Hello, ça faisait un bail.
Je galère toujours sur le chapitre 8, j'arrive tranquilou aux 40 000 mots et j'en suis même pas à la moitié ! ça va être ma plus longue fic !
Je me tâte à changer le titre, j'en ai trouvé un en latin qui est trop cool !
Bonne lecture !
* Proposition *
La pluie lui dégoulinait dans les cheveux et courait le long de sa colonne vertébrale. Trempée jusqu'aux os, Ginny était perchée sur son Étoile filante à une dizaine de mètres du sol. Elle maudissait les professeurs de l'Académie qui avaient choisi ce jour pour les sélections.
En se levant ce matin et en voyant les lourds nuages noirs qui assombrissaient Londres, elle avait espéré que l'événement soit reporté, ou au moins que le ciel se dégagerait d'ici le soir. Hélas, il avait bruiné toute la journée et les intempéries avaient empiré après son dernier cours de l'après-midi.
Ça n'avait pas empêché Harry, Luna, Fred, George, Ron et Hermione de s'installer sur les gradins humides en soutien. Elle sentait leurs regards sur elle, et ça la motivait à se dépasser.
Les Flèches cherchaient deux batteurs et un poursuiveur, puisque le rôle de Cho avait été repris par un remplaçant. Les règles de cette pré-sélection étaient assez simples : une première session avait eu lieu pour choisir les concurrents au poste de poursuiveur, lors de laquelle les élèves avaient dû faire différents exercices de lancers et de tirs au but. La deuxième session, qui allait débuter d'une minute à l'autre, était pour les batteurs. Une douzaine de Cognards allaient être lâchés sur le terrain, prêts à aller attaquer les élèves.
Un représentant du club était venu assister à la pré-sélection de l'école, bien au chaud dans la loge VIP, mais l'enjeu reposait sur les trois professeurs, anciens joueurs professionnels, qui notaient leur performance. Deux arbitres dirigeaient le jeu, pour éviter des tricheries ou des blessures, et un binôme d'infirmiers étaient là en renfort. Mais celui qui inquiétait Ginny, c'était le troisième arbitre, habillé en vert, qui restait en vol stationnaire près de la loge du jury. Celui-là, un professeur de pédagogie du sport, était mandaté pour recaler les candidats. Si un élève n'était pas à la hauteur des attentes du jury, l'arbitre volait jusqu'à lui et lui demandait de revenir au sol.
Lors de la première phase, une vingtaine d'élèves avaient dû descendre. Ginny faisait partie, à son plus grand soulagement, de la trentaine d'élèves encore en lice pour la sélection des Flèches. Cela ne signifiait aucunement qu'elle était prise cependant : l'Académie ne présenterait que dix élèves pour chaque poste. Ginny espérait être prise dans les deux équipes.
D'un coup de sifflet, le premier arbitre demanda aux élèves de se positionner en échiquier à quinze mètres de hauteur. Puis le binôme passa parmi les candidats pour les aider à se placer, avant de redescendre vers le sol.
Ginny resserra la lanière de son casque et rajusta ses lunettes. Elle aimait beaucoup jouer au poste de batteuse, et si elle n'avait pas peur des Cognards, elle n'avait vraiment pas envie de s'en prendre un, surtout que les préparateurs les avaient particulièrement agités.
Un nouveau coup de sifflet retentit, et les douze Cognards s'échappèrent de leur cage. Les élèves s'écartèrent comme une nuée de corbeaux.
Le début de l'exercice fut assez chaotique. La cinquantaine de candidats volait dans tous les sens, certains se rentraient dedans.
Au coup de sifflet, Ginny voulut prendre de la hauteur, mais fut bousculée par un de ses camarades et se retrouva emmêlée avec d'autres étudiants. Elle fut entrainée dans trois directions différentes en essayant de se dégager. Ses étriers se coincèrent avec les poignées de Jordie Vesper, et les deux filles luttèrent pour se désempêtrer, toujours collées contre une dizaine d'autres élèves. Ginny avait du mal à respirer et se prit plusieurs coups de pieds. Elle comprit qu'elle en donnait aussi à ses camarades en entendant des cris de protestations un peu en dessous d'elle.
Brutalement, sa vision s'éclaircit et la pression qu'elle ressentait sur elle s'allégea. Elle eut à peine le temps de comprendre que trois élèves s'étaient enfuis qu'elle vit un Cognard foncer droit sur elle. Par réflexe, elle ferma les yeux et frappa un grand coup avec sa batte. Elle rouvrit les yeux et vit la balle à cinq mètres d'elle. Le Cognard eut l'air d'hésiter une seconde, et revint à la charge. Jordie, toujours accrochée à son étrier, hurla alors que la balle filait vers elles. Ginny attendit le dernier moment, et se laissa tomber de plusieurs mètres, alors que Jordie choisit de s'élever en chandelle. Elle fut déséquilibrée lorsqu'elle se décoinça, et le Cognard la prit pour cible. Ginny en profita pour filer.
L'épreuve durait quarante-cinq minutes. Au bout d'un quart d'heure, l'arbitre vert avait déjà écrémé une quinzaine de candidats. Après une demi-heure d'exercice, ils n'étaient plus que vingt sur le terrain.
Si au début du jeu, l'abondance d'élèves permettait d'éviter les attaques des Cognards, désormais, il y en avait presque un pour deux candidats. Ginny préférait ça à la cohue du début. Au moins, elle pouvait pleinement montrer ses talents sans risquer de fracasser le crâne d'un de ses camarades. De plus, sa vue était dégagée, et elle pouvait mieux anticiper les mouvements des Cognards. Elle enchaînait les feintes et les roulades –merci la voltige, et ses coups de batte renvoyaient les Cognards à l'autre bout du terrain.
Quand enfin, les arbitres sifflèrent la fin de la partie et rappelèrent tous les Cognards, Ginny était exténuée, mais heureuse. Elle glissa doucement vers les tribunes, où son petit groupe de supporters l'applaudissait déjà.
Elle ralentit jusqu'à Harry, avant de se pencher vers lui et de l'embrasser. Il se coula contre ses lèvres avec naturel. La gêne des débuts avait disparu depuis longtemps tellement ils avaient l'habitude de jouer la comédie. Elle entendit les jumeaux les siffler, et finit par descendre de son balai pour saluer tout le monde. Ils la félicitèrent tous, impressionnés par sa technique.
En redescendant sur le terrain pour écouter le débrief, Ginny était assez confiante. Elle était restée parmi les derniers et elle s'était bien débrouillée pendant la deuxième partie. Les résultats ne seraient annoncés qu'après une semaine au moins, mais elle n'en avait cure. Elle était absolument éreintée.
Une fois dans les vestiaires, les cheveux enroulés dans une serviette après la douche, Jordie Vesper vint lui parler. Elle avait l'air épuisée. Elle s'était fait sortir sur l'épreuve des batteurs, mais avait été plutôt bonne dans celle des poursuiveurs. Ginny se contenta de sourire et d'acquiescer à chacune de ses remarques, en particulier quand elle se mit à disserter sur Harry et leur vie de couple idyllique, rapidement rejointe par quelques filles. Ginny jubilait et en rajouta sur leur bonheur conjugal, histoire de bien leur faire oublier leurs doutes.
En résumé, c'était plutôt une bonne journée.
La pleine lune tombait le vendredi soir. Ginny et Harry étaient donc de garde pour s'occuper de Teddy, pendant que Remus passait la nuit dans une petite maison près d'une forêt galloise. Il avait toujours la potion Tue-Loup, mais préférait être prudent et s'éloigner de potentielles victimes.
Remus vivait au Sud de Londres, où il tenait une librairie. La boutique qui donnait sur la rue était consacrée aux ouvrages moldus. Une petite porte mauve avec un écriteau « Privé » conduisait à la salle de lecture sorcière, un peu plus petite, à l'ambiance chaleureuse. À l'étage, il y avait l'appartement de Remus. C'était là que Harry et Ginny passaient leurs soirées de pleine lune. Souvent, ils descendaient lire des histoires à Teddy dans la librairie sorcière, où de grands canapés aidaient le petit à s'endormir.
Ce jour-là, Ron, qui aidait Remus à tenir la boutique, avait emmené Teddy à la piscine pour garantir à sa sœur et son meilleur ami une soirée tranquille. C'était réussi : le gamin peinait à garder les yeux ouverts, et à huit heures et demie, dormait déjà à poings fermés.
La soirée s'annonçait donc plutôt calme. Ginny lisait tranquillement dans le salon, et Harry descendit dans la salle de lecture pour réviser et profiter des livres de Défenses de Remus.
Vers vingt-deux heures cependant, Ginny descendit, les cheveux ébouriffés, un peu agacée, tenant à bout de bras un hibou qui gardait précieusement une lettre entre ses serres.
- Tu as du courrier, grommela-t-elle. Le bestiau n'a pas voulu me laisser approcher de sa lettre.
- À cette heure-ci ? reprit Harry.
Le hibou sauta sur sa table de travail et lâcha le mot, avant de se poser sur un perchoir et de becqueter les friandises laissées là.
- Je ne pense pas que ce soit Remus, souligna Ginny. Sinon ce satané piaf ne m'aurait pas attaquée comme ça.
- Il t'a attaquée ? répéta Harry. Ça va ?
- Ne t'inquiète pas, c'était que des battements d'ailes, répondit-elle en haussant les épaules. Alors, qui c'est ?
Harry parcourut le mot, qui ne faisait pas trois lignes, et lâcha :
- C'est, hum, c'est Draco.
Ginny cilla.
- C'est Draco ? répéta-t-elle.
- Oui ? Il demande s'il…
- Parce que c'est Draco, maintenant ? ricana Ginny.
Harry décida de l'ignorer.
- Il a trouvé un ingrédient important ! sourit-il. Hum, ça te dérange si je lui dis de passer ? Il dit qu'il préfère m'en parler en face, parce que c'est un peu compliqué.
- Non, bien sûr. Aucun problème. S'il préfère t'en parler en face. En pleine nuit.
- Il n'est même pas onze heures ! se défendit Harry.
- Oui, c'est ça. Envoie-lui l'adresse, rétorqua Ginny. Mais restez en bas, il ne faut pas réveiller Teddy.
Harry choisit de ne pas voir son sourire moqueur et inscrivit l'adresse de la librairie au dos du papier. Il le donna au hibou, puis l'emmena à la fenêtre. Le volatile ne demanda pas son reste et fila dans la nuit.
Quinze minutes plus tard, la cheminée de la boutique crépita et Malfoy en sortit, une sacoche lourdement remplie sous le bras. Il sortit du foyer avec prudence, observant sans gêne ses environs.
- Tu habites ici ? demanda-t-il d'emblée.
- Oh non, c'est la librairie de Remus, expliqua Harry, ne sachant trop comment réagir.
- C'est accueillant, commenta Malfoy d'un ton neutre.
- On vient garder Teddy pendant la pleine lune, ajouta Harry. Je sais pas si tu l'as déjà rencontré…enfin, là, il dort.
Un silence s'installa parmi eux.
- Donc, tu as obtenu des résultats satisfaisants ? enchaîna Harry.
- Oui ! répondit le potionniste en sortant un dossier de son sac.
Harry se leva et débarrassa ses affaires de la table de travail, puis invita Malfoy à s'asseoir. Ce dernier s'exécuta et étala ses documents, pendant qu'Harry sortit son carnet pour prendre des notes.
- Je n'ai pas encore tous les ingrédients, prévint Malfoy. Il doit m'en manquer un ou deux, je dirais. Mais j'ai déjà une bonne idée de la composition, même si les proportions sont encore un peu floues. J'ai fait plusieurs manipulations un peu délicates, donc ça peut aussi contribuer à des erreurs.
- C'est déjà énorme, assura Harry. La potion est le seul élément qui lie les trois victimes.
Malfoy haussa les sourcils, puis lui tendit un papier.
- Donc, ta potion mystérieuse est composée de venin de serpent, je ne sais pas encore lequel, mais il est puissant, de carapaces de scarabée, d'ailes de sauterelles, d'humeur aqueuse de sirène des marais…énuméra Malfoy. Voilà pour les composants primaires. Il y en a possiblement un autre, en très petite quantité.
- Ça ne m'évoque absolument rien, soupira Harry.
- Moi non plus, précisa Malfoy. Je connais ces ingrédients évidemment, certains sont assez rares, mais je ne les ai jamais vus tous ensembles. Le plus intéressant cependant, ce sont les deux composants secondaires.
- Dis-moi.
- Déjà, il y a des perles de ciel. Tu sais ce que c'est ?
- Ça me dit vaguement quelque chose…ça vient plutôt des pays chauds, non ? tenta Harry.
- Exactement ! C'est fait à partir de plumes de vautour, de sang d'hippogriffe, de moelle de lion ailé et surtout de poudre de soleil. Ça vient d'une plante impossible à trouver à l'état sauvage en Angleterre, expliqua le potionniste.
- Mais c'est possible ? Dans une serre par exemple ? demanda Harry.
- Oui, mais c'est assez compliqué, réfléchit Malfoy. C'est une plante fragile et exigeante, pour la cultiver, il faudrait beaucoup de temps et d'implication. Il n'y a pas de culture en Angleterre, ou alors chez des amateurs, auquel cas ce n'est pas répertorié. Je fais venir la mienne du Maroc et de Grèce.
- Donc la personne aurait pu l'acheter chez un apothicaire ? reprit Harry.
- Possible, admit Malfoy. Mais ce n'est pas une poudre marocaine ou grecque comme on en trouve dans le commerce. J'ai pensé à l'Égypte, parce que c'est du très haut de gamme, mais ça ne colle pas. Et puis, ça ne se trouve pas partout, c'est un produit plutôt rare.
- Mais de toute façon, c'est l'origine des perles de ciel qui nous intéresse ici, reprit Harry. C'est suffisamment rare pour être remarqué.
- Justement, ton tueur a fait les perles de ciel lui-même.
Malfoy eut une expression qu'on aurait pu qualifier de sourire. Harry en fut assez surpris.
- C'est assez impressionnant, je dois dire. Elles sont remarquablement bien faites. Et la magie contenue dans les perles est la même que celle de la potion entière, il n'y a pas de doute possible.
Dans sa voix transparaissait une admiration toute professionnelle qui amusa Harry. Il se retint de sourire.
- C'est le deuxième composant secondaire qui apporte plus de réponses, reprit Malfoy.
- Qu'est-ce que c'est ?
- De la Terre miraculeuse, annonça-t-il.
Harry leva la tête, surpris.
- C'est un produit rarissime, non ?
- Oui, ce qui nous permet de le tracer ! dit Malfoy. Chaque Terre miraculeuse est propre à un lieu, ou à un pays.
- Et celle-ci vient d'où ?
- De Rome. De la boutique Padovesi, pour être précis.
- Tu as pu voir ça dans un échantillon de sang ? demanda Harry, impressionné.
- Potter, c'est la seule famille romaine qui en fabrique depuis des générations, se moqua gentiment Malfoy.
- Quand même, tu as trouvé que la Terre venait de Rome, se rattrapa Harry.
- Chaque fabricant de Terre miraculeuse a un composant particulier, une signature, expliqua le potionniste. Justement pour que la Terre puisse être retracée. Une sorte de brevet.
Il se saisit d'une minuscule fiole dans lequel on pouvait voir un fond de liquide cuivré. Il l'agita délicatement devant les yeux d'Harry.
- Normalement, c'est solide, mais c'est tout ce que j'ai pu extraire du sang d'Isabella.
Il y en avait effectivement très peu.
- Je peux t'emprunter tes échantillons ? Je montrerai tout ça à Phillips lundi. Je pense qu'il faudra aller voir un de ces Padovesi.
- Oui, je les ai étiquetés, dit Malfoy en désignant les fioles.
- Parfait.
Maintenant qu'ils n'étaient plus empêtrés dans la composition de la potion, ils ne savaient plus vraiment quoi se dire. Harry n'avait pourtant pas spécialement envie que Malfoy ne s'en aille et de se replonger dans ses livres de Défenses.
- Tout se passe bien ?
Harry se tourna brusquement vers les escaliers, où Ginny se tenait, appuyée contre le chambranle de la porte.
- Hum, oui, j'allais partir, dit Malfoy en rassemblant ses affaires.
Il sembla à Harry qu'il évitait sciemment son regard. Est-ce qu'il l'avait encore vexé ?
- Alors ça avance, l'enquête ? demanda Ginny, insensible au malaise qui régnait dans la pièce.
- Oui, plutôt bien grâce à lui, répondit Harry en désignant son invité du menton.
Malfoy l'ignora, se leva et referma son sac. Sa précipitation donnait l'impression qu'il fuyait.
- J'étais étonnée que tu contactes Harry aussi tard, déclara Ginny.
Malfoy se tourna vers elle, intrigué. Derrière lui, Harry faisait les gros yeux à son amie. Ne voyait-elle pas qu'il ne cherchait qu'à partir le plus vite possible ?
- Tu travailles même le vendredi soir ? insista-t-elle en l'ignorant royalement. Tu ne préfères pas voir tes amis, ou rester chez toi te reposer ?
Elle dut se rendre compte de ce que ça insinuait, et prévint :
- C'est une vraie question, je n'essaie pas de t'insulter !
- Eh bien, c'est un sujet important, et il m'arrive de ne pas voir les heures passer, expliqua Malfoy.
- Pense bien à les facturer au Ministère, conseilla Harry.
Malfoy le fixa un instant et eut un léger sourire.
- Bien sûr. Bonne soirée, Potter.
Puis, se tournant vers Ginny :
- Weasley.
Et il transplana.
- « Bonne soirée, Potter », singea Ginny en prenant une voix grave.
L'intéressé poussa un long soupir.
- En revanche, je suis impressionnée, déclara-t-elle. Il ne m'a même pas insultée. On dirait que l'après-guerre l'a adouci.
- Sûrement.
- Je comprends mieux ce que tu lui trouves.
- Je ne lui trouve rien du tout ! siffla Harry, au quart de tour.
Il lui lança un crayon à papier avant qu'elle ne puisse répliquer. Ginny monta les bras devant son visage, mais ça n'empêcha pas le crayon de rebondir sur son front.
- Je comprends mieux pourquoi tu ne joues pas attrapeuse.
Ginny lui fit une grimace, et à son plus grand soulagement, ne reparla pas de Malfoy.
Harry commença sa semaine par un entretien avec un vampire.
Le vampire en question était l'exacte idée qu'on se faisait d'un vampire : un jeune homme pâle, brun, avec de lourdes cernes, des canines qui dépassaient un peu sur sa lèvre inférieure, un accent de l'Est. Dans ce cas-précis, il s'agissait d'un léger accent russe.
Vladimierz Uvarov avait près de 300 ans, on racontait que dans ses jeunes années, il avait été pirate. Il occupait sa longue vie en tant que consultant pour le Ministère.
Vladimierz était plutôt discret, répondait aux questions sans ambiguïté, et contrairement à d'autres de son espèce, ne cultivait pas le mystère autour de sa condition avec moult effets dramatiques. Harry l'appréciait beaucoup.
Ce jour-là, l'énigme que lui posait l'apprenti Auror avait semblé beaucoup l'intéresser.
Mais le vampire était formel : si c'était le poison qui avait entraîné la mort, et non l'hémorragie, il était peu probable qu'il s'agisse d'un de ses comparses. Quand Harry lui avait appris que le sang était pollué par de la Terre miraculeuse, Vladimierz avait grimacé. Impossible qu'un vampire ne consomme sciemment du sang souillé de cette manière.
- Mais s'il ne le boit pas ? Si c'est pour un rituel vampirique ?
- Les rituels vampiriques nécessitent rarement du sang transformé. En revanche, rien ne nous dit qu'il ne s'agisse pas d'un rituel sorcier, auquel cas ça peut être un vampire, certes, mais ça peut être n'importe qui.
Harry soupira.
- Génial. Je n'ai donc aucun suspect.
- Désolé, grimaça Vladimierz.
- Oh ne vous excusez pas, se reprit Harry. Je préfère ça que de persévérer dans une impasse et finir par mettre un innocent en prison.
Vladimierz offrit de l'aider si jamais il en avait besoin, et Harry prit congé. Il avait rendez-vous avec Phillips pour organiser sa visite en Italie.
Il devait être seize heures quand Ginny débarqua dans la cheminée de Luna. Elle sortait tout juste de son cours d'arbitrage, et celui-ci lui avait filé la migraine. Le professeur était soporifique, elle regrettait immensément celle qu'elle avait eu au semestre précédent.
Une douce odeur s'échappait de la cuisine. Elle s'y faufila et vit Luna sortir un plateau du four.
- Hello…Tu prépares quoi ?
- Des cookies ! sourit Luna.
Le cœur de Ginny se réchauffa instantanément.
Quelques minutes plus tard, les deux jeunes femmes étaient confortablement installées sur le canapé, une large assiette de cookies encore chauds entre elles.
- Alors ? Ta semaine ?
- J'ai pu écrire mon article sur les koumens de Colombie ! Il sera publié dans deux semaines, je pense. Et toi ? Tu as l'air préoccupée.
Ginny grimaça.
- Je stresse un peu pour les résultats de la sélection. Et puis, le bal de l'Académie approche.
- Tu n'as pas envie d'y aller ? interrogea Luna.
- Pas vraiment, non. Et Harry non plus.
- Alors, n'y allez pas ! répondit-elle en mordant dans un cookie.
Son invitée soupira. Si seulement c'était si simple.
- J'ai déjà promis aux filles de ma promo d'y aller…
Elle rejeta la tête en arrière.
- Certaines sont vraiment insupportables. Elles sont en boucle sur Cho, alors qu'elles n'ont pas le quart de son talent.
- Comment ça ?
- Elles sont terriblement homophobes et elles passent pas une journée sans rappeler à quel point Cho les dégoute.
Luna grimaça à son tour.
- T'es vraiment obligée d'aller à ce bal ?
- Un peu. Il faut que je m'intègre à leur groupe.
- Pourquoi ? Elles ont pas l'air d'en valoir le coup, remarqua Luna.
Ginny poussa un long soupir. Comment expliquer ?
- Il faut que j'y sois. Je ne veux pas être exclue.
Luna la fixa d'un air dubitatif. Pendant une seconde, Ginny crut qu'elle allait dire quelque chose, mais elle se ravisa et laissa tomber le sujet, à son plus grand soulagement.
Le soir, après son cours de duel, Harry se dépêcha de rejoindre l'Allée des Embrumes. La journée avait été longue et il avait hâte de relater à Draco ce que Phillips lui avait dit le matin même. Enfin, il n'avait pas réellement hâte, mais il avait des nouvelles importantes à lui annoncer. Et il espérait qu'elles lui feront plaisir.
Sa déception fut grande quand il vit que la boutique était fermée. Il jeta un œil à sa montre et pesta. Il était vingt heures. Évidemment que la boutique était fermée.
Harry se mordit la lèvre. Est-ce que ça valait le coup d'attendre le lendemain ? Il pourrait aussi envoyer un hibou… mais cette option ne le tentait guère. Il reviendrait demain. Peut-être s'il venait le matin, juste avant le cours de droit ?
- Tu comptes rester planté là encore longtemps ? demanda une voix qui le fit sursauter.
Harry se retourna et vit Malfoy, un sac de courses dans une main, ses clés dans l'autre, un air interrogatif et légèrement moqueur sur le visage. Harry, un brin penaud, le laissa passer pour ouvrir la porte. Malfoy s'engouffra dans la boutique.
- Je voulais te parler, dit Harry en hésitant sur le seuil. Mais je peux repasser demain si je te dérange.
- Non, non, dis-moi, répondit Malfoy en ouvrant la porte derrière le comptoir.
Harry referma la porte d'entrée derrière lui et s'approcha.
- J'arrive dans deux minutes.
Maintenant qu'il était entré, Harry était un peu nerveux. Ça se trouve, il avait complètement mal interprété, et Draco allait rejeter sa proposition.
Ce dernier arriva enfin, et s'installa au comptoir. Harry reprit rapidement ses esprits.
- J'ai parlé à Phillips de tes découvertes, commença-t-il. D'après lui, elles sont plutôt prometteuses.
Malfoy haussa un sourcil.
- Il envisage de te recruter comme consultant en potion, lâcha Harry. C'est basiquement ce que tu fais déjà, mais on pourrait t'appeler pour d'autres affaires.
- Et il a proposé ça de lui-même ? renifla Malfoy.
- En quelque sorte, éluda Harry. Ce qui nous mène à la deuxième chose que je voulais te demander.
- Je n'ai pas dit oui à la première.
- Je sais. En fait, je voudrais aller voir la boutique des Padovesi pour déterminer une liste de suspects.
Il vit que le potionniste était intéressé à la manière dont il se pencha subtilement vers lui.
- Et je me demandais si, hum…
Harry chercha comment tourner sa phrase, en évitant de vexer Malfoy ou de s'essuyer un refus.
- Si tu pouvais m'accompagner ? acheva-t-il.
Malfoy se redressa, comme s'il s'était brûlé.
- Je veux dire, c'est toi l'expert, ça sert à rien que j'y aille si je suis incapable de comprendre ce qu'on me dit.
Harry se sentit bête. En face de lui, Malfoy évitait son regard. Il avait l'air de réfléchir. C'était peut-être bon signe ?
- Je peux tout à fait comprendre que tu n'aies pas envie de venir, de laisser ta boutique, et même de te mêler officiellement des affaires du Ministère, tempéra Harry. En tout cas, si c'est juste financier, tu seras dédommagé de tes jours de travail manqués.
- Le Ministère te laisserait partir à l'étranger avec un ancien Mangemort ? coupa Malfoy.
Harry rougit. Évidemment, Phillips l'avait évoqué, mais d'un ton plus incrédule que véritablement méfiant.
- Tu as été blanchi, souligna Harry.
- Grâce à ton témoignage, précisa Malfoy.
- Je ne vois pas ce que cela change ?
Malfoy eut un ricanement bref.
- C'est une coïncidence un peu grosse, non ? Tes collègues vont s'imaginer que je t'ai manipulé et que je vais profiter du voyage pour venger Tu-Sais-Qui.
- Peut-être, rétorqua Harry. Mais on sait tous les deux que ce n'est pas vrai, alors je ne vois pas le problème.
Malfoy le fixa un instant.
- De toutes façons, mes collègues adorent parler dans mon dos, continua-t-il. Ça fait longtemps que je n'y fais plus attention.
Harry laissa un petit silence s'installer, mais vit que Draco ne comptait pas répondre.
- En revanche, je vais vraiment avoir besoin de toi là-bas. Donc si tu ne viens pas, tu pourrais me faire un point plus complet sur la Terre miraculeuse ? Je ne vais pas pouvoir m'en sortir sinon.
- Je viens, coupa Draco.
Harry en glapit presque de surprise.
- C'est vrai ? Oh c'est génial, merci beaucoup !
Il crut voit l'ombre d'un sourire sur les lèvres de Draco, mais il était trop enthousiaste pour s'attarder dessus.
- Alors ! On partirait lundi prochain, le soir, avec un Portoloin, et on reviendrait vendredi après-midi. Le Ministère nous trouvera un hôtel d'ici là, et un correspondant italien nous accueillera sur place et nous guidera dans nos recherches. Ça te va ?
- C'est très bien, répondit Draco avec plus de calme.
- Du coup, c'est tout ce que j'avais à te dire…Réfléchis sur la proposition, pour être consultant, tout ça ! conclut Harry en passant son sac sur son épaule.
Il le salua une dernière fois et sortit de la boutique, avant de se diriger vers les cheminées du Chaudron baveur. Il était sur un petit nuage.
Je vous retrouve fin décembre ! à bientôt :)
