Disparu
Hen venait de saluer Eddie, qui rentrait chez lui.
Elle ne rêvait que de dormir. Elle aurait aimé embrasser Denny avant son départ pour l'école mais elle savait qu'elle n'arriverait pas à temps et qu'une maison vide l'attendait.
Elle n'était pas pressée.
– Eddie est déjà parti ? demanda Bobby en passant la tête dans le vestiaire.
– Tout juste, admit-elle. Il espérait pouvoir voir Christopher, avant qu'il ne parte à l'école.
Bobby eut une grimace compliquée qui alerta Hen.
– Un problème ? s'enquit-elle.
– Je n'arrive pas à joindre Buck. J'aurais voulu lui demander d'y aller, vu qu'il a une clé…
– Est-ce qu'il revient enfin ?
– Je ne sais pas Hen. Il doit voir le psy du département depuis un mois mais il n'a toujours pas pris de rendez-vous et je ne comprends pas.
Hen fronça les sourcils.
Elle récupéra son téléphone et composa son numéro devant la mine triste de son capitaine.
– Il a coupé sa ligne ? s'offusqua-t-elle. Mais… Pourquoi ?
– Je n'en sais rien. Personne au QG ne semble informé de ce changement.
– Je… J'ai aussi une clé. Je veux dire quand je venais l'aider pour sa jambe…
– Est-ce que tu veux bien me la confier ? Je suis vraiment inquiet pour lui. Ce silence…, ça fait trop longtemps.
– Ça ne lui ressemble pas, confirma Hen de plus en plus inquiète. Je viens avec toi.
Ils se mirent en route sous les yeux ébahis de Chimney, qui dû sentir que quelque chose se passait car il les suivit.
Le trajet fut rapide et ils montèrent rapidement à son étage. Hen utilisa sa clé pour déverrouiller la porte et se trouva dans un loft entièrement vidé.
– C'est impossible, souffla-t-elle. Où… aurait-il pu aller ?
– Je ne sais pas, souffla Bobby sous le choc.
– Est-ce que Maddie sait ?
– En tout cas elle n'a rien dit. Je vais essayer d'en savoir plus, lâcha Chimney en disparaissant.
– Je vais demander à Athena d'essayer de le retrouver, lui assura Bobby en quittant le loft à son tour.
– Mon dieu, Buck, souffla-t-elle. J'espère que tu vas bien.
Elle déposa la clé sur le comptoir et claqua la porte en sortant.
Elle ne sut comment elle était arrivée jusqu'à chez elle, mais elle évita au dernier moment la voiture de Karen, garée devant leur garage au lieu d'à l'intérieur comme elle le faisait habituellement, ce qui la força à se garer plus loin dans la rue.
A un autre moment, elle aurait certainement pesté mais elle était bien trop hébétée pour ça. Buck avait quitté son loft et coupé sa ligne téléphonique, sans prévenir personne. Est-ce qu'il fuyait ?
Qu'est-ce qui s'était passé ?
Elle remonta le fil de leur dernière conversation datée d'un mois. Avait-elle ignoré le jeune homme tout ce temps ? Les larmes lui brulèrent les yeux mais elle les ravala et sortie de la voiture.
Elle remonta l'allée au moment où Karen ouvrait la porte et sortie une valise sur le palier.
– Bébé ? demanda-t-elle.
– Oh non, il n'y a plus de bébé, cracha-t-elle.
– Il se passe quoi là ? demanda-t-elle éberluée.
– Je vais te donner une chance de t'expliquer, une seule chance et ensuite tu quittes cette maison.
– Attends… !
– Est-ce que tu te souviens d'un appel sur une attraction, il y a presque trois ans ? Un gamin aurait lâché prise, préférant se tuer que d'être aidé.
– Je ne sais pas… Peut-être Karen, je n'ai pas envie de jouer aux devinettes. C'est Buck qui gérait ce genre d'intervention à l'époque.
– Ouais, justement, renifla-t-elle de plus en plus en colère. C'était la première victime qu'il perdait.
– Euh peut-être…
– Il était encore un probie et il a dû aller voir la thérapeute du département.
– Oui, je crois que je me souviens de ça. Qu'est-ce qui se passe, Karen ?
– Tu te souviens de Buck, disant qu'il avait eu des relations sexuelles avec sa thérapeute ? Tu te souviens d'avoir ri à ce sujet ? Et bien moi, je me souviendrais toute ma vie de sa terreur quand elle a posé la main sur lui en lui demandant de la suivre pour recommencer.
– De… quoi ?
– Je peux pardonner beaucoup de choses Hen, mais que tu puisses rire d'une victime de viol, ça non, ça ne passe pas.
– Wow, non mais… quoi ? Tu… Non Karen, Buck… Oh mon Dieu, non, il… ? Ce n'était pas avant la séance ? réalisa-t-elle avec horreur. Elle… ? C'était pendant la séance, c'est ça ?
– Tu pensais… que ça s'était passé avant ?
– Buck écumait les conquêtes à l'époque. Je pensais que c'était un branchement aléatoire et qu'ils s'étaient retrouvés face à face quelques jours plus tard. Oh mon Dieu, qu'est-ce que j'ai fait ?
Elle se laissa tomber sur les marches du porche et se mit à pleurer.
Comment avait-elle pu rire de ce traumatisme ? Comment avait-elle pu ignorer que le plus jeune membre de l'équipe, que son petit frère, se débattait avec un tel souvenir ?
– Je suis un monstre et maintenant il a disparu, il…
– Disparu ?
– Il n'est plus chez lui, il a coupé sa ligne, sans rien dire à personne. Il est juste parti. Je l'ai abandonné Karen, je l'ai abandonné et je suis si désolée. Oh mon dieu, il me manque tellement.
Karen s'installa à ses côtés et la laissa pleurer dans ses bras.
Hen resserra son étreinte sur elle et pleura sur son ami, son petit-frère qu'elle avait seulement abandonné à sa propre déchéance.
Elle ne se le pardonnerait jamais.
– Chut, calme-toi, souffla Karen. Calme-toi ou tu vas le réveiller. Il a besoin de se reposer.
Hen se redressa d'un bloc et tenta de la discerner à travers ses larmes.
– Est-ce qu'il… ?
– Il est là, confirma-t-elle. J'ai enfermé sa voiture dans le garage et garer la mienne devant pour l'empêcher de se sauver. Il pense que tu le détestes, que vous le détester tous.
– On le cherche depuis la fin de la garde.
– Pourquoi maintenant ?
– Il nous manque et on ne comprend pas pourquoi il s'est battu si fort pour revenir et qu'il refuse d'avoir une séance avec le thérapeute du département… C'est la même, c'est ça ? comprit-elle.
– Ouais. Je ne pense pas qu'il se soit rendu compte de la nature de l'agression avant d'être obligé de retourner la voir. Nous avons beaucoup parlé cette nuit, parce qu'il fait beaucoup de cauchemars. Il m'a dit qu'il a commencé à faire des crises d'angoisse à l'idée de la revoir et qu'il a juste essayé de se maintenir à flots. Le département lui a coupé les vivres en pensant sûrement qu'il ne voulait pas faire d'efforts pour reprendre le travail. Il a dû rompre son bail et entre les factures de l'avocat et de l'hôpital, il a dû vendre quasiment toutes ses affaires pour éponger ses dettes. Il a vendu son téléphone la semaine dernière pour avoir de quoi faire le plein d'essence et manger un peu. Il vivait dans sa voiture, Hen. Il était tout seul et il était persuadé que nous nous en fichions.
– Il n'aurait jamais dû vivre ça tout seul. On l'aurait aidé.
– Qu'est-ce qui s'est passé dans cette superette ? l'interrogea-t-elle. Tout ce qu'il a dit c'est que c'était violent mais il n'a rien voulu dire de plus.
– Je crois qu'il était seulement venu pour s'excuser mais c'est parti en vrille. Buck, il était… maladroit, il ne savait pas comment nous dire qu'il voulait revenir vers nous mais Eddie… il lui a fait du mal et je n'ai rien dit. J'aurais dû intervenir mais je me suis dis qu'ils avaient besoin de se dire les choses. Je réalise aujourd'hui qu'Eddie hurlait et que Buck a seulement encaissé.
– Je comprends mieux pourquoi il m'a supplié de ne pas te dire que je l'avais trouvé devant notre supermarché. Il était terrorisé que tu le saches et que tu le prennes mal.
– Il ne me pardonnera jamais, n'est-ce pas ?
– Il te pardonnera, lui sourit-elle tendrement. Il t'aime et il sait que tu l'aimes. Enfin en ce moment il n'en est plus vraiment sûr mais il s'en rendra compte. Il va falloir être patiente Hen. Buck va vraiment mal. Ma thérapeute a accepté de le suivre et ils vont se parler une à deux fois par jour en visio pour commencer. Buck ne doit plus rester seul une seconde et j'ai pris un congé exceptionnel pour rester avec lui.
– Tu crois qu'il pourrait se faire du mal ?
– Il dit que non mais je pense que oui et sa thérapeute aussi. Elle voulait qu'il entre en maison de repos mais il a refusé. Il dit qu'il ne veut plus être seul, qu'il ne le supporterait pas. Elle a accepté de le laisser rester ici, temps qu'il n'essaie pas de se faire du mal.
– Je peux le voir ?
– Il ne devrait plus tarder à se réveiller, confirma-t-elle. Il dort par tranche de trois quarts d'heures, voire moins. Ses cauchemars doivent être terrifiants.
– Il t'en a parlé ?
– Non mais parfois il cri pour Christopher, ou il pleure pour la douleur de sa jambe ou il supplie de ne pas le toucher, qu'il ne veut pas.
– Cette femme, cracha Hen. Je vais lui tordre le cou.
– Le chef Alonzo et la police s'en occupent. Elle ne pourra plus jamais faire de mal à qui que ce soit, lui promit Karen.
– Le chef Alonzo ?
– Je l'ai appelé hier et il est passé ici. Il a parlé à Buck. Il va retrouver son assurance et percevoir une indemnité jusqu'à ce qu'il soit remis sur pied. Tu vas aussi être convoqué pour ne pas avoir signalé son agression quand elle a eu lieu. Le chef a parlé de sanctions même si Buck s'y est opposé.
– Je prendrais la sanction, affirma-t-elle. Je mérite pire encore de toute façon. Je veux seulement qu'il aille mieux. Je veux retrouver mon petit frère.
– Il ira mieux, souffla Karen. Il ira mieux.
Hen espérait qu'elle avait raison et elle allait se battre pour ça, de toutes ses forces.
