Disclaimer : Tout appartient à JK Rowling, sauf ce que j'ai inventé !

Note de l'auteur : Un chapitre avec un peu plus d'action, enfin ! Vous découvrirez l'emploi du temps drastique préparé par Snape pour entraîner nos jeunes héros à la guerre contre Voldemort. Mais, tout de même, le chapitre se termine sur une petite dose de douceur… N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez ! Bonne lecture !

In the moonlight

Chapitre 5 : Entraînement et occlumencie

Les premières semaines dans la maison furent pleinement consacrées à l'entraînement intensif pensé par Snape. Et, si la première semaine leur sembla impossible, Draco et Harry prirent rapidement le rythme. Ce que les garçons eurent le plus de difficulté à gérer fut la préparation physique. Dans la vie de tous les jours, ils se reposaient pleinement sur leurs connaissances magiques pour régler quelque situation périlleuse que ce soit et on pouvait dire qu'aucun des deux n'était athlète.

Le premier jour, Snape observa, avec une pointe de satisfaction, le regard ébahi des garçons lorsqu'ils découvrirent le parcours sportif qui s'étalait dans le parc. Bientôt la surprise laissa place à la peur. Il semblait impossible à Draco et Harry d'escalader ces arbres, et de ramper sous les multiples tunnels qui traversaient la pelouse. Distinguaient-il réellement un mur d'escalade, particulièrement pentu, au loin ?

« Tu ne peux pas honnêtement croire que je vais m'abaisser à ça, Severus ? » s'indigna le blond.

« Oh que si tu vas t'abaisser, Draco. Et ça fera du bien à tout le monde. » rétorqua Snape. « Le parcours que vous voyez s'adaptera à vos progrès au fil des semaines. J'ai tâché de faire simple, pour le moment. Le but de cet entraînement physique est que vous soyez préparés à tout type d'environnement. » poursuivit-il.

« Pourquoi cet entraînement de moldu ? Je compte bien récupérer la baguette que tu m'as confisquée, un de ces jours. » grogna Draco, peu convaincu.

« Ne comprends-tu pas, à ce stade, que c'est justement ta baguette que l'on va tenter de subtiliser en premier lieu, pendant la bataille ? » répondit Snape, avec mépris. « N'est-ce pas la première chose que tu as faite lorsque tu t'es retrouvé face à Dumbledore ? »

« Mais… » commença le blond, rageur.

« Pas de mais, Draco. Tu sais que j'ai raison, alors tais-toi et écoute les consignes. » gronda Snape, menaçant.

Il leur expliqua sévèrement la marche à suivre. Le but était simple : partir d'un point A et arriver à un point B, dans un temps imparti. D'abord trente minutes, ensuite vingt et enfin dix. Au fur et à mesure des entraînements, Snape ajouterait bien évidemment des contraintes. Draco crut entendre le mot « crocodile » sortir de la bouche du sorcier et réprima un hoquet d'appréhension. Harry se contenta de hocher la tête, satisfait de constater que l'horrible chauve-souris avait préparé un entraînement certes difficile, mais cohérent.

« Avant de vous lancer dans le parcours, je dois mesurer votre endurance et votre force physique. A mon top, vous ferez le tour du parc, en courant. Après cinq tours, je pourrai déjà mesurer vos chances de survie face au Seigneur des Ténèbres. » ordonna-t-il, faisant apparaître une montre à l'aspect particulièrement compliqué. « Des questions ? »

Harry ne dit rien, le regard plein de détermination braqué droit devant lui. A ses côtés, Draco soupira bruyamment avant de se mettre en position.

« Le but est que vous ne vous arrêtiez pas de courir jusqu'à la fin des cinq tours. C'est parti. » ordonna-t-il, en actionnant un bouton sur sa montre à gousset.

Harry et Draco se jetèrent un regard en biais avant de se mettre à courir le plus vite possible. Ni l'un ni l'autre n'avait oublié la compétition au coeur de leur relation, à Poudlard. Pendant un instant, Harry les revit côté à côte, à la poursuite du vif d'or, lors d'un des matchs de Quidditch confrontant Gryffondor à Serpentard. Comme d'habitude, Draco avait bien trop confiance en lui et avait bien plus à coeur de dépasser Harry que de remporter la victoire. Le blond dépassa très rapidement le brun, et s'autorisa à se retourner pour adresser à son opposant un sourire narquois.

Un tour et demi plus tard, Draco suait comme jamais auparavant. Il avait la sensation que sa gorge allait prendre feu tant sa respiration était douloureuse. Un violent point de côté commença à le ralentir, malgré lui. Il pouvait apercevoir, du coin de son oeil gauche, Potter qui approchait. Le brun n'avait pas l'air essoufflé et poursuivait sa route d'un rythme régulier. Il ne prit même pas la peine de jeter un regard dans la direction de Malfoy lorsqu'il le dépassa. Contrairement à Draco, qui n'avait aucune idée de ce pourquoi il s'entraînait, Harry savait exactement pourquoi il le faisait.

Harry finit le cinquième tour sans grande difficulté. Il était fatigué et transpirait allègrement mais il avait toujours eu l'habitude de courir vite et sur de longs trajets. Les jours passés chez les Dursley lui avaient appris à disparaître rapidement et longtemps ; Dudley l'avait particulièrement aidé à acquérir cette capacité.

Draco, quant à lui, arriva plusieurs minutes plus tard, le pas lourd et trébuchant. Sa démarche laissait comprendre sa douleur : une main plaquée sur les côtes, le souffle saccadé, il marchait difficilement vers la ligne d'arrivée.

« Tu n'as visiblement pas compris que cet exercice n'est pas une compétition, Draco. » constata sévèrement Snape, une fois le blond à ses côtés. « Il va falloir mettre derrière toi ces années de rivalité avec Potter, si tu veux espérer survivre à la guerre. » conclut-il, las.

« Je ne serai jamais avec lui ! » hurla Draco, agacé de voir le brun conquérant.

« Je ne t'ai rien demandé. » lâcha Harry, dédaigneux.

« Je ne crois pas avoir demandé votre opinion sur le sujet. » coupa Snape, agacé. « Le fait est que si vous voulez progresser, il va falloir apprendre à travailler main dans la main. »

Les derniers mots de Snape arrachèrent une moue de dégoût aux garçons.

« J'avais prévu de vous lancer sur le parcours dès la course d'endurance terminée mais je crois qu'une série de pompes est nécessaire. Peut-être alors qu'un soudain élan de camaraderie vous sauvera des dix minutes de gainage, réservées aux gamins récalcitrants. » gronda Snape.

« Je ne suis pas rentré dans son petit jeu ! » s'éructa Harry, empli d'un sentiment d'injustice. « C'est lui qui veut se mesurer à moi, pas l'inverse. » déclara-t-il.

« Oh oui, concernant Malfoy, on peut dire que vous avez le coeur sur la main, Potter. » dit Snape, sarcastique. « Vingt pompes devraient suffire. Sauf si vous avez quelque chose à ajouter ? » demanda-t-il en coulant un regard vers les garçons.

Les adolescents exécutèrent leurs pompes, mais, cette fois-ci ce fut Malfoy qui tint mieux la distance que Harry. Le blond ne put s'empêcher de bomber le torse lorsqu'il se releva après avoir terminé la dernière.

Snape les envoya alors vers le fameux parcours. La première fois fut douloureuse et les garçons ne parvinrent pas à le terminer dans les trente minutes imposées par leur professeur. Mais deux jours plus tard, ils purent enfin passer à la vitesse supérieure. A la fin de la première semaine, Snape s'autorisa à ajouter des contraintes. La première, qui devint permanente, était certainement la plus difficile : il obligea les deux adolescents ennemis à travailler en équipe. Il s'agit d'abord d'un système de relai. Ce système donna lieu à de nombreuses disputes qui éclatèrent en bagarre. Mais ils comprirent finalement qu'ils éviteraient les pompes supplémentaires grâce à un travail de cohésion.

La première fois qu'ils parvinrent à finir l'entraînement en relai dans le temps imparti, Harry et Draco ne purent s'empêcher de se taper dans la main, fiers d'avoir enfin réussi ensemble.

« Qu'est-ce que tu fais ? Me touche pas ! » s'écria Harry en retirant sa main, dégoûté par son propre geste.

« C'est toi qui m'as touché, crétin ! » cria à son tour Draco, soufflant sur sa main dans un geste dramatique.

Snape ne put alors empêcher un petit éclat de rire de sortir de sa bouche. Il le dissimula mal derrière une quinte de toux peu naturelle.

« Moi qui avais peur que le Seigneur des Ténèbres soit une menace… Vous devriez accueillir vos propres élans de tendresse, si vous ne voulez pas mourir de ridicule. » lâcha Snape, clairement moqueur.

Après cet incident, l'entraide pendant les entraînements devint plus évidente entre Harry et Draco. Néanmoins, aucun des deux n'exprima plus d'émotion à l'égard de l'autre. Ils se contentèrent d'un immense sérieux. Même lorsque Snape transforma le relai en entraide directe, les deux coéquipiers ne laissaient aucune marque de considération affective troubler leur avancée respective.

L'entraînement du matin se transforma bien vite en un terrain d'aventure. Snape imaginait un scénario à l'issue duquel Draco et Harry devaient sortir indemnes, l'un et l'autre en même temps. Ainsi, les deux adolescents étaient obligés de s'entraider physiquement et verbalement, se sachant perdants si l'un ou l'autre ne réussissait à finir l'épreuve.

Harry sauva ainsi Draco des crocodiles tandis que Draco sauva Harry des loups. Mais aucun de ces sauvetages ne fut considéré une fois l'entraînement terminé. Snape observait les progrès physiques et tactiques des adolescents avec une espèce de lassitude. Certes, les garçons s'en sortaient. Mais il avait secrètement espéré que ces entraînements les obligeraient à se rapprocher sur le plan émotionnel. Comment être sûr que Draco suivrait Harry, le jour venu, si aucun des deux ne faisait l'effort de s'apprécier ?

Afin d'éviter de détruire cette fragile solidarité entre Harry et Draco, les cours de sortilèges d'attaque et de défense les plaçaient toujours du même côté contre Snape. Le maître des potions préférait être la cible des deux garçons plutôt que d'encourager leur haine mutuelle.

Harry était nettement meilleur en sortilèges que Draco. Snape remarqua aisément les qualités du brun en attaque. Mais les sortilèges de défense laissaient à désirer… Etait-ce étonnant lorsqu'on s'appelait Harry Potter, que l'on était un fier Gryffondor et que l'on avançait dans la vie comme un géant dans un magasin de porcelaine ?

Le maître des potions se concentra alors sur la défense avec Harry et sur l'attaque avec Draco. A chaque fois, la leçon consistait à apprendre un sort ou à en consolider l'apprentissage avant de l'exploiter dans un duel. Au bout de quelques semaines, Snape fut satisfait de constater qu'il était devenu difficile de se confronter aux deux garçons en même temps. Bientôt, chacun saurait se défendre et attaquer de manière autonome. Et il en avait besoin car la recherche concernant les horcruxes avançait.

Si la recherche théorique exigea plusieurs semaines chaotiques de lecture, de calculs et de discussion, elle finit par mener vers une direction claire.

Snape et Harry avait d'abord fait le point : deux horcruxes sur six avaient été trouvés. Snape avait avec lui l'épée de Gryffondor qui avait servi à détruire la bague de Gaunt. Il leur fallait dorénavant trouver les quatre autres horcruxes et les détruire. Harry montra le faux médaillon, trouvé le jour de la mort de Dumbledore, à Snape, décidant qu'il était temps de lui faire confiance - du moins, il n'avait d'autre choix -. Là était leur point de départ : R. A. B. Tout comme Harry, Snape n'avait aucune idée de qui pouvait se cacher derrière ces initiales.

Armés de courage, en tout cas celui de Snape et de Harry, ils passèrent les heures consacrées à la recherche aux horcruxes à fouiller les registres de sorciers pour trouver ce R. A. B. Si Draco se montra peu motivé par la tâche, au départ, il finit par se mettre lui aussi au travail, fatigué de se voir laissé de côté.

Au bout de trois semaines, ils avaient réussi à formuler une liste exhaustive des sorciers portant ou ayant porté les initiales R. A. B. Ils réduisirent cette liste aux sorciers de l'époque de Voldemort :

Richard Arnold Boots

Rania Anna Bezos

Romy Aurora Blast

Regulus Arturus Black

Rufus Archie Brench.

Richard Arnold Boots était un sorcier d'une cinquantaine d'années travaillant au service de la poste sorcière. Peu probable.

Rania Anna Bezos était une sorcière d'une trentaine d'années travaillant au service du ministère, en tant que secrétaire. La probabilité était plus élevée, dû à sa place, même secondaire, au ministère.

Romy Aurora Blast était une sorcière d'une soixantaine d'années, éleveuse de niffleurs dans un coin reculée du Yorkshire.

Regulus Arturus Black était un sorcier décédé lorsqu'il avait dix-huit ans. Il avait été mangemort pendant une très courte période, d'après les vagues souvenirs de Snape. La probabilité qu'il ait voulu détruire l'horcruxe était donc élevée.

Quant à Rufus, il était un vieux cracmol mort à 93 ans l'année passée, après avoir passé sa vie à cultiver des champs en Irlande du sud.

« Black ? Est-ce qu'il a quelque chose à voir avec Sirius ? » demanda Harry, le coeur battant, après avoir relu la liste à haute voix.

« Regulus Black était le frère de Sirius. » dit Snape, écrivant frénétiquement sur un parchemin.

« Vous l'avez connu ? » demanda Harry.

« Non. Je n'étais pas encore au service du Seigneur des Ténèbres, à l'époque. » répondit Snape. « Mais je sais qu'il a disparu très peu de temps après être devenu mangemort… » murmura-t-il, perdu dans ses pensées.

« Comment va-t-on le retrouver, s'il est mort ? » demanda Draco, qui utilisait pour la première fois le pronom personnel « on » pour parler des projets de Snape.

« Je crois savoir où trouver des indices qui pourraient nous mettre sur la piste. » lâcha le sorcier, dans un murmure.

« Où ? » demanda Harry, impatient.

« Je dois encore y réfléchir. » lâcha Snape.

« Putain, mais arrêtez de jouer les mystérieux ! J'ai le droit de savoir ! » hurla Harry, en se relevant brutalement de sa chaise.

« Cessez immédiatement votre petite crise de colère, Potter. » menaça Snape, grondant. « Si vous souhaitez faire entièrement partie de mes plans, prouvez que vous êtes suffisamment mature pour la tâche. » cracha-t-il, dédaigneux.

« Est-ce que je serai jamais suffisant, à vos yeux ? » lâcha rageusement Harry avant de quitter la pièce.

Snape remarqua les larmes au coin des yeux du jeune homme, ce soir là. Cela faisait pourtant plusieurs semaines que tout se déroulait plutôt dans le calme entre Potter et lui. Il semblait que l'adolescent avait pris du recul sur ses émotions et s'était concentré sur la bataille à mener. Mais ce soir, Potter était apparu bouleversé. Ces quelques mots balancés à la tête de Snape avaient eux-mêmes dérouté le maître des potions. Avait-il eu conscience de l'exigence qu'il manifestait envers Potter ? S'était-il rendu compte que le garçon avait besoin de davantage de considération de sa part ?

Snape était forcé d'admettre qu'il n'avait pas pensé une seconde aux besoins émotionnels de l'adolescent. Il souhaitait que Potter s'entraîne et Potter s'entraînait. Il souhaitait que Potter progresse et Potter progressait. Il souhaitait que Potter ne pense qu'à la guerre à venir et Potter… Non, Potter ne pensait visiblement pas qu'à la guerre à venir. Il était habité par des douleurs bien plus profondes que la guerre à venir.

Snape avait conscience d'avoir été plus conciliant avec Draco car… Car, admettons-le, il n'était tout simplement pas Harry Potter. Mais aussi car le jeune homme avait clairement exprimé son désaccord, sa frustration et son mécontentement face aux décisions de Snape. Potter n'avait jamais rien objecté, depuis le début de l'entraînement. Pourquoi ce gamin n'avait-il rien dit de ses besoins ? En quoi le mal être de Potter pouvait-il être de la faute de Snape, s'il n'avait lui-même rien dit ?

« Tu oublies que c'est plutôt à toi de lui prouver quelque chose, Severus. » murmura timidement Draco, brisant le silence, avant de quitter lui-même la pièce.

Comment était-il possible que son propre filleul, l'ennemi juré de Potter, lui fasse la leçon concernant ce petit morveux de Survivant ? S'il n'avait pas été sincèrement ébahi, Snape aurait rattrapé Draco par le col pour le remettre à sa place. Mais quelque chose encore le cloua sur sa chaise.

C'était la honte.

Depuis le soir où Snape avait avoué à Potter le lien qui l'unissait à Lily, la même nuit où le garçon avait voulu qu'il voit en lui le fils de Lily, le sorcier n'avait rien fait. Comme d'ordinaire, Snape avait préféré oublier cette soirée et se noyer dans le travail, emportant Potter dans sa chute, plutôt que de se confronter à l'irrationnel des sentiments. Il avait ignoré les émotions du garçon, comme si celles-ci n'étaient qu'une vulgaire poussière qu'il suffisait d'épousseter. Sans jamais avoir réussi à l'admettre jusqu'à ce soir, Snape avait délibérément repoussé les leçons d'occlumencie afin d'éviter de se confronter au sentiment d'abandon de l'adolescent, qui ne manquerait pas de refaire surface dans son esprit. Il avait repoussé cette tâche, ô combien nécessaire, afin de garder la face. Snape ne pouvait se résoudre à se confronter à la culpabilité de n'avoir pas su protéger Harry Potter, fils de Lily.

Il entendit soudain la voix de Lily résonner dans sa tête. Il l'imaginait le remettre à sa place : « Tu as voulu amener Harry avec toi, alors occupe-t'en entièrement, Severus ! C'est un enfant, un être humain ! Tu ne peux pas te contenter de t'en servir comme outil de guerre. »

N'était-ce pas justement ce qu'il avait lui-même reproché à Dumbledore ? Armé de son sentiment d'injustice, Snape était allé contre la volonté de son mentor. Mais pourquoi ? Pour changer les choses ? Ce soir, il constatait que rien n'avait changé. Potter était une arme de guerre et lui un piètre protecteur.

Snape se passa une main sur le visage et soupira lourdement. Il avait pris sa décision : ce soir, l'occlumencie commencerait, pour le meilleur ou pour le pire. Aucun des deux ne pouvait plus fuir ses sentiments.

Il monta les marches de l'escalier menant aux chambres des garçons avec une légère appréhension. Alors que la situation entre eux trois avait semblé plutôt sereine, Snape s'attendait dorénavant à avoir deux adolescents en colère sur le dos.

Il commença par la chambre de Draco. Il poussa un soupir de soulagement lorsque le blond l'invita à entrer, sans trace d'animosité dans la voix.

« Pas de potions, aujourd'hui. Tu peux lire ou écrire jusqu'au dîner. » murmura-t-il.

« D'accord. » dit Draco avant de se saisir du roman d'aventure qu'il n'avait pas terminé, la veille. « Tu sais que je n'aime pas Potter. » commença timidement le jeune homme, après un moment de silence. « Mais je te trouve quand même un peu injuste avec lui. » poursuivit-il, plus doucement encore.

« Je ne te savais pas défenseur de Potter. » lâcha Snape, sarcastique.

« Je ne le suis pas. » s'écria vivement Draco. « Mais ça ne m'empêche pas de dire qu'il ne mérite pas que tu sois si dur avec lui. » insista-t-il. « Je veux dire… Potter est le premier concerné par cette histoire d'horcruxes. C'est sur lui que repose la potentielle victoire sur le Seigneur des Ténèbres. Et toi, tu le traites comme s'il n'était rien de plus qu'un vulgaire soldat. Je ne sais pas si tu te rends compte de son engagement dans la préparation à la guerre et de ta froideur face à ses efforts… » expliqua-t-il.

Un silence s'abattit sur la pièce.

« Tu me ferais presque penser à un Gryffondor. » commença Snape, dans un sourire. « Potter a raison de s'investir comme il le fait. Et j'ai mes raisons pour agir comme je le fais. » dit-il moins assurément qu'il ne l'aurait souhaité. « Mais, je pourrais peut-être le faire de manière moins… abrupte. » admit-il.

« Je dis ça comme ça. Après tout, je me fiche bien de ce que peut ressentir Potter. » lâcha Draco, l'air faussement dédaigneux.

« Tu viens de prouver le contraire, Draco. » remarqua Snape, dans un léger sourire. « Mais je ne le dirai à personne. » promit-il, devant le regard choqué du jeune homme. « Dîner à 19 heures. » conclut-il avant de refermer la porte derrière lui.

Lorsqu'il frappa à la porte de Potter, personne ne répondit. Snape tourna doucement la poignée et remarqua l'adolescent, assit à son bureau, le visage fermé.

« Je préfère être seul. » dit l'adolescent, sec.

« Ne vous prenez pas pour plus important que vous ne l'êtes, Potter, je ne suis pas venu ici pour vous divertir. » cingla Snape. « Je vous annonce que la première leçon d'occlumencie aura lieu ce soir, après le dîner. Préparez-vous à fermer votre esprit. » murmura-t-il, plus doucement.

« D'abord vous ne voulez pas me dire comment trouver l'horcruxe de Regulus Black mais en plus, vous voulez rentrer dans ma tête. On peut dire que vous savez très bien choisir votre jour ! » s'indigna Harry, regardant Snape droit dans les yeux.

« La petite scène que vous avez joué plus tôt témoigne de la vulnérabilité dans laquelle vos émotions vous entraînent. Plus tôt vous serez capable de fermer votre esprit et plus tôt vous serez en sécurité. » déclara Snape, maladroit.

« Vous voudriez que je ne ressente jamais rien, hein ? » interrogea amèrement Harry. « Vous n'êtes pas le seul, croyez-moi. » conclut-il, un sourire triste sur le visage.

« Ce n'est pas ce que j'ai dit, Potter. » commença doucement Snape. « Je dis seulement que moins le Seigneur des Ténèbres aura accès à vos émotions et plus vous serez protégé de lui. »

Un silence lourd s'abattit sur la chambre. Visiblement, les mots de Snape n'avaient pas eu l'effet escompté. Le jeune homme regardait tristement face à lui, dans une attitude franchement passive.

« Quant à vos émotions… Je les ai malheureusement laissées de côté, ces dernières semaines. L'occlumencie permettra certainement de vous y confronter. Je vous y aiderai. » conclut le sorcier, embarrassé.

Harry jeta un regard surpris à Snape, avant de se reprendre presqu'immédiatement. Avait-il bien entendu ? Est-ce que Snape venait de dire qu'il souhaitait accompagner Harry dans la gestion de ses propres émotions ?

« Prenez le temps, avant de dîner, de réfléchir à un lieu, une personne, une odeur, un souvenir, ou autre, qui vous apaise et vous inspire un sentiment de sécurité. Choisissez bien. C'est seulement à partir de cet ancrage que vous pourrez réussir à bloquer votre esprit. » dit-il, regagnant son assurance habituelle. « Dîner à 19 heures. » conclut-il avant de quitter la pièce.

Harry passa plusieurs longues minutes à réfléchir à un point d'ancrage qui le faisait se sentir en sécurité. Il pensa à Ron et à Hermione. Il pensa au Quidditch. Il pensa à Sirius. Mais aucune de ces images ne semblait parfaitement stable. Il fouillait et fouillait, désespéré à l'idée de ne trouver aucune source de réconfort.

Et soudain, un souvenir s'imposa avec force dans son esprit : il revoyait la main de Snape dans son dos, lorsqu'il avait soigné ses blessures. La main chaude et ferme de l'homme contre sa peau ; les gestes circulaires, qui suivaient un rythme lent et régulier ; la douceur de la caresse qui l'avait apaisé… Harry sentit naître un léger sourire sur ses lèves.

Se reprenant brutalement, il ne put s'empêcher de s'administrer une petite claque sur le visage afin d'effacer ce souvenir de son esprit. Comment était-il possible d'avoir pensé à Snape ? Non, non, non, Snape ne pouvait représenter pour lui une source d'apaisement. Impossible. Plutôt mourir que de laisser Snape représenter sa plus grande source d'apaisement.

Le jeune homme passa l'heure restante, avant le dîner, à réfléchir à une autre image, une autre source de sérénité.

Lorsque la petite aiguille de son réveil s'aligna sur le 7, Harry se décida à choisir l'image floue de son parrain, lorsque celui-ci lui avait assuré qu'ils vivraient ensemble, à la fin de sa troisième année. C'était un beau souvenir, plein de promesses et de joie.

Ils dînèrent en silence, ce jour là. Les jours précédents avaient donné lieu à des discussions, parfois virulentes, concernant les horcruxes, mais ce soir était plombé par les événements de la fin de journée.

Harry, inquiet de la séance d'occlumencie à venir, évitait à tout prix le contact avec Snape. De son côté, Draco ne pouvait s'empêcher de lancer des regards compatissants vers Harry. Et Snape était simplement trop concentré sur R. A. B. pour ne serait-ce que penser à lever les yeux de son assiette.

Ce fut Draco qui brisa le silence en premier.

« On peut monter se coucher, Severus ? » demanda-t-il, en fin de repas.

« Oui, montez vous coucher. » répondit Snape, prenant conscience que le repas avait pris fin. « Potter, préparez votre esprit. Tâchez de vous détendre. Je vous retrouve dans quelques minutes. » dit-il à Harry avant de faire disparaître les assiettes.

Harry et Draco montèrent l'escalier les menant à leur chambre respective, comme d'habitude. Mais au lieu de s'enfermer sans un mot, chacun de leur côté, Harry sentit Draco hésiter devant sa propre porte.

« Bonne chance. » murmura-t-il dans un souffle avant de tourner le dos et de disparaître.

Harry mit quelques secondes à reprendre ses esprits et à pénétrer sa propre chambre. Malfoy venait-il de lui souhaiter bonne chance ? Venait-il de lui adresser un encouragement ? Si le monde sorcier n'était pas déjà menacé d'être détruit par Voldemort, Harry aurait imaginé que les mots de Draco mèneraient le monde à sa perte. D'abord Snape qui lui présentait l'occlumencie comme un moyen d'accompagner Harry dans la gestion de ses émotions et Malfoy qui lui adressait des paroles attentionnées… Quelque chose ne tournait pas rond, dans cette maison.

Après un hochement de tête perplexe, Harry s'assit sur son lit et tâcha de penser avec ardeur à son parrain, Sirius. Il tenta d'invoquer son souvenir dans les moindres détails afin de s'assurer de sa solidité. Mais quelque chose n'allait pas. Les contours de son image mentale étaient flous, comme s'ils n'étaient qu'un nuage. Harry tenta de se concentrer davantage mais le visage de Sirius restait toujours aussi incertain, dans son esprit. Et puis, à nouveau, une main apparu dans sa tête. L'image était nette, précise, ancrée. Pendant un instant, Harry pensa à la main de Sirius. Mais, il savait que ce n'était pas la sienne. Même s'il ne voulait pas l'accepter, c'était la main de Snape qui s'imposait à lui. Bientôt, il sentit la texture de la robe de sorcier contre son front. L'odeur d'épices qui s'en dégageait était littéral : il ne pouvait s'agir que de la robe du maître des potions de Poudlard. Il tenta, une énième fois, de chasser cette image de son cerveau mais il ne parvint qu'à une superposition d'images mentales dont le centre demeurait la main de Snape.

Il ne put s'empêcher un sursaut lorsqu'il entendit quelques coups frappés à la porte. La main, dans sa tête, s'imposa encore davantage tandis que Snape entra dans la chambre.

« Avez-vous réfléchi à une image mentale ? » demanda l'adulte en attrapant la chaise face au bureau et en l'installant à côté du lit.

« Je… Je n'arrive pas à trouver. » mentit Harry.

« Pouvez-vous me parler d'un souvenir heureux, qui a provoqué chez vous un sentiment de sérénité ? » demanda Snape, patient.

La main. Cette main. Toujours cette main, dans sa tête. Harry sentit son coeur battre la chamade. Si Snape pénétrait son esprit à cet instant, il ne verrait que sa propre main sur son dos.

« Je n'arrive pas à trouver de souvenir assez solide. Tout est flou. » répondit l'adolescent, ne mentant qu'à moitié, cette fois-ci.

« Accrochez-vous à ce souvenir heureux, même s'il est flou. » encouragea Snape, bien décidé à garder son calme. « L'important dans l'occlumencie est de se construire des barrières de protection fortes et faciles à invoquer. Il est possible que votre souvenir soit trop complexe. Vous apprendrez à ne garder que l'essentiel de celui-ci, au fur et à mesure des séances. Pour l'instant, nous allons y aller progressivement. Lors des premières semaines, nous travaillerons ensemble. Je vais vous accompagner dans la réalisation de ces barrières jusqu'à ce que vous n'ayez plus besoin de moi pour en éprouver la force. » expliqua-t-il. « Couchez-vous. » murmura-t-il.

Harry s'exécuta, nerveux. Il fallait qu'il fasse disparaître ce souvenir de cette main.

« Nous allons d'abord travailler la respiration. Vous devez être détendu et calme. Fermez les yeux et concentrez vous sur votre souvenir. Essayez d'en déterminer un détail signifiant. » murmura Snape. « Tâchez de respirer par le ventre. Allez-y. Inspirez. Tenez votre souffle. Un, deux, trois. Expirez longuement. On recommence. » indiqua-t-il, calme. « Par le ventre, Potter. Vous devez sentir votre ventre se gonfler. » ajouta-t-il en remarquant la respiration serrée du garçon. « Encore. Inspirez. Un, deux, trois. Expirez. » murmura-t-il. « Vous ne respirez pas du tout par le ventre, Potter. » gronda Snape, sentant sa patience s'effriter. Il posa sa main sur le haut du ventre de l'adolescent, qui eut un frémissement de recul. « Soulevez ma main lorsque vous inspirez. Levez la haut vers le ciel. Entendu ? » Dit-il, plus doucement.

Harry hocha la tête, nerveux. Il était incapable de se détendre : la réalité physique venait de rejoindre la réalité mentale ; tout ce à quoi il pouvait penser dorénavant était la main de Snape contre lui. Mais peu à peu, Harry sentit qu'il commençait à se calmer, malgré lui. La chaleur de la main de son professeur l'apaisa presqu'instantanément.

« Très bien. Respirez. Concentrez-vous sur votre souvenir. Gardez bien en tête votre protection mentale. Je vais tenter de rentrer dans votre esprit. » murmura Snape avant de formuler silencieusement le sort.

En un instant, il fut projeté dans l'esprit du garçon. Snape sentit immédiatement que sa barrière mentale fonctionnait. Il mit néanmoins quelques instants à comprendre ce qu'il voyait : une main posée sur le dos de Potter, une robe noire, une odeur d'épices, une sensation de douceur… Il ne put s'empêcher un hoquet de surprise qui le sortit immédiatement de la tête du garçon lorsque Snape comprit qu'il s'agissait de sa main, de sa robe, de son odeur et de sa… douceur ?

Harry détourna la tête, les joues rougies par la honte.

« Est-ce là votre choix de protection mentale ? » demanda Snape, avec un étonnement non dissimulé.

« Non ! » s'écria Harry, sentant ses joues en feu. « Je n'ai pas choisi ! »

« Que voulez-vous dire, Potter ? » demanda Snape.

« J'avais choisi Sirius. Mais ça ne marche pas. Dès que je pense à quoi que ce soit, c'est votre… C'est l'image que vous avez vue que je vois. L'image s'impose à mon esprit, sans que je le veuille. » s'expliqua Harry, incapable de formuler la vérité en des termes moins confus.

« Je vois. » lâcha laconiquement Snape, cachant mal sa perplexité. « Cette barrière vous semble-t-elle efficace ? »

« Comment je le saurai ? » demanda Harry, agressif.

« C'est simple : est-ce que cette image provoque chez vous un sentiment de protection ? Est-ce que cette image vous fait vous sentir serein ? » demanda Snape.

« Peut-être un peu. » avoua honteusement Harry.

Snape accusa le choc. Il provoquait à Potter un sentiment de sérénité ? Le monde ne tournait définitivement pas rond.

« Alors c'est votre esprit lui-même qui vous l'a imposé. Autrement dit, votre esprit a compris que cet événement a provoqué chez vous un sentiment de protection et de force. » murmura Snape, sans penser à cacher sa perplexité. « Accrochez-vous à cette image, faites confiance à votre cerveau : il sait visiblement mieux que vous ce que vous recherchez et ce dont vous avez besoin. » poursuivit-il en tâchant de reprendre contenance, posant à nouveau sa main contre l'estomac du garçon, avec une douceur inhabituelle.

« Je vous jure que je n'ai pas choisi… » tenta lamentablement de se justifier Harry.

« Peu importe tant que cette image fonctionne. » coupa Snape. « Reprenons. Inspirez. Expirez. Inspirez. Expirez. » ordonna-t-il. « Legilimens. »

Snape fut de nouveau projeté face à sa propre main qui caressait le dos de Potter. L'odeur d'épices lui chatouilla le nez, la douceur du geste emplit l'atmosphère. Mais rapidement, cette image sembla se fissurer, comme si quelqu'un tentait de la déchirer. L'image se battait contre la tentative d'irruption mais bientôt Snape fut projeté vers une autre image : Dumbledore qui tombait par-dessus la tour d'astronomie, la lumière verte, la douleur du garçon…

« Pourquoi m'avez-vous laissé l'accès ? » s'écria Snape agacé, en brisant le sortilège.

« Je ne sais pas. Peut-être que ma protection n'était pas assez solide, finalement. » lâcha Harry, dédaigneux.

« Vous vous auto-sabotez, Potter ! » s'éructa Snape, hors de lui. « Vous savez pertinemment que sans la maîtrise de l'occlumencie, vous laissez le Seigneur des Ténèbres gagner sur vous ! » poursuivit-il, en serrant les poings.

« Mais j'essaie ! » hurla à son tour Harry.

« Ne mentez pas, Potter ! » coupa Snape, se levant pour toiser l'adolescent de ses iris noirs. « Si vous ne supportez pas que ma présence soit pour vous synonyme de protection, choisissez un autre souvenir ! » hurla-t-il.

« Vous croyez que je n'essaie pas ? Je veux que ce soit quelqu'un d'autre que vous ! Je ne veux pas que ce soit vous ! » cria Harry, des larmes s'accumulant au coin de ses yeux.

« Cessez de faire l'enfant, Potter. » gronda Snape. « Moi non plus, je ne voulais pas que ce soit vous. Mais c'est vous et c'est moi. » lâcha-t-il, las. « Je suis là quand d'autres ne le sont pas. C'est comme ça. » murmura-t-il plus doucement, lorsqu'il remarqua les larmes de l'adolescent.

Harry éclata soudainement en sanglots. Il savait parfaitement qui étaient ces autres dont parlait Snape. Sa mère, son père… Quelqu'un. Mais il n'y avait personne sinon Snape. Sinon lui. Lui qui ne supportait pas de voir en Harry autre chose que le fils de son ennemi. Lui qui n'avait pas suffisamment d'estime et de confiance pour partager avec lui ses plans. Lui qui préférait voir en lui une arme de combat. Lui qui ne voulait pas voir que Harry avait besoin d'être sa propre personne.

Aussi soudainement qu'avaient coulé ses larmes, Harry se sentit fermement serré contre Snape. Il faillit se laisser aller à la douceur des épices qui l'entourait. Il faillit baisser les armes et s'accrocher férocement au dos de l'homme. Il faillit enfouir son visage dans les robes de celui qui, enfin, l'autorisait à lâcher prise. Au lieu de quoi, Harry abattit violemment ses poings contre le torse de Snape dans le vain espoir de s'extirper de l'étreinte.

« Je suis là, Potter, que vous le vouliez ou non. » murmura Snape, tenant fermement la tête du garçon contre son épaule. « Je suis là. » ajouta-t-il encore plus doucement.

Malgré sa volonté, Harry finit par craquer et s'écrouler dans les bras du maître des potions. Pendant plusieurs minutes, le silence de la pièce fut seulement entrecoupé par les légers gémissements émis par un adolescent en larmes. Snape attendit, patiemment, que les pleurs du garçon se calment et que le corps de celui-ci se détende complètement.

« Vous n'êtes pas seul, Potter. Et même si je ne suis pas celui que vous souhaiteriez voir à vos côtés, vous avez raison de voir en moi une solide protection. J'ai toujours été là et je serai toujours là. » murmura-t-il, dorénavant certain que Potter l'entendait.

Snape se contenta de déposer la tête du garçon sur l'oreiller et de rabattre les couvertures sur lui. Mais alors qu'il s'apprêtait à quitter l'adolescent à moitié endormi par ses larmes, Potter lui attrapa la main.

« Non. Restez là. Encore un peu. » chuchota l'adolescent, les yeux fermés.

« Je ne pars pas. » se contenta de murmurer le maître des potions en s'asseyant auprès du jeune homme, sans lâcher sa main.

Snape observa la respiration du garçon se faire de plus en plus lente, comme une vague qui s'allonge sur le sable. Les lueurs du soir ajoutait une dimension onirique à cet instant hors du temps que venaient de partager les deux sorciers.