YO TOUT LE MONDE, ça fait plus d'un an que j'ai commencé à bosser sur cette fic ! (et j'ai pas été foutue de poster plus de trois chapitres pendant tout ce temps… Hahaha…) Mais j'en ai eu marre de juste brainrotter dessus à longueur de temps et je me suis dit que j'allais essayer de la continuer un peu, surtout sachant qu'il ne me restait que la scène finale du chapitre à taper B-)
Bonne lecture !
Soundtracks : « I Can't Sleep » - Poorstacy ; « Angel » - Massive Attack
Tws : Consommation de drogues, description graphique de cadavres
Celsius III
Angel - Kaeya
Mardi 11 novembre 2008 - 23:59
Le crayon noir qui cernait ses yeux bava sous ses doigts lorsque Rosalia les passa au ras de ses cils, ourlés d'une couche épaisse de mascara. Elle soupira, fixant le vide un instant, son regard flottant vers un point imprécis sur son verre à moitié bu. À sa droite, Kaeya avait la tête enfoncée dans la banquette qu'ils avaient réservée pour la soirée, fixant le plafond sur lequel glissaient des rayons bleus, rouges et verts. Ses pupilles étaient dilatées à l'extrême, rendant ses yeux clairs presque noirs. Elle lui jeta un coup d'œil et soupira à nouveau, lui envoyant un coup de pied sous la table pour le sortir de sa torpeur.
« T'es encore avec moi?... Allôôô, Kaeya… Putain, compte pas sur moi pour te ramener chez toi, j'te préviens… »
Le jeune homme lui répondit quelque chose qu'elle n'entendit pas, le volume assourdissant de la musique avalant dans ses décibels la moindre de leur parole. Rosalia haussa les épaules et termina d'une traite la fin de son verre. Un autre Jäger Bomb plus tard pour elle, Kaeya avait récupéré ses esprits, et ils quittèrent le club.
Dehors, l'air glacé fut impitoyable, soufflant sur eux un vent froid qui s'engouffrait dans leurs vêtements, glissant sur leurs cous comme une main gelée. Rosalia tira un paquet de cigarette au carton usé et élimé de sa poche pour en glisser une entre ses lèvres, pendant que Kaeya, dans un état second, se laissa glisser contre un mur et massait son front du bout des doigts, un mal de crâne violent ayant commencé à l'assaillir alors qu'ils étaient encore dans l'atmosphère étouffante et assourdissante de la boîte. Il émit un gémissement plaintif, et Rosalia s'approcha de lui.
« Mauvais mélange? » Demanda-t-elle seulement en crachant une bouffée de fumée. Le nuage monta dans la nuit, créant un halo brillant dans la lumière d'un réverbère qui se trouvait au dessus d'eux. Kaeya hocha la tête.
« Je crois que je vais vomir. Faut que je rentre.
-Tu sais même plus ou t'habites.
-Je finirais bien par trouver à force de tourner. »
Elle ne répondit rien, tirant à nouveau sur la barrette de nicotine qui se consumait avec le vent. Elle avait eu sa dose pour ce soir, et s'éterniser avec une épave ne l'intéressait pas plus que ça.
« Bon, ben moi, je rentre. À la prochaine. »
Le mégot encore fumant fut projeté dans le caniveau d'un geste habile du bout de ses doigts fins prolongés de longs ongles noirs. Lorsque Kaeya releva la tête, sa silhouette longiligne lui faisait déjà dos, fondue dans l'ombre, et disparut comme un spectre sans laisser la moindre autre trace de sa présence que l'odeur du tabac qui flottait encore par effluves dans l'air.
Marcher dans le froid mordant eut au moins le mérite d'aider le jeune homme à retrouver un tant soit peu ses esprits. Le mal de tête le lançait toujours à l'arrière du crâne comme si un ouvrier acharné lui donnait des coups de massue dans la cervelle, et la nausée ne l'avait pas quitté, mais il devenait plus lucide à chaque minute durant laquelle il traversait le froid à grandes enjambées empressées de retrouver le plus rapidement possible la chaleur de sa chambre et la douceur de son lit. Il s'endormirait probablement encore tout habillé et en sentant l'alcool, et peut-être même que demain matin, Diluc lui casserait encore les couilles à lui faire la morale, mais là, à l'instant, ça n'était pas vraiment son problème.
Kaeya repensait au regard froid et détaché de Rosalia, à ses lèvres qui s'entrouvrent pour cracher la fumée à l'image d'une dragonne sublime et lugubre. À son intransigeance et sa froideur, et à cette façon qu'elle avait de mener sa vie comme si cette dernière n'était rien de plus qu'un fardeau dont elle aurait souhaité secrètement se libérer. Elle était la seule personne qui buvait au moins autant que lui, qui avalait les cachets les uns après les autres comme s'il n'avait s'agit que de vulgaires bonbons en dextrose plutôt que de bombes à retardement miniatures. Et lorsque l'euphorie commençait à monter, qu'elle laissait sa tête aller en arrière pour goûter pleinement à cette sensation indicible et si addictive de bien être, dévoilant sa gorge à la peau si pâle qu'on y voyait courir les veines, que la désinhibition prenait le contrôle de tout son être, Kaeya ressentait un malaise profond, indescriptible, qui lui pesait sur les épaules comme une chape de plomb et dans l'estomac comme une pierre. Parce que dans ces moments là, lorsque Rosalia était ailleurs, dans un monde où ses sens étaient désarçonnés et où la réalité n'était plus qu'un vague et distant souvenir, Kaeya avait l'impression qu'on avait posé en face de lui un immense miroir de plein pied qui lui renvoyait sa propre image. Débridé, camé, lamentable.
Se forçant à chasser la désagréable représentation de son esprit, il fouilla dans les poches de son sweat pour retrouver son téléphone et ses écouteurs qu'il s'enfonça dans les oreilles. La première chanson qui passa sur le mode aléatoire lui arracha un sourire amer.
« I don't know how long I'll live,
All the broken kids who cut our wrists,
I don't wanna be you, wanna be you,
I get lost when I'm with you,
Girl I know what you're into. »
Il fut chez lui un quart d'heure plus tard, les doigts et les orteils engourdis par le froid, les joues rougies par l'air glacé, l'estomac retourné. Silencieusement, il fit tourner sa clé à l'intérieur de la serrure de la porte d'entrée, lourde, forgée d'arabesques en fer qui se lovaient comme des serpents sur le bois de chêne. Il se faufila à l'intérieur et la referma sans un son. La chaleur qui flottait dans l'entrée était douce et agréable, faisant naître des picotements sur sa peau tendue par le froid. Il fit tomber ses chaussures, se glissa dans les escaliers et s'enferma dans sa chambre. Il s'emmitoufla sous ses couvertures, profitant de la tiédeur qui le prenait peu à peu, et même si sa tête tournait encore et qu'il sentait au fond de sa gorge la sensation astringente du mélange qu'il avait avalé ce soir menaçant de ressortir par là où il était entré, l'épuisement ne lui laissa aucun répit et il sombra avant même de pouvoir s'en rendre compte.
§§§
Mercredi 12 novembre 2008 – 13:46
Kaeya pianota rapidement un dernier texto sur les touches de son téléphone portable et eut tout juste le temps de l'envoyer avant que l'écran ne devienne noir. La batterie était morte. Il soupira et le fit disparaître au fond de son sac, posé à côté de lui sur le vieux banc en bois dont la peinture usée sautait par endroits. Au dessus de sa tête, le soleil jouait à cache cache avec de lourds cumulus ourlés de gris.
Devant lui s'ouvraient les berges du lac Alster, immense trou d'eau bleue sombre où filaient tranquillement quelques dériveurs dont les voiles se gonflaient au vent. Cela faisait plus d'une heure qu'il avait quitté les cours pour la pause déjeuner, sitôt sorti de la fac et installé au parc Gustav-Mahler, vaste corridor vert qui s'étendait sur près d'un hectare. Dans le jardin, éparpillés sur d'autres bancs, quelques étudiants étaient également venus se rassembler pour prendre l'air, leur déjeuner sous le bras. Kaeya, lui, avait profité d'être seul pour sauter le repas. Le mercredi, Diluc passait la pause au club de Basket et n'était donc pas dans les parages pour superviser ses conduites alimentaires.
Il était presque deux heures. Quelques mètres à sa droite, il repéra un duo qui quittait le parc pour retourner en cours. À califourchon sur son banc, il s'étira en étouffant un bâillement et se leva à son tour, enfilant la bandoulière de son sac par-dessus son épaule. Il traîna un peu du pied, suivant les deux silhouettes de loin. Elles disparurent totalement de son champ de vision lorsqu'il fut hors du parc.
Les études ne lui faisaient ni chaud ni froid. Il n'avait pas vraiment d'objectif, s'était inscrit à l'Université parce que son frère avait fait exactement pareil, et que lui ne savait pas vraiment quoi choisir. Il ne se retrouvait pas forcément dans la criminologie, mais ce n'était pas non plus insurmontable : le contenu des cours était intéressant et les examens étaient passables, à condition que les révisions soient intenses. Cependant, il n'était pas aussi studieux que Diluc, qui était l'un des élèves les plus talentueux de leur promotion. En ravalant un énième bâillement derrière son poing, Kaeya se fit la réflexion que de toute façon, Diluc était toujours très bon dans tout ce qu'il entreprenait. Peut-être un peu trop bon, même, au point de devenir lassant à force.
Il pensa encore à lui, d'ailleurs, en réalisant qu'il n'avait aucune idée du lieu de leur premier cours de l'après-midi. Il plongea la main dans la poche principale de son sac, tâtonna jusqu'à rencontrer les bords arrondis de son téléphone qu'il ouvrit avant de se rappeler, ne croisant rien d'autre que son reflet dans l'écran résolument noir, qu'il s'était éteint quelques minutes plus tôt. Il se mordit la joue. Il devrait se passer de lui, pour cette fois.
L'Université d'Hambourg où ils étudiaient tous les deux s'étendait sur un vaste campus en cours de rénovation. D'un côté s'alignaient, cuirassés de baies vitrées et de métal chromé de beaux bâtiments flambants neufs sur lesquels se reflétait un soleil étouffé par les nuages, et de l'autre se dressaient encore quelques anciennes salles de cours datant de l'époque de la construction de l'académie, petites pièces aux murs de bois et au mobilier ancien, ne pouvant accueillir qu'une vingtaine d'élèves. Kaeya se rappelait que le cours du mercredi après-midi, les quelques fois où il avait été assez en forme pour le suivre, avait lieu dans un vieil amphithéâtre. Ce fut vers l'édifice qui se trouvait à l'entrée des grilles de la fac qu'il se dirigea.
Lorsqu'il en poussa les battants couverts d'une peinture vert d'eau vétuste, il pénétra dans une salle comble et trouva étrange de ne reconnaître aucune tête. Le cours étant sur le point de commencer, il balaya la vaste pièce du regard à la recherche de la silhouette de son frère mais n'eut pas le temps de le trouver. Il se dépêcha d'aller s'asseoir à l'une des dernières places libres, au premier rang tout à fait à droite, près d'un blond plongé dans ses notes de cours.
Il se glissa entre les strapontins de bois et le large pupitre qui en faisait la longueur pour s'installer à sa gauche. La pièce fut alors plongée dans le noir, et seul le tableau s'éclaira lorsque l'enseignant mit en route ses premières diapositives.
L'image d'un cadavre que l'on avait vidé de son sang à coups de lame dont les impacts profonds étaient numérotés par de petits chevalets blancs fut projetée contre le mur, sur deux mètres fois trois, juste sous son nez. Kaeya ravala un hoquet. Les plaies étaient béantes, et on voyait la chair sous la peau ouverte, blanchâtre, pompée de toute sa sève.
Il avait beau avoir séché un colossal nombre de demi-journées, Kaeya était tout de même assez renseigné sur le programme pour savoir que les gros plans de corps en décomposition n'étaient pas censés entrer en jeu avant une ou deux années. L'absence de son frère, tous ces étudiants inconnus et la macabre leçon que projetait le prof qui passait déjà à la seconde diapositive s'expliquait par le pur et simple fait qu'il s'était planté de salle de cours. Et vu la moyenne d'âge dans l'oratoire, il avait dû se retrouver avec les étudiants de dernière année. Il étouffa un soupir, détournant les yeux du mur momentanément peint d'une écœurante teinte de brun et de rouge vif. Il regarderait n'importe où ailleurs, si seulement il n'avait plus à soutenir ces horreurs. Discrètement, il se mit à scruter son voisin de droite, le blond qui prenait minutieusement ses notes dans une écriture au stylo bille compacte et rapide. Il était trop tard pour faire demi-tour maintenant qu'il s'était assis, et Kaeya n'avait pas d'autre choix que de se faire tout petit en priant pour que la fin arrive vite.
Son voisin aurait déjà éveillé son intérêt en temps normal, mais là, tout de suite, tout ce qui était susceptible de le distraire était bon à prendre. Calant son menton au creux de sa paume et profitant de la mèche de cheveux qui lui masquait la partie droite du visage, Kaeya commença à faire passer le temps en lui jetant de discrets coups d'œil observateurs. Une peau pâle semblant nimbée de la lueur de la lune, des yeux azur comme le Zéphyr, plus beaux encore que les perles mortes d'Ajax. Son profil était absolument impeccable, encadré par une chevelure blond beurre. Il n'avait pas vraiment le profil typique d'un gars du coin, mais l'université d'Hambourg accueillait aussi son lot d'étudiants étrangers. D'après Kaeya et son analyse poussée, le garçon avait très probablement des racines Scandinaves. Cependant, le brun ne put s'empêcher de se demander pourquoi une créature pareille se faisait aussi discrète. Un jean et un simple haut noir aux manches longues habillaient l'étudiant, mais au delà de cette tenue parfaitement passe-partout, il y avait quelque chose dans sa façon d'être qui le rendait aussi prudent et insaisissable qu'une subjugante créature mythique.
Il était presque quatre heures moins le quart lorsque Kaeya quitta la rêverie curieuse dans laquelle l'avait plongé l'autre homme. L'ultime diapositive fut la plus insoutenable de toutes. Un énième corps anonyme, disposé en une position assise grotesque, les bras ballants de chacun des côtés, la tête renversée sur la droite et le cou labouré d'une entaille large d'au moins douze centimètres, qui partait de la mâchoire jusqu'à la clavicule. Les mots de l'enseignant ne lui parvenaient plus. Kaeya se demanda pendant combien de temps encore est ce qu'il serait capable de faire semblant d'aimer ses études.
§§§
Mercredi 12 novembre 2008 – 16:00
Le gong de la liberté retentit à la seconde ou l'horloge massive et ronde comme un soleil, pendue au mur nu de l'amphithéâtre, afficha un quart parfait emprisonné entre ses deux aiguilles. Se faufilant à travers la masse pour quitter la salle non sans manquer de couver son voisin inconnu d'un long et dernier regard, Kaeya ne pensait presque déjà plus aux clichés malsains, n'ayant plus en tête que l'étrange et pourtant si dangereusement brûlante impression que lui avait laissé le jeune homme. Ce fut au moment où il se demanda s'il ne devrait pas le suivre, juste pour savoir où il prévoyait de se rendre ensuite, qu'un rouquin a l'air contrarié lui tomba dessus sans prévenir.
« Bon sang Kaeya, enfin! Tu étais où ? J'ai cru que tu avais séché. » Râla Diluc, un poing moralisateur refermé sur la hanche, lui barrant la route.
« Je me suis trompé de salle. » Répondit vaguement le cadet, tendant le cou pour suivre la silhouette du blond qui lui échappa définitivement lorsqu'il s'engouffra dans le couloir.
Maudit sois-tu, Diluc, pensa-t-il. Mais il se garda bien de le lui faire savoir.
À suivre…
La rencontre avec un certain canon en fin de chapitre m'a fait galérer comme jamais. Aurez -vous deviné sur qui Kaeya a jeté son dévolu ?
J'ai eu quelques retours sur mes fics ces temps-ci et ça m'a fait super plaisir, alors un grand merci aux anonymes et aux inscrits qui m'ont laissé un petit mot (cœur) (surtout continuez)
À bientôt (?) pour le chapitre 4!
