Disclaimer : Tout appartient à JK Rowling, sauf ce que j'ai inventé !

Note de l'auteur : Ce nouveau chapitre nous fait enfin rencontrer d'autres personnages ! L'isolement de Harry, Draco et Snape semble sur le point de prendre fin… La recherche des horcruxes avance et il n'est plus question de rester terrés dans leur cachette. J'essaie de ne pas trop m'éloigner de la version originale pensée par JK Rowaling tout en ajoutant quelques modifications essentielles à l'histoire. Ce chapitre devait être moins long et il devait s'y passer bien plus de choses mais je dois me résoudre à le découper en deux parties. L'histoire commence à se rallonger, malgré mon plan de chapitres de départ. J'espère qu'un peu plus de temps aux côtés de nos chers Harry, Snape et Draco vous réjouira ! Bonne lecture, et n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez dans les commentaires.

In the moonlight

Chapitre 7 : Grimmauld Place

Harry hésita de longues secondes avant d'oser interrompre le silence dans lequel le récit de la vision de Voldemort avait plongé Snape. L'homme avait l'air particulièrement grave et ses sourcils froncés ne laissaient rien présager de bon. Que pouvait bien représenter cette baguette de sureau pour plonger Snape dans un tel silence ?

« Monsieur ? » murmura timidement Harry.

« Je vais devoir m'absenter, bientôt. Une journée, peut-être deux. » dit Snape, les yeux toujours dans le vague. « Il faut alerter au plus vite la résistance et s'occuper de l'horcruxe avant que le Seigneur des Ténèbres ne gagne encore davantage de pouvoir. » murmura-t-il, plus pour lui même que pour Harry.

« Je pars avec vous. » dit Harry, déterminé. C'était la première fois que le maître de potions faisait référence à la résistance. L'adolescent eut envie de hurler sa joie à l'idée de revoir Ron et Hermione, mais il se retint, préférant le masque de la résolution pour convaincre Snape de l'emmener avec lui.

« Potter. » prévint Snape, en se pinçant l'arrête du nez. « Ne m'obligez pas à me répéter. » dit-il, las.

« Je veux voir mes amis. Je dois voir mes amis. » commença l'adolescent, sérieux. « Et puis s'il vous arrive quelque chose, qu'est ce qu'on deviendra Draco et moi ? » tenta-t-il.

« Il y a un protocole. Si jamais je ne revenais pas, s'il m'arrivait quoi que ce soit, vous trouveriez des instructions. Mais je ne partirai pas pour une mission dangereuse, Potter. » dit Snape, calmement. « Quant à une petite réunion avec vos amis, c'est le cadet de mes soucis. » répliqua-t-il, franchement agacé.

« Et si je vous dis que c'est essentiel pour moi ? » commença Harry, envahi d'une vague de tristesse. « Est-ce que mes besoins vous importent un tant soit peu ? » poursuivit-il, plus ému qu'il n'aurait souhaité le laisser paraître.

« Vos besoins, mon garçon, ne sont rien comparés à la guerre. » tonna Snape. « C'est certainement injuste mais c'est comme ça. » dit-il, se radoucissant face à l'émotion du jeune homme. Snape savait que c'était injuste. Il savait aussi que Potter n'avait jamais rien fait sans ses amis. Il savait que Potter avait désespérément besoin de se sentir épaulé. Mais il savait également le risque que présentait une telle réunion. Et il ne pouvait le permettre, pour l'instant.

« Je vous hais. Putain, ce que je vous hais. » lâcha Harry, incapable de retenir un sanglot.

« Je sais. » répondit laconiquement Snape. « Maintenant, préparez-vous. » dit-il en posant sa main sur le torse du garçon, le forçant à s'allonger, comme lors de la dernière séance d'occlumencie. « Rappelez-vous votre image mentale et luttez contre ma présence. » ordonna-t-il.

« Je suis épuisé. » grogna Harry en se retournant sur le lit, rejetant violemment la main de son aîné.

« Je le sais, Potter. Mais vous devez vous entraîner. » murmura Snape, froidement. « Je ne serai pas toujours là pour vous protéger. Vous devez apprendre à vous défendre seul. » poursuivit-il, le regard sombre. « Préparez-vous. »

« Attendez. » dit l'adolescent, en faisant de nouveau face à l'adulte. « Votre main. » murmura-t-il, les yeux baissés.

Snape posa sa main sur la poitrine de Harry et lança le sort. La barrière fut quasi immédiate. Une odeur d'épices, une robe noire, une main sur un dos… C'était tout ce que le sorcier arrivait à voir. Il avait beau lutter, aucune autre image ne filtrait.

« Très bien, Potter. » murmura sèchement Snape en mettant fin au sort. « La prochaine fois, vous devrez réussir sans mon aide. » prévint-il en baissant sa main et en se levant précipitamment.

Harry ne comprit d'abord pas pourquoi mais le vide brutal sur son torse lui pinça le coeur. Il avait l'impression que Snape l'avait lâché comme s'il n'était qu'une vieille chaussette inutile. N'était-il digne d'intérêt que s'il était utile à la guerre ? L'indifférence avec laquelle le maître des potions le traitait lui semblait soudain d'une cruauté terrible. Harry réalisa qu'il vivait la rupture du contact avec Snape comme une forme d'abandon, une énième forme d'abandon.

« Dormez, Potter. » ordonna Snape, perdu dans ses propres réflexions, avant de quitter la pièce.

Harry se retrouva seul dans sa chambre, accablé de fatigue et de chagrin. Il se rappela la dernière fois qu'il avait ressenti une telle solitude… L'année passée, lorsque Dumbledore l'avait laissé chez les Dursley et qu'il avait interdit à ses amis de lui envoyer des lettres. Oui, il s'était senti très seul cette fois là.

Mais ce n'était rien comparé à ce qu'il ressentait en cet instant. Cela devait faire un mois, peut-être deux - il se rendit compte qu'il avait complètement perdu la notion du temps -, qu'il était enfermé dans cette maison avec ses pires ennemis. Non seulement on l'avait arraché à ses amis et au semblant de stabilité qu'il connaissait mais en plus Snape le laissait dans le noir. Jamais Harry ne s'était senti si inutile et si perdu. Jamais, même chez les Dursley, il n'avait ressenti un tel manque de sens. Et puis Snape qui soufflait le chaud et le froid en permanence ! Un jour il avait le droit d'être reconnu comme un adolescent en mal d'amour et le lendemain il n'était plus qu'un vulgaire outil de guerre défectueux.

Le jeune sorcier ne put retenir ses larmes plus longtemps. De lourds sanglots lui obstruaient la gorge, plus douloureux encore que l'intrusion de Voldemort dans son esprit. La tête dans l'oreiller, Harry s'endormit au milieu de ses pleurs.

Il n'entendit pas Snape ouvrir la porte de sa chambre, quelques heures plus tard. L'homme s'avança doucement du lit, tâchant de ne pas réveiller la bête. La bête, la si petite bête, était roulée en boule sur son lit. Visiblement, le garçon n'avait pas pris la peine de se déshabiller pour se coucher. Snape imaginait parfaitement la crise de larmes qui avait traversé l'adolescent, furieux d'être laissé dans le silence.

Doucement, il s'approcha du garçon et se baissa jusqu'à ses chaussures. Le plus doucement du monde, il défit les lacets et s'apprêta à retirer les baskets des pieds du jeune homme lorsque Harry remua sur son lit. Snape arrêta son geste et vérifia d'un regard que l'adolescent ne s'était pas réveillé avant de reprendre l'opération de déchaussage avec des gestes délicats. Ce que le maître des potions ne perçut pas fut la respiration soudainement moins lourde du garçon.

Harry se réveilla, sentant une légère pression sur ses pieds, et dut retenir un sursaut lorsqu'il aperçut Snape en train de le déchausser. Il aurait dû réagir, se mettre en colère, chasser cette affreuse chauve-souris hors de sa chambre… Au lieu de quoi, il se tut, referma immédiatement les yeux et attendit. Pourquoi, il n'aurait vraiment su le dire. Mais il se laissa faire, comme un enfant endormi. Comme si tout cela était normal. Comme s'il était naturel que Snape prenne soin de lui.

A travers ses paupières mi-closes, il observa son professeur. Il se montrait doux et calme. L'absolu inverse de son comportement sévère et froid d'il y a quelques heures. Harry suivait scrupuleusement ses gestes patients. Snape qui déposait ses chaussures au pied du lit, Snape qui levait ses jambes pour les glisser sous la couverture, Snape qui ramenait la couverture sur ses épaules, Snape qui posait une main tendre sur ses cheveux… Quoi ?! Snape posait une main tendre sur ses cheveux ?

« Dors, mon garçon. » murmura l'homme dans la nuit.

Avant d'avoir le temps de pleinement réaliser son geste, Harry attrapa vivement la manche de la robe de Snape alors qu'il s'apprêtait à se retourner pour quitter la pièce.

« Restez. S'il vous plaît. » ne put s'empêcher de chuchoter Harry, les yeux toujours fermés.

Il y eut un instant de silence avant que Harry n'entende un murmure inaudible puis un froissement de robes contre un fauteuil. Il n'avait pas besoin d'ouvrir les yeux pour savoir que le maître des potions s'était assis à ses côtés.

« Je suis là. » murmura Snape avant de détacher la main du garçon qui s'agrippait encore à sa robe et de la prendre dans la sienne.

Harry s'endormit presqu'immédiatement et n'entendit pas le souffle inquiet du maître des potions résonner dans la nuit.

« Qu'est-ce que je vais faire de toi, gamin ? » chuchota-t-il avant de presser un peu plus fort la main de l'adolescent dans la sienne.

Lorsqu'il se réveilla le lendemain matin, Harry remarqua une lumière inhabituelle éclairer la chambre. Le soleil perçait à travers les rideaux. L'astre semblait bien plus haut que d'ordinaire…

« Severus, tu es là ? » s'écria Draco lorsqu'il entra en trombes dans la chambre de l'adolescent, mettant fin à ses réflexions sur le soleil.

« Qu'est-ce qui te prend ? » s'écria Harry, dérouté.

« Il a éteint nos réveils. On ne s'est pas réveillés. » murmura Draco, pour lui-même.

Harry comprit alors cette impression d'étrangeté dans la pièce. Un coup d'oeil à sa montre lui apprit qu'il était neuf heures, soit deux heures plus tard que son réveil habituel. Il ne put s'empêcher de vérifier près de son lit mais le fauteuil et Snape avaient disparu.

« Il a dormi avec toi cette nuit, non ? » demanda précipitamment le blond.

« Euh. » balbutia Harry, les joues rouges.

« Je ne juge pas, Potter. » grogna le blond, agacé. « Je veux juste savoir si tu l'as vu cette nuit. Je l'ai entendu entrer dans ta chambre. » dit-il, les yeux paniqués.

« Oui, il était là. » se contenta de murmurer le brun, embarrassé. « Mais je ne l'ai pas entendu sortir. »

« Putain, il est parti. » lâcha Draco, plus pâle que jamais.

« Tu as été voir en bas ? » demanda Harry, prenant tout à coup la mesure de la situation. « Il a dit qu'il devrait partir mais il ne nous laisserait pas sans rien dire, si ? » s'inquiéta-t-il.

« Viens, on va voir. » ordonna le blond avant de quitter la pièce.

Harry s'empressa d'emboîter le pas de Draco, partagé entre l'agacement et l'inquiétude. Qui savait ce qui pouvait arriver à Snape, à l'extérieur de ces murs protecteurs ? Les garçons avaient pu constater avec horreur la colère de Voldemort, la veille. Ils ne pouvaient qu'imaginer ce qu'il serait capable de faire à leur professeur si un mangemort lui mettait la main dessus. Et qu'adviendrait-il de Draco et lui si Snape ne revenait pas ? Les deux adolescents n'avaient aucune idée d'où ils se trouvaient ni de comment sortir de cette maison…

Arrivés au salon, aucun signe de Snape. Ni dans la cuisine, ni dans le parc. Ils avaient beau jeter des coups d'oeil frénétiques autour d'eux, pas de trace de robes noires. Mais alors que Harry se laissait tomber dans un fauteuil, donnant tous les noms d'oiseaux possibles à Snape depuis le fond de sa tête, Draco le sortit de ses pensées.

« Regarde ! » s'écria-t-il. « Il a laissé une note. » dit-il en montrant un parchemin enroulé, posé sur la table du salon.

Harry se précipita auprès de Draco et défit maladroitement le parchemin.

Je pars pour la journée. Je ne serai peut-être pas de retour avant demain soir. Si mon voyage devait durer plus longtemps, vous serez tenus au courant. Vous n'avez pas besoin de savoir où je suis parti. Contentez-vous de passer des jours studieux. Entraînez-vous particulièrement aux sortilèges et au duel.

Quant à vous, Potter, entraînez-vous à l'occlumencie. Je vérifierai vos progrès à mon retour. Je le saurai si vous n'avez pas travaillé.

Les placards de la cuisine sont pleins. Evitez de mettre le feu à la maison. Je vous remets ici vos baguettes, si une catastrophe devait arriver.

Je vous rappelle que l'accès à ma chambre et à mon bureau est formellement interdit.

Severus Snape

Harry jeta violemment le parchemin à travers la pièce et réprima un hurlement de colère. Draco se retint lui-même de taper du pied d'énervement.

« Putain, mais comment ose-t-il nous laisser tous seuls sans nous dire que dalle ? » s'éructa Harry, administrant un coup de poing brutal au bras du canapé.

« S'il croit qu'on va s'entraîner alors qu'il part sans aucune explication. » grogna Draco en se laissant lui-même tomber sur le canapé. « Du Snape tout craché. » conclut-il, las.

« Mais comment tu peux accepter ça ? » lâcha Harry.

« Qu'est-ce que tu veux que je dise ? » répondit Draco. « Ce n'est pas comme si on pouvait faire quoi que ce soit. »

« On peut refuser de se laisser traiter comme des petits chiens dociles. » s'énerva le brun.

« Et comment comptes-tu faire ? » demanda le blond, résigné.

« Je ne sais pas. » admit Harry. « Mais il est hors de question que j'obéisse aveuglément. » dit-il, déterminé.

Du côté de Londres, la nuit avait accueilli un nouvel arrivant. Tapi dans l'obscurité du petit matin, un jeune homme d'une vingtaine d'années, habillé à la mode des rappeurs américains, rasait les murs d'une rue visiblement malfamée. Il s'arrêta entre le 11 et le 13 de la rue et jeta de discrets coups d'oeil autour de lui avant de monter quelques marches d'un perron qui ne semblait pas avoir été là quelques secondes auparavant. Après avoir murmuré quelques mots, la porte noire s'ouvrit pour le laisser entrer dans la maison.

Lorsqu'il posa le pied sur le tapis de l'entrée, il dut immédiatement invoquer un sort de protection. Trois baguettes étaient pointées sur lui. Il lui fallut une seconde pour reconnaître Hermione Granger, Ron Weasley et Remus Lupin. Les trois sorciers lui jetaient des regards non pas haineux mais perplexes. C'est alors qu'il réalisa qu'il ne ressemblait en rien au Severus Snape habituel. Il avait subtilisé l'apparence d'un jeune londonien qui sortait de boîte de nuit…

« Qui êtes-vous ? Déclinez votre identité ! » s'écria Lupin.

« Je suis Severus Snape. Si vous laissez quelques minutes aux effets du polynectar pour se dissiper, je reprendrai mon apparence habituelle. » indiqua Snape, prêt à recevoir sort après sort.

« Snape ? » lâcha Ron, incapable de trouver quoi que ce soit de ressemblant entre son maître de potions et ce jeune homme qui portait un jogging bien trop grand pour lui, aux couleurs bien trop vives pour le regard humain. S'il ne s'était pas souvenu qu'il avait envie de massacrer Snape, il aurait éclaté de rire.

« Qu'est-ce qui nous prouve que vous dites la vérité ? » lança Hermione, la baguette de plus en plus proche de son opposant.

« Lupin, demande-moi une information que seul Severus Snape peut connaître. » dit Snape à l'adresse du loup-garou.

« Quel est le surnom que te donnait James ? » demanda Lupin, sur le qui-vive.

« Quel charmant souvenir. » grogna Snape. « Il se plaisait à m'appeler Servilus. » admit-il, non sans regret.

« Où est Harry ? » s'écria le loup, partagé entre le soulagement et la méfiance.

« Pouvons-nous quitter ce hall d'entrée et baisser ces baguettes avant que je vous explique la situation ? » demanda Snape.

« C'est bon, c'est lui. Baissez-vos baguettes. » murmura Lupin à l'adresse des adolescents.

« Il est hors de question que je baisse ma baguette face à lui ! » s'énerva Ron, les yeux menaçant de sortir de sa tête.

« Si vous voulez qu'on vous écoute, donnez-nous votre baguette. » ordonna plus calmement la jeune femme, en tendant la main vers le maître des potions, qui ressemblait encore trop à jeune rappeur américain.

Snape détestait se séparer de sa baguette. Mais il s'agissait visiblement du seul moyen pour inspirer un peu de confiance à ses opposants.

« Puis-je prendre le temps de me changer ? Comme vous pouvez le constater, mes jambes commencent à être un peu grandes pour ma tenue. » dit-il en remarquant soudainement sa perte de poids et sa taille grandie. Après avoir effectué un sort silencieux, il se retrouva à nouveau dans ses coutumières robes noires.

Snape tendit enfin sa baguette, non sans mal. Le sort de protection prit ainsi fin, le laissant vulnérable face aux trois baguettes pointées sur lui.

« Peut-être pourriez-vous baisser vos baguettes, maintenant que je suis complètement nu face à vous ? » demanda-t-il.

« Il faut le fouiller. » dit nerveusement Ron. « Il a peut-être une autre baguette. »

« Tu as raison, Ron. » admit la jeune sorcière. « Revelio. »

Alors que rien ne se produisit, Snape réitéra sa demande.

« Vous voyez bien que je ne vous ai pas menti. Je me présente à vous en toute vulnérabilité. » dit-il d'une voix rauque peu convaincante.

« Je ne baisserai ma baguette que s'il arrive à prouver qu'il est du bon côté. » dit Ron, furieux.

« Grand bien vous fasse, Weasley. Mais tâchez d'être prudent, je me souviens malheureusement de vos exploits en sortilèges. Je serai désolé de vous voir de nouveau vomir des limaces. » railla Snape, retrouvant enfin son apparence ordinaire.

« Taisez-vous ! Ou je vous montrerai ce que cette baguette sait faire sur les vieux graisseux dans votre genre ! » s'écria Ron, les joues rouges.

« Ron ! » s'écria Hermione offusquée, elle qui était toujours profondément attachée à la hiérarchie entre professeur et élève.

« Ça suffit. » dit Lupin. « Allons à la cuisine avant de réveiller la maîtresse des lieux. » ordonna-t-il fermement, en invitant d'un geste Snape à descendre au sous-sol.

Lorsqu'ils furent tous attablés, Lupin lança un feu dans la cheminée et fixa Snape d'un regard soupçonneux.

« Alors, où est Harry ? » demanda-t-il, impatient.

« Il est en sécurité. » dit calmement le maître de potions.

« Dites-nous où il est ! » s'écria Ron, encore plus impatient.

« Vous le dire compromettrait la sécurité de Potter. » répondit Snape. « Personne ne doit savoir où il est. » poursuivit-il, grave.

« Vous le gardez enfermé quelque part pour le délivrer à Vous-savez-qui, c'est ça ? » demanda Hermione, une once d'angoisse dans la voix.

« Non, Miss Granger. Je le garde enfermé quelque part pour que le Seigneur des Ténèbres ne puisse jamais le trouver, si cela est ne serait-ce que possible. » répondit-il.

« Explique-toi, Severus. » ordonna le loup-garou. « Tu as disparu avec Harry et Draco Malfoy il y a plus de deux mois, maintenant. » dit-il. « Nous n'avons aucune nouvelle de Harry depuis des mois ! Tout le monde le croit mort ! Nous avons cru qu'il était mort ! » s'écria-t-il, plus désespéré qu'il n'aurait voulu le montrer.

Snape fit le récit détaillé de sa fuite de la tour d'astronomie, après la mort de Dumbledore. Il leur raconta l'entraînement quotidien auquel était soumis Harry, leur recherche d'horcruxes, les leçons d'occlumencie… Mais il se garda de leur dire la découverte déroutante qu'il avait faite sur Harry Potter, ces derniers mois : le garçon n'avait pas les épaules d'un héros du monde sorcier mais plutôt celles d'un adolescent fragile et mal aimé. Il ne leur dit pas non plus combien ce jeune homme que Snape avait si longtemps détesté était en train de prendre une place de plus en plus importante dans son coeur.

« Mais pourquoi avoir dévié du plan de Dumbledore ? » s'insurgea Ron.

« Vous osez poser cette question ? » demanda Snape, abasourdi. « N'avez-vous pas compris que Dumbledore voulait laisser Potter se débrouiller seul face au Seigneur des Ténèbres ? »

« Il n'aurait pas été seul ! Nous avons toujours été là ! » s'agaça le jeune homme.

« Quelle belle brochette de héros. » ironisa Snape. « Si vous saviez ce dont le Seigneur des Ténèbres est capable, vous m'auriez supplié d'emmener Potter avec moi, Weasley. » gronda-t-il.

« Etes-vous en train de dire que Dumbledore a fait le mauvais choix en confiant à Harry la tâche de retrouver les horcruxes ? » demanda timidement Hermione. Elle-même avait toujours trouvé impétueux et irresponsable de la part du Directeur de confier autant de responsabilités à un adolescent. Néanmoins, elle n'avait jamais osé remettre en question les décisions d'un si grand sorcier…

« C'est exactement ce que je dis, Miss Granger. » admit Snape sans une once de culpabilité. « Je pense que Dumbledore a voulu imaginer une fin héroïque et extraordinaire pour le monde sorcier. Rendez vous compte, un adolescent qui détruit à lui tout seul le sorcier le plus puissant de tous les temps et qui sauve ainsi le monde du chaos ! » Ironisa-t-il. « Il était hors de question de risquer la vie de Potter et le destin du monde sorcier pour satisfaire l'esprit troublé d'un vieil homme. » dit-il sèchement.

« Comment peux tu parler ainsi de Dumbledore ? » murmura Lupin, livide. « Il t'a sauvé de Tu-sais-qui. Il t'a réintégré dans le camp du bien. Il t'a fait confiance ! » s'écria-t-il, blessé.

« Mais sais-tu seulement à quel prix, Lupin ? » Répondit Snape, grave. « Tu ne sais pas les sacrifices que j'ai dû faire. Je lui ai donné ma vie pour rembourser ma dette. » murmura-t-il d'une voix blanche. « Il n'était pas juste que Potter donne la sienne. Je ne pouvais pas permettre ça. » dit-il, sûr de lui. « Sans parler de la vie de Potter, le plan de Dumbledore était absolument inconcevable. Harry ne peut pas s'en sortir seul face à de telles ténèbres. Et je ne parle pas seulement du Seigneur des Ténèbres, je parle de l'obscurité et du secret dans lesquels Dumbledore a voulu plonger cet enfant. Il ne sait rien des horcruxes ni comment les chercher. Il ne sait pas se battre contre des forces telles que celles qui accompagnent le Seigneur des Ténèbres. Il ne sait pas se protéger de l'intrusion mentale. Par Merlin, il ne sait même pas s'endormir seul ! Comment est-il ne serait-ce qu'envisageable de laisser un si jeune homme prendre en charge la survie du monde sorcier ? Comment a-t-il pu songer à laisser ce garçon seul face à tout ce chaos ? » S'énerva Snape.

« Moi non plus, je n'approuve pas le choix de Dumbledore. » admit Lupin, après un instant de silence. Il n'avait jamais vu son ancien collègue aussi passionné. Jamais il n'eut cru entendre une telle inquiétude pour Harry dans les mots de Severus Snape. « Mais pourquoi avoir fui sans rien avoir dit à personne ? » demanda-t-il, plein d'amertume.

« Lupin, tu sais très bien que la seule manière de protéger Potter est de l'isoler. Garder son existence secrète est le meilleur moyen de le garder en vie. » dit-il. « Honnêtement, aurais-tu fait autrement ? » demanda-t-il, plongeant ses yeux dans ceux du loup.

« Je sais que je n'aurais pas laissé Harry tout seul. » lâcha Lupin.

« Même si je sais que mon existence a bien peu de valeur à tes yeux, il n'est pas tout seul. » rétorqua Snape, vaguement blessé. « Tu sais comme moi qu'il est nécessaire de laisser planer un flou sur l'existence de Potter. Tu imagines sans mal les moyens qu'utilise le Seigneur des Ténèbres pour obtenir des informations. Tu sais toi-même que Potter n'aurait pas tenu dix minutes avant d'être découvert si je ne l'avais pas isolé du monde. » dit-il en lançant un regard vers les adolescents.

« Nous ne l'aurions jamais dit ! » s'énerva Ron, vexé.

« Vous n'auriez sans doute pas eu le choix. » murmura tristement Lupin. « Rappelle-toi, Ron, ce que les mangemorts ont fait à Ollivander et à Luna. » ajouta-t-il, sombre.

Un long silence s'abattit sur la pièce. Visiblement, le monde sorcier avait connu de réelles souffrances pendant l'absence de Snape.

« Il a raison, Ron. » admit finalement Hermione, les épaules tombantes. « Nous devons admettre que le professeur Snape a bien fait de nous cacher Harry. » dit-elle, chagrinée.

« Mais tu imagines dans quel état il doit être, enfermé avec Snape et Malfoy ? » s'écria-t-il à l'adresse de son amie. « Comment peut-on accepter de l'abandonner à ses pires ennemis ? »

« Je vous remercie, Weasley. » rétorqua sarcastiquement Snape. « Mais sachez que Potter et Malfoy ne se détestent plus. » dit-il.

« Je ne vous crois pas. » lâcha le roux, furieux.

« Peu m'importe. » répondit le maître des potions. « Et peu importe les émotions de votre héros préféré. L'essentiel est qu'il soit en vie. Lui et le plus de sorciers possible. » dit-il, grave.

« Etes-vous en train de dire que nous ne reverrons plus jamais Harry ? » s'inquiéta Hermione.

« Vous savez comme moi, Miss Granger, qu'il ne sera pas possible d'échapper à une confrontation sanglante. » murmura-t-il, sombre. « De plus, je me vois bien incapable de retenir votre petit survivant de sortir se frotter au danger. C'est moi qui vais finir par le chasser vers le Seigneur des Ténèbres, s'il continue à me pousser à bout. » lâcha-t-il, pince sans rire. « Mais pour l'instant, il est bien trop risqué, même avec le polynectar et la cape d'invisibilité, de s'aventurer dehors. »

« Il s'est toujours très bien débrouillé sans vous pour survivre. » gronda Ron.

« Si vous saviez l'erreur dans laquelle vous êtes plongé, M. Weasley. » rétorqua mystérieusement Snape. « Ce n'est pas tant ses capacités à se défendre physiquement dont je doute, même si ce garçon semble attirer les ennuis comme s'il les cherchait délibérément, mais sa capacité à se défendre face à l'intrusion du Seigneur des Ténèbres dans son esprit. Comme vous le savez déjà, j'ai tenté de lui enseigner l'occlumencie en cinquième année, sans succès. Or, le Seigneur des Ténèbres a bien compris que la tête de ce cher Potter était sa meilleure arme. Hier, il a envahi ses pensées par deux fois. » expliqua-t-il.

« Et s'il découvre que l'on sait pour les horcruxes ? » s'écria précipitamment Hermione.

« Exactement. » murmura Snape, ravi de constater que la petite sorcière se rendait compte du danger. « Je ne peux pas permettre que Potter sorte de sa cachette, ni qu'il participe à la recherche des horcruxes, tant qu'il ne maîtrisera pas l'occlumencie. Moins il en sait et moins il en voit et plus il est protégé. Ce n'est d'ailleurs plus seulement lui que cela mettrait en danger mais toute la résistance. » finit par dire le sorcier.

« Comment progresse-t-il ? » demanda Lupin, impatient.

« C'est difficile. » murmura Snape. « Il parvient à bloquer l'intrusion extérieure lorsqu'il n'est pas seul. Pour le moment, il serait bien incapable de se défendre sans être accompagné. » précisa-t-il. « Nous allons nous concentrer sur l'occlumencie dans les prochains jours afin d'accélérer ses progrès. Mais il faudrait surtout qu'il devienne plus indépendant. Ce qui semble pour le moins compliqué… » murmura-t-il.

Cette dernière information plongea les trois résidants du square Grimmauld dans le silence. Aucun d'eux n'avait jamais entendu dire que Harry manquait d'autonomie… Depuis qu'ils le connaissaient, le jeune homme s'était toujours montré brave et solitaire, ne reculant devant aucun effort ni aucun défi.

« Si ce n'est pas pour ramener Harry, qu'est-ce que vous faites là alors ? » demanda brutalement Ron, mettant fin au silence gênant qui commençait à s'installer dans la cuisine.

« Sachant que je dois surveiller Potter de près, je ne peux pas mener à bien la recherche des horcruxes. J'ai besoin de l'aide de l'Ordre. » finit par admettre Snape.

« Et comment être sûrs que l'on peut te faire confiance, Severus ? » demanda Lupin, sur ses gardes.

« Je m'attendais bien à un peu de méfiance de ta part, Lupin. » grogna Snape. « Pour te prouver ma loyauté, j'aurai besoin de ma baguette. » dit-il en tendant le bras.

Un hoquet de surprise s'échappa d'Hermione. Remus et Ron suivirent le regard de la sorcière jusqu'au poignet du maître des potions. Lupin plaqua une main sur sa bouche.

Tous trois virent distinctement le tatouage en forme d'éclair, d'un noir vif, se détacher sur la peau pâle de Snape. Le sorcier baissa immédiatement sa manche, se sentant violé dans son intimité.

« C'est l'éclair de Harry, n'est-ce pas ? » demanda Hermione, éberluée.

« Vous avez l'oeil, Miss Granger. » grogna Snape. « C'est un petit cadeau du Seigneur des Ténèbres pour acter définitivement ma trahison. Dorénavant, je suis marqué de la cicatrice de notre cher héros. » ajouta-t-il sarcastiquement.

« Pourquoi vous avez besoin de votre baguette ? » demanda Ron, pas le moins du monde impressionné par le tatouage. Il n'avait jamais eu confiance en Snape, et ce n'était pas un peu d'encre sous la peau qui le ferait changer d'avis. « Ce petit tatouage ne suffira pas à me convaincre. » grogna-t-il, véhément.

« J'ai ramené ma pensine. » dit-il. « Il me semble que mes souvenirs avec Potter seront une preuve suffisante ? » demanda-t-il, las.

« Donne lui sa baguette, Ron. » invita Lupin. « Je le verrai si les souvenirs sont faux. »

Ron sortit la baguette de sa poche et la tendit à Snape, non sans une certaine réticence.

Snape fit alors apparaître une pensine d'une poche de ses robes et la déposa sur la table. Il procéda ensuite à l'extraction de ses souvenirs. Du bout de sa baguette pointée sur sa tempe, il sortit un filament argenté et le laissa tomber dans la bassine de pierre.

« Vous verrez ainsi que Potter est bel et bien en vie et que je ne suis pas une menace pour ses jours. » dit sèchement Snape.

A tour de rôle, Lupin, Ron et Hermione visitèrent les souvenirs du sorcier. Ils découvrirent Harry lors de son arrivée sur le domaine de Snape, leur première dispute, l'entraînement quotidien, la recherche des horcruxes, les dîners dans la cuisine… Ils étaient obligés de constater que malgré l'habituelle froideur du maître des potions, Harry allait bien. Pourtant, tous trois remarquèrent que quelque chose avait changé entre les deux anciens ennemis. Etait-ce Snape qui était moins horrible ou était-ce Harry qui était plus doux ?

« Maintenant que vous avez compris que Potter n'est pas maltraité, voudriez-vous bien me faire un récapitulatif de la situation depuis le début de l'été ? » demanda Snape.

Les trois sorciers racontèrent alors les événements depuis le départ de Snape avec Harry. D'abord, le ministère était tombé le 1er août, laissant la place officielle aux mangemorts. L'école avait repris depuis une quinzaine de jours mais la plupart des élèves, surtout les nés moldus et les résistants, n'avait pas fait la rentrée scolaire. Voldemort ne se montrait pas mais ses partisans étaient de plus en plus nombreux et il régnait sur le monde sorcier une ambiance de mort. Rien que la semaine passée, l'intégralité des boutiques du Chemin de Traverse avaient été saccagées et brûlées.

« Comment s'est organisée la résistance ? » demanda Snape, qui n'était pas le moins du monde surpris de cette évolution.

« Il est très difficile de se réunir. Les rafleurs sont partout. » dit Lupin.

« Les rafleurs ? » demanda Snape.

« C'est une sorte d'armée qui a en charge la recherche des sorciers qui se cachent. C'est-à-dire tous ceux qui ne sont pas du côté de Vous-savez-qui. » expliqua Hermione. « On est en permanence suivis, recherchés, écoutés… » dit-elle, sombre.

« Pour l'instant, on utilise la radio pour communiquer. Il y a une émission hebdomadaire, Potterveille, qui renseigne les morts, donne des informations sur les lieux particulièrement dangereux, indique des lieux-refuges. » dit Lupin. « Et on essaie de s'entraider comme on le peut : on soigne les blessés, on cache des gens qui n'ont pas d'abri sûr… Mais notre seul moyen de survie est de trouver un coin et d'en sortir le moins possible. »

« On a aussi réutilisé un système de communication inventé lors de notre cinquième année. » ajouta Hermione. « On se sert de ce faux gallion pour se partager des informations capitales. » dit-elle en sortant la pièce de sa poche et la montrer à Snape.

« Ingénieux. » murmura le maître de potions. « Les professeurs sont-ils toujours à Poudlard ? » demanda-t-il, en reposant le gallion sur la table.

« Quelques-uns, oui. McGonagall, entre autres. » dit Lupin.

« Pourquoi n'est-elle pas partie ? » s'écria Snape, agacé. Malgré leur rivalité en tant que directeurs de maisons ennemies, il avait toujours apprécié la sorcière.

« Elle et d'autres ont voulu rester protéger les élèves. » répondit Lupin, fier de sa camarade de l'Ordre.

« Tout le monde ne préfère pas fuir, vous savez ! » grogna Ron.

« Certains préfèrent mourir, donc. » rétorqua Snape.

« On a tous besoin d'agir. » coupa Hermione, décidée à finir cette conversation calmement. « Mais les mangemorts, et particulièrement le ministère, mettent tout en place pour éviter que les sorciers se retrouvent et s'organisent. Et puis la disparition de Harry a réduit à néant l'espoir de beaucoup de sorciers. La Gazette le présente comme un déserteur, un lâche qui a préféré abandonner le reste du monde plutôt que d'affronter Vous-savez-qui… » ajouta-t-elle.

« Malin. » murmura Snape, un sourire amer sur le visage. « Le Seigneur des Ténèbres sème le désespoir pour arriver à ses fins. » dit-il, plus pour lui-même que pour les autres.

« Nous sommes très nombreux à vouloir nous battre et résister. » rétorqua Lupin, en proie à l'optimisme. « Les mangemorts ne semblent pas connaître notre repère et nous parvenons encore à établir des réunions régulières de l'Ordre. » ajouta-t-il.

« Très bien. Je vous demanderai certainement d'organiser une réunion avec tous les membres de confiance - oubliez Mondigus Fletcher, donc - afin que nous établissions un plan d'attaque. Nous ne serons jamais de trop à lutter contre le Seigneur des Ténèbres. » conclut Snape, sérieux.

« Si seulement les membres pouvaient voir Harry… Tout le monde a besoin d'un peu d'espoir. » murmura Lupin, le regard assombri.

« Dès que nous aurons suffisamment renforcé ses barrières mentales, une réunion sera possible. Mais pas avant que j'en sois absolument certain. » répondit-il, indifférent à l'émotion du loup.

Ron avait fini par baisser sa baguette et n'avait pas réclamé celle de Snape. Malgré son aversion pour le sorcier, il devait admettre que les souvenirs qu'il avait vu l'avaient convaincu du bienfondé de ses allégations. Harry allait bien. C'était tout ce qui comptait.

Hermione profita d'un temps de silence pour faire apparaître une théière et quatre tasses. Chacun prit le temps de boire une gorgée du thé fumant.

« Oh je dois vous dire. » commença Hermione. « Nous avons reçu l'héritage de Dumbledore et nous avons la part de Harry. » dit-elle en sortant un petit objet doré de sa poche.

Snape se saisit du vieux vif d'or et le regarda sous toutes ses coutures. Que pouvait bien signifier un tel objet ? Il souffla bruyamment, en proie à l'agacement. A quoi avait pu bien penser ce vieux fou de Dumbledore en léguant un vieux vif d'or ? N'eut-il pas pu laisser un objet utile ?

« Que disait le testament ? » demanda-t-il, finalement.

« Quelque chose comme 'pour rappeler que la persévérance et le talent apportent le succès'. » récita Hermione.

« Bien-sûr. » lâcha ironiquement Snape.

« Et à nous, il a légué ça. » ajouta Ron en sortant son déluminateur de sa poche. « Hermione, montre-lui ton livre des contes de Beedle le Barde. » dit-il en jetant un regard à son amie.

Snape prit le livre dans ses mains et le feuilleta un instant avant de s'arrêter sur la page du conte des trois frères.

« Moi aussi, j'ai remarqué ce signe. » murmura la petite sorcière. « Mais j'ai eu beau chercher dans mes livres, je ne comprends pas ce qu'il signifie. »

« C'est le signe des reliques de la mort. » dit Snape. « Bien-sûr ! » s'écria-t-il, perdu dans ses pensées. « Ce vieux fou avait tout anticipé. » chuchota-t-il, presqu'inconscient de ne pas être seul.

« Les quoi ? » demanda Ron.

« Les reliques de la mort. La légende, racontée dans ce conte, dit que si un sorcier possède une cape d'invisibilité, la pierre de résurrection et la baguette de sureau, il devient alors plus puissant que la mort. Invincible, en quelque sorte. » expliqua Snape, les sourcils froncés.

« Ce n'est qu'une légende, Severus. » dit Lupin surpris de voir Snape - l'homme le moins porté sur l'imagination qu'il eut jamais connu - prendre au sérieux un vulgaire conte pour enfants.

« C'est vrai. » admit le maître de potions. « Pourtant, hier soir, Potter a vu le Seigneur des Ténèbres chercher la baguette de sureau. » murmura-il, grave.

« De quoi parlez-vous ? » demanda Hermione, interloquée.

Snape fit alors le récit de la vision de Harry. Il leur décrivit Voldemort qui avait interpellé Ollivander et Gregorovitch à propos de la baguette de sureau.

« Si Dumbledore m'a légué ce livre et si Vous-savez-qui recherche cette baguette, c'est que ces reliques existent certainement. » dit Hermione, inquiète.

« Cela veut dire que si Vous-savez-qui trouve ces reliques, il deviendra invincible ? » demanda Ron.

« C'est en tout cas ce qu'il espère. » murmura Snape.

« Il faut qu'on les trouve avant lui. » s'écria Lupin.

« Oui, il le faudrait. Mais je suis immobilisé tant que Potter ne maîtrise pas l'occlumencie. » dit le maître des potions, las.

« Nous sommes là, Severus. » dit Lupin. « Toute la résistance est là et veut aider. » ajouta-t-il, plein d'espoir. C'était la première fois depuis des mois que le loup-garou se sentait enfin utile.

« Personne d'autre que vous ne doit savoir. » prévint Snape, sévère. « Les horcruxes et les reliques de la mort doivent rester entre nous. Ce sont les armes secrètes du Seigneur des Ténèbres. S'il se rend compte que nous savons, nous n'aurons plus aucune chance d'agir. » dit-il, menaçant. « Nous sommes déjà beaucoup trop à avoir connaissance de ce qu'il cache, si vous voulez mon avis. » dit-il, amer.

« Nous ne dirons rien ! » s'agaça Ron, se sentant visé.

« Laissez-nous vous aider, Pr. Snape. On sera plus efficaces ensemble. » dit la sorcière. « Je peux faire des recherches dans mes livres, à partir des informations que vous avez. La prochaine fois que l'on se verra, je saurai où est la baguette de sureau. » promit-elle, déterminée.

« C'est très ambitieux, Miss Granger. Mais pas d'imprudence. Personne ne doit savoir que vous recherchez les reliques. » dit Snape. « Et puisque tout le monde ici est au courant à propos des horcruxes, il faut aussi continuer à les chercher. »

« Nous avons déjà bien avancé de ce côté là. » dit Hermione en faisant apparaître un carnet rempli de feuilles et de photographies.

Snape ne put s'empêcher de jeter un regard impressionné à l'assemblée. Il eut cru que les amis de Harry se seraient plongés dans le désespoir, attendant un signe de Potter pour reprendre vie. Mais il s'était visiblement trompé. Son mépris pour la race humaine venait subitement de baisser un tant soit peu.

« Qu'est-ce que vous croyiez ? Qu'on allait rester les bras croisés à attendre la fin du monde ? » dit Ron, revêche.

« C'est exactement ce que je croyais. » répondit-il, sérieux.

« Ce n'est pas parce que Harry ne peut pas agir que nous allons nous laisser faire. » dit bravement Hermione.

Ron ouvrit le carnet et montra le fruit de leur travail. Depuis le début de l'été, les deux adolescents, aidés de Lupin, s'étaient concentrés sur les horcruxes restants. Ils avaient laissé de côté le médaillon de Serpentard, incapables de trouver qui pouvait se cacher derrière les initiales R. A. B. Mais ils avaient tenté de comprendre le fonctionnement de Voldemort, grâce au récit de Harry sur les souvenirs de Jedusor et aux différents articles qu'ils avaient pu lire sur lui. Ils avaient décortiqués les désirs inassouvis et les obsessions personnelles de Jedusor pour en arriver à la conclusion que les objets intimement liés à Poudlard pouvaient avoir été choisis comme horcruxes.

« Harry nous a raconté qu'il avait vu dans un souvenir lié à Vous-savez-qui qu'il était fasciné par les objets ayant appartenu aux fondateurs de Poudlard. Non seulement il a récupéré le médaillon de Salazar Serpentard mais il aurait également volé la coupe d'Helga Poufsouffle, dans le même temps. Il semble donc logique qu'il ait aussi tenté de subtiliser le diadème de Rowena Serdaigle. Ce qui nous donnerait deux horcruxes de plus. » dit Hermione.

« Votre logique est sans faille, Miss Granger. » commenta Snape, impressionné. « Mais j'ai souvenir que le diadème a été volé par Helena, la fille de Rowena Serdaigle, et que l'on ne sait où il se trouve. »

« C'est vrai. » répondit tristement la sorcière. « On travaille là-dessus avec les élèves résistants de Poudlard. » dit-elle.

« On a donné pour mission aux élèves de questionner Helena Serdaigle, le fantôme de la maison. » dit Ron.

« Et quels sont les résultats, pour l'instant ? » demanda le maître de potions.

« Elle refuse d'en parler. Elle se montre agressive et extrêmement mal à l'aise dès que le sujet est abordé, d'après les élèves. » murmura Hermione. « Mais nous n'allons pas laisser tomber si facilement. »

« J'en suis certain. » encouragea Snape. « Quant à la coupe de Poufsouffle, avez-vous des pistes ? »

« On cherche encore. » répondit-elle. « D'après les premiers horcruxes trouvés, Vous-savez-qui attachait une certaine importance au lieu de dissimulation des objets. D'abord, le manoir Malfoy pour le journal intime. Lieu qui semble lui plaire tout particulièrement, d'après nos recherches. »

« C'est exact. Le Seigneur des Ténèbres y a établi toutes nos réunions. Le faste du manoir semblait faire écho à sa grandeur. » murmura-t-il, amer.

« Ensuite, la bague de Gaunt dans la maison d'enfance de sa mère. » poursuivit Ron. « Et enfin, le médaillon de Serpentard dans la caverne où il a passé des vacances pendant son enfance en orphelinat. »

« On a donc essayé d'établir une liste des lieux susceptibles de rappeler à Vous-savez-qui des souvenirs importants. » dit Hermione en tournant une page du carnet, devant Snape. « Il y a bien-sûr Poudlard, unique lieu dans lequel il s'est senti chez lui. Nous avons aussi pensé à Godric's Hollow, lieu où a vécu Dumbledore de nombreuses années. Et puis il y a bien-sûr la boutique de Barjow et Beurk où il a travaillé, mais cela semble moins probable. » récita Hermione.

« Très bon travail. » admit Snape. « Pour l'instant, il est impossible de visiter Poudlard, c'est beaucoup trop risqué. Continuez à mener votre enquête grâce aux élèves sur place. Mais nous pourrions préparer une visite à Godric's Hollow, lorsque nous en saurons plus. » murmura-t-il. « Je crois en effet que Barjow et Beurk est un peu audacieux. Il aurait été très difficile, voire impossible, de cacher quoi que ce soit dans la boutique. »

« Nous allons continuer à mener l'enquête sur Godric's Hollow et Poudlard. » dit la sorcière en récupérant le carnet, pleine d'optimisme.

« Je répète, pas d'imprudence. » gronda Snape. « Personne ne doit sortir d'ici tant que l'on n'est pas parfaitement préparés. » prévint Snape, inquiet de l'enthousiasme de l'adolescente. Il lança un regard entendu au loup-garou. « Quant au médaillon de Serpentard, nous pensons avoir trouvé qui est R. A. B. » finit-il par dire.

« Mais pourquoi ne l'as-tu pas dit plus tôt, Severus ? » s'éructa Lupin.

« J'avais besoin de m'assurer de votre sérieux avant de vous en dire davantage. » admit froidement Snape.

Ron ne put s'empêcher de siffler de mécontentement. C'était Snape qui aurait dû prouver qu'il méritait d'être dans la confidence sur les horcruxes, et non l'inverse ! Cette supériorité, ce mépris… Comment Harry pouvait-il survivre à ses côtés ?

« Si vous avez fini d'exprimer votre vexation, puis-je poursuivre Mr. Weasley ? » demanda Snape, sarcastique.

Ron se contenta de serrer la bouche, accusant le coup de pied mal placé d'Hermione sous la table.

Snape leur raconta leurs recherches et la découverte qu'ils avaient finalement faite sur Regulus Black : son rôle de mangemort, sa soudaine disparition…

Ils fouillèrent alors la vielle chambre poussiéreuse de Regulus Black des heures durant mais ne trouvèrent aucun signe de l'horcruxe, malgré l'enthousiasme qui les habitait. Pris de désespoir, ils se retrouvèrent devant le feu de cheminée face à un bol de soupe.

« Qu'est-ce qu'il y a, là-bas ? » demanda Snape en pointant du doigt la porte qui donnait sur le réduit. On pouvait distinguer des objets et des vêtements entassés, à travers l'entrebâillement de la porte.

« C'est ici que dort Kreattur. Il entasse des objets précieux pour lui. Un vieux foulard ayant appartenu à sa maîtresse, une plume ayant touché la main de Regulus Black… » dit Lupin sans relever la tête.

« Mais bien-sûr ! » s'écria le maître de potions après un court silence. Il se précipita vers le réduit et s'apprêta à disséquer le tas de babioles.

« Qu'est-ce que vous faites ? Vous ne pouvez pas fouiller dans les affaires de Kreattur ! » s'indigna Hermione, interrompant Snape dans son geste.

« N'avez-vous donc pas compris ? » gronda-t-il. « Kreattur a dû vouloir garder pour lui ce médaillon si cher à son maître. » expliqua-t-il.

« Ce n'est pas une raison pour fouiller dans ses affaires ! » s'écria la sorcière.

Kreattur fit irruption dans la pièce, les sourcils froncés. Cela faisait deux fois qu'il entendait cette horrible sang de bourbe dire son nom. Comment osait-elle parler de lui, elle qui avait le sang souillé ? Allait-elle encore essayer de lui offrir de stupides bonnets de laine ?

« Monsieur Snape ! » s'écria-t-il lorsqu'il aperçut le maître de potions dans la cuisine. « Monsieur Snape, quel honneur de vous recevoir dans la maison des Black. » susurra-t-il, d'une voix suave.

« As-tu vu un médaillon de ce type ? » demanda sèchement Snape en sortant le faux médaillon de sa poche, sous le regard furieux d'Hermione.

« Kreattur ne doit pas parler du médaillon, monsieur Snape. Maître Regulus Black a fait promettre de ne jamais parler du médaillon… » murmura-t-il, en jetant des regards inquiets autour de lui. « Si mon maître savait que d'autres savent… » gémit-il avant de se frapper violemment la tête contre le sol.

« Kreattur ! » s'alarma la sorcière. « Ne vous faites pas de mal, Kreattur. Vous n'avez rien dit. » murmura-t-elle tendrement en tenant de le retenir.

« Ne me touchez pas, sale sang de bourbe ! » gronda-t-il en repoussant brutalement la sorcière.

« Kreattur, nous devons savoir où se trouve le médaillon de ton maître. » insista Snape, ignorant l'insulte de l'elfe et le cri de colère de Ron.

« Je ne dirai rien. » dit solennellement l'elfe. « Je n'obéis qu'aux ordres de mon maître. » précisa-t-il, fier.

Un long moment de silence las s'installa avant que Ron ne se lève subitement de son siège.

« Il n'obéit qu'à son maître ! » s'écria-t-il joyeusement. « Harry est devenu son maître ! » hurla-t-il, en jetant des regards réjouis à ses compagnons.

« C'est vrai ! » approuva Lupin, les yeux pleins d'espoir. « A la mort de Sirius, tous les droits sur cette maison sont revenus à Harry. Ce qui signifie que Harry est devenu le maître de Kreattur. »

« Nous n'avons donc plus le choix… » conclut Snape.