Une fois de plus, je remercie Sebfgerga pour sa review et sa fidélité ! ^_^

Bon weekend et bonne lecture.

Disclaimer: Le Seigneur des Anneaux appartient à J.R.R. Tolkien. Et Final Fantasy 7 à Square Enix.


Chapitre 13 :

Le roi des citrouilles

Morwen déprimait.

Entre la conversation avec Sauron dans ses rêves et celle avec Genesis… Elle ne savait plus quoi penser.

Elle se rappelait ce que le Maiar déchu lui avait dit, qu'il avait passé un accord avec l'Armée des Ténèbres pour la capturer. Les habitants de Banora étaient-ils en danger par sa faute ?

Elle se regarda dans le miroir au-dessus du lavabo. Son visage, si jeune comparé à son âme, et ses yeux… elle porta la main à celui de gauche, doré comme ceux de Sauron.

Une part d'elle était faite de magie de la Lumière, l'autre de Ténèbres.

Et Thranduil avait jugé qu'elle n'attirerait que le malheur, d'où sa décision de la faire éliminer par ses soldats.

Autrefois, cela lui avait paru injuste. Mais aujourd'hui, en voyant ce qui s'était passé à Banora… Et si disparaître était la solution ? Ne serait-il pas mieux qu'elle cesse d'être un problème pour tout le monde ? Sephiroth commençait même à avoir du mal à gérer son amitié avec Angeal et Genesis, à cause de ses secrets.

Ce serait peut-être mieux que je cesse d'être un problème pour tout le monde…

Elle passa la main sur son médaillon. Elle se souvint de Faelwen, Legolas, Radagast, Talion et Glorfindel. Tous avaient vu leur vie être bouleversée par sa faute.

XxXxXxXxXxXxXxX

Le combat avait été plus long que prévu.

Il y avait eu plus d'une cinquantaine de monstres. Lorsque Genesis avait rejoint ses amis, ces derniers venaient d'en tuer une dizaine, et avec son aide, cela s'était fini plus rapidement.

Genesis avait utilisé sa matéria Feu combinée à une Tout, ce qui avait permis de les tuer par vagues de quinze.

À présent, les trois Soldats fouillaient les corps tandis que ces derniers se changeaient en nuages d'étincelles vertes. Ils trouvèrent plusieurs potions, des éthers, un bon paquet de gils et deux matérias Foudre.

« Pas mal comme butin », dit Angeal en empochant une matéria.

Il s'attendit à ce que Genesis renchérisse, mais ce dernier leur tournait le dos.

« Genesis ? »

Sephiroth suivit son regard et vit que son ami fixait l'auberge, où Morwen était restée à l'abri.

« Est-ce qu'un jour, tu vas nous dire la vérité, Sephiroth ? » demanda Genesis.

« À propos de quoi, exactement ? »

« Morwen. D'où elle vient ? Qui est-elle vraiment ? Tu nous bassines depuis plus de deux ans avec des histoires d'amnésie et je sais que c'est faux. On ne t'a jamais rien demandé jusque-là, d'une part parce qu'on y pensait plus, mais aussi parce que tu nous avais expliqué qu'elle n'était pas humaine. Je me doutais que tu voulais garder le secret pour éviter qu'elle finisse chez Hojo, mais là… après tout ce temps, ça devient ridicule. Et ça la hante. »

Sephiroth le regarda sans comprendre. Qu'entendait-il par le fait que ça la hantait ?

« Ces cauchemars qu'elle a à cause des monstres, cette tristesse qui ne la quitte jamais… Franchement, quand est-ce que tu nous laisseras t'aider avec elle ? Quand est-ce qu'on aura le droit de se rapprocher d'elle ? »

Angeal regarda Genesis avec étonnement. Il n'aurait jamais cru qu'un jour, ce dernier se soucie de Morwen à ce point. S'était-il passé quelque chose entre eux, avant qu'il les rejoigne ?

« Morwen t'a dit quelque chose ? » demanda Sephiroth.

« Non, je n'ai pas eu besoin qu'elle me dise quoi que ce soit pour comprendre que le secret qu'elle porte est trop lourd. Mais apparemment, elle ne dira jamais rien sans ton accord. Alors, tu comptes cracher le morceau ou tu préfères gérer ça tout seul avec elle, au risque de tout faire foirer en beauté ? »

« Non », dit Sephiroth.

« Quoi ? »

« Personne ne doit savoir. Je ne doute pas de vous, mais je veux la protéger. »

Genesis plissa les yeux.

« Tu veux la protéger… ou la garder pour toi tout seul ? »

« Pardon ? »

« J'ignore quel secret vous partagez, mais est-ce que tu ne voudrais pas garder ça rien que pour toi par jalousie ? »

« Genesis, ça suffit, tu exagères », dit Angeal.

Sephiroth et Genesis se défièrent du regard, avant qu'enfin, Genesis se détourne avec un soupir méprisant.

Sephiroth le regarda s'éloigner avec un profond ressentiment. Comment pouvait-il dire ça ? Genesis lui reprochait le fait d'être devenu possessif, mais… pourtant, au plus profond de lui-même, il admettait que son ami n'avait pas tort. Il était le plus proche de Morwen en ce monde. En un sens, l'idée de laisser la petite s'ouvrir aux autres lui donnerait l'impression de ne plus être son seul confident.

Quand ai-je commencé à m'attacher à elle à ce point ? réalisa le Soldat.

Il prit congé de ses amis et se rendit à l'auberge. Il voulut se rendre dans sa chambre pour se rafraîchir, mais il s'arrêta devant celle de Morwen. Il frappa à la porte, mais personne ne répondit.

« Morwen ? Tu dors ? »

Pas de réponse. Inquiet, il ouvrit la porte et trouva la pièce vide. La salle de bains aussi.

Pris d'un mauvais pressentiment, il essaya sa chambre, mais n'y trouva personne non plus. Il retourna à l'accueil et demanda à la réceptionniste si elle avait vu la petite sortir. Celle-ci lui répondit que non.

Pris d'un mauvais pressentiment, il prit le couloir menant à la sortie de secours et trouva la porte entrouverte.

Cela confirmait ses craintes : elle était partie. Il courut dehors et rejoignit ses amis.

« Vous avez vu Morwen ? »

« Non, elle est restée à l'auberge… pas vrai ? » demanda Genesis.

« Non, je ne la trouve nulle part ! J'ai l'impression qu'elle est sortie en douce. »

« Pourquoi aurait-elle fait ça ?! » s'écria Angeal.

Sephiroth se tourna vers Genesis.

« Qu'est-ce que tu lui as dit, avant de nous rejoindre ? »

« Mais rien ! J'ai juste posé une ou deux questions, et… »

« Quel genre de question ? » demanda Sephiroth en se rapprochant, l'air menaçant.

« Woh ! Tu t'imagines quoi, là ? Arrête ça tout de suite, tu deviens paranoïaque. »

« Paranoïaque, moi ?! Espèce de… »

Angeal se plaça entre les deux Soldats.

« Ça suffit, tous les deux ! Nous devons retrouver Morwen. »

Frustrés, les deux Soldats se détournèrent l'un de l'autre avec l'air dépité. Voyant cela, Angeal se pinça les sinus avec un soupir fatigué.

XxXxXxXxXxXxXxX

Morwen était surprise par la facilité avec laquelle elle avait réussi à sortir de l'hôtel sans se faire remarquer.

Pourtant, elle ignorait où trouver des monstres. Et en les rencontrant, que se passerait-il ? Allaient-ils l'attaquer, ou bien la capturer pour l'envoyer tout de suite en Terre du Milieu ?

Elle se rappela que Sephiroth lui avait dit de rester dans la zone habitée du village. Les monstres étaient donc présents en pleine nature.

Avec une lenteur causée par l'appréhension, elle traversa les rues du village jusqu'à arriver au verger. Là, elle s'arrêta. Les arbres étaient heureux de la revoir et murmuraient des mots de bienvenue.

Elle s'approcha de l'un d'eux pour caresser son tronc. Comme elle aimait ce pouvoir la liant à la terre ! C'était bien l'un des rares aspects de sa nouvelle nature qu'elle appréciait réellement. Elle se souvint de Radagast, son côté loufoque, son amour pour la nature, sa maison pleine d'animaux…

« Tu n'as absolument rien à te reprocher, petite », lui avait-il dit un jour.

Mais elle ne pouvait oublier l'homme mort, tué par les monstres. Ces derniers se seraient-ils manifestés si Sauron n'avait pas passé un pacte avec eux ?

Soudain, elle réalisa que, perdue dans ses pensées, elle n'avait pas réalisé un changement : les arbres s'étaient tus.

Elle regarda autour d'elle et vit des yeux brillants dans les buissons. Lentement, elle recula, quand son talon se posa sur une branche morte. Le craquement fut bruyant.

Serrant les dents, elle regarda les buissons et vit que les yeux avaient disparu.

Elle se retourna… et se pétrifia en voyant que des monstres se tenaient devant elle. Il y avait deux citrouilles volantes encadrant une troisième plus grosse, coiffée d'un chapeau de sorcière.

« Hehe… Qu'avons-nous là ? Une enfant perdue ? » dit la grosse citrouille.

Trop effrayée pour parler, Morwen resta sans bouger. L'un des tentacules du monstre se tendit vers elle, jusqu'à effleurer sa joue.

« Hum… Bizarre ! Tu ne sens pas l'humain. Tu sembles… comme nous ? »

« Morwen ! »

Surprise, l'enfant se retourna et vit les trois Soldats courir vers elle. Angeal la tira en arrière, tandis que Sephiroth et Genesis pointèrent leurs épées en direction de la créature.

« Ne t'approche pas de la petite ! » dit Genesis.

« Hehe… Intéressant ! Depuis quand les humains se battent-ils pour un monstre végétal, comme nous ? »

Un monstre végétal ? Ces mots firent tiquer Morwen, mais elle se garda de répondre.

« Ce n'est pas toi le plus monstrueux, ici ? Allez, bats-toi ! » dit Genesis en enflammant son épée.

Sephiroth et lui se lancèrent dans la mêlée. D'un simple coup d'épée, ils tranchèrent leurs deux petites citrouilles, puis se tournèrent vers la plus grosse.

« Hehe… Comme au bon vieux temps ! Sephiroth, c'est ça ? Tu as bien grandi ! »

Sephiroth regarda le roi des citrouilles sans comprendre.

« Oh ! Tu ne te souviens pas ? Non, bien sûr, tu étais plus jeune ! Tu étais accompagné d'un autre humain, un certain Glenn. Vous avez bien joué avec moi, à Nibelheim… »

Le Soldat réfléchit rapidement. Ce que racontait ce monstre n'avait aucun sens, quoique… il y avait une fois, lorsqu'il était plus jeune, où le Soldat Glenn, un de ses premiers collègues, avait traversé avec lui un portail dans les deux sens, ce qui avait provoqué une amnésie sur la période passée entre les deux voyages.

« On n'est pas là pour discuter ! » dit Genesis, agacé de voir son ami affecté par les propos de ce monstre.

« Oh, je ne vous embêterai pas longtemps ! Je suis là pour l'enfant. »

Un nuage de lumière tourbillonnant apparut derrière lui.

« Il a la matéria Portail ! » réalisa Sephiroth.

« Je l'avais depuis longtemps, mais Sauron me l'avait prise, il y a quelques années. Il m'a proposé de me la rendre, si je lui ramenais l'enfant en échange. Mais j'avoue que j'hésite, maintenant. »

« Ah oui ? Et pourquoi ? » demanda Sephiroth.

La citrouille tourna sa tête grimaçante vers Morwen. Cette dernière eut un frisson en croisant les yeux jaunes lumineux de la créature.

« Je sens une certaine… connexion. Cette enfant est… comme moi. »

« N'importe quoi ! Je ne tue personne », protesta Morwen.

« Tu es née de la terre et de la magie. Il y a une part de ténèbres en toi… Sauron m'a dit que tu étais sa fille. La fille d'un monstre. Je peux entendre le battement de cœur de tous les humains présents ici, mais pas le tien ! Oui, tu nous ressembles. Et si tu venais avec moi ? Pas pour voir Sauron, mais pour rejoindre mon armée. »

« Je… Seulement si vous promettez de ne plus faire de mal aux humains. »

Les trois Soldats la regardèrent avec effarement.

« Je me suis enfuie pour ça », avoua Morwen en baissant piteusement la tête.

« Oh, Morwen… » soupira Sephiroth.

Genesis secoua la tête.

« Oublie ça tout de suite ! Les monstres n'épargnent pas les humains, ils ne vivent que pour les faire souffrir. Tu n'as rien à faire avec eux. »

« Hehe… Quand on sait que Sauron a créé cette fillette, on a le droit de se poser des questions. »

« Ça suffit ! » dit Genesis, énervé.

Il se jeta sur le monstre. Ce dernier fit ployer ses tentacules pour s'élever dans les airs. L'épée en coupa l'extrémité tandis qu'il s'élevait vers le ciel.

Sephiroth prit son élan, puis fit un bond formidable qui l'amena sur le rebord du chapeau. Il pointa Masamune vers le bas et la planta dans la courge jusqu'à la garde.

Le monstre émit un hurlement sinistre et se débattit, essayant de le déloger, mais il tenait bon. Il tenta de pousser vers l'avant, mais son armée était plantée trop en profondeur. Il la retira un peu, juste assez pour poser sa main sur la lame, puis poussa en avant. L'arme trancha la courge en deux, laissant s'échapper un long flot de sang orange et de grosses graines scintillantes.

Pas des graines, des matérias ! réalisa Genesis.

Et il y en avait tant ! Surtout des jaunes, mais aussi des vertes et quelques rouges.

Les deux moitiés de citrouille s'effondrèrent, puis commencèrent à disparaître dans un épais nuage de mako scintillant.

Morwen regarda Sephiroth, debout au milieu du champ de bataille, agiter Masamune pour en enlever le sang. C'était la première fois qu'elle le voyait en action et le résultat était stupéfiant ! Elle comprenait mieux à présent pourquoi les gens ne tarissaient pas d'éloges sur lui.

De son côté, le Soldat fut gêné par l'expression de Morwen. Elle arborait un air admiratif, mais il savait, pour l'avoir déjà vu sur de nombreux autres civils et collègues, que lorsqu'il s'approcherait, elle aurait peur. Elle reculerait et le traiterait de monstre.

Néanmoins, il devait s'assurer qu'elle n'était pas blessée. Il s'approcha donc lentement d'elle.

« Tu n'as rien ? »

L'enfant cligna des yeux, comme si elle ne comprenait pas la question, puis, les yeux baissés, secoua la tête pour dire non.

« Super, alors tu vas nous expliquer ce qui t'a pris de fuguer ! » dit Genesis.

Ces mots sortirent Morwen de sa transe. Elle se dégagea des mains d'Angeal et fit un pas vers les deux Soldats.

« Je ne fuguais pas ! Je voulais me livrer. »

« Pourquoi ça ? Tu réalises ce qui aurait pu se passer ? » demanda Angeal.

Morwen regarda les trois Soldats avec l'air énervé.

« Mais pourquoi vous êtes tous si inquiets pour moi, à la fin ? Je ne mérite pas tant de gentillesse ! C'est ma faute si cet homme est mort ! Ma faute si tous ces monstres sont là. Ma faute si je… AÏE ! »

Genesis l'interrompit en la frappant à la tête.

« Tu vas arrêter de dire des âneries ? Avec ou sans toi, ces monstres auraient fait des victimes », dit le jeune homme sur un ton sévère.

Les mains sur sa tête, Morwen regarda Genesis avec ahurissement.

« Et tu n'es pas un monstre », renchérit Angeal plus doucement. « Rien que le fait que tu aies voulu te sacrifier en est la preuve. »

L'enfant le regarda avec inquiétude et espoir. Elle interrogea Sephiroth du regard. Ce dernier hocha la tête, signe qu'il partageait son avis.

Fatiguée physiquement et moralement, Morwen se laissa tomber à genoux. Les yeux mi-clos, elle se laissa mollement soulever par Sephiroth. Dans les bras de celui-ci, elle fixa le vide tandis qu'il la ramenait à l'auberge.

Une fois dans la chambre, il la posa sur le lit et alla dans la salle de bains chercher une serviette humide. Il lui débarbouilla le visage en silence, puis s'assit près d'elle.

« Il est temps qu'on ait une petite discussion, tous les deux », dit le Soldat.

Ces mots sortirent Morwen de sa transe. Elle le regarda avec crainte. Allait-il la punir pour ce qu'elle avait fait ? Après tout, elle avait osé s'enfuir pour se livrer à ces créatures.

« Je sais que Genesis t'a interrogée. »

Paniquée, l'enfant voulut lui répondre, mais le Soldat poursuivit :

« Je sais que tu ne lui as rien dit et c'est bien. Tu as tenu ta promesse. Seulement… ce n'est plus possible. Sauron semble bien déterminé à te retrouver. Il faut donc s'attendre à d'autres problèmes dans le futur. Ce qui implique de changer de stratégie. »

Il se tut, l'air de réfléchir. Morwen attendit qu'il poursuive, quand elle se rappela une phrase que le monstre avait dite : « Je peux entendre le battement de cœur de tous les humains présents ici, mais pas le tien ! »

Elle porta la main à sa poitrine. Qu'avait-il voulu dire ?

« Morwen ? »

Surprise, l'enfant leva la tête vers le Soldat.

« Tu m'écoutes ? »

« Je… Désolée, je… je repensais… à ce qu'a dit ce monstre. Comme quoi je n'aurais pas de battements de cœur. »

Sephiroth détourna le regard. Morwen sentit que sa réponse l'avait gêné.

« C'est vrai, ce qu'il a dit ? Je… n'ai pas de cœur ? »

Avec un soupir, le Soldat se leva pour aller à la fenêtre. Il regarda un bref instant le paysage, avant de répondre :

« Le jour où nous avons affronté la Main Noire, près de Kalm, tu étais en piteux état. J'ai demandé à un docteur de t'ausculter. Il a affirmé ne pas avoir entendu ton cœur battre. Angeal non plus n'a pas décelé de pouls chez toi, sur le chemin du retour. Et en se basant sur ce que tu as dit sur ton régime alimentaire, il semblerait que ton corps soit plus… végétal qu'on ne le pensait. »

Morwen écarquilla les yeux.

« Mais… je respire ! »

« Les plantes aussi, d'une certaine façon et elles n'ont pas de cœur pour autant. Je crois… que tu respires, mais d'une manière différente de la nôtre. »

Morwen regarda ses mains. Elle savait qu'elle était née d'une fleur, pourtant elle avait un nombril, comme les humains. Et maintenant, elle découvrait qu'il lui manquait un organe important. Pourtant, quand elle avait peur, elle avait la sensation que quelque chose palpitait dans sa poitrine. À moins que ce ne fût ce que l'on appelait une sensation fantôme ?

« À quoi pensait Sauron, quand il a m'a créée, bon sang ? » soupira Morwen.

« À un corps pour lui, pas pour une humaine. »

L'enfant eut un rire moqueur. Pourtant, elle vit qu'il était sérieux.

« Je suis dans un corps anormal, pratiquement semblable à celui d'un monstre, et pourtant tu en parles comme si de rien n'était ! T'as pas peur de moi ? Je ne suis pas… bizarre ? » demanda Morwen.

Cela parut choquer Sephiroth. Morwen l'ignorait, mais elle lui rappelait un douloureux souvenir de son enfance.

Lorsqu'il était encore enfant, à peine âgé de quatre ans, il avait été élevé par le professeur Gast, un homme brillant et fondamentalement bon. L'un des tous premiers à se montrer sincèrement gentil avec lui.

Il avait encouragé Sephiroth à se lier d'amitié avec d'autres enfants, mais ce dernier avait toujours été rejeté par eux. Ces derniers avaient peur de lui, trouvant ses cheveux et ses yeux bizarres. À force de se l'entendre dire et subir leurs rejets, Sephiroth avait fini par craquer.

Gast l'avait trouvé, un soir, enfermé dans sa chambre et pleurant à chaudes larmes. Cela ne lui arrivait presque jamais, l'enfant avait toujours affiché un calme et un sérieux incroyables pour son âge. Mais là… il n'en pouvait plus. Il avait demandé à Gast s'il était vraiment normal, avec cette couleur de cheveux si inhabituelle pour son âge et ses yeux aux pupilles félines. Gast lui avait assuré que non, et qu'il trouvait même ça joli, ça ne faisait que le rendre plus spécial à ses yeux.

« T'as pas peur de moi ? Je ne suis pas… bizarre ? » avait demandé l'enfant au professeur.

Et il y avait aussi le colonel Glenn Lodbrock, avec qui il avait fait sa première mission en équipe. Il l'avait toujours traité comme un humain, malgré ses prouesses incroyables. Il lui avait dit qu'il pouvait faire preuve de compassion…

Sephiroth revint brutalement au présent et regarda Morwen. En cet instant, il comprenait très bien ce qu'elle pouvait ressentir. Et il comprenait pourquoi Gast et Glenn avaient fait ce que lui-même choisit de faire en cet instant. Il tendit les bras et attira Morwen contre lui pour la serrer dans ses bras. Cette dernière en fut surprise. Sephiroth n'avait jamais fait ça avec elle, auparavant !

« Non, je n'ai pas peur. Peu importe ce que tu es, ce qui compte, c'est qui tu es. »

Morwen sentit ses yeux s'embuer. En cet instant, elle réalisa combien elle les avait attendus, ces mots. C'était comme si les regards méprisants des elfes, l'attitude froide et cruelle du roi, de Tangadion et des jumeaux, disparaissaient de sa mémoire, balayés par ce que faisait Sephiroth.

Alors, elle céda. Elle enfouit son visage contre son manteau et lui rendit son étreinte.

« Merci », dit-elle dans un souffle.

XxXxXxXxXxXxXxX

Tandis que l'hélicoptère survolait les plaines de Banora pour rejoindre Midgar, Morwen regarda les montagnes au loin.

Le ciel était d'un beau bleu, piqueté de quelques nuages. Cela ne durerait pas, ils rejoindraient bientôt Midgar, où était gris et desséché.

Mais cela ne gênait plus l'enfant. Elle ressentait une paix intérieure qu'elle n'avait pas connue depuis longtemps. En fait, la dernière fois qu'elle avait vraiment ressenti cela était lors de sa dernière discussion avec Legolas. Le prince avait été gentil et lui avait clairement fait comprendre qu'il était son allié. Savait-il déjà tout sur elle ? Oui, elle en était sûre. Et pourtant, lui aussi avait vraiment tenu à l'aider.

Elle se tourna vers les trois Soldats, assis sur les sièges de l'hélicoptère. Sephiroth lui avait accordé le droit de raconter la vérité à Angeal et Genesis.

À son grand étonnement, ces derniers l'avaient crue. Ils avaient quand même paru surpris d'apprendre qu'il existait d'autres mondes peuplés d'humains et de races inconnues telles que les Elfes et les Orques.

Lorsqu'elle avait avoué qu'elle avait des souvenirs de sa vie antérieure, Angeal avait paru fasciné, tandis que Genesis n'avait été qu'à demi surpris.

« Tu as un regard tellement mûr parfois, ça explique tout. Sans compter comment tu te comportes. Un gosse n'agirait pas de manière aussi calme. En tout cas, je te plains ! » avait dit le rouquin.

« Pourquoi ? » s'était étonnée Morwen.

« Tu vas devoir vivre une deuxième fois la puberté. Bonjour le cauchemar ! »

Ce souvenir fit rire mentalement Morwen. Bah, qu'importe ! Le moment venu, elle affronterait dignement cette période. En revanche, autre chose l'inquiétait. Sephiroth avait décidé qu'après ce qui s'était passé, elle devait apprendre à se défendre.

Sitôt à Midgar, il prendrait des arrangements pour qu'elle ait un maître d'armes. Morwen appréhendait son entraînement. Cela se passerait-il comme à Mirkwood ?

Sephiroth avait deviné son trouble et lui avait garanti que non, ce ne serait pas pareil.

« D'après ce que tu m'as raconté sur ce Tangadion, ce qu'il t'a infligé n'était pas un entraînement. Il te mettait à l'épreuve pour essayer de te briser. »

Ces propos avaient sonné juste dans l'esprit de Morwen. En effet, pourquoi Thranduil voudrait-il apprendre l'art du combat à un être qu'il jugeait dangereux dès le départ ?

Ce maudit roi, quel hypocrite !

Bientôt, le ciel bleu devint brumeux, puis les premiers buildings de Midgar apparurent.

L'hélicoptère survola la ville, avant de plonger vers une ouverture descendant sous le Plateau.

Surprise, Morwen regarda Sephiroth. Pourquoi l'hélicoptère n'atterrissait-il pas au bâtiment Shinra, comme à l'aller ?

Les Soldats lui firent signe de la suivre hors de l'appareil, ce qu'elle fit sans poser de questions.

Elle vit qu'ils se trouvaient dans un quartier sale et désert. Ce devaient être les Taudis, dont on lui avait déjà parlé. L'endroit sentait plus mauvais que les quartiers supérieurs de Midgar.

Et devant elle se dressait une église. Morwen admira ses vitraux, avant de monter les marches pour rejoindre Sephiroth. Il ouvrit en grand les portes, puis entra.

Tandis qu'ils traversaient la salle pour rejoindre l'autel, le Soldat prit la parole.

« C'est ici que je t'ai trouvée. »

Morwen regarda l'endroit d'un œil neuf. Il n'y avait aucune statue d'ange ou de saint, pas même des gargouilles. Mais les colonnes soutenant le plafond en voûte et la sensation de paix qui régnait en ces lieux étaient vraiment appréciables.

Soudain, l'enfant s'arrêta et eut le souffle coupé. Le plancher était éventré face à l'autel, laissant voir un parterre de fleurs jaunes.

« Des techniciens sont venus à l'église pour réparer la fuite de Mako », dit Sephiroth. « Ils sont restés plusieurs jours, le temps de tout pomper, puis réparer les conduits et les réenterrer. Ils ont vite constaté que la végétation semblait gagner en force ici. Je suis revenu une fois par mois, par curiosité. Et c'est juste avant de partir pour Banora que j'ai découvert ces fleurs. »

Morwen n'en revenait pas. Des fleurs avaient donc poussé ici ? Elles étaient magnifiques.

« Le docteur dont je t'ai parlé a fait des analyses sur ces plantes. D'après lui, leurs cellules ont certains points communs avec les tiennes. »

Perdue, l'enfant regarda le Soldat en silence, avant de reporter son regard sur les fleurs. Elles auraient donc poussé ici à cause d'elle ?

Curieuse, elle se pencha pour écouter leur murmure.

« Retrouvailles… Nous nous… retrouvons ! »

Émue, Morwen caressa les pétales d'une fleur, avant de se redresser.

Finalement, Sephiroth lui tendit la main.

« Il est temps de rentrer. »

Souriante, l'enfant prit sa main et le laissa la conduire au-dehors.

Arrivée devant la porte, elle se retourna une dernière fois pour ancrer l'image des fleurs dans son esprit, puis elle sortit de l'église.