Chapitre Douze

Sansa marchait d'un pas rapide et lourd d'angoisse vers la tour du Mestre. Son cœur battait si fort dans sa poitrine qu'elle pouvait l'entendre cogner contre ses tempes. Elle n'aimait pas être dans cet état de stress, mais pouvait-elle être autrement ? Elle allait à l'échafaud, vers ce bougre d'homme pour faire, elle ne savait quelle chose absurde pour savoir si elle avait la capacité d'enfanter ou non.

La Reine Cersei lui avait avoué une fois avoir subi des choses étranges de la part du lubrique Grand Mestre Pycelle après qu'elle ait perdu le premier fils de Robert.

Un vil frisson de dégoût parcourut le dos de Sansa. Elle n'écarterait pas les cuisses devant Wolkan ! Jamais !

Sansa entra dans la tour et grimpa les étages tout en se perdant dans ses pensées. Ramsay l'avait embrassé sur les lèvres dans un geste tendre ce matin avant de se lever et de s'habiller. Elle savait que si elle avait ouvert les yeux... Il ne se serait pas laissé aller à pareil geste. Perdue encore dans un demi-sommeil, elle n'avait pas eu à jouer la comédie, mais elle était certaine qu'elle n'avait pas rêvé pour autant. Quand elle commença enfin à émerger, il n'avait pas eu le temps de venir la saluer que Mestre Wolkan était arrivé en trombe dans la chambre. Un corbeau était arrivé le matin même apportant une missive pour le Lord. Ramsay avait lu brièvement celle-ci et avait demandé à Wolkan de réunir le conseil de Winterfell. Celui-ci n'était pas constitué de grand monde :

Le Mestre, la Maître d'armes, le Gouverneur et depuis Ramsay, les gars du Bâtards séjournaient désormais autour de la table.

Ramsay avait ensuite brûlé la lettre, revêtit sa nouvelle cape de fourrure et avait disparu. Elle n'en avait su plus. En se levant par la suite elle s'était rapidement habillée et avait laissé Lómion et Yvana avant de partir pour voir le Mestre à son tour.

Sansa espérait deux choses :

Que Mestre Wolkan ne soit toujours pas revenu de la réunion.

Que s'il était revenu, elle puisse lui soutirer des informations pendant l'examen.

Enfin arrivé au-dessus, elle toqua à la lourde porte en bois et cru un instant se transposer dans le corps de la petite Sansa, rendant visite à Mestre Luwin parce qu'elle avait mal à la gorge ou au ventre. Mais ce ne fut pas le vieil homme un peu strict, mais au sourire doux qui lui ouvrit la porte. Non. Mais un homme robuste, aux joues rouges et à la barbe naissante. Mais même si elle avait du mal à l'apprécier, Sansa devait reconnaître que le Mestre avait un regard bienveillant. Wolkan était certes plus rustre que les autres, mais il n'en restait pas moins doux et compréhensif.

« Comment allez-vous Lady Bolton ? »

La jeune femme frissonna devant ce nom de famille auquel elle ne se faisait guère avant de répondre :

« Je… pas très bien à vrai dire. »

Le Mestre se retourna vers elle et lui intima de s'asseoir sur la table de bois dur, ce qu'elle fit. Sansa n'aimait pas l'odeur de cette pièce. Elle sentait le vieux papier et la poussière. Déjà enfant, elle n'aimait pas rendre visite à Mestre Luwin à cause de cela. Comme quoi, certaines choses ne changeraient jamais à Winterfell, peu importe les habitants.

« Que vous arrive-t-il ? »

Elle hésita un instant, telle une enfant intimidée, mais elle se ravisa lorsqu'elle sentit les nausées qui s'emparaient à nouveau de sa gorge.

« Depuis deux jours, j'ai des vertiges incessants, et des maux de ventre…

- … Douloureux ?

- Non, pas vraiment, c'est plus… une gêne. Un peu comme lorsque j'ai mes saignées. »

Le Mestre hocha simplement la tête tout en intimant à Sansa de continuer.

« J'ai quelques sueurs froides, des nausées… Encore ce matin, j'ai vomi avant de venir vous voir… »

Mestre Wolkan écarquilla légèrement les yeux avant de s'asseoir à son bureau l'air pensif.

« Avez-vous mangé quelque chose de peu frais ? Ou bu une eau qui était stagnante depuis longtemps ?

- Rien de tout cela. Et je dois bien avouer ne rien arriver à avaler d'autres que les gâteaux aux citrons que Ramsay me ramène. »

Il croisa lentement ses mains sous son menton tout en reposant ses coudes sur son bureau de chêne. Ses petits yeux se plantèrent dans ceux de la jeune femme, il semblait rieur.

« A quand remonte vos dernières saignées, Lady Sansa ? »

La jeune femme commença à réfléchir à toute allure et le Mestre comprit qu'elle savait ce à quoi il pensait lorsque ses joues s'empourprèrent.

« Cela devrait faire une… Bientôt deux lunes que je n'ai pas… Ô quelle idiote ! »

Le Mestre, ria légèrement avant de se relever et de prendre un flacon dans lequel se trouvait un liquide ambré qu'il donna à la Dame.

« C'est de l'extrait d'anis. Cela calmera vos nausées. Reposez-vous désormais Lady Bolton et revenez me voir si vous vous sentez toujours aussi mal. Je vous rendrais visite régulièrement pour m'enquérir de votre état.

- Merci… Merci Mestre Wolkan ! »

La jeune femme ne put s'empêcher de prendre le Mestre dans ses bras tant l'euphorie gagnait son être. Celui-ci ouvrit sa porte et la jeune femme se dirigea immédiatement vers la sortie.

« Courez l'annoncer à Lord Bolton ! »

Sansa ne l'écoutait déjà plus, courant dans les escaliers, elle ne pensait plus qu'à une chose : trouver Ramsay et lui annoncer la nouvelle. Oui, elle devait le trouver, lui montrer le bonheur qui les attendait désormais. Le Nord allait avoir un héritier ! Un petit héritier. Et ce ne serait pas un Bolton. Mais un enfant Stark. Le sang des Stark coulerait dans ses veines. Il était là. Dans son ventre.

Quand avaient-ils bien pu le concevoir après toutes ces péripéties ? Quand ? Elle n'en savait rien et à vrai dire, elle s'en fichait. Ce bébé était un miracle qui lui donnait une joie impensable.

Mais alors qu'elle arrivait dans la cour enneigée, la jeune femme se stoppa net. Sa main se posa alors sur son ventre tandis qu'elle fixait d'un air absent la neige qui tombait.

Elle était enceinte.

Elle attendait un bébé.

Un être vivant se trouvait désormais en elle.

Un bébé.

Un bébé de Ramsay Bolton.

Et… Elle était heureuse ?

Les flocons tombaient lourdement sur le sol déjà blanc…

Oui, elle était heureuse, car ce bébé était le sien. Le sien et celui de personne d'autre. Peut-être que son père était un homme mauvais. Mais elle, elle était une personne bien, n'est-ce pas ? Et elle ferait tout pour que son fils… Ou sa fille… Ne ressembles en rien à son père.

« Je te protégerai.

- Parlez-vous toute seule Lady Sansa ? »

Sansa se retourna tout en sursautant vers son interlocuteur à la voix rieuse.

Édric se tenait là, son éternel sourire aux lèvres.

« Je suis désolée, je suis pressée aujourd'hui, Édric.

- Dites-moi au moins pourquoi, peut-être, pourrai-je vous aider ?

- Je cherche Ramsay, j'ai une nouvelle à lui annoncer ! »

Édric esquissa un sourire à la fois mesquin et bienveillant dont lui seul avait le secret. Il était un mélange parfait entre Eddard et Robb Stark et cela troublait Sansa au plus haut point. Il était étrange de revoir les deux piliers masculins de son enfance en un seul homme, en un inconnu qui plus est. Mais c'était ainsi. Pour la première fois, depuis longtemps, elle avait la sensation d'avoir un peu de sa famille auprès d'elle.

« Cette même nouvelle qui fait que vous parliez seule à votre ventre ?

- Comment ?

- Lady Sansa, je n'ai pas vu que des champs de bataille durant ma vie, j'ai vu également beaucoup de femmes. Des femmes tristes, des femmes heureuses… Des femmes amoureuses… Mais celles qui me donnaient le plus le sourire étaient les femmes comme vous. Celles qui venaient d'apprendre que la vie était désormais en leur ventre.

- Édric…

- La dernière fois que je l'ai vu, il se dirigeait vers le Chenil. »

Elle s'avança vers le Maître d'Arme pour le prendre dans ses bras avant de partir à toute allure, laissant le pauvre Édric hébété devant un tel acte.

« Si on m'avait dit ça un jour, j'aurais sûrement ri au nez du con qui m'l'aurait dit. »

Sansa courrait à toute allure, le cœur battant la chamade. Ses joues chauffaient et elle sentait un goût ferreux envahir sa bouche tandis qu'elle arrivait au chenil où les chiennes de Ramsay hurlaient à la mort.

Comment allait-il réagir ?

Allait-il seulement réagir ?

Peut-être allait-il ne rien en avoir à faire ?

Peut-être allait-il être en colère ?

Non. Il ne pouvait pas être en colère. C'était son enfant à lui aussi. Et les Dieux savaient à quel point il voulait un enfant.

Doucement, elle s'avança dans le Chenil. Elle voulait le surprendre, arriver derrière lui, plaquer ses mains sur ses yeux en un jeu idiot et naïf. Elle voulait que ça se passe comme cela.

Et tandis qu'elle s'approchait à pas de loup, elle se retrouva face à une porte close.

Était-ce mauvais signe ? Bien sûr que oui.

Allait-elle faire demi-tour ? Non.

Elle savait que de l'autre côté de cette porte close ne se trouvait rien de bon, rien de merveilleux. Juste le côté sombre de son époux qu'elle tentait désespérément d'oublier.

Voulait-elle réellement savoir ? Non.

Allait-elle quand même ouvrir cette lourde porte de bois ? Oui.

D'une main tremblante, elle avança vers la poignée dorée et rouillée. Déglutissant avec difficulté, elle pria en silence pour que la pièce soit vide. Mais tandis qu'elle abaissait la poignée, un hurlement qu'elle ne connaissait que trop bien résonna dans le Chenil et la nausée vint une nouvelle fois lécher sa langue avec horreur. Mais Sansa prit sur elle, rassemblant le peu de courage qui lui restait, elle ouvrit la porte dans un fracas sourd. Tombant une nouvelle fois sur une scène d'horreur.

Elle haïssait cette croix de l'écorché.

Elle haïssait cette pièce froide, sombre et humide.

Elle haïssait voir Theon, suspendu là, ensanglanté, pleurant et suppliant.

Mais ce qu'elle haïssait le plus, c'était cet homme avec ce regard fou, ce sourire goguenard qui étirait ses lèvres… Cette voix râpeuse et doucereuse à la fois. Il était là, pendu au bras de Theon, le poignard planté dans celui-ci, un lambeau de peau pendant de celui-ci.

L'espace d'un instant, elle fixa la scène.

Cela lui parut si long… Semblable à une éternité. Un temps si long et précieux qu'elle perdît à observer cette scène morbide.

Ramsay aussi était stoppé. Il était là, hébété. Il ne pouvait plus bouger un membre. Et ce fut avec soulagement ou angoisse qu'il la vit fuir sans pouvoir, à aucun moment, accrocher son regard azur.

D'un pas rapide, Sansa prit la fuite en direction de Winterfell, son cœur battant plus fort encore qu'à l'allée dans sa poitrine et le goût de la bile se répandant un peu plus encore dans sa bouche.

Non ! Elle ne voulait pas ! Elle ne voulait plus de cet enfant ! Elle ne voulait plus de l'enfant de ce monstre.

Elle se stoppa sous le pont de bois qui reliait l'arsenal et le donjon. Ses mains rejoignirent son ventre dans un mouvement protecteur.

Elle voulait de l'enfant… Elle ne voulait plus du père. Elle voulait protéger son enfant. Elle voulait protéger cet enfant qui n'était encore qu'une enveloppe de pure innocence.

Sansa croisa Yvana et Lómion, et sans un mot, elle prit la laisse du chien et disparu au Nord de la cité sous le regard inquiet de sa seule amie.

Ses pas la menèrent bien vite à un autre refuge de son enfance. Elle poussa une porte de verre et s'engouffra dans le jardin d'hiver de Winterfell. Les verrières vertes et jaunes filtraient une lumière chaude et rassurante. Lentement, Sansa s'enfonça dans les allées abandonnées où seuls les buissons et mauvaises herbes avaient survécu. Autrefois... Autrefois, il y avait pourtant eu tant de fleurs délicates et harmonieuses dont sa mère s'occupait avec soin. Elle s'arrêta vers les restants d'un petit ruisseau boueux qui fut par le passé un cours d'eau aussi translucide que le cristal. Là, elle se recroquevilla sur elle-même, cachée au milieu de la verdure, dans un coin presque obscur, elle laissa aller ses pleurs.

Quand allait-elle cesser de pleurer ? Quand allait-elle devenir forte ?

Qu'attendait-elle de lui ? Il n'était qu'un vil serpent à la langue fourchue.

Elle ne savait pas ce qu'elle avait pu croire. Tout ce qu'elle savait, c'était que son propre piège s'était refermé sur elle. Elle s'était prise à espérer qu'il change. Mais tout ce qu'il avait fait, c'était de la manipuler plus adroitement encore qu'elle ne le pourrait jamais.

Désormais, elle était sa prisonnière, plus encore qu'auparavant. Il détenait son corps... Et son cœur.

Et alors que Lómion se couchait contre elle dans un signe de tendresse, elle s'effondra sur l'animal, ses doigts se perdant dans ses poils, son visage se perdant dans le creux de son cou. Elle pleura ainsi, de plus en plus fort, de plus en plus meurtrie. Son corps entier était secoué. Mais son cœur, lui, ne battait plus. Il se brisait seulement un peu plus. Elle l'avait toujours su, qu'il continuait. Les cris horribles qu'elle entendait la nuit témoignaient bien qu'il n'avait jamais cessé. Alors pourquoi avait-elle si mal en sa poitrine ?

Soudain, Lómion releva la tête avant de prendre place devant sa maîtresse, s'arrachant à l'étreinte désespérée de celle-ci. Son dos était courbé, son poil se hérissait, ses babines vinrent se retrousser. Il émettait un son plus rauque encore qu'un grognement. Quelqu'un approchait et Lómion ne voulait pas qu'il vienne vers elle.

Sansa se recula plus encore dans les buissons tandis que Lómion restait devant elle, un air plus mauvais encore qu'Alys quand elle sautait au cou d'une biche.

Sans attendre, une silhouette apparue au détour de l'allée : grande, imposante. Sansa le reconnut aussitôt. Ses épaules larges, ses vêtements de cuirs et ses cheveux en bataille… Mais surtout, cette odeur de sang.

Lómion le reconnut également, car il vint s'asseoir, la queue remuante, regardant son maître d'un regard aimant et doux.

Elle haïssait le fait que Ramsay sache aussi bien éduquer ses chiens.

Le jeune Lord s'avança d'un pas léger et prudent dans l'allée. Il semblait hésiter. Et tandis qu'il arrivait enfin à son niveau, il se laissa tomber sur le sol à côté d'elle. L'une de ses jambes allongées, barrant ainsi la route à Sansa, l'autre pliée, signe qu'il pouvait se relever à tout moment. Il avait la tête baissée, fixant le mince filet d'eau qui s'écoulait le long du jardin.

Un instant passa, avant qu'il n'approche doucement sa main d'elle, mais qu'elle chassa d'un revers d'épaule. Elle avait la sensation d'être un animal sauvage qu'il tentait de dompter.

« Sansa…

- Allez-vous-en. »

Il marqua un court silence avant de soupirer et de reprendre :

« Tu sais que tu ne dois pas venir dans le Chenil. »

Sa voix était rauque et lasse. Il n'éprouvait aucun remord, eux deux le savait. Il semblait juste… Déçu. Et du fait de sa familiarité, Sansa comprit qu'il n'avait aucune envie de jouer au chat et à la souris. Il semblait juste… Épuisé.

« J'ai croisé Édric en te cherchant. Il m'a dit que tu avais une nouvelle à m'annoncer. »

La jeune femme se releva, les yeux écarquillés, une haine sourde enveloppant son ventre auparavant noué de dégoût et de terreur.

Elle ne pouvait cependant pas en vouloir au Maître d'armes... Le pauvre avait cru bien faire.

« Je n'ai rien à vous dire, Lord Ramsay. »

Sa voix claquait dans l'air tel un fouet et la fureur tendait chacun de ses muscles. Et tandis qu'elle esquissait un geste pour partir, son poignet fut emprisonné par la main-forte de son époux.

Comment arrivait-il à se mettre debout si vite ?

« Tu sais que je n'aime pas les mensonges, Sansa. Alors dis-moi la vérité. »

Elle ne sut si c'était sa voix froide, sans émotion, la menace silencieuse qu'il venait de faire ou le fait qu'il emprisonnait son poignet avec force, mais la jeune femme explosa. Abandonnant toute convenance, elle se laissa aller à son mépris.

« Et toi ?! Vas-tu me dire un jour la vérité ?! Qu'était cette lettre, ce matin ?! Et pourquoi tortures-tu ainsi Theon ?!

- Schlingue.

- Cesse de fuir mes questions !

- Je ne vois pas pourquoi je parlerai de cela avec toi.

- Pourquoi tenir des discussions avec son jouet ? Il est vrai que cela est inutile. »

Elle tira sur son poignet pour se défaire de la prise de son époux, mais il ne la lâcha pas.

« Sansa…

- Je n'ai plus envie de faire d'effort ! Tu ne changeras jamais.

- Tu l'as toujours su !

- Quoi ?

- Que je ne changerai jamais, tu le sais, Sansa. Tu l'as toujours su. Je suis ainsi. Je suis un Bolton ! Il faudra t'y faire.

- Mais je ne veux pas qu'il soit ainsi. »

Sans s'en rendre compte, la jeune femme venait de poser sa main sur son ventre avec inquiétude. D'abord coi, Ramsay réalisa peu à peu les paroles de la jeune femme tout en les mettant en lien avec son geste.

Un murmure suivi…

« Sansa… »

Leurs yeux se lièrent, une question muette résidant dans ceux de givre. Et elle comprit qu'il attendait une affirmation. Qu'elle apaise ses doutes, qu'elle mette fin à ses faux espoirs.

« J'attends un enfant, Ramsay. »

Parmi toutes les idées qu'elle s'était faites de l'annonce depuis qu'elle était sortie de chez Mestre Wolkan, jamais elle n'eut imaginé celle-ci. Et pourtant… Ramsay tomba à genoux devant elle, enserrant un peu plus son poignet, il la fixa avec une lueur des plus douce dans le regard.

« Sansa… Jamais je ne lui ferais de mal.

- Un accès de rage…

- Non ! Sansa… Non. C'est mon fils ! Jamais… Jamais je ne lui ferais de mal…

- En es-tu réellement sûr ? »

Doucement, il se releva, dominant la jeune femme de toute sa stature. Il vint prendre son visage en coupe entre ses mains, et il reprit d'une voix chaude et rassurante.

« Il sera un garçon digne. Digne de la Maison Bolton. Digne de la Maison Stark. Il sera digne du Nord… Sansa… Dans ses veines, coule le sang des deux grandes Maisons du Nord… Notre fils… Mon fils…

- … Et si c'est une fille ? »

La voix de Sansa se brisait, allait-il écorcher le bébé à la naissance s'il s'avérait que ce soit une fille ?

« Si c'est une fille, tous ses prétendants finiront écorchés autour de Winterfell. Je la protégerai, bec et ongles. Elle sera la prunelle de mes yeux. »

Un sourire à la fois triste et empli d'amour vint fendre le visage de Sansa. Dans un geste plus doux encore elle vint le prendre dans ses bras et embrassa ses lèvres. Ramsay n'était pas un homme bon. Il était même tout le contraire. Et il ne serait probablement pas un père exemplaire. Mais il protégerait sa famille, quoi qu'il lui en coûte, et c'est tout ce que Sansa voulait savoir. Elle voulait que ses enfants soient en sécurité.

Il fallait qu'elle oublie, qu'elle cache les démons de Ramsay. Elle devait cesser de croire qu'il changerait. C'est elle qui devait changer.