Bonjour, j'espère que cette fin d'année 2021 vous est agréable.

J'ai changé le titre, et le nouveau "Scias id non abire, quamvis te occultes" signifie "Sache que même si tu le caches, ça ne s'en va pas". Alors, ça vient d'une cover en latin de Little Dark Age de MGMT, qui est en anglais à la base, donc si y a une erreur de traduction, c'est pas ma faute. ça fait évidemment référence au petit secret de Ginny et de Harry. L'ancien "De sang et de sel" faisait référence à un autre élément de l'histoire, dont vous avez déjà découvert une partie.

J'avance leeentement sur le chapitre 8, mais j'en vois le bout ! Je sais que c'est relou d'attendre un mois entre chaque, mais je ne peux pas trop faire autrement, j'ai pas assez de contenu pour être plus régulière.

J'espère que ce chapitre vous plaira :)


-*5*-

-Quelques rapprochement timides-

Harry serra la mâchoire, nerveux. Le petit manoir qui se dressait devant lui paraissait bondé. Le bruit de la fête parvenait étouffé à travers les fenêtres. Ginny, à son côté, n'en menait pas large non plus.

- Il est peut-être temps d'entrer, non ? tenta-t-elle.

- La soirée a déjà bien commencé, déplora-t-il.

- C'est qu'un mauvais moment à passer, le rassura Ginny. Je te demande juste deux heures, d'accord ? Dis-toi qu'à vingt-deux heures trente maximum, on est partis.

- Je resterais le temps qu'il faudra, ne t'inquiète pas pour ça.

Ils se sourirent, et la main de Harry vint trouver la sienne. Ce n'était pas pour convaincre qui que ce soit. C'était un geste rassurant, un pacte, un encouragement pour les heures à venir, une alliance avant d'affronter l'arène. Ils ne pouvaient hélas pas rester éternellement dans la nuit, et après une dernière inspiration, montèrent les marches pour entrer dans l'Académie.

Le couple fut immédiatement enveloppé par la chaleur de la bâtisse. La fête battait son plein depuis quelques temps déjà et depuis le vestibule ils entendaient les rires et les clameurs des convives. Ginny guida son ami vers la salle de bal, où se déroulait le gros des festivités. En chemin, ils croisèrent quelques personnes, un peu ivres, qui, à leur plus grand soulagement, les laissèrent tranquilles.

Enfin, ils arrivèrent dans la salle de bal. Les doubles portes étaient grandes ouvertes, et la fête débordait dans le couloir et les escaliers.

- Tu as cours ici ? demanda Harry.

- Non, en haut ce sont les bureaux du directeur et l'administration. Mes cours sont dans le bâtiment en bas du parc, juste en face du stade.

Les étudiants étaient tous sur leur 31. La foule formait un patchwork de robes colorées et scintillantes. Harry avait opté pour un costume bleu nuit, par-dessus lequel il avait passé une longue cape de la même couleur, ce qui faisait qu'à première vue, on ne savait dire s'il avait choisi une tenue moldue ou sorcière. Ginny, elle, s'était parée d'une longue robe cuivrée, tellement fluide que le tissu semblait danser dans son sillage. Elle avait orné son décolleté d'un ras-du-cou en pierres noires qui ruisselait sur ses clavicules.

Leur arrivée fut plutôt discrète, ce qui ne les dérangeait guère. Ginny chercha dans la foule quelqu'un à présenter, histoire de paraître occupée sans avoir à subir une conversation pénible.

- Tu vois le grand blond, là-bas ? C'est mon professeur d'arbitrage, dit-elle en pointant l'intéressé du doigt.

- Harry Potter ?

Le jeune homme grimaça. Ça commençait. Il se retourna vers l'origine de la voix avec un grand sourire.

- Bonsoir, dit-il.

- Bonsoir, répondit Jordie Vesper, des étoiles pleins les yeux.

Elle ne quittait pas Harry du regard, un sourire légèrement béat plaqué aux lèvres. Ginny retint une moue moqueuse et s'avança vers elle.

- Jordie ! Comment vas-tu ? demanda-t-elle avec une voix perchée.

- Ginny ! Je t'ai aperçue au loin quand j'ai vu ton cavalier, répliqua la blonde.

- J'ai réussi à le faire venir, se félicita-t-elle. Ce n'était pas si facile, il adore déprimer tout seul à la maison.

Harry eut un sourire crispé mais ne rebondit pas.

- Ça fait tellement longtemps qu'elle nous promet de te ramener !

- Eh bien, c'est chose faite, répondit gauchement Harry.

D'autres filles durent le remarquer puisque soudainement Harry se retrouva au centre d'un petit attroupement d'étudiantes. Ginny savait qu'il détestait cela, et le regard de pure détresse qu'il lui lança la convainquit d'aller chercher de l'aide.

Elle essayait d'alpaguer le professeur d'arbitrage quand elle tomba nez à nez avec un visage connu.

- Ginny Weasley ?

Devant elle, les yeux écarquillés de surprise, se tenait Olivier Dubois. Il avait l'air sincèrement heureux de la voir et elle décida de sauter sur l'occasion.

- J'ai besoin de toi pour une mission de la plus haute importance, dit-elle.

Olivier fronça les sourcils.

- Dis-moi tout.

- Elle s'appelle « Sauver ton attrapeur préféré d'une horde d'étudiantes en chaleur ».

Un sourire ravi s'alluma sur le visage de son ancien capitaine et Ginny le mena vers l'attroupement. Elle arrivait au bon moment puisque Jordie Vesper avait commencé à faire voleter sa main vers les cheveux d'Harry alors que Clare Ruthwood et Mary Trepte enlevaient des peluches imaginaires sur son costume. Le jeune homme tentait de répondre à leurs questions invasives avec un grand sourire tout en esquivant leurs mains baladeuses avec politesse. Le soulagement inonda son visage quand il aperçut Ginny et Dubois.

Ce dernier fendit la foule, se glissa derrière Harry, posa ses mains sur ses épaules et déclara d'un sourire éclatant :

- Je suis désolé, mesdames, je vous l'emprunte une minute !

Olivier le guida à travers la salle de bal jusqu'à l'emmener dehors. Ils se retrouvèrent tous les trois sur une terrasse couverte de graviers.

- Merci, souffla Harry. Elles étaient beaucoup trop nombreuses, et beaucoup trop près.

- Pas de problème !

- Ça fait combien de temps qu'on ne t'a pas vu ? lança Ginny.

- On s'est croisé à la dernière journée de commémoration, il me semble.

- Tu as quitté l'équipe de Flaquemare depuis ?

- Je vais tenter ma chance chez les Faucons d'Autriche, ils ont un très bon niveau depuis que leur ancien entraîneur a été remplacé.

La conversation roula doucement. Ginny se vit offrir quelques conseils sur ses futurs choix de carrière.

Le couple se montra encore un peu dans la salle de bal et alla saluer quelques professeurs, en évitant soigneusement la bande de Jordie Vesper. Ils finirent par rentrer un peu avant vingt-trois heures, comme prévu.


Les réverbères s'éclairèrent soudainement, ce qui surprit un peu Harry, habitué à la pénombre de ce dimanche soir. Il s'arracha à la contemplation du square et s'efforça de se concentrer sur sa fiche sur les runes et sigils de protection. Il en connaissait quelques-uns de base, qu'il avait reproduit un peu partout dans la maison : sous les lits, sur les portes, au fond des placards… Bien que l'endroit soit surprotégé, Harry préférait qu'il y ait la trace de ses défenses en plus de celle de la dynastie Black. Il en ajouterait des plus complexes quand il les aurait suffisamment maîtrisés. Mais pour l'instant, les dessins sur sa fiche Bristol lui donnaient mal à la tête.

- Tu en penses quoi ?

Il tourna la tête vers l'embrasure de la porte, pour voir Ginny, qui posait avec un air interrogatif.

Elle avait passé une chemise ivoire, avec un pantalon taille haute bordeaux. Ses lèvres étaient d'un brun mat, et elle s'était légèrement doré les paupières.

- Tu es très belle, assura Harry. Très bon choix de couleurs.

- Merci. Tu devrais te changer, elle va arriver d'une minute à l'autre !

- Déjà ?

Un coup d'œil à sa montre lui confirma qu'il était effectivement dix-neuf heures passées. À l'instant où il jurait, il entendit la cheminée du rez-de-chaussée s'activer.

- Va l'accueillir pendant que je mets quelque chose de présentable.

Il l'entendit dévaler les escaliers quatre à quatre et la voix de Cho s'éleva à travers la cage d'escaliers.

Cinq minutes plus tard, il retrouvait ses deux amies dans le salon, en train de siroter une Bièraubeurre.

Cho se leva à sa rencontre et ils se firent la bise avant de se réinstaller dans le canapé.

- Ça va ? Tu as pu aller voir tes parents ?

- Oui ! C'était sympa, ça faisait longtemps que j'étais pas restée chez eux plusieurs jours. C'était reposant.

Ginny osa mettre les pieds dans le plat.

- Ils sont au courant ? Pour… ?

- Pour les raisons de mon éviction ? Oui, ça ne les dérange pas. Enfin, si, ça les dérange. Ma mère voulait débarquer au centre de formation des Flèches pour changer mon coach en blatte. J'ai pu l'en dissuader.

- C'est bien qu'ils te soutiennent, dit Harry, soulagé.

- Oui c'est déjà ça de moins à gérer, acquiesça la jeune femme. Je me suis inscrite pour les sélections des Harpies, des Canons et de Flaquemare.

- Tu pourrais essayer d'autres pays aussi !

- Oui, si l'Angleterre veut vraiment pas de moi, plaisanta Cho. Ça me tenterait bien de partir. Et toi Ginny, les Flèches, tu le sens comment ?

- Les résultats de la sélection ont pas encore été annoncés.

- Elle était dans les derniers à descendre pour les poursuiveurs et les batteurs, expliqua Harry. Vu ton niveau, tu vas certainement être dans les deux équipes !

- C'est pas sûr encore, il n'y a que dix places par équipe, et on était une vingtaine encore en lice pour les deux épreuves.

- Je reconnais que certains sont très bons, mais tu mérites largement ta place.

Ils se chamaillèrent à moitié, sous les yeux amusés de Cho.

- Au fait, le gala de l'Académie, ça s'est bien passé ? C'était ce vendredi c'est ça ?

- Oui, plutôt bien.

- On a croisé Olivier Dubois ! précisa Harry. Il te passe le bonjour.

- Oh, sympa.

Elle laissa passer un silence avant d'ajouter :

- C'est cool que vous vous aidiez mutuellement.

Harry fronça les sourcils, perplexe.

- C'est normal…

- Mouais, ça dépend, reprit Cho. Ça fait combien de temps que ça dure ? Y en a qui auraient arrêté avant.

- Qu'est-ce qui dure ? demanda Ginny.

Cho eut un petit rire.

- Eh bien, vous deux !

Harry et Ginny se lancèrent un regard interrogateur.

- Depuis l'après-guerre, à peu près… Mais ça ne veut rien dire, regarde Ron et Hermione, ils sont toujours ensembles, dit Harry.

- Parce que Ron et Hermione aussi… ?

- Aussi quoi ? répéta Harry.

- Oh par Merlin, souffla Ginny au même moment. Vous ne parlez pas de la même chose.

Elle se tourna vers Harry.

- Je crois qu'elle a compris.

Le jeune homme fronça de nouveau les sourcils, avant que la réalisation ne le heurte en pleine face. Cho lui fit une grimace désolée.

- Comment t'as su ? demanda Ginny.

- Hum, vous vous rappelez quand Harry et moi on est sorti ensemble en 6e année ? Enfin, 5e année pour toi ?

L'intéressé piqua un fard.

- Oui ?

- Eh bien, tu parais beaucoup moins investi aujourd'hui avec Ginny qu'avec moi à l'époque.

- Ah.

- Je t'avais dit de faire attention ! pesta Ginny.

- Tu sais, toi aussi, tu sembles moins passionnée par lui qu'à Poudlard, souligna Cho avec un ton gentiment moqueur.

Ginny s'engonça dans le canapé, un brin gênée.

- Je peux savoir pourquoi vous faites ça exactement ?

- Pour pas faire mon coming-out à ma famille. Enfin, au début, parce que ma mère nous voyait déjà mariés, j'arrivais pas à lui briser son rêve…et avec ton licenciement, Harry reste quand même ma meilleure protection.

- Ils n'accepteraient pas que tu sois… ?

- Lesbienne, compléta Ginny. En vrai, je n'en sais rien, mais j'ai quand même peur. Et avec l'ambiance de l'Académie, et les sélections pour les Flèches qui pourraient vraiment faire débuter ma carrière…je préfère ne pas prendre trop de risques.

- Les filles de l'Académie sont toujours aussi bêtes, hein ? Je me souviens d'une petite blonde, insupportable.

- Jordie … ? chercha Harry.

- Vesper ! termina Ginny. Une vraie peste. Et elle fouine en plus, elle m'a déjà fait des remarques. Le gala a dû éteindre ses soupçons je pense.

- Méfie-toi quand même, conseilla Cho, amère.

- Ta copine le vit bien au fait ? demanda Ginny.

- Ma copine ? Oh, la fille des photos ? Je ne l'ai pas revue après cette soirée, tu sais.

Ginny se détendit un peu à cette réponse.

- Et toi, tu as des vues sur quelqu'un ? lança Cho. Je me doute que ce soit compliqué, avec votre petit arrangement, mais ça n'empêche pas.

- Non. Non, personne, répondit la rousse.

Harry lui jeta un regard étonné.

- Non, vraiment personne ! insista-t-elle avec un petit rire.

- Et toi, Harry ? hétéro ?

- Je me sens presque insulté que tu poses la question.

- J'en étais sûre ! rit Cho.

- Non, mais lui, hétéro ? Sérieusement ? railla Ginny.

- Et alors personne ?

- Y a eu une fille moldue, à un moment, mais rien de vraiment…

- Devine ! le coupa Ginny.

Le jeune homme se tourna vers elle, incrédule.

- Comment ça, devine ? Il n'y a rien à…

- Je connais la personne ?

- Oui ! Et c'est évident.

- Évident ? répéta Cho, pensive.

- Elle dit n'importe quoi, soupira Harry.

- Quelqu'un qui fait la formation d'Auror ?

- Non ! Mais pas loin !

- Les filles…

- Un garçon ?

- Oui ! Vraiment, c'est évident.

- J'espère que tu parles pas de qui je pense, souffla Harry.

- Bien sûr que je parle de qui tu penses, répliqua Ginny avec un sourire jusqu'aux oreilles.

- J'ai une petite idée, et franchement si c'est ça, c'est génial, tenta Cho.

- Dis-le.

- J'espère vraiment que c'est lui.

- Dis-le !

- Je ne vois vraiment pas d'où tu…

- Draco Malfoy.

- Oui ! explosa Ginny.

- Mais par Merlin c'est évident ! lâcha son invitée.

Harry, qui avait tourné à l'écarlate, essayait tant bien que mal de se faire entendre au milieu des cris extatiques de ses amies.

- Déjà ! Déjà à Poudlard tu étais obsédé par lui ! lança Cho en le pointant du doigt.

- Pas du tout ! s'étrangla Harry.

- Si, assura Ginny. Bien sûr que si.

- Comment ça se fait ? Raconte-nous tout !

- Il enquête avec lui ! Pour résoudre une affaire criminelle !

- C'est génial !

- Vous réalisez que des gens sont morts ?

- Et devine quoi ? ajouta Ginny en l'ignorant.

- Quoi ?

- Ils partent en Italie tous les deux demain soir !

- Mais non ! Oh Harry, il faut que tu tentes un truc !

- Je ne vais rien tenter du tout, répondit-il, j'ai une enquête à résoudre…

Elles lui lancèrent toutes les deux un regard blasé.

- Quoi ? Je travaille ! se justifia-t-il.

- Mais vous n'allez pas faire que travailler non plus !

- Emmène le dîner, dit Ginny.

- Non ! enfin si, évidemment qu'on va dîner ensemble, mais y aura rien de romantique. C'est juste professionnel.

Ginny s'adressa à Cho.

- Il est encore dans la phase déni.

- Je suis pas dans le déni, se défendit-il. Et puis de toute façon, il est hétéro.

Un silence médusé s'abattit sur le salon. Cho porta lentement sa main à sa bouche.

- Draco Malfoy…hétéro ? souffla-t-elle.

Ginny pouffa.

- Tu l'as bien regardé ?

- Il était fiancé à Astoria Greengrass en huitième année.

Les deux jeunes femmes s'entreregardèrent une seconde, avant d'éclater d'un rire exalté.

- Quoi ? C'est vrai ! protesta Harry.

- Il est désespérant !

- Tu sais qu'il l'appelle Draco, maintenant ?

- Mais non ?

- Je l'ai fait qu'une fois !

Mais Harry eut beau se défendre et rappeler la réalité de leur relation, avant de changer de sujet, les deux jeunes femmes ne le lâchèrent pas de la soirée.


Le lendemain, Harry attendait le départ du Portoloin, assis sur un banc dans le hall de la gare des transports magiques. Il avait fini ses cours plus tôt que prévu, et il avait donc eu une demi-heure d'avance, ce qui lui avait donné tout le loisir de repenser aux paroles de ses amies.

Il ne comprenait pas pourquoi Ginny et Cho s'entêtaient à le pousser vers Malfoy. Certes, leurs rapports s'étaient considérablement apaisés lors de la huitième année, mais c'était tout. Ils n'étaient pas devenus amis ni rien. Ça ne le dérangerait pas d'ailleurs, d'être ami avec lui. Une fois sa mauvaise humeur chronique dépassée, Draco était quelqu'un de très intéressant. C'était une pointure dans son domaine. Mais de là à dire qu'Harry avait des vues sur lui… c'était délirant.

Le sujet avait fini par s'étioler, et le dîner avait été plus tranquille. Mais les filles avaient continué de lancer quelques remarques moqueuses de temps à autres. Il savait que ce n'était pas méchant, et il n'en était pas vexé, cependant c'était légèrement inconfortable. D'autant que c'était assez déséquilibré, depuis que Ginny avait décidé de passer sous silence sa relation ambigüe avec Luna. Il n'avait pas fait de commentaire là-dessus, ça ne le regardait pas, et il savait que de toute façon, si Ginny voulait lui en dire plus, elle finirait par se confier à lui.

- De la terre des sables.

Malfoy avait surgi de nulle part, et Harry réussit à réprimer son réflexe de brandir sa baguette vers lui. Il se leva et se félicita mentalement de ne pas s'être ridiculisé.

- Désolé, tu m'as un peu surpris. Tu disais ?

- Le composant primaire qu'il me manquait. C'est de la terre des sables.

- Oh ? Bien, je le noterai ce soir.

Il lança un tempus.

- Le portoloin devrait bientôt partir.

Ils se hâtèrent de rejoindre l'aire de départ. Il s'agissait d'une petite salle entièrement vide, à l'exception d'une lampe de chevet et d'un homme d'une soixantaine d'années, qui jeta plusieurs coups d'œil furtifs à Harry et sa cicatrice.

Les trois voyageurs posèrent la main sur l'abat-jour, et à 19h38, furent happés dans le vide.

Deux minutes et 1765 kilomètres plus tard, ils réapparurent dans une salle presque identique. L'homme qui les accompagnait sortit prestement, et les deux jeunes hommes lui emboîtèrent le pas.

Dans le hall de la gare, un homme d'environ vingt-cinq ans, les cheveux caramel et le teint hâlé, les attendait avec une pancarte indiquant leurs noms. Il était habillé à la moldue, d'une chemise bleue ciel au col ouvert et d'un jean. Son visage s'éclaira d'un immense sourire à la vue d'Harry.

- Buonasera ! tenta Harry. Lei è il nostro…euh…la nostra

Malfoy haussa un sourcil.

- Quoi ? J'ai essayé d'apprendre la langue avant de venir !

- Et vos efforts sont grandement appréciés, répondit leur correspondant en souriant d'autant plus.

Son accent était à peine perceptible. Harry piqua un fard alors que Malfoy retint une moue moqueuse.

- Je m'appelle Lorenzo, et je serai votre correspondant et interprète pendant toute la durée de ce séjour, se présenta le jeune homme.

- Très bien, enchanté, je suis Harry Potter, apprenti Auror, et voici Draco Malfoy, mon consultant en potions.

Lorenzo et Malfoy se saluèrent d'un signe de tête. Puis, le jeune homme se saisit de la valise d'Harry et leur dit :

- Je vais vous conduire à votre hôtel, puis je reviendrais vous chercher vers 20h30 pour dîner au restaurant, cela vous convient ?

- Très bien, répondit Harry avec enthousiasme.

Ils marchèrent dans les rues romaines une quinzaine de minutes, pendant lesquelles Lorenzo s'amusa à tester l'italien d'Harry, avant d'arriver devant l'enseigne d'un petit hôtel.

- C'est un hôtel moldu ? demanda Malfoy qui n'avait pas ouvert la bouche depuis qu'il était arrivé en Italie.

- Si ! rétorqua Lorenzo. Je vais réserver le restaurant, je vous laisse vous poser une demi-heure.

Ils rentrèrent dans l'hôtel, et Lorenzo déposa la valise d'Harry à ses pieds, avant de prendre congé.

L'accueil était tenu par une vieille femme à l'air morose qui était penchée sur un journal, un crayon à papier à la main.

- Hum, buonasera ?

La vieille femme leva les yeux de ses mots croisés sans dire un mot.

- Lei parla inglese ?

Elle se contenta de faire « non » de la tête.

- Ok, très bien, lei ha una camera per quattro notti ?

- Si, ne ho una con un letto doppio.

Harry grimaça. Elle avait parlé très vite.

- Doppio ?

- Per due ? grommela-t-elle en les désignant.

- Si ! Per due ! rebondit Harry, soulagé.

Elle acquiesça lentement. Harry se tourna vers Draco empli de fierté, avant de remarquer l'air catastrophé qu'il affichait. Il n'eut pas le temps d'ouvrir la bouche que Malfoy s'était déjà penché sur le bureau de la vieille dame.

- È possibile di avere un camera con letti gemelli, per favore ?

La femme s'arrêta, la main encore tendue vers les clés, l'air perplexe.

- Non siete insieme ?

- No ! glapirent-ils en chœur.

Elle haussa les épaules et prit une des dernières clés du tableau.

- Terzo piano, indiqua-t-elle en la posant sur le comptoir avant de se replonger dans sa grille de mots croisés.

Ils s'engouffrèrent dans l'escalier grinçant sans demander leur reste.

- Tu parles couramment italien et tu as préféré me regarder galérer ? interrogea Harry alors qu'il déverrouillait la porte.

- Je ne parle pas couramment, reprit Malfoy en levant les yeux au ciel. Juste quelques bases. Et tu te débrouillais à peu près bien jusqu'à ce que tu manques de nous prendre un seul lit.

Harry eut un frisson de dégoût rien qu'à imaginer la scène.


Bien qu'octobre ne faisait que débuter, la soirée était glaciale. Le vent sur son visage lui faisait l'effet d'une gifle, et même si Ginny avait mis des lunettes et un cache-col sur son nez, elle sentait sa peau la tirailler. Son sweat-shirt lui tenait chaud, mais l'air gelé s'engouffrait contre sa peau trempée par la transpiration. Elle redescendit à terre pour aller chercher son thermos de thé.

- Je ne pensais pas que ce serait aussi physique, déclara Cho en la rejoignant. Vous faites ça toutes les semaines ?

- Dès qu'on peut.

- Je comprends mieux pourquoi t'es aussi endurante sur le terrain.

La jeune fille était exténuée, vu comment sa respiration était hachée, mais elle affichait un grand sourire. Elle prit sa bouteille d'eau et alla s'asseoir difficilement sur les racines d'un gros chêne.

- Vous faites ça depuis longtemps ?

- Depuis qu'on s'est installés ensemble. Personne ne sait où c'est, à part Ron et Hermione, et Luna, aussi. Mais ils ne viennent jamais voler.

- Même Ron ?

- Il préfère le vrai quidditch, sourit Ginny.

- Pourtant, c'est marrant la voltige. Et votre terrain est bien pensé. Vous ne vous êtes jamais blessés ?

- Si, on s'est déjà pris quelques branches, ricana la rouquine. Mais rien de grave. Hermione était horrifiée quand elle a su.

- C'est pas trop difficile ?

Ginny lui lança un regard interrogateur.

- Vous êtes proches, avec Ron et Hermione. Je suis sûre qu'ils comprendraient.

La jeune fille soupira en comprenant de quoi elle parlait.

- Ce n'est pas si sûr, en fait. Je sais qu'Hermione se doute de quelque chose, enfin, elle doute qu'Harry soit réellement amoureux de moi, et elle a peur qu'il me blesse. Mais j'ai peur qu'elle ne comprenne pas pourquoi on a fait ça, et surtout pourquoi on a fait ça pendant si longtemps.

- Elle ne peut pas vraiment comprendre, en même temps.

- Non, approuva Ginny. Elle sait pas ce que c'est. Et pourtant, je sais que quand j'aurai fait mon coming-out, ils ne vont pas mal le prendre. Mes parents mettront certainement un peu de temps à s'ajuster, mais je sais que finalement, ils se feront à l'idée. Mais il y a quand même cette possibilité, minuscule, que ça se passe mal. Ron, par exemple, j'ai aucune idée de ce qu'il en pense. C'est probable qu'il soit plus vexé par notre mensonge et notre séparation que par le reste. J'ai peur qu'il en veuille à Harry.

- Et Harry, justement, comment il le vit ?

- Il veut pas me jeter sous le bus, mais je pense qu'il en a marre. Enfin je sais qu'il en a marre, il me l'a déjà dit. D'autant que je pense qu'on aurait arrêté s'il y avait pas eu ton éviction.

- Dans un sens ça t'arrange, souligna Cho.

- Non ! protesta Ginny. Ça me donne juste un sursis, mais en soi, c'est juste devenu plus dangereux.

- Tu peux toujours ne pas postuler chez les Flèches. Vraiment, tu vaux mieux que ça.

- Je veux lancer ma carrière, et c'est ma première vraie opportunité.

Cho laissa tomber avec un soupir et se releva en époussetant son pantalon.

- Si tu le dis, conclus-t-elle. Tu as des nouvelles des sélections ?

- Toujours pas, déplora Ginny. Ça me stresse un peu, alors j'essaie d'éviter d'y penser.

- T'as raison. Je gèle, je pense que je vais rentrer chez moi.

- Oh, hum, si tu veux, tu peux venir boire un thé à la maison ?

La jeune femme approuva d'un hochement de tête. Elles récupérèrent leurs affaires et transplanèrent au square Grimmaurd.

Kreattur n'était nulle part en vue, probablement à vaquer à ses occupations dans les étages. Ginny aida son invitée à se débarrasser de son blouson et la guida vers la cuisine. Cinq minutes plus tard, elles étaient assises sur l'un des bancs et la bouilloire était lancée. La conversation continua sur le quidditch et Cho lui expliqua sa technique pour mieux contrôler son balai, qu'elle avait perfectionnée depuis l'Académie.

- Si au lieu de l'empoigner, tu utilises une main pour diriger vers le haut ou le bas, et une autre pour gérer la gauche et la droite, tu évites les tendinites.

Ce faisant, elle lui prit la main et caressa sa paume, comparant leurs cals en passant dessus délicatement avec son pouce. Ginny n'écoutait plus ce qu'elle racontait depuis un bon moment, tant la sensation des doigts de Cho entremêlés aux siens était enivrante. Son cœur s'affola un peu alors que Cho leva les yeux vers elle, un doux sourire étirant ses lèvres.

Elle n'entendit que de très loin le crépitement de la cheminée, suivi des pas dans le couloir.

- Hum, bonsoir ?

Ginny lâcha instantanément la main de Cho et se leva brusquement, les joues brûlantes. Luna se tenait sur le pas de la porte, ses yeux allant de l'une à l'autre. Ginny vit à la posture de son amie qu'elle était gênée, et elle crut voir un éclat de tristesse passer dans son regard.

Elle réalisa soudainement que Luna devait passer la soirée avec elle, et qu'elle l'avait complètement oubliée.

- Je vais vous laisser, je ne veux pas vous déranger, lâcha Luna d'un ton neutre avant de repartir dans le couloir.

- Attends, tenta Ginny.

Mais un craquement lui indiqua que son amie venait de transplaner. Ginny était morte de honte. Elle avait oublié son rendez-vous avec Luna !

Cho, toujours assise, la regarda avec hésitation.

- Je pense que je vais y aller, moi aussi, finit-elle par dire devant l'embarras de Ginny.

- Je suis désolée, ce n'est pas contre toi, j'ai juste…

- Ce n'est rien. On remettra ça un autre jour, assura Cho. Rejoins-la et excuse-toi. Elle comprendra.

Ginny n'en était pas si sûre.


J'espère que vous avez aimé, j'ai adoré écrire le dialogue en italien.

Le prochain chapitre se passe quasiment entièrement en Italie, je le publie fin janvier. à bientôt