Hello,
Je reviens aujourd'hui avec une petite histoire en deux parties. Je posterais la suite rapidement, elle est déjà terminée.
Bonne lecture !
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Drago Malefoy, 22 ans, le petit salon bleu de son manoir.
- Combien, depuis la dernière fois qu'on s'est vus ?
- Je ne sais plus.
- Combien de filles, Drago ? insista Pansy.
- Je ne sais plus, répéta-t-il, agacé.
- Une ? Peut-être deux ?
- Trois.
- Trois ?
- C'était trois de trop.
- Tu veux dire que tu aurais préféré être seul qu'avec chacune de ces femmes ?
- Apparemment.
Pansy soupira.
- Et qu'est-ce qui n'allait pas cette fois-ci ?
- J'en sais rien. Elles n'étaient pas… Elles n'avaient rien pour elles.
- Tu veux dire qu'elles n'étaient pas elle.
- Je ne vois pas de quoi tu parles.
- Non, bien sûr…
Le bruissement d'air qui accompagna sa sortie mit fin à leur conversation. Et une nouvelle fois, Drago prit la fuite.
Dans ces moments-là, Pansy ne savait jamais où il allait. Drago refermait la porte derrière lui et ne réapparaissait que quelques jours plus tard, le visage aussi défait qu'à l'accoutumée.
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J'ai passé des heures à t'éviter. A te faire croire que tu ne valais rien. A te laisser penser que du haut de ma tour, je pouvais contrôler jusqu'aux moindres fragments de ta personnalité.
Je croyais que tu étais un pion, sans voir que tu étais une reine. En bon roi, autolâtre et cupide, j'ai pensé pouvoir te sacrifier. J'ai cru que mon armée de fous serait suffisante. Mais avec le temps, même les fous ont compris que je n'étais rien d'autre qu'un despote, rendu vulnérable par sa vanité. L'arrogance était trop forte, trop prégnante. Alors je me suis convaincu de pouvoir faire cavalier seul. J'ai lutté pendant des semaines, esquivant, attaquant en traître. Je suis devenu le maître de la feinte et de l'évitement.
Mais sans toi, l'échiquier n'est qu'un amas de cases manichéennes. Ce qui ne devait être qu'un jeu est devenu ma prison.
Tout me rappelle ton absence et ma vie n'est plus que souvenirs déchirant d'un amour hivernal, balayé par Notos.
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Drago Malefoy, 17 ans, une salle déserte de Poudlard.
- Une seule fois, Drago, soupira Hermione. Tu m'accompagnes une seule fois à Pré-Au-Lard, une heure, deux tout au plus et je te laisse tranquille.
- Non.
- C'est la première fois que je te demande quelque chose depuis qu'on… enfin tu vois. Tu pourrais faire un effort. Je n'ai pas envie de me retrouver toute seule à cette soirée.
- Non.
Drago restait imperturbable. Derrière la fenêtre, il fixait les premiers bourgeons qui tentaient de se frayer un chemin entre les couches de neige fondues. Par delà les frênes, le lac noir scintillait. La fine couche de glace qui l'avait protégé tout l'hiver s'évanouissait peu à peu.
- Donc ça restera un simple non, sans plus d'explication ?
Il ne prit même pas la peine de lui répondre. A la place, il se retourna, contourna son petit corps empli de supplication et sortit de la pièce.
Drago gardait la tête haute. Son cœur ne battait pas la chamade, son ventre ne se tordait pas sous l'angoisse de la voir partir. Non. Drago paradait dans sa bêtise narcissique qui la pensait acquise.
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Drago Malefoy, 32 ans, le boudoir du manoir de Pansy Parkinson.
- Elle n'est pas vieille, elle n'a que cinquante deux ans.
- Et comment s'appelle donc cette jeune femme qui a l'âge d'être ta mère ?
Pansy haussait tellement les sourcils qu'elle ressemblait à une caricature, croquée sur un port de plaisance, par un artiste sans le sous aux doigts noircis par le fusain.
- Hélène.
Elle ne put s'empêcher de rire. Ce n'était pas de la moquerie ou de l'arrogance. Non, Pansy se disait simplement qu'elle aurait dû miser quelques gallions sur cette réponse.
- Tiens donc. Et son ex-mari ne s'appellerait pas Mélénas, par hasard ?
Drago secoua la tête, arborant un air nonchalant qu'il ne savait plus si bien tenir depuis quelques années.
- Où est-ce que tu veux en venir ?
- Drago… soupira-t-elle, il faut que tu passes à autre chose. Tu ne l'as pas revue depuis combien d'années ?
- Je ne vois pas de quoi tu parles.
Mais Pansy l'ignora.
- Douze, peut-être treize ans ?
- Quatorze ans, sept mois et vingt-deux jours.
Et même si Drago était tombé dans son piège, cette fois-ci, Pansy n'eut aucune envie de sourire.
- Et pourquoi tu n'essaierais pas de reprendre contact avec elle ?
- Je ne sais même pas dans quel pays elle vit, Pansy.
A quoi bon lutter, Pansy avait toujours su. Sur bien des choses, sa meilleure amie était bien plus clairvoyante qu'il ne l'avait jamais été.
- Tu veux que je me renseigne ? C'est pas comme si nous n'avions pas quelques connaissances en commun. Ce ne devrait pas être trop difficile de trouver l'information.
- Non.
- Mais pourquoi ? Drago tu es malheureux depuis quatorze ans, sept mois et je ne sais combien de jours. Pourquoi est-ce que tu refuses toujours mon aide ?
- Parce que ça ne me servirait à rien, Pansy. Je sais déjà tout ce qu'i savoir.
- Et qu'est-ce qu'i savoir, au juste ?
- Qu'elle vit depuis six ans au 5732 Linwood Street à Detroit, dans le Michigan avec son futur mari, Jonathan Carpenter et que bien qu'elle préfère les scones, elle se fait très bien aux bagels pour le petit déjeuner. Qu'elle est heureuse dans son poste de journaliste pour un quotidien local et que même si sa terre natale lui manque, elle ne retourne en Angleterre qu'une fois par an, pour Noël. Elle déjeune le 24 au soir avec ses parents et passe la journée du 25 au Terrier avec Potter et sa bande. Elle boit toujours un peu trop de champagne, prétexte que les bulles sont trop fortes pour elle et déclame à son fiancé, les yeux pétillants d'amour qu'elle a de la chance d'avoir une si jolie béquille pour la ramener chez elle. Mais attention, Pansy, ne croit pas qu'Hermione Granger soit une femme si prévisible, non. Cet été, elle reviendra toute une semaine dans cette bonne vieille Angleterre. Parce qu'elle se sent seule sans ses amis ? Parce que Londres au mois de juillet est particulièrement agréable ? Non, bien sûr que non. Simplement parce que ses parents sont trop âgés pour prendre un de ces engins moldus qui vole et qu'il est donc plus simple pour elle de rentrer au pays pour célébrer ses noces. Voilà ce qu'i savoir, Pansy.
Et cette fois-ci, quand Drago sortit, la porte claqua.
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Et puis un jour je compris. Ce n'était pas ta réussite ou tes racines qui me dérangeaient tant ; c'était l'obsession que tu faisais naître en moi. Tu n'avais pas besoin de te dresser sur ta chaise, ta main semblant vouloir toucher les cieux pour que je te remarque. Où que tu ais pu être, quoi que tu fasses, je savais. Je savais qu'à quelques mètres de moi dormait celle qui peuplait mes songes.
Mais il fallait que cela cesse.
Tu ne pouvais pas régner en maître sur mes pensées. Tu ne pouvais pas avoir tant de pouvoir sur moi. Personne n'aurait dû me faire perdre le cours de mes pensées. Personne n'aurait dû m'obnubiler à ce point.
Alors, et comme un bon cavalier, j'ai choisi de t'éviter. Je ne devais plus te voir, plus te croiser. La persécution n'avait pas fonctionné, je tentais donc l'ignorance. Poudlard était peuplé d'anonymes. Désormais, tu n'échapperais pas à ce destin.
Qu'est-ce que j'ai pu être naïf. Comment ai-je pu seulement croire que tu ne serais qu'une sorcière comme une autre ?
Tu étais mon oasis et te fuir avec tant de passion m'avait assoiffé.
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Drago Malefoy, 16 ans, la bibliothèque de Poudlard.
Il ne savait pas vraiment pourquoi elle était là. Qu'est-ce qui pouvait bien pousser une fille comme Hermione Granger à passer la soirée avec un type comme lui ?
Drago avait du mal à croire qu'une personne humainement constituée pouvait accorder tellement d'importance à ses études qu'elle accepterait de passer son samedi soir avec l'être qu'elle exécrait le plus au monde, simplement pour rendre un devoir d'arithmancie.
Ce pourrait-il qu'elle avait fini par succomber à son charme ? Cela n'aurait rien de vraiment surprenant.
Malgré ses airs de dandy inaccessible, Drago était un jeune homme bourré de qualités. Beau garçon, cynique, certes, mais d'une manière particulièrement délicate et subtile ; pince sans rire. Et puis bien sûr, il y avait sa fortune, son aura, sa célébrité et son charisme. Oui, Drago Malefoy avait tout pour plaire.
Et si Hermione Granger était une jeune femme incroyablement agaçante, studieuse à l'extrême, perfectionniste au point d'en devenir obsessionnelle et un brin condescendante lorsqu'elle était persuadée d'avoir la bonne réponse, elle n'en demeurait pas moins une cible potentielle.
Drago avait des yeux. De magnifiques yeux gris perçants. Et de ses magnifiques yeux gris perçants, Drago voyait le monde et l'analysait avec précision.
Hermione Granger avait beau être pointilleuse, leur devoir était parfaitement terminé depuis une bonne demie-heure, déjà. Elle ne relisait plus leur parchemin avec acharnement depuis une vingtaine de minutes et avait laissé la conversation dévier vers des sujets plus triviaux depuis plus d'un quart d'heure. Elle enroulait nerveusement une mèche autour de ses doigts, souriait d'une irrésistible manière et avait laissé ses joues se teinter de rose lorsqu'il lui avait fait remarquer qu'elle avait une magnifique plume.
Drago aurait pu vendre une baguette vibrante à une nonne.
Et toute nonne qu'Hermione Granger était, elle n'en demeurait pas moins une adolescente qui, comme toutes ses paires, bavait d'envie devant le dieu grec qui daignait enfin, et avec mansuétude, lui accorder un peu d'intérêt.
Voyant qu'elle en brûlait d'envie et se sentant d'humeur magnanime, Drago s'était alors approché d'elle. Il avait d'abord laissé courir ses doigts sur son avant bras et était lentement remonté jusqu'à ce que sa main se pose sur sa joue. Bien sûr, il l'avait sentit se tendre sous la caresse. Hermione Granger n'était pas femme à se faire cajoler tous les samedis soirs. Mais Drago n'en était que plus flatté. Lui, et lui seul y parviendrait.
Bien qu'habitué aux plaisirs de la chair, il n'en restait pas moins un romantique dans l'âme. Alors il ferma les yeux, en avançant son visage vers le sien. Il sentait son souffle buter contre ses lèvres et il n'était plus qu'à quelques centimètres de pouvoir les goûter quand une main brutale et hargneuse vint tenter de lui briser la mâchoire.
Hermione Granger venait de le gifler. Et avant qu'il n'ait eu le temps de faire quoi que ce soit, elle sortit de la bibliothèque en courant, le laissant seul, le visage en feu, avec leur devoir d'arithmancie désormais couvert de honte et d'incompréhension.
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Drago Malefoy, 42 ans, la salle à manger de son manoir.
- Drago… commença Pansy avec hésitation. Il… il faut que je te dise quelque chose.
- Je t'écoute, répondit-il, laconique.
- Et bien, c'est que… Enfin je pense que tu devrais le savoir. Les autres n'étaient pas vraiment d'accord avec moi… Mais bon, tu finiras bien par l'apprendre d'une manière ou d'une autre alors… Ce qu'il y a c'est que… Comment dire ça ?
- Ne te fatigue pas, Pansy.
- Tu veux dire que… ?
- Que je n'ai pas eu besoin d'attendre un demi-siècle que tu finisses ta phrase pour apprendre la nouvelle.
- Et… Comment tu le vis ?
S'il était parvenu à rester relativement neutre jusqu'ici, Drago savait qu'il ne garderait pas son calme plus longtemps. La marque de ses ongles était déjà imprimée dans le creux de sa paume et ses dents grinçaient de ne pouvoir hurler lorsqu'il se leva pour partir.
Une nouvelle fuite.
Mais cette fois-ci, Pansy ne le laissa pas faire. Elle se leva, contourna la table dans une démarche pressée et lui attrapa le bras. Il resta totalement immobile lorsqu'elle le serra contre lui. Sa mâchoire ne se desserra pas plus que ses poings. Et pourtant, il pouvait sentir tout l'amour que son amie avait pour lui. Il savait qu'elle aurait absorbé toute sa souffrance et ses regrets si seulement elle l'avait pu.
- Comment est-ce que ça va se passer, à ton avis ? demanda-t-elle finalement, après quelques minutes de silence.
- Comme tous les ans, répondit-il dans un soupir. Elle va prendre une barque pour arriver à Poudlard, ira certainement à Gryffondor et suivra sa scolarité normalement. Avec un peu de chance, elle sera moins insupportable que sa mère et je n'aurais pas à subir son insoutenable main tendue à longueur de cours.
- Et… et si jamais tu la croisais ?
- Je ne rencontre jamais les parents d'élèves. Ils se contentent de déposer leurs gamins à la gare en septembre et viennent les chercher en juin. Je serai déjà au château à ce moment-là.
- Mais souviens-toi de ce qui est arrivé avec les gosses de Finnigan, tu avais dû convoquer les parents.
- Pansy, soupira-t-il. Je doute que la fille d'Hermione Granger vole des potions de force dans ma réserve et s'en serve pour organiser un duel de magie clandestin dans la bibliothèque.
- Non bien sûr mais… Et si jamais ça arrivait ?
- Alors je courrai à ma perte.
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Ton regard s'était illuminé. Il y avait dans tes iris ce quelque chose qui les transportait jusqu'au cieux, ce grain d'or qui m'attirait, comme marin prit dans le filet d'une sirène. Naïvement, j'ai cru être celui qui t'avait donné cet éclat. J'étais Midas et tu étais mon château. J'étais vénal et tu étais l'Eldorado. J'étais un fou qui croyait à ton amour, qui pensait qu'il serait aussi éternel que les pépites dans tes yeux.
J'ai eu l'audace de ne pas me poser de question, de penser que tout demeurerait inchangé, que notre quotidien serait un fleuve qui ne craint pas de se jeter dans la mer. J'aurais dû regarder de plus près. J'aurais dû prendre une loupe et analyser la carte. Si seulement j'avais vu que nous n'étions qu'un ruisseau. Si seulement j'avais anticipé ce soleil de plomb qui nous a desséché. Peut-être… Peut-être n'aurais-je pas été si impétueux. Peut-être aurais-je pris le temps de te montrer que tu pouvais m'aimer.
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Drago Malefoy, 17 ans, la forêt interdite.
- Tu es prêt ? demanda-t-elle, un grand sourire aux lèvres.
- Non.
- Mais pourquoi ?
Son sourire s'était fané et son entrain envolé. Dans son uniforme rouge et doré, Hermione ressemblait à une babiole brisée, la déception semblait l'avoir ratatinée.
- Parce que quand tu m'as dit avec enthousiasme que tu avais envie d'essayer quelque chose de nouveau, j'étais à mille lieu d'imaginer que tu voulais qu'on s'affronte dans un concours de rapidité visant à identifier le plus de runes possible sur cette vieille porte en pierre.
- Qu'est-ce que tu imaginais ?
- Je ne crois pas que tu sois prête à l'entendre.
Il dissimula un sourire et elle leva les yeux au ciel.
Qu'attendait-elle de lui ? Qu'il soit du jour au lendemain devenu un féru d'énigmes médiévales ? Qu'il lui prenne la main alors qu'elle prenait une voix gutturale pour énoncer fièrement "Hagalaz" ? Non.
Drago n'était pas ce genre d'adolescent.
Il aimait se promener dans les couloirs pour insuffler la crainte et l'admiration que son simple nom inspirait. Il aimait pointer fièrement du bout du menton un Poufsouffle venant de se prendre les pieds dans une racine qu'il avait dressé devant lui. Il aimait passer du temps dans sa salle commune, se faire masser les épaules par Pansy en écoutant Crabbe et Goyle faire leurs pronostics sur le contenu du prochain buffet.
Drago ne s'embêtait pas à relire six fois son parchemin pour s'assurer qu'aucune faute d'orthographe ne persiste. A quoi bon ? Il n'en faisait jamais. Il ne laissait pas les livres poussiéreux de la bibliothèque lui chatouiller le nez. Il ne se refusait jamais une petite sieste durant les cours d'histoire de la magie et n'avait absolument aucune considération pour les elfes, gobelins, hippogriffes ou toutes sortes de créatures repoussantes.
En somme, Drago Malefoy n'avait absolument rien à faire avec Hermione Granger.
Et pourtant, lorsqu'elle le regarda avec supplication, il se surprit lui-même à envisager de participer à ce stupide concours. Mais cela n'irait pas plus loin. Drago Malefoy était parfait tel qu'il l'était et aucune sorcière ne parviendrait à l'en faire douter.
- Qu'est-ce que tu veux faire, alors ? soupira Hermione, résignée.
- Je ne sais pas, répondit-il avec désinvolture, on pourrait juste aller se balader.
- Mais c'est ce qu'on fait toujours !
- Et alors ?
- Et alors je sais comment ça va se passer. On va se balader dans un endroit sordide en s'assurant que personne ne nous suive ou nous remarque. Et puis quand on aura finalement trouvé une grotte lugubre, on entrera dedans et on trouvera un rocher inconfortable pour passer le reste de la journée à nous bécoter.
- Depuis quand tu n'aimes plus passer toute une journée à me bécoter ?
Elle dressa son regard offusqué contre lui et il sut qu'il avait gagné.
- Je n'ai jamais dit ça !
- Parfait. Alors allons nous trouver une grotte lugubre, veux-tu ?
- Très bien, soupira-t-elle.
- Très bien, répéta-t-il, le visage fier et confiant de l'ignorant.
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Drago Malefoy, 52 ans, son bureau au manoir.
- Repose ça immédiatement.
Son ton était dur et implacable. Mais Pansy ne frissonna pas.
- C'est trop tard, Drago.
- Qu'est-ce que…
Et bien vite, son masque de guerrier laissa place à l'angoisse. Ses traits tendus furent inexorablement attirés par la gravité. Tout à coup, Drago avait mille ans. Sa peau se mit à luire, ses mains tremblèrent et ses yeux devinrent hagards.
- J'ai posté tes lettres plus tôt dans l'après-midi. Un hibou est déjà en chemin pour les Cornouailles.
Ce fut au tour de ses jambes de flancher. Drago s'agrippa au manteau de la cheminée mais ses mains trempées glissaient sur la pierre.
- Il le fallait, Drago. Ça fait bientôt trente-cinq ans qu'elle te hante. Trente-cinq ans que tu passes ton temps à lui écrire des lettres que tu n'envoies jamais.
- Trente quatre ans, deux mois et dix-huit jours, ne put-il s'empêcher de corriger.
- Tu vois ? Tu vois où tu en es rendu, Drago ? Il faut que tu passes à autre chose. Je n'avais pas le choix. Elle doit savoir l'enfer que tu vis depuis toutes ces années. Elle doit savoir que tu t'accroches à ces quelques mois d'idylle à Poudlard.
- Comment est-ce que tu as pu me faire ça ?
Prostré sur le sol, le visage niché entre ses mains, Drago était pathétique. Mais Pansy ne pouvait pas regretter. Elle aurait déjà dû le faire depuis longtemps. Mettre un terme à cette boucle de souffrance et de ressentiment qu'il ne cessait d'alimenter.
- Qu'est-ce que tu as à perdre, Drago ?
Elle avait raison. A ce jour et lamentablement absorbé par son tapis persan, Drago n'avait plus rien à quoi se raccrocher. Pas même sa dignité.
- Qui sait, peut-être qu'elle ressent la même chose que toi mais n'a jamais osé reprendre contact ?
Un léger bruit sortit de ses lèvres. Un mélange lugubre entre un rire et un sanglot. Alors qu'il se redressait, Pansy frissonna.
- J'ai enseigné à ses deux enfants pendant sept ans. Deux gamins bourrés de joie de vivre, enviés par tous les autres pour faire partie d'une si jolie famille. Je l'ai vu gravir les échelons, passant de simple journaliste minable aux États-Unis à rédactrice en chef de la Gazette Du Sorcier. Je l'ai vue à la fois fière et studieuse, un carnet de note à la main, couvrir l'article de la nomination de son cher mari à la direction de Poudlard. Ces cinq dernières années n'ont été que supplice lorsqu'au détour d'un couloir, je l'ai vue par cent fois voler un baiser à cet homme avant de repartir guillerette, un grand sourire aux lèvres. Pendant tout ce temps, Pansy, elle savait que j'étais là. Tapis dans l'obscurité des pierres, regardant l'ombre de la mort planer au-dessus de moi, sans jamais m'honorer de son toucher. Elle m'a salué, une fois, dans un savant mélange de politesse et d'indifférence. J'ai cru mourir, Pansy. J'ai voulu mourir, Pansy. Et aujourd'hui, après toutes ces années d'errance, tu as pensé qu'il était judicieux de lui faire part de mes pensées les plus intimes ? Tu lui as livré cette part de moi que personne n'aurait jamais dû connaître.
- Mais… Mais Drago, il le fallait.
- Pourquoi ? Pourquoi, Pansy ? Pour satisfaire ton insatiable besoin de tout contrôler ? Pour me voir encore plus abattu ? Pourquoi, Pansy ?
- Parce qu'elle aussi t'a écrit.
