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Attention dans ce chapitre TW : homophobie.

Bonne lecture !


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- Quelques nouvelles -

La tension au square Grimmaurd avait fini par retomber, aidée en cela par un dimanche pluvieux qui décourageait les emportements.

Ginny avait dit à Harry qu'il avait raison, et elle proposait de se mettre d'accord sur une justification quelconque dans le courant de la semaine. Le jeune homme avait apprécié l'effort.

Les dimanches étaient toujours ennuyeux pour Harry. Comme pour les grandes vacances de son adolescence, il n'avait qu'une hâte, c'était de retourner se plonger dans la semaine.

D'habitude, il avait toujours une affaire à se mettre sous la dent, mais dans le cas présent, il n'y aurait aucune avancée avant lundi soir minimum, le temps que les médicomages ne finissent l'autopsie. Il se surprit à maudire l'infortunée d'avoir eu la sombre idée de mourir un samedi.

Ginny avait perçu son agacement, et avait proposé une séance de voltige. Un grand sweat à capuche et un sort qui écartait la pluie des lunettes plus tard, ils virevoltaient dans leur petit bois favori.

Dans la grande banlieue de Londres, ils s'étaient octroyé ce petit terrain, qu'ils dissimulaient aux Moldus à chaque séance. Ils avaient aménagé dans les arbres différents obstacles : tunnels, poutres, barrières, afin de se compliquer la tâche. Quand il faisait beau, ils préféraient voler dans des champs pour profiter au maximum de l'air libre, mais l'automne, ils s'abritaient dans la forêt. L'exercice n'avait rien à voir avec les entraînements de Ginny et restait assez éprouvant pour défouler Harry.

Ils passèrent bien trois heures à slalomer entre les branches, à faire la course, à enchaîner les figures et les feintes.

Quand ils rentrèrent chez eux, ils étaient éreintés. Après une douche, Harry s'était affalé sur l'un des fauteuils posés près de la cheminée.

- Tu vas super bien commencer la semaine, ricana Ginny en le rejoignant.

- Déjà qu'elle promet d'être horrible, souffla Harry.

- Pourquoi ?

- Lundi soir, je dois aller à la morgue pour un rapport d'autopsie, et mardi, normalement je dois recevoir une analyse de potion. Mais comme les potionnistes du Ministère sont des incapables, je sais que ça ne mènera à rien. Ils n'ont déjà rien trouvé la première fois.

- Oh, ce n'est pas de ta faute, répondit Ginny.

- C'est pour ça que je dois trouver un maître de potions compétent, grinça Harry.

- Et tu n'en connais pas ?

- Si. De ce niveau, je n'en connais qu'un.

Morose, il se réfugia dans sa tasse de thé. Ginny fronça les sourcils, confuse. Puis ses yeux s'écarquillèrent sous la compréhension, et elle éclata de rire.

- Non ?

- Je ne vois que lui.

- Oh, par Merlin ! pouffa-t-elle. C'est si drôle !

- N'exagère pas non plus, grommela-t-il.

- C'est incroyable combien tu n'as pas de chance, continua Ginny. De toute l'Angleterre, il faut que ce soit à Draco Malfoy que tu ailles demander de l'aide.

Harry se contenta de soupirer.

- Je donnerais cher pour voir ça.

- Tu seras en cours. Et puis, ça va, tempéra Harry. On s'est quitté en bons termes.

Ginny haussa un sourcil.

- On s'est excusé mutuellement et on ne s'est pas adressé la parole de toute la huitième année ! souligna Harry. J'appelle ça être en bon terme.

- Je suis pas convaincue, répliqua son amie. Vous ne pouvez pas vous sentir.

- Et alors ? Je vais le voir pour un avis professionnel, peu importe qu'il ne puisse pas me saquer.

- Parce que toi, tu peux le saquer ? reprit Ginny.

- J'ai plus rien contre lui, maintenant, s'expliqua Harry. Je ne l'aime pas spécialement, mais je ne le déteste pas.

Ginny se redressa, et l'observa en inclinant la tête.

- Quoi ? demanda-t-il d'un ton circonspect.

- Je trouve ça très louche. On dirait presque que tu as envie de le revoir.

- Je suis assez curieux de savoir ce qu'il est devenu, c'est tout, balaya Harry en haussant les épaules.

Mais son amie haussa un sourcil, peu convaincue. Bizarrement, il en était gêné. Il décida de réorienter la conversation sur un sujet moins dangereux.

- Tu revois Luna dans pas longtemps ?

- Je ne sais pas, probablement dans la semaine. Pourquoi ?

- Comme ça, répondit-il innocemment. Y a-t-il quelque chose que je devrais savoir ?

Elle piqua un fard.

- Rien de spécial ! gargouilla-t-elle.

Harry se rassit bien droit sur son fauteuil, et se pencha vers elle, tendant la main pour la poser sur son genou.

- Écoute, je sais qu'on traverse une mauvaise passe, commença-t-il avec le plus grand sérieux.

Ginny, intriguée, attendit la suite.

- Tu me le dirais si tu me trompais ?

Elle ne put s'empêcher de pouffer à sa blague nulle.


Mercredi matin, Harry faisait beaucoup moins le malin en remontant l'allée des Embrumes. Il y était déjà allé plusieurs fois depuis la guerre, pour quelques enquêtes, mais il ressentait toujours le même malaise chaque fois qu'il y allait. Son uniforme d'Auror le protégeait, mais faisait également de lui une cible.

Il avait trouvé l'adresse de la boutique de Malfoy dans un dossier sur son père. Il aurait pu demander de l'aide à Blaise, par exemple pour venir faire le médiateur. Mais Blaise travaillait sur une autre affaire, et Harry n'avait pas osé lui demander.

La boutique de Malfoy avait une devanture simple : une enseigne en bois où était inscrit « Apothicairerie », une enseigne drapeau en fer forgé avec la même mention ainsi qu'un flacon d'où s'échappaient des bulles, une porte sur laquelle étaient affichées les horaires et c'était tout. La vitrine n'était composée que de carreaux de verre, qui ne laissait passer aucune image de l'intérieur.

Harry s'arma de courage et tira la porte.

Une clochette annonça son arrivée.

La première chose qui le frappa, fut l'ordre et la netteté du lieu. Les cachots de Rogue avaient toujours eu une atmosphère un peu poisseuse, qu'il associait désormais aux potions. Mais l'officine était très bien tenue, et lui donnait presque envie de se remettre à la pratique.

La pièce était petite, mais bien remplie. Tout un pan de mur était occupé par des étagères où étaient rangées des potions déjà prêtes. Un autre présentait des ustensiles divers : chaudrons, verres doseurs, cuillères, éprouvettes… Au centre de la pièce, sur des présentoirs qui scindaient la boutique en trois minuscules rayons, on trouvait les ingrédients rangés dans des sacs de toile et des bocaux.

- Je suis à vous dans une minute, entendit-il.

On trouvait d'autres ingrédients et fioles de potions derrière le comptoir, probablement les plus fragiles ou les plus dangereux. Juste à côté, une porte était entrouverte.

Harry sentait le trac monter alors qu'il entendait Malfoy s'affairer dans la réserve. Il détestait être aussi nerveux, alors que dans le pire des cas, Malfoy allait juste se montrer désagréable et l'insulter. Ce qui avait constitué basiquement 98 % de leur relation, les 2% restants consistant en : son témoignage au procès des Malfoy, leur huitième année où ils s'étaient mutuellement ignorés, le jour où il l'avait sauvé du feudeymon et celui plus qu'étrange où Malfoy avait menti à sa tante pour le couvrir lors de sa capture.

Il en était à réfléchir sur la dernière fois qu'ils s'étaient vraiment insultés quand Malfoy sortit de la réserve.

- Que puis-je faire pour vous ? lança-t-il d'un ton clair, avant de s'arrêter net.

Harry aurait pu jurer qu'il avait pâli sous la surprise.

Malfoy n'avait pas trop changé : il avait toujours cette aura mélancolique qui l'étreignait depuis la guerre, ses cheveux blond platine tirés vers l'arrière, ses yeux gris et froids. Cependant, le jeune homme semblait se tenir plus droit, avec plus d'assurance que lors de sa dernière année à Poudlard où il rasait les murs et tâchait de se faire oublier. Ici, il était chez lui, et c'était Harry l'intrus.

Pendant une seconde qui lui parût une éternité, Harry crut qu'il allait se faire envoyer paître. Mais Malfoy se contenta de lui demander d'un ton glacial :

- Qu'est-ce que tu fais ici ?

- J'ai besoin de ton aide, répondit Harry tout à trac.

Le potionniste parut surpris.

- De mon aide, répéta-t-il lentement.

- Oui. Il y a eu deux morts, potentiellement des assassinats, à l'aide d'une potion inconnue du Ministère, expliqua Harry.

Malfoy avait enfin l'air intéressé.

- J'ai, euh, les rapports d'autopsie, ainsi que ce qu'on sait de la composition de la potion, continua-t-il.

Il sortit le dossier de sa sacoche et l'ouvrit.

- Là les rapports de la morgue, là les analyses faites par le labo, et j'ai aussi deux échantillons du sang de chacune des victimes.

Il posa les deux flacons sur le comptoir.

- Ils ont jeté un sort de conservation sur le sang pour éviter que la potion ne disparaisse, mais comme personne ne sait ce que c'est, je ne suis pas sûr que ça ait fonctionné. Le plus ancien a deux semaines, donc c'est peut-être altéré…

- Je vois.

Harry s'autorisa enfin à le regarder dans les yeux, attendant son verdict. Malfoy, pensif, tourna les documents vers lui et les parcourut du regard. Puis, il releva la tête vers Harry avec un soupir.

- Que veux-tu que je fasse ?

Était-ce positif ? Harry n'en avait aucune idée.

- Eh bien, il faudrait que tu analyses les échantillons, ou au moins les rapports, et que tu fasses une liste des composants de la potion. Peut-être même trouver de quelle potion il s'agit, si possible ?

Malfoy hocha la tête.

- Tu serais payé, bien sûr, ajouta Harry.

Il y eut un nouveau silence, pendant lequel Malfoy continua de lire les rapports, ignorant superbement Harry qui commençait à regretter ses choix de vie.

- Très bien.

- Tu, tu acceptes ? demanda Harry, incrédule.

- Oui, c'est ce que je viens de dire, Potter, ironisa-t-il.

Le soulagement inonda Harry.

- D'accord, il faut que tu signes un document de confidentialité, dit-il en lui tendant le papier.

Malfoy le parcourut rapidement et le signa.

- Super ! Tu penses avoir des résultats quand ? s'enquit-il avec plus de légèreté.

- Ça dépend, annonça Malfoy. Normalement, je t'aurai dit de revenir vendredi, mais si le labo du Ministère n'a rien trouvé, je devrai faire des examens plus poussés, et ça peut me prendre quelques semaines.

Harry réfléchit. Il n'aurait rien de neuf à présenter demain à Phillips, mais en même temps, un travail bâclé pouvait compromettre l'enquête.

- C'est parfait. Le Ministère te paiera quand on aura les résultats, il faudra juste que tu fasses un devis. Je passerai de temps en temps pour savoir où tu en es, ou s'il y a du nouveau de notre côté…Mais n'hésite pas à me contacter.

- D'accord.

Harry ferma sa sacoche.

- Je te laisse tout ça, j'y vais. Merci beaucoup.

Il lui fit un petit sourire embarrassé afin de s'engouffrer dans la rue en tâchant de ne pas mourir de honte.

Ça s'était mieux passé que prévu, mais il ne pouvait s'empêcher de s'en vouloir. Il ne savait pas vraiment pourquoi, objectivement, ça avait été, il était entré, avait donné ses consignes, était resté poli, Draco ne l'avait pas insulté, avait accepté sa requête, tout allait bien. Il avait pourtant l'étrange impression de s'être ridiculisé.

Il tâcha de chasser cette sensation, mais elle persista jusqu'à son cours de Défense.


Ginny sortit de la douche en enroulant une serviette autour de ses cheveux. L'entraînement de cette après-midi avait été éprouvant, et elle sentait déjà que les courbatures seraient douloureuses le lendemain matin.

Elle prit ses affaires dans son casier et s'installa sur un banc. Quelques autres filles discutaient non loin d'elle, mais elle ne prêta pas attention à leurs gloussements.

Elle était en train de mettre son soutien-gorge quand elle fut interpellée par un nom que Jordie Vesper venait de lâcher.

- Vous parlez de qui ? demanda-t-elle en s'approchant.

Jordie se tourna vers elle.

- De Cho Chang, répondit la jeune femme avec un ton moqueur.

Jordie était une fille blonde et élancée de vingt et un ans, et était connue à l'Académie pour ses commérages.

- Qu'est-ce qu'elle a ? Elle est chez les Flèches d'Appleby, c'est ça ?

- Était, corrigea Jordie en faisant claquer son chewing gum avec une immense satisfaction.

Son trait d'esprit provoqua quelques rires parmi les filles rassemblées autour d'elle. Ginny fronça les sourcils.

- Comment ça ?

- Elle a été vue à la sortie d'une boîte de nuit, intervint Clare Ruthwood.

- Et bien accompagnée ! plaisanta Jordie.

Ginny ne comprit pas sa blague, mais les autres filles rigolèrent.

- Elle a été vue en train d'embrasser une fille, expliqua Clare.

Un frisson glacé parcourut l'échine de Ginny. Elle se força à rire avec les autres.

- Honnêtement ça se voyait, commenta une certaine Mary Trepte. Elle faisait un peu garçon manqué.

Les autres approuvèrent.

- Quand je pense qu'on partageait les mêmes vestiaires, grimaça Jordie.

- Ça me dégoûte rien que d'y penser.

- Tu crois qu'elle nous matait ?

- On aurait dû l'enfermer dans le vestiaire des garçons.

- Je ne comprends pas, c'est vraiment dégoûtant.

Le cœur de Ginny battait à tout rompre. Elle déglutit et demanda innocemment :

- Et comment vous l'avez su ?

- Quelqu'un a pris des photos et les a montrées à leur coach, dit Clare. Il l'a virée juste après.

Quelle horreur.

- Il a bien fait, réagit Ginny en essayant d'être convaincante. Ça doit être horrible pour ses coéquipières.

- Tu sais, c'est marrant, commença Jordie. Mais au début je croyais que t'étais lesbienne, aussi.

- N'importe quoi ! pouffa Ginny.

- Si, je te jure ! ricana Jordie. Mais c'est stupide, tout le monde sait que t'es avec Harry Potter.

La mention de son nom provoqua une certaine agitation chez les filles. D'habitude, ce genre de réactions la faisait rire, et elle les rapportait toujours à Harry pour l'embarrasser. Mais à cet instant, elle n'y prêta pas attention et tâcha de dissimuler son stress.

- Ça fait trois ans qu'on vit ensemble, pourtant, sourit-elle.

- Oh, c'est trop mignon, commenta Mary.

- Vous formez un si beau couple, ajouta une autre fille.

- Merci, dit-elle en minaudant. C'est vraiment le petit ami idéal. J'arrive pas à croire la chance que j'ai de me réveiller à côté de lui tous les matins.

Quitte à mentir, autant les rendre jalouses.

Toutes les filles poussèrent un « oooooh » d'attendrissement.

- Il faudra que tu nous le présentes ! dit Clare.

- C'est vrai, tu ne l'as jamais emmené au gala de l'Académie, lui reprocha Jordie avec une petite moue.

- Il a du mal avec les soirées mondaines, grimaça Ginny. Mais promis, cette année je l'y traîne par les cheveux !

L'assemblée éclata de rire.

- En tout cas, maintenant, il y a une place chez les Flèches ! annonça fièrement Clare.

- Il paraît qu'ils vont faire une sélection à l'Académie ! précisa Jordie.

Un murmure d'excitation parcourut le petit groupe. Ginny eut un hoquet de surprise. Il lui fallait cette place ! Elle n'était pas la plus douée dans le rôle d'attrapeuse, mais il suffisait qu'un poursuiveur ou une des batteuses des Flèches soit choisie pour remplacer Cho, et elle avait ses chances.

Les élèves de l'Académie pouvaient être sélectionnés dès leur deuxième semestre, auquel cas ils suivaient seulement les cours théoriques et s'entraînaient avec leur club. Ginny débutait sa quatrième année, et si elle avait participé à plusieurs sélections, elle n'avait jamais été prise. La dernière remontait cependant à un an, et elle savait qu'elle avait énormément progressé depuis et faisait désormais partie des dix meilleurs élèves de sa promotion. Ginny sourit : ce poste était à portée de main.

Une petite pointe de culpabilité lui rappela qu'elle profitait de manière éhontée de l'éviction de Cho. Et si elle se faisait prendre, elle aussi ? Sans la protection d'Harry, les gens commenceraient à jaser, comme Jordie l'avait bien prouvé. Que ferait-elle si sa famille l'apprenait de manière aussi abrupte ? Toute la confiance qu'elle venait de construire en élaborant ses projets s'effondra comme un château de cartes.

En passant son tee-shirt, Ginny se promit de ne pas faire la même erreur.

Quand elle débarqua au square Grimmaurd, Kreattur avait déjà préparé le dîner et s'affairait dans le grenier.

L'elfe de maison avait été très difficile à apprivoiser, mais depuis qu'ils avaient réussi à déplacer le tableau de Walburga dans son alcôve, ce dernier ne les insultait plus. Après trois ans, on aurait même pu dire qu'il les tolérait et parfois, il semblait qu'il ne grommelait que pour la forme.

Ginny commença à dîner seule, réfléchissant à comment annoncer la nouvelle à Harry. Elle espérait qu'il accepterait de continuer leur comédie, au moins jusqu'à la sélection, voire plus si elle était prise. Toutefois, son ami avait certainement atteint ses limites. Mais ce n'était qu'un petit effort en plus, non ? Ginny avait bien dit qu'ils finiraient par rompre, il pouvait encore prendre son mal en patience quelques mois encore ?

À moins qu'il ne soit pas le seul à attendre et que quelqu'un espérait qu'il la quitte pour de bon ? Non, il lui en aurait parlé.

De toutes façons, ça ne changeait rien au problème : elle l'utilisait, comme elle avait utilisé Cho pour se valoriser devant ses camarades. Quelle hypocrite elle faisait.

Elle en était là de ses pensées quand la cheminée crépita et qu'Harry apparut, encore en uniforme. Il jeta son sac plus qu'il ne le posa dans l'entrée, se lava les mains dans l'évier de la cuisine et s'affala sur une chaise en face d'elle.

- Dure journée ? demanda-t-elle.

Il hocha la tête et se servit une assiette de gratin.

- Ça a été avec Malfoy ? dit-elle pour lancer la conversation.

Il acquiesça en engloutissant une bouchée.

- Vous ne vous êtes pas entretués ?

- Non. C'était très cordial.

- Cordial ? répéta-t-elle avec un petit rire.

- Il a eu l'air un peu surpris de me voir, puis je lui ai expliqué la situation, et il a accepté de m'aider.

- Incroyable, commenta-t-elle.

- Oui, approuva-t-il avec un léger sourire pensif.

Elle n'osa pas trop relancer la conversation, mais il s'en chargea pour elle.

- Et toi ? Les cours, l'entraînement ?

- J'ai eu une bonne note à mon interro d'arbitrage, commença Ginny.

- Oh, bravo !

- Et, hum, il va y avoir prochainement une sélection pour les Flèches d'Appleby, ajouta-t-elle.

- Génial ! C'est l'équipe de Cho ! s'exclama Harry. Tu vas t'inscrire ?

- Évidemment, mais il y a un problème.

Harry la regarda d'un air interrogateur, l'enjoignant à développer.

- En fait, ils font des sélections parce qu'ils ont viré quelqu'un.

- Qui ? Je suis sûr que c'est Simon Munroe. Il fait trop de fautes et il a raté presque tous ses tirs la saison dernière.

- C'est Cho, coupa Ginny.

- Quoi ? Mais pourquoi ?

- Il y a des photos d'elle qui circulent…

Harry eut une grimace désolée.

- Où elle embrasse une fille à la sortie d'une boîte de nuit, termina Ginny.

- Oh non…soupira Harry. C'est horrible…

Ginny attrapa son regard.

- Je sais que je t'avais dit que je voulais bien rompre…

- Mais ? soupira Harry.

- Mais c'est une opportunité énorme dans ma carrière. Et je ne veux pas la gâcher.

Harry ouvrit la bouche pour protester mais elle reprit :

- Jordie m'a dit qu'elle croyait que j'étais lesbienne avant qu'elle sache que je ne sortais avec toi ! C'est la pire commère ! Si on rompt, et que je fais une erreur, elle va me tomber dessus et ma carrière serait fichue !

- Mais tu n'es pas obligée d'aller chez les Flèches…Tu sais d'avance que ce sera difficile. Tu as déjà la pression d'un sport de haut niveau, ne te rajoute pas ça en plus !

- Parce que tu crois que dans un autre club ce serait différent ? souligna Ginny.

Harry soupira.

- Imagine que mes parents l'apprennent comme ça ! continua-t-elle. J'ai pas le choix, je sais que ce que je te demande est difficile, mais t'es encore célibataire, toujours dans tes études, tu n'auras rien à faire !

- Très bien, céda Harry. On continue.

- Oh, merci ! souffla-t-elle avec soulagement.

Elle se leva et alla le prendre dans ses bras.

- Je suis désolée, mais je ne te le demanderais pas s'il n'y avait pas urgence…

- Je sais, je sais, répondit-il en lui passant une main dans le dos.

- Je te promets que dès que c'est possible, on rompt.

- Hmm.

Elle s'assit à côté de lui, un peu gênée, une main toujours sur son avant-bras dans un geste qui se voulait réconfortant. Elle pouvait voir qu'il serrait la mâchoire.

- Je suis désolée, je…

- Je ne t'en veux pas. Enfin, si, un peu, avoua-t-il. Mais ce n'est pas de ta faute.

- Harry…

- Je ne vais pas te mettre en danger. Je ne suis pas égoïste à ce point, plaisanta-t-il.

Ginny soupira de soulagement.

- Tu sais si Cho va bien ? demanda-t-il.

- Aucune idée.

- Il faudrait peut-être lui envoyer un hibou.

Elle approuvait – pourquoi n'y avait-elle pas pensé ?

Puis, les yeux toujours dans le vague, Harry se leva et déclara qu'il allait prendre une douche.

La journée avait été longue, mais Ginny était beaucoup plus joyeuse quand elle commença son dessert. Son esprit divagua vers les futures sélections, la meilleure stratégie à adopter, et bientôt, sa culpabilité disparut.