Le retour se passa dans le silence le plus royal. Quand j'étais sortie de la douche, Jasper m'attendait dans le salon avec un sac qui contenait mes affaires.

Il ne m'adressa pas la parole de tout le trajet. Je détachai ma ceinture une fois le moteur arrêté dans le garage.

- Je vais aller chasser, dit-il simplement.

- Est-ce que… tu viendras dormir avec moi cette nuit ? osais-je demander.

- Je pense que je rentrerai demain matin avant de partir au lycée.

Je me penchai vers lui et son regard s'attarda sur mon cou. Une expression de douleur traversa son visage. Il déposa le plus rapide des baisers qu'il existe sur mes lèvres avant de partir en coup de vent. Je poussai un profond soupir en m'avachissant dans le fauteuil de la voiture. Quelques minutes plus tard, je vis Edward entrer dans le garage et prendre place devant le volant en laissant sa portière ouverte.

- Il est bouleversé, soufflais-je en regardant Edward avec anxiété.

- Oui. Ses pensées étaient plutôt violentes envers lui-même, murmura-t-il, mais je l'entendis.

Me doutant qu'il avait dû lire dans les pensées de Jasper, je me sentis rougir en pensant qu'il savait tout ce que nous avions fait. Il rigola doucement.

- Tu n'as pas à avoir honte, dit-il simplement.

- Tu peux lire dans mes pensées maintenant ?

- Non. Mais j'ai appris à te déchiffrer, dit-il avec un petit sourire.

Un petit silence s'installa entre nous.

- Ce n'est pas sa faute et je ne lui en veux pas. Je vais très bien.

J'entendis un bruit de verre brisé dans la maison et je questionnai Edward du regard. Il haussa simplement les épaules.

- Tu sais, sur certains points, Jasper est quelqu'un de fragile. C'est le dernier membre à avoir adopté ce régime et il manque de confiance en lui.

- Je pense qu'il a bien plus de contrôle qu'il ne le pense.

- Je suis bien d'accord avec toi, dit-il.

- Tu crois que tu pourrais lui parler s'il te plaît ? Moi, il ne m'écoute pas…

- Je vais essayer, dit-il en me faisant un sourire rassurant. En attendant, tu devrais aller voir Carlisle.

- Mais je vais bien, protestais-je.

- Je pense que ça le rassurera, dit-il en sortant de la voiture.

-D'accord. Merci Edward.

Il m'offrit un sourire avant de partir à vitesse vampirique lui aussi. J'avoue que j'étais toujours surprise quand ils utilisaient leurs capacités supérieures. Je finis pas rentrer dans la maison et le rez-de-chaussée était vide. Après avoir déposé mon sac dans ma chambre, je montai à l'étage. Carlisle me dit d'entrée alors que je n'avais pas encore frappé. Il m'invita d'un geste à m'asseoir et me rejoignit en s'asseyant à côté de moi.

- Comment ça va, Bella ? Tu as passé un bon week-end ?

- Hum, ça va. Le week-end avait très bien commencé… jusqu'à ce matin…

- Tu veux en parler ? Demanda-t-il d'un ton rassurant.

- Euh, c'est… il… ce sera plus simple si je te montre.

Je me sentais un peu mal à l'aise de parler de ça avec Carlisle mais il avait sûrement les réponses à mes questions.

Je me levai et remontai légèrement mon t-shirt pour lui montrer mon bleu.

- Je vois. Je peux ?

J'acquiesçai et il posa ses mains sur et autour de la marque, vérifiant sa gravité, je suppose.

- Est-ce que tu as mal ? Demanda-t-il.

- Non. Enfin, c'est un peu sensible, mais ça ne me gêne pas.

- D'accord. Et ton cou ? Demanda-t-il.

- Ça va, je ne le sens même pas.

Il se leva et fouilla dans une armoire à pharmacie avant de me donner quelque chose en se rasseyant.

- Il n'y a rien de grave. Avec cette pommade, le bleu disparaîtra plus rapidement et cicatrisera plus vite.

- Merci Carlisle.

Il me regardait toujours, attendant.

- Hum… je me posais des questions sur…

Il me fit un regard encourageant.

- Est-ce qu'un vampire peut faire l'amour avec une humaine ? Demandais-je d'une traite.

- C'est possible, mais extrêmement difficile, répondit-il naturellement. Il est normal que tu te poses la question Bella. Comme tu le sais, les vampires ont une force supérieure aux humains et le moindre faux mouvement pourrait être fatal… le sexe est quelque chose d'intense et il est parfois difficile de contrôler sa force. Et a cela s'ajoute la soif de sang aussi…

- Je comprends.

- Tu devrais lui en parler…

- Il ne m'écoute pas.

- Alors force-le a t'écouté.

Il me sourit gentiment. Je le remerciai pour son aide et rejoins le salon ou Alice me sauta dessus.

- Bella ! Tu m'as tellement manqué !

Emmett derrière elle affichait un grand sourire.-

- Un rencard et vous partez en escapade romantique. J'espère que c'était bien au moins.

Je sentis mes joues chauffer ce qui fit encore plus rire Emmett et Alice le remit à sa place.

La semaine passa d'une lenteur inimaginable. Lundi, Jasper était rentré juste au moment de partir au lycée. Il ne m'avait accordé que de bref baisé et même s'il m'accompagnait dormir, il restait toujours sur la couette et ne restait jamais toute la nuit. J'avais essayé de lui parler, mais il changeait à chaque fois de sujet. Je voyais bien qu'il s'éloignait de moi et je me sentais rejetée, je ne savais pas comment gérer la situation. C'est Rosalie qui m'accompagna à Seattle le mercredi après-midi. -

Tu veux en parler ? m'avait-elle demandé dans la voiture.

- A quoi bon ? Jasper continue de m'éviter…, soupirais-je. Je n'ai pas vraiment envie d'en parler.

Elle n'avait pas insisté. Et c'est Edward qui s'est proposé pour m'amener le vendredi. Il avait bien essayé de parler avec Jasper, mais il continuait d'éviter le sujet et de cacher ses pensées donc il n'était pas plus avancé. Je m'étais faite une raison. Il allait me quitter.

Je broyais du noir ce soir-là, je n'avais pas très bien dormie, la veille, comme toutes les autres nuits de cette semaine. J'étais plongée dans mes pensées quand la voix d'Edward me ramena à la réalité.

- Enfin ! S'écria-t-il.

Il affichait un grand sourire en lançant un objet que je ne pus identifier tout de suite à Emmett.

- Prêt à perdre encore une fois ? Demanda Emmett en riant.

Sans que je ne comprenne grand chose, Alice me traîne dans la chambre avec une tenue. C'est une tenue de base-ball ? Depuis quand elle a cette tenue ? Mais je me changeai. Edward vint me chercher avec un gobelet dont l'odeur délicate me réconfortait.

- Je sais que tu aimes le café.

- Merci Edward. Je pourrais savoir ce qu'on fait ? Demandais-je en le suivant.

- On va jouer au baseball, dit Emmett, excité comme un enfant.

- Enfin, tu ne joueras pas, rectifia Alice ce qui me soulageai à vrai dire. Tu feras l'arbitre avec Esmé.

Je me retrouvai à l'arrière de la jeep avec Jasper. Il me prit la main avec un petit sourire, mais rien de plus, rien de moins.

- Je ne savais pas que les vampires jouaient au baseball, dis-je en route.

- N'oublie pas que c'est le sport préféré des Américains, dit Jasper d'un ton moqueur.

- Et vous jouez souvent ?

- Quand la météo le permet, répondit Jasper.

- Je ne comprends pas.

- Tu verras, dit-il avec un petit sourire en coin, mystérieux.

Emmett conduisit un moment sur des chemins peu praticables avant de s'arrêter au milieu de nulle part. Tout le monde sortit de la voiture et Emmett et Rosalie disparurent. Jasper s'approcha de moi.

- A partir de là, on ne peut pas y aller en voiture. Mais c'est un peu loin. Le mieux serait que je te porte, dit-il simplement.

- Jasper, est-ce qu'on pourrait parler de…

- Monte sur mon dos, ce sera plus simple, me coupa-t-il.

Je soupirai avant de faire ce qu'il me disait. J'enfermai sa taille entre mes jambes et serrai mes bras autour de son cou.

- Accroche-toi bien, dit-il.

Je le serrai un peu plus et plongeai ma tête dans son cou, fermant les yeux, un peu nerveuse pour la suite. Je me rendais à peine compte que nous courrions. Certes, je sentis qu'il se déplaçait, mais il aurait pu aussi bien se balader nonchalamment sur un trottoir tant il se mouvait avec souplesse. Je me permis d'ouvrir les yeux et tout bougeait à une vitesse folle autour de nous. Les arbres autour de nous étaient complètement flous et mes yeux avaient du mal à distinguer quoi que ce soit. Mais la sensation était grisante. Jasper s'arrêta alors et me remit sur pied. Il me regarda avec un petit sourire en coin.

- Ça va ? Demanda-t-il.

- Carrément. On devrait voyager plus souvent comme ça, dis-je en souriant.

Emmett éclata de rire un peu plus loin. Tout le monde était déjà là. Esmé, Emmett et Rosalie assis sur une saillie rocheuse nue assez près de nous, beaucoup plus loin, Edward et Alice, séparés par environ quatre cents mètres, se lançaient quelque chose, une balle sans doute. Carlisle semblait affairé à délimiter les bases. Semblait, car il était impossible qu'elles fussent aussi loin les unes des autres, non ? Esmé, Emmett et Rosalie se levèrent pour rejoindre le centre du terrain quand Alice sautilla vers nous.

- Il est l'heure, annonça-t-elle.

Ses paroles furent saluées par un grondement de tonnerre qui secoua la forêt alentour puis éclata à l'ouest, du côté de la ville. Esmé s'approcha de moi.

- Tu ne joues pas ? Lui demandais-je.

- Non, je préfère m'assurer qu'ils soient honnêtes.

- Ça veut dire qu'ils trichent ?

- Et comment ! Tu les entendrais se disputer sur le score. J'espère qu'ils seront un peu plus civilisés cette fois, dit-elle avec tendresse.

Un deuxième coup de tonnerre ébranla le ciel. Esmé s'arrêta de marcher. Visiblement, nous étions parvenues au bout de leur terrain de jeu. Les autres paraissaient avoir formé leurs équipes. Edward était positionné très loin, sur le champ gauche, Carlisle se trouvait entre la première et la deuxième base et Alice s'était approprié la balle, à un endroit qui devait tenir lieu de monticule du lanceur. Emmett brandissait une batte en aluminium qui sifflait presque imperceptiblement dans l'air. Il était déjà sur le marbre, bien plus loin du lanceur que sur un vrai terrain de base-ball. Jasper se tenait à plusieurs mètres derrière lui, jouant le receveur.

- Très bien, lança Esmé d'une voix claire pour que tout le monde puisse l'entendre. En jeu !

Alice se redressa, immobile. Tenant la balle à deux mains, à hauteur de sa taille, et tel un cobra qui frappe, son bras droit jaillit, et la balle alla frapper la main de Jasper. Bien sûr, personne ne portait de gants.

- C'est un strike, ça ? chuchotai-je à Esmé.

- Quand le batteur n'arrive pas à frapper, oui.

Jasper renvoya la balle à Alice et quelques secondes après, sa main s'envola de nouveau. Cette fois, la batte parvint à intercepter la balle. Le craquement de l'impact fut assourdissant. Tel un coup de tonnerre, il se répercuta contre les montages.

- Je comprends mieux le lien entre la météo et vos parties de base-ball.

Esmé me sourit et je regardais la balle partir comme une météore au-dessus de la prairie et aller se perdre dans la forêt environnante. Emmett courrait de base en base, quasiment invisible à mes yeux, Carlisle à ses trousses alors qu'Edward était parti en direction de la balle.

- Out ! cria Esmé.

Je vis Edward revenir à la lisière des arbres en brandissant la balle. D'accord, je veux bien croire que c'est le plus rapide. Le tour de batte se poursuivit sous mes yeux éberlués. Il m'était presque impossible de suivre la partie, vu la vitesse à laquelle la balle volait et le rythme auquel leurs corps se déplaçaient autour du champ. Je découvris une autre raison à la nécessité d'une tempête lorsque Jasper et Carlisle se ruaient vers la première base. Quand ils se tamponnèrent, le vacarme m'évoqua celui de deux gigantesques rochers qui se seraient écroulés. Je sursautai, soucieuse, mais ils n'avaient rien. Jasper me fit un petit clin d'œil.

- Point accordé ! annonça Esmé calmement.

Je crois que c'est l'équipe de Jasper qui gagnait, mais je n'en étais pas sûre. Ce dernier me rejoignit.

- Alors, qu'est-ce que tu en penses ?

- Je crois que je ne pourrais plus jamais me contenter d'un match de base-ball à la télé, plaisantais-je.

Il rit de bon cœur et ça me faisait plaisir de le voir aussi léger après cette semaine morose.

- C'est mon tour de frapper, dit-il en se dirigeant vers le marbre.

Il se plaça et joua avec sa batte en se mettant en position. Il me semblait tellement sexy à cet instant que je me perdis dans ma contemplation jusqu'à ce qu'il frappe la balle durement avant de se mettre à courir. Le match se poursuivit, les scores oscillant constamment, et ils se taquinaient comme n'importe quels gamins dès que la balance penchait en faveur d'une équipe au détriment de l'autre. Parfois, Esmé en rappelait un à l'ordre et on pourrait y voir une simple famille qui joue au base-ball, si on oublie le fait qu'ils sont super rapides et super forts !

Carlisle était à la batte et Jasper jouait le receveur quand, tout à coup, Alice eut un hoquet de frayeur. J'observai Jasper quand je le vis tourner la tête vers Alice. Edward et Alice échangèrent un regard entendu.

- Alice ? lança Esmé, tendue.

- Je n'ai pas vu… murmura-t-elle. Je ne savais pas.

Le reste de la famille s'était rassemblé autour de nous.

- Que se passe-t-il ? demanda Carlisle avec calme.

- Ils nous ont entendus jouer et ils ont bifurqué, dit-elle.

Sept paires d'yeux se posèrent brièvement sur moi avant de se détourner, embarrassés.

- Je vais l'emmener, dit Jasper.

- Il est trop tard, murmura Alice. Ils arrivent.

- Combien ? demanda Jasper qui avait pris une posture droite.

- Trois, répondit-elle abruptement.

- On peut s'en charger, dit Emmett.

Jasper soupira en s'approchant de moi.

- Rabats tes cheveux, me dit-il doucement.

Je fis ce qu'il me demandait.

- Ce sont des vampires, n'est-ce pas ? balbutiai-je, nerveusement.

- Oui. Ne bouge surtout pas et ne t'éloigne pas de moi, s'il te plaît.

Il avait beau dissimuler sa tension, elle ne m'échappa pas. Il ramena mes longues mèches en avant, de façon à ce qu'elles cachent en partie mon visage.

- Excuse-moi Bella, marmonna-t-il. On n'aurait jamais dû t'emmener avec nous, je suis vraiment désolé.

- Oui, j'aurais été encore mieux dans la villa toute seule pendant que vous vous éclatez ! rétorquais-je.

Tout à coup, il cessa de respirer, et ses prunelles se posèrent en plein sur le champ droit. Il avança imperceptiblement pour s'interposer entre moi et ce qui approchait. Carlisle, Emmett et les autres se tournèrent dans la même direction, prêtant l'oreille à des bruits de pas que mes faibles oreilles n'entendaient pas.