Chapitre 17 - Le dîner / Drago Malefoy cause presque le prochain meurtre à sensation

Note de l'auteur : Dans lequel Drago continue à être un narrateur absolument pas fiable. Incluant d'autres de mes moments de fanfiction favoris.

S'il vous plaît, prenez bien note que cette histoire est taguée 'lente agonie' ! C'est le Dramione que je voulais lire et l'UST (Unresolved Sexual Tension) est mon péché mignon (avec un accent sur le Unresolved). Attendez-vous à des faux départs, de l'hésitation, toutes sortes de bêtises, et un éventuel dénouement tout à la fin. Cette fiction n'est pas pour ceux qui cherchent la satisfaction à court ou moyen terme mais plutôt pour les masochistes qui aiment souffrir.

Si vous en êtes, alors continuez à lire s'il vous plait, et souffrons ensemble.


Pour le plus grand plaisir sournois de Drago, McLaggen répondit à l'invitation à se présenter sur le terrain de Quidditch quelques semaines plus tard.

Un malheureux enchaînement d'événements, n'ayant vraiment absolument rien à voir avec Drago - des conditions climatiques humides, des Cognards terriblement agressifs, des balais capricieux - entraîna McLaggen à chuter de son balai d'une hauteur de trente mètres.

"Je crois," dit Davies, regardant McLaggen être emporté hors du terrain par une équipe médicale, "que ce Cognard en avait après lui."

"Je n'ai même pas tapé si fort," dit Zabini.

"Pauvre vieux bougre," dit Drago. "C'est la première fois qu'il remontait sur un balai depuis longtemps, à ce que j'ai compris."

"Peut-être que les Cognards sentent la peur," suggéra Zabini.

"J'espère que ça ne l'empêchera pas de rejouer," dit Davies. "Nous avons besoin d'un Gardien qui tient la route. Bickford déménage en Espagne."

L'ambiance générale était un peu retombée après l'accident. Les joueurs décidèrent d'arrêter là pour la nuit, se dirent au revoir et transplanèrent sous la douche.

Tous à l'exception de Drago, qui trouvait, au contraire, que l'accident avait eu un effet stimulant sur son moral. Il quitta le terrain en se sentant plutôt revigoré.

ooo

Granger avait un grief à exprimer. Ce fait fut annoncé par sa loutre argentée, qui vint trouver Drago le soir suivant. Le timing était très mauvais ; Drago était en planque sur une affaire sensible à Fowlmere, sur le point d'appréhender le fameux Thomas Talfryn.

"Toi ! Tu avais promis que tu ne ferais rien !" cria la loutre de Granger au visage de Drago. "Tu es le pire !"

Le son perçant de la voix de Granger résonna dans l'allée où Drago était caché.

Talfryn, qui était en train de fumer à la porte, juste hors de portée de Stupéfixion, l'entendit - et transplana.

"Putain de merde !" siffla Drago.

La loutre, ayant délivré son message, disparut.

Avec un grondement, Drago sortit l'emploi du temps de Granger. Elle était chez elle. Ce qui était parfait, car il allait la tuer.

Il transplana à son cottage dans une humeur exécrable. Il balaya ses protections d'un geste et s'engouffra sur le chemin de sa porte d'entrée, qu'il tambourina.

Granger ouvrit la porte avec une véhémence qui suggérait qu'elle aussi était sur le pied de guerre.

"Tu es une putain d'idiote," dit Drago en guise de salut.

"Moi ?" dit Granger. Elle avait les yeux fous. "Moi ?! C'est toi l'idiot ! Tu n'étais pas censé toucher à McLaggen !"

"Tu viens de ruiner ma meilleure chance d'attraper ce satané Talfryn avec ta stupide loutre !"

"Toi, tu as envoyé McLaggen aux urgences !"

"Je suis à la poursuite de Talfryn depuis trois putains de mois !" gronda Drago.

"Devine qui était de service aux urgences hier soir ?!" hurla Granger.

"La liste des charges contre Talfryn est plus longue que mon bras ! Appâtage de bêtes ! Falsification ! Jeux sanguinaire ! Racket ! Cruauté envers les créatures magiques ! Extorsion !-"

"J'ai dû soigner ce troglodyte pendant quatre putains d'heures ! Tu as cassé tous ses membres !"

"- Fraude ! Agression sexuelle ! Contrebande ! Et tu as tout fait foirer ! Maintenant il est de nouveau en cavale !"

"McLaggen a vécu son putain de fantasme d'infirmière sexy la nuit dernière, grâce à toi !" dit Granger, plantant son doigt sur le torse de Drago.

Drago attrapa sa main et la baissa. "Si tu savais garder tes putains d'émotions sous contrôle, j'aurais coffré mon homme ! Mais non ! Il a fallu que tu envoies ta loutre enragée !"

"Mes émotions ?!" flamba Granger. "C'est toi qui t'es énervé tout seul à propos de McLaggen !"

"C'est toi qui a spectaculairement foiré ma surveillance avec tes hurlements !"

"Si tu avais tenu ta promesse, rien de tout cela ne serait arrivé !"

"Je n'ai rien fait, d'abord - le mec est tombé de son balai tout seul comme le crétin sans cervelle qu'il est !"

"Je ne te crois pas un instant !"

"Crois ce que tu veux !"

"C'est ça - tu es une goule opportuniste !"

"Tu es une putain de mégère querelleuse !"

"Je ne peux pas te supporter !"

"Je ne peux pas te supporter !"

Puis ils se tinrent debout, l'esprit en feu, les lèvres entrouvertes, la respiration hachée, attendant que l'autre crache une réplique, afin qu'ils puissent continuer de se déchirer l'un l'autre. D'une façon ou d'une autre, dans le feu de l'action de leur combat de hurlements et de pointage de doigts, ils en étaient venus à se rapprocher. Granger était sur la marche du perron, de sorte que pour une fois, sa taille égalait presque celle de Drago. Il sentait son souffle sur son menton.

Sa colère la faisait rougeoyer ; son regard était enflammé par la chaleur de ses convictions ; ses joues étaient rougies. Elle voulait l'étrangler autant qu'il voulait l'étrangler. Et il y eut un moment de folie, où le point d'équilibre entre la rage et la passion vacilla et pencha, et il aurait pu l'étranger, ou il aurait pu écraser ses lèvres contre les siennes, violemment, pour faire quelque chose de l'intensité de ces sentiments ; la faire taire ; lui prouver quelque chose.

Cette folle possibilité était contagieuse - les yeux de Granger volèrent jusqu'à la bouche de Drago. Puis elle cligna des yeux et, comme si elle s'éveillait d'une transe, eut l'air un peu choqué.

Réalisant qu'il tenait toujours sa main, Drago la relâcha et fit un grand pas en arrière. Granger, elle aussi, fit un grand pas en arrière, et eut l'air de préférer retourner dans la crypte et se jeter sur le tapis de Doloris plutôt que d'être là. Son rougissement s'étale de ses joues jusqu'à l'arête de son nez.

Drago, se sentant complètement déstabilisé par Le Moment, s'éclaircit la gorge, chercha quelque chose à dire (rien ne lui vint), puis dit qu'il ferait bien de rentrer, comme il commençait à faire nuit.

Granger, regardant partout sauf vers lui, dit "Bien."

Mutuellement satisfaits par cette conclusion mature et solide de leur querelle, ils se reculèrent tous les deux un peu plus et Granger s'apprêta à fermer la porte.

Il y eut un long miaulement soutenu provenant de quelque part dans le jardin. Dans l'ombre, une tâche orange avançait vers eux.

Le chat s'arrêta devant les pieds de Drago, et comme s'il lui accordait un grand privilège, il s'enroula autour de ses bottes et enduit son pantalon de poils oranges.

Drago fit presque aussi déstabilisé par ceci que par Le Moment avec Granger. Il savait à peine quoi faire de ça. Cependant, quand il se baissa pour caresser le chat, il lui feula dessus et s'enfuit dans le jardin.

"C'est à sa demande, et uniquement à sa demande," dit Granger.

"Pointilleuse créature."

"C'est vrai."

Granger étudia la peinture écailleuse du porche.

Drago fixa les glycines.

Granger se mordit la lèvre. "J'ai vraiment ruiné ta surveillance ?"

"Oui. McLaggen a vraiment fini avec toi hier soir ?"

"Oui."

Ils marmonnèrent quelque chose qui aurait pu être, pour une audience à l'ouïe extrêmement fine, des excuses, dans un langage consistant principalement en marmonnements et raclements de gorge. Leur fureur bouillonnante cédait maintenant la place à un certain degré de honte, que Drago était plus habile à cacher que Granger.

"A-t-il vraiment eu tous les membres cassés ?"

"Tous. Et une commotion cérébrale, en plus de ça."

"Ah. Pauvre garçon."

"Des jeux sanguinaires, alors ?" demanda Granger, avec un peu d'anxiété de Bienfaitrice perçant dans la voix.

"Il a appâté un Nundu," acquiesça Drago. "Talfryn s'est fait une putain de fortune avec ça, aussi."

"Un Nundu ?! Comment arrive-t-il seulement à en garder un en captivité ?"

"On est pas sûrs - un cocktail de tranquillisant, sans doute. Des Stupéfix."

"Merde," dit Granger, ayant maintenant l'air coupable.

"En effet."

La conversation s'essoufla. Les longues feuilles de glycine volaient au vent, alors Drago les regarda encore, par pure curiosité intellectuelle. Granger se prit d'un grand intérêt pour une fissure sur le seuil.

Drago était sur le point de dire qu'il devait partir - encore - mais la position de Granger changea. Elle n'était plus sur le point de lui sauter à la gorge - elle était à moitié retournée dans la maison, hésitant à propos de quelque chose.

Normalement, Drago l'aurait provoquée, grossièrement, mais pour aujourd'hui, il sentait qu'il avait déjà utilisé tout son quota de grossièreté.

Granger s'éclaircit la gorge et parla d'une petite voix. "Il y avait quelque chose que je voulais te montrer."

"Qu'est-ce que c'est ?"

Granger disparut dans le cottage et revint avec un morceau de journal. Elle le passa à Drago. Il provenait de la septième page de la Gazette et avait pour titre, Pillage en Provence !

L'article décrivait le vol d'une relique dans un monastère dont Drago n'avait bien sûr jamais entendu parler de sa vie. Les cambrioleurs étaient décrits comme des individus particulièrement puissants avec un penchant pour l'incendie criminel, qui avaient déjoué des mesures de sécurité impénétrables, intactes depuis 1008.

Nos lecteurs seront aussi sidérés que les enquêteurs quand il ont appris que la relique prisée - le crâne d'une sainte - avait été anonymement retournée au monastère quelques jours après l'effraction. Les enquêteurs suspectent que les cambrioleurs aient juste été des amateurs de sensations fortes en quête d'un défi. Quelques Soeurs ont subi des blessures non mortelles à la suite de l'intrusion. Quand on a questionné les autorités françaises sur l'utilité de poursuivre les investigations, ils sont répondu : "Quelle question idiote, la relique est de retour, non ?*", ce que votre correspondant a pris pour un 'Non.'

"J'ai eu mon titre allitératif," dit Drago.

"En effet." Granger se tordit les mains. "J'ai eu ce que je voulais absolument éviter, c'est à dire de la publicité."

"Tu seras le suspect principal, c'est certain," dit Drago. "Tout le monde sait que la bien-aimée Guérisseuse Hermione Granger est secrètement une amatrice de sensations fortes et une pyromane."

Granger lui jeta un regard réprobateur. "Soit sérieux."

"Je le suis. Tu es une sorcière du genre périlleux."

Granger arracha l'article des mains de Drago, sortit sa baguette et brûla le morceau de journal.

"Tu vois, encore du feu," dit Drago. "Et on peut ajouter destruction de preuves à ta liste de crimes."

"Tu vas devoir m'arrêter, si je continue sur cette mauvaise pente."

"J'y pense déjà. Le crâne s'est-il avéré être utile ? S'il te plait, dis-moi que ça valait le coup de s'embêter."

"Il l'a été oui," dit Granger. "Immensément. J'ai fait une avancée significative."

"Bien."

Granger s'appuya sur le cadre de la porte, une petite partie de sa tension gênante avait disparu. "Ma prochaine expédition va être terriblement ennuyeuse, en comparaison."

"Je le croirai quand je le verrai."

"C'est vrai. Je vais juste à Poudlard."

"Pour aller chercher quoi ?"

"Un texte médiéval. Un qui appartient à Rogue."

"Ah," dit Drago. Rogue avait légué l'entièreté de sa bibliothèque à Poudlard, et avait ce faisant rendu d'un seul coup la collection de livre rares de l'école presque aussi imposante que celle de la plupart des universités.

"Ça ne sera pas avant plus tard dans l'été, à Lughnasadh. Pas à cause d'un potentiel magique qui serait en jeu, note bien. C'est juste mon prochain weekend de congé avant-"

Un bruit strident l'interrompit. La première pensée de Drago fut que c'était une alarme des protections. Il se retourna, brandissant sa baguette, avec l'intention de mutiler les intrus.

Granger poussa une exclamation. "J'ai laissé le four allumé !"

Drago avait bien senti quelque chose brûler, maintenant qu'il y pensait, mais il avait pensé que c'était le morceau de journal.

Granger plongea dans la maison. Drago suivit pour profiter du spectacle à venir.

Elle sortit quelque chose du four - quelque chose de plutôt noir. Drago ouvrit une fenêtre et conjura un courant d'air pour aérer la pièce.

"Bon," dit Granger, l'air triste. "C'était le dîner."

"Mmh mmh," dit Drago, observant le charbon.

Drago avait naïvement cru que les réserves de fureur de Granger avaient été vidées. Il avait tort. Elle avait toujours une réserve additionnelle de colère.

"C'est ta faute," dit Granger, se tournant vers lui avec une main sur la hanche. "Tu m'as distraite."

"C'était quoi ?" demanda Drago, pour savoir s'il devait se sentir mal.

Granger pointa la poubelle. Une boite en sortit, indiquant que ça avait été une Tarte au Poisson congelée de Miss Mabel.

"Je n'ai pas le moindre regret." dit Drago.

Granger racla le tas noirci dans la poubelle avec la boite, ce qui était, selon Drago, là où il aurait dû être depuis le début.

Maintenant, Granger ouvrait ses armoires, dont le contenu consistait en deux boîtes de thon, des haricots secs et un paquet de biscuits. "Je vais commander un plat en livraison. D'habitude je passe au magasin le weekend. Arrête de me juger comme ça."

Drago, la jugeant en effet à la vue des haricots secs, fut frappé par une idée folle, impétueuse, sauvage.

"Granger."

"Quoi."

"Viens dîner avec moi."

Granger, qui avait à moitié disparu à Narnia pour récupérer une boîte de crackers périmés, émergea de son placard. "Quoi ?"

Drago répéta lentement, avec des gestes, pour qu'elle puisse comprendre. "Toi. Moi. Dîner."

Il aurait tout aussi bien pu suggérer de mettre le feu à un hôpital pour enfants, au vu du choc que sa suggestion généra.

"Tu veux dîner avec moi ? Ce soir ? Intentionnellement ?"

"Non," dit Drago avec une bonne dose de sarcasme. "Par accident. On va trébucher sur la table avec la bouche ouverte et avaler des hors-d'œuvres*."

Granger le regardait toujours de travers.

Drago leva les yeux au plafond. Elle en faisait vraiment tout un plat. "Je te promets que si j'avais dû t'empoisonner, je l'aurais fait en arrivant, pas maintenant. Il y a une grande quantité de nourriture qui m'attend au Manoir. Et cela ferait plaisir aux elfes. Et," se hâta-il d'ajouter, "ma mère est à Florence."

Elle le regardait toujours avec une sorte de confusion suspicieuse, ses bras croisés dans la position de défense typique de Granger. "Pourquoi ?"

"C'est ma faute si tu as brûlé ta tarte en carton."

Le sourcil levé de Granger suggéra que beaucoup de choses étaient de sa faute, ce pour quoi il n'avait jamais essayé de faire amende précédemment, donc il devrait pardonner ses appréhensions.

"On y va ?" demanda Drago, ignorant ces scrupules plutôt fondés.

Granger resta sans bouger, l'étudiant avec scepticisme, comme si elle essayait de deviner ses motivations cachées. C'était un contraste saisissant et exaspérant par rapport à la réaction typique des sorcières à une invitation à dîner de Drago Malefoy, qui était habituellement un oui dans un souffle coupé et beaucoup de gloussements.

Non qu'il l'invitait pour ce genre de dîner.

Il observait simplement la différence.

L'odeur de la tarte brûlée émanait de la poubelle et les plongeait dans une aura douce et tragique.

Cela incita Granger à passer à l'action. Elle ferma correctement le couvercle de la poubelle, lui tourna le dos et commença à monter les escaliers.

Les femmes ne fuient pas Drago, en règle générale - plutôt le contraire. C'était une sensation inhabituelle et déplaisante.

"Hé !" dit Drago, vexé.

"Je vais me changer," dit Granger. "Je ne vais pas au Manoir avec mes vêtements d'intérieur. En plus, ils sentent le brûlé."

Drago, alors qu'il les regardait elle et ses fesses monter les escaliers dans son short moldu, avait vaguement envie de dire qu'il n'était pas opposé aux vêtements d'intérieur, et que ça n'était qu'elle et lui pour le dîner, donc ça n'avait pas d'importance, et aussi, elle sentait souvent un peu la fumée de bougie, et que ça ne le dérangeait pas du tout.

Cependant, Granger était à l'étage, donc Drago garda ces sentiments écœurants pour lui-même.

Il attendit qu'elle se change, ce qui prit approximativement deux jours ouvrés. Puis elle arriva et descendit les escaliers, portant une robe d'été rouge. "Voilà, maintenant je suis présentable."

"Présentable pour qui ?"

"Je ne sais pas," dit Granger, nouant ses cheveux dans un chignon bas qui était, d'une certaine façon, à la fois élégant et en désordre. "Être avec toi attire le chaos ; je m'attends à moitié à ce que Shacklebolt se pointe pour discuter."

Drago pensa que l'attracteur de chaos était plutôt elle, mais répondit néanmoins. "J'espère qu'il le fera. Il pourra dire à Tonks que je construis une relation avec ma Cible et que je ne suis pas une brute effrayante."

"Tu n'es pas une brute. Tu es juste arrogant," dit Granger, glissant ses pieds dans des sandales à lanières.

"Je suis arrogant ?"

"Un peu autoritaire, oui."

"Oh, ça c'est fort de café."

Ils transplanèrent au Mitre, et de là utilisèrent la Cheminette jusqu'au Swan, et de là transplanèrent au Manoir. C'était le même itinéraire que celui qu'ils avaient suivi cette nuit fatidique où Granger avait débarqué sur le terrain de Quidditch du Manoir, mais dans le sens inverse - et dans des circonstances moins frénétiques.

Cette pensée semblait avoir traversé l'esprit de Granger également, alors qu'ils se matérialisaient au Manoir.

Juste au moment où Drago lui jetait un regard, les yeux de Granger croisèrent les siens. Puis elle leva la main.

Elle ne tremblait qu'un peu.

"Progrès," dit Granger.

Drago dit "Bien joué," avec sincérité.

Les grandes portes du Manoir s'ouvrirent à leur approche. Un des plus jeunes elfes de maison se précipita à travers le hall d'entrée avec des mots de bienvenue dans une voix haut-perchée - puis il vit Granger.

Il couina de surprise, transplana, puis sa voix aiguë résonna depuis les cuisines. "Le Maître est rentré ! Et il a amené une dame ! Préparez de la crème fouettée !"

Puis l'elfe réapparut devant eux, comme s'il n'était jamais parti. "Bienvenue, Monsieur et Miss."

"Merci, Tupey. Peux-tu dire aux cuisines que je serais accompagné de ma collègue, la Guérisseuse Granger, pour le dîner ?"

Drago eut l'air d'avoir brisé le cœur de l'elfe de maison avec ses clarifications. "Bien sûr, Monsieur," dit-il, ses grands yeux soudain remplis de dévastation.

"Et nous voulons dîner sur la terrasse sud," ajouta Drago.

Tupey s'inclina et disparut. Dans le lointain, ils entendirent l'écho de sa voix aiguë qui demandait d'annuler la crème fouettée.

Granger avait l'air amusé. "...de la crème fouettée ?"

"Oublie ça," dit Drago. "Prenons un apéritif pour commencer. Je crois que nous avons déclenché une panique dans les cuisines."

Granger n'était pas aussi obsédée par ses pieds qu'elle l'avait été lors de sa dernière visite. Elle regarda autour d'elle, admirant les murs blancs, les grappes de bougies enchantées flottant tous les quelques pas, les feux allumés dans les nombreux foyers. Le nouveau Manoir était légèrement moins morne que l'ancien.

Drago la conduisit dans l'un des salons, qui était bien fourni en matière de collations. Ils eurent vingt secondes pour choisir un siège et prendre des olives avant que Tupey se matérialise de nouveau, désirant savoir ce qu'ils voulaient boire.

"Un cognac pour moi," dit Drago.

"Et pour Collègue Guérisseuse Granger ?" demanda Tupey.

"Du vin rouge, s'il te plait."

"Cabernet Sauvignon ? Merlot ? Pinot Noir ? Malbec ?" demanda Tupey.

Granger sembla paralysée par cet assaut d'options. "Euh - Je vais goûter le Malbec. Merci."

Tupey s'inclina et disparut.

Ensuite vint Henriette, qui était légèrement plus douée pour contenir son excitation (seules ses oreilles frémissantes la trahissaient).

"Mademoiselle Granger*," dit-elle avec une révérence, avant de présenter un plateau. "Roulades de courgettes, noix épicées au piri-piri, blinis de saumon et de chèvre au pesto*."

Le plateau d'amuse-gueules resta flotter près de Granger. Henriette disparut.

Granger ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais il y eut un autre crac, et Tupey apparut avec les boissons. On donna la sienne à Drago avec le niveau de politesse habituel, mais celle de Granger fut placée dans sa main avec le plus grand soin. Tupey disparut.

Drago ouvrit la bouche pour parler mais un troisième elfe apparut des cuisines pour demander si Collègue Guérisseuse Granger avait des allergies ou des préférences à communiquer aux cuisines ? Elle n'en avait pas. L'elfe de cuisine disparut.

Granger tenta de faire un commentaire, mais Henriette se matérialisa avec des serviettes et des petites fourchettes, puis disparut de nouveau.

Drago et Granger se regardèrent avec méfiance alors que le silence tombait sur le salon, s'attendant à ce qu'un autre crac bruyant interrompe leur prochaine tentative de conversation.

"Ils sont un peu - un peu intenses, non ?" dit Granger.

"Ils sont avides d'invités," dit Drago. "Quand ma mère est absente, il n'y a rien à faire, et il n'y a que moi à nourrir."

"Ce plateau entier est suffisant pour le dîner," dit Granger, choisissant un blini au saumon.

"Heu - non. Garde de la place pour après."

Ils vagabondèrent jusqu'à la terrasse sud. C'était une exquise nuit d'été, chaude mais avec une petite brise douce et espiègle. La brise jouait avec les mèches qui s'échappaient des cheveux de Granger et tirait sur l'ourlet de sa robe. Non que Drago ne la regarde.

Le terrain était illuminé pendant la nuit par des chandelles enchantées et des lanternes au pied de chaque arbre, et tout le long des allées. D'une certaine façon, l'effet était encore plus magnifique que pendant le jour - les fontaines et les jets d'eaux scintillaient et les fleurs étaient lumineuses, comme éclairées par en dessous.

Drago laissa Granger admirer la vue des jardins pendant qu'il allait voir si la table était prête. Il était satisfait de ce que les elfes de maison avaient mis en place en si peu de temps : une table et deux chaises argentées, des fleurs d'été à satiété, prêtant leur parfum à l'air nocturne, et une véritable extravagance de lanternes et de guirlandes lumineuses.

C'était, cependant, terriblement romantique. Henriette avait mis le paquet, malgré le fait que Drago ait spécifié que c'était une collègue. Il avait eu d'innombrables dîners et apéritifs en plein air avec des collègues et collaborateurs au cours de l'été, et Henriette n'avait jamais jugé bon de décorer avec des roses. Des roses rouges.

"Henriette ?" appela-il.

"Oui ?*" répondit Henriette, apparaissant à ses côtés dans un craquement.

"Tu es une crapule."

"Je ne connais pas ce mot*," dit Henriette, haussant les épaules en guise d'incompréhension.

"Les roses, Henriette."

"Quel est le problème, Monsieur ?"

"C'est trop."

"Trop quoi, Monsieur ?"

"Trop tout, Henriette."

"Il faut se laisser ensorceler, Monsieur*."

Ce qui était justement ce que Drago demandait, vraiment - un mysticisme non sollicité sur le fait de se laisser ensorceler.

"Enlève-les, Henriette."

"Elles sont au pic de leur floraison, Monsieur. Ça me semble dommage de les gâcher"

"Néanmoins, j'aimerais -"

"Oh !" fit la voix de Granger. "Les roses !"

Henriette jeta un long regard à Drago qui laissait entendre que, comme toujours, elle savait mieux que lui, et que s'il arrêtait de la contredire, il arrêterait également de se ridiculiser, le vilain garçon.

Granger se tordait les mains, debout devant la table. "Comme c'est beau ! Je n'avais jamais vu cette variété - ce sont des fleurs doubles ? - et cette couleur, elle est si profonde !"

"Ce sont des Apolline," dit Henriette. "La roseraie est vraiment resplendissante avec toutes ces fleurs. Vous devriez aller vous y promener après le dîner. Je suis sûre que Monsieur se fera un plaisir de vous escorter, en l'absence de Madame Malefoy."

Le Monsieur en question gratifia Henriette d'un regard de réprobation devant cette nouvelle impertinence. Granger, cependant, trouva l'idée absolument délicieuse et dit qu'elle adorerait, et demanda d'où venaient les Apollines, et depuis combien de temps ils en avaient, etc… ?

"D'abord la nourriture, ensuite les extases féminines pour la roseraie," dit Drago.

Granger et Henriette le regardèrent toutes les deux froidement et firent sentir à Drago tout le poids de leur basse opinion de lui.

Henriette indiqua qu'elle allait chercher leur premier plat.

Granger prit place avec un reniflement. "Je ne voudrais pas que mes extases féminines se mettent en travers de tes appétits masculins, bien sûr."

Drago émit un sourire dans son verre de cognac. "Et que sais-tu de mes appétits masculins ?"

"Seulement qu'ils sont implacables."

"Exact."

"Et faussent ton jugement."

"Parfois."

"Nous ne pouvons qu'espérer qu'ils seront satisfaits par l'entrée d'Henriette, peut-être qu'ensuite nous pourrons avoir une conversation civilisée sur les roses, sans être interrompues."

"Partiellement satisfaite, probablement."

Granger le regarda avec des yeux plissés, comme si elle détectait le double sens mais n'était pas tout à fait certaine qu'il soit intentionnel. Drago décida de la laisser mariner dans l'incertitude.

"Tourteau frais, décortiqué par nos soins*," annonça Henriette, alors que Tupey et elle arrivaient avec du crabe et du beurre aux herbes.

Ils mangèrent. Granger était délicate avec la nourriture, comme elle avait tendance à l'être, et facilement distraite, jetant de longs regards sur la terrasse et sur les jardins éclairés par les bougies. Elle avait à présent le menton appuyé sur le revers de la main et regardait la beauté évanescente d'une rangée de peupliers dont les jeunes feuilles frissonnaient au vent comme des médaillons d'argent.

Drago avait un peu envie de l'interrompre et de la ramener aux choses importantes (lui-même), mais c'était aussi plutôt agréable de s'asseoir dans un silence amical en sirotant leurs boissons. Les dîners au Manoir étaient normalement des affaires bien menées, où l'invité ou Drago avait quelque chose à gagner ou quelque chose à perdre. Celui-là était particulier en raison de l'absence de cette pression ; Drago n'avait aucune manœuvre à faire et savait qu'il n'était pas manipulé. Ils mangeaient simplement ensemble en réparation d'une tarte au poisson brûlée. Granger n'avait pas de prétention sur sa fortune ou sa personne.

Parfois, être avec elle était facile.

"Risotto au basilic*," dit Henriette, faisant disparaître leur crabe et déposant une bonne cuillère de risotto devant eux à la place. L'odeur du basilic s'en échappait délicieusement.

"Comment sais-tu autant de choses sur les roses, d'ailleurs ?" demanda Drago.

"Ma mère avait l'habitude d'en faire pousser," dit Granger avec une sorte d'insouciance feinte.

"Avait l'habitude ? Elle a arrêté ?"

"Je ne sais pas. Je n'ai pas vu mes parents ces dernières années."

"Oh."

Étant donné qu'elle essayait de ne pas avoir l'air affecte, Drago ne posa pas d'autres questions sur le sujet, ce qu'il pensait être d'une grande délicatesse.

Cependant, Granger continua. "Je leur ai lancé un Oubliettes à tous les deux pendant la guerre. Je les ai envoyés en Australie pour les mettre en sécurité. Le temps que je les retrouve, il était trop tard pour inverser le sort sans risquer d'endommager leur esprit. Ils vivent heureux à Adélaïde et n'ont aucun souvenir d'avoir eu une fille un jour."

Ah, oui, juste ce que Drago craignait. Des souvenirs légers des tragédies du temps de guerre.

"Ça explique pourquoi tu es si prudente avec les Oubliettes," dit Drago.

"Oh oui. C'était une dure leçon. Les esprits - les souvenirs - doivent être traités avec délicatesse. Et j'ai méticuleusement démantelé dix-huit ans de souvenirs. Ça a eu des conséquences."

"Ça a gardé tes parents en vie," dit Drago.

"En effet. À un prix élevé." Granger finit son vin. "Enfin - c'est une trop belle soirée pour se lamenter. Parlons d'autre chose."

Drago finit son cognac pour que le verre vide de Granger ne se sente pas seul. Il était prévenant sur ces choses là.

Il regarda Granger. "On dirait que tu as un sujet en tête."

"Les promesses non tenues," dit Granger. Sa voix était accusatrice.

Drago haussa un sourcil, se sentant visé. "Je n'ai pas tenu une promesse ?"

"Oui."

"Ah oui ? Éclaire-moi."

Juste au moment où Granger allait parler, Tupey apparut pour suggérer un Sauvignon blanc pour le prochain plat, étant donné que c'était du poisson. Drago et Granger acquiescèrent. Tupey servit le vin et disparut.

"Le rapport des archéologues sur les ruines celtiques," dit Granger. "Celles que tu as trouvées sous les cachots. Tu ne me l'as jamais envoyé."

Drago se redressa dans sa chaise avec un choc théâtral. "Tu as raison. Je ne l'ai pas fait. Pris en flagrant délit*."

"Je sais*," dit Granger, l'air grave. "Un terrible abus de confiance."

"Me pardonneras-tu un jour ?"

"Non. J'ai bien envie d'en garder une redoutable rancune. Peut-être lancer une querelle à grande échelle."

"Tu dis ça comme si les maisons Granger et Malefoy n'étaient pas déjà en guerre."

"C'est vrai."

Alors que Granger méditait sur cette complexité, Drago appela Henriette d'un signe et l'envoya chercher le rapport des archéologues. Henriette revint avec un épais rouleau de parchemin à la main et un air interrogateur.

Elle offrit ensuite d'aller chercher d'autres sortes de lecture plus adaptées à un soir d'été, comme quelques livres de poésie* française ?

"Non, merci Henriette - ça sera tout," dit Drago. "Mademoiselle a des goûts particuliers en terme de littérature et préfère lire des choses sur les moines morts."

Henriette disparut en secouant la tête.

Granger accepta le rouleau avec un grand sourire sur les lèvres. "Quand tu le dis comme ça, ça sonne particulier, en effet."

Drago haussa les épaules. "Le particulier n'est, au moins, pas ennuyeux."

"J'accepte ce simulacre de compliment mal formulé," dit Granger, déroulant le parchemin.

"Je ne voudrais pas que tu deviennes orgueilleuse, tu sais,"

"Non. Tu es extrêmement vigilant sur ce point."

Granger plongea dans le rapport, laissant son risotto refroidir dans son assiette. Elle se rappelait occasionnellement de la présence de Drago, ce fait étant signalé par un "Oh !" suivi du partage de quelque passage fascinant.

Henriette apparut avec le plat suivant et gratifia Granger d'un regard de reproche quand elle prit la mesure de la situation.

"Mademoiselle ! J'ose vous rappeler que vous êtes à table.*"

Granger sursauta, laissa s'échapper des excuses et posa le parchemin. Elle avait l'air confus alors qu'Henriette reprenait le risotto (maintenant devenu une masse figée) et le remplaçait par le poisson.

"Turbot poêlé, artichauts poivrade et citron confit.*" Henriette déposa le poisson de Granger avec une fermeté particulière, la menaçant que si elle ne mangeait pas tout, il allait falloir qu'elles aient une conversation.

L'effet de la menace d'Henriette était quelque peu diminué par le fait que son nez arrivait à peine à la hauteur de la table. Cependant, Granger, les yeux écarquillés, dit que le turbot avait l'air vraiment délicieux, et fourra sa bouche de plusieurs fourchettes pleines sous le regard attentif d'Henriette.

Satisfaite, Henriette disparut.

Granger avala son poisson avec l'aide d'un peu de vin.

Drago se retenait de rire. "Tu as l'air proprement terrorisée."

"Elle est effrayante." Granger jeta un regard furtif par-dessus son épaule puis son regard revint sur lui. "Et je suis désolée - c'était terriblement impoli de ma part. J'ai été happée et je - je n'ai pas fait attention."

"J'aimerais bien chercher après un Épouvantard," médita Drago entre deux bouchées. "Peut-être dans l'une des chambres d'amis."

Granger cligna des yeux. "Un Épouvantard? Pour quoi faire ?"

"J'ai le sentiment que le tient prendrait la forme d'une elfe de maison française de quatre-vingt ans et j'aimerais confirmer cette théorie."

Granger se mordit les lèvres pour réprimer un sourire. "Tu te crois vraiment drôle."

"Je le suis."

"Et quelle forme prendrait le tien, si on partait à la chasse à l'Épouvantard ?"

Drago s'enfonça dans sa chaise et joignit ses doigts. "Bonne question. Je n'en ai pas croisé depuis la guerre. J'aime à penser que ça ne serait plus Voldemort me sautant dessus comme un cadavre ambulant."

"Hé bien, qu'est ce qui t'as effrayé récemment ?"

"Veux-tu que je sois honnête avec toi ?"

"Je préférerais, mais je n'ai pas beaucoup d'espoir," renifla Granger.

"Il y a eut un moment aujourd'hui, sur le pas de ta porte, où tu avais l'air d'être sur le point de me métamorphoser en insecte et m'écraser."

Granger eut l'air de prendre note de cette nouvelle idée. "Quelle sorte d'insecte ?"

"Je ne sais pas - je suppose que ça aurait été en petit cafard répugnant."

"Presque impossible à tuer," dit Granger, secouant la tête. "Mauvais choix. J'opterais pour quelque chose de plus visqueux. Bien que, si je devais te tuer, je voudrais que tu saches que je n'utiliserais pas la Métamorphose."

"Oh, bien. Ça ne serait pas fair-play. Comment t'y prendrais-tu alors ?"

"Peut-être que je t'attacherais et que je laisserais faire Pattenrond. Je ne serais que complice de meurtre."

"La première partie de ta phrase était prometteuse, jusqu'à ce que tu parles du chat."

Granger ne prêta aucune attention à ces avances légèrement aguicheuses. Elle était plongée dans ses souvenirs. "Il a presque étouffé Ron, une fois. Il s'est allongé sur son visage pendant qu'il dormait. Je crains secrètement qu'il l'ait fait exprès."

"Bien, c'est réglé alors : mon nouvel Épouvantard est ton chat."

Granger ne lui fit pas l'honneur d'un rire franc, mais elle sourit derrière son verre de vin.

Henriette revint inspecter les progrès de Granger. Granger dit que tout était délicieux, que les artichauts en particulier étaient les mieux préparés de tous ceux qu'elle avait déjà eu le plaisir de manger.

Henriette dit, "Parfait*. Ils ont un grand nombre de bénéfices pour la santé, vous savez, les artichauts."

"Ah oui ?"

"Oui, oui,* beaucoup de nutriments et de vitamines. Ils sont aussi aphrodisiaques."

Henriette disparut après leur avoir confié cette information vitale.

Granger contempla l'assiette vide avec une sorte de consternation. Drago avait profondément envie de rire.

"Je saurais quoi blâmer, si tu deviens tactile," dit Drago.

Granger tourna le regard vers l'assiette de Drago tout aussi vide et dit, "Moi de même."

Tupey et Henriette firent disparaître les assiettes vides et servirent le dessert.

"Mille-feuille à la vanille de Bourbon*," dit Henriette, présentant l'ultime plat avec une courbette.

Tupey proposa un vin Sauternes sucré en accompagnement, que Drago et Hermione acceptèrent.

Granger pressa sa fourchette sur le mille-feuille tendre. "Henriette, Tupey, il faut que je vous remercie. Ce repas était bien meilleur que ce que je devais manger ce soir."

Henriette fit une révérence et Tupey s'inclina.

"Je suis certain que Miss Mabel fait une super tarte au poisson," dit Drago.

"Pardon* ? Qui est Miss Mabel ?" demanda Henriette. "Est-ce votre elfe de maison, Mademoiselle ?"

"Non," dit Granger. "C'est, heu - elle fait des tartes au poisson qu'on peut acheter dans les magasins. Enfin, je ne suis pas vraiment sûre que ça soit une vraie personne ; c'est du marketing, probablement…"

"Des tartes au poisson surgelées," dit Drago à Henriette. "Des tartes surgelées que Mademoiselle conserve surgelées et mets au four quand elle a un petit moment pour penser à se nourrir."

Henriette fit un bruit étranglé face à cette révélation. Les mains de Tupey volèrent jusqu'à sa bouche.

"Et quand ça ne se passe pas comme prévu, Mademoiselle a deux boîtes de thon et quelques lentilles séchées. Qui représentent tout le contenu de ses placards." Drago prit l'air sérieux. "J'ai vu beaucoup de choses troublantes dans ma vie, Henriette, mais les placards de Mademoiselle sont une toute autre chose."

Les mains de Henriette étaient posées sur son cœur ; ses yeux étaient écarquillés. "Non*!"

"Oh oui*. Je l'ai vu de mes propres yeux."

"Monsieur exagère légèrement," dit Granger, sa prise sur sa fourchette suggérant qu'elle pourrait planter Drago avec, s'il n'arrêtait pas de scandaliser les elfes.

"C'est vrai," dit Drago. "Il y avait aussi une boîte de crackers, âgés de seulement quelques années. Un peu poussiéreux, mais toujours mangeables."

Henriette et Tupey regardèrent tous les deux Granger, semblant prêts à pleurer.

"Je ne suis pas passée faire les courses cette semaine," dit Granger dans une tentative pour les rassurer. "C'est pour ça que mes placards étaient si vides. J'étais un peu occupée."

"Oh oui," dit Drago. "Parce que d'habitude ils sont pleins à craquer, n'est-ce pas ?"

Il s'était attendu au coup de pied de Granger sous la table, et il arriva. Il saisit sa cheville dans sa main et claqua la langue en signe de désapprobation.

Granger essaya de regagner la possession de son pied ; mais Drago l'informa qu'essayer de le taper avec signifiait qu'elle avait perdu le privilège de jouir de son pied.

Henriette manqua cet échange, trop occupée à s'affoler de pourquoi personne n'aidait Mademoiselle avec ses placards vides ? Tupey semblait sur le point d'hyper-ventiler.

"J'ai une modeste proposition," dit Drago.

La jambe de Granger tressaillit. Drago raffermit sa prise. Et c'était tout ce que c'était - une prise. Sa cheville était nue et douce dans sa paume, et ses doigts étaient curieux de la forme délicate de ses os, et ce quelle sensation cela ferait de les caresser, mais il ne les laissa pas faire. Cela demeura une prise. Parce que c'était Granger. Et qu'il n'avait aucune envie de caresser ses chevilles.

Et s'il avait envie de le faire - ce qui n'était pas le cas - ça serait la faute des artichauts.

Granger ne semblait pas oser demander le retour de son pied à voix haute devant Henriette, parce que cela mènerait à des questions gênantes à propos de la raison pour laquelle elle avait tenté de donner un coup de pied à Monsieur sous la table du dîner, ce qui était une gaffe autant plus sérieuse que de lire à table.

"Quelle proposition ?" demanda Granger dans une sorte de grognement, comme un chat attrapé par la peau du cou.

"Les elfes de maison meurent d'ennui sans ma mère et ses fêtes* - pourquoi ne leur donnes-tu pas la permission de passer une ou deux fois par semaine pour remplir tes placards ? Au moins jusqu'à ce que ma mère soit de retour ?"

"Absolument p-"

Drago serra la cheville de Granger avant qu'elle puisse dévaster les elfes.

Henriette et Tupey pivotèrent vers Granger pendant qu'elle parlait, les yeux en cœur à la pensée de son garde-manger vide attendant juste un peu d'attention. Les mains d'Henriette étaient pressées contre sa poitrine ; celles de Tupey étaient regroupées dans une sorte de supplication. Leurs yeux mouillés brillaient d'espoir.

La voix de Granger s'éteignit.

"Absolument parfait, allait dire Mademoiselle, je pense," dit Drago aux elfes.

Granger lui jeta un regard suggérant l'imminence d'un second coup de pied, si elle n'avait pas peur de perdre la possession de son autre pied également. Elle servit aux elfes sa meilleure tentative de sourire. "Peut-être Monsieur et moi pourrions-nous discuter des détails en privé ?"

"Alors c'est un oui, Miss ?" demanda Tupey, le souffle coupé.

"Bien sûr que c'est un oui," dit Henriette, des étoiles dans les yeux. "Mademoiselle ne serait jamais assez impolie pour refuser l'offre de Monsieur. Elle est trop bien-élevée*."

Le sourire de Granger était plutôt figé.

Les elfes s'inclinèrent et firent la révérence une demi-douzaine de fois, puis transplanèrent aux cuisines pour partager la bonne nouvelle.

"Tu pourrais éprouver la patience d'une sainte," dit Granger à travers ses dents serrées. "Rends moi mon pied avant que je te transforme en cafard."

Drago lui rendit la possession de son pied, probablement un peu plus lentement que nécessaire, le bout de ses doigts caressant sa cheville avant de la lâcher.

Elle le remarqua. Le rose lui monta aux joues. Possiblement le vin. Possiblement d'autres choses.

"Je n'ai parlé qu'avec une sainte, et elle m'a plutôt apprécié," dit Drago, passant la main dans ses cheveux.

Granger, rougissant malgré tout, était exaspérée. "Elle n'a passé que cinq minutes en ta précieuse compagnie, pas assez pour découvrir à quel point tu es infiniment agaçant. Comme quand tu m'impose des elfes de maison, à moi. À quoi tu pensais, si tu pensais, avec cette décision ?"

"J'ai vu un problème que j'avais la capacité de résoudre," dit Drago. "C'est une philosophie de vie que j'ai apprise d'une sorcière plutôt intelligente."

Granger le fixa. La double attaque de la réutilisation de ses propres mots et du véritable compliment l'avait déstabilisée. Elle s'enfonça dans sa chaise, luttant pour rester fâchée. "Tu es - tu es simplement -"

"Indescriptible, je sais," dit Drago.

"Faut-il toujours que tu aies le dernier mot ?"

"Seulement dans les rares occasions où tu le permets."

Granger était aux prises avec son agacement qui persistait et son amusement. Ses yeux en pétillaient. Cela faisait un tableau plutôt adorable.

"Quand ta mère rentre-elle en Angleterre ?"

"Pas avant deux semaines," dit Drago. "Ensuite tu seras libérée des elfes de maison. Mais sur ce temps là, tu leur auras rendu leur joie de vivre*."

Granger regardait en direction des cuisines. "Très bien. Mais seulement parce que je ne veux pas qu'Henriette pense que je suis mal élevée* de refuser ton offre. Je pense qu'elle le prendrait personnellement."

"Si Henriette avait des doutes sur ton éducation, elle t'aurait snobée depuis le début. C'est une elfe plutôt opiniâtre. Maintenant, mange ton mille-feuille, ou elle va revenir te réprimander."

Granger tourna son attention sur son assiette. Drago prit une gorgée de vin sucré.

"C'était pour quoi la crème fouettée ?" demanda Granger.

"Ceci est une affaire privée, et il serait pour le mieux que tu l'oublies."

"Hum," dit Granger, l'étudiant par-dessus son verre.

Ils finirent leur dessert.

Henriette se matérialisa et rappela gentiment à Monsieur qu'il devait emmener Mademoiselle visiter la roseraie. Puis elle se tint là, ses petites mains posées sur ses hanches osseuses, à le regarder avec intimidation jusqu'à ce qu'il se lève et offre son bras à Granger.

La prise de Granger sur son bras était légère, au début, mais après quelques pas, elle se raffermit. "Mince. Est-ce que le sol est un peu bancal, ou est-ce que je suis complètement pompette ?"

"Nous avons tous les deux un peu forcé sur le vin," dit Drago.

"Les attentions de Tupey étaient - implacables."

C'était un miracle qu'aucun d'entre eux n'ait déjà dit quelque chose de stupide et alcoolisé - mais la nuit était encore jeune, et le chemin des jardins les appelait, et les possibilités de stupidités brillaient comme les chandelles qui pavaient le chemin.

Ils errèrent à travers une double rangée de lilas chargés de fleurs. Sur leur droite se trouvait la serre, sa lueur chaleureuse tachetée par la multitude de fleurs mauves. La brise faisait frémir les fleurs comme des ailes de papillon ; la lumière brillait sur le chemin.

Dans les ombres tachetées, Granger leva sa main pour qu'elle se détache dans la lumière de la serre.

Elle ne tremblait pas.

C'était sa main gauche qu'elle levait. Son bras était nu et contre la peau de l'intérieur de son bras se trouvait le flou.

Granger se tourna, avec l'intention de continuer sur le chemin, mais Drago l'interrompit en commettant la première des bêtises de la soirée. Plus tard, il blâmerait le vin.

Il prit son poignet - doucement, mais elle tressaillit néanmoins - et le tira vers lui.

Granger était choquée. "Qu'est-ce que tu -?!"

"Je n'avais pas réalisé que tu l'avais toujours," dit Drago.

Il tourna son poignet pour que le flou du charme soit éclairé par la lumière vacillante.

"Hé bien - oui." Sa voix était hésitante. Elle le regardait avec des yeux écarquillés par la circonspection - comme un animal sauvage prêt à s'enfuir en courant. Elle avait l'odeur de la douceur du Sauternes.

Trois mots lourds que Drago portait depuis la Provence sortirent avec difficulté. "Je suis désolé."

"C'était ta tante folle, pas toi."

"Je n'ai rien fait pour l'en empêcher."

À ça, Granger n'avait pas de réponse.

"Je suppose que s'il y avait un moyen de l'enlever, tu l'aurais trouvé," dit-il.

"Oui. J'ai essayé un grand nombre de choses, mais…"

"Il y a des choses qui ne guérissent pas."

"Non. Elles ne guérissent pas." Granger resta silencieuse un moment. Puis elle fit disparaître le charme pour révéler les mots. "Une chose très moche."

La vieille blessure était visible sur sa peau, aussi fraîche que le jour où elle avait été gravée. Elle étincelait encore. La bouche de Drago était cotonneuse et sèche. Pendant un instant, elle eut de nouveau 17 ans, allongée comme un cadavre sur le sol du salon, à quelques mètres seulement de là où ils se trouvaient. Puis elle redevint Granger, d'une intelligence ardente, une changeuse de monde, mais pour autant, toujours marquée. La prise de Drago sur son poignet se resserra un peu - honte et chagrin.

"Ça te fait toujours mal ?" demanda Drago, parce que ça avait l'air trop frais pour que ça ne soit pas le cas.

"Parfois. J'y suis habituée, maintenant. Ou j'oublie juste."

Drago n'avait jamais eu l'intention de lui montrer la honte de son propre avant-bras - d'autant plus honteux qu'il l'avait acquise de sa propre volonté.

Et pourtant, il se vit déboutonner ses manchettes et remonter sa manche.

Ce qui restait sur son bras était une Marque tordue et à demi effacée. C'était à présent un mélange grotesque de chair noire et de tissu cicatriciel, suite à ses tentatives infructueuses pour l'enlever.

"Oh," s'exclama Granger.

"La mienne est encore plus moche. Dans tous les sens du terme, Granger. Je l'ai voulue."

Son exclamation tenait plus du choc que de l'horreur. Elle observait la chair tordue avec les yeux d'une Guérisseuse, qui avaient vu des choses bien pires.

Granger resta silencieuse pendant un long moment. Elle finit par dire, "Mais tu ne la veux plus."

"Non."

"C'est ce qui compte."

"Ça n'efface pas le passé," dit Drago. Le bras défiguré qu'il tenait entre eux en était une preuve éloquente.

"Non. Mais les choix que tu as fait depuis te définissent plus que ceux que tu as fait à l'époque."

"Ah oui ?"

"Tu avais seize ans. Tu étais - on était tous - des enfants soldats jetés dans une guerre, essayant de faire ce qu'on nous avait enseigné être bien. Essayant de protéger ceux que l'on aimait."

"As-tu besoin d'être aussi indulgente ?"

"Ça fait quinze ans," dit Granger. Elle baissa son propre bras. Elle avait l'air las. "Je peux t'assurer que j'ai eu le temps de ruminer le problème pendant tout ce temps. J'ai pardonné ceux qui le méritaient."

"Ça m'empêche de me vautrer dans mes propres reproches."

"Ce n'est pas productif."

C'était maintenant au tour de Granger de prendre son poignet. Elle l'attira vers un triangle de lumière parmi les ombres et se pencha pour observer la Marque de plus près. Drago avait envie de le lui enlever - mais elle avait été assez courageuse pour le laisser regarder la sienne, donc il n'allait pas faire le lâche maintenant.

Ses doigts caressèrent les reliefs des cicatrices et la chair à moitié fondue qui n'avait jamais été touchée par d'autres mains que celles de Drago.

Elle avait l'air d'avoir mal au cœur. "Tu as essayé de l'enlever avec un sort ?"

"Oui," dit Drago. Parmi d'autres choses. "C'était il y a des années."

Son bras tressaillait sous son examen minutieux. Il avait envie de cacher la Marque : elle était si laide, si difforme, si pleine de souvenirs hideux et de honte.

"Je ne pense pas que je puisse faire grand chose pour celle-là non plus," dit Granger. "En termes de Guérison, je veux dire." Cette pensée semblait la rendre triste.

"La mienne est un rappel de mes terribles décisions. Elle est bien méritée. La tienne - la tienne est une malheureuse tragédie."

"C'est vrai," dit Granger. Puis elle ajouta, "Enfin, ce sont toutes les deux des tragédies, chacune à sa manière."

Encore cette vertueuse indulgence. Cela donnait à Drago envie de s'enfuir.

Ils se tinrent en silence. Elle connaissait maintenant certaines de ses peines et il connaissait maintenant certaines des siennes. Cela avait un côté intime. D'être vu. C'était quelque chose d'inconnu, d'agréable, de touchant.

Ils se tenaient en silence et pourtant ce n'était pas du silence, c'était épais et dense et tournoyant. Cela pesait sur leurs tympans et sur leur poitrine comme une pression écrasante.

"Il faudrait une conclusion concise, ou des paroles de sagesse," dit Drago, pour briser ce silence.

"Oui, s'il te plait," dit Granger. Elle semblait soulagée.

"Je voulais dire de ta part."

Granger claqua ses mains devant elle et leva les yeux vers les étoiles, comme si elle pourrait y trouver la concision. "Le cadavre ambulant qui nous a fait ces cicatrices est mort."

"Et nous sommes en vie."

"Je pense que ça suffira."

Drago remit sa manche en place et boutonna ses boutons de manchette. Granger remit son charme en place.

"C'est une trop belle soirée pour se lamenter," dit Drago.

"Je ne parle pas de façon aussi académique."

"Oh si. On va voir les roses ? Tiens ton extase féminine prête."

Ils vagabondèrent sur le chemin qui s'incurvait dans la lumière des chandelles jusqu'à ce qu'ils atteignent la roseraie. À leurs pieds, des Violettes de Minuit sortaient ici et là, attirées par le croissant de lune.

Leurs pas étaient lents, ivres et délicieusement sans but. C'était parfait ; Drago en savait trop peu sur les roses pour lui faire faire une véritable visite et Granger se contentait de se promener de l'une à l'autre sans plan ni but, touchant leurs pétales aux douces courbes. De jolis noms sortaient de ses lèvres lorsqu'elle en reconnaissait quelques-unes : Annabelle, Wildfire, Apolline, Duchesse, Ivory Kiss, Claire, Crimson, Romance.

Des guirlandes lumineuses scintillaient parmi les rosiers. Des pétales parsemaient le chemin. Un rossignol chantait et des fontaines gargouillaient. Granger, avec une sorte d'ivresse rêveuse, dit que c'était comme être dans une clairière enchantée.

Drago voulait la taquiner d'être si sentimentale, mais il se rendit compte qu'il était également d'humeur douce et tranquille. Le genre d'humeur dans laquelle il pourrait dire à une sorcière que oui, les roses étaient charmantes, mais qu'elle était la chose la plus charmante du jardin, juste pour la voir rougir.

Il ne le fit pas, parce qu'il n'était pas fait de ce bois.

Des parfums, délicats et insaisissables, taquinaient leur odorat. Granger essaya de nommer les parfums et tendit les roses à Drago pour qu'il puisse essayer, et il se tint à côté d'elle, plus près que nécessaire, et ils firent ensemble de vaines suppositions – pomme, vanille, clou de girofle, myrrhe, miel - parmi les damas.

Son esprit enivré par le vin collectionnait les sensations. Une proximité délicieuse. Être suffisamment proche pour sentir sa chaleur. La rose qu'elle tenait si près de son visage que ses lèvres effleuraient ses pétales. Le clair de lune sur sa peau. Les boucles de cheveux qui s'échappaient sur sa nuque. Le coin de sa bouche. La morsure de sa lèvre. Ses cils contre sa joue.

Ils passèrent à la rose suivante. Celle-ci, Granger en était convaincue, sentait l'abricot. Drago vint se placer derrière elle et se pencha par-dessus son épaule. Pour lui, ça sentait la mandarine. Granger la sentit à nouveau et dit que non, ça sentait très certainement l'abricot. Et Drago se pencha plus près et dit que non - mandarine, ne sois pas stupide. Granger émit l'hypothèse qu'ils auraient pu trouver une rose Amortentia ; cela expliquerait le désaccord. Drago dit qu'il s'assurerait d'enregistrer cette découverte.

Ils passèrent à la suivante, une splendide rose blanche. Granger prit la lourde fleur en coupe dans ses mains et l'attira à elle. Drago revint derrière elle et ils la sentirent tous les deux en même temps, et la joue de Granger effleura son menton.

Il se retint juste à temps, il était sur le point de poser une main sur sa taille.

C'était de la folie.

Le bas de ses jupes effleurait le devant de son pantalon. Ses cheveux lui chatouillaient le côté du visage.

Granger dit que ça sentait la noix de coco et le mit au défi de la contredire. Drago n'était évidemment pas d'accord - ça sentait le kiwi.

Le kiwi ?! répéta Granger. Le kiwi, dit Drago. Granger dit qu'elle l'enverrait voir un oto-rhino-laryngologiste, s'il n'arrêtait pas ses absurdités. Drago dit que la seule absurdité ici était le mot oto-rhino-laryngologiste.

La douce paralysie était de retour, ne pas avoir envie de bouger, la légèreté dans ses veines, ses membres qui semblaient ne plus avoir de poids et ses paupières qui étaient lourdes. Il avait envie de poser son menton à l'endroit où le cou de Granger rencontrait son épaule et de juste rester là. Il avait envie de murmurer des choses dans son oreille et de la sentir frissonner contre lui. Il avait envie de s'attarder ici, dire des bêtises sur les kiwis, pendant une ou deux éternités. Il avait envie de flotter.

C'était le vin certainement. Et les artichauts.

Ils passèrent aux roses suivantes, de petites choses sauvages qui poussaient en bouquets et sentaient le vétiver. Granger demanda si elle pouvait en cueillir une. Drago le fit pour elle ; il semblait indigne de ne pas le faire. Et il lui donna, son bras s'enroulant autour d'elle par derrière, leurs bouts de doigts se touchèrent, et c'était le plus proche qu'ils pouvaient se permettre d'être - se toucher les bouts de doigts par-dessus une rose.

Elle le regarda par-dessus son épaule pour le remercier, et leurs yeux se croisèrent. Les siens étaient sombres et curieux et ceux de Drago clairs et vifs, c'était la collision des univers. C'était tous ces contraires, Lumière et Obscurité, Née-Moldue et Sang-Pur, Ordre et Mangemort, de terrible incompatibilité en terrible incompatibilité. Les violentes polarités qui faisaient d'eux ce qu'ils étaient.

Ils trébuchèrent un peu l'un sur l'autre, dans ce moment de collision, un peu éméchés, l'âme un peu entremêlée.

Elle glissa la rose dans ses cheveux et se retourna.

Ils arrivèrent au bout du jardin des roses, où les haies étaient plus épaisses et où les stupidités pouvaient être dites plus librement. Où les terribles incompatibilités arrêtaient d'être si importantes, parce que, ici parmi les branches vertes et le bruissement du vent, ils n'étaient qu'un homme et une femme, se promenant dans un jardin, se taquinant à propos des roses.

Ils trouvèrent à s'asseoir sur un banc de pierre près d'une fontaine ornée de Cupidons potelés. Granger replia les jambes sous elle. La rose dans ses cheveux était de travers, alors Drago se pencha pour la redresser, s'attendant à le faire suavement mais se rendant compte à la place qu'il était transpercé par un sentiment exquis de nervosité, qu'il n'avait pas ressenti depuis son adolescence. Granger souffla un merci. Ses joues étaient roses.

Ils parlèrent de choses triviales et non triviales, de roses et de placards, de cicatrices et de guerre, d'artichauts et de tarte au poisson. Ils levèrent les yeux vers les étoiles qui brillaient doucement, et les oiseaux nocturnes gazouillaient de leurs chants mystérieux, et les roses laissaient tomber leurs pétales dans une belle mélancolie. Une heure passa, puis deux, puis trois - bien qu'il semblait qu'ils venaient juste de s'asseoir l'un à côté de l'autre sur ce banc humide parmi les roses pour oublier la soirée.

Le souvenir de cette nuit resterait avec Drago pendant un long moment après ça, douceur au clair de lune. La lumière dans ses yeux, le goût du vin, le scintillement de la lumière des étoiles dans la fontaine, la lente séduction des roses.

Il faut se laisser ensorceler.*