Disclaimer : Tout appartient à JK Rowling, sauf ce que j'ai inventé !

Note de l'auteur : Je vous présente enfin le troisième chapitre. Je sais que les délais d'attente sont toujours aussi longs, je vous demande pardon… J'espère que cela ne vous découragera pas pour lire la suite ! Bonne lecture.

In the moonlight

Chapitre 3 : A l'attaque

Lorsqu'il referma la porte de la chambre de l'adolescent derrière lui, Snape s'autorisa enfin à respirer. Ses mains tremblaient, parcourues de frissons de colère et de stupéfaction. Il dut agiter ses doigts plusieurs fois et souffler intensément avant de s'autoriser à descendre les marches le menant au salon. S'accrochant à la rampe avec fébrilité, il regardait devant lui, les yeux ébahis.

Décidant qu'il était temps de fermer sa bouche agrandie par l'effarement, il s'assit face à la cheminée et se servit un énième verre de whisky. Laissant une gorgée du liquide doré couler dans son ventre, il sentit ses muscles se détendre et son esprit se désembrumer. Non, il ne rêvait pas : il avait bien adressé ces paroles au Survivant.

Snape avait évidemment nourri de nombreux désirs de punitions corporelles à l'égard de ce foutu Potter, depuis six longues années qu'il était obligé de respirer le même air que lui. Mais ceux-ci se résumaient, la plupart du temps, à le pendre par les pieds au-dessus d'un nid de serpents. Il avait parfois rêvé d'attaquer l'insupportable fils de James Potter à coups de doloris. Ou bien encore de lui faire avaler une potion à base de dieffenbachia, la plante qui saurait le rendre muet et ainsi fermer son clapet arrogant jusqu'à la fin de ses jours. Des vengeances suprêmes, noires et dignes de celles que le Seigneur des ténèbres infligeraient à ses ennemis. Oui, cela il savait faire.

Pourtant, ce soir, il venait de menacer le grand héros du monde sorcier de lui administrer une fessée.

Le maître des potions ne put s'empêcher de secouer la tête avec frénésie. Que lui était-il donc passé par la tête pour réagir avec tant de familiarité et de bassesse ? Depuis quand Snape, le sombre maître des potions, utilisait-il des menaces si molduesques ? Comment avait-il pu se contenter d'utiliser la menace d'une tape sur les fesses, face au grand sauveur du monde sorcier ?

Snape avait bien-sûr imaginé que la situation dans laquelle il les avait plongé dégénère. Ramener les deux adolescents ennemis dans une maison perdue et coupée du monde, un instant après avoir tué le grand Dumbledore… Oui, il s'était attendu à ce qu'il doive utiliser la force. Il s'était attendu à un Potter fou de rage, l'écume au bord des lèvres. Il s'était même préparé à devoir le stupéfixer jusqu'à ce qu'il tombe de sommeil.

Mais il n'avait pas dû parer les coups, les insultes et les crachats du jeune héros. C'était bien pire : il avait dû se confronter à l'horrible désespoir qui frappait un enfant abandonné. Les cris et les larmes se répercutaient dans son crâne. Il revoyait cette main, pas suffisamment discrète, qui tentait d'effacer les pleurs de son petit visage d'enfant.

Cela, il ne l'avait pas vu venir. La colère, le mépris et l'héroïsme, oui. Mais certainement pas la vulnérabilité d'un enfant qui se sentait seul.

Quant à l'évidente familiarité de l'adulte face à son élève honni, Snape ne s'y était pas attendu non plus. Il avait parlé à Potter avec l'intimité d'un adulte responsable de son enfant. L'avait-il vraiment tutoyé ? L'avait-il réellement appelé « mon garçon » ? Depuis quand l'insupportable Potter était-il devenu son garçon ?

Rejetant cette idée embarrassante et irrationnelle d'un revers de main, il tâcha de réfléchir à ce qui avait pu s'embrouiller dans ses préparations du refuge. Il avait pourtant pensé à tout : le logement, la nourriture, les protections… Il avait même pensé à inscrire le prénom des occupants sur la porte de leur chambre, par Merlin ! Mais il n'avait jamais pensé à Potter autrement que l'insupportable Potter de Poudlard. Et peut-être avait-il oublié qu'il n'était pas lui-même que l'horrible professeur Snape ?

Il avait été si aisé de protéger ce garçon, à Poudlard. Snape était le sombre maître des potions, aux traits magemoresques et à la réputation terrible. Il était le directeur des Serpentards. Il était l'ennemi juré de Harry Potter. Bref, il était à l'abri, protégé par les murs et les gens de l'Ecole, le rassurant dans son rôle défini depuis des années et des années.

Mais dorénavant, il n'y avait plus rien pour les garder à distance.

Maintenant, il n'y avait plus qu'eux dans le monde que Snape avait lui-même créé.

Le sorcier se leva, ressentant soudainement le besoin de sortir et de respirer l'air du dehors. Il foula l'herbe grasse et tâcha de regarder l'horizon à travers la nuit. Rien. Rien de plus que le lac, les arbres et la lune. Il jeta violemment son verre à travers le jardin, espérant naïvement une réaction du monde extérieur. Mais rien ne bougea. Tout était exactement comme il l'avait préparé. Ils étaient donc sains et saufs. Saufs, en tout cas. Rien, dans sa réaction face à Potter, ne pouvait lui assurer qu'il était toujours sain d'esprit.

Il alla ramasser le cadavre de son verre, pas même ébréché, avant de se diriger de nouveau vers la maison, las.

Les quelques verres de whisky eurent raison de lui avant même qu'il ne le réalise. Bientôt, Snape dormait à poings fermés, dans sa chambre du rez-de-chaussée.

BOUM CRAC

Se réveillant en sursaut, le sorcier sauta sur sa baguette. Des intrus avaient-ils réussi à pénétrer ses protections ? Comment était-ce possible ?

« Va te faire foutre, Malefoy ! Va bien te faire foutre ! » hurlait Potter à travers la maison, avant qu'un bruit de verre brisé n'éclata.

« Toi, va te faire foutre ! Je vais te crever, tu m'entends ? Tu vas crever ! » lui répondit Malefoy, avant un boum tonitruant.

« Ca suffit ! » hurla Snape en séparant d'un coup de baguette les adolescents au sol.

La maison était sens dessus dessous. La table basse avait été fendue en deux, le miroir de la cheminée brisé, plusieurs chaises avaient perdu leurs pieds et les livres de la bibliothèque s'étalaient piteusement sur le parquet.

Un coup d'oeil aux adolescents ne rassura pas le sorcier : Potter avait l'arcade sourcilière en sang et Malefoy semblait avoir une dent cassée. Leurs vêtements déchirés laissaient apercevoir de nombreuses ecchymoses.

« Tu vas crever, Potter. J'ai pas fini avec toi. » menaça Draco, bloqué sur le sol, à l'opposé de Harry.

« Je te conseille de rester loin de moi, sale mangemort, sinon je t'étrangle. » rétorqua Harry, le regard enragé.

« Personne ne va tuer personne ! » gronda Snape, raide. « Croyez-vous que j'ai passé tout ce temps à essayer de vous protéger pour que vous vous entretuiez ? Vous vous haïssez, soit. Mais vous n'êtes plus à Poudlard ! Rendez vous compte que la seule manière d'éviter la fin du monde est de travailler ensemble. Quand allez-vous réaliser que vous êtes en danger de mort permanent ? » poursuivit-il, tremblant de colère.

« C'est lui qui a commencé ! » hurla Draco.

« Non, c'est toi qui a commencé, bâtard ! » répliqua Harry.

Snape soupira longuement, tâchant de calmer ses nerfs. Comment Dumbledore avait-il pu croire que des adolescents de seize ans seraient capables de sauver le monde sorcier ? Comment était-il possible que Malefoy prévoyait seulement la veille au soir d'abattre le plus puissant sorcier du monde ? Et Potter, qui devait tuer le Seigneur des ténèbres… Il avait pourtant en face de lui deux enfants qui se chamaillaient pour savoir qui avait initié la bagarre. Visiblement, ces deux compagnons de guerre n'avaient pas du tout saisi l'enjeu de la situation. Comment allaient-ils survivre ?

« Je me fiche bien de savoir qui a commencé. Je ne veux plus vous entendre. » siffla le maître des potions, exaspéré. « Tous les deux, dans la cuisine. » gronda-t-il, en enlevant le sort de ligotage.

S'installant aux deux coins opposés de la table, les deux garçons se regardaient en chiens de faïence, les bras croisés. Snape s'assit au bout de la table, entre les adolescents, et fit apparaître une grande trousse en cuir marron.

« On commence par vous, Potter. » dit Snape en sortant des compresses et plusieurs flacons de sa pochette. « Approchez. » intima-t-il.

Harry ne bougea pas d'un pouce et ne daigna même pas lever les yeux.

« J'ai dit : 'approchez'. » insista Snape, plus durement.

« Je vous interdit de poser les mains sur moi ! » hurla Harry, plongeant son regard dans celui de son professeur.

« Si seulement vous étiez en position de m'interdire quoi que ce soit. » murmura sardoniquement Snape en rapprochant violemment la chaise de l'adolescent d'un coup de baguette.

Harry se releva précipitamment mais un nouveau coup de baguette de Snape le rassit immédiatement.

« Ce petit jeu peut durer autant de temps que vous le souhaitez, Potter. Mais l'issue sera la même, que vous le vouliez ou non, je finirai par vous soigner. » gronda-t-il.

« Si vous me faites mal, je vous tue. » grinça Harry, les bras croisés sur le torse.

« Une nouvelle menace de mort, que c'est original. » murmura Snape, plein de sarcasme.

Lorsque le sorcier approcha le coton imbibé d'un substance jaunâtre près de son oeil, Harry eut un violent mouvement de recul.

« Ca suffit, Potter. Vous avez suffisamment souffert dans votre vie pour ne pas avoir peur d'un peu de désinfectant. » gronda Snape, à bout de patience. « Ne bougez pas. » ordonna-t-il en posant une main ferme sur la nuque de l'adolescent.

Harry aurait dû se sentir brûler à ce contact. Il aurait dû se lever. Il aurait dû hurler. Pourtant, il se sentit instantanément plus calme, percevant ses propres tremblements avec bien moins d'insistance. Il ne put même s'empêcher de fermer les yeux, se laissant enfin aller à un peu de répit.

Les gestes de Snape étaient étonnamment doux et il remarqua que la main de son maître de potions se faisait de moins en moins rigide. Pendant un instant, il oublia même de conserver sa carapace et sentit une larme couler sur sa joue gauche, sous son oeil blessé.

« Je vous fais mal, Potter ? » demanda Snape.

Harry se contenta de hocher négativement la tête. La douceur des mots de son ennemi fendilla davantage son armure et bientôt il sentit ses lèvres trembler. Depuis quand Snape était-il si doux ? Pourquoi fallait-il qu'il soit si doux ?

Ce léger tressautement du menton n'échappa au sombre maître des potions, qui s'empressa d'essuyer la larme de l'adolescent d'un doigt discret.

« C'est fini pour votre oeil. » indiqua-t-il, invitant Potter à ouvrir les yeux. « Etes-vous blessé ailleurs ? » demanda-t-il, tâchant d'ignorer la détresse dans les yeux verts de Lily.

« J'peux partir, maintenant ? » lâcha-t-il, retrouvant le ton de l'insolence.

« Petit déjeuner dans quinze minutes. Allez-vous doucher. » ordonna le sorcier, plus dur. « Et ne mouiller pas votre blessure. »

« A toi, Draco. » dit le maître des potions, se retournant vers son filleul.

« Je ne peux même pas te regarder dans les yeux. » cracha le blond, détournant la tête.

« Je sais. Mais je dois seulement avoir accès à ta dent, donc tu n'es pas obligé de me regarder. » répondit Snape, plein de sarcasme.

« Comment as-tu pu me trahir ? Et m'enfermer avec lui ? » s'éructa l'adolescent.

« Tu ne comprends pas tout, Draco. Les réponses vont t'apparaître plus claires, bientôt. » lui murmura le sorcier en tournant le menton du jeune homme vers lui. « Ouvre la bouche. »

Snape observa attentivement la bouche de l'adolescent avant de sentir une larme tomber sur sa main. Relevant la tête, il remarqua les yeux brouillés de son filleul.

« Je sais que tu souffres. Mais je n'ai pas le choix. » murmura l'adulte avant de tendre une fiole au garçon. « Bois deux gorgées. Ta dent sera complètement guérie d'ici quelques jours. »

Draco but, les épaules tombantes de fatigue.

« J'ai fait le serment inviolable, Draco. » rappela-t-il en regardant l'adolescent dans les yeux. « Et je le referai sans aucune hésitation. » ajouta-t-il.

« Qui te dit que je ne veux pas être un mangemort, hein ? » s'éructa le blond. « Pourquoi tout le monde choisit pour moi ce que je dois être ? » hurla-t-il en se levant.

« Personne n'a vraiment le choix, Draco. Pas même le Prince Potter. » répondit-il, las.

« Ne me parle pas de lui ! » hurla-t-il. « Pourquoi a-t-il fallu que tu le protèges, lui aussi ? »

« Le protéger a toujours été ma mission. » précisa-t-il.

« Tu n'as pas le choix, non plus, c'est ça ? » gronda Draco, sarcastique.

« Ce choix, je l'ai fait en toute connaissance de cause, il y a quinze ans. Cela a peut-être été mon seul et unique choix dans ma vie. » murmura Snape, les yeux dans le vague. Il pensait à Lily. Il ne pensait qu'à Lily.

« Qu'est-ce que tu dis ? » souffla Draco, stupéfait.

« Va te doucher, toi aussi. Ensuite, nous mangerons ensemble de manière civilisée. » gronda-t-il, se levant de sa chaise en montrant d'un doigt autoritaire la porte de la cuisine.

« Mais… » commença Draco, ébahi par les révélations de son parrain. Comment était-il possible qu'un homme qui l'avait suivi et protégé toute sa vie ait pu dissimuler un tel engagement auprès de son pire ennemi ?

« Tout de suite, Draco. » insista Snape, impatient.

Enfin seul, Snape s'avachi sur sa chaise et prit la tête dans ses mains. Il était épuisé. Il était épuisé au point de parler de Lily à son filleul. Epuisé mais également un peu soulagé ? Oui, soulagé. Pour la première fois de sa vie, il pouvait exprimer ce choix qu'il avait toujours dû cacher. Ce choix qui avait fait de lui ce qu'il était aujourd'hui. Ce choix qui l'avait mené à enfermer deux adolescents qui se haïssaient dans la même maison, pour sauver le monde sorcier, ensemble.

Mais il n'était pas le seul à être épuisé. Les larmes de chaque adolescent ne lui avaient pas échappées. Il regrettait presque de ne pas avoir amené avec lui Molly Weasley. Elle aurait su comment agir face à la détresse de ces enfants…

D'un geste de baguette, le sorcier répara tous les dégâts causés par la bagarre enfantine puis fit apparaître des oeufs, du bacon et des toasts. Les toasts rejoignirent le grille-pain, le bacon grilla dans une poêle et les oeufs se mélangeaient au rythme de sa baguette.

Quelques minutes plus tard, Draco le retrouva, propre et frais. Snape remarqua néanmoins que ses yeux étaient toujours rouges.

« Un jour ou l'autre, il faudra bien que tu m'expliques cette histoire avec Potter, Severus. » murmura-t-il, fatigué.

« Un jour ou l'autre, je le ferai, Draco. » promit-il en lui tendant un verre de jus d'orange. « Où est Potter, d'ailleurs ? » demanda-t-il.

« Je sais pas et je m'en fous. » s'agaça le blond.

« Pour survivre à cette guerre mondiale, il va falloir te montrer un peu plus mature, Draco. » siffla Snape avant de quitter la pièce.

Le sorcier monta les escaliers, fatigué d'avance de la confrontation avec Potter, qui ne manquerait pas de démarrer une fois la porte ouverte.

L'adolescent ne répondit à ses coups à la porte. Même après une deuxième tentative. Le sorcier pénétra dans la pièce et découvrit le jeune homme, allongé sur son lit, dos à lui. Un instant d'observation lui permit de saisir que Potter faisait semblant de dormir : sa respiration était bien trop rapide.

« Potter, vous êtes en retard pour le petit-déjeuner. » dit-il sèchement.

Après plusieurs secondes de silence, Snape insista, plus dur encore.

« Vous ne pourrez pas faire semblant de dormir jusqu'à la fin de votre vie. Où est parti votre courage gryffondoresque, Potter ? » lâcha-t-il. « Cessez de faire l'enfant et descendez manger. Votre lâcheté risquerait de vous faire mourir de faim. »

« Je n'ai pas faim. » murmura Harry, sans bouger.

« Vous mangerez quand même. » ordonna le sorcier, sentant son calme le quitter.

« Non. » continua Harry.

« Faut-il que je vous montre comment je fais manger les gamins bornés ? » siffla-t-il, agacé.

« Vous allez me mettre une fessée, c'est ça ? » railla Harry, se retournant enfin.

Le regard de défi que lui lança le jeune survivant provoqua chez Snape une intense rage. Comment ce gamin de seize ans osait-il lui rappeler son engagement de la veille avec tant de provocation ? Pensait-il que Snape ne serait pas capable de le faire ?

Mais était-il au moins capable de le faire ?

Snape avait espéré que Potter ne se souviendrait pas de cette conversation… Ou du moins qu'il n'oserait pas aborder le sujet. Mais le gamin était malin. Il semblait avoir saisi que Snape s'était senti perdre son armure de professeur froid et distant à l'instant où il avait mentionné l'idée de lui administrer une fessée. Il avait compris que ces quelques mots balancés avec inconscience avaient déstabilisé Snape bien davantage que lui-même.

Se reprenant aussitôt, Snape desserra les poings et s'approcha de l'adolescent, à pas de loup.

« Voulez-vous vraiment me provoquer sur ce sujet, Potter ? » lui demanda-t-il doucereux, tenant fermement le menton de l'adolescent afin qu'il remarque la détermination sans faille qui brillait dans son regard.

Harry rougit aussitôt, sentant sa fierté l'abandonner.

« Mais je n'ai vraiment pas faim. » murmura-t-il, pathétique.

« Vous mangerez, que vous le vouliez ou non. C'est la dernière fois que j'utilise les mots pour me faire comprendre. » gronda-t-il, le regard sévère.

Harry se releva de son lit, lourd et sans volonté, suivit de près par son professeur de potions, plus raide que jamais.

Dans la cuisine, l'ambiance était silencieuse et chargée d'électricité. Les deux jeunes hommes ne se regardaient pas mais leur posture laissait clairement comprendre l'animosité qu'ils partageaient. Snape se servit un café, tendu, lui aussi, par les événements de la matinée. Un regard à sa montre lui fit savoir qu'il n'était que neuf heures… Ce séjour à attendre la fin du monde promettait d'être horriblement long.

S'asseyant enfin face aux deux garçons, qui détournaient ostensiblement le regard de lui, Snape but une gorgée de café avant d'attaquer.

« Je sais qu'il y a encore beaucoup de choses que vous aimeriez comprendre et que vous ne saisissez pas. Je sais aussi que vous aimeriez être partout ailleurs sauf ici. Croyez bien que moi aussi, si j'avais pu éviter ces charmantes vacances en votre compagnie, je l'aurai fait. Mais nous sommes ici pour une unique raison sensée : éviter la destruction de notre monde. »

« Mais qu'est-ce que j'ai avoir avec la fin du monde, moi ? Je voulais que le monde soit détruit ! » s'écria Malefoy.

« Tu ne sais pas ce que tu dis ! » hurla Snape, ne pouvant contenir sa rage.

Le blond recula instinctivement sur son siège, sa respiration coupée.

« Tu ne sais rien, Draco, du monde dans lequel tu avais tant hâte de pénétrer. Tu ne sais rien des horreurs auxquelles tu as échappé. Tu ne sais pas le cauchemar que serait ta vie, aujourd'hui. Tu ne sais rien. » poursuivit-il, grondant. « Et c'est une bénédiction. » conclut-il, adouci. « Je sais que tu ne comprends pas ton rôle mais cela viendra. Quant à vous, Potter, vous savez déjà quel rôle vous était destiné. » dit-il en observant le brun, résolument tourné vers le frigidaire.

« Mais vous pensez pouvoir détourner la destinée, n'est-ce pas ? » cracha-t-il, un sourire sarcastique sur le visage.

« Pas vraiment. Plutôt l'accompagner. » murmura Snape.

« Qu'est-ce que vous voulez dire ? » demanda Harry, piqué par la curiosité. Il se tourna vers le maître des potions, le regard interrogateur. Il allait enfin connaître le plan de Snape.

« Je ne veux pas vous enlever votre rôle, Potter. Vous êtes le sauveur du monde sorcier, c'est écrit. Loin de moi l'envie de vous retirer votre couronne. » dit-il, moqueur. « Mais je vous vois agir depuis six années déjà et je sais que vous n'êtes pas prêt à ce qui va arriver. »

« Je suis prêt ! » rétorqua Harry, vexé.

« Vraiment ? » demanda Snape, sur le ton de la fausse naïveté. « Vous voulez dire que vous savez vous protéger de l'intrusion du Seigneur des ténèbres dans votre esprit ? Que vous savez où se cachent les horcruxes restantes ? Que vous avez l'arme pour les détruire ? Que vous savez comment combattre les vampires ? Les loups garous ? Les géants, et autres créatures du mal ? En dehors de votre condition physique qui, admettons-le est digne d'un grand athlète, vous connaissez tous les sorts de protection et d'attaque nécessaires pour affronter tous ces monstres ? » Poursuivit-il.

Un silence gêné se répandit dans la cuisine.

« C'est ce qu'il me semblait. » conclut Snape.

« Dumbledore croyait en moi ! » s'écria Harry.

« Dumbledore était un vieux fou qui croyait en les pouvoirs absolus de l'amour. » répondit le sorcier, sarcastique. « Croyez-vous honnêtement que l'amour vous sauvera face au Seigneur des ténèbres et ses sbires ? »

« Mais alors pourquoi m'a-t-il laissé seul ? » demanda l'adolescent, perdu.

« Il avait foi en vos capacités, c'est certain. » commença Snape. « Mais ce vieux fou avait aussi un penchant pour les quêtes chevaleresques. Et c'est sur ce point que je ne suis pas d'accord. Vous avez eu de la chance ces six dernières années, Potter. Vous vous en êtes toujours sorti. Mais étiez-vous vraiment seul ? »

« Il y avait mes amis… » admit-il.

« Aujourd'hui, pour ce qui va nous tomber dessus, vos amis ne suffiraient pas. Et je refuse d'accepter un destin si cruel, dicté par le seul fantasme romanesque d'un vieux sorcier qui a trop forcé sur les bonbons au citron. »

« Vous qui savez tout et êtes bien meilleur que lui, qu'est-ce que vous proposez ? » demanda Harry, plein de colère.

« Je vous propose de vous entraîner à la guerre et de partir combattre. » conclut solennellement le sorcier. « Nous avons un programme d'entraînement chargé et de nombreuses recherches à effectuer pour localiser les horcruxes. »

« Et que vient-il faire ici ? » dit Harry en jetant un regard plein de mépris vers Draco.

« Draco va combattre à nos côtés. Nous ne serons pas trop de trois pour combattre le Seigneur des ténèbres. »

« Je ne veux pas. » interrompit Draco.

« Tu n'as pas le choix, Draco. Si tu veux vivre, tu n'as pas le choix. » murmura gravement Snape.

« Et je dois vous faire confiance, c'est ça ? » lâcha Harry, méfiant.

« Vous non plus, Potter, vous n'avez pas le choix. » lâcha-t-il, tout aussi grave. « Je vous ferai savoir notre planning d'entraînement, demain matin. Notre temps sera partagé entre recherches, préparation physique et préparation de sortilèges. Sans oublier l'occlumencie, bien-sûr. »

« Et cette histoire de protection depuis quinze ans ? Quand est-ce que vous allez me dire enfin la vérité ? » interrogea Harry.

« Chaque chose en son temps, Potter. Pour l'instant, mangez. » ordonna-t-il. « Ou je mets ma menace à exécution. » gronda-t-il face au regard plein de désinvolture du garçon.

Harry sentit ses joues rougir avant de plonger sa fourchette dans son assiette d'oeufs brouillés.