Hello, voici votre chapitre mensuel !
Ce semestre est plutôt chargé pour moi, je n'écris pas autant que je le voudrais, donc ce ce rythme mensuel risque de durer encore un peu. J'ai commencé le chapitre 8, il avance doucement, j'ai pas mal de réglages à faire sur l'intrigue policière pour que ce soit à peu près cohérent.
Bonne lecture !
-*3*-
- Suspects-
Le samedi suivant, Harry révisait dans la bibliothèque du square Grimmaurd quand un hibou toqua à la fenêtre. Harry s'arracha à ses devoirs et ouvrit, reconnaissant le messager de Ron et Hermione.
Il lui offrit une friandise pour l'occuper le temps qu'il lisait la missive. En fait d'une véritable lettre, c'était un court message, d'à peine deux lignes.
Je peux passer vers 18h ? Je crois qu'il faut qu'on parle. – H.
Intrigué, il lui renvoya une réponse encore plus courte pour accepter. Le hibou lui échappa presque des mains tant il était pressé.
Il lui resta un peu plus d'une heure pour avancer ses notes sur le traité de démonologie qu'il étudiait. Mais le message d'Hermione le déconcentrait. De quoi voulait-elle parler ? Ce devait être sérieux, si elle voulait lui parler en face à face.
Est-ce qu'elle avait un problème ? Avec son directeur de stage ? Ou avec Ron ?
Harry avait l'impression qu'à chaque fois qu'ils se disputaient, ils faisaient la course pour être le ou la première à venir se réfugier chez lui pour se plaindre de l'autre. Une fois, leurs hiboux s'étaient même battus à sa fenêtre.
Il se hâta de terminer son chapitre, et descendit faire du thé.
Hermione arriva à dix-huit heures pile. D'un coup d'œil, Harry remarqua qu'elle était plutôt détendue. Sa venue n'avait donc a priori rien à voir avec Ron.
- Tu vas bien ? demanda-t-il en lui faisant la bise.
- Super, et toi ? Ginny n'est pas là ? interrogea son amie en déposant son manteau sur le dos d'une chaise.
- Elle devait voir Luna après son entraînement, dit-il d'un ton évasif.
Hermione s'installa à la table de la cuisine, pendant qu'Harry versait du thé dans sa tasse. Il finit par s'asseoir en face d'elle et décida de mettre les pieds dans le plat.
- De quoi voulais-tu me parler ?
- C'est un peu personnel, prévint Hermione.
- D'accord…
- Ce n'est pas à propos de moi. Ne te braque pas ! ajouta-t-elle en le voyant grimacer. Je voulais juste savoir si ça se passait bien avec Ginny en ce moment.
C'était peu de dire qu'il ne s'y attendait pas du tout. Harry essaya de ne pas laisser paraître son trouble.
- Oui, tout va bien…On ne se voit pas tant que ça à cause des études, mais on continue de bien s'entendre…
- C'est juste que j'ai l'impression que vous êtes un peu en froid ces temps-ci, expliqua Hermione.
- Pas du tout.
- En fait, je te sens un peu distant avec elle, insista-t-elle. Chaque fois qu'on vous voit tous les deux, tu as l'air ailleurs.
- J'ai juste beaucoup de choses à penser, se justifia Harry.
- Je ne sais pas, vous n'êtes pas souvent ensemble, et quand vous l'êtes, on dirait pas que vous êtes en couple…énuméra Hermione. L'autre fois, sur le Chemin de Traverse, quand le vendeur l'a draguée, tu n'as même pas réagi !
- Je ne suis pas jaloux, soupira Harry. Je lui fais confiance, et puis, justement, c'est sain de ne pas être jaloux dans un couple !
- Vous dormez séparément, ajouta Hermione en ignorant sa réponse.
- Comment tu sais ça ? tiqua Harry.
- Elle me l'a dit, répliqua-t-elle.
- Écoute, on ne dort pas ensemble parce que quand je fais des cauchemars, des fois ma magie s'emballe et ça peut être dangereux, avoua Harry. On a préféré éviter une catastrophe, je ne voulais pas la blesser sans le vouloir.
Hermione le regarda d'un air dubitatif.
- Une fois, je l'ai réveillée en parlant fourchelang, elle a un peu flippé, et depuis, chacun sa chambre. C'est tout.
Ce qu'il ne précisa pas, c'est que c'était arrivé dans les semaines qui avaient suivi leur emménagement.
- Et puis, c'est quoi cet interrogatoire ? demanda Harry soudainement, laissant transparaître son agacement.
- Tu l'aimes encore ?
Harry s'étouffa avec son thé.
- C'est quoi cette question ? répondit-il, écarlate. Oui, évidemment !
- Je m'inquiète ! J'ai l'impression que vous restez ensemble par obligation, continua Hermione. Enfin, surtout toi. Si tu ne te plais plus avec elle, ce serait mieux d'arrêter. Pour toi comme pour elle.
- Tout va très bien, réitéra-t-il.
Hermione finit par capituler.
- C'est juste que je m'inquiète pour toi, expliqua-t-elle. Mais promets-moi de m'en parler si ça ne va pas, d'accord ?
- Promis, assura-t-il, un peu radouci.
Techniquement, il ne brisait aucunement sa promesse, puisque celle-ci portait sur son bien-être et non sur sa comédie avec Ginny. Néanmoins, il ne put s'empêcher de la maudire pour l'obliger à mentir à sa meilleure amie.
Hermione resta encore un peu, l'invita à passer à la maison, et finit par le laisser réviser après une heure.
Ginny ne revint pas, et Harry en profita pour travailler et écrire une lettre à Cho.
Il ne la croisa que le lendemain, alors qu'il prenait tranquillement son petit-déjeuner. Kreattur avait fait des pancakes absolument divins et Harry avait pratiquement vidé la bouteille de sirop d'érable sur sa pile.
Ginny émergea vers dix heures, complètement abrutie de sommeil, les cheveux dans les yeux, dans un des vieux tee-shirts d'Harry. Elle se tint à la rampe de l'escalier une seconde, semblant réfléchir à ce qu'elle était venue faire ici et finit par s'effondrer sur une chaise. L'elfe de maison, qui nettoyait la vaisselle, leva les yeux au ciel.
- Tu es rentrée tard ?
- Une heure, marmonna Ginny en se servant des pancakes.
Elle se frotta les yeux et se servit une tasse de café.
- On est allées dans un bar moldu, ajouta-t-elle.
Il attendit qu'elle ait bu un peu de café pour lancer le sujet qui le travaillait.
- Hermione est passée hier.
- Cool.
- Je crois qu'elle sait pour nous.
Ginny reposa brutalement sa tasse sur la table comme si elle s'était brûlée et le regarda paniquée.
- Comment ça ? Tu lui as dit ? demanda-t-elle avec agressivité.
- Non ! se défendit Harry. Bien sûr que non !
- Alors comment tu le sais ?
- Elle n'a pas arrêté de me poser des questions très orientées, se justifia Harry. Elle m'a demandé si j'étais heureux avec toi, si je voulais rompre…Puis elle m'a dit que j'avais l'air distant, que je n'étais pas assez jaloux et elle trouve bizarre qu'on dorme pas ensemble. Mais elle pense que tu es toujours amoureuse de moi, j'ai l'impression. Elle a peur que je te fasse du mal.
Ginny pinça les lèvres.
- Je lui ai dit qu'elle se faisait des idées, mais je sais que je ne l'ai pas convaincue.
- C'est parce qu'on n'a pas été assez vigilants, commenta Ginny. Il va falloir que tu t'impliques plus.
Harry soupira.
- Il y a le gala de rentrée de l'Académie dans trois semaines, le 30 septembre. Il faut absolument que tu viennes. Et il faut qu'on soit un peu plus tactiles en public.
- Très bien.
- Les filles te réclament, plaisanta Ginny.
- Génial, soupira-t-il. Quelle excellente nouvelle pour commencer mon dimanche.
Il se hâta d'aller se terrer dans la bibliothèque, regrettant d'avoir partagé les doutes d'Hermione.
Mardi soir, après ses cours, Harry était de nouveau en route pour l'apothicairerie de Malfoy.
L'entretien du jeudi de Phillips avait surtout servi à son superviseur de lui relater ce que ce dernier avait trouvé, du côté de Poudres&Onguents et de Bulles d'Argent. L'entreprise d'Isabella Taylor avait été plus bavarde que celle de Zachary. Bulles d'Argent avait admis qu'Isabella avait travaillé sur le projet d'une potion avec son équipe jusqu'à sa retraite. Le projet était par ailleurs toujours en cours. Il s'agissait d'une potion de jardinage, conçue pour éloigner les gnomes de jardin, les limaces et les parasites de plusieurs plantes magiques. Une telle efficacité requérait des produits dangereux, et faisait des envieux. Pour l'instant, la potion n'était encore qu'au stade du prototype, mais la représentante de Bulles d'Argent avait affirmé que l'espionnage industriel était fréquent.
Phillips pensait donc qu'il s'agissait d'un règlement de comptes. Isabella et Zachary devaient avoir été impliqués dans cette rivalité, soit pour vendre ou acheter des informations, auquel cas ils avaient été tués en représailles, soit en refusant de se mouiller, ce qui avait mêmement provoqué leur assassinat. Il se chargeait de trouver les suspects pendant qu'Harry ne devait s'occuper que de la composition de la potion. Habituellement, Harry n'appréciait pas trop d'être mis sur la touche de cette manière, mais le seul aspect original de cette affaire était justement la potion inconnue, aussi il s'en formalisait pas.
Phillips avait eu un air circonspect quand il avait appris qu'Harry avait choisi Malfoy, mais n'avait fait aucun commentaire.
Harry entra dans la boutique avec un peu d'appréhension. Malfoy se tenait derrière le comptoir, penché sur un cahier. Il leva la tête brièvement, puis se replongea dans ses notes.
- Bonjour, tenta Harry. Ça va ?
Malfoy ne daigna pas répondre. Ça commençait bien.
- J'ai discuté avec mon superviseur, et apparemment, les deux victimes avaient travaillé sur un prototype de potion de jardinage, enchaîna Harry sans se démonter. Est-ce que tu aurais trouvé quelque chose qui pourrait s'apparenter à ça dans leur sang ?
- Non.
- D'accord.
Malfoy eut peut-être un peu pitié de lui, car il lui accorda une précision.
- Il n'y a rien qui puisse s'apparenter à de l'engrais dans les échantillons que tu m'as donné.
- Justement, rectifia Harry avec prudence. Ce ne serait pas de l'engrais, plutôt un pesticide très puissant, pour des gnomes et des parasites magiques.
- Je n'ai pas trouvé de répulsif particulier, soupira Malfoy.
- D'accord, répéta Harry.
Un silence un peu gênant s'installa.
- C'est tout ce que tu avais à me dire ? demanda Malfoy en haussant les sourcils.
- Euh, oui…
- Alors qu'est-ce que tu fais encore là ? lança-t-il sèchement.
Harry cilla, à la fois choqué et vexé.
- Pourquoi es-tu de si mauvaise humeur ? fut la première chose qui lui vint à l'esprit. J'ai fait quelque chose de mal ?
- Le monde ne tourne pas autour de toi, Potter, répliqua Malfoy.
- C'est pourtant à moi que tu t'en prends, répondit Harry. Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Eh bien, si tu veux tout savoir, j'ai encore reçu des menaces de la Flamme ! cracha le potionniste.
Ce nom transforma la vexation d'Harry en colère.
- Je suis désolé, dit-il sincèrement. Tu peux me montrer la lettre ?
- Non, répondit Malfoy. Ce sont toutes des Beuglantes.
- Hum. Et tu peux me dire la fréquence de ces envois ? demanda Harry en sortant son carnet.
Malfoy se figea.
- Qu'est-ce que tu crois faire, là ?
- Je prends des notes, pour pouvoir mener mon enquête, expliqua Harry, confus.
En face de lui, le potionniste eut un rire sans joie.
- À quel moment je t'ai demandé de l'aide, Potter ?
- Aucun, mais c'est mon travail d'assurer ta sécurité et…commença Harry.
Il fut coupé par un reniflement méprisant.
- Ton travail ? Tes collègues n'en ont rien à faire de ma sécurité, alors épargne-moi ça.
- Que ça te plaise ou non, les menaces de mort sont à prendre au sérieux, et je ne…
- Tu vas faire quoi ? Me protéger ? se moqua Malfoy. Tu ne peux pas t'en empêcher, hein ?
Harry laissa tomber l'idée de se défendre.
- Il faut absolument que tu aies une demoiselle en détresse à sauver ? Ça fait partie de ta formation ou tu te crois tellement supérieur à tout le monde que tu te penses indispensable ?
Il rangea son carnet dans sa poche et arrêta les vociférations de Malfoy d'une main.
- Très bien, j'ai compris. Débrouille-toi tout seul, dit-il sèchement. Puis quand la Flamme aura fait exploser ta boutique, tu pourras aller te plaindre à qui veut l'entendre, puisqu'apparemment tu portes toute la misère du monde sur ton dos.
Harry faillit jeter une remarque acerbe sur son père, qui croupissait désormais à Azkaban, mais se retint de justesse.
Malfoy pinçait les lèvres et son regard lançait des éclairs. Harry aurait pu jurer qu'il avait pâli.
- Bonne soirée, conclut-il avec un ton agressif, avant de quitter la boutique.
Son sang bouillait encore alors qu'il remontait tout le Chemin de Traverse pour retrouver les cheminées du Chaudron baveur. Son air orageux assura sa tranquillité, et personne ne vint lui parler.
Il débarqua au square Grimmaurd énervé, et fila immédiatement dans la cuisine se laver les mains et se passer de l'eau sur le visage. Il rejoignit le salon, où il trouva Ginny en pleine discussion avec Luna. Elles le regardèrent avec surprise et inquiétude quand il s'effondra sur un des fauteuils.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Luna.
- Malfoy, répondit Harry avec rage.
Les filles s'entre-regardèrent.
- Malfoy ? répéta Ginny.
- Il m'énerve…ajouta Harry en se prenant la tête entre les mains.
Il resta trois secondes ainsi, la mâchoire tellement crispée qu'on l'aurait cru capable d'aller tuer quelqu'un, puis il se détendit brutalement et redressa la tête.
- Et vous, votre journée ?
- On a reçu les dates des pré-sélections de l'Académie, annonça Ginny. C'est mercredi 21 !
- Oh c'est la semaine prochaine ! souligna Luna.
- Oui, et la sélection des Flèches, ce serait début octobre a priori.
- C'est bien, ça te laisse le temps de t'entraîner, commenta Harry.
- Exactement. Et toi Luna ?
- J'ai fait une interview d'Oksa Petrovna, pour un article sur les nymphes des steppes. C'est la spécialiste mondiale.
Harry et Ginny hochèrent la tête comme s'ils savaient de quoi elle parlait.
- Au fait, j'ai eu des nouvelles de Cho, lança Harry.
- Oh, comment elle va ? s'enquit Ginny.
- Elle se remet, expliqua-t-il. Pour l'instant, elle en profite pour se reposer, mais elle m'a dit qu'elle essaiera d'aller voir d'autres clubs.
Cette nouvelle soulagea un peu Ginny. Si Cho allait bien, et que sa carrière n'était pas définitivement enterrée, alors il n'y avait aucun mal à récupérer sa place. Puis de toutes façons, Ginny n'était même pas encore prise.
- J'aimerais bien l'inviter un de ces quatre, si ça vous tente, proposa Harry.
Luna et Ginny approuvèrent. Puis leur invitée relança la conversation sur la prochaine interview qu'elle aurait avec un spécialiste des créatures de mangrove, ce qui leur tint toute la soirée.
Le lendemain, Harry décida de retourner voir Malfoy après son service. Cette nuit avait été mauvaise, et il culpabilisait un peu de lui avoir mal parlé. Aussi, quand il eut fini de remplir tous ses formulaires administratifs, il se rendit à l'Allée des embrumes, avec un peu plus de nervosité que la dernière fois.
Quand il poussa la porte, Harry vit que l'apothicaire était occupé avec un client. Malfoy releva la tête brusquement, le fixa une seconde peut-être, et reprit la conversation qu'il avait avec l'autre homme. Harry ne se démonta pas et attendit son tour en flânant dans la boutique, essayant d'ignorer les coups d'œil méfiants du client vers son uniforme. Ce dernier finit par partir rapidement, cette fois avec un regard surpris en direction de sa cicatrice.
Malfoy prit une grande inspiration, comme s'il se préparait à avaler une potion particulièrement infecte. Cette pensée fit remonter dans l'esprit d'Harry des souvenirs de Poussos, interrompus brutalement par le ton méprisant du potionniste.
- Potter.
- Malfoy, répondit Harry en essayant de garder son sérieux.
Il ne put s'empêcher de penser que la situation était ridicule.
- Qu'est-ce qui t'amènes ici ? soupira Malfoy.
- Je suis venu te présenter mes excuses.
Malfoy arqua un sourcil.
- Je n'aurais pas dû te parler comme ça, continua Harry. Et je suis désolé d'avoir proposé d'enquêter. Je suppose que c'était une sorte de déformation professionnelle. Je persiste à penser que tu devrais demander de l'aide, ou au moins faire un signalement, mais ça reste ton choix. À Blaise, par exemple, je sais qu'il a déjà eu une ou deux affaires sur la Flamme.
Le potionniste resta silencieux un moment.
- Pourquoi tu t'excuses ? lança-t-il d'un ton méfiant.
- Parce que je pense que je n'aurais pas dû mal te parler, répéta Harry.
- Non, je veux dire, pourquoi tu veux t'excuser ? Quel intérêt ? persista Malfoy.
Harry cilla, confus.
- Eh bien, j'ai vu que je t'avais blessé, et je sais que je vais être amené à te revoir pour mon enquête, donc je préfère rester professionnel avec toi.
Malfoy hocha lentement la tête.
- Donc, hum, excuses acceptées ? reprit Harry.
- Excuses acceptées, répondit Malfoy avec un léger sourire.
Harry eut l'impression que sa poitrine s'allégeait.
- On dirait que tu n'en as pas dormi de la nuit, ricana Malfoy.
- Oh, euh, oui, j'ai passé une mauvaise nuit, répondit Harry gêné. Enfin, pas pour ça, mais, bref.
- Il y a des potions pour ça, plaisanta Malfoy en rangeant distraitement son comptoir.
- Oui, je sais, mais j'ai oublié d'en refaire, avoua Harry. Je l'ai regretté après, mais bon, ce n'est pas grave.
Cette fois, Malfoy le regarda franchement, sans aucune trace de moquerie.
- Des potions de quoi, exactement ?
- Une potion de sommeil le plus souvent, parfois un philtre de paix, mais les effets sont un peu affaiblis maintenant, donc j'évite. Ma psychomage m'a conseillé du laetitium, mais je n'en ai plus.
Harry eut la sensation d'en avoir trop dit.
- Tu prends des antidépresseurs ? demanda Malfoy.
- Oui, rougit Harry. De temps en temps.
- Qu'est-ce qu'il te manque ?
- Hum, je n'ai plus de lavande, plus de mucus de Veracrasse, je crois…réfléchit Harry. En fait, je ne suis pas sûr de ce qu'il me reste.
- Tu les fais toi-même ? reprit Malfoy avec étonnement.
- Oui, on a des cours à l'École, expliqua Harry. Je me débrouille bien avec les potions de sommeil et celles de guérison. Bon, je galère encore avec le laetitium, mais il a les effets souhaités, ça me suffit.
- Oh, c'est…c'est très bien.
- Je me rends compte en le disant à voix haute que c'est un peu triste, dit Harry avec un petit rire gêné.
- Non, pas du tout, assura Malfoy. J'ai encore des potions de sommeil, sur l'étagère là-bas. Je peux te faire du laetitium aussi si tu veux.
Harry en prit deux flacons et revint au comptoir.
- Pour le laetitium, ça me prendra une semaine, dit Malfoy en vérifiant que les deux bouteilles ne fuyaient pas.
- Oh ne t'embête pas avec ça, répondit Harry.
- Potter, c'est mon métier, ricana Malfoy.
Il rougit de nouveau.
- Oui, mais c'est quand même long à préparer, se justifia-t-il.
- Tu as peur que j'essaie de t'empoisonner ? ironisa le potionniste.
- Tu n'oserais pas, rétorqua Harry. Une armada d'Aurors débarqueraient ici pour en découdre.
- Ça ne me fait pas peur.
- Ginny viendrait aussi. Et Hermione.
Malfoy grimaça.
- C'est bien ce que je disais, sourit-il.
- Tu veux quel goût pour ton laetitium ? soupira Malfoy.
- Tu l'aromatises ? demanda Harry. C'est génial, je ne savais même pas que c'était possible.
- Sur certaines potions, ça marche, expliqua Malfoy. Il faut juste que l'arôme soit considéré comme un élément neutre dans l'équilibre. Mais ça ne fonctionne pas avec toutes les familles. J'ai menthe, citron, orange, citrouille.
- Orange, choisit Harry.
Malfoy le nota dans son cahier.
- Je pense que ça sera prêt d'ici jeudi prochain, indiqua-t-il.
- Combien je te dois ? Je repasserai probablement avant pour l'enquête.
- 1 gallion et trois mornilles pour les somnifères. Les échantillons ont été testés, pour l'instant je n'ai rien trouvé qui puisse permettre de trouver la potion d'origine. Ils sont en train de décanter dans une solution de révélation. J'aurai peut-être des nouveaux éléments dans une semaine.
- Très bien, répondit Harry en lui tendant les pièces. Et pour le laetitium ?
- On verra jeudi prochain.
- Ok, parfait. Au revoir !
Harry rangea ses potions dans son sac avec précaution et se dirigea vers la porte. Il sentit le regard de Malfoy peser sur lui.
- Potter ? entendit-il alors qu'il attrapait la poignée.
- Oui ? demanda-t-il en se retournant.
- Excuse-moi pour la dernière fois, dit Malfoy. Je n'aurais pas dû te crier dessus.
Harry cilla.
- Incroyable. Draco Malfoy qui me présente ses excuses.
- Ne gâche pas ce moment, soupira Malfoy sans pouvoir retenir un sourire.
- Excuses acceptées, sourit-il.
En refermant la porte, Harry se sentait beaucoup mieux qu'à son arrivée.
Le jeudi après-midi, habituellement réservé au cours de fabrication de balai, venait de se libérer. Le professeur était absent, et Ginny ne pouvait que l'en remercier. Autant elle comprenait que ce soit important de savoir réparer son balai, autant elle ne voyait pas l'utilité de savoir en fabriquer un quand on était joueur. L'Académie préparait à tous les métiers concernant de près ou de loin le quidditch, aussi certaines matières importantes pouvaient être des options dans d'autres filières.
Ginny avait cru que ce serait une matière facile, mais elle s'était rendue compte qu'elle détestait sculpter le bois. C'était incroyablement frustrant de ne pas réussir à guider son couteau avec aisance, quand elle voyait la lame de sa voisine de table glisser sur le bois comme s'il s'agissait de beurre. Elle espérait pouvoir se rattraper sur la partie sortilège.
Tout cela pour dire que cette après-midi de liberté était plus que bienvenue.
Ginny avait décidé de s'occuper en allant faire des boutiques moldues. Harry l'avait emmenée dans des enseignes de sport, et elle avait adoré. Les vêtements étaient bien plus confortables, avec des couleurs vives, et les chaussures plus souples. Il suffisait ensuite de les ensorceler pour assurer leur résistance, et c'était parfait. Elle aimait aussi cette sensation grisante de partir en expédition, de se déguiser, de changer de monnaie, de vocabulaire.
La boutique était immense, elle couvrait bien deux étages. La première fois, elle avait failli se perdre. Mais aujourd'hui, elle se dirigea facilement vers le rayon de baskets, sans problèmes. Elle en essaya quelques paires, et finit par trouver une paire verte fluo avec des bandes noires.
Ginny alla payer, en essayant de ne pas avoir l'air fascinée par le tapis roulant ou par le petit boîtier qui bipa quand le caissier le passa sur sa boîte à chaussures. Une fois, Harry avait emmené son père et elle dans un supermarché, et Arthur n'avait pas manqué d'attirer l'attention sur eux, bien qu'il se soit retenu d'harceler la caissière sur le fonctionnement de ses outils.
Elle tendit deux billets et quelques pièces, un peu au hasard. Elle rangeait la boîte dans son sac quand elle vit que le caissier regardait une de ses pièces avec suspicion.
Un frisson de panique lui parcourut l'échine alors qu'elle réalisa qu'elle lui avait donné une mornille.
- Oh excusez-moi, je me suis trompée, parvint-elle à articuler.
Elle farfouilla son portefeuille et son sac à la recherche d'un pound, mais elle ne trouvait rien.
- Tenez, entendit-elle à ses côtés.
Elle leva la tête de son sac et tomba nez-à-nez avec Cho Chang.
- C'est de la monnaie péruvienne, dit-elle au caissier.
- Je n'en avais jamais vu, répondit-il.
Ginny eut une moue d'excuse, et sortit du magasin, talonnée par Cho.
- Merci, souffla-t-elle. Je n'arrivais pas à trouver quoi dire.
- Pas de soucis, sourit Cho. Tu viens souvent ici ?
- De temps en temps. J'aime bien, ça change.
Cho approuva.
- Tu t'es coupée les cheveux ? demanda Ginny.
Ils lui arrivaient juste au-dessus des épaules, alors qu'elle se souvenait qu'ils étaient bien plus longs lors du match des Flèches contre les Canons.
- Oui, soupira Cho. J'avais envie de nouveauté.
- Ça te va bien.
Cho sourit de nouveau.
- Merci. Tu as commencé à te préparer pour les sélections ?
- Oh, euh, oui, l'Académie fait une pré-sélection mercredi, dit Ginny avec un léger malaise.
- Ne fais pas cette tête ! pouffa Cho. Je sais très bien qu'ils allaient me remplacer !
- Je ne sais pas, j'ai l'impression que ce n'est pas très honnête.
- Le malheur des uns fait le bonheur des autres, comme on dit, déclara-t-elle. Je trouverais bien un autre club qui m'acceptera.
Ginny l'observa à la dérobée. En apprenant la nouvelle, elle avait imaginé que Cho serait dévastée. Elle l'aurait été à sa place. Mais la jeune femme avait l'air de bien le vivre. Dans l'ensemble, Cho exsudait la confiance en soi, et avec un talent pareil, c'était peu surprenant. Son éviction injuste semblait n'être qu'une anecdote, un incident de carrière.
- Pour l'instant, je me repose un peu, la saison n'a pas encore commencé, les sélections de certains clubs n'auront lieu que début novembre. Ça faisait longtemps que je n'avais pas eu de vacances.
- Je suis contente de voir que tu le prennes bien. Harry s'inquiétait un peu, dit Ginny.
- Oh oui, j'ai reçu sa lettre, ça m'a fait plaisir d'avoir de ses nouvelles, répondit Cho.
- On parlait de toi il n'y a pas longtemps, d'ailleurs, et on aimerait t'inviter à dîner un de ces quatre. Ça te dirait ?
- Oui, bien sûr ! approuva Cho. Pas dans les dix prochains jours, par contre, je vais aller rendre visite à mes parents.
- Oh d'accord, parfait, sourit Ginny. Je t'enverrai un hibou.
Elles échangèrent encore quelques banalités, puis leurs chemins se séparèrent.
Alors que Ginny essayait de nouveau ses chaussures dans sa chambre, elle se fit la réflexion que Cho était beaucoup plus approchable –et beaucoup plus jolie, que dans ses souvenirs.
Le vendredi était toujours un jour un peu pénible. Harry avait l'impression que c'était souvent ce jour-là où de nouvelles affaires tombaient. Les élèves n'avaient cours que tôt le matin et consacrait le reste de leur journée à assister leur tuteur. En soi, il y avait autant de crimes que les autres jours, mais comme c'était la fin de semaine, les référents refourguaient toujours les nouveaux dossiers aux élèves Aurors. Phillips ne dérogeait pas à la règle. Il était souvent débordé et refilait à Harry toutes sortes de dossiers : des broutilles comme un animal de compagnie soudainement possédé (en réalité, il avait juste ingéré une potion périmée) jusqu'aux meurtres crasseux qui le tenaient éveillé toute la nuit. Ce vendredi-là cependant, Phillips ne le convoqua pas pour une nouvelle affaire.
À la sortie du cours de potions, où il avait dû subir quelques plaisanteries douteuses de la part de Blaise, ce qui le poussait à se demander ce que Malfoy avait partagé, Harry trouva une note sur son bureau. Phillips l'enjoignait à prendre un portoloin à onze heures pour Manchester.
À onze heures et une minute, Harry se retrouva dans une petite ruelle du quartier sorcier de Manchester. Il traversa la bruine pour rejoindre une grande rue pleine de commerces, cherchant son superviseur du regard. Il n'eut pas besoin de chercher bien loin : il reconnut les uniformes noirs et bordeaux de deux Aurors. Les deux silhouettes se tenaient devant un bar, La Chouette rouge. Les portes étaient barrées par une grande croix rouge, certainement dessinée par un sort : le lieu avait été témoin d'un meurtre.
Harry s'approcha, et reconnut Phillips qui parlait à une passante. Dès qu'il le vit, Phillips laissa la sorcière à sa collègue et s'approcha de lui.
- Potter. Je pense que je vais vous confier cette affaire, dit-il d'un ton maussade.
Ses sourcils étaient tellement renfrognés qu'ils se rejoignaient presque.
- Toute l'affaire ? répéta Harry, incrédule.
- Je suis débordé, et elle s'avère plus complexe que prévu.
Harry le suivit dans le bar, sautillant presque d'enthousiasme. C'était son premier meurtre !
Sa joie fut brutalement douchée quand il vit le corps étendu au sol.
- Morgan Hawkins, 47 ans, gérant de La Chouette rouge depuis presque trente ans, annonça Phillips.
- Oh, Merlin, souffla Harry.
Morgan était un homme épais et robuste. On l'imaginait aisément s'occuper avec autorité des buveurs agressifs qui avaient l'alcool mauvais, ou plaisanter avec les habitués.
Mais désormais, il gisait sur le carrelage de sa salle, convulsé dans une position bizarre, les yeux blancs, le visage marqué par la douleur et parsemé de petites veines violette sur les tempes.
- On sait s'il a un lien avec Isabella, ou Zachary ? demanda Harry, après avoir repris ses esprits.
- On le sait, oui, rétorqua Phillips. Il n'en a aucun.
Il emmena Harry vers une table, où se trouvait une femme blonde d'une quarantaine d'années, qui fixait le bois devant elle avec un regard vide.
- Olivia Hawkins, sa cousine, présenta Phillips. Elle travaille comme serveuse. C'est elle qui a découvert le… qui a découvert Morgan.
Olivia avait les yeux rouges, et était encore visiblement sous le choc.
- Bonjour Olivia, dit Harry avec douceur. Je m'appelle Harry et je vais vous poser quelques questions. Vous êtes d'accord ?
Elle hocha la tête et le regarda enfin. Ses yeux s'écarquillèrent légèrement de surprise, mais elle ne fit aucun commentaire.
L'entretien se déroula assez bien, Olivia était coopérative malgré son traumatisme. Phillips laissa Harry gérer les questions, prenant des notes de son côté.
Vingt minutes plus tard, ils sortirent de La Chouette rouge.
- Votre avis, Potter ?
- L'espionnage industriel est complètement écarté, résuma Harry. A priori, la victime est clean, mais ça reste à creuser. Les trois n'ont rien à voir entre eux, je pense qu'on peut exclure une vengeance.
- Peut-être pas l'exclure complètement, corrigea Phillips. La mettre de côté, plutôt.
Harry acquiesça.
- Je ne pense pas que ce soit personnel. L'originalité de ces meurtres vient de la potion et du litre de sang prélevé. Peut-être un rituel ? Vampirique ?
- La potion nous en dira plus.
- Je vais demander un nouvel échantillon sanguin aux médicomages, dit Harry. Mais Malfoy m'a prévenu que ses tests sont assez longs.
- Au moins, on est sûrs d'avoir quelque chose, soupira Phillips. Je vous conseille de chercher un peu plus sur le profil de Hawkins, mes dossiers sur Taylor et Webster sont au bureau. On se fera un point tous les vendredis sur votre avancement.
Harry passa donc la journée à enquêter auprès des amis d'Hawkins, ses voisins, les habitués de son bar, bref toutes les personnes qui le connaissaient de près ou de loin. La communauté sorcière de Manchester n'était pas immense, mais cela lui pris bien la journée.
Dans un sens, tant mieux, puisqu'il ne pouvait pas avancer tant que Malfoy n'avait pas obtenu de résultats concluants. Il savait d'avance qu'il allait passer le week-end à lire à tâtons tout ce qu'il pouvait sur les rituels de sang.
Mais quand il put enfin rentrer au square Grimmaurd, il s'aperçut qu'il n'avait rien de concret, rien qui puisse lui assurer d'empêcher un nouveau meurtre.
J'espère que ça vous a plu, hésitez pas à laisser un commentaire. à bientôt :)
