CHAPITRE 15 :

- Il a embrassé ta main ?

Hermione avait acquiescé et les sourcils de Ginny avaient atteint le sommet de son crâne quand elle lui avait raconté comment la soirée s'était terminée, après le ballet.

Oui, et il m'a intensément regardé dans les yeux tout le long, et c'était la chose la plus excitante qui me soit arrivée depuis un bon moment. Par ailleurs, je me suis faite jouir plusieurs fois en pensant à lui.

- Oui mais c'était peut-être juste un vieux truc protocolaire de Sang-Pur ?

Hermione n'avait pas eu l'intention de parler de la soirée et du ballet à quiconque. Mais, quand Malfoy était parti et l'avait laissé toute rougissante, elle avait appelé la cavalerie : Ginny. Cette fois, elle avait fait attention aux oreilles indiscrètes et avait invité Ginny à dîner pendant qu'Harry avait un raid de nuit.

Ginny s'était levée brusquement du canapé d'Hermione et avait commencé à faire les cents pas dans le salon. Elles avaient renoncé au vin et avaient opté pour du thé – parce qu'Hermione voulait avoir les idées claires pour discuter du fait qu'elle « se soit amourachée de Malfoy ». Elle n'avait pas dit à Ginny le nom qu'elle avait donné à cette situation dans sa tête – ou le fait que ses fantasmes ne contenaient que lui.

- Sans doute, c'est possible. C'est un crétin prétentieux après tout, avait-elle concédé en grimaçant.

- Ça n'aide pas, Ginny.

Hermione avait soupiré et s'était adossée contre le canapé, résignée.

- Comment ça se fait que j'ai presque trente ans et que je sois toujours aussi incompétente en ce qui concerne les hommes ?

Ginny s'était arrêtée et avait regardé Hermione avec sévérité.

- Tu es compétente dans absolument tous les domaines. Sauf peut-être le Quidditch.

Hermione avait laissé échapper un rictus et Ginny avait continué.

- Ecoute, je ne connais évidemment pas Malfoy comme toi. Mais je peux objectivement dire qu'il est tout bêtement beau. Je peux aussi objectivement ajouter que tu es positivement magnifique.

Ginny avait impatiemment levé la main alors qu'Hermione avait ouvert la bouche pour protester.

- N'essaie même pas de dire le contraire ou je te fais voler à travers la pièce. Donc, avait continué Ginny en serrant ses mains devant elle et en poursuivant son chemin, je pense que l'attraction sexuelle entre deux personnes séduisantes est normale et probablement inévitable. Mais, si tu t'inquiète du fait que ton attirance pour lui fasse que tu agis précipitamment, on peut travailler pour te faire prendre l'ascendant sur la situation.

Hermione avait agité son thé dans son mug en réfléchissant aux paroles de Ginny.

- Comment ?

- Indifférence et condescendance, avait affirmé Ginny. Tu agiras comme si tout ce qu'il faisait ne pouvait pas t'atteindre. Plus longtemps tu tiendras, plus tu finiras par y croire toi-même et ça deviendra naturel. Comme ça, cette montée de fantasmes sur lui n'ira pas plus loin.

Bien sûr, pourquoi aurais-je envie que ça aille plus loin ? Hormis dans ma chambre ?

Elles avaient passé le reste de la soirée à planifier le comportement d'Hermione pour la semaine suivante quand elle retrouverait Malfoy.

Avant d'entrer dans le café le lundi matin, Hermione prit un moment pour reprendre ses esprits. Se rappelant tout ce que Ginny avait dit sur le fait d'avoir l'air imperturbable tout le temps. Elle ajusta sa posture, maintint sa tête haute et marcha avec assurance.

- Bonjour, le salua-t-elle calmement.

Ça fonctionnait, se dit-elle, pour l'instant elle conservait un air complètement détaché en sa présence.

- Granger.

Il avait pratiquement ronronné son nom et son estomac avait fait des sauts périlleux. Il n'y avait aucun doute, elle était dans la merde. C'était une horrible, terrible, affreuse idée. Comment diable Hermione pouvait-elle être nonchalante en compagnie de Draco Malfoy ? Il n'avait dit qu'un mot, son nom de famille, et Hermione avait envie d'arracher ses vêtements. Peut-être était-ce parce qu'il l'avait dit de la même façon qu'elle l'avait imaginé l'autre nuit ? Dans le rêve où il n'avait été qu'à quelques secondes de lui provoquer un orgasme époustouflant.

- Le reste de ton week-end était agréable ? Demanda-t-elle en essayant de maintenir une conversation neutre et sans intérêt – une autre technique dont elle avait parlé avec Ginny.

Malfoy haussa les épaules et bu une longue gorgée de son café.

- Oui plutôt, j'imagine. Quelques documents financiers ont retenus mon attention, donc rien que je ne qualifierais d'aussi stimulant que notre soirée ensemble samedi.

Il ne l'avait même pas regardé en parlant, préférant feuilleter distraitement un magazine de Quidditch ensorcelé pour ressembler à un journal Moldu. Et Hermione ne savait pas si c'était sa nonchalance ou la façon dont il avait accentué le mot « stimulant » de la manière la plus séduisante possible, mais si elle n'avait pas dû quitter la table pour aller chercher son thé, elle aurait très bien pu se jeter sur lui et lui arracher ce costume trop ajusté.

- D'accord, je vois. Je vais aller chercher mon thé, annonça-t-elle maladroitement en essayant de ne pas courir vers le comptoir.

Tout se déroule à merveille.


Mars 2008

Draco était quelqu'un de routinier. Pour Hermione, s'en était tout aussi attachant que révoltant. Que Merlin lui vienne en aide, cet homme sombrait dans des crises de colère si le coffee shop osait être à court de scone à la myrtille avant son arrivée.

Néanmoins, l'une des habitudes qu'Hermione aimait le plus était sa rotation de costumes. Durant les cinq jours de la semaine, Draco portait les mêmes costumes dans l'exact même ordre. Les lundis et vendredis, il était habillé d'un costume et d'une cravate noir avec une chemise blanche. Les boutons de manchettes et sa broche étaient d'un vert émeraude profond.

Les mardis et jeudis, Draco portait un costume noir avec de fines rayures grises, une chemise grise boutonnée jusqu'en haut et une cravate noire. Pas de broche mais des boutons de manchettes avec une améthyste.

Mais les mercredis ? Les mercredis étaient devenus le jour préféré d'Hermione. Les mercredis, Draco portait un costume bleu foncé, assorti à sa cravate, avec une chemise bleue clair boutonnée jusqu'au col et des boutons de manchettes en diamant - qui coûtaient sans doute plus cher que la maison de ses parents. Les nuances argentés de ses yeux étaient toujours saisissantes, mais le bleu de son costume et de sa chemise mettaient en avant leur éclat.

Nous étions mercredi, ce qui voulait dire qu'Hermione allait passer un temps excessif à reluquer son ami bien habillé de l'autre côté de la table. C'était quelque chose qu'elle ne devait vraiment plus se permettre, parce qu'elle avait beaucoup de préparation à faire au travail pour compléter la présentation de son voyage à venir à Venise, en avril. Mais, que Merlin lui vienne en aide, cet homme était beau en nuances de bleu.

- Tu aimes ce que tu vois Granger ?

Ses yeux se plantèrent dans les siens. Ils avaient la même couleur que le ciel au-dessus d'un vaste océan.

Bordel ! Elle n'allait jamais être capable d'être subtile, n'est-ce pas ?

- Non ! Je veux dire, oui, enfin –

Ça n'aidait pas vraiment son état mental ou sa capacité à s'exprimer quand il lui souriait de cette façon. Respire profondément, Hermione.

- Tu es beau quand tu portes du bleu ! Lâcha-t-elle avant d'immédiatement baisser les yeux vers son carnet et ne plus le regarder du reste de la matinée.

Que quelqu'un m'oubliette, par pitié.


Non pas que Draco ne tienne les comptes, mais il s'était assis à la même table avec Hermione Granger tous les jours avant d'aller au travail depuis plus d'une année maintenant. Et qu'avait-il appris durant tout ce temps ?

Il avait appris des choses sur ses parents, l'échec de sa relation avec Weasmoche et le fait qu'elle entretienne toujours une relation avec cette famille. Il savait comment elle prenait son thé, qu'elle aimait aussi les scones à la myrtille et à quoi elle ressemblait pendant une crise de panique. Il l'avait vu rire, pleurer, et s'enflammer de rage la fois où il avait fait un commentaire désinvolte sur les elfes de maison. Draco connaissait son point de vu sur la politique. Il connaissait les départements du Ministère qui faisaient un travail utile et qui était à la tête des départements qu'elle n'hésiterait pas à asperger de pus de Bubobulb non dilué. Draco pouvait dire de quelle humeur elle était en se basant uniquement sur la façon dont elle entrait dans le café chaque matin et la quantité de thé qu'elle commandait.

Ils ne parlaient pas souvent de la guerre ou de l'école, simplement parce que ses sujets étaient encore trop lourds émotionnellement pour commencer une journée. Mais plus généralement, il était au courant des choses que la plupart des amis connaissent les uns sur les autres. Récemment, Draco avait pris l'habitude de combler ses lacunes sur les « Anecdotes sur Hermione Granger » en posant des questions aléatoires qui lui venaient à l'esprit. C'était comme ça qu'il avait appris que le violet était sa couleur préférée, que son jour de la semaine préféré était le mercredi (elle avait refusé d'élaborer son raisonnement), son animal préféré était le chat, son patronus corporel était une loutre, son anniversaire était le 19 septembre, son parfum de glace préféré était la fraise et que son deuxième prénom était Jean, comme sa mère.

- Quelle est ta friandise préférée ? Lui demanda-t-il soudainement, sorti de nulle part.

Habituée à ses questions inopinées à ce stade, Hermione ne leva même pas les yeux de son journal.

- Magique ou moldue ?

- Peu importe.

- Les plumes en sucre.

Draco remercia tous les dieux ayant pu exister que la tête d'Hermione soit plongée dans un journal et qu'elle ne puisse, par conséquent, pas voir la façon dont sa mâchoire s'était tendue et que ses yeux étaient presque sortis de son crâne alors qu'il retenait un grognement de désir. Par la putain de barbe de Merlin, il aurait volontairement donné sa baguette pour la voir sucer une plume en sucre. On repassera sur le fait de ne pas avoir besoin de se branler aujourd'hui...


Draco avait attendu une excuse pour suggérer une autre sortie avec Hermione pendant le mois qui avait suivi le ballet, et elle était finalement arrivée. Wesley Macnair avait deux tickets, deux très belles places en loge – rien de moins – pour l'opéra le mois suivant et ne pouvait pas s'y rendre. Alors que son collègue flânait devant son bureau chez Whisp&Wright, se plaignant que sa femme n'arrêtait pas de lui rabâcher qu'il fallait qu'il donne les tickets - parce que des cousins venaient leur rendre visite le même week-end - Draco passa la tête par la porte de son bureau.

- Macnair ! Je les prends !

Macnair se retourna, surpris que Draco se porte volontaire.

- Toi ? Tu veux me débarrasser de ces foutus trucs ?

Draco acquiesça et tendit la main avec impatience. Macnair l'observa suspicieusement pendant un instant avant de les donner à Draco.

- Tu as vu qu'il y en avait deux. Avec qui es-tu si anxieux de souffrir pendant plusieurs heures alors qu'une grosse sorcière gazouille ?

- Occupe toi de tes oigons. Mais merci.

Draco s'épargna plus de curiosité de la part de Macnair en lui claquant la porte de son bureau au nez.

Aurait-il simplement pu proposer à Hermione d'aller dîner ou juste boire un verre après le travail ? Bien évidemment. Mais, pour une raison qu'il ignorait, à chaque fois qu'il avait ouvert la bouche pour demander, il s'était dégonflé. Il était toujours inquiet d'avoir été trop loin avec elle après le ballet et toutes les fois où il avait eu envie de l'inviter à dîner sonnaient comme un rencart dans sa tête.

Ce qui aurait été tout à fait correct et chouette, s'il ne pensait pas qu'elle soit complètement effrayé par lui. En plus, s'il devait être honnête envers lui-même, son assurance en avait pris un coup lorsqu'elle avait rejeté son invitation pour aller à un rendez-vous avec Anthony Goldstein, en janvier.

Donc Draco avait choisit l'option la plus pragmatique (i.e : lâche) et attendu qu'une activité se présente. Suggérer une activité culturelle semblait être un pari beaucoup plus sûr, parce qu'il y aurait un but à cette soirée - autre qu'un dîner, des boissons et des regards languissant par dessus la table. Aussi, Draco pensait à pleins d'autres activités qu'il aimerait faire avec Hermione...

Chassant de son esprit toutes pensées mal venues, Draco aborda le sujet d'une soirée à l'opéra avec autant de détachement que possible.

- Granger, durant ta riche et snob enfance, as-tu eu l'occasion d'aller à l'opéra ?

Elle leva les yeux de son thé et arqua un sourcil. Super. Il avait déjà tout fait foirer. Il voulait rire mais, visiblement, elle ne trouvait pas son ton moqueur amusant aujourd'hui.

- Non. Et avant que tu poses la question, oui, les moldus connaissent l'opéra. C'est juste considéré comme une forme de divertissement datée dans le monde moldu. La plupart des gens de notre âge ou plus jeune préfèreraient aller voir un film ou un concert.

- Donc tu n'y es jamais allée ?

- Je viens de te dire que non.

Il n'allait pas se laisser décourager par son attitude cinglante.

- Parfait. J'ai des tickets pour un spectacle à venir et tu devrais m'accompagner.

Les yeux d'Hermione s'écarquillèrent et sa bouche s'ouvrit puis se referma à plusieurs reprises. Elle avait l'air incapable de savoir quoi dire et Draco essaya de ne pas avoir l'air affecté par l'attente interminable qu'il fallut à son cerveau pour se remettre à fonctionner normalement. Il était si simple de tuer un homme en le faisant attendre aussi longtemps avant de lui mettre un vent. Si elle utilise Anthony Goldstein, ou n'importe quel autre stupide abruti comme une excuse, je jure sur ma magie que je trouverai le-dit stupide abruti et l'enverrai directement sur Jupiter.

Finalement, elle sembla se souvenir d'agir comme un être humain et s'éclaira la gorge.

- Quand a lieu la représentation ?

- Vendredi 11.

Elle fronça légèrement les sourcils et ouvrit son agenda. Comment elle parvenait à le trouver si rapidement parmi un nombre incalculable de carnets, journaux, périodiques et autres cahiers, Draco n'en avait pas la moindre idée, mais comme il s'agissait de Granger, il supposa qu'elle devait avoir un système pour ça.

- C'est deux jours avant mon départ pour Venise.

- Ce qui signifie que tu seras plus que prête et que ta valise sera faite pour ton voyage et que tu auras besoin d'une soirée pour décompresser.

Ses sourcils restèrent froncés pendant une minute de plus, puis, avec un léger haussement d'épaule, elle sourit à Draco.

- Tu as raison. Autrement je serai enfermée chez moi à me rendre folle en essayant d'ajouter des citations de dernière minute à ma présentation.

- Alors, ça te ferait plaisir ?

Elle rougit instantanément à sa question et Draco se demanda si son esprit avait emprunté le même chemin perverti que le siens : J'adorerais que tu prennes du plaisir Granger, laisse moi te donner du plaisir.

- Oui, ça serait bien, répondit-elle d'une voix haletante.

- Excellent. Maintenant il va falloir que tu choisisse un restaurant pour aller dîner avant le spectacle.

Il espérait que de parler du dîner comme d'un fait et pas comme d'une option rendrait la chose plus accommodante. C'était une tactique qu'il utilisait souvent pour les négociations des contrats des joueurs de Quidditch – formuler une requête comme une déclaration définitive plutôt que comme une question était habituellement un moyen infaillible d'obtenir ce qu'il voulait.

Elle sembla considérer sa proposition pendant une minute avant de hocher la tête une nouvelle fois et Draco se demanda si quelqu'un lui avait jeté un Sortilège d'Allégresse, parce qu'il menait un combat contre lui-même pour ne pas lui sourire comme un idiot.

- Est-ce que tu es contre l'idée d'aller dîner dans un restaurant moldu ? Demanda-t-elle avec hésitation.

Granger, je dînerais au fin fond d'un putain d'océan si tu le voulais.

- Pas du tout, dit-il avec un haussement d'épaule.

Elle lui fit un sourire rayonnant et Draco essaya d'ignorer la façon dont son cœur s'était mis à battre plus vite à la simple idée que le fait qu'il ai accepté sa demande était tout ce qu'il lui fallait pour qu'elle soit heureuse.

- Super, je vais t'emmener dans un de mes endroits préférés !

Elle avait l'air aux anges d'emmener dîner Draco, et il fut de nouveau rempli de cette étrange émotion appelée espoir. Une émotion dangereuse, c'était certain, mais bordel Granger la lui inspirait constamment.

Soudainement, son expression flancha légèrement.

- Est-ce que ça sera ta première fois... Tu vois, hormis le café... Est-ce que ça sera ton premier repas dans un restaurant moldu ?

Draco essaya de ne pas avoir l'air blessé qu'elle ai toujours des doutes sur sa morale, mais l'hésitation dans sa voix le piqua. La confiance se gagne avec le temps, dit la voix du guérisseur Browning dans sa tête.

- Tout ira bien Granger. Ne tracasse pas ta jolie petite tête pour moi. Je te promets que je ne ferais pas apparaître des flamants roses qui dansent la valse au milieu du repas et n'anéantirait ainsi pas complètement le Code International du Secret Magique.

Son humour pince-sans-rire eu l'effet escompté car elle souriait de nouveau.

- Oui s'il te plaît, tiens toi, pour ta toute première fois dans un restaurant moldu, et je ferais de mon mieux pour ne faire aucun faux pas pendant ma première fois à l'opéra.

- Mhh, j'ai l'impression que ça sera la soirée des premières fois pour nous deux.

Il n'avait pas eu l'intention de le dire de manière si suggestive et, à présent, le sourire de Granger s'était évaporé et elle le fixait intensément. Il y avait quelque chose de curieux dans son regard qui enracina Draco à sa chaise, incapable de la quitter des yeux. Comment était-ce arrivé ? Quand était-ce arrivé ?

Est-ce qu'elle ressentait le même tourbillon confus d'émotions que lui ? Passait-elle aussi ses nuits à se demander ce que ça faisait d'avoir les mains de Draco emmêlées dans ses cheveux ? Ses journées au bureau étaient-elles remplies de rêves éveillés à imaginer ce que ça faisait d'avoir leur deux corps pressés l'un contre l'autre ? Avait-elle remarqué que leurs regards se soutenaient quelques secondes de plus que ce qu'il était socialement acceptable ? Savait-elle que les pensées qu'il avait d'elle étaient si dévorantes qu'il avait besoin de se donner du plaisir en moyenne deux fois par jour ?

- Oui, je pense que ça le sera, acquiesça-t-elle doucement en regardant finalement ailleurs.

Je suis en contrôle.


Avril 2008

Où était ce satané bol ? Et est-ce que Molly avait vraiment, spécifiquement, besoin de cet héritage super spécial pour servir une salade ? De ce qu'en savait Hermione, ce n'était qu'un repas habituel, un dimanche soir au Terrier. Ce n'était l'anniversaire de personne, ni un décès, ni un mariage, ni des fiançailles, ni l'annonce d'une grossesse ou de la sortie d'un nouveau produit de chez Weasley Farces pour Sorciers Facétieux.

Rien à faire, Hermione n'arrivait pas à comprendre pourquoi Molly l'avait mise à l'écart dès l'instant où elle était arrivée, en lui demandant de l'aider à trouver ce bol extrêmement important. C'était donc ainsi qu'Hermione s'était retrouvée à fouiller dans le garde-manger exiguë et encombré de la cuisine, cherchant un bol qui était très certainement tombé dans une autre dimension parce qu'il n'avait définitivement pas l'air d'exister dans ce placard.

- Oh, salut Hermione ! Je n'avais pas vu que tu étais là !

Hermione se retourna en entendant les salutations, pour découvrir le visage souriant de Charlie Weasley. Elle le prit rapidement dans ses bras.

- Salut ! Oui, ta mère m'a immédiatement mise au travail. Elle veut que je trouve un ancien saladier en bois qui appartenait à ta tante Muriel, mais je n'ai pas eu de chance jusqu'ici.

Hermione retourna à sa tâche, mettant de côté de vieux chaudrons rouillés et quelques livres poussiéreux de Guilderoy Lockhart sur la façon de tenir une maison et comment cuisiner. Elle se retourna de nouveau quand elle entendit Charlie se racler la gorge bruyamment.

- Je euh... crois que ma mère avait une arrière pensée en faisant ça, dit-il avec un air penaud.

Il poursuivit en voyant l'air perplexe d'Hermione.

- Elle m'a envoyé ici pour la même raison.

Hermione laissa échapper un grognement et se sentie à la fois exaspérée et gênée par l'ingérence non dissimulée de Molly dans sa vie amoureuse et celle de Charlie.

- Oh pour l'amour de dieu, je n'ai pas envie d'avoir une relation avec toi ! Sans vouloir te vexer Charlie, ajouta-t-elle avec un sourire timide en espérant qu'il ne se sentait pas insulté.

- Pas de soucis, ricana-t-il et elle fut soulagée de voir que ça l'amusait plus qu'autre chose.

Hermione s'affala contre le mur du garde-manger et couvrit son visage de ses mains.

- Est-ce que je dégage à ce point des ondes de vieille fille pathétique et solitaire ?

- Pas plus que je ne dégage des ondes de célibataire pathétique et solitaire sans femme pour prendre soin de lui, répondit Charlie avec ironie.

Hermione lui jeta un coup d'oeil à travers ses doigts et laissa aller un rire.

- Je crois qu'on va devoir une nouvelle fois annoncer à ta mère que, malgré ce merveilleux moment passé ensemble dans ce placard, nous ne sommes toujours pas fiancés.

Elle s'éloigna du mur et commença à vouloir passer devant lui, mais il déposa une main sur son épaule avec précaution.

- Hermione, si je peux me permettre, ce n'est pas grave si tu veux lui dire que tu vois quelqu'un d'autre. Je sais que ça ne me regarde pas, mais ça lui éviterait d'être sur ton dos pendant un temps.

Hermione regarda le visage sincère de Charlie et réfléchit à son conseil. Elle pouvait totalement dire à Molly qu'elle n'avait besoin d'aucune aide dans sa vie amoureuse, merci beaucoup, et aussi qu'elle sortait déjà avec quelqu'un...

Ce qui était un mensonge, et Hermione détestait mentir et, comme par hasard, elle n'était pas très douée non plus dans l'art de la tromperie. Parce qu'elle devrait trouver un nom et une histoire et ça deviendrait incontrôlable et ça serait mortifiant.

Parce que la vérité était si étrange qu'Hermione ne savait même pas par où commencer pour l'expliquer. Elle était célibataire, et l'était depuis plusieurs mois, pour une raison. Cette raison était que ses sentiments pour Malfoy avaient maintenant évolué au-delà du domaine de l'amitié et elle était complètement perdue quant à la manière dont elle devait agir, penser, ou même se sentir, en sa captivante présence.

- Parce que tu es avec quelqu'un, n'est-ce pas ? Murmura Charlie tout bas.

Elle poussa un impressionnant soupire et enroula ses bras autour de sa taille. Si l'expérience de son rendez-vous raté avec Anthony Goldstein lui avait prouvé quoi que ce soit, c'était bien qu'elle n'était pas sûre de pouvoir laisser une chance aux autres hommes quand son esprit semblait constamment consumé par Draco.

- Non. Pas vraiment, répondit-elle finalement.

- Mais tu as envie d'être avec cette personne ?

- Comment est-ce que tu sais que je pense à quelqu'un en particulier ?

- Hermione, ricana-t-il avec légèreté, personne ne soupire aussi profondément et ne donne une réponse aussi évasive à une question directe sur des rencarts à moins qu'elle n'ait déjà quelqu'un en tête.

Hermione soupira de frustration.

- Je suis si transparente ?

Charlie laissa aller un autre rire et lui pressa gentiment l'épaule.

- Pourquoi est-ce que tu n'es pas avec ce type du coup ?

Et n'était-ce donc pas ça, la question à mille galions ? Une autre inspiration, un autre soupire d'Hermione.

- Je ne suis pas sûre qu'il veuille... Enfin je crois, un peu, mais une relation avec lui serait... compliquée.

Compliqué était un euphémisme pour qualifier la situation, mais elle n'avait pas de meilleur adjectif. Problématique ? Déroutante ? Incroyablement torride ? Oh par Merlin...

- Ça par contre, s'est étrange, rigola Charlie - ce qui perturba d'avantage Hermione.

- Qu'est-ce qui est étrange?

- Je n'aurais jamais pensé voir la sorcière la plus courageuse que je connaisse agir comme une lâche.

Une lâche ? Hermione crachota de rage.

- Oh et toi alors ? Je ne t'ai encore jamais vu ramener quelqu'un au Terrier, alors qu'est-ce qui te retient Charlie ? Tu ne vas pas me dire que tu vis comme un moine depuis toutes ces années ! Contra-t-elle et il redevint sérieux.

- C'est compliqué, rétorqua-t-il amèrement. J'imagine que ça fait de moi un sale hypocrite, hein ?

Il lui fit un sourire triste et Hermione se senti immédiatement coupable. C'était si rare de voir l'effervescent Charlie dans une humeur si sombre que ça avait étouffé sa brusque pulsion de colère.

- C'était déplacé, je suis désolée Charlie.

Il balaya son excuse de la main.

- Non, tu as raison, comme toujours. J'espérais juste que – il prit une profonde inspiration et lâcha son épaule – j'espérais juste qu'après toutes ses années, tu savais que ta famille t'aime malgré tout. Tu as tant sacrifié pour Ron et Harry... Pour nous tous, vraiment. Je t'ai toujours admiré, et je t'admirerai toujours. Donc je voulais te dire que si la sorcière la plus courageuse que je connaisse ne trouve pas le courage de poursuivre l'amour à cause d'inconvénients... Alors il n'y a plus beaucoup d'espoir pour le reste d'entre nous.

Hermione senti les larmes pointer face au discours passionné de Charlie. Elle regarda dans ses yeux bleus et réalisa qu'il vivait exactement la même chose qu'elle. Il voulait quelqu'un qu'il ne pouvait pas voir. Peut-être qu'ils en riraient un jour, et qu'ils compareraient la façon dont tous les deux avaient navigué à travers leur vie amoureuse, mais pour l'instant, ça suffisait à Hermione que quelqu'un dans ce monde puisse comprendre son triste sort.

Elle s'élança en avant et le captura dans une étreinte féroce.

- Ne le dit à personne Charlie, mais je crois que tu es le plus brillant de ta famille.

- Je ne ferais jamais une promesse pareille.

Il y eu du mouvement à l'entrée du garde-manger qui les obligea à se séparer.

- Eh bien, eh bien ! Ne me laissez pas vous interrompre, gazouilla Molly en détalant comme si c'était Noël avant l'heure.

Charlie et Hermione échangèrent des regards paniqués avant d'exploser de rire. Lorsqu'ils eurent repris leurs souffle, Charlie se redressa.

- Je devrais aller lui dire de laisser tomber.

Il commença à partir mais Hermione le rappela.

- Charlie... Merci.

Il lui offrit un autre sourire teinté de tristesse.

- Aucun soucis. Je suis de ton côté Hermione. Si tu décides de faire le grand saut, non seulement tu auras mon soutien, mais ça donnerait aux moins braves d'entre nous le coup de pied au cul dont ils auraient besoin pour arrêter de se lamenter sur eux-même et d'aller chercher ce qu'ils veulent.

Hermione resta silencieuse pendant une minute, seule dans le placard, laissant les mots de Charlie résonner dans son esprit. Ses encouragements attentionnés la flattèrent, mais il y avait tout de même une autre personne qui l'aiderait à prendre une décision.

Elle marcha vers le jardin du Terrier et chercha Ginny – qui était en train d'écosser des pois gourmands au dessus d'un grand bol au bout d'une longue table en bois. Se laissant tomber à côté de son amie, Hermione attrapa quelques pois pour faire semblant de l'aider.

- Ta mère vient juste d'essayer de me piéger avec Charlie dans le placard. Elle m'a aussi vu lui faire un câlin et je suis pratiquement sûre qu'elle est en train de choisir la date de notre mariage, rapporta-t-elle ironiquement à Ginny qui grimaça.

- Je suis tellement désolée. Elle veut bien faire, tu sais. Je pense qu'elle se sent mal que Charlie et toi soyez toujours célibataires, répondit-elle.

C'était un commentaire assez inoffensif, destiné à être un compliment, et Ginny était l'une de ses meilleures amies, mais Hermione vit soudainement rouge.

- C'est ce que vous pensez tous de moi ? Oh tiens regarde, voilà Hermione, la pauvre célibataire désespérée. C'est vraiment dommage, elle passe tout son temps à travailler et pas à se trouver un mari. Comme sa vie est devenue triste, aboya-t-elle.

Ginny accueilli son accusation acerbe avec un regard patient et calme.

- Hermione, tu sais que personne n'a jamais pensé ça de toi ici, dit-elle doucement et Hermione se senti quelque peu honteuse.

- Je sais, je sais, je suis désolée, lui assura-t-elle - toute colère l'ayant quittée. Ton frère est merveilleux, en passant. Je ne vois juste pas d'avenir romantique entre nous, et lui non plus.

Elles restèrent assises en silence pendant un moment alors qu'Hermione essayait de rassembler ses idées.

- Je crois que la sortie de vendredi à l'opéra avec Malfoy est un rencart, confessa-t-elle tout bas.

Ginny lâcha avec précaution les pois qu'elle tenait et observa impassiblement Hermione pendant un moment.

- Je ne savais pas que tes sentiments avaient autant évolués. Maintenant on dirait que cette... connexion a progressé au-delà de la phase de désir. Est-ce que c'est ce que tu veux ?

Son ton était neutre, mais Hermione sentait malgré tout une pointe d'accusation derrière les mots de Ginny. Le pire étant qu'elle n'arrivait pas à en vouloir à son amie de penser négativement à Malfoy – l'animosité entre les familles Weasley et Malfoy remontaient à plusieurs décennies. Alors qu'Hermione avait été la témoin privilégiée de la maturité et de la repentance de Malfoy, Ginny n'avait eu que des informations indirectes de ces supposés changements.

Elle ferma les yeux et se massa les tempes, essayant de s'éclaircir les idées, mais tout ce que voyait Hermione derrière ses paupières c'était un visage pâle au sourire moqueur et au cheveux blonds presque blancs.

- C'est mal Ginny ? C'est mal d'en avoir envie ?

Ginny eu une expression de surprise coupable.

- Oh Hermione ! Je ne voulais pas que tu te sentes comme ça, je suis désolée si j'ai...

- Hey ! Gin ! On a besoin de toi pour du Quidditch ! Et tu n'es pas autorisée comme Poursuiveuse cette fois !

Les beuglements de Ron interrompirent leur conversation tendue et les deux femmes se crispèrent.

- Au pire moment, grogna Ginny dans un souffle alors que son frère se dirigeaient vers l'endroit où elles étaient assises. Détends toi connard, j'arrive dans une minute ! Cria-t-elle en retour en se levant pour rejoindre Ron avant qu'il n'interrompe encore plus sa conversation privée avec Hermione.

- Vas-y, la pressa-t-elle. Je vais finir ça pour toi.

Hermione se déplaça et prit la place de Ginny au dessus du bol.

- Hermione ? Appela-t-elle doucement. Je pense que... bah... Je crois que... En fait, tu sais quoi ?

Ginny fit une pause, son comportement changeant soudainement de sombre à féroce et déterminé.

- Ce que je pense n'a vraiment aucune importance. Met ta robe violette et envoie moi un texto, un hibou ou n'importe quoi immédiatement samedi matin.

Elle lança un clin d'oeil et un sourire à Hermione avant de tourner brusquement les talons et de trottiner vers le terrain de Quidditch fait maison.

Sa robe violette, donc ? Hermione sourit sournoisement pour elle même et remercia les dieux que Molly et Arthur Weasley aient continué à se reproduire pour concevoir Ginny.


Draco passait un excellent vendredi matin. La nuit précédente, il avait reçu un hibou de Minerva McGonagall contenant tous les commentaires, questions, et inquiétudes soulevés par le comité des représentants de Poudlard concernant la Fondation Hermione J. Granger pour les Élèves aux Parents Non-Sorciers.

Des objections avaient été émises de la part de certains vieux conservateurs de Sang-Pur – si leur dégoût à peine voilé à propos d'une initiative qui bénéficierait aux élèves Nés-Moldus voulait bien dire quelque chose. D'autres avaient des inquiétudes au sujet de la logistique, qui provenaient clairement d'une ignorance totale du monde Moldu (« Ces familles ne peuvent-elles pas voyager par cheminette ? Pourquoi avons-nous besoin d'un voyage supplémentaire avec le Poudlard Express ? ») mais ils avaient eu, au final, l'air de soutenir la fondation. Et, d'après les comptes de Draco, plus de la moitié étaient totalement emballés par l'idée et avaient envoyé des suggestions et des ajouts au programme. Le train était en marche pour que la fondation de Granger deviennent éventuellement une réalité. Jusqu'ici, McGonagall avait tenu sa parole et le nom de Draco sur tous les documents était celui d'un « bienfaiteur anonyme ».

Comme Hermione partait pour son voyage à Venise dimanche, il aurait toute une semaine de matinées solitaires au café s'il voulait réfléchir à ses réponses et modifications avant d'aller travailler. Et puis, il y avait cet autre tout petit détail : ce soir, Draco emmènerait Hermione à l'opéra. Et cette fois, il n'avait pas tout fait foirer et il l'avait laissé choisir le restaurant à l'avance.

- Tu veux un scone ? Je n'ai pas eu le temps de prendre de petit déjeuner ce matin.

Sa demande brisa la programmation de la soirée et il acquiesça.

Quand elle revint avec deux assiettes, il leva les yeux pour voir qu'elle se tenait maladroitement devant lui.

- Il n'en restait plus qu'un à la myrtille alors j'en ai pris un autre au hasard à l'abricot. Tu veux lequel ?

Draco arqua un sourcil. Il détestait l'abricot. Mais Granger se tenait devant lui avec son sourire timide et, sachant qu'elle préférait la myrtille aussi, il décida d'arrêter un court instant d'être l'idiot le plus égoïste au monde.

- Tu peux prendre celui à la myrtille aujourd'hui, dit-il avec raideur.

Il accepta l'autre scone au goût scandaleusement dégoûtant. Elle eu l'air surpris pendant un instant puis haussa les épaules et se rassit. Draco installa la viennoiserie de qualité inférieure sur la table et repris ses analyses des statistiques des Gardiens remplaçants de l'équipes des Guêpes.

Il avait amélioré son écriture avec le stylo, mais l'exercice lui demandait quand même beaucoup plus de concentration que lorsqu'il brandissait une plume sur un parchemin. Sa mémoire musculaire était bien plus douée pour l'écriture à la plume mais, s'il se concentrait suffisamment avec le stylo, son écriture se ressemblait de plus en plus à du langage écrit – et pas à une expositions étrange d'art abstrait réalisée par des licornes qui auraient trempé leurs sabots dans de l'encre pour piétiner une toile vierge. Ces peintures étaient d'ailleurs vendues à plusieurs centaines de galions et la mère de Draco en possédait même deux.

- Waouh ! La myrtille est tellement délicieuse aujourd'hui !

L'exclamation de Granger perça à travers sa concentration mais Draco ne prit pas la peine de lui prêter attention. Elle était évidemment en train de le provoquer mais il était déterminé à ce que sa signature avec un stylo ressemble moins à celle d'un troll. Il voulait que la bille du stylo dessine parfaitement les lettres de son nom avant ne serait-ce que de toucher au stylo plume en or qu'Hermione lui avait offert pour Noël.

- Je dirais même que c'est sans doute le scone parfait et qu'aucune pâtisserie n'avait jamais été aussi succulente.

Draco serra les dents mais ne lui donna pas la satisfaction de réagir à ses taquineries.

- Je détesterais vraiment être la personne qui n'a pas eu la chance d'y goûter.

Il leva finalement les yeux et lui jeta un regard furieux pendant qu'elle battait des cils innocemment.

- Y a-t-il un objectif à tes divagations ?

Elle répondit en souriant gentiment.

- Je constate simplement que tu n'as pas encore touché à ton scone. Et, puisqu'habituellement tu avales celui à la myrtille en trente secondes et en moins de trois bouchées, j'en viens à conclure que tu n'es pas un grand fan d'abricot. Maintenant, je préfèrerais ne pas être la personne responsable de ta mauvaise humeur du jour, donc pourquoi tu n'admets simplement pas que tu préfèrerais avoir celui à la myrtille, comme ça je partage avec toi ?

Donc c'était une putain d'enquêtrice et une Auror maintenant ?

- Oui, bien vu Granger, mais comme tu l'auras remarqué, mes mains sont plutôt pleines actuellement, donc si tu veux partager à ce point tu n'as qu'à me le faire manger.

Il ouvrit la bouche et se pencha sur la table d'un air moqueur.

Elle savait qu'il bluffait.

Avec un sourire suffisant, elle découpa un bout du scone de la taille d'une bouchée avec ses doigts et se pencha en avant pour le déposer délicatement dans sa bouche ouverte. Mais, lorsque ses mains se trouvèrent à mi-chemin vers ses lèvres, l'atmosphère changea. En l'espace de quelques brèves secondes – le temps qu'il fallut au bras d'Hermione pour se tendre vers lui – son large sourire avait disparu, remplacé par une expression beaucoup plus sérieuse. Toutes les taquineries s'étaient envolées du cerveau de Draco. Il sentait la même forme d'anticipation avant que le Vif d'Or ne soit libéré au début d'un match de Quidditch. La main d'Hermione hésita un instant puis ses doigts déposèrent la part du scone sur sa langue. Elle se rétracta avec précaution, frôlant le bord de ses lèvres.

Draco concentra chaque partie de son esprit pour ne pas refermer sa bouche autour de son index - pour sucer et lécher chaque miette de scone se trouvant sur son doigt délicat. Il était sûr que toute cette retenue lui vaudrait un Ordre de Merlin de Seconde Classe.

Finalement, il se rappela qu'il devait mâcher et avaler, et pas rester assit avec de la nourriture qui sortait de sa bouche ouverte.

- C'est bon ? Demanda-t-elle doucement.

Draco acquiesça lentement, même s'il n'y avait absolument pas goûté, ses sens trop absorbés par l'image des doigts d'Hermione à l'intérieur de sa bouche. Elle baissa enfin les yeux et Draco savait qu'elle était troublée - à en juger par l'embrasement de ses joues.

Avant qu'il ne puisse s'en empêcher, avant qu'il ne puisse tenir compte d'un quelconque avertissement de son esprit, avant qu'il ne puisse même penser au fait que son prochain geste allait être complètement idiot, Draco lâcha ses papiers et stylos sur la table et découpa agressivement son scone à l'abricot qui était encore intact, jusqu'à ce qu'il n'en reste que des morceaux.

Hermione fixa ses mains pendant qu'il levait un bout entre son index et son pouce vers son visage.

- Chacun son tour, Granger. Ouvre grand, murmura-t-il de sa voix basse – ondulant entre la menace et la séduction.

Comme s'il avait sorti sa baguette et l'avait forcée, Hermione se pencha vers l'avant avec obéissance et ouvrit la bouche. Les yeux braqués sur les siens, Draco imita ses gestes et déposa lentement la friandise sur sa langue. Mais il avait été désordonné, dans la façon dont il avait partagé son scone, et des miettes se retrouvèrent dans le coin de sa bouche. Alors que son pouce essuyait tendrement sa lèvre, la langue d'Hermione sorti soudainement pour aller à sa rencontre. La sensation de sa langue mouillée grignotant son pouce le fit mordre dans sa propre lèvre et il remarqua qu'elle avait avait suivis son geste des yeux.

Draco retira sa main à contre cœur et se recula dans son siège.

- C'est bon ? Demanda-t-il également.

- Très, murmura-t-elle tout en continuant de le fixer.

Draco emmena son pouce et son index – qui avaient été dans la bouche d'Hermione encore quelques instants plus tôt – jusqu'à ses lèvres et les lécha lascivement, son regard ne quittant jamais le sien.

- Oui, je suis d'accord, murmura-t-il.

Il observa ses yeux suivre les mouvements de ses doigts puis sa gorge se soulever alors qu'elle avalait nerveusement. Elle brisa leur regard la première une nouvelle fois, et remit en place distraitement les papiers et cahiers qui se trouvaient devant elle. Jetant le tout au hasard dans son sac, elle se leva.

- Je mh viens juste de me rappeler... réunion tôt... Ministère. Donc je vais y aller... maintenant. Mais je te vois un peu plus tard ce soir ?

Draco acquiesça, décidant qu'il était plus sage de la laisser partir en premier, pour ne pas avoir à essayer de se lever pendant que la réaction de son corps aux récents évènements était encore visible. Qu'est-ce que je ne donnerais pas pour porter une cape...

- J'ai hâte.

Elle jeta son sac sur son épaule et renversa presque sa chaise dans le processus.

- Ok, super... Oui euh moi aussi... Et n'oublie pas de mettre un costume pour aller dîner. Je veux dire, évidemment tu ne vas pas oublier de porter des vêtements, je veux juste dire, ne met pas de cape pour le dîner parce que c'est un restaurant moldu et en fait ce que tu portes là maintenant c'est très bien, si c'est ce que tu as prévu de porter, je ne voulais pas supposer que tu ne savais pas choisir tes propres vêtements parce que tu es plutôt doué dans cette discipline... Je veux dire que tu as l'oeil pour ces choses là donc... voilà. Je vais y aller maintenant.

Elle termina son charabia et sorti précipitamment du café avant même que Draco ne puisse répondre.

Je suis en contrôle. Je suis condamné.

Non. Je suis en contrôle.