvoir corrompait et aveuglait, plus encore quand il était mu par une émotion violente, qu'elle fût bonne ou mauvaise. Ketheric Thorm avait cherché une plus grande force pour ramener Isobel à la vie et en avait payé le prix. Gayle lui-même avait voulu plus qu'il ne lui était accordé et dansait à présent sur un fil. Astarion était dévoré par la vengeance, que risquait-il d'en ressortir s'il accomplissait le Rite d'Ascension Profane ?
Un long frisson glacé zébra la colonne vertébrale de Silesta. Quel était le juste équilibre entre la justice et le risque ? Y en avait-il seulement un dans ce cas de figure ?
Elle eut un regard vers l'objet de ses pensées pour le sonder un peu. L'elfe lut sans difficulté ses interrogations et essaya de condenser au mieux son état d'esprit.
« Quoiqu'il en soit, rien n'est décidé. Je ne sais même pas si je serai en mesure d'accomplir ce rituel. Peut-être est-ce même impossible, mais l'idée mérite clairement de s'y attarder un instant.
_ Vous avez encore du temps devant vous », lui accorda la jeune femme dans un souci de tempérance.
Oui, mieux valait prendre plus de temps pour y réfléchir, même si elle pressentait déjà vers quel côté de la balance le vampire finirait par pencher. Elle lui parlerait plus tard pour voir où il en serait.
Cela leur fit tout drôle de repasser par la ville fantôme de Reithwin maintenant que l'ombre de la menace Ketheric ne planait plus au-dessus de leurs têtes. Les lieux étaient toujours lugubres et vides mais l'impression qui les accompagnait entre les rues partiellement détruites par la végétation noire n'était plus la même.
Bien que fiers de ce qu'ils avaient accompli ici, les aventuriers n'étaient pas fâchés de bientôt quitter la région, même si se retrouver au cœur d'une ville foisonnante de vie comme la Porte de Baldur promettait une transition des plus choquantes. Rien que le fait de retrouver la lumière naturelle du soleil constituerait déjà un changement drastique !
Ils poursuivirent leur traversée de la petite cité en approchant des remparts de la porte ouest qui s'ouvrait sur la continuité de la Route du Renouveau. Alors qu'ils se trouvaient à quelques dizaines de mètres de l'arche, Lae'zel fit signe aux autres de s'arrêter, les sens en alerte.
« Ça sent l'embuscade...
_ Vos sens sont aiguisés. »
Tous levèrent les yeux. Dans les hauteurs des remparts, deux archers giths se redressèrent comme s'ils avaient émergé des ombres et tinrent la githyanki en joue tandis qu'un troisième portant une armure d'argent richement décorée apparaissait entre les deux autres.
Le visage creusé par les années, l'homme au teint verdâtre observait son homologue féminine en contre-bas avec une grande attention, si densément que Lae'zel se redressa aussitôt en rangeant son arme, presque au garde-à-vous.
D'un bond souple, le githyanki sauta non loin devant le groupe et s'approcha lentement en scannant brièvement les aventuriers. Il finit par s'arrêter face à Lae'zel.
« Votre nom, enfant. »
Les quatre autres firent silence pour la laisser parler. Mieux valait ne pas faire de vague quand il s'agissait des giths.
« Lae'zel.
_ Un nom fier. Royal, même. Je suis Voss.
_ Voss, le chevalier suprême. L'épée d'argent de la reine, réalisa la guerrière éperdue d'admiration.
_ En effet. Vous n'êtes pas censée ignorer qu'un vaisseau ghaik est tombé du ciel, Lae'zel. Et une arme précieuse a été dérobée par des voleurs qui se trouvaient à son bord. Elle est de forme polyédrique avec des runes inscrites en tir'su. »
Silence tendu dans les rangs arrières. Même Lae'zel eut un léger tic en contractant sa main. Après tous leurs ennemis du culte de l'Absolue qui avaient voulu leur reprendre l'artefact, voilà à présent que les giths entraient en scène à leur tour. La situation se présentait comme dangereuse, cependant Silesta fut soulagée que sa camarade en sache plus sur la véritable nature de l'objet qu'ils transportaient avec eux.
Une boule d'anxiété vint tout de même contracter sa gorge et elle glissa une œillade de biais à son alliée. Lae'zel avait-elle pleinement accepté de protéger la source de leur pouvoir contre l'Absolue ou son immense zèle envers Vlaakith serait-il plus fort ?
Elle lut le dilemme qui se jouait dans le for intérieur de la guerrière. Elle conservait une fixation droite dans les yeux mais son mouvement de déglutition la trahit. Le regard perçant de Voss sur elle ne devait pas aider.
La saltimbanque commença à approcher tout doucement la main de son bolas à sa ceinture. Quand la githyanki ouvrit la bouche pour parler, Voss la devança :
« Je sais que vous avez le prisme. »
Silesta interrompit son mouvement alors que Lae'zel clignait des paupières. Elle était raide comme un piquet.
« Ce prisme renferme l'instrument de la chute de Vlaakith et je compte l'utiliser pour accomplir cette tâche, poursuivit Voss.
_ La chute de Vlaakith ? Shka'keth, siffla sa subordonnée de nouveau animée de sa flamme féroce. Je devrais vous éventrer sur place pour l'avoir seulement évoqué. »
Le faible mouvement des archers restés en haut la dissuada de mettre ses menaces à exécution. Ce court intermède laissa tout juste le temps à Astarion de se faufiler dans la brèche.
« Vous parlez de l'entité qui est dans l'artefact ? Savez-vous de qui il s'agit ? »
Voss répondit par un mouvement de tête négatif. Si l'entité avait préféré garder le silence sur son identité, elle devait avoir ses raisons. Il ne trahirait donc pas son secret.
« Mais elle a choisi de s'allier à vous, son pouvoir vous protège. Pouvoir qui mettra fin au joug de Vlaakith. L'entité doit être libérée. »
Le gith expliqua que cela faisait des siècles qu'il œuvrait dans ce seul but. Quand le prisme s'était volatilisé, il avait cru que tout espoir était perdu. Par chance, les githyankis qui arpentaient la région du crash avaient gardé un œil très discret sur notre groupe de rescapés jusqu'à presque les perdre. Heureusement pour lui, Voss avait pu retrouver leur piste avant les sbires que Vlaakith avait mis à leurs trousses.
« Vous m'offrez l'opportunité que j'attends depuis si longtemps. Il ne manque que la clé pour libérer l'entité et je pense avoir trouvé quelqu'un pour nous la procurer. Apportez le prisme à l'établissement appelé la Caresse de Sharess, à la Porte de Baldur. C'est là que tout se jouera pour notre peuple, Lae'zel. Nous ne serons plus les esclaves de Vlaakith.
_ Je ne suis l'esclave de personne, kith'rak jhe'stil, coupa son interlocutrice, visiblement ébranlée d'être encore mise face à cette histoire de trahison de sa reine. Comment osez-vous me mêler à tel complot ? Ma reine éternelle est toute la liberté dont j'ai besoin. Elle me purifiera et m'octroiera les honneurs de l'ascen...
_ Tout cela n'est qu'un tissu de mensonges, coupa aussitôt Voss avec véhémence. La purification, l'ascension... rien de tout ça n'est vrai.
Le zaith'isk, cette machine gith qui soi-disant permettait de se débarrasser d'un parasite de flagelleur mental, n'avait aucun pouvoir purificateur et ne servait qu'à extraire les souvenirs des infectés avant de les tuer. Quant aux « heureux élus » qui recevaient la bénédiction suprême de la reine-liche, ils se faisaient en réalité dévorer dans le seul but d'accroître son pouvoir.
Ces paroles frappaient à grands coups sourds contre le mur des croyances fermement cimentées de Lae'zel. Elle secoua la tête lentement. Elle ne pouvait pas en supporter davantage, c'était de la démence.
Et pourtant, si elle se penchait un instant pour regarder dans la fissure qui venait de se créer, un écho lui parvenait : les rares fois où elle avait eu vent du passage de l'un de ses congénères par un zaith'isk suite à une infection de parasite, aucun n'en était jamais revenu. Chaque fois, il avait été raconté que l'incubation de la larve avait déjà trop duré ou que l'esprit du patient était trop faible pour supporter le processus de guérison. Et si des espions giths la surveillaient, pourquoi ne l'avaient-ils jamais approchée pour l'aider ? La brèche s'agrandit, pour son plus grand désarroi.
Pour la première fois depuis qu'elle la connaissait, Silesta découvrit une Lae'zel profondément affectée.
« Toute ma vie, j'ai servi fidèlement ma reine. Je connais son credo et ses préceptes par cœur, j'ai livré toutes les batailles auxquelles elle m'a envoyée et pourtant, elle m'a nommée hshar'lak ? réalisa-t-elle avec une immense déception. Je refuse d'y croire... mais je dois m'y résoudre. »
Si sa reine voyait en elle une traîtresse après tout ce qu'elle avait fait... à quoi bon ? Elle hocha la tête à contrecœur. Ils iraient retrouver Voss à la Porte de de Baldur comme demandé.
« J'espère que je ne le regretterai pas, siffla la guerrière entre ses dents.
_ Lae'zel. Je vois une T'lak'ma Ghir en vous. Ma sœur dans la liberté, sourit son congénère avec un soulagement non dissimulé. Ensemble, nous montrerons la lumière à notre peuple. N'oubliez pas. La Caresse de Sharess. »
Après un dernier hochement de tête encourageant à sa nouvelle alliée, Voss fit un signe à l'attention de ses accompagnateurs archers qui le rejoignirent puis le groupe s'en retourna à travers une porte dimensionnelle, laissant derrière eux un mélange étrange de soulagement et d'égarement.
Personne n'osa remuer le moindre muscle de peur de déclencher une réaction épidermique chez la guerrière githyanki qui était encore statufiée d'incertitude.
« Moi qui pensais que les giths étaient des brutes sanguinaires, ils sont en fait très sympathiques », s'ébaudit Astarion qui avait toujours le bon mot.
La non-réaction de Lae'zel à ce trait d'humour traduisit encore mieux l'état de sidération dans lequel elle errait. Elle secoua lentement la tête.
« Vlaakith'ka sivim hrath krasht'ht. Seule Vlaakith nous permet de trouver la lumière, récita-t-elle sans émotion. Tels sont les premiers mots que j'ai lus sur une tablette en tir'su. Plus qu'un aphorisme, cette phrase est la loi, la base dans laquelle sont ancrés nos dix-mille postulats. »
Un frisson la traversa. Renier un postulat revenait à renier la reine-liche elle-même et à se condamner à finir dans la panse d'un dragon, ni plus ni moins. Les pupilles reptiliennes de Lae'zel remuèrent entre ses pensées puis elle finit par froncer les sourcils et à regarder les autres.
« Si Voss dit vrai... Si l'ascension et la purification ne sont que fadaises, alors je n'ai commis aucune faute envers Vlaakith. C'est elle qui m'a trompée de la plus vile façon.
_ Je sais ce que ça fait, la consola Ombrecoeur avec une fausse complicité.
_ C'est vrai, ça. N'y a-t-il donc aucune divinité dans cet univers qui ne soit pas une garce effroyablement menteuse et manipulatrice envers ses pauvres adorateurs incrédules ? geignit le vampire en roulant des yeux. Sans vouloir vous vexer. »
Peu au fait des us et coutumes giths, Silesta demanda à son alliée ce qu'était exactement cette histoire d'ascension. Lae'zel lui expliqua alors qu'il s'agissait de la récompense suprême accordée à un githyanki après avoir tué un ghaik ; le seul but que tous les jeunes giths avaient depuis leur naissance. S'ils accomplissaient cet exploit, ils pouvaient prononcer la formule du Rite d'Ascension et un dragon rouge les emportait jusqu'à la Cité de la Mort auprès de Vlaakith. Ils gagnaient ainsi une place éternelle dans le Plan Astral.
« Du moins, c'est ce que je croyais jusqu'ici, nuança la guerrière d'un air mauvais.
_ Une idée de qui est l'hôte du prisme ?
_ Je l'ignore. Et la peur de le savoir me rend folle. »
Lae'zel avoua à Silesta que lorsqu'elle avait découvert l'hôte du prisme, elle avait cru qu'il s'agissait d'une illusion illithid, une ruse de la larve. Mais il fallait voir l'évidence : l'entité onirique était bien réelle. Si Voss était à ce point convaincu qu'elle serait en mesure de provoquer la chute de Vlaakith et libérer véritablement les githyankis, elle-même commençait à penser qu'il avait raison.
Il n'était pas difficile de deviner à quel point cela lui en coûtait de reconnaître cela. Sans avoir le franc-parler insolent d'Astarion, Silesta reconnaissait qu'il avait bien raison. Mystra, Shar, Vlaakith... Autant de figures divines auxquelles s'étaient soumis Gayle, Ombrecoeur et Lae'zel dans une confiance infinie et guidés par la seule envie de leur plaire. Même Ketheric Thorm pouvait être ajouté à la liste avec Myrkul. Ce type d'attitude était-il si surprenant ? Les dieux n'avaient pas la considération des mortels qui n'étaient que des pièces de cuivre dans la bourse des éternels, faits pour être échangés contre n'importe quoi, même un destin sombre et funeste. Tout cela en était désespérément et tristement implacable. Cela fit mal à Silesta de voir la fière et redoutable Lae'zel aussi ébranlée, même s'il était sûr que la guerrière ne montrait qu'une fraction de sa désillusion.
« Je ne mesurerai sans doute jamais à quel point votre déception est grande, Lae'zel. Mais nous ne vous laisserons pas tomber, lui assura Silesta avant de lui offrir un sourire bien à elle. Vous faites partie de la troupe et l'entraide, c'est sacré.
_ Ch'k. »
La jeune femme rousse fut satisfaite. Elle avait juste eu le temps de capter ce subreptice tic au coin de la bouche de son interlocutrice qui avait failli céder à une ébauche de sourire.
« Voyons au moins un point positif : nous avons déjà un premier point de chute à la Porte de Baldur, déclara Gayle.
_ Oui, la Caresse de Sharess. Ça sonne joliment », avoua Silesta entre ses pensées.
Ce fut avec un regard plein de tendresse et de roublardise qu'Astarion enveloppa sa compagne.
« Oh, douce, douce et innocente petite chose... »
Il fut alors brièvement rappelé à la jeune femme qu'il existait deux types de commerces : ceux qui avaient un nom comme « Le Chat Pourpre à Sept Queues » et... les autres. Quelques instants de réflexion passèrent.
« Oh. »
Oui, Silesta, la Caresse de Sharess, ça veut dire ce que ça veut dire. Mdr.
Oui, bon... J'ai fait ce que j'ai pu pour rattraper le truc avec Voss, hein... C'est encore à cause de ma non visite à la crèche. Et j'avais pas envie de faire le combat d'embuscade des githyankis -_- En même temps, je ne savais pas qu'il menait à truc super important pour après et j'avais trop avancé dans l'écriture pour rattraper. Merci de votre indulgence !
