Harry Potter était un enfant presque comme les autres, merci bien ! Il était un jeune sorcier, avec une famille aimante et attendait les quelques années futures avec excitation. Enfin, cela s'il avait été parfaitement normal, ce qui n'était vraisemblablement pas le cas. Contrairement à son frère jumeau qui possédait les yeux bruns de son père, lui les avait vairons. Chose incongrue, vous en conviendrez.
Un de ses yeux rappelaient la beauté sauvage, mais bienveillante des pins, de la forêt. Il partageait la couleur de cet œil avec sa mère, Lily Potter. Son autre œil évoquait l'argent en fusion, ou à d'autres moments, une mer déchaînée. Cette couleur lui était apparue i peine quelques années, après une « crise » comme l'appelait ses parents.
Un jour, soudainement, il s'évanouit. Il resta dans le coma plusieurs mois, sans qu'aucun médicomage n'ait pu poser un diagnostic à cette maladie. Comme la Belle, il s'était profondément endormi pour se réveiller longtemps après.
Il n'avait pas raconté ce qui lui était arrivé, de crainte de passer pour un fou. En effet, il avait vécu en tant que Salazar Serpentard, le fondateur de Poudlard ! Il était évident qu'il ne pouvait pas évoquer un tel phénomène à qui que ce soit. Bien qu'il ait seulement huit ans, il avait comprit l'importance de ne pas discuter de ce problème. Il ne souhaitait pas qu'on le traite de fou, qu'on lui donne des potions pour oublier ces étranges visions. Quand il dormait la nuit, il rêvait d'être Salazar. Il éprouvait ses émotions, ses pensées, il vivait sa vie. C'était étrange, mais au fil des deux ans qui avait suivi la crise, il avait cessé de se questionner là-dessus.
Bien qu'il ait gardé le secret, il se doutait bien qu'il mènerait l'enquête pour en savoir plus sur ce secret. À cause de cette crise, ses parents surveillaient constamment ses réactions à certains moments, comme s'ils craignaient que cela recommence. Il était différent de son frère là-dessus, il appréciait l'inquiétude sincère de ses parents. Gabriel était une tornade, comme leur père. Là où lui appréciait traîner dans la bibliothèque familiale, ou en compagnie d'un cheval de leurs écuries.
Aujourd'hui, la chaleur pesait sur eux. Lily avait invité les Weasley à la maison, puisque Gabriel et Ron, leur dernier fils, était de très bons amis. Harry n'était pas proche de Ron et ne connaissait pas les autres rouquins, cependant sa mère avait insisté pour qu'il joue avec eux avec des ballons remplis d'eau. C'est de mauvaise humeur qu'il était descendu de sa chambre, en maillot de bain. Gabriel avait retiré ses lunettes et riait avec Ron dans le jardin.
Il se figea sur le pas de la porte en reconnaissant un des invités. Non, deux. Il les connaît. Mais pas de cette vie, de l'autre vie. Il connaît ce jeune garçon embêtant, ce noble qui vient se salir avec lui. Gryffondor ! Celui qui le taquine à ce qu'il lui apprenne la magie de la même façon que Salazar s'en sert. Même sa voix est identique.
—Tiens …
—Tu dois être …
—Harry ! terminent-ils en choeur.
Harry se sent incapable de parler, d'ouvrir la bouche. Il les fixe, trop surpris pour savoir quoi dire.
—Je …
—Je ne m'attendais pas non plus à te voir ici, dit l'un des jumeaux.
—Ni à ce que nous vivions la même chose !
Ils se tournent vers les autres enfants turbulents pour s'assurer qu'ils ne sont pas écoutés. Lily et Molly discutent ensemble près d'une table remplie de friandises.
—Eh bien, tu as perdu ta langue …
—Tu l'as donné au lion ?
—Vous … vous !
Ils ricanent devant sa gêne, l'un des jumeaux pose un bras sur son épaule. Harry veut reculer d'un pas :
—Pas la même de me vouvoyer, je ne suis …
—Plus un noble !
—Quant bien même, vous êtes Godric ! C'est réellement vous !
—Oui, c'est moi. Bon …
—Je possède deux corps, mais ce n'est qu'un menu détail, affirme l'un des jumeaux.
En voyant que Molly approche d'eux avec un air sévère sur le visage, ils sourient et se contentent de dire :
—C'est en tout cas un très grand honneur de faire votre connaissance, Harry Potter !
—Fred, Georges ! Par Merlin, est-ce qu'ils t'embêtent Harry ? Il ne faut pas hésiter à me le dire !
—Non, madame Weasley, ils se présentaient.
—Je vous ai à l'oeil, bande de sale morveux.
Elle s'éloigne, les jumeaux poussent un soupir de soulagement avant de rétorquer :
—Ton frère, il n'est pas impacté ?
—Non. Je suis tout seul.
—Oh allons ! Tout seul …
—Nous sommes là enfin !
—Savez-vous pourquoi cela arrive ? demande Harry.
—Pas le moins du monde. Mais je dois admettre que je me sens moins seul avec toi dans les parages. Je pensais que j'étais fou.
Harry pousse un soupir et détourne le regard. Il se souvient que trop bien de leur rencontre, ainsi que de leurs premières interactions. Il se sent rougir rien que d'y repenser. Godric est toujours aussi insouciant, presque naïf. C'en est presque attendrissant. Mais lui, il ne l'est pas.
Il vit dans la pauvreté, avec sa mère. Il n'y a que la magie qui lui permette d'avoir une vie un tant soit peu agréable. Il la maîtrise comme sa respiration. Il laboure le champ, cueille les pommes, s'occupe des poules. Un jour, qu'il avait échappé à un précepteur particulièrement ennuyeux, Godric l'avait supplié de lui apprendre à utiliser la magie de la même façon. Salazar se souvient de ses deux grands yeux briller dans la lueur matinale, de sa fascination sincère. Il ne l'avait pas vu comme l'ignoble bâtard, mais comme Salazar. Il s'était même courbé devant lui.
Il l'avait envoyé sur les roses, et ordonné de retrouver son foyer, non loin d'ici. Mais, il était revenu chaque jour, assidûment, jusqu'à ce qu'il se mette à l'imiter au quotidien. Salazar ne l'avait jamais avoué, mais il avait apprécié son aide quotidienne dans leur petite cabane. Sa mère s'était aussi attaché au jeune noble, allant jusqu'à l'accueillir à sa table. Salazar s'était toujours senti mal de lui servir des mets si peu goûteux, ou de le faire dormir sur de la paille. Néanmoins, Godric ne s'en était jamais plaint.
—Tu réfléchis trop, Harry.
—Je … je suis simplement heureux de ne plus être seul, dans cette situation.
Fred pose une main dans ses cheveux dans un geste affectueux. Georges lui offre le sourire le plus éclatant du monde avant de rajouter :
—Moi aussi, je suis heureux de te retrouver. Tu m'avais manqué.
—Hé, vous deux ! Vous embêtez pas mon frère, j'espère ?
—Non, ils ne m'embêtaient pas, intervient Harry. Pas le moins du monde.
