[NdA : J'ai mis le chapitre 3 à jour pour faire mieux ressortir le fait qu'il fasse nuit lorsqu'ils s'évadent. Puisqu'une fois accoutumés les yeux arrivent assez bien à distinguer les formes même avec seulement un ciel étoilé, ce détail ne modifie pas le cœur du chapitre, j'ai seulement ajouté des détails pour plus d'immersion. Bonne lecture ! ]
Les jeunes chevaliers avaient déjà eu cours sur les attaques de châteaux et de ce qui faisait de Kaamelott une forteresse aussi résistante aux sièges.
Le maître d'armes leur avait expliqué que le roi avait construit son château sur une butte entourée d'une plaine pour voir les ennemis arriver et le tout entourés d'un marais et d'une forêt sauvage qui ralentirait les troupes. Et Yvain et Gauvain en le savaient : une personne qui ne connaissait pas les lieux n'avait aucune chance de s'orienter dans les bois moussus ni de savoir où éviter les tourbières. Eux ne craignaient pas de se perdre, ce sous-bois ils l'avaient souvent parcouru pour aller et venir du château, pour partir ou revenir en douce.
La nuit était légère, la lune n'était pas levée mais la lueur faible du ciel leur permettait au moins de s'orienter et de distinguer les arbres et les mares. Le reste se faisait à l'instinct et l'habitude.
C'est ainsi qu'ils s'éloignèrent du château et contournèrent les champs de combat sans être vu. Ou presque.
Par trois fois Yvain s'était arrêté pour tendre l'oreille derrière eux. En plus du bruit spongieux des mousses sous leurs bottes et du bruissement bruyant de leurs habits, la forêt n'émettait presque pas de bruit. Quelques crapauds se taisaient bien avant leur approche et les chauves souris s'éloignaient en groupe. Mais il y avait un bruit qui restait régulier, de minuscules craquements de branches à chaque fois qu'ils ralentissaient ou s'arrêtaient pour se reposer. Et pas moyen de le localiser.
« Pourquoi vous ralentissez ? On est presque sortis de la forêt.
-Vous n'entendez pas comme un bruit ?
-Quel genre de bruit ?
-Heu… Craaack ?
-Une branche qui craque ? On est suivi vous pensez ?
-P't'être. En tout cas tout ça me dit rien qui vaille. »
L'heure n'était pas à chasser les fantômes qui hantent les marais.
Ils étaient déjà à l'orée du bois, non loin de la route qui mène au village fortifié. Le chemin pavé semblait désert et calme, cependant après le tournant qui menait au village il y avait les lumières des torches signe que les portes du village étaient ouvertes. Sans parler de l'odeur de brulé qui leur parvenait.
« Et maintenant que faisons-nous ? Vous semble-t-il judicieux que nous nous aventurions à découvert ?
-Bah y'a personne pour le moment, et si on veut prendre les envahisseurs à rebrousse-chemin autant avancer sans s'galérer dans les ronces. »
Armes à la main, ils sortirent et marchèrent d'un pas assuré vers le village. D'après les ordres donnés aux soldats le gros des combats était là-bas alors c'est là qu'ils iraient. Cependant dès entrés dans le village Yvain le sentit : quelque chose clochait. L'odeur de fumée provenait d'une carriole de paille qui brulait, la plupart des maisons avaient portes et volets fermés pour la nuit mais quelques-unes avaient été marquées par des coups d'épées mais l'endroit était désert. Il y avait des corps au sol, quelques animaux de la ferme, un cheval, et des traces de sang par endroit mais pas de combattants, pas de villageois. Yvain retient par le bras son camarade qui avait tourné les talons, une main sur la bouche et le teint verdâtre à la vue des animaux morts.
« Attendez-y a un truc qui cloche…
-Vous pouvez me lâchez, je crois que je vais dégobiller ?
-Mais regardez, c'est trop pas possible que ce soit là les combats !
-Je préfère pas regarder en fait…
-Vous avez entendu les chevaliers, ils ont envoyé plein de soldats au village contre les envahisseurs ! Presque toute la garnison de Kaamelott ! Où sont les envahisseurs et les soldats ? Non, on se trompe d'endroit c'est trop sûr. On est venu ici pour rien, merci quoi ! »
Rassuré à l'idée de s'éloigner du charnier, Gauvain suivit le prince de Carmélide qui retournait dans les bois, toujours dans l'idée de rester discret. Mais à peine eurent-ils passés les portes du village qu'une chose leur tomba du ciel, arrachant un cri de surprise aux deux chevaliers. Après une seconde il s'avéra que la chose était un casque en métal absolument inoffensif dont les motifs ouvragés renvoyaient la lumière derrière eux. Une seconde de plus pour lever les yeux et ils virent un gros oiseau au-dessus d'eux, perché sur le haut de l'arche de la porte de village.
« Le hibou de Merlin ? Mais que fait-il ici ? Nous a-t-il suivit depuis le château ?
-Ouais je me demande surtout pourquoi il nous balance un casque à la tronche ! On dirait ma mère quand je veux pas mettre mon armure !
-Vous pensez qu'il veut nous l'offrir ? Il est peut-être amical après tout. »
Le hibou se renfrogna avec un hululement grave, tendant les aigrettes en avant.
« Merci monsieur le hibou, c'est bien gentil, mais vous ne pourriez pas nous aider à retrouver les envahisseurs ?
-Mais qu'est ce que vous foutez ? Vous croyez qu'il comprend ce que vous dites ? C'est juste un piaf !
-C'est l'oiseau de compagnie de Merlin, je suis sûr qu'il peut nous comprendre ! »
Réagissant à la discussion comme s'il savait très bien qu'ils parlaient de lui, le hibou donna sa réponse… en crachant quelque chose sur la tête d'Yvain. La pelote, vestige d'une souris digérée et desséchée, lui rebondit sur la tête avant de tomber à ses pieds.
« Mais ! Ah c'est dégueu !
-Vous voyez, il vous a entendu. Je suis sûr que vous l'avez vexé.
-Ah parce que c'est ma faute en plus, non mais merci l'amitié, j'y crois même pas… »
Ignorant son ami qui faisait sa tête de mule, Gauvain releva les yeux vers le rapace. Il en était certain, si Merlin l'avait comme animal de compagnie c'est que c'était un oiseau très intelligent. Et puis, il pouvait voler alors s'ils pouvaient communiquer peut-être les aiderait-il. Un prédateur nocturne devait être d'une grande aide pour trouver ce qu'ils cherchaient.
« Monsieur le hibou, on veut contourner les envahisseurs pour les attaquer dans le dos, vous pouvez nous aider ? »
Déployant ses ailes immenses, le grand-duc se posa à terre et se mit à marcher avec une démarche maladroite vers le sous-bois, vers là d'où ils venaient.
« Voilà je vous l'avais dit, il comprend rien ! Il retourne vers le château !
-En même temps, messire Yvain, il n'a pas tort, les envahisseurs sont surement près du château.
-Si on retourne sur nos pas on va se faire poutrer, faut qu'on continue de les contourner par les chemins.
-Mais… les envahisseurs sont déjà passés par le village, ils doivent être prêts à attaquer le château !
-S'ils attaquent le château ils vont se prendre des rochers sur la tronche, et nous aussi si on y va alors c'est trop une idée pourrie. Mon père il dit qu'il faut toujours attaquer les chefs des armées si on veut prendre le pouvoir. Enfin, il dit aussi qu'il faut couper la tête du serpent en premier, mais j'suis pas sûr de cette idée.
-Vous pensez que nous pourrions attaquer les chefs des envahisseurs ?
-Bah… Les chefs sont toujours moins nombreux que les soldats, du coup on a plus de chance. En plus ils ont toujours plein de torches pour regarder leurs cartes, nous on nous voit pas !»
Ce plan semblait convenir aux deux qui, même s'ils voulaient pouvoir se démarquer enfin avec un fait d'arme en temps de guerre, ne voulaient pas non plus se mettre en danger et risquer une blessure. Le seul que l'idée ne réjouissait pas était le hibou qui gonfla ses plumes grises et hulula d'un air agacé, sautillant sous le couvert des arbres en les fixant.
« On dirait qu'il veut qu'on le suive.
-On n'a pas le temps de parler aux animaux, seigneur Gauvain, venez. »
Yvain ne lui laissa pas le choix et le tira par le coude pour l'obliger à s'éloigner de l'oiseau. Le prince de Carmélide ne se souciait pas de l'avis d'un piaf qui ne devait pas comprendre leur situation, ils étaient des chevaliers et ils étaient occupés ! Et ça n'avait rien à voir avec le fait que ce plumeux lui avait balancé une merde à la tronche !
Le chevalier au pancréas ne put se résoudre à partir en dispute contre son ami pour un sujet aussi futile, il lança un regard désolé au hibou avant de suivre Yvain sur la piste qui quittait le village.
Leur plan, d'un accord commun, était de s'éloigner suffisamment du village et du château pour pouvoir contourner les ennemis et espérer trouver leurs chefs qui devaient être à l'arrière. Et s'ils tombaient nez-à-nez avec des attaquants et bien, ils improviseraient. Yvain avait d'assez bonnes connaissance en guerre et campagnes, l'air de rien, il prit la tête de leur duo pour marcher d'un bon pas, arme à la main. En plus ici, ils ne craignaient pas que des gens de Kaamelott ne les voient et ne décident de les ramener dans les oubliettes, ils étaient donc plus sereins.
Le chemin carrossé était très praticable car il s'agissait du principal accès à Kaamelott et cela se voyait par la tenue de la route, proprement pavée et sans boue, et les pancartes clairement identifiées. De chaque côté, les champs et les bocages présentaient les plus belles exploitations agricoles. Enfin, en temps normal. Le passage des assaillants avait détruit des clôtures, éparpillé les troupeaux apeurés, saccagés quelques cultures. De nuit, les lieux étaient encore plus sinistres. Quel que soit le peuple qui était passé, il s'agissait de bourrins, les deux garçons en étaient certains. Mais cela ne les aidait pas à déterminer de l'origine des envahisseurs car c'était une caractéristique commune à la plupart des peuplades barbares qui venaient leur rendre visite et occasionnellement essayer de conquérir la Bretagne.
Après une demie-lieu dans la campagne nocturne, des cris lugubres finir par les alerter. Ils se retournèrent, armes à la main, vaillamment brandies. Deux lueurs jaunes spectrales approchaient d'eux à toute allure comme des feux follets. Mais ce n'était que les yeux du hibou qui les suivait en volant, il tenait toujours le casque dans ses serres.
« Mais…il ne va pas nous lâcher ce piaf ? »
Loin de les lâcher, il laissa tomber le casque et se posa dessus avant de fixement regarder les jeunes chevaliers avec ses grands yeux ronds lumineux. Il hulula férocement.
« Messire Yvain, ce noble oiseau doit avoir une information de la plus haute importance à nous fournir.
-Parler aux oiseaux, ça fait trop la quête de bouseux, j'y crois même pas… »
Le soupire d'Yvain signifiait clairement qu'il ne soutenait pas l'idée, mais comme il ne repartait pas il semblait vouloir laisser sa chance à son ami. Gauvain remit son épée à la ceinture pour avoir les mains libres et avança prudemment en les levant en signe de paix.
Le rapace semblait apprécier ce comportement car il descendit de son perchoir et donna un coup de bec dessus, faisant un bruit métallique.
« Quoi, c'est ce casque qu'il veut nous donner ? Putain j'avais raison, c'est ma mère qui l'a envoyé, mais je mettrai pas ce casque les casques ça fait trop nul !
-Je crains que vous ne vous trompiez, ce n'est pas un casque de Kaamelott, regardez ! »
Prenant la pièce d'armure dans les mains, Gauvain la montra à son camarade pour qu'ils l'examinent à la lueur des étoiles. Jusqu'à présent ils avaient plus regardé le hibou que son cadeau, ce n'était pas faute de l'avoir laissé tomber sous leur nez, mais maintenant ils comprenaient. La partie protégeant le crane était particulièrement haute et il y avait des rabats pour protéger les joues, le tout en métal orné de symboles dorés.
« Hé mais je reconnais ! Mon grand-père il en a plein des comme ça dans sa collection !
-Le seigneur Goustan collectionne les casques ? Je l'ignorais.
-Ouais bah en même temps j'y vais pas souvent, il garde les casque avec les têtes dedans… Mais ça c'est anglais ! Grand-père en a dérouillé toute une garnison quand il était roi de Carmélide.
-Vous voulez dire… comme les Angles ? Serait-ce donc eux qui tentent de nous assiéger ?
-Bah, y a des chances ouais. Enfin, c'est ce que votre piaf nous dit. Enfin, il aurait pu parler, ça aurait été carrément plus pratique. »
Maintenant Yvain y croyait un peu, peut être que ce hibou avait été dressé par Merlin ou Elias pour servir de messager. Gauvain en avait les yeux qui brillent de joie. Deux chevaliers partis sauver leur royaume accompagner d'un hibou magique, ça aurait de quoi inscrire leurs noms dans la grande légende arthurienne aux cotés de leurs ainés !
« Merci, noble volatile ! Que devons-nous faire maintenant ? »
La réponse ne se fit pas tarder : l'oiseau tourna des talons et se mit à marcher là d'où ils venaient.
« Il faut que nous retournions au château ? Ou…au village ?
-Ouais non mais je veux bien croire qu'il nous comprend mais là c'est n'importe quoi, il va pas du tout dans la bonne direction ! Un chef de guerre se met jamais sur la première ligne, c'est genre la base quoi !
-Non nous voulons allez là-bas, noble oiseau, il faut que vous nous montriez où sont les chefs des Angles ! »
Gauvain tenta de retenir l'oiseau en se mettant devant lui et en le repoussant vers la direction qu'ils voulaient prendre, il ne gagna qu'un coup de bec sur la main.
« Ow ! Il m'a pincé ! »
Le prince d'Orcanie eu un regard blessé, plus par le fait que cet oiseau magique ne semblait pas coopérer que par la blessure de sa main qui était bénigne. Le hibou ne lui avait pas fait mal mais il ne voulait pas non plus les aider. Il semblait tout faire pour leur faire rebrousser chemin.
Jusqu'à ce que soudainement il s'arrête et tourne la tête d'un demi-tour complet, leur donnant au passage une grande peur en le voyant se tordre le cou ainsi.
« Mais que fait-il !?
-Je sais pas mais il me fait trop flipper, j'espère qu'il est pas possédé parce que je sais pas comment faire un exotisme moi ! »
La vision était si surprenante que Gauvain ne pensa pas à reprendre l'erreur de mot. Il s'était rapproché de son ami et tous deux observaient l'oiseau qui, la tête comme disloquée en arrière, tournait son visage comme un félin aux abois, ses aigrettes largement dressées sur sa tête comme deux oreilles. Dans la pénombre, ses yeux étaient deux disques d'or qui semblaient tout voir, fixes et mystérieux. Il resta ainsi presque fixe pendant plusieurs longues secondes puis il déploya ses ailes et fondit sur eux, serres en avant.
Surprit par l'attaque chacun se sentit visés, les deux jeunes hommes levèrent bras et armes devant leurs visages pour se protéger mais c'était seulement Yvain qui fut pris pour cible. Il lâcha un cri en sentant les griffes du rapace frôler sa tête et le souffle des battements d'ailes battre près de sa figure. Mais il n'y eu pas de griffures, pas de coup de bec, le hibou s'envola sans demander son reste.
Perplexes après cette attaque qui semblait venir de nulle part et finir comme cela, ils se regardèrent par-dessous leurs bras levés et les plumes qui retombaient avant de chercher ce terrible ennemi des yeux.
« Que s'est-il passé ? Vous a-t-il blessé ?
-Nan mais la trouille que j'ai eue ! Il débloque complet ce hibou ! »
Se faire attaquer par un oiseau de nuit alors qu'ils s'étaient préparés à affronter des barbares, cela relevait de la comédie absurde, Gauvain ne put retenir un rire nerveux pour extérioriser la peur passée et l'incompréhension qui en suivait.
Yvain n'avait jamais partagé la peur de sa sœur concernant les oiseaux, pourtant en voyant un membre de la plus grande espèce de hibou de Bretagne foncer sur eux à contrejour, griffes au clair, il avait craint pour son intégrité physique. Les grands ducs étaient particulièrement féroces et il avait déjà entendu dire qu'ils pouvaient tuer un loup. Mais comme il aimait encore moins les loups que les hiboux, l'information l'avait toujours rassuré. Sauf là, quand il s'était sentit comme un loup attaqué par le hibou de Merlin.
Heureusement, il n'avait rien. Il s'en assura en tâtant son crâne pour vérifier qu'il n'y avait pas de blessure, c'est là qu'il remarqua que ses cheveux courts avaient un peu trop de liberté.
« Putain ! Il m'a arraché mon bandeau ! »
Sa main ne trouvait plus la tresse de cuir qui ceignait habituellement son front et retenait ses cheveux au niveau de ses oreilles. Un hululement fort leur donna l'emplacement du coupable. Le hibou gris, le bandeau d'Yvain entre les serres, s'était posé sur une barrière qui donnait accès à un des champs saccagés par les envahisseurs.
« Rends-moi ça, espèce de voleur ! »
Yvain, la hache à la main, se précipita vers l'oiseau qui s'envola et se posa au milieu du champ un peu plus loin. Seuls ses yeux étaient visibles et semblaient les narguer de loin. Prit de colère le chevalier au lion escalada la barrière pour entrer dans le champ et le poursuivre.
« Hé ! Attendez messire Yvain ! »
Gauvain n'eut d'autre choix que de le suivre, voyant son ami chasser le hibou qui toujours s'envolait plus loin. Courant les uns après les autres, le hibou les fit franchir un passage dans la haie et les amenait plus loin dans les bocages, là où les ombres étaient plus épaisses dues aux haies et aux arbres qui cachaient le ciel. Tout cela ressemblait à un piège, mais il ne pouvait pas laisser Yvain y aller seul.
Enfin, il vit Yvain s'arrêter en bordure d'un pré et se mettre à genoux pour tâter le sol frénétiquement. Le temps de le rejoindre en courant, le prince de Carmélide avait retrouvé son lacet de cuir et le remettait avec un air contrarié.
« Il m'a fait courir pendant des heures ce con, c'est trop un gamin !
-Messire Yvain, il y a quelque chose d'anormal !
-A part une saleté de piaf qui vole mes affaires vous voulez dire ?
-Non, pourquoi a-t-il autant insisté pour que nous rebroussions chemin et juste après il nous amène ici ? Tout cela ne me dit rien qui vaille ! »
Pour cela, ils étaient d'accord. L'oiseau était perché dans un chêne et continuait d'hululer.
« Je vais le caillasser moi, il va moins se moquer ! »
Il fit quelques pas pour chercher sur un muret un caillou quand un bruit l'alerta, un roulement lointain qui se faisait crescendo. Yvain réagit le premier.
« Des cavaliers, planquez-vous ! »
Gauvain ne perdit pas une seconde pour rejoindre son ami et se recroqueviller contre le muret du pré. Son ami avait vite compris la situation, le champ était longé par un chemin et des gens arrivaient au grand galop. Qui des chevaliers ou des envahisseurs approchaient, là était toute la question. Peu importe, les deux jeunes hommes se croyaient toujours recherchés pour évasion des prisons et préféraient ne pas risquer quoi que ce soit.
Quelques secondes après s'être cachés, une lueur jaune grossit en bout de chemin, en direction de Kaamelott, puis, tonnerre roulant de sabots, les cavaliers passèrent. Ils étaient moins d'une dizaine et galopaient à bride rabattue, sans ménager les montures qui soulevaient de gros nuages de poussière dans leur course. Ils purent jeter un coup d'œil quand les cavaliers furent de dos et de ce qu'ils virent c'était qu'ils ne portaient ni armure de Kaamelott ni habits locaux, en revanche leurs torches malmenées par la course reflétaient sans peine des tenues aux motifs identiques au casque que le hibou leur avait amené.
Et au milieu de ces habits étrangers il y avait un pan de tissu blanc.
Au milieu de ces bruits de sabots, il y avait un cri. Un cri féminin.
Aussitôt ils se regardèrent avec l'air choqué.
« Cette voix… c'est ma sœur !
-Ils enlèvent la reine ! »
