Cette douleur dans ma poitrine

Eddie sursauta quand il entendit les coups frappés à la porte.

Il grogna en enfonçant sa tête dans son oreiller. Il avait l'impression qu'il venait à peine de fermer les yeux. Il s'extirpa néanmoins de sous la couette quand on frappa de nouveau.

Il jeta un œil à l'heure en passant

Il était rentré depuis seulement une heure. C'était injuste. Il allait congédier l'opportun avec pertes et fracas.

– J'arrive, grogna-t-il quand l'indésirable recommença à malmener sa porte.

Dans son empressement, il rata son virage et son petit orteil heurta violemment le chambranle de la porte.

– Putain, siffla-t-il en claudiquant jusqu'à sa porte, qu'il ouvrit brusquement. Chim ? s'étonna-t-il sentant toute sa colère retomber comme un soufflé en voyant les yeux rouges de son ami.

– Oh mec, on a tellement foiré, affirma-t-il en entrant sans attendre d'invitation.

Il se dirigea tout droit dans le salon, en laissant tomber son sac sur le passage. Eddie referma la porte, intrigué, avant de le suivre. Il se passa une main sur le visage pour tenter de se réveiller.

Il ne cracherait pas sur une tasse de café.

– Hen et le Cap ne sont pas encore là ? demanda-t-il en se tournant vers lui.

– Euh… non. Je dormais en fait.

– Alors, tu ne sais pas, sembla-t-il comprendre.

– Je ne sais pas quoi ?

– Pour Buck, déglutit-il faisant se tordre inconfortablement quelque chose au fond de son estomac. Tu ne sais pas ce qui lui ai arrivé ?

Dans d'autres circonstances, Eddie aurait été en colère à la simple mention du nom de son ami mais les lèvres tremblantes de Chimney et ses yeux larmoyants rendaient la conversation inquiétante. Il sentit l'angoisse se rependre en lui et lui enserrer le cœur. Son estomac se souleva de peur que Buck soit en danger.

– Buck, souffla-t-il. Bobby voulait… l'appeler, se souvint-il de plus en plus terrorisé à l'idée qu'il soit blessé ou peut-être pire.

– Il a coupé sa ligne, l'informa Chimney.

– Quoi ? Mais quand ?

– Je n'en sais rien. Une semaine, peut-être deux.

Deux semaines.

Buck n'était plus joignable depuis deux putains de semaines et personne ne s'en était rendu compte avant aujourd'hui. Quel genre d'amis étaient-ils donc ?

– Ouais, confirma Chimney en voyant où l'entrainait son fil de pensées. Avec Hen et le Cap on a été au loft. On voulait comprendre mais il a déménagé, apparemment juste après le procès.

– Il vit où maintenant ? s'enquit-il perdu.

Chimney se mordit la lèvre pour retenir ses larmes et la peur d'Eddie s'amplifia encore.

– Chim ? Il est où là ?

– Chez Athena, je pense. Karen l'a trouvé par hasard et il n'allait pas bien, pas bien du tout. Il vivait dans sa voiture, Eddie.

Eddie essuya la larme qui lui échappa.

Il ne pouvait pas croire qu'ils avaient abandonnés Buck à son triste sort sans même s'inquiéter de son silence avant aujourd'hui. Il ne comprenait même pas comment tout ça avait pu arriver.

– Le département lui a coupé les vivres, poursuivit Chimney. Et il a dû rompre son bail et vendre ses affaires pour payer ses frais d'hôpital et d'avocat. Maddie a dit qu'il voulait mourir.

Eddie cessa de respirer et se laissa tomber sur le sol.

Il ferma les yeux et se força à prendre de grandes respirations pour se calmer. Il ne pouvait pas croire que Buck aille si mal et qu'il n'ait pas cherché à demander de l'aide, à aucun d'entre eux.

Buck avait toujours été là quand il en avait eu besoin mais Eddie l'avait abandonné, il connaissait ses problèmes d'insécurités mais il l'avait laissé sombrer. Si Buck ne s'en remettait pas, il ne se le pardonnerait jamais.

– Est-ce qu'il est… je veux dire, est-ce que ça va aller ?

– Il a vu un psy et il a un traitement. Il est pris en charge et le département va payer ses soins le temps qu'il aille mieux. Maddie dit que ça sera long mais que ça ira.

– Pourquoi il n'a pas vu le psy tout suite ? explosa-t-il. Merde, Chim, ça fait un mois qu'il doit prendre rendez-vous avec celui du département pour pouvoir revenir au travail. Pourquoi il n'y a pas été, bordel ?

– Il ne pouvait pas, souffla Chimney, les larmes roulant sur ses joues cette fois. Comment j'ai fait pour pas voir ça, pour ne pas comprendre ? J'aurais dû réagir, l'aider, putain !

– Je ne comprends pas, explique-moi !

Chimney déglutit plusieurs fois et Eddie lui laissa le temps de se calmer, malgré son empressement à savoir.

Puis, son ami essuya ses larmes.

– Il l'a déjà vu une fois, quand il était encore probie. C'était la première fois qu'il perdait quelqu'un en intervention. Il ne l'avait pas bien pris du tout et le Cap l'a envoyé consulter pour être sûr qu'il pouvait continuer.

– Et ça s'est mal passé ?

Chimney ferma de nouveau les yeux et Eddie bouillait de ne pas savoir. Il savait que ce qu'il allait lui dire serait difficile à entendre. Chimney n'était pas du genre à s'effrayer facilement. Alors, il lui laissait le temps même s'il brûlait de ne pas savoir ce qui était arrivé à son meilleur ami, pourquoi il s'était laissé aller à cette déchéance. Il savait que, de toute façon, le brusquer serait contre-productif.

– Il a été la voir et le lendemain quand Bobby lui a demandé si ça s'était bien passé, il a juste répondu qu'ils avaient couché ensemble.

– Que… Quoi ? sursauta-t-il. Attend, cette psy dont tu parles quand tu le charries, c'était elle ?

– Ouais, souffla Chimney.

– Mais… je pensais que… c'était une de ses ex.

– Je croyais qu'ils s'étaient rencontrés avant. Eddie, je te jure que si j'avais seulement imaginé…

Eddie était abasourdi.

Il ne comprenait pas pourquoi Buck n'avait jamais rien dit, prenant la blague avec le sourire à chaque fois qu'elle sortait.

Eddie était conscient que même si, il avait été consentant d'une quelconque façon, cette psy avait abusé de son statut et profité de Buck alors qu'il se trouvait dans un moment de grande vulnérabilité. Légalement, c'était un viol et c'était assez grave pour bouleverser tout le monde, alors il n'osait pas imaginer l'état de Buck. Eddie essaya de puiser dans ses souvenirs pour essayer de se rappeler si Buck avait, à un moment donné, tenté de se confier à lui.

Il était évident maintenant que cette relation n'avait pas été totalement consensuel si son ami avait refusé d'y retourner, allant jusqu'à s'isoler et se rendre malade à ce point.

– Je n'ai rien vu, poursuivit Chimney. Il cherchait à obtenir de l'aide et j'en ai fait une blague. Je l'ai abandonné et il n'a même pas osé me demander de l'aide de peur que je me moque de nouveau de lui.

– Quel est son nom ?

– Quoi ?

– A la psy, insista Eddie. C'est quoi son nom ?

– Je… Je n'en sais rien.

– Alors, je demanderai à Buck directement, affirma-t-il en sautant dans ses chaussures.

– Il ne veut pas nous voir, il n'est pas prêt à ça, lui rappela-t-il. Et Athena ne laissera aucun d'entre nous l'approcher.

– Il n'est pas chez Athena, claqua-t-il. Je le connais bien, et je ne pense pas qu'il soit en état d'affronter Bobby. Pas avec cette honte qui le ronge et s'il n'est pas non plus chez toi auprès de sa sœur, alors il ne reste qu'un seul endroit où il peut-être.

– Qu'est-ce que tu vas faire ? paniqua Chimney.

– L'aider à guérir.

Puis, il attrapa sa veste et quitta la maison, en laissant Chimney, seul debout au milieu de son salon

Buck se sentait comme dans du coton.

Il savait que les médicaments l'abrutissaient mais c'était un moindre mal pour faire taire les voix négatives de son esprit.

Il ouvrit les yeux et soupira en reconnaissant la chambre d'ami de Karen.

Le soleil semblait être levé depuis des heures et il s'extirpa péniblement des draps. Il se rendit aux toilettes pour soulager sa vessie et remarqua que Karen avait récupérer tous les médicaments qui y trainait.

Ça piquait qu'elle ne lui fasse pas confiance à ce sujet mais il comprenait. Lui-même n'avait pas confiance en lui.

Ses gestes étaient lents et il avait toujours cette impression de flotter très désagréable comme un lendemain de soirée bien trop arrosé, comme si rien n'était réel.

Il tira la chasse d'eau et ouvrit la porte pour se trouver face à Hen.

Il sentit son souffle se couper et la panique s'empara de lui alors qu'il se mettait à trembler de peur qu'elle ne l'expulse simplement de chez elle. Il ne savait pas ce qu'il ferait si elle ne voulait pas de lui ici.

Il n'était pas sûr de pouvoir survivre encore à une journée tout seul.

– Tes anti-coagulant, Buck, souffla-t-elle en lui tendant un verre d'eau.

Il les prit sans discuter mais toujours tremblant.

– Ça va Buck, murmura-t-elle en l'aidant à boire l'eau sans en mettre partout. Tu es en sécurité maintenant. Personne ne te fera plus de mal.

– Je suis désolé, Hen, pleura-t-il. Si désolé.

– Non Buck. Tu n'as pas à l'être, tu n'as rien fait de mal. Et c'est moi qui te dois des excuses et j'espère de tout mon cœur, qu'un jour tu parviendras à me pardonner.