Le jour se levait doucement sur les plaines au nord de Bree. Les premiers rayons du soleil chassaient les dernières lueurs de la nuit. Le sol était encore humide de l'averse des heures précédentes. Le sol boueux conservait les empreintes des animaux qui passaient de-ci, de-là. Un vent léger caressait les branches des arbres faisant bruisser les feuilles dans une douce mélodie.
Eawyn flatta l'encolure de Nahald, sa fidèle monture. Un cousin des mearas ayant grandi en galopant dans les plaines du Rohan et ayant depuis vu bien des lieux n'ayant rien de similaire. Elle faisait route vers la Comté comme convenu avec Gandalf. Elle se tenait prête pour cette aventure qui promettait d'être entrecoupée de bien des péripéties.
Elle avait hâte. Elle avait peur. Cette histoire pouvait contrarier bien des personnes qu'on ne souhaitait pas particulièrement se mettre à dos. C'était juste. C'était ce qu'elle devait faire. Sa destinée était là, elle le sentait jusque dans son âme.
Ils avançaient tranquillement dans la forêt bordant la ville de Bree à l'abri des regards. Les deux yeux verts de la guerrière scrutaient la forêt, le moindre buisson était vérifié par son regard perçant. La garde de son épée longue dépassait de sa ceinture et un arc et un carquois accrochés à sa selle se balançaient au rythme des pas de sa monture. Elle avait renoncé à emporter sa lance et son bouclier dans ce voyage, les trouvant trop encombrants.
Elle effleura les tresses auburns qui composaient sa coiffure du côté gauche tout en pressant Nahald de s'éloigner en se sentant épiée. Elle s'écarta du sentier et s'enfonça dans la forêt, sa petite taille l'aidant à se dissimuler.
Elle sentait le contact rassurant du métal de ses poignards contre ses avant-bras et ses mollets. Elle savait pouvoir retirer le sabre court caché entre les plis de son manteau en une fraction de seconde. Rassurée, elle se contenta d'écouter les bruits environnants à la recherche d'un potentiel ennemi. Seuls les pas d'un cerf lui parvinrent plus en amont de sa position et les pépiements des oiseaux.
Elle continua sa route son attention décuplée par la sensation désagréable qu'on la suivait. Ce n'est que plusieurs heures plus tard, alors qu'elle approchait d'une rivière et qu'elle passait sous un promontoire rocheux, que le grognement d'un warg lui parvint. Elle descendit de sa monture. Elle passa sa main sur son épée, l'autre se saisit de son sabre court, la jeune femme dégaina les deux lames d'un même mouvement alors que les deux immondices lui sautaient dessus. Elle les évita d'un bond en arrière, ne laissant pas au loup le temps de se reprendre qu'elle abattit son épée coupant net sa gorge, un flot important de sang en jaillissant. Alors que l'animal s'écroulait, elle para la première attaque du monstre. Elle grimaça quand après plusieurs coups échangés, un frappa son poignet et lui fit lâcher son épée et la projeta à terre.
Elle se recula pour éviter les coups brusques de son assaillant avant de se relever tout en se saisissant d'un de ses couteaux de lancers qui trouva sa cible dans la gorge de l'orc qu'elle acheva d'un coup en plein cœur.
Elle récupéra ses lames et les essuya pour enlever le sang immonde qui les recouvrait. Elle reprit son chemin avec Nahald lui demandant de presser le pas. Cette forêt était décidément bien trop dangereuse.
Une vingtaine de minutes plus tard, la guerrière avait trouvé refuge dans un bar et le fumet du plat chaud qu'on venait de lui servir couvrait les odeurs fétides qui envahissaient l'auberge. Elle se saisit de la chope de bière posée à côté de son assiette et bu doucement en observant qu'aucun danger ne la menaçait. Elle se détendit en voyant que personne ne faisait attention à elle. Elle se permit de manger tranquillement. Il était tard quand enfin la salle commença à se vider. La jeune femme se décida alors à gagner la chambre qu'elle avait louée dans la soirée. Elle prit le temps de se laver pour enlever le sang qui avait été projeté sur elle lors de son attaque. Elle s'occupa ensuite de ses armes en prenant soin de les nettoyer pour enlever la moindre trace de l'attaque.
Nahald avançait avec entrain. Le soir même Eawyn se devait d'être à la Comté chez le fameux Maître cambrioleur. Son esprit était occupé par l'aventure qui l'attendait. Elle espérait des compagnons de voyage agréables n'ayant pas l'envie de supporter des personnes exécrables pendant plusieurs mois. Néanmoins, le fait de côtoyer le fameux Roi Thorin Oakenshield ne l'enchantait pas plus que cela. Bien que rien ne l'obligeait à lui parler.
— Aller mon grand, encore un effort dans deux heures nous serons arrivés, encouragea-t-elle sa monture.
Elle voyait l'astre solaire arriver au terme de sa course et il lui semblait apercevoir l'ombre de la lune tandis que le ciel se tintait de noir. Bien que ces terres étaient nettement plus accueillantes que les Terres sauvages plus à l'Est, elle n'aimait pas voyager de nuit. Ce n'était pas très prudent.
Elle soupira de soulagement quand plus en avant elle aperçut les premiers trous de Hobbits. Elle n'en avait jamais visité- elle n'avait pas de connaissances parmi ce peuple- néanmoins les personnes ayant été conviées au thé de quatre heures avaient rapportées que les maisonnettes étaient des plus confortables, bien que le toit était trop bas et qu'il était difficile d'y circuler quand on faisait plus d'un mètre cinquante. Une chance pour elle qui ne dépassait pas le mètre cinquante : un mètre quarante-neuf pour être exact.
Nahald la sortit de ses pensées en s'ébrouant. La rohirrim n'avait pas conscience de s'être enfoncée si loin dans ses pensées, elle se trouvait désormais en vue de la ville des Hobbits et avait déjà passé les premières maisons. Certains des petits êtres qui étaient encore dehors, mais qui se hâtaient car l'heure du souper avait sonné, la regardaient avec curiosité et sûrement un peu de méfiance.
Que faisait une inconnue dans leur village si tranquille à une heure si tardive ?
Doucement équidé et cavalière marchèrent sur le long chemin de terre en regardant les portes une à une sans percevoir le moindre signe. Elle n'allait tout de même pas passer la nuit à chercher une marque sur une porte. Elle qui ne rêvait que d'un bon repas…
Des éclats de voix fortes lui firent arrêter son avancée et prudente elle posa une main sur la garde de son épée. Elle se doutait qu'il ne s'agissait là pas de ces respectables Hobbits. En effet, la plupart étaient chez eux à manger un repas sensiblement généreux tandis que les autres se trouvaient dans le bar qu'elle avait croisé un peu plus tôt, probablement à boire de la bière tout aussi généreusement.
Son ouïe la trompant rarement lui rapportait le bruit d'arme s'entrechoquant au rythme des pas lourds de leurs propriétaires, elle en avait compté deux. Elle rabattit son capuchon sur sa tête pour dissimuler ses cheveux auburn et surtout ses nombreuses boucles d'oreilles dont le moindre reflet pourrait trahir sa position.
— Des nains ? se demanda-t-elle. Serait-ce ceux dont m'a parlé le Gris et qui feront partie de cette quête ? s'interrogea-t-elle à voix haute.
Elle attendit un moment qu'ils prennent un peu d'avance avant de les suivre à distance. Peut-être, eux, savaient-ils où était le point de rendez-vous ?
Elle les fila discrètement protégée par la nuit. Après dix minutes de marche qui lui firent traverser la Comté dans son entièreté lui sembla-t-elle, elle vit les deux nains bifurquer sur leur droite et disparaître dans un des trous. « Ce doit-être ici, songea-t-elle. ». En effet, sur la porte elle vit le fameux signe qui dégageait une douce lumière bleue. Ce signe signifiait, dans le métier : « Cambrioleur cherche un bon emploi, plein de péripéties et récompense raisonnable » nul doute qu'elle fut au bon endroit. Cela était bien trop discret comme signe. Elle fut heureuse que sa route ait croisé celle de ces deux nains lui épargnant une nuit de recherche.
Elle soulagea Nahald de son harnachement et entreposa la plupart de ses affaires dans un coin du jardin du Hobbit, elle ne pouvait pas emporter l'entièreté de son paquetage chez son brave hôte. Elle posa la selle sur le banc d'extérieur et son sac de voyage en dessous. Elle n'emporta que ses armes et son plus petit sac.
— Ne t'éloigne pas trop, Nahald. Nous partirons tôt demain matin.
Le cheval à la robe grise hennit avant de s'éloigner au trot. Au moins ne risquait-il pas grand-chose dans cette partie du monde. Sans doute, l'avait-il sentit puisqu'il ne restait pas près d'elle.
Elle prit soin de réajuster sa tunique, épousseter son pantalon, vérifier la propreté de ses chaussures, de remettre en place son plastron de cuir et de se recoiffer avant de toquer à la porte verte et récemment repeinte à vue de nez.
Elle entendit des pas précipités, des grognements et jura entendre une tirade plaintive. Elle pencha la tête sur le côté, elle tripota une des trop nombreuses boucles d'oreilles qui ornaient de haut en bas son oreille gauche, la droite n'avait qu'une boucle d'oreille ornée d'une pierre bleue.
— Il suffit ! s'exclama un Hobbit en ouvrant la porte fort brusquement, ce qui surprit la guerrière qui posa aussitôt sa main sur la garde de son épée prête à se défendre. Il y a déjà bien assez de nains chez moi.
Le petit homme se coupa dans sa tirade.
— Une femme ?! s'exclama-t-il surpris, puis gêné de son comportement il ajouta : excusez-moi, Ma Dame, je vous ai pris pour quelqu'un d'autre…
— Excuse acceptée. Eawyn, pour vous servir, s'inclina-t-elle comme de coutume chez les nains.
Le Hobbit la regarda bien indiscrètement avant de répondre par la formule d'usage et de l'inviter à entrer. Une femme ? Voilà autre chose. Était-ce une naine également ? Que venait faire une femme/naine vêtue comme un homme chez lui ? Il y avait déjà tellement de nain chez lui, plus qu'il pouvait en supporter, et voilà qu'une femme/naine s'invitait elle aussi.
— Ou puis-je me délester de mes effets ? interrogea-t-elle Bilbon Sacquet car c'était le nom de son hôte, tout en accrochant son capuchon bleu aux patères.
— Oh ! Euh… Donnez, je vais m'en charger, se reprit-il.
— Je vous en remercie, Maître Sacquet.
Elle lui donna d'abord son sac avant de lui tendre son épée et son sabre court, elle garda tout de même ses poignards, elle ne savait pas qui étaient ces autres nains. Une fois fait, elle avança vers la source du bruit et entra dans ce qui semblait être une salle à manger, la table était mise et la nourriture posée tout au centre de la grande table.
— Monsieur Bilbon ! Qui était-ce donc à la porte ? questionna une voix teintée de joie.
Eawyn se retourna pour faire face au nain qui venait d'entrer et qui semblait s'être figé avant d'avoir terminé sa phrase, bouche ouverte et yeux écarquillés. Il secoua la tête sertie de cheveux bruns mi-longs qui s'accordait avec une très courte barbe de la même couleur. Il était jeune en déduit-elle.
— Eawyn, se présenta-t-elle. Pour vous servir.
— Kíli, s'introduit le nain avant de conclure par la même phrase.
Il posa la nourriture dont il était affublé sur la table sans la quitter du regard encore surpris. Thorin ne les avait pas prévenus qu'une femme se joindrait à leur aventure et pourtant lui et son frère avait croisé la route de leur oncle deux semaines plus tôt. Dwalin et Balin n'en avaient pas fait mention eux non plus alors qu'ils parlaient des autres membres de leur communauté étrange.
Le jeune nain se redressa et se détourna de la rohirrim en entendant les pas de son frère approcher, peut-être lui en savait-il plus ? Aussi lui jeta-t-il un regard interrogateur et fort peu discret. Fíli se figea à son tour de surprise. Avait-elle acquis le pouvoir de figer les hommes sans le savoir ? Un sourire amusé illumina ses lèvres.
Sourire qui coupa le souffle du nain, il se perdit un instant dans le regard vert de la nouvelle arrivante. Il la détailla sans gêne. Elle n'était pas beaucoup plus grande que son frère ou lui, mais elle n'avait pas l'allure d'une naine. Ses yeux verts ressortaient avec force encadrés par ses cheveux auburns qui étaient maintenus par des tresses plaquées contre son crâne sur le côté gauche et laisser libre de l'autre. Une myriade de bijoux ornait son oreille exposée alors qu'une unique perle bleu décorait l'autre. Elle était vêtue d'une tenue de combat qui dissimulait difficilement ses courbes féminines. Il la trouva sublime.
C'est le coup de coude de son frère qui le sortit de sa contemplation. Elle lui offrit un sourire et veilla à ne pas sombrer dans les pupilles bleus du nain. Le blond inspira lentement et se reprit.
— Fíli, la salua-t-il finalement en s'inclinant légèrement. Puis-je m'enquérir du pourquoi de votre présence ici ? demanda-t-il sans subtilité aucune.
— Gandalf, le Maître Magicien, m'a conviée ici afin de participer à une aventure. Aussi suis-je venue, conclua-t-elle.
— Une femme... fit septique l'aîné des deux frères.
— Jusqu'à preuve du contraire oui je suis une femme, s'impatienta-t-elle.
Elle se doutait que faire accepter sa présence dans la compagnie serait compliqué. Les femmes étaient rarement des combattantes chez les Hommes, mais c'était pire encore chez les nains. Il était impensable pour eux de mettre une naine sur un champ de bataille. Elles étaient bien trop précieuses. De fait, l'idée était compliquée à accepter.
Le nain blond, Fíli, ayant perçu l'agacement de son interlocutrice et se souvenant que trop bien que mettre une femme, naine ou non, en colère n'était pas une bonne idée, un souvenir de sa chère mère Dis, choisis de ne rien ajouter et de laisser son oncle s'en occuper. Ce qui était fort sage de sa part.
— Souperez-vous avec nous, alors ?
Eawyn acquiesça avec enthousiasme, elle ne s'était pas arrêtée pour déjeuner le midi, et s'installa à table alors que le nain brun, Kíli, ajoutait un couvert. Elle sourit gentiment au Hobbit qui avait fini d'entreposer ses affaires et qui semblait mal en point : trop de nains chez lui. Elle lui posa quelques questions sur ses autres invités, mais le pauvre semi-homme ne semblait pas les connaître.
D'autres coups puissants et insistants se firent entendre, ramenant l'humeur massacrante du pauvre Monsieur Sacquet qui avait fini par se détendre un peu en lui parlant.
— Si c'est encore un nain ! s'exclama-t-il en ne finissant pas sa phrase.
— M'est d'avis qu'il y en a plus d'un derrière cette porte, lui apprit la Rohirrim.
Un boucan à vous réveiller un dragon et en effet plus d'un nain.
