Rebonjour, mes chers petits sorciers ! Voici venir mon expérience littéraire n°1. En quoi consiste-t-elle ?
C'est simple. Les emplois du temps sont fixes, donc chaque semaine se déroule de la même manière. Du coup, j'ai fait un chapitre racontant une semaine de cours (la première, en l'occurence), et c'est tout. Une semaine, cours par cours. Bref, un emploi du temps romancé.

Dans le chapitre précédent, Mathis et ses camarades découvraient l'école de Beauxbâtons, ses cours et son règlement.

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Réponses au reviews !

Commençons par un nouveau nom : LaLiseuseDeBonnesAventures. Je suis très content que ma fic t'as plu ! Je suis allé faire un tour sur ton profil, j'ai lu ta petite fic... Bref, ça fait plaisir de recevoir une review positive de quelqu'un qui écrit aussi bien.

Et revoilà La Plume de Sucre, ma lectrice la plus assidue ! Ah ah, ce cher Pago Goizane ! Un peu long à lire, hein ? Imagine-toi que ces pauvres enfant ont le son et l'image, eux ! J'ai voulu rendre ses répliques aussi insupportables à lire qu'elle le serait à entendre. Apparemment, ça marche !

Et bien le bonjour à toi, Chem'iK ! J'ai honte d'avoir mendié pour cette review, mais je ne suis pas déçu. Merci pour avoir signalé, les erreurs ont été corrigées (sérieux, c'est plus simple à éditer un chapitre qu'à en publier un nouveau, sur ce site de dingues !). Ça me fait très plaisir, cette avalanche de compliments !
Le prof d'histoire, hein ? T'es le premier à l'avoir signalé ! Eh bien laisse moi te dire : bien vu ! En revanche, son secret est très bien gardé, et les références sont pour la plupart déjà passée pour le le moment. Si tu n'as pas déjà une piste à ce niveau, impossible de savoir ce qu'il en est dans le tome 1.
Alors pour l'Éclair de Feu, en l'occurence il s'agit d'un nouveau modèle. Mais Olivier Fauchet n'est pas très au courant des détails techniques. Je ne dirai qu'une chose : Coupe du Monde de Quidditch 2014.
La Bretagne, aaaah… En tant que Breton, tu dois t'en douter : c'est la région la plus magique de France. Ça me semblait une évidence de mettre le "Chemin de Traverse" français là-bas. Du coup : Brocéliande ? Trop d'arbres. Carnac ? Parfait ! Voilà, c'est aussi simple que ça.
Mathis, avec Demy ? Je pense qu'il serait carrément pour ! C'est tout à fait son genre de fille. En revanche, overcheaté ? Nah ! Tous mes persos ont passé un dépistage anti Mary-Sue / Gary-Sue. D'ailleurs, lui a carrément reçu un score négatif, j'ai été un peu vache sur certains détails que j'ai dû corriger.

Salut Tiph, merci pour le soutien ! Je vais t'avouer un secret… j'ai survolé le chapitre 2 après ta review, et pas moyen de retrouver l'indice en question. Si ça peut te rassurer sur ta clairvoyance.


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Et c'est reparti pour un tour !

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4) Une Semaine Chargée

Chers Maman et Thomas,

Ici c'est génial ! On a pas encore commencé les cours, mais j'ai déjà rencontré pleins de profs et d'élèves cools. C'est rigolo, il faut appeler les professeurs "Mestre" et "Miss". Je me suis fait une amie avant même d'arriver au château (oui, c'est un ÉNORME château en plein milieu des montagnes), elle s'appelle Émi. Et j'ai une baguette ! Elle est superbe, on dirait une mini dague en bois. Ah, et j'ai un prof de Runes Anciennes, on comprend rien quand il parle. D'ailleurs j'ai même pas compris son nom. Enfin bref, je me plais beaucoup ici, je sens que je vais m'éclater. Je vous écrirai souvent, de toute façon ici les trucs "moldus" comme le téléphones peuvent pas marcher il paraît. Répondez avec le hibou, pas de soucis pour l'adresse, le Bureau des Hiboux s'en occupe.

Je vous aime,

Futur Archimage en Chef, Mathis Devaux

PS : Thomas, Émi est une métamorphomage, c'est presque aussi cool qu'un Doppelgänger !

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Lundi, 8h. Quelle joie de commencer sa vie de sorcier avec un cours de Maths. Surtout que le professeur n'avait pas l'air commode : dès leur arrivée, il interpella une fille qui avait un furet, lui hurla presque dessus que les animaux était interdits dans son cours. Mathis s'empressa de glisser Noirebraise dans la sacoche de cuir qui lui faisait office de sac, en espérant qu'il ne mette pas le feu à ses parchemins. Heureusement pour Émi, Korrigan préférait passer ses journées à somnoler dans la chambre, perché sur sa valise, avant de sortir chasser la nuit. Avant même d'avoir commencé le cours, le prof avait déjà hurlé sur trois personnes, presque fait pleurer la fille au furet, et râlé à propos de l'ensemble de la classe. Titus le Moal n'était pas juste un vieux chauve ventripotent et grincheux. C'était un gros con.

Il débuta son cours par une série d'exercices visant à déterminer le niveau de maths de ses élèves, puis leur annonça, à vingt-cinq centimètres de parchemins, de tout déchirer et de jeter ça à la poubelle, qu'il fit circuler en la faisant léviter entre les allées. Il prit ensuite une craie, attira d'un geste de baguette le petit tableau noir sur roulettes, et traça un immense 7.

– Parlons numérologie. Qui peut me citer la cause principale de la puissance du sept ?

Très peu de mains se levèrent. Parmi celles-ci, la main de la fille au furet que le prof ignora superbement, et celle d'Émi. Mais finalement, ce fut Erwin qui fut interrogé.

– Le pouvoir du sept provient principalement des sept éléments.

– Qui sont ?

– Terre, Eau, Feu, Air, Esprit, Vide et Temps.

– Bien, et quel est la particularité de ces élements ?

– Ils sont immuables et régissent les lois de la magie. Il y a donc sept différents courants magiques, ce qui explique la puissance du sept.

– Très bien. Votre nom ?

– Erwin Niafasen.

– Niafasen… Vous êtes parent avec Ernst Niafasen, le ministre de la Magie Allemand ?

– C'est mon grand-oncle, Monsieur.

– Intéressant. Bien, je vais vous poser une dernière question. Si vous répondez correctement, je vous accorde l'Or d'office en Numérologie. Citez-moi le domaine magique auquel on rattache traditionnellement chaque chiffre.

– 0 est la constance, comme les Runes.
1 est la maîtrise, comme les Sortilèges.
2 est l'union, comme les Enchantements.
3 est l'expression, comme les Arts Magiques.
4 est la réalisation, comme les Potions.
5 est le changement, comme la Métamorphose.
6 est l'harmonie, comme la Biologie Magique.
7 est l'équilibre, comme l'Arithmancie.
8 est le pouvoir, comme la Goétie.
9 est l'altruisme, comme la Médicomagie.

– Parfait. Je pense que cet Or d'office est bien mérité. Comme votre camarade vient de le dire, le sept est le symbole de l'équilibre, associé à l'arithmancie. Mais, ignorons un moment la dimension divinatoire, et concentrons-nous sur l'aspect symbolique. Sept ans est "l'âge de raison", l'âge à laquelle la magie se révèle en moyenne. Il y a sept couleurs dans l'arc-en-ciel, sept jours dans la semaine, sept Merveilles du monde, sept systèmes cristallins, sept continents, sept cordes à la lyre et sept notes dans la gamme musicale occidentale. Et n'oublions pas les sept abraxans du carrosse de Beauxbâtons. Bref vous l'aurez compris, le chiffre sept a toujours eu une importance centrale dans le monde, et plus particulièrement le monde magique.

Le professeur passa le reste du cours à expliquer la corrélation entre le chiffre sept et la magie, l'importance de sa place entre le six, lié à la vie, et le 8 lié à la mort, et tout un tas d'informations plus indigestes les unes que les autres. "Heureusement qu'il n'y a que dix chiffres" se dit même Mathis. Enfin, il les laissa partir avec un petit devoir, qui consistait à trouver un sort représentatif de chaque élément, et d'expliquer le rapport de ce sort au chiffre sept.

En sortant, Mathis consulta son emploi du temps, et afficha le plan pour se rendre au cours de français. Génial, c'est à l'autre bout du château ! Enfin, ça leur laisserait le temps de discuter.

– C'est quoi un abraxan ? demanda Mathis.

– Aucune idée, répondit Émi.

– Un carrosse, comme les princesses ? interrogea Karol Niafasen d'une voix timide.

– Aucune idée, répéta Émi.

Bref, une discussion transcendante. Après avoir descendu trois étages pour en remonter deux, ils arrivèrent enfin à la salle de français. Florine Brindargent, Directrice-Adjointe/Référente d'Aloysia/Professeure de Français n'ayant même pas trente ans, les accueillit. Cependant, malgré une prof beaucoup plus sympathique, ce fut un cours de français somme toute basique, un rappel des règles d'accords du féminin et du pluriel, sauf pour les élèves étrangers à qui elle donnait de longs parchemins tracés de mots luisants, qui selon elle permettait d'inscrire ces mots dans l'esprit de quiconque le lisait. Mathis comprit pourquoi il était possible d'apprendre si vite le français à Beauxbâtons. Forcément, avec la magie, tout est plus simple.

Le midi, ils mangèrent avec Erwin, Karol et Nilüfer, ainsi que deux Urtica, Arnaud Portesort et Jorge Soriano, l'un passant le repas à se vanter, l'autre à se moquer de lui. Plusieurs fois, Erwin balança quelques piques à Arnaud, et Jorge discuta un peu avec Mathis de la démonstration de vol du jeudi passé, mais de manière générale, ils ne partagèrent qu'une table. Malgré ce que la directrice avait dit à propos de l'entraide et de l'absence de compétition, la différence entre les Aloysia et les Urtica était flagrante, et trop importante pour dissiper la moindre tension.

L'après-midi commençait avec un cours de Vol sur balai à 13h. Lors de la démonstration, ils avaient eu l'occasion de monter sur un balai, mais la plupart n'avait même pas pu décoller, et Mathis s'était lamentablement écrasé après avoir décollé… de trente centimètres du sol. Ils traversèrent le domaine, et arrivèrent au gymnase où le prof les interpella.

– Bonjour à tous. Je ne sais pas si votre professeur d'Histoire m'a présenté, alors je le fais. Christoffel Undermacht, professeur de Vol et entraîneur de Quidditch.

Des chuchotements et des exclamations étouffées fusèrent çà et là.

– Je vois que ma réputation me précède. Oui je suis le Christoffel Undermacht, le Hollandais Volant, et oui ce qu'on raconte est vrai. À part un détail : mes parents sont tout à fait humains. Maintenant, si on pouvait se concentrer sur le cours, ça serait parfait. Là-bas, j'ai aligné des balais au sol, il devrait y en avoir suffisamment. Chacun d'entre vous va se placer à droite d'un balai, ou à gauche si vous êtes gaucher, et dire d'une voix ferme "Debout !". Si je vois quelqu'un ramasser son balai sans mon autorisation, je lui colle une Fonte en Instructions et contraintes de sécurité. Suis-je bien clair ? Bien, à vos balais !

Chacun se plaça à côté d'un balai et tenta de le faire se lever. Émi y arriva du premier coup, Mathis du deuxième, mais la plupart dû répéter l'instruction plusieurs fois, pas toujours avec succès. Le professeur passa ensuite dans les rangs, conseillant les élèves ayant échoué. Quand chaque sorcier eût son balai en main, le professeur sortit sa baguette, et d'un sort, il fit décoller seuls les balais des Cracmols. La magie nécessaire au vol était en effet présente dans le balai, et seul manquait l'impulsion magique de décollage, comme le coup de jus du démarreur dans une voiture moldue. Enfin, chacun enfourcha son balai, et décolla du sol. Deux garçons se percutèrent violemment, et s'écrasèrent balais croisés, et une fille partit en vrille sur place, et fut désarçonnée. Lorsque chacun fut de nouveau en selle, le professeur put donner le signal du départ.

Un par un, ils devaient voler à basse altitude jusqu'à un piquet, y faire demi-tour et revenir. La plupart y arriva, sauf l'un des garçons maladroits qui ne put tourner et s'écrasa encore une fois. Karol se montra plutôt douée sur un balai magique malgré son absence de pouvoirs, guidée par les encouragements de son frère, qui lui s'était débrouillé comme un chef, se permettant même de finir son tour en sautant de son balai en route en le maintenant d'une main comme s'il s'agissait d'un vélo. Émi, elle, fut carrément impressionnante. Après avoir effectué le parcours à pleine vitesse, ses genoux frôlant l'herbe pourtant rase, et décolla au dernier moment à la verticale, effectua un looping, et atterrit avec grâce devant ses camarades ébahis et son professeur fort satisfait.

Le second exercice consista à tourner lentement autour de son piquet, le professeur en ayant fait sortir un pour chaque élève, en lançant "Ferula Erigo" en pointant le sol. Ah tiens, c'était le premier sort dont Mathis entendait clairement la formule. Miss Brindargent avait marmonné quelque chose lorsqu'elle avait distribué les emplois du temps, et il avait cru entendre le concierge dire quelque chose qui finissait par barda quand il avait emporté les valises, mais la plupart des sorts qu'il avait vu lancés n'avait pas été formulés à voix haute. Il se demandait donc ce qu'il en était tout en tournoyant autour de son poteau.

Le dernier exercice consista à lancer son balai à pleine vitesse avant de ralentir et de revenir tranquillement. Ce fut un vrai désastre, et pendant qu'ils rentraient au château pour le cours suivant, le professeur dût emmener une élève qui avait eu une dent de devant brisée et la lèvre fendue à l'infirmerie.

Enfin, ce fut le cours d'Anglais. Vieux rougeot blond et moustachu, Herbert Simpson avait pour le moins un physique répulsif. On aurait dit que sa peau était bien trop petite pour lui, et que ses vaisseaux sanguins compressés allaient éclater. Lorsqu'il se mit à parler, le constat fut flagrant. Il était complètement saoul, et son état suggérait qu'il l'était depuis quelques décennies. Entre deux explications bavées en franglais, il leur distribua des énoncés de contrôle, pour "tester vos *hips* coni… connasse… euh… connaissances" selon lui. Alors que chacun s'affairait à répondre aux questions, le professeur sortit une bouteille de vin rouge de sa sacoche, en faisant tomber une bouteille vide au passage, la déboucha, et se mit à boire au goulot.

– Heu c'est normal ça ? chuchota Mathis, dubitatif.

– Disons que ce n'est pas interdit par le règlement, lui répondit Émi.

– Eh ben ça commence fort… Au fait, c'est qui le prof de Balai ? Il est célèbre ?

– Sérieusement tu ne le connais pas ? T'as passé ton enfance dans une grotte ou… Ah oui merde, désolée. Je t'explique ça tout à l'heure.

– Okay merci.

Une fois le délai de vingt minutes écoulé, le professeur Simpson ramassa les parchemins des élèves d'un geste approximatif de la baguette, embarquant dans le même mouvement un encrier qui se répandit dans une allée, et faillit renverser sa bouteille en faisait atterrir la pile de feuilles. Il les regarda une par une dans une lenteur épouvantable, et poussa un long soupir ponctué d'un hoquet.

– Tous zeux qui zont jamais fait *hips* d'anglais, vous zallez chercher un parchumin luisant là-bas dans la grosse aremoireuh, et les zautres *hips* vous me faites une liste de tooouuus les mots que vous zavez pas compris dans *hips* l'énoncé.

Chacun s'exécuta, le prof vérifia ensuite, et tenta d'expliquer les mots. Puis chacun dû se présenter en anglais, sous l'œil trouble du professeur qui continua de vider sa bouteille de rouge. Mathis avait menti en faisant croire qu'il n'avait jamais fait d'anglais, et apprit beaucoup plus avec le parchemin luisant que les autres en écoutant le prof éructer son cours entre deux hoquets.

Après deux heures de cet acabit, ce fut enfin fini, et chacun put vaquer à ses occupations avant l'heure du dîner. Le groupe d'amis décida de se rendre à la bibliothèque pour emprunter de quoi travailler pour le devoir de mathématiques —qui n'avait d'ailleurs rien à voir avec des maths— puis de trouver une salle de travail libre. Lorsqu'ils entrèrent dans la bibliothèque, Mathis fut impressionné. Elle était immense, et ses rayonnages labyrinthiques atteignaient le plafond. Ils discutaient avec enthousiasme de tout ce savoir lorsqu'une voix derrière eux les interpella d'un ton sec.

– Ici les enfants, on travaille en silence ou on s'en va. Si vous cherchez un livre précis, demandez-le-moi, mais en chuchotant.

– Oui, commença Mathis à haute voix, on…

– Shhhhh !

– Désolé ! reprit Mathis en chuchotant. Oui, on cherche un livre de sortilèges classés par éléments. C'esst pour un devoir d'Arithmancie.

– Ah, Symbolique du Sept et Sortilèges Élementaires, de Aldebert Courtnaseau. Section 3, deuxième étagère, neuxième livre, en partant de la gauche. Je vous conseille aussi de vérifier dans Numérologie et Sorcellerie de Myrielle Tarpitude, Section 3, cinquième étagère, avant-dernier livre.

– Merci Monsieur !

Ils se rendirent donc à la Section 3, et récupérèrent les livres conseillés. Enfin, ils ressortirent, et cherchèrent une salle de travail. La première était le théâtre d'une véritable joute médiévale, où deux élèves (dont l'un d'eux était Lucian Appelbaum, le petit frère de Mila) chevauchaient des chaises enchantées et se fonçaient dessus avec de longs manches de bois en guise de lances. La deuxième salle ne s'ouvrit même pas, mais la troisième fut la bonne. Seul un petit groupe de Lonicera l'occupait, et parmi eux, Mila.

– Hey Mila ! lança Émi.

– Hey les jeunes ! Alooors, déjà un devoir dès le premier jour ? Laissez-moi deviner… LunisťEl ?

– Nope, Le Moal, répondit Mathis.

– Ah, dur. Vous voulez un coup de main ? J'ai presque fini de bosser mes Potions.

– Non ça va, on a deux livres et un génie, répondit Émi en désignant Erwin d'un geste.

– Au fait, glissa Mathis, c'est normal que ton frère fasse un tournoi médiéval dans la salle de travail là-bas ?

– Oh le petit con !

Elle se leva en vitesse, et laissant des affaires sur place, elle partit en courant vers ladite salle. Les amis s'intallèrent à une table, et pendant que Karol et Nilüfer cherchaient dans les deux livres, Erwin lisait un petit calepin relié de cuir qu'il sortait de son sac à dos, et Émi lisait au-dessus de son épaule. Mathis l'interpella, et l'interrogea sur le prof de Vol.

– Christoffel Undermacht, ancien attrapeur de l'équipe nationale de Quidditch des Pays-Bas. Il est célèbre pour avoir sauté de son balai à quarante mètres au-dessus du terrain pour attraper le vif d'or au vol et ré-atterri sur le toit de la tribune ministérielle. La toile a craqué, et il s'est retrouvé sur les genoux du Ministre, le vif à la main.

– Ouah trop cool !

Karol leur signala doucement qu'elle avait trouvé quelque chose d'intéressant, et ils se remirent à travailler. L'heure du dîner arrivant, ils mangèrent tous ensemble avec Mila et son binôme de potions Adrian, sa sœur Cytra et la meilleure amie de celle-ci, Léonie, une magnifique rousse aux yeux bleus avec un grain de beauté sous l'œil droit. Tout ce petit monde s'entendit bien, et surtout Mathis et Erwin passèrent une bonne partie du repas en admiration devant Léonie. Agacée par le comportement des garçons, Émi affina discrètement les traits de son visage, changea ses yeux mauves en un violet intense qui malgré, ses lunettes de soleil mauves qui ne la quittaient jamais, ressortaient, et glissa quelques mèches argentées dans ses cheveux. Tournant sa tête vers elle pour lui demander quelque chose, Erwin constata une différence qu'il ne pouvait expliquer, et en oublia même sa question. Mais son attention fut à présent focalisée sur Émi qui souriait de satisfaction. Enfin, chacun rentra à son pavillon, et se prépara à une nouvelle journée.

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Devoir de Mathématiques

Terre : Duro, change en pierre l'objet visé.

Eau : Aguamenti, fait apparaître un jet d'eau plus ou moins puissant au bout de la baguette.

Feu : Incendio, fait apparaître un feu froid du bout de la baguette.

Air : Ventus, Fait jaillir un tourbillon d'air à l'extrémité de la baguette.

Esprit : Legilimens, sert à pénétrer l'esprit de la personne visée, dangereux.

Vide : Evanesco, fait disparaître l'objet visé dans le non-être.

Temps : Oubliettes, efface les souvenirs du passé, dangereux.

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Et ce fut Mardi. Une journée moins chargée que la veille s'annonçait. Consultant le plan magique entre deux croissants, Mathis vit que le cours de Biologie Magique se passait dans une serre de l'autre côté du gouffre-terrain de Quidditch, et se dépêcha donc de finir de manger. Ils coururent à travers les jardins, longèrent le gouffre, et arrivèrent parmi les premiers, leur dernier croissant encore à la main. Le prof, un homme à la peau mate, la trentaine, les regarda en rigolant.

– Vous aviez le temps de finir de déjeuner, le cours ne commence pas avant dix minutes.

– On ne voulait surtout pas être en retard.

– Bel esprit, j'aime ça.

Après quelques minutes, les autres élèves les avaient rejoints, et le cours put commencer.

– Bonjour à tous, je suis le professeur Alterio Delambrosía, et je vous enseignerai la Biologie Magique, c'est-à-dire l'étude des plantes et petits organismes magiques. Ne vous inquiétez pas, nous allons commencer en douceur. Ce matin, mes chers Aloysia, nous allons étudier les propriétés magiques de la verveine, qui est, pour ceux qui ne le savent pas encore, l'emblème de votre maison.

Le professeur leur montra une multitude de variétés de verveines, leur fit sentir et toucher les feuilles. Il raconta l'histoire de la découverte de la plante, exposa ses propriétés médicinales et magiques. Il leurs fit même goûter plusieurs tisanes, expliquant les effets de tel temps d'infusion pour telle variété. Enfin, il organisa un petit jeu de reconnaissance. Le cours fut tellement intéressant que Mathis et sa bande demandèrent au professeur de rester pour le cours suivant, vu qu'ils étaient libres.

– Eh bien, voilà qui est inhabituel ! répondit-il en riant. Ma foi, qui suis-je pour m'opposer à la soif de connaissance des Aloysia ? Voyons voir… Ah, ça tombe bien. Après vous, j'ai les 1ère Lonicera. Ainsi, vous pourrez découvrir les mille et une facettes du chèvrefeuille.

Les amis assistèrent donc à un deuxième cours, attirant au début des regards étonnés de la part des Lonicera. Le cours ne se déroula pas tout à fait de la même manière que le précédent. Le professeur insista plus sur les cycles de croissances de la plante, et pas de dégustation pour eux. En revanche, il leur présenta un Chèvrefeuille Étrangleur, qui agitait ses lierres partout autour de lui en claquant dans l'air. Une des tentacules agrippa le poignet du professeur, qui lui fit lâcher prise d'un Lashlabask nonchalant. Puis le cours fut terminé, et le prof refusa que le petit groupe revienne pour le cours des 1ère Urtica vendredi à 10h, car les surcharger d'informations risquait selon lui de nuire à leur concentration dans les autres matières.

Le temps de manger, et la bande dût retourner en cours, qui se déroulait, heureusement pour leurs petites jambes, à l'étage juste au-dessus. Un cours d'Arts, dirigé par Harmonie LunisťEl, une magnifique femme aux cheveux noirs corbeau très autoritaire et cassante. Elle commença son cours en leur jouant une mélodie hypnotique à la lyre, puis claquant violemment des cymbales pour les désenvoûter, elle entreprit d'expliquer le pouvoir de la musique. Selon elle, le fait que la lyre soit enchantée n'était qu'un moyen de canaliser le pouvoir, tout comme les baguettes magiques, et que la véritable magie venait d'eux. Elle leur distribua ensuite des flûtes, puis, après leur avoir appris une mélodie extrêmement simple, elle leur demanda de se mettre par deux. L'un devait jouer la mélodie en imaginant son binôme qui s'endormait, et l'autre devait attendre sans résister, puis les rôles s'inversaient. À la fin de l'heure, les joues étaient rouges suite aux gifles données pour réveiller son binôme, et les tympans douloureux à cause du foisonnement de fausses notes et des coups de cymbales réguliers. Finalement, la prof lâcha un "Mouais, pas trop mal", et leur donna comme devoir vingt centimètres de parchemin d'explications sur la magie lyrique, avec une promesse de punition sévère en cas de manquement.

La journée finie, les Aloysia se précipitèrent tous à la bibliothèque pour faire le devoir, avant de sortir un peu. Ils s'entassèrent sur un long banc arqué autour de la fontaine Flamel devant le château, rejoints par Korrigan. Encore une fois, Mathis se demanda par où pouvait passer ce maudit oiseau, les fenêtres de l'internat ayant des barreaux et la lourde porte étant fermée. Celui-ci claqua du bec lorsqu'Émi lui caressa la tête, et Erwin sursauta en poussant un petit cri, qu'il tenta tant bien que mal à camoufler en toux, ce qui eut pour seul effet de déclencher un fou-rire général.

Profitant de la bonne ambiance, ils sortirent tous leurs baguettes pour les comparer. Nilüfer avait une superbe baguette, cerisier et foie de dragon, 23.4 centimètres, sculptés de symboles formant d'après elle un Haïku, un court poème japonais. Elle était en vacances au Japon lorsque sa lettre était arrivée, et connaissant la qualité des baguettes japonaises, sa mère avait insisté pour acheter la sienne là-bas. Elle expliqua à ses amis qu'il était normalement interdit de vendre une baguette japonaise à une étrangère, mais ce n'était pas vraiment son cas puisqu'elle était née au Japon.

Celle d'Erwin était faite de peuplier et ventricule de dragon, 25.1 centimètres, et ressemblait étrangement à un long doigt de squelette portant une bague. Chacun put aussi admirer la magnifique baguette de Mathis, et frémir en prenant en main la glaciale baguette d'Émeraude. Karol, en tant que cracmole, n'en possédait pas, mais ne se sentit pas exclue pour autant, et fut même la seule à qui Nilüfer laissa prendre en main sa baguette, avertissant les autres de la susceptibilité du cerisier face aux autres sorciers.

Puis le sujet dérivé sur les animaux magique, sur l'étrange croisement dont était issu Noirebraise et sur l'histoire de Korrigan. Comme elle l'avait déjà raconté à Nilüfer, le père d'Émi voulait savoir si les plumes d'augurey feraient de bonnes baguettes, et en traquait un depuis des semaines dans les forêts d'Irlande lorsqu'il l'avait trouvé au sol, blessé. Il l'avait ramené à son hôtel pour que sa femme le soigne, en veillant bien à prendre les plumes qui s'étaient arrachées durant sa chute. Les baguettes qu'il en tira étaient très étranges, mais fonctionnaient plutôt bien, et Korrigan ayant finalement été adopté par la petite Émi, son père ne pût se résoudre à le relâcher et le ramena donc avec lui lorsqu'ils rentrèrent en France.

La bande rentra finalement au château, et mangea avec Mila, Cytra et Léonie, exceptionnellement accompagnées de Lucian qui avait délaissé ses amis. La raison de sa présence s'expliqua lorsqu'un gâteau apparut parmi les desserts, et que chacun se mit à chanter "Joyeux Anniversaire Cytra", rapidement accompagnés par les jeunes. La bonne ambiance de la journée se poursuivit jusqu'au bout, et tous s'endormirent avec l'espoir d'un lendemain similaire.

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Le lendemain matin commença sous les mêmes auspices. Après un petit-déjeuner où toutes sortes de pâtisseries accompagnaient les croissants habituels, ils eurent leur premier cours de potions, en commun avec toute la 1ère Année. La professeure était une très jeune femme rousse qui se présenta sous le nom de Célestia Attorney. C'était sa première année d'enseignement, mais elle se débrouillait bien. Elle leur présenta quelques ingrédients, puis les fit préparer étape par étape une Potion de Jaunisse. À la fin du cours, elle prît la potion la mieux réussie, celle du binôme Niafasen, et la bût d'un coup. Sa peau vira au jaune citron, ce qui fit bien rire les élèves. Elle accompagna même les Aloysia jusqu'à leur salle de cours d'Enchantements, et rigola avec la prof, une petite blonde aux yeux bleus guère plus âgée qu'elle. Celle-ci les fit entrer, et discuta encore cinq bonnes minutes dans le couloir. Lorsqu'elle entra, le chahut régnait. D'un geste de baguette, elle provoqua une explosion sonore si violente que les parchemins s'envolèrent, et que plusieurs élèvent crièrent de surprise. Sans se départir de son calme, elle se dirigea vers le tableau, et écrivit en grande lettres calligraphiées "Wingardium Leviosa".

– Bonjour à tous, je m'appelle Gabrielle Delacour, et je vous enseignerai l'art des Enchantements, mais aussi des Maléfices. Qu'est-ce qui caractérise un enchantement ? Trois choses : Une formule précise, une gestuelle travaillée, et un réceptacle. Contrairement aux autres types de sortilèges, l'enchantement a en effet besoin d'une cible, ou réceptacle. Qu'il soit permanent ou non, un enchantement est une œuvre d'art. Wingardium Leviosa, le sort de lévitation, s'identifie parfaitement à cette description. On pointe la cible de sa baguette, puis on récite la formule en effectuant le geste approprié. La moindre erreur rend le sort totalement inefficace. Un cercle du poignet dans le sens des aiguilles, on abaisse la baguette, et on remonte le poignet.

Elle pointa sa baguette sur une petite statuette de danseuse sur son bureau, et, joignant le geste à la parole, elle lança le sort, articulant bien les syllabes.

– Windaaaʳ'dium Leviooosa !

Lorsqu'elle redressa le poignet, la statuette se mit à léviter. Celle-ci se mit à suivre le moindre mouvement de la baguette, virevoltant çà et là dans les airs.

– Qu'est-ce qui différencie ce sort d'un autre ? Ceci, dit-elle en posant sa baguette. Comme vous pouvez le constater, la statuette reste en l'air, comme reliée à la baguette. En effet, le sort est lié à l'objet, et puise sa magie dans l'air qui l'entoure, dans chacun d'entre nous. Tant que je reste concentrée, il continuera à léviter. En revanche, si vous lâchiez votre baguette pendant un Incendio, votre sort… ne ferait pas long feu.

La plaisanterie ne fit sourire que la bande de Mathis, les seuls à connaître le sort après avoir fait leur devoir de Mathématiques. Enfin chacun dût s'essayer au sort sur une plume, et très peu y arrivèrent du premier coup, mais la prof expliquait bien, et guidait chacun d'eux. Très vite, Mathis pût faire décoller la sienne jusqu'au plafond, et s'amusa même à la faire tournoyer grâce à un petit mouvement de poignet qu'Émi lui montra. C'était le premier sort de sa vie, et pourtant il sentait déjà la connexion entre lui et sa baguette, le sentiment de contrôle sur le flux magique qui le traversait. Il se figura la plume comme s'il s'agissait d'une colombe, et la fit s'envoler d'un geste sec. Soudain, une lueur rosée jaillit de sa baguette, et frappa la plume qui se changea alors en oiseau. Une magnifique colombe blanche qui s'envola vers la fenêtre fermée de la salle, et qui s'échappa, traversant la vitre comme s'il s'agissait d'un mirage. Émi, comme la plupart des élèves, regardait Mathis d'un air abasourdi, qu'il partageait lui aussi. La professeure se contenta d'un sourire.

– Très joli, Mathis. Mais ici, c'est un cours d'Enchantements, pas de Métamorphose. Va rechercher une plume sur mon bureau, et tu viendras me voir à la fin de l'heure.

Chacun, Mathis y compris, reprit les exercices, faisant voler les plumes au rythme des instructions de la jeune enseignante. Lorsque le cours toucha à sa fin, tout le monde sortit, sauf Mathis qui se dirigea vers la prof. Fidèle à lui-même, il ne s'excusa pas, et se contenta d'attendre pour entendre ce que la prof avait à lui dire. Cependant, ce n'était pas du tout ce à quoi il s'attendait qui sortit de la bouche de celle-ci.

– C'était une magnifique démonstration de magie, Mathis. Tu avais déjà fait ça avant ?

– Euh… non, bafouilla-t-il, pris au dépourvu.

– Je vois. Et as-tu conscience de ce que tu viens de faire ?

– Euh… non, je…

– Tu as lancé un sort informulé. On apprend ce genre de choses aux élèves de 7ème année. Mais encore, admettons que cela provienne d'une affinité particulière avec la magie. Ta baguette, c'est du chêne rouge, c'est ça ? Une baguette idéale pour le duel, très réactive et parfaite pour les sorts informulés. Le problème c'est que tu as jeté ce sort alors que tu maintenais déjà un enchantement. Et ça, c'est tout simplement impossible. J'observais ta plume au moment précis où tu l'as transformé en oiseau, et l'enchantement de lévitation était toujours actif. De plus, l'oiseau a traversé cette vitre. Ce phénomène a déjà été observé chez certains jeunes enfants n'ayant aucune maîtrise sur le phénomène. Mais je pressens que ce n'est pas le cas ici. Qu'as-tu fait exactement ?

– Ben, je regardais ma plume, et je me suis imaginé en train de la transformer en oiseau, et que cet oiseau s'évadait. Et puis il y a eu comme une vague en moi, et quand elle a atteint mon bras, je l'ai projeté comme si j'avais jeté un frisbee, et le sort est parti tout seul.

– Mais il s'est passé exactement ce que tu avais imaginé.

– Oui.

– Eh bien Mathis, c'est un don précieux que tu as, et tu dois faire très attention, car il est tout aussi dangereux que merveilleux. Tu es peut-être capable de contrôler la magie brute, ce qui pourrait faire de toi un futur inventeur de sorts de génie. Dans quelques semaines, un sorcier américain du nom de Malwen Carter vous présentera le club de duel. Je veux que tu ailles le voir à la table des professeurs au Grand Réfectoire, et que tu lui donnes le mot que je vais écrire.

– D'accord. Et, euh, il ressemble à quoi ?

– Un jeune homme brun, habillé d'un jean et d'une veste en cuir. La place à sa gauche sera libre. C'est ma place, mais j'ai beaucoup de travail. Allez, file maintenant. Et travaille bien le geste et la formule du Wingardium Leviosa.

– D'accord, merci, au revoir.

– Attends, tiens, voilà le mot. Bon appétit !

– Merci.

Mathis quitta la salle, et raconta tout ce qui venait de se passer à ses amis. Erwin plaisanta en lui disant que la colombe magique, ça ne faisait pas très viril, et Émi se contenta de lancer :

– J'ai toujours su, dès le premier regard, que tu étais trop bizarre pour être ennuyeux.

– Tu peux parler, arc-en-ciel ambulant, répliqua-t-il. T'aurais pu au moins choisir la couleur de ton Ordre.

– Pas assez Aloysia à ton goût ?

– Nope.

Alors Émeraude se concentra, et sa chevelure pourpre se changea en une véritable crinière d'un rouge intense bardée de perles luisantes blanches. Elle retira ses éternelles lunettes teintées, et para ses iris du même rouge, en accord avec ses cheveux et le foulard de sa maison. Mathis l'avait déjà vu à l'œuvre, mais les autres ne savaient pas de quoi elle était capable, et après maintes exclamations, elle put enfin s'expliquer. Karol lui demanda jusqu'où son pouvoir allait, avant de se retrouver devant son sosie parfait, puis ce fut au tour de Nilüfer. Elle reprit ensuite son apparence pourpre d'origine, en expliquant que les seules limites étaient l'impossibilité de changer de sexe, et de taille. Pour le reste, aucune limite. Elle illustra même cette phrase en se parant temporairement d'une trompe d'éléphant violette accompagnée d'ailes de chauves-souris en guise d'oreilles.

Comme prévu, Mathis alla d'abord donner le mot au jeune professeur avant de regagner sa place pour manger. Le prof passa tout le repas à le fixer avec un drôle d'air, puis finit par quitter la salle d'un pas rapide, l'air préoccupé.

Après manger, ils passèrent l'après-midi à s'entraîner à faire léviter toutes sortes de choses, de plus en plus grosses. Émi parvint même à faire léviter Erwin quelques secondes, ce qui ne fut pas au goût de l'intéressée, qui tenta tant bien que mal de lui rendre la pareille, sans succès. Finalement, Karol lui mit une claque derrière la tête, et leur proposa de tester un autre sort de leur manuel, et ils s'entraînèrent tous à lancer le sort Protego. Pour être honnête, le bouclier chatoyant de lumière avait clairement plus d'allure qu'une plume qui lévitait sans la moindre petite lueur magique. Erwin fut le premier à y parvenir, puis ce fut le tour de Émi, Mathis, et enfin Nilüfer. Pour plaisanter sur la facilité du sort, celle-ci lança sa baguette à Karol en lui disant d'essayer. La jeune cracmole exécuta le même revers de la main que ses aînés, en prononçant la formule. À la surprise de chacun, elle la première, une vague lueur émana de la baguette. Même Karol fut surprise, pensant qu'elle n'avait aucune magie en elle. Mais qui s'était vraiment intéressé aux cracmols jusque-là ? Ce fut la question à laquelle chacun essaya de répondre en allant faire des recherches à la bibliothèque. Ce qui en ressortit était fort intéressant, et trouvait écho dans leur cours du matin même. Ainsi, il était possible dans certaines conditions qu'un cracmol ou même un moldu puisse interagir avec la magie. C'était le cas pour la plupart des enchantements permanents n'impliquant pas de gemmes, mais aussi pour certains sorts peu énergivores. Cette histoire de gemme mise à part, tout semblait parfaitement clair, et la petite bande se promit de tenter de reproduire le phénomène avec d'autres sorts dès qu'ils en sauraient plus.

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Puis, après le mercredi venait tout naturellement le jeudi. Journée chargée certes, mais dernière journée avant leur long weekend de trois jours. La journée commençait avec quatre heures, communes avec toute la 1ère Année, du cours au nom interminable, Métamorphose-Sortilèges-Transmutation. La prof, une femme créole aux cheveux bleu roi, du nom étrange de Mystique Pluideglace, les fit tous entrer dans l'amphithéâtre Flamel, plongé dans le noir. Puis elle se mit à faire clignoter sa baguette, de plus en plus vite, comme un stroboscope. Puis d'un geste, elle fit s'ouvrir tous les rideaux.

– Tout sorcier se doit de connaître ces deux sorts. Lumos ! (l'extrémité de sa baguette s'illumina) Nox ! (elle s'éteignit). Je vous écris les formules au tableau, et je veux que chacun s'y essaie.

Une à une, les baguettes s'illuminèrent, puis s'éteignirent. La prof leur demanda ensuite de tous allumer et éteindre leur baguette au même rythme, et, donnant le ton, elle organisa un ballet lumineux. Elle referma les rideaux, et leur demanda d'accélérer. Puis, un phonogramme ensorcelé posé sur son bureau se mit à jouer une musique entraînante. À la fin du morceau, elle rouvrit les rideaux.

– La magie est un art. Tout ce que vous pourrez imaginer dans vos petites cervelles n'est rien par rapport aux limites de la magie. Prenons ce simple sort. Lumos ! La couleur par exemple. Une simple question de formulation. Caerule, et hop du bleu ! Flavo, et hop du jaune ! Purpura, et voici du violet. Vous voulez augmenter la puissance du sort ? Lumos Maxima ! Et que diriez-vous de projeter cette lumière en l'air, pour éclairer l'ensemble de la pièce ? Lumos Sagitta ! Jouez avec la lumière, pensez, imaginez, et faites briller. Je vais vous écrire une liste d'attributs au tableau, et je veux que vous expérimentiez, que vous combiniez. Je veux qu'à la fin du cours prochain, chacun soit capable, seul ou en groupe, de me présenter un petit spectacle lumineux en n'utilisant que les sorts Lumos et Nox, et les attributs de la liste donnée, sauf s'il vous prend l'envie d'en rechercher d'autres. Bien sûr, j'encourage fortement les groupes inter-maisons.

Mathis et ses amis avait déjà leur groupe préformé, mais il leur manquait une personne pour former un sextuor de choc. Voyant le regard résigné que celui-ci projetait vers son infâme voisin, Mathis invita Jorge Soriano à les rejoindre. Sous le regard étonné d'Arnaud Portesort, il rejoignit la bande avec enthousiasme. Il s'avéra être un sorcier plutôt doué, et un camarade sympathique. Il expliqua à Mathis comment il avait réussi à faire fonctionner son mp3 malgré l'inefficacité de l'électronique à l'Académie. Il avait remplacé la pile par un petit cristal taillé chargé de magie, et son père avait ensorcelé l'appareil pour qu'il puisse fonctionner avec cette source d'énergie alternative. Il proposa même à chacun de leur en ramener un après les vacances de Noël. Il semblait vraiment heureux qu'une bande si sympathique l'accepte aussi simplement, lui qui avait toujours été rejeté pour son excentrisme. Bien sûr, à côté de la flamboyante Émi, des deux génies presque-jumeaux Erwin et Karol, de l'exubérante Nilüfer et de leur étrange leader naturel Mathis, il passait presque inaperçu. La conversation dériva sur les différences inter-maisons. À Urtica, les cours étaient plus orienté pratique et exercices, et l'Ordre ne comptait d'ailleurs aucun Cracmol, même si ça n'avait pas toujours été le cas. Alors que les soirées à Aloysia étaient plutôt tranquilles, ponctuées de temps en temps d'une explosion étouffée dûe à une bataille explosive jouée dans une chambre, l'ambiance était plutôt à la détente. Chez Urtica, les soirées étaient rythmées par la musique à fond, la bièraubeurre passée en fraude, et les frasques de Lucian et sa bande. La veille, ils avaient organisé un concert de grunge avec un chœur de chartiers, ces gros furets doués de paroles mais extrêmement vulgaires qu'on trouvait notamment en Grande-Bretagne et dans les vieilles mines du nord de la France. Quelques enchantements de ses complices Chasseurs, quelques effets de lumière, et la soirée avait été une belle réussite, mais surtout un délire total. Lucian Appelbaum était probablement fou à lier, mais il savait mettre l'ambiance. Leur référent, Pago Goizane, n'intervenait jamais. Mathis et Nilüfer en étaient presque jaloux.

– On va lui montrer qu'on n'est pas que des cerveaux sur pattes, à ce prétentieux de Lucian, s'exclama Nilüfer.

– C'est un défi ? répliqua Jorge.

– Ouaip, lança Mathis. Halloween ! Ceux qui feront le plus beau coup d'éclat à Halloween donneront un gage aux autres.

– Et vous allez faire quoi, lancer des Lumos roses sur les gens ? se moqua Jorge. Je vous rappelle qu'il est en 2ème Année, il connait plus de sort que nous. Et il est aidé par son cousin de 7ème Année et ses amis.

– Ouais, mais nous on sera aidé par ses sœurs, pressentit Mathis, et on va potasser les bouquins de sorts, en bon Aloysia que nous sommes. Et on a une arme secrète, ajouta-t-il en faisant un clin d'œil à Émi.

– Et on a un Augurey, glissa celle-ci.

– Un quoi ? demanda Jorge.

– Pourquoi tu parles de… commença Mathis.

– Je vous explique après, la concurrence ne doit pas savoir ce qu'on prépare, répliqua-t-elle en tirant la langue à Jorge.

– Je vois, je vois, répondit celui-ci. Eh bien je transmettrai le défi. Mais n'attendez aucune pitié du tout-puissant Lucian.

Passant par-là, la prof les rappela à l'ordre, et ils durent se remettre au travail. Usant de sa fameuse "particularité", Mathis fit clignoter très rapidement sa baguette de toutes les couleurs avant de lancer la sphère de lumière en l'air comme une balle, puis de la rattraper, sous le regard admiratif de l'espagnol. Ils se quittèrent le midi, l'Urtica se dirigeant vers la table du frère Appelbaum, les Aloysia vers celle de la sœur aînée. Au milieu du repas, Lucian vint les rejoindre, et lança "Pari tenu !" à Mathis en lui tendant la main, qui lui serra. Il repartit ensuite, lançant au passage un clin d'œil à sa sœur.

– Tu as défié mon frère ? demanda-t-elle, inquiète.

– Ouais.

– Alors tu dois être encore plus fou que lui.

– Possible. En revanche, je ne serais pas contre un petit coup de main.

– Avec plaisir. Aucune chance qu'une défaite ne le calme, mais j'aurai au moins la satisfaction de participer à la chute de sa légende s'il perd. Ce gosse est intenable, il a bien besoin d'une petite leçon.

– Cool… Eh au fait, Émi, c'est quoi cette histoire avec les augureys ? Je sais que Korrigan est flippant, mais ça va pas nous faire gagner pour autant.

– C'est simple, répondit-elle. Les plumes d'augurey repoussent l'encre.

– Et ?

– Et on écrit avec quoi sur nos parchemins en cours ?

– Des plumes et de l'enc… Oh. Ah. Tu es un génie. Mais tu vas le plumer ?

– Oh non t'inquiètes, je vais demander à mon père de m'envoyer ce qu'il reste de son stock. Et puis Korri en perd une ou deux de temps en temps. Le problème sera surtout que ses plumes sont vertes, et celles avec lesquels on écrit sont blanches…

Album Pluma, répondit Mila. L'avantage des sorts de métamorphose est que la plupart consiste à pointer la cible et à prononcer une formule simple en latin. L'empire romain a compté les plus grands métamophormologues parmi ses sorciers. Ils ont créé tellement de sorts qu'il a fallu supprimer les cours de Latin des écoles de sorcellerie pour ne pas provoquer une catastrophe accidentelle.

– Hé je voudrais pas vous affoler les gars, s'exclama Nilüfer, mais il est 12h50 et on a cours au 3ème Droite.

Courant presque, ils rejoignirent la salle où les attendait le professeur d'histoire. Le professeur Fauchet leur fit un exposé sur le Premier Ordre Druidique, et les origines des alignements de Carnac. Il ponctuait ses phrases de grands gestes, d'anecdotes amusantes, et de schéma tracés au tableau. Le cours fut somme toute classique, mais intéressant.

La journée se termina par un cours de runes, qui comme le cours de MST de la matinée était en commun avec le reste de la promotion. Fait étrange, la salle indiquée s'avérait être… le parc arrière. Le sieur Pago Goizane les y accueillit, bras grands ouverts.

– Le Monnde Mαgique, les ennfαnts. Tous ce qui est αutouĸн'e de vous iĸнαdie de mαgie, enchαnntements en tous genĸнes. Mαis ce qui fαit de la mαgi'e l'instĸнumennt des soĸнciers, ce sonnt les mots. On vous α pαĸнlé des enchαnntements, qui puisent leur éneĸнgie des soĸнciers enviĸнonnαnnts. Mαis comment fαiĸнe fonctionner un enchαnntement isolé des cenntαines d'αnnées ? Les ĸнunes. Les ĸнunes sont lα foĸнme écĸнite du lαngαge'e mαgique. Il suffit de liĸн'e un'm pαĸнchemin ĸнunique, ou de pĸнononncer une ĸнune anncienne pouĸн lαncer un soĸнt. Il suffit de gĸнαver de ĸнunes un objet, et d'un petit soĸнt, pour lui donner des pĸнopĸнiété mαgiques'e. Bien, suivez-moi.

Il partit en direction du Pavillon Ouest, suivi par les élèves. Il se dirigea vers la porte, et désigna deux élèves, l'un d'Urtica, l'autre de Lonicera. Il demanda au Jaune de franchir la porte, puis de ressortir, ce que celui-ci fit sans problème. Il demanda alors au Bleu de faire la même chose. Au moment où celui-ci posa la main sur la poignée, il fut projeté en arrière en s'écroulant au sol. Il se releva, puis se mit à se tortiller en poussant des petits cris alors que sa peau se couvrait de boutons. Piqûres d'orties, d'après les chuchotements moqueurs des Urtica.

Finite Incαntαtem, prononça le professeur en pointant l'élève de sa baguette, ce qui eut pour effet de faire disparaître ses boutons. Comme vous αvez pu le connstαter, l'intĸнus, sαns vouloiĸн'e te vexer, α été ĸнejeté pαr l'enchαnntement de sécuĸнité. Et pouĸнtαnt, αucun soĸнt n'α jαmαis été jeté suĸн cette poĸнt'e. Le secĸнet, c'est les ĸнunes. Obseĸнvez les symboles le long du cαdĸн'e de lα poĸнte.

– "Toi intrus qui pénètre ces lieux, soit frappé du mal qui épargne le vrai Urtica", chuchota Émi.

– Tu lis le runique couramment ? s'étonna Mathis.

– Ça aide d'avoir un grand-père druide. J'ai appris à lire le runique en même temps que le français.

– Et tu sais l'écrire ?

– Bah oui, pareil.

– Mmmh, intéressant. Très intéressant.

Mathis chuchota un truc à l'oreille d'Émi, qui ricana avant de le frapper à l'épaule. Visiblement, le garçon avait une idée pour Halloween, et cette nouvelle source de connaissance leur fournissait une arme puissante face à Lucian, ce qui sembla plaire à Émeraude. Bien sûr, suite à cette révélation, l'attention du groupe se relâcha. À quoi bon essayer de suivre un cours donné par un prof à l'accent incompréhensible lorsque votre amie a une parfaite connaissance des runes, au-delà du programme ? Surtout lorsque celle-ci vous promet de vous ramener les parchemins luisants runiques sur lesquels elle avait appris.

Cette incroyable invention était le fait des druides de Brocéliande, qui devaient apprendre le langage magique à une époque où l'Académie de Magie n'existait pas, et où les grimoires étaient détruits à la mort de leur propriétaire. Ils avaient donc mis au point un procédé qui consistait en un parchemin trempé dans une potion de mémoire extrêmement puissante, le couvrir de mots, souvent accompagnés de leur traduction, ou d'une explication de son effet dans le cas d'une formule magique, puis enchanté à l'aide d'une formule extrêmement complexe de manière à projeter dans l'esprit du lecteur les mots inscrits. Ces parchemins étaient une des créations des druides les plus rares et difficiles à créer, et la plupart d'entre eux refusait d'en céder au monde extérieur. Heureusement, le grand-père d'Émeraude faisait partie des quelques druides ouverts au monde. C'était d'ailleurs lui qui avait vendu à l'Académie les parchemins d'apprentissage du français, bien des années auparavant.

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La petite bande passa son vendredi libre avec Mila à travailler sur le plan pour battre Lucian à son propre jeu. Ils l'appelèrent l'Opération Mauvais Augure, ou OMA, en référence au rôle central que jouerait Korrigan et ses plumes magiques. Nilüfer insista pour faire travailler Karol sur le Lumos, et à la fin de la journée, elle pouvait allumer et éteindre n'importe laquelle de leurs baguettes, bien que celle d'Émi lui résistait plus farouchement. La lueur était très pâle, mais l'exploit était déjà conséquent pour une cracmole de neuf ans.

La semaine se termina en douceur, avec pour seul évènement marquant la découverte du Club de Quidditch le samedi après-midi. Après manger, les jeunes Aloysia rejoignirent Christoffel Undermacht au gymnase, et assistèrent tout à tour à l'entraînement des trois équipes Juniors depuis les tribunes suspendus aux parois du gouffre. À Beauxbâtons, chaque Ordre disposait d'une équipe de Quidditch, ouverte à tous, bien que les Chasseurs devaient bien souvent abandonner à cause de leurs études. Les équipes s'entrainaient tour à tour, une équipe le matin et deux l'après-midi. Lors des entraînements, le professeur pouvait être présent à la demande, et prodiguait ses conseils d'expert sans distinction. Sans surprise, Émi se montra fort enthousiaste envers ce sport, et se promit de tenter sa chance aux sélections de l'année prochaine.

Après le dernier entraînement, elle alla poser au professeur de nombreuses questions sur le club et le Quidditch en général, tandis que Mathis s'intéressait plus au sort anti-chute qui affectait le terrain. Selon le professeur, celui-ci était pour ainsi dire infaillible, mais il leur déconseilla fortement d'essayer de sauter. Contrairement à ce qu'avait affirmé Mestre Fauchet, le sort destiné à empêcher une chute mortelle n'évitait pas les risques de jambes cassées.

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Bref, une semaine comme les autres. À suivre !