Hello, j'espère que vous aimez le quidditch, parce qu'il n'y a quasiment que de ça dans ce chapitre.
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- La sélection -
Malgré le livre d'Harry, la soirée avait été longue. Draco était d'abord parti s'acheter à manger, puis il avait traîné quelques temps à la via delle ombrelle, essayant de penser à autre chose qu'à Potter et à son date. Mais son esprit ne cessait de revenir vers l'image d'Harry essayant sa chemise, puis vers celle de ce véracrasse d'Italien, et il sut que ses tentatives de divertissement seraient vaines. Autant rentrer à l'hôtel et savourer sa jalousie comme un bon vin.
Car Draco savait très bien pourquoi il avait été aussi agacé par Lorenzo pendant ce séjour. Dès qu'il l'avait vu poser ses yeux sur Potter, avec son sourire éclatant, sa peau hâlée, sa chemise ouverte et remontée sur les coudes, un air d'arrogance suprême plaquée sur le visage, Draco l'avait détesté. Et évidemment, en bon Gryffondor qu'il était, Potter n'avait rien remarqué. Au contraire, il s'était directement entiché de lui, comme un papillon attiré par la lumière. Et pour ça, Draco lui en voulait amèrement. Ne pouvait-il pas grandir un peu ? Regarder autour de lui ? Dépasser ses préjugés ?
Il devait admettre qu'il avait commencé à les dépasser, cependant. En poussant la porte de sa boutique pour lui demander de l'aide, déjà. Mais c'était dans le cadre d'une enquête et clairement, il n'était venu que parce qu'il était le meilleur potionniste de Londres. Non, il était injuste. Potter n'avait pas été forcé de venir le chercher, il était loin d'être dans les petits papiers du Ministère, il était venu parce qu'il pensait sincèrement que Draco était talentueux. Ce qui était vrai, bien sûr, mais il ne pouvait s'empêcher d'être flatté que Potter le reconnaisse.
S'il avait été surpris quand il était venu lui demander de l'aide, Draco s'était promis de ne pas s'enthousiasmer trop vite. Il s'agissait d'une demande professionnelle, et de toute façon, il était toujours avec sa Weaslette. Non pas que Draco ait eu un jour le moindre espoir que Potter soit intéressé par lui. Le Gryffondor l'avait détesté pendant toute leur scolarité, à l'exception de leur huitième année où il l'avait juste ignoré. Il y avait bien eu quelques moments où, si Draco n'était pas lucide sur leur relation, il aurait pu se bercer d'illusions. Quand Potter lui avait proposé d'être un consultant officiel pour le Ministère, déjà, ou simplement quand il était passé à la boutique de Lupin et qu'il avait semblé déçu de le voir partir.
Seulement, Draco s'était vite aperçu que c'était juste sa manière d'être, en l'observant avec Lorenzo. Potter était toujours incroyablement gentil. Ça aurait même pu en devenir agaçant. Il riait toujours aux blagues de son interlocuteur, ou au moins souriait poliment quand il ne les comprenait pas. Il s'excusait mille fois quand il faisait une erreur. Il s'émerveillait de tout et de rien chaque fois qu'ils se promenaient. Il le sollicitait quand Lorenzo le mettait à l'écart. Il s'assurait toujours que Draco était aux alentours. Son regard devenait inquiet quand il ne le trouvait pas. Et son sourire était éclatant quand il l'apercevait de nouveau. Il parlait en fourchelangue quand il dormait et c'était à la fois un peu effrayant et adorable.
Draco se fustigea mentalement. Pense à autre chose ! C'était compliqué de se concentrer sur son livre en sachant que Lorenzo avait autant de facilité à faire ce dont il n'osait même pas rêver. Pourtant, Potter avait eu raison, l'histoire était plus intéressante qu'il ne l'aurait cru. Mais son esprit vagabondait sans cesse vers Harry et Lorenzo, se torturant en se demandant ce qu'ils faisaient, de quoi est-ce qu'ils parlaient, est-ce qu'ils s'étaient embrassés. Il finit par s'avouer vaincu et prit une potion de sommeil pour éviter de passer la nuit à ressasser.
Draco se réveilla vers 7 heures du matin, et son premier réflexe fut de se tourner vers le lit de Potter. Vide, et même pas défait. Ça lui fit l'effet d'un coup de poing. Ainsi donc, ils avaient vraiment passé la nuit ensemble.
C'était vraiment décevant de la part de Potter. Il était en couple, bon sang ! Il valait mieux que ça, une tromperie de bas étage avec un mec qu'il venait tout juste de rencontrer. Et ce n'était pas sa jalousie qui parlait.
Il essaya de se rendormir –après tout, il n'avait rien à faire, mais son esprit retombait toujours sur Potter. Il finit par se lever et descendit prendre son petit-déjeuner au restaurant de l'hôtel.
Ils étaient censés rendre leur chambre à 11h, heure à laquelle ils devaient faire un débrief au Ministère, avant de déjeuner et de prendre le Portoloin à 15h07. Heureusement, Potter avait eu la présence d'esprit de payer l'hôtel en avance. À 10h, Draco avait fait sa valise, mais aucun signe de vie de la part de l'apprenti Auror. Il tournait en rond dans la chambre, essayant de se distraire avec le bouquin qu'il lui avait prêté, mais plus l'heure tournait, plus son agacement montait. Finalement, il rassembla les affaires de son coéquipier comme il pût, laissa leurs deux valises à la consigne de l'hôtel et à 11h, il se présentait au Ministère.
Les collègues de Lorenzo le connaissaient désormais. Une jeune femme lui apprit que ce dernier n'était pas encore arrivé et elle eut la gentillesse de lui ouvrir son bureau. Draco la remercia et s'installa. C'était une chose de passer la nuit ensemble, c'en était une autre que d'arriver en retard sans daigner le prévenir. La simple idée de les voir arriver ensembles, complices, le révulsait.
Le pire, c'était que Potter ne l'excluait pas consciemment. Ou en tout cas, pas dans le but de le blesser.
Il essaya de se préparer mentalement à ce qui allait suivre quand ils arriveraient. Draco mourait d'envie d'être puéril, de les remettre à leur place, histoire qu'il ait un peu honte d'avoir profité de Potter, mais en même temps, ça risquait d'être plus humiliant pour lui que pour eux.
Lorenzo entra en trombe dans le bureau, un peu essoufflé, à 11h23.
- Scusa per il ritardo, souffla-t-il en posant ses affaires sur une chaise. Je n'ai pas entendu mon réveil.
- Nuit agitée ? ironisa Draco.
Il ne pouvait juste pas s'en empêcher.
- Un peu, répondit l'Italien.
Et il le narguait en plus.
- J'ai réservé dans un petit restaurant moldu pour ce midi, d'ailleurs, ajouta-t-il. Ça te convient ?
Draco hocha la tête, mais ne répondit pas. Un silence gênant s'installa entre eux. D'ordinaire, c'était Harry qui faisait tampon, mais ce dernier mettait du temps à arriver. Draco finit par se jeter à l'eau.
- Ça s'est bien passé hier soir ?
Lorenzo eut l'air surpris, et il sembla à Draco qu'il rougissait un peu.
- Eh bien, oui, c'était…c'était bien. Harry est de très bonne compagnie.
Draco crut qu'il allait lui sauter à la gorge. Là, c'était clair qu'il se moquait de lui.
- Enfin, ça tu le sais déjà, non ?
Draco cilla. Qu'est-ce qu'il sous-entendait encore ? Son regard dut impressionner Lorenzo, puisqu'il se sentit obligé de préciser :
- Parce que vous êtes…amis. On a un peu parlé de toi hier soir.
- Hmm. Il t'a dit qu'il était en couple ?
- Oui, c'est venu dans la conversation, fit Lorenzo avec un petit rire.
C'en était trop.
- Et c'est tout ce que ça t'inspire ? Ça ne te pose aucun problème ?
- Euh…
- Écoute, je sais que ça ne me regarde pas. C'est injuste pour sa copine, mais à la rigueur c'est pas mon problème, vous êtes deux adultes consentants, vous faites ce que vous voulez en dehors des heures de travail, c'est votre vie privée. En revanche, quand ça empiète sur l'enquête, là ça me concerne.
- Je comprends, répondit Lorenzo, penaud. Je suis encore désolé pour mon retard…
- Et Potter ? Pourquoi il est toujours pas là ?
- Je ne sais pas...
- Tu ne sais pas ? Vous couchez ensemble et le lendemain tu ne sais pas où il est ?
- Quoi ? On n'a pas couché ensemble ! se défendit Lorenzo.
- C'est ça, prends moi pour un con. Il est pas rentré cette nuit après votre date et comme par hasard il…
- Pardon ? l'interrompit Lorenzo. Il n'est pas rentré ?
- C'est ce que je viens de te dire, oui, répéta Draco avec méfiance.
- Tu en es sûr ? Il n'est pas juste parti très tôt pour, je ne sais pas, retourner à la Bibliothèque noire par exemple ?
- Non…Il n'a pas dormi à l'hôtel.
Lorenzo avait l'air catastrophé. Draco sentit une spirale d'inquiétude commencer à l'étreindre.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Il est parti de chez toi à quelle heure ?
- On n'est pas allés chez moi, souffla Lorenzo.
- Ok, euh, je veux pas les détails…
- Non, c'est pas ça ! On est sortis du restaurant vers minuit, je dirais, et on s'est un peu baladés. J'ai, hum, j'ai tenté un truc, il m'a repoussé, il m'a dit qu'il avait une copine, donc on s'est séparés, j'ai transplané chez moi et je ne l'ai pas revu depuis.
Le bref soulagement de Draco (ils n'avaient pas couché ensemble !) fut vite noyé par une angoisse sourde.
- Oh, par Merlin…
- On peut aller faire un tour à la Bibliothèque noire pour vérifier, proposa Lorenzo.
- Ça n'a aucun sens, il n'y serait pas allé à minuit !
Lorenzo se prit la tête entre les mains.
- J'aurais dû le raccompagner à votre hôtel…
- Montre-moi où tu l'as laissé hier soir. On trouvera peut-être quelque chose.
Lorenzo approuva, soulagé que Draco propose des pistes. Ce dernier aurait pu le lui reprocher, sachant que c'était littéralement son métier de gérer des situations de crise et d'enquêter, mais le potionniste était trop inquiet pour s'amuser à ça. Ils laissèrent un mot à son intention dans le bureau, au cas où.
Une demi-heure plus tard, ils se trouvaient à l'endroit où Lorenzo avait laissé Harry : une rue piétonne avec quelques boutiques moldues.
- Admettons qu'il ait décidé de rejoindre l'hôtel directement. Où est ce qu'il serait allé ? demanda Draco.
- Il aurait remonté la rue jusqu'au croisement, et aurait continué tout droit, et il serait tombé sur une place avec une chapelle.
C'est ce qu'ils firent, cherchant du regard des indices, quelque chose qui montrait que Potter était passé par là. Arrivés devant une boutique de chaussures, Draco s'arrêta subitement. Il se pencha par terre, devant ce qui semblait être des débris de plastique. Il s'agissait des restes d'une sphère, plus petite qu'un vif d'or. Les pavés autour de la balle éclatée paraissaient légèrement teints en mauve. Draco passa un doigt dessus, et la substance s'effrita sur la pulpe de son index. L'odeur lui était familière.
- C'est de la potion de sommeil.
- Comment ça ?
- Elle devait être contenue sous forme de gaz dans la bille, et ensuite elle a éclaté au sol et le gaz s'est répandu.
- J'ai aussi trouvé quelque chose.
Draco releva la tête et Lorenzo lui montra quelque chose du doigt, sur le mur. Ça ressemblait à un dessin d'un cercle, barré de symboles compliqués.
- C'est un glyphe d'ancrage. Harry a dû passer devant, s'est retrouvé prisonnier de son emprise. Il ne pouvait pas aller bien loin sans le détruire.
- Et ensuite, son agresseur l'a endormi avec la bombe de gaz, compléta Draco.
La réalisation leur fit froid dans le dos. Quelqu'un avait traqué Harry, avait attendu qu'il soit seul et l'avait enlevé.
Bien plus au Nord, loin de savoir ce qui se tramait à Rome, Ginny s'échauffait sur le terrain de Quidditch du centre d'entraînement des Flèches d'Appleby. Elle avait appris mardi soir qu'elle avait été sélectionnée pour les deux équipes. Elle avait été exemptée de cours avec les autres sélectionnés, le mercredi pour l'équipe des poursuiveurs, le jeudi pour celle des batteurs.
Ginny était la seule de l'Académie à candidater pour les deux postes. Quelques autres élèves se présentaient en candidats libres, mais c'était ceux qui avaient été recalés pendant les pré-sélections.
En tout, il devait y avoir environ cinq cent prétendants. Chacun était affublé d'un chasuble, vert pomme pour les poursuiveurs, bleu ciel pour les batteurs, avec leur nom et un numéro. Celui de Ginny, comme une cinquantaine d'autres candidats, était blanc, et changeait de couleur d'un coup de baguette, selon le rôle qu'elle devrait jouer. Autrement, elle portait l'uniforme de l'Académie, une sorte de polo à manches longues, bordeaux avec deux larges bandes banches sur la poitrine, ainsi qu'un pantalon blanc, et les habituels équipements de protection en cuir marron. Il y avait d'autres écoles qui présentaient leurs élèves, comme l'École de sports aériens de Manchester, en bleu marine, l'Université de Quidditch de Dublin en vert, et l'Institut professionnel de Quidditch, qui n'avait pas un niveau très élevé mais avait aujourd'hui une équipe d'une quarantaine d'élèves, la plus nombreuse. Ginny reconnut quelques écoles étrangères, notamment une de Roumanie et celle de l'Algérie. Mais il y avait une bonne moitié de l'assemblée qui était venue en tant que candidat libre.
Le stress commençait à monter. Elle aurait aimé qu'Harry soit là, mais il ne rentrait que vers 15h, le temps de voir son supérieur et de prendre un Portoloin pour venir ici, il ne pouvait pas arriver avant 17h30. Cho lui avait envoyée un message d'encouragement ce matin, mais pour des raisons évidentes, ne serait pas dans les gradins. Luna n'avait pas fait le déplacement non plus. En revanche, Ron lui avait promis de passer dans l'après-midi.
L'Académie leur avait donné rendez-vous à 7h30 sur le terrain de quidditch, et à 7h43, un Portoloin (un Souafle) les avaient amenés à côté de la grille du centre d'entraînement. À 8 heures, les grilles s'étaient ouvertes sur le directeur du centre, Claudius Hammonds, et la sous-directrice, Hestia Dellavaux. Ils avaient conduit tous les candidats au terrain d'entraînement, dédaignant la bâtisse d'ère victorienne qui abritait l'administration, les chambres des joueurs, l'infirmerie, la cantine, les salles de réunion, de sport…bref, tous les aménagements du club. Ginny avait espéré avoir droit à une visite, mais visiblement, ça attendrait sa sélection.
Le terrain était très bien entretenu, la pelouse était verte et épaisse grâce au temps humide de la région. Il était ceint par des larges gradins qui formaient un ovale aplati, capable d'accueillir jusqu'à 10 000 spectateurs quand ils étaient à leur taille maximale. Aujourd'hui, ils étaient trois fois plus étroits, mais restaient tout de même impressionnants. Les joueurs et leurs coaches s'étaient tous installés là où les gradins formaient une arche, devant les buts. Non loin d'eux, l'équipe du club –entraîneurs, préparateurs physiques, membres du conseil d'administration, et même quelques joueurs, les observait, répartie sur les sièges. L'événement était ouvert au public, aussi une poignée de proches des candidats étaient présents, ainsi que deux ou trois journalistes.
Claudius Hammonds avait porté sa baguette à sa gorge pour que sa voix porte et leur avait tenu un discours. Il les avait remerciés d'être venus, leur avait rappelé l'importance du club et les avait encouragés à donner le meilleur d'eux-mêmes. Ginny avait remarqué qu'il n'avait absolument pas mentionné Cho, alors qu'elle était la raison même qui avait poussé le club à mettre en place cette sélection.
Puis il avait laissé la parole à Hestia Dellavaux afin qu'elle explique le déroulement de la journée. Les candidats avaient jusqu'à 9 heures pour s'échauffer, tout le terrain était libre, aux participants de se le répartir sans se gêner.
À partir de 9 heures, la première épreuve commencerait. C'était un exercice de vol simple, un parcours à suivre, afin que les sélectionneurs puissent appréhender le style de chacun et s'assurer que tout le monde sache voler.
Ensuite, les choses sérieuses arriveraient. D'abord par une épreuve de tirs au but pour les poursuiveurs, dont la difficulté augmenterait au fur et à mesure. Ensuite, par une épreuve similaire aux pré-sélections de l'Académie, où les Cognards étaient lâchés sur la troupe de candidats. Pendant tous ces exercices, deux arbitres habillés en jaune pouvaient aller éliminer des participants, comme à l'Académie.
À midi et demie, les épreuves se termineront et tout le monde pourrait partir déjeuner, dans une tente prévue pour cela dans le parc, au restaurant ou à la cantine du club. Puis à quatorze heures, les noms des personnes retenues pour les épreuves de l'après-midi seraient affichés à l'entrée du stade. Ensuite, toute l'après-midi serait consacrée à des mini-matchs pour voir les talents des joueurs en équipe et en situation réelle.
Jordie Vesper s'était mise à côté de Ginny pendant le discours et n'avait cessé de la coller pendant tout l'échauffement. C'était comme si elles étaient meilleures amies depuis que Ginny lui avait présentée Harry au gala. Ginny s'en agaçait un petit peu. Certes, la proximité de Jordie pouvait lui assurer une certaine protection, mais il lui fallait être vigilante.
Enfin, à 8h55, l'un des arbitres siffla la fin de l'échauffement et demanda à tout le monde de sortir du stade, et d'attendre par ordre alphabétique devant l'entrée. Le professeur d'arbitrage de l'Académie expliqua aux élèves que le parcours qu'ils mettaient en place devait rester confidentiel pour n'avantager personne.
Ginny et Jordie passaient donc parmi les derniers. La file se réduisait tout de même rapidement. En effet, bien que le nombre de candidats soit important, ils s'engouffraient dans le stade par groupe de sept, à la queue leu leu. Toutes les minutes, les portes s'ouvraient et un nouveau groupe s'envolait à l'intérieur. Malgré ce rythme très soutenu, il fallut une bonne heure pour que Ginny n'atteigne la porte d'entrée. Jordie s'était envolée une session plus tôt.
À force d'attendre, elles avaient grappillé quelques informations : le parcours ne durait qu'entre cinq et dix minutes, et à un moment, il y avait un exercice de slalom. Un garçon s'était évanoui, on ne savait pas encore s'il allait être autorisé à continuer la sélection ou s'il était hors course.
Alors qu'elle se trouvait sur la ligne de départ, entourée par six autres candidats, Ginny avait le cœur au bord des lèvres. Elle avait dû rendre sa baguette à une organisatrice. Le décompte affiché en chiffres oranges sur la porte n'aidait pas à garder son calme. Les dix dernières secondes furent une torture.
Soudain la porte s'ouvrit et malgré le compte à rebours, elle sursauta. Les candidats s'envolèrent en cascade, Ginny en quatrième position.
La porte se referma derrière eux dans un claquement qui se réverbéra dans le couloir, plongé dans l'obscurité. Ils prirent immédiatement à gauche, suivant une flèche verte fluo qui flottait au-dessus du guichet et des tourniquets. La ligne des joueurs n'était pas parfaitement droite, ils ressemblaient plus à un petit essaim qu'à une formation d'oiseaux. Au bout du couloir, une deuxième flèche leur fit tourner à droite. Ginny entendit une fille se cogner contre le mur lors de son virage. À quarante mètres, elle pouvait apercevoir la lumière du jour, comme une petite vignette qui se détachait dans la nuit. Cette vision donna au groupe une impulsion et ils accélérèrent sans même sans rendre compte. Deux secondes plus tard, ils étaient dehors.
La luminosité l'aveugla une seconde, puis elle s'adoucit. Alors qu'une seconde auparavant, ils fonçaient à toute allure dans le tunnel, maintenant, tout le monde flottait dans une espèce de brouillard doré. Ginny tournait lentement sur elle-même. Elle vit passer une fille devant elle, à l'envers, ses cheveux bouclés formant un nuage autour d'elle. Un garçon lâcha le manche de son balai et tenta d'avancer en faisant des mouvements de brasse. Ginny voyait tout son groupe patauger autour d'elle, mais bon gré mal gré, ils finirent par trouver la sortie.
Une nouvelle flèche flottante leur indiquait de monter jusqu'à une borne en lévitation à environ trente mètres de hauteur. Ils se retrouvèrent à monter à la verticale sur leurs balais pour l'atteindre. D'ici, Ginny pouvait apercevoir les sélectionneurs dans les gradins, qui les observaient à la jumelle et notaient leurs remarques sur un carnet. À la borne, ils durent de nouveau se mettre en file indienne, avant de s'élancer un par un en descente, où plusieurs obstacles se dressaient sur leur chemin. Ginny eut une pointe d'appréhension avant de s'élancer, comme la fois où Harry l'avait emmenée dans un grand huit.
Elle plongea, prit de la vitesse et se laissa porter par l'adrénaline. Son esprit était entièrement dirigé vers les obstacles, elle virevoltait dans les airs, slalomait entre des bornes colorées, filait dans des cerceaux, virait de direction toutes les cinq secondes. Elle arriva à une deuxième borne, au sol, qui concluait cette section. Un organisateur lui tendit un bandeau. Devant elle, trois candidats de son groupe évoluaient sur le terrain, évitant des Souafles enchantés qui allaient et venaient au gré de leurs envies.
- On y va à l'aveugle ?
L'organisateur haussa les épaules et elle n'eût d'autre choix que de ceindre le bout de tissu sur ses yeux, avant de se jeter dans la zone de tir.
Les Souaffles sifflaient, ce qui aidaient à les repérer, mais couvraient le son de la cloche qui indiquait la ligne d'arrivée, quelque part en hauteur. D'abord déboussolée par ces bruits et par les balles qui la frôlaient, Ginny parvint à se stabiliser et progressa plutôt bien, esquivant souvent de justesse les projectiles. Elle entendait des cris et des bruits sourds qui lui indiquèrent que ce n'était pas le cas de tous ses petits camarades. C'est avec un grand soulagement qu'elle atteignit la borne de fin et qu'elle retira son bandeau.
Elle était désormais devant la dernière partie de l'épreuve, qui occupait tout une moitié de terrain. En dessous de la borne, le terrain était devenu une piscine, ou plutôt une mer agitée, grise et battue par la pluie. Un nuage noir, qui épousait la forme du demi-terrain, plongeait la section dans un orage violent. Un phare, planté dans les gradins, marquait la fin de l'obstacle et de l'épreuve.
Ginny n'hésita pas longtemps. Elle compta cinq secondes après que le candidat qui la précédait –Weasbury, lut-elle sur son chasuble, se soit envolé dans l'averse pour s'aventurer dans le dernier tronçon.
Elle fut surprise par le température. La pluie était glaciale et lui giflait le visage, et cédait de temps à autre sa place à de la grêle. Le vent aussi était plus fort qu'elle ne l'aurait cru. Si cet obstacle était simple –après tout, il fallait juste se rendre d'un point A à un point B, les intempéries le rendaient infernal. Les rafales de vent la déviaient constamment de sa trajectoire, elles n'étaient jamais dans le même sens. Parfois Ginny reculait de plusieurs mètres, parfois elle était projetée d'un coup de vent à gauche, à droite, en biais, parfois elle faisait carrément du sur-place. Plusieurs fois, elle manqua de tomber de son Étoile filante. Néanmoins, elle avançait, mètre par mètre. Le sémaphore se rapprochait. Elle ne devait plus être qu'à trois mètres de la ligne d'arrivée quand une vague l'engloutit sans qu'elle ne puisse réagir.
Le froid l'ensevelit et lui coupa le souffle. Le manche de son balai lui échappa des mains, mais un réflexe lui fit serrer les cuisses pour ne pas perdre sa monture. La puissance de la vague la ballotta sur plusieurs mètres, la désorientant sans merci. L'eau était trouble, mais elle distinguait le fond herbeux où elle avait fait ses étirements le matin même. Elle se débattit et nagea avec peine jusqu'à crever la surface. La pluie lui piquait le visage et elle eut tout juste le temps de prendre une goulée d'air qu'elle se fit de nouveau happer par une vague. Celle-ci se cassa à moitié sur elle et, complètement sonnée, se retrouva de nouveau à faire des roulés boulés immergée, malmenée par les flots.
Elle enchaîna trois ou quatre cycles ainsi, à lutter pour rejoindre l'air libre, avant de disparaître sous l'eau, toujours bousculée par les courants, aussi violents que le vent contre lequel elle se battait quelques éternités plus tôt. Un des concurrents lui tomba dessus lorsqu'il se fit lui aussi embarquer par la houle, elle reçut sa botte en pleine tête. Ils s'emmêlèrent, se débattant comme ils le pouvaient pour se dégager. Ginny réussit à sortir la tête de l'eau, suivie par l'autre garçon.
- Ça doit faire vingt minutes que je suis coincé là, souffla-t-il. J'étais dans les R.
- Laisse-moi prendre appui sur toi le temps que je sorte de l'eau. Après je te récupère.
Le jeune homme ouvrit la bouche pour répondre mais une vague leur tomba dessus. Ginny eut tout juste le temps de se boucher le nez et de replonger. Elle parvint à se maintenir à flot et ressortit deux secondes plus tard, l'autre participant toujours à ses côtés. Il toussait beaucoup.
- Ébulatasse, croassa-t-il piteusement.
Ginny lui fit une moue compatissante et ramena son Étoile filante à la surface. Elle prit appui sur son épaule pour sauter au-dessus de l'eau et réussit à s'élever d'un mètre. Elle allait tendre la main au garçon quand elle vit la crête d'une nouvelle vague s'approcher.
- Plonge !
Il s'exécuta prestement et sa chasuble bleue disparut dans les flots tandis qu'elle monta de quelques mètres pour esquiver. La vague passa et Ginny craignit un instant qu'il ne se soit noyé. Mais il réapparut la seconde d'après, l'air un peu sonné. Cette fois, elle fondit en piqué sur lui et lui saisit les bras avant qu'une autre vague ne le fauche. Le garçon réussit à se stabiliser et ils foncèrent tous les deux jusqu'à la ligne d'arrivée. Les juges avaient dû avoir pitié d'eux puisqu'il lui semblât qu'il y avait une accalmie dans les rafales de vent. L'averse ne s'était aucunement amoindrie, cependant.
Enfin Ginny dépassa le phare et revint dans le monde réel. La fraîcheur de cette matinée d'octobre lui fit l'effet d'une chaleur tropicale en comparaison avec l'orage de ce dernier obstacle. Elle s'échoua sur les gradins, épuisée. Le garçon qu'elle avait aidé s'arrêta près d'elle, lui saisit la main et la secoua fermement.
- Merci, dit-il avec un ton de naufragé.
Puis il partit rejoindre ses coéquipiers et son coach, qui se précipitait vers lui avec une serviette. Ginny lut sur son chasuble qu'il s'appelait Reiner.
L'organisatrice à qui elle avait donné sa baguette la lui rendit et la sécha d'un mouvement du poignet. Elle se sentit tout de suite mieux, et rejoignit ses camarades de l'Académie, qui s'étaient installés en haut des gradins.
Elle n'était pas la dernière de son équipe à arriver, ce qui était un peu bizarre étant donné qu'elle était partie la dernière. Son prof d'arbitrage lui dit qu'elle avait mis huit minutes à tout finir, à cause de la dernière épreuve.
- C'est un très bon temps, lui assura-t-il. Certains ont mis presque quarante minutes à cause de l'orage.
- Y'a un gars de Dublin je crois qui a failli se noyer, indiqua Ginny.
- Oui, je t'ai vue avec lui ! Personne ne comprend pourquoi le dernier obstacle est si violent.
- C'est par pur sadisme, grommela la jeune fille.
Son professeur pouffa et s'éloigna. Jordie en profita pour accourir auprès d'elle.
- T'as super bien géré !
- Tu parles, j'ai cru que j'allais jamais sortir de l'eau.
- Y en a qui n'en sont pas encore sorti, ricana Jordie. Thomas Hearts y est coincé depuis une demi-heure.
- Le pauvre.
- Moi je me suis pris un Souafle en pleine poire, j'étais complètement à l'ouest pour la dernière épreuve.
Elle avait effectivement la joue très rouge, qui promettait un bel hématome dans les heures à venir. Jordie continua de jacasser mais Ginny ne l'écoutait plus que d'une oreille. L'épreuve avait été particulièrement difficile pour un exercice de routine, et il lui en restait deux rien que ce matin, alors qu'elle était éreintée et courbaturée de partout. La journée allait être rude.
La fin de la matinée n'avait pas été une mince affaire non plus, mais au moins, Ginny n'avait pas manqué de se noyer.
La deuxième épreuve à passer était celle des poursuiveurs. Elle était relativement simple, les joueurs avaient dû se succéder pour réaliser plusieurs exercices de passes et de tirs aux buts. Les premiers étaient faciles : les joueurs devaient juste tirer et viser correctement, mais évidemment, les sélectionneurs avaient corsé les choses. Déjà, en ajoutant un parcours de plus en plus long, puis en remettant les Souafles ensorcelés pour les déstabiliser. Ça avait été difficile, cependant Ginny restait assez satisfaite d'elle-même.
En revanche, la compétition était rude. Jordie Vesper s'était arrachée et avait réalisé des figures qui avaient impressionné les juges. Néanmoins, elle n'avait pas été la vedette de cette sélection. Angelina Johnson, qui revenait de trois ans dans un club chilien, avait brillé par son talent. Il était très probable que ce soit elle qui soit retenue pour le poste, tant elle avait éclipsé toute la concurrence.
L'épreuve des batteurs était la même que celle que Ginny avait passé pour les pré-sélections et elle s'était plutôt bien débrouillée. Elle s'était quand même fait une petite frayeur quand elle avait failli abattre sa batte sur le crâne d'un concurrent. Heureusement, l'autre s'était reculé juste à temps et elle avait pu l'éviter. Elle ne s'était pas faite sortir, contrairement à presque une centaine de candidats. Toutefois, comme pour les deux épreuves précédentes, le club avait encore pimenté l'exercice, avec des faux Cognards qui explosaient quand on les frappait, répandant un liquide vert visqueux, des plumes ou encore de l'encre violette. Ginny avait rapidement remarqué que ces bombes volaient légèrement différemment que les Cognards habituels, aussi avait-elle réussi à en esquiver pas mal. Son maillot avait été coloré de vert et de violet, et quelques plumes s'étaient collées à l'espèce de glu verte. Elle avait aussi quelques tâches d'encre violettes sur la joue et les cheveux. Ce n'était pourtant rien comparé à d'autres concurrents, couverts de slime, d'encre et de plumes, au point que pour certains, il devenait difficile de reconnaître leur équipe. Selon son professeur de chorégraphie aérienne, il était probable qu'il s'agisse d'un critère d'évaluation.
Jordie, qui n'avait pas participé à l'épreuve des batteurs, était en pleine forme pour l'après-midi. Ginny avait espéré qu'elle était allée déjeuner dès le premier service, mais non, sa nouvelle amie avait décidé de l'attendre et n'avait cessé de bavarder. Elle avait trouvé une fille de la promo du dessous, Cendrine Chen, une expatriée française, qui acquiesçait à tout ce qu'elle disait et semblait un peu impressionnée par Ginny.
Bien qu'il y ait un restaurant, habituellement réservé aux supporters du club, et une tente où on distribuait des sandwiches, la cantine était prise d'assaut. Les écoles restaient pour la plupart entre elles, mais pas autant que Ginny ne l'aurait cru. Elle cherchait une place où s'asseoir, debout avec son plateau, Jordie et Cendrine derrière elle qui couvraient le réfectoire du regard comme deux suricates. Au fond, près d'une fenêtre, Angelina lui faisait signe de la rejoindre. Soulagée, Ginny s'empressa d'y aller, ses deux coéquipières dans son sillage.
- Weasley ! Si je m'attendais à te voir ici !
- Et moi ! Je te croyais encore au Chili.
- Non, j'ai profité de la fin de mon contrat avec les Caracara de Tomé pour revenir en Angleterre, expliqua la jeune femme.
- La météo te manquait ? plaisanta Jordie.
- Un peu, sourit Angelina. Que devient Harry ?
- Il sera diplômé Auror en février.
- Il veut toujours pas devenir joueur pro ? se désola la poursuiveuse.
- Non, mais il joue dans l'équipe universitaire. Il a toujours un très bon niveau !
- Hmm. Je le convaincrai.
Jordie les regardait émerveillée.
- Tu as été géniale toute à l'heure !
- Merci. Je t'ai vue, tu t'es bien débrouillée aussi.
Elle finit son yaourt, le jeta dans son assiette vide et se leva.
- Faut que je vous laisse, ma coach veut me voir avant les matchs de l'après-midi.
Jordie et Cendrine hochèrent la tête et la regardèrent s'en aller comme si elles venaient d'assister à un miracle.
- Tu la connais depuis Poudlard ?
- Évidemment. J'ai même joué dans son équipe.
- Tous les jours je regrette de ne pas y être allée, soupira Jordie.
Ginny se mordit la joue pour ne pas répliquer que tous les jours, elle remerciait Merlin qu'elle n'ait pas fait sa scolarité à Poudlard. Elle aurait très certainement fait partie de ceux qui se moquaient de Luna –et d'Harry selon les périodes.
- Tu n'es pas allée à Poudlard ?
- Non j'ai fait cinq ans à Ilvermorny, puis mes parents se sont séparés et je suis venue ici avec ma mère et j'ai passé mon diplôme par correspondance. J'avais un précepteur, c'était sympa, mais j'aurais préféré avoir l'ambiance de l'école, tu vois ? Dormir avec ses copines, être tout le temps ensembles, se plaindre des profs, les révisions dans le parc, les garçons, le quidditch, les bals…
« La guerre » pensa Ginny. Mais Jordie n'y fit pas allusion et Cendrine enchaîna avec quelques souvenirs de Beauxbâtons, que Ginny trouva plus intéressants. Elle essayait vraiment d'apprécier Jordie, mais c'était plus fort qu'elle, ça ne fonctionnait pas.
Le déjeuner toucha à sa fin et les trois jeunes femmes rejoignirent leur équipe de l'Académie, à quelques mètres devant les grilles. Tout le monde était attroupé devant, attendant que les listes ne s'affichent.
Jordie, nerveuse, n'arrêtait pas de parler et ça ne la rendait que plus insupportable. Même Cendrine semblait s'en agacer.
À quatorze heure pile, les listes se déroulèrent sur les grilles et tout le monde se précipita pour chercher son nom. Ginny joua des coudes pour atteindre la liste des W. Autour d'elle, les candidats se débattaient aussi pour arriver devant la grille. Ceux qui avaient eu leurs résultats essayaient de s'extirper à contre-courant, certains pleuraient, d'autres hurlaient de joie. Ginny parvint à se frayer et se retrouva devant la liste, bousculée par d'autres. Ses yeux parcouraient le parchemin avec fébrilité. Wabbings, Wade, Watcher…plus bas… Williams, non…Weasbury, Weasley ! Elle suivit la ligne du doigt, insensible aux bourrades que la foule d'impatients lui donnait, et là, les mots magiques, le soulagement la submergea avant même de les avoir lu en entier, « qualifiée » écrit deux fois en majuscules, dans la colonne des poursuiveurs et dans celle des batteurs ! Elle laissa échapper un cri de joie et sortit de la foule pour rejoindre l'équipe de l'Académie.
Jordie vint directement à sa rencontre, folle de joie, et lui sauta dans les bras en hurlant. Ginny en déduit qu'elle avait été qualifiée à l'épreuve des poursuiveurs. Leurs deux professeurs vinrent les féliciter, avant de repartir consoler ceux qui avaient été recalés.
Tout le monde finit par rejoindre le stade. Il y avait plus de public que le matin et Ginny fouilla la petite foule du regard, à la recherche d'un éclat roux. Mais il était encore tôt et elle ne reconnut personne. La foule de candidats avait été grandement réduite. Ils étaient un peu de cinq cents à avoir passé les épreuves, il en restait à peine cent cinquante. La jeune fille en fut à la fois rassurée –elle avait réussi !, et stressée : maintenant elle était parmi les meilleurs.
Quelques rangées plus bas, Reiner se tourna vers elle et lui fit un petit signe de la main. Ginny lui répondit par un petit pouce en l'air pour l'encourager. À ses côtés, Jordie se permit de renifler avec mépris.
- Tu fais ami-ami avec la concurrence ?
Ginny dut se mordre la langue pour ne pas lui répondre.
Claudius Hammonds leur fit un discours, en louant les qualités des sélectionnés, avant de leur expliquer l'organisation de l'après-midi.
Il y allait d'abord avoir quatre sessions d'une demi-heure de mini-matchs en montante-descendante sur 25 terrains. Les candidats allaient jouer en équipes de trois : deux poursuiveurs et un batteur. Chaque match durait quatre minutes, puis l'équipe gagnante montait et la perdante descendait. À chaque session, les équipes étaient redistribuées et ceux qui se présentaient aux deux postes changeaient de rôle. Ginny vit dans les tribunes qu'ils n'étaient plus qu'une dizaine de chasubles blancs. Soit les autres avaient été recalés, soit ils n'avaient été sélectionnés que pour un poste. Étonnamment, il y avait plus de postulants pour le rôle de poursuiveur, alors que le club n'en cherchait qu'un seul.
Enfin, la journée se terminerait avec un match normal, où tous les candidats seraient appelés sur le terrain les uns après les autres. Les résultats ne seraient communiqués qu'après une ou deux semaines.
Ginny commençait comme batteuse –chasuble bleu, et se retrouva pour son plus grand malheur dans l'équipe de Jordie. Cette dernière en était ravie. Elles furent appariées à un certain Alexandre en candidat libre, qui devait bien faire deux mètres de haut et était terriblement musclé. Jordie eut l'air enchantée de faire sa connaissance, ne manquant pas de faire un clin d'œil appuyé à Ginny et de glousser en continu.
La première session de matchs ne fut pas très satisfaisante. Alexandre était très agile, Jordie était très bonne pour viser les buts et Ginny se débrouillait très bien avec sa batte, mais l'équipe ne fonctionnait pas. Les styles de vol d'Alex et de Jordie étaient très différents : l'un était très fluide dans ses actions tandis que l'autre avançait de manière beaucoup plus sèche. Jordie avait donc plus de temps de réaction que son coéquipier, qui parfois se laissait emporter par son élan et sortait du terrain, obligeant son équipe à donner le Souafle aux adversaires. Si au début, ils ne comprenaient pas trop ce qu'il se passait, ils tentèrent de s'adapter l'un à l'autre dès le deuxième match. Mais leur absence de synchronisation n'était pas aussi simple à régler, et la motivation fit place à la frustration.
Ginny eut beau faire de son mieux, à la fin de la première demi-heure, ils se retrouvèrent sur le terrain n°21. Sans être le pire résultat possible, l'équipe le prit comme une humiliation. Jordie, qui avait passé toute la session à se disputer avec Alexandre, lui cria dessus.
Les trois autres parties furent plus concluantes, du moins pour Ginny. Elle finit au septième terrain, puis au troisième. À la quatrième session, elle se retrouva avec Ernst Reiner, celui qu'elle avait rencontré dans les vagues. Il était très bon batteur lui aussi, et avec une jeune fille de l'équipe de Roumanie, ils arrivèrent au premier terrain, en face de l'équipe d'Angelina Johnson.
La sous-directrice Hestia Dellavaux convoqua tout le monde au sol et leur accorda un quart d'heure de pause. Dans la tribune du jury, les examinateurs griffonnaient et se passaient des fiches avec animation.
Ginny rejoignit ses gradins, talonnée par Jordie.
- C'est foutu, geignit la blonde. Je ne serais jamais prise.
- Tu as fait un mauvais tournoi ?
- J'ai fait le 21 avec toi, et ensuite, le 14, le 9 et le 18.
- Le 9 c'est plutôt pas mal, intervint Cendrine, assise derrière elles.
- Tu parles ! C'est moyen.
- Et toi Cendrine ? ça a donné quoi ? s'enquit Ginny.
- Au premier je suis arrivée au n°8, après j'ai fait le 13, puis le 11 et au dernier match je suis arrivée jusqu'au 7. Et toi ?
- Le 21, puis le 7, le troisième et le premier !
- Oh, tu es tellement forte, soupira Jordie.
Ginny avait très envie de rire de la déception de Jordie, mais elle prit sur elle et essaya de la réconforter. Après tout, il restait le grand match.
La pause finie, tous les participants revinrent sur le terrain. Il y aurait deux équipes : les foncés et les clairs. La moitié des chasubles bleus devint bleu marine et la moitié des chasubles verts devint kaki. Le match durerait une heure. Il n'y aurait pas d'attrapeurs, mais les deux gardiens de l'équipe, Timothy Klamp et Jane Brewer, participeraient. L'assemblée fut stupéfaite quand les deux joueurs sortirent des tribunes pour les saluer. Le reste de l'équipe était dans les gradins, avec le jury. Ginny aperçut les deux remplaçants de Cho, Philip Greeves et Jeremy Nguyen. Cho lui avait dit que le premier était imbuvable, mais que Jeremy était plutôt gentil, même s'il était un peu timide. C'était d'ailleurs Philip qui avait pris la place de titulaire.
Hestia Dellavaux choisit dix candidats, cinq de chaque équipe, pendant que les chasubles clairs et foncés s'étalèrent en bordure de terrain pour attendre leur tour. Ginny rejoignit les autres joueurs en chasubles blancs entre les deux groupes. La sous-directrice siffla le début du match et lança le Souafle.
Ginny fit de son mieux pour suivre la partie, mais comme elle s'en était doutée, c'était chaotique. D'abord parce que certains candidats étaient confus par le système de couleurs. Il y eut plusieurs moments où des poursuiveurs en vert clair firent des passes à des chasubles vert foncé, et inversement. Le groupe foncé put gagner deux points de cette manière.
Ensuite, le turn-over était rapide. Le jury avait apparemment les temps de jeu de chaque candidat, et il ne devait pas excéder cinq minutes dans chaque rôle. Seulement certains étaient sortis au bout de trois minutes, puis rappelés vingt minutes après pour finir leur démonstration. Le temps d'adaptation était donc très court et les deux équipes n'avaient aucune cohésion.
De plus, chaque joueur voulait se démarquer dans le peu de temps qui lui était accordé. Des poursuiveurs jouaient en individuel, refusant de faire des passes, certains batteurs lançaient les Cognards vers l'autre batteur de leur équipe, et beaucoup de candidats essayaient de crâner avec des figures et feintes complexes, souvent mal exécutées. Évidemment, il y eut des blessures.
Sur son premier passage, Ginny fut poursuiveuse dans l'équipe foncée. Elle réussit à esquiver plusieurs fois les Cognards, sans difficulté, et parvint même à faire deux reprises de balle et une passe décisive. En cinq minutes, c'était déjà pas mal.
C'est une fois qu'elle eut mis pied à terre qu'elle aperçut Ron et Fred dans les gradins, qui lui faisaient de grands signes. Ça lui réchauffa le cœur, même si Harry n'était nulle part en vue.
Pour son deuxième passage, elle fut appelée dans l'équipe claire, en tant que batteuse. Son temps de jeu coïncida pendant trois minutes avec Ernst Reiner et Angelina Johnson, dans la même équipe. Tout se passa très vite. Angelina, déjà largement favorite, réussit à marquer deux buts de suite, alors qu'Ernst et Ginny parèrent ensembles cinq attaques de Cognards.
À la fin de sa session, la jeune fille put voir ses frères exulter dans les gradins. Elle courut les rejoindre, après avoir félicité Ernst.
- Tu as assuré ! applaudit Ron.
- Ton binôme était incroyable, assura Fred. Vous étiez super bien synchronisés !
- Oui ! Pourtant je ne l'ai rencontré qu'aujourd'hui !
Ils visitèrent un peu les lieux, avant de transplaner au Square Grimmaurd, Ginny n'ayant plus aucune obligation. Elle apprit que George avait dû rester à la boutique, mais qu'il les rejoindrait après son service.
L'excitation et la pression de la journée étaient enfin retombées. Ça faisait des semaines qu'elle avait attendu l'événement, et elle était heureuse de dire que ça c'était très bien passé. Kreattur leur servit un thé et des gâteaux et la conversation roula tranquillement jusqu'à ce que la cheminée ne se mette à crépiter.
Hermione en émergea. Ron se redressa sur son fauteuil, les sourcils froncés.
- Il y a un problème ?
Hermione était échevelée, pâle et elle semblait nerveuse. Ginny se leva pour aller l'accueillir.
- J'ai une mauvaise nouvelle. Ne paniquez pas.
J'espère que vous avez aimé ce chapitre et ne vous inquiétez pas, on retrouvera Harry au prochain ! (dans quel état, c'est une autre question, héhé)
Maintenant quelques nouvelles. J'avais prévu d'écrire le chapitre 9 pendant mes vacances, mais j'ai juste eu le temps (et la motivation) d'en écrire le début. Je suis en Erasmus jusqu'en juillet, donc je ne sais pas si j'aurais le temps d'écrire autant que je le voudrais.
Le chapitre 8 est fini, je le publierai vers fin mars, comme d'hab'. En revanche pour le chapitre 9, je ne sais pas si je l'aurais terminé fin avril, puisqu'avec cette fic, j'écris des chapitres de 4000 à 6000 mots, ce qui est beaucoup plus que mon rythme habituel. Donc là c'est un peu comme vous préférez : soit j'updaterai le chapitre 9 quand je l'aurai terminé (et je ne sais pas quand est-ce que ce sera), soit je le divise en parties de 1000 à 2000 mots (qui correspondent à peu près à la manière dont je séquence mes chapitres). Hésitez pas à me donner votre avis, parce que moi, eh bien, j'hésite et aussi de manière plus générale, ça va faire presque deux ans que je planifie et écrit cette fic et parfois c'est un peu frustrant de ne pas avoir de retours.
Bref, à bientôt :)
