Disclaimer : Tout appartient à JK Rowling, sauf ce que j'ai inventé !
Note de l'auteur : Voici le deuxième chapitre ! La confrontation Harry/Snape commence… J'espère que ce chapitre vous plaira ! N'hésitez pas à me faire savoir ce que vous en pensez. Bonne lecture.
In the moonlight
Chapitre 2 : L'abandon
Harry ouvrit les yeux cette nuit-là avec la conviction qu'il ne pouvait plus s'évertuer à essayer de dormir. Depuis que Snape les avait envoyé dans leur chambre, Draco et lui, Harry n'avait réussi qu'à tourner et à retourner les événements de la soirée dans son crâne fatigué. Il revoyait sans cesse la lumière verte frapper Dumbledore, et le corps du vieil homme disparaître par-dessus la muraille, se volatilisant, comme s'il n'avait même jamais existé. Harry venait de perdre la seule et unique personne qui avait jamais donné un sens à sa vie. Toute l'année, il avait accompagné Dumbledore dans les recherches sur les horcruxes. Toute l'année, il avait cru en cette mission et en cette union de Dumbledore et lui. Et, tout à coup, en un coup de baguette, tout avait disparu.
Que restait-il à Harry, dorénavant ? Que devait-il faire, maintenant que son guide était mort ? Comment trouverait-il les horcruxes ? Il se demandait si Snape avait ne serait-ce que la moindre idée de la gravité de son acte. Cet homme arrogant, méprisant et détestable avait-il la moindre idée de ce que seul Harry devait faire pour sauver le monde ? Snape, qui n'avait jamais vu en lui qu'un gamin en quête d'héroïsme, avait-il seulement conscience que Harry devait porter à lui seul le poids du monde sur ses épaules ?
Alors qu'il ruminait dans sa tête depuis plusieurs dizaines de minutes, s'enrageant sur la grandeur de la bêtise de Snape, il vit jaillir dans son esprit embrumé le regard bleu étincelant de son Directeur. Et se mit à douter. Dumbledore, lui, avait toujours eu confiance en Snape. Malgré les signes, malgré les preuves apportées par Harry lui-même, la confiance du vieux sorcier en son maître des potions n'avait jamais failli. Et puis, Snape n'avait-il pas dit qu'il suivait le plan de Dumbledore ? Mais comment Dumbledore aurait-il pu préméditer sa propre mort ? Et pourquoi ? Pourquoi laisser Harry si seul ?
Décidant que cette réalité était impossible, Harry se releva brusquement de son lit. Non. Dumbledore lui aurait dit s'il s'était agi de son plan, c'était certain. Il ne l'aurait jamais abandonné comme ça. Il n'aurait jamais laissé un gamin de seize se démerder avec ces foutus horcruxes ! Snape mentait. Il fallait que Snape mente.
Ecoutant à la porte la maison endormie, il se décida à chercher une issue. Il devait sortir de cette prison et retrouver Ron et Hermione, à tout prix. Peut-être que ses amis, fidèles, l'aideraient à comprendre. Peut-être que là-bas, dans le vrai monde, les gens pourraient lui dire la vérité. Parce qu'il devait bien rester quelque chose du vrai monde, non ? Ron et Hermione s'en seraient sortis, hein ?
Ecoutant l'urgence de son coeur qui s'affolait, Harry ouvrit la porte avec délicatesse et descendit les marches, à tâtons. Il fallait qu'il sorte d'ici avant de laisser les images cauchemardesques des corps froids et raidis par la mort de ses deux meilleurs amis le hanter à jamais. Lorsqu'il arriva enfin dans le salon, il vit les dernières braises brûler dans la cheminée. En jetant un regard autour de la pièce, il ne remarqua aucun signe de vie. Rassuré, il se dirigea vers la porte d'entrée. Il était seul et rien ne l'empêcherait de s'enfuir. Pas même ces foutues barrières magiques.
A l'instant où il posait une main déterminée sur la poignée de la porte, il entendit le déclic familier d'un interrupteur. En une fraction seconde, la pièce fut illuminée et Harry arrêta son geste. Ne pouvant réprimer un sursaut, Harry se retourna brusquement pour découvrir Snape, assis sur un des fauteuils du salon.
« Vous allez quelque part, Potter ? » Demanda l'homme.
« Je croyais que je n'étais pas votre prisonnier ? » parvint à articuler Harry, retrouvant soudainement sa répartie.
« Non, vous n'êtes pas mon prisonnier. Mais vous êtes sous ma responsabilité. » répondit Snape, calmement.
« Votre responsabilité ? » ne put s'empêcher de répéter Harry, sarcastique. « A qui donc voulez-vous rendre des comptes sur ce que je deviens ? Vous avez tué la seule personne pour qui mon avenir avait du sens. » murmura Harry, sentant à nouveau la colère monter en lui comme une vague.
« Vraiment ? Vous croyez vraiment que Dumbledore en avait quelque chose à faire de votre avenir, Potter ? » s'étonna Snape.
« Mais qu'est-ce que vous en savez ? » Interrogea Harry, en colère. « Vous savez quoi ? En fait, je m'en fous. Je veux juste sortir d'ici. » finit par lâcher Harry, après un instant d'incrédulité. Mais c'était faux. Harry ne s'en fichait pas du tout. Il voulait comprendre. Il savait que Snape portait en lui des réponses précieuses. Pourtant, en cet instant, il ne pouvait pas se résoudre à regarder cet homme, ce simulacre d'homme qui avait tué son mentor et qui avait peut-être entraîné la mort des personnes les plus chères à son coeur, dans les yeux.
« Vous ne le pourrez pas avant longtemps, Potter, peut-être même jamais. Alors, vous feriez mieux de vous habituer à cet endroit. Cessez maintenant de vous comporter comme un idiot buté et acceptez que la réalité n'est pas celle que vous croyez. » déclara Snape, une nuance d'exaspération dans le regard.
« Mais pour qui vous vous prenez pour me regarder de haut, comme ça ? » hurla l'adolescent, furieux. « Vous avez commis l'impardonnable ! Vous avez détruit le monde sorcier en tuant Dumbledore, et vous le savez ! Alors ne me regardez pas comme ça ! Vous n'avez pas le droit de vous montrer condescendant après ce que vous avez osé faire ! » poursuivit-il.
« Croyez-moi, j'ai le droit, Potter. J'ai le droit inaliénable de mépriser ce monde ! » hurla à son tour l'adulte, se relevant vivement de son siège. « Vous ne savez rien. » finit-il par murmurer, las.
Harry ne se souvenait pas avoir jamais vu Snape aussi fatigué, aussi abattu. L'homme se tenait au manteau de la cheminée, comme pour se retenir de chuter. Le maître des potions, cet homme sans peur et sans faiblesse, semblait tout à coup avachi par une terrible fatigue. Harry en aurait presque ressenti de la pitié. Mais pas cette nuit. Pas après ce cauchemar.
« Et vous voulez que je vous écoute, c'est ça ? Vous voulez que je vous crois, comme Dumbledore l'a fait ? Vous voulez pouvoir me trahir après avoir gagné ma confiance, hein ? » demanda Harry, amer.
« Je ne vous demande pas de me croire, Potter. Je me fiche que vous ayez confiance en moi. Mais il y a des choses que vous devez savoir. Vous êtes, malheureusement, au coeur d'un conflit qui vous dépasse de loin. Sachez que je ne vous aurais pas choisi mais c'est ainsi : l'avenir du monde sorcier est entre les mains d'un enfant arrogant et capricieux. Et il est temps que cela s'arrête. » ragea Snape.
« Vous croyez que je veux avoir cette responsabilité sur les épaules ? Vous ne croyez pas que, moi aussi, je veux que ça s'arrête ? Mais alors pourquoi avoir tué le seul sorcier qui m'accompagnait dans cette mission que je n'ai jamais demandée ? Avouez-le, enfin, vous êtes du côté de Voldemort ! » Hurla Harry.
« Ne-prononcez-pas-son-nom ! » hurla Snape, à son tour.
« C'est drôle comme vous savez le servir, vous traîner à ses pieds pour lui plaire, mais vous êtes incapable du minimum de courage nécessaire pour prononcer son nom ! Vous êtes un putain de lâche, Snape ! » ria Harry, clairement moqueur.
Harry savait qu'il avait dépassé les limites. Il savait qu'il venait de frapper là où cela faisait mal. Mais Snape avait-il au moins aussi mal que lui ? Pour avoir tout détruit, Harry voulait que l'homme souffre, qu'il soit détruit, lui aussi. Il fantasmait cette image délicieuse où le sombre maître des potions supplierait qu'on efface ses souvenirs, tant ceux-ci étaient douloureux.
Mais si le désespoir pouvait mettre l'adolescent à terre, ce n'était pas le cas de Snape. Avant qu'Harry ne saisisse ce qu'il était en train de se passer, Snape fit volte-face et le saisit par le bras avant de le jeter violemment dans un fauteuil. Chaque main agrippée à un accoudoir, le visage de l'homme à quelques centimètres du sien, Harry se sentit complètement écrasé par Snape qui le dominait de toute sa hauteur. Enfermé entre ces bras nerveux, le jeune sorcier tenta de garder la tête haute et de cacher les tremblements qui parcouraient son corps. Il pouvait voir les narines de l'homme s'ouvrir et se refermer avec rage. Ses yeux étaient devenus deux abysses noirs, terribles. Harry avait peur. Peur comme il ne l'avait peut-être jamais ressenti auparavant.
« Stupide enfant ! As-tu la moindre idée des sacrifices que j'ai fait toute ma vie ? As-tu la moindre idée des sacrifices que je fais pour toi ? » hurla Snape, hors de lui.
Un silence lourd s'abattit sur la pièce. Snape se retenait tant bien que mal de ne pas fracasser le crâne de ce sale gosse avec ses mains. Comment ce sale morveux osait-il se moquer de ces efforts, de son abnégation, des risques qu'il avait pris pour lui ? Pendant un instant, il eut envie de lever les barrières magiques entourant la maison et de jeter ce corps fragile à la forêt. Pendant un instant, il ne nourrit que le désir de voir ce sale Potter hors de sa vie. Mais alors que sa colère menaçait d'exploser, Snape remarqua les légers tremblements parcourir le corps du garçon. Dans les yeux de Harry, il pouvait lire la peur et le désespoir. Il recula vivement, plus effrayé par la vision de cet enfant fragile que par sa propre colère.
« Il est temps que vous compreniez, Potter. » lâcha Snape, après s'être calmé. « Je vous demanderai d'être patient et courageux. Vous allez découvrir des choses que vous ne souhaitez pas savoir. Mais je vous demande de ne pas m'en empêcher. » ordonna-t-il sèchement.
Snape se servit un verre de whisky et s'assit dans le canapé. Prenant une grande bouffée d'air, il commença son récit.
« Je vais commencer par l'immédiat. Je vous le répète, tuer Dumbledore faisait partie du plan de Dumbledore. Vous l'avez peut-être remarqué, le Directeur s'est gravement blessé à la main l'été dernier. Cette blessure était bien plus grave que Dumbledore l'a laissé paraître. Dès l'apparition des marques de brûlures, le diagnostic était sans appel. Dumbledore allait mourir. J'espérais pour lui quelques mois, il a réussi à tenir près d'une année entière. Il m'a alors fait jurer de le tuer moi-même. Je devais le tuer moi-même pour protéger ma position d'espion mais aussi pour protéger d'autres plus innocents que moi : il m'a fait promettre de ne pas laisser Draco prendre la charge de son meurtre. Dumbledore savait que je venais pour le tuer, hier soir. Il voulait que je le tue. » expliqua Snape, calmement.
« Mais… Je l'ai entendu vous supplier. » parvint à articuler Harry, incrédule.
« C'était de la comédie, Potter. Un moyen de ne pas me faire soupçonner par les mangemorts. » répondit Snape, levant les yeux au ciel devant tant de naïveté.
« Mais pourquoi ne m'a-t-il rien dit ? Pourquoi m'a-t-il fait croire que nous allions chercher les… » Harry s'interrompit. Il ne pouvait pas mentionner les horcruxes à Snape. Et s'il mentait ? Et s'il jouait, lui, la comédie ?
« Chercher les horcruxes ensemble pour combattre le Seigneur des Ténèbres ? » finit Snape. « Oui, Potter, je sais tout à propos des horcruxes. »
Harry sentit sa tête tourner dangereusement. Dumbledore lui avait pourtant fait promettre de n'en parler à personne d'autre qu'à Ron et Hermione. Pourquoi l'avoir dit à Snape ? Et pourquoi avoir interdit à Harry d'en parler à un professeur ? Il aurait pu se sentir moins seul. Tellement moins seul. Prenant la tête entre ses mains, Harry souffla lourdement.
« Il ne pouvait vous dire qu'il allait mourir, Potter. Le risque que cette information se répande était bien trop grand. » finit par répondre Snape.
« Mais… Je n'aurai jamais rien révélé ! » s'éructa Harry, se sentant soudain affreusement trahi.
« Cette information est d'une importance capitale, Potter. Il n'est pas question d'amour propre ici, mais de vie et de mort ! » gronda Snape, agacé. « Vous avez beau avoir été au coeur de nombreuses mésaventures par le passé, dont vous êtes sorti miraculeusement vivant, vous êtes un enfant, Potter. Et vous auriez cherché à empêcher l'inévitable, par votre naïveté infantile, menaçant alors de révéler le secret des horcruxes. » poursuivit-il.
« Un enfant ? Mais j'ai seize ans ! » s'écria Harry, vexé. Il était assez grand pour se confronter à Voldemort depuis ses onze ans mais pas suffisamment pour savoir garder un secret ? C'était foutrement injuste.
« Pensez-vous sincèrement qu'un sorcier mineur devrait-être responsable de la mort d'un homme illustre comme Dumbledore et de la survie de tout le monde sorcier ? » s'éructa Snape.
« Peu importe ce que je pense ! Je suis responsable, de toute façon. » cria l'adolescent. « Et puis, Dumbledore lui-même me considérait suffisamment grand pour m'abandonner tout seul dans la recherche des horcruxes ! » poursuivit Harry, amer.
« C'est sur ce point que le plan de Dumbledore a cessé d'être le mien. » murmura Snape, aussi amer que l'adolescent.
« Qu'est-ce que vous voulez dire ? » interrogea Harry.
« Le plan de Dumbledore était de continuer à vous faire croire que j'étais du côté du Seigneur des Ténèbres. Je devais reprendre la charge de Directeur de Poudlard et vous surveiller de loin. Je devais ne jamais me révéler et continuer de vous laisser penser que j'agis contre vous. Mais surtout, je devais accepter de vous abandonner seul face au Seigneur des Ténèbres. » répondit Snape, sombre.
« Mais alors qu'est-ce que je fais ici ? Je dois retourner là-bas ! Je dois chercher les horcruxes ! » s'écria Harry en se levant. Malgré la colère nouvelle contre Dumbledore qui avait rejoint celle qu'il nourrissait à l'égard de Snape, la vague d'héroïsme instinctive de Harry prenait le dessus. S'il y avait un plan pour sauver le monde sorcier, Harry le ferait sans poser de questions.
« Non. » se contenta de dire Snape avec fermeté.
« Quoi ? Mais le plan de Dumbledore… » dit Harry, jetant tour à tour des coups d'oeil à la porte d'entrée et à Snape, délibérément assis sur le canapé. Pourquoi Snape ne bougeait-il pas ? Comment pouvait-il rester assis sans rien faire ?
« Le plan de Dumbledore n'est pas le mien. » coupa Snape, tranchant. « Ce vieil homme a fait suffisamment de mal. Il est hors de question que j'accepte de rendre les quinze dernières années de ma vie insignifiantes. » Hurla Snape, hors de lui. « Je refuse de vous voir assumer seul une charge qui n'est celle de personne et certainement pas celle d'un enfant, quoi qu'ait jamais pu en penser ce vieux fou de Dumbledore ! Je refuse de voir l'enfant que je protège au péril de ma vie depuis quinze ans mourir par souci d'honneur et de courage ! » Poursuivit-il.
« Vous… Vous me protégez depuis quinze ans ? » s'étonna Harry, interdit. « Mais c'est faux ! Vous me détestez ! » hurla-t-il. Comment pouvait-il en être ainsi ? Soit on lui avait appris l'expression de l'amour et de la haine dans le sens inverse depuis qu'il était petit garçon (ce qui signifiait alors que les Dursley ne lui voulaient vraiment que du bien !) ou Snape était le plus grand comédien que Harry ait jamais rencontré.
« Je vous déteste, Potter. Mais la haine ne m'a jamais empêché de considérez votre vie plus importante que toute autre, plus importante que la mienne. » déclara-t-il, sérieux.
« Mais de quoi vous parlez ? Vous ne m'avez jamais protégé ! Vous m'avez insulté et vous m'avez humilié depuis ma première année à Poudlard ! J'ai reçu de vous plus de punitions que n'importe quel autre élève de cette école ! » hurla Harry, hors de lui. Comment pouvait-il osé dire qu'il l'avait protégé ? L'homme en face de lui avait provoqué des cauchemars, des pleurs et des crises de colère sans pareil mais jamais, JAMAIS, il ne lui avait fait ressentir un sentiment de protection durant ces six années.
« C'est vrai, Potter. Et je ne compte pas cesser de vous punir et de vous rappeler chaque jour que vous me devez respect et obéissance. Vous auriez sans doute préféré quelqu'un de doux, de tendre et de compatissant comme Molly Weasley pour veiller sur vous pendant toutes ces années. Mais laissez-moi vous dire que la douceur ne vous aurait pas empêché de mourir plus d'une fois ce quinze dernières années. » rétorqua Snape, froidement.
Evidemment, comment Harry aurait-il pu espérer de l'affection ? Après tout, il n'était qu'un pion dans une partie d'échecs menée par Voldemort. Mais même après ces années passées chez les Dursley, à subir amèrement leur haine et leur mépris, Harry ne pouvait s'empêcher d'espérer avoir droit à mieux que ça. A mieux que rien du tout.
« Vous avez dit 'ces quinze dernières années' ? » finit par demander Harry, après un moment de silence, les sourcils froncés.
« Cette histoire est pour un autre jour, Potter. Vous devez dormir et moi aussi. » répondit Snape, le visage fatigué.
« Non ! J'ai le droit de comprendre ! » s'éructa Harry, se plaçant devant l'homme.
« Et vous comprendrez. Mais pas cette nuit. » dit sèchement l'homme en noir.
« Je dois accepter d'attendre que vous soyez dans de bonnes dispositions pour me dire enfin la vérité ? » s'écria Harry, furieux. « Vous détruisez l'image de la seule personne en qui j'ai jamais eu confiance et je dois continuer de me soumettre à votre volonté ? » poursuivit-il, des larmes de rage au coin des yeux. « Vous avez fait de ma vie un enfer depuis six ans ! Et je suis sûr que vous avez espéré ma mort plus d'une fois ! Alors, qu'est-ce qui me dit que ce vous dites est vrai ? Comment je peux vous croire ? » Lâcha Harry, une larme coulant sur sa joue. Pourquoi cette infinie tristesse, tout à coup ? Pourquoi l'idée que Snape ait été dans sa vie depuis ses un an le rendait si malheureux ? Cela ne changeait rien, après tout. De toute façon, l'homme était un connard qui n'avait pour but que de le faire souffrir, non ?
« Vous n'avez pas le choix de me croire, Potter. Nous n'aurons pas de nouvelles du monde extérieur avant un long moment. Je suis donc votre seule possibilité d'existence. » déclara Snape, sentant la fatigue lui peser lourdement sur les épaules.
« J'exige de savoir la vérité ! Vous n'avez pas le droit de vous taire et de me laisser comme ça ! » hurla Harry, sentant ses jambes faillir. Il se sentait infiniment faible, épuisé par ses propres émotions.
Avant qu'il ne tombe véritablement à terre, Snape le remit sur pieds, le retenant fermement sous les aisselles.
« Lâchez-moi ! » hurla Harry, sentant un sanglot lui échapper. L'adolescent rejeta violemment les mains de l'homme et courut jusqu'à sa chambre. Il claqua la porte avec furie et se jeta sur son lit. Plongeant la tête dans son oreiller, Harry hurla à pleins poumons, laissant aller sa rage et sa tristesse. Il avait la sensation que sa colère ne cesserait jamais de battre à ses tempes. Le cri étouffé qui retentit dans la maison était suffisamment puissant pour y déceler un profond désespoir. Harry voulait juste se réveiller de cette affreuse nuit et se rendre compte que tout ça n'était qu'un rêve. Ses larmes intarissables trempaient l'oreiller, l'étouffant dans son souffle saccadé par les sanglots. Ce n'était pas possible. Rien de tout ça ne pouvait être vrai.
Snape, en bas, impuissant, entendit la rage éclater dans la chambre de l'adolescent. Malgré l'oreiller, il put entendre clairement un cri long et perçant provenir de la pièce. Le son d'une douleur conservée trop longtemps. Le bruit terrible d'une plaie à vif. Il savait qu'il était responsable de ce désespoir. Il venait de briser l'image parfaitement claire du monde dans lequel Potter avait vécu. Dumbledore l'avait volontairement abandonné et Snape était celui qui le recueillait. Après toutes ces années de haine et de colère, il devenait le seul adulte sur qui compter. Avait-il fait le bon choix finalement ? Avait-il eu raison de penser que le gamin ne méritait pas de mourir si jeune ? Et si c'était lui qui devenait responsable de sa mort symbolique ? Et si le gosse ne se relevait jamais de ces vérités qu'il devait lui révéler ?
Snape savait qu'il aurait pu faire autrement. Il aurait pu abandonner l'enfant à son propre destin. Croire à ce destin, comme l'avait fait aveuglément Dumbledore jusqu'à la fin. Aurait-il dû le faire ? La vérité c'est qu'il ne pouvait pas. La vérité c'est que dès la seconde où Dumbledore lui avait expliqué son plan, Snape avait eu envie de vomir. Ce gamin avait beau ressembler à cet horrible James Potter, il ne méritait pas de mourir. Pendant une année entière, Snape avait tu sa rancoeur et son dégoût face à la décision de Dumbledore d'abandonner l'enfant à son sort. Il avait passé l'année à construire cette maison. Une année à apprendre des sorts de protection. Une année à mentir pour lui. Lui qu'il méprisait et adorait en même temps. Lui qui était tout à la fois James et Lily. Ou peut-être aucun des deux. Et c'était ça l'injustice : le gamin n'était rien du tout.
L'absurdité de la nuit lui fit regretter son inaltérable loyauté, un instant. Seul dans une maison qui lui était étrangère, abattu par la perte de son mentor, Snape se rendit compte que tout ce qu'il avait construit pendant quinze ans en tant qu'espion venait de s'envoler. Il avait tout détruit. Pour quoi ? Pour deux enfants qui le haïssaient du plus profond de leur être. Deux adolescents qui se haïssaient eux-mêmes. Et un garçon qu'il ne pouvait supporter de regarder dans les yeux.
Lorsqu'il entendit le cri de Harry cesser, Snape se décida à faire avaler à l'adolescent une potion calmante. Il fallait que ce gamin dorme pour pouvoir affronter les épreuves qui l'attendaient. De gré ou de force, cet enfant dormirait. Il avait le droit d'oublier un moment l'enfer dans lequel le plongeait Snape.
A l'étage, l'homme ouvrit la porte plus doucement qu'il ne l'aurait fait habituellement. Même s'il ne l'admettrait jamais, il se sentait affreusement coupable d'avoir mis Potter dans cet état. Les cris étaient de sa faute, il le savait.
Lorsqu'il pénétra dans la pièce, Snape découvrit Harry allongé sur le ventre, raide. L'adolescent faisait semblant de dormir, espérant sans doute éviter une nouvelle confrontation avec le maître des potions. Il apparut fragile aux yeux de l'adulte. Il n'y avait plus d'héroïsme dans ce corps cassé, il n'y avait que de la souffrance.
« J'ai entendu vos cris de détresse d'en bas, Potter. Je sais que vous ne dormez pas. » dit Snape.
« Je ne suis pas en détresse, arrêtez de me traiter comme un enfant ! Je ne veux juste plus vous voir ! » hurla Harry, qui essuya ses larmes discrètement avant de se tourner vers son professeur.
« Oh si, vous l'êtes, je le vois. Mais j'aimerais dormir, maintenant. » dit Snape, froid.
« Si je vous dérange, laissez-moi partir d'ici ! » supplia Harry, de nouveau au bord des larmes.
« Si je vous laisse partir, Potter, vous mourrez. Et, contrairement à ce que vous pensez, c'est la dernière chose au monde que je souhaite. » répondit Snape.
« Alors qu'est-ce que vous me voulez, maintenant ? Vous voulez détruire l'image d'une autre personne que j'aime ? Pourquoi pas mon père ? Oh mais c'est trop tard, vous l'avez déjà fait ! » hurla-t-il avec rage.
« Je veux seulement que vous dormiez. Buvez ça. » ordonna Snape, en tendant une fiole au garçon.
« Vous croyez que je vais vous laisser m'empoisonner si facilement ? Je ne veux pas de votre potion ! Je voudrais que vous creviez ! » hurla-t-il en se relevant brusquement avant d'administrer un coup de poing rageur sur l'épaule de son professeur.
A peine eut-il le temps de frôler les robes de Snape que Harry se sentit soudain cloué à son lit, une main ferme solidement appuyée sur son torse, l'empêchant de bouger. Harry vit le visage crispé du maître des potions se baisser vers lui, une lueur menaçante dans le regard.
« Ecoute-moi bien, mon garçon. Je sais que tu souffres, je sais que tu es malheureux et que tu voudrais que rien de tout ça n'existe. Mais ça existe, c'est comme ça. » gronda-t-il. « Je ne veux pas te tuer, je suis là pour te protéger. Tu ne veux pas l'admettre, c'est ton droit. Mais tu vas cesser cette crise, tout de suite. Parce que je te le répète, jeune homme, je suis l'adulte et tu es l'enfant. Je te conseille de me laisser te protéger sinon je n'aurai aucun mal à te retourner sur le champ pour d'administrer une fessée qui te remettra à ta place. Si tu veux éviter ce genre d'humiliation, conduis-toi correctement, bois ta potion et dors. Est-ce que c'est bien clair ? » Gronda Snape, d'une autorité sans faille.
Harry ne sut que répondre, il était tétanisé. Rendu immobile et silencieux, il ne put que hocher légèrement la tête. Snape le releva, d'une main sous l'aisselle et lui tendit à nouveau la fiole. Sans se faire prier, Harry but le liquide jusqu'à la dernière goutte et recula sur son lit. Se glissant sous les couvertures, l'adolescent était muet de stupeur et de fatigue mélangées. Les effets de la potions agitèrent vite : malgré sa peur de clore les yeux, ses paupières se fermèrent malgré lui.
« Dormez, Potter. » finit par lâcher Snape en refermant la porte derrière lui.
