Mes petits chats,
La croisière du Naglfari se poursuit dans les Caraïbes et ce soir, Thor dîne à la table du commandant Laufeyson :)
Je vous laisse donc sans plus attendre en leur compagnie.
Chère Marry, un commentaire même tardif est toujours très apprécié :) Il m'a bien fait rire. J'espère que la suite sera à ta convenance et je suis ravie de lire que je navigue dans la bonne direction :)
Bonne lecture à toutes-tous,
ChatonLakmé
L'association des correspondants de la Maison-Blanche est une association américaine regroupant les journalistes qui couvrent l'actualité du président des États-Unis. Fondée en 1914, elle organise depuis 1924 un dîner annuel très prestigieux auquel participent le président et le vice-président. Il est l'occasion de la distribution d'importants prix en journalisme.
Elizabeth Taylor (dite Liz Taylor 1932-2011)) est une très célèbre actrice américaine, consacrée en 1999 par l'American Film Institute comme la septième plus grande actrice de tous les temps. Ses yeux violets ont contribué à sa popularité. En 1980, elle a tourné un de ses derniers rôles dans Le Miroir se brisa, une adaptation du roman policier éponyme d'Agatha Christie mettant en scène Miss Marple.
Pretty Woman est une célèbre comédie romantique américaine, sortie en 1990 au cinéma avec Julia Roberts et Richard Gere.
L'Ivy League regroupe huit universités privées du nord-est des Etats-Unis, parmi les plus anciennes (sept ont été fondées par les Britanniques avant l'Indépendance) et les plus prestigieuses du pays. Il s'agit des universités Brown (1764), Columbia (1754), Cornell (1865), Harvard (1636), de Pennsylvanie (1740), Princeton (1746), Yale (1701) et du Dartmouth College (1769).
Les Tigers est le nom de l'équipe sportive de Princeton celle de l'université de Washington s'appelle les Huskies. Les postes de receveur et de quaterback sont des postes clés au football américain. Le quaterback est le joueur qui dirige l'attaque et communique la tactique choisie pendant le jeu (il peut décider de changer le plan de jeu en cours de match). Le receveur joue dans la formation offensive d'une équipe. Il reçoit les passes du quaterback et doit gagner du terrain sur la partie adversaire pendant son action.
Asgard Luxury Cruises
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Quatrième partie
L'enveloppe est en papier épais. Le carton d'invitation, luxueux.
Thor frotte son pouce dessus. Mince, son nom a été calligraphié à la plume sur l'avant de l'enveloppe. Calligraphié. Il n'a pas reçu d'invitation écrite à la main depuis la fête d'anniversaire de Boyd Sanders chez ses parents. Il avait treize ans et Thor lui avait acheté un maillot de basket avec son argent de poche.
Il était fier.
C'était il y a une éternité.
« Cher Mr Odinson,
Par la présente, vous êtes cordialement invité à la table du commandant Laufeyson ce soir au Valhalla, au pont huit du Naglfari. Le dîner se tiendra à vingt heures. En cas d'impossibilité de votre part de répondre à cette invitation, merci de prévenir l'accueil du restaurant de votre décision.
Tout l'équipage du Asgard Luxury Cruises se tient gracieusement à votre disposition.
Cordialement,
Le bureau du commandant Laufeyson »
Thor a trouvé l'invitation au retour de son excursion à Cozumel, ivre de soleil et de plage.
Sa peau a le goût du sel et l'odeur de la crème solaire, il se sent positivement fatigué mais surtout, profondément ravi. La journée a été excellente.
L'enveloppe était posée sur le bureau, délicatement appuyé contre le nécessaire de bureau en cuir. Le blond l'a lu, encore en bermuda de plage et du sable dans ses chaussures.
Thor se mord les joues.
C'est une manière de finir sa journée qu'il n'avait pas prévue.
Il jette un regard à sa montre puis à son reflet dans le miroir voisin. Il ne l'avait pas prévu mais il en a envie et s'il traîne encore, il va être en retard. Le blond s'empresse d'envoyer un message à Natasha pour se décommander à leur dîner de ce soir et ouvre la penderie.
Son portable sonne bruyamment alors qu'il sort un boxer propre et une paire de chaussettes. Ce sont les éléments les plus faciles de sa tenue.
— « Natasha ? Excuse-moi mais je suis – »
— « Tu sors, Thor ? Nous sommes sur un navire en milieu des eaux des Caraïbes et tu sors ? »
Le blond fronce les sourcils. Et maintenant ? Chemise ou polo ?
— « Nous n'avons pas encore levé l'ancre », répond-il distraitement.
Comme pour lui donner tort, les cornes de brume du Naglfari résonnent bruyamment. Thor sait que c'est impossible mais il a l'impression de sentir le navire bouger alors qu'il lève l'ancre pour gagner la haute mer.
— « Nous venons de lever l'ancre, Thor. Alors, tu sors ? Où ça et avec qui ? »
— « … J'ai trouvé une invitation à dîner à la table du commandant à mon retour de la plage. Tu aurais refusé ? »
— « À quel restaurant as-tu rendez-vous ? »
— « Au Valhalla. Et ce n'est pas un rendez-vous, plutôt une invitation cordiale pour client un peu fortuné », répond Thor en vérifiant sur le carton.
Bon sang, celui-ci est tellement… épais.
Natasha siffle bruyamment dans le combiné.
— « C'est le restaurant haut de gamme du pont huit, n'est-ce pas ? Bruce y a réservé une table pour le soir de la Saint-Valentin mais je dois faire semblant de ne pas être au courant. »
— « Tasha ! »
Natasha échange quelques mots à voix basse avec son mari et le blond rit joyeusement.
— « Je n'aurai jamais refusé, Thor. La carte coûte au moins quatre cents dollars par convive sans les boissons et c'est ALC qui t'invite. Tu vas y aller et tu vas me faire le plaisir de bien t'amuser. Bonne soirée ! »
Thor marmonne qu'être entouré pendant deux heures par des clients probablement bien plus aisés financièrement que lui n'est pas exactement l'idée qu'il se fait d'un bon amusement mais il sera avec le commandant Laufeyson.
D'une certaine manière.
En tout cas, pas trop loin.
Le blond n'est jamais allé au Valhalla depuis qu'il est monté à bord mais même dans un paquebot de luxe, il peine à visualiser des tablées aussi larges que celle du dîner des correspondants à la Maison-Blanche.
C'est forcément plus intime que cela, n'est-ce pas ? Pour permettre les discussions et les rapprochements.
Thor fronce les sourcils.
Il sort la seule chemise qu'il a jugé utile de prendre dans sa valise, blanche avec un fin liseré noir au col, et un élégant pantalon en lin bleu ciel. Il récupère en bas du placard la paire de chaussures de ville fermées qu'il portait au départ de Miami. Elles auraient besoin d'un bon coup de cirage mais il s'en occupera plus tard.
Le blond allume la télévision et monte le son pour écouter le journal sous la douche.
Il traîne sous l'eau chaude, heureux de laver ses cheveux hérissés par l'eau salée. Il traîne longuement et se frictionne vigoureusement.
Peut-être que la perspective de ce dîner le rend un peu nerveux.
Thor se sèche les cheveux, s'habille, se parfume et observe son reflet. Il est… bien. Il pense qu'il est bien. Une fois qu'il portera sa belle montre Rolex vintage, il sera prêt. Thor trouve toujours qu'une belle montre habille un homme. Il a acheté un beau modèle français à Aidan pour son anniversaire il y a deux ans. Son compagnon l'a à peine porté, il n'a jamais réussi à se départir du réflexe de vérifier l'heure sur son portable.
Le blond regarde sa montre.
Il est prêt et en avance.
Avec une paire de chaussures dans un état qui laisse un peu à désirer.
Thor a beau chercher dans sa cabine, il ne trouve pas de matériel adéquat alors, très gêné, il se résout à appeler Joseph à la rescousse au téléphone de sa cabine.
L'homme arrive quelques minutes plus tard.
— « Vous êtes très élégant Mr Odinson. Votre journée s'est bien passée ? »
— « Très bien. Et merci. » Thor lève légèrement le bras. « Je suis navré de vous avoir demandé de venir mais est-ce que vous pourriez cirer cette paire de chaussures s'il vous plaît ? Je n'ai rien trouvé pour le faire dans ma cabine. »
— « C'est parce que c'est mon travail, monsieur. » Le majordome claque sa langue contre son palais de satisfaction. « Vous sortez pour le dîner ? »
— « Je suis invité à la table du commandant Laufeyson ce soir, au Valhalla. »
Le blond montre le carton d'invitation d'un signe de tête. La réaction positive de Joseph a fait souffler un agréable vent de confiance en lui mais à présent, le majordome sourit d'un air un peu gêné.
Thor hausse un sourcil.
— « … Vous allez aller dîner au Valhalla comme ça ? »
— « Ce n'est pas approprié ? »
— « Vous êtes très élégant mais dîner à la table du commandant est un peu plus… protocolaire. Le commandant Laufeyson et son second portent le smoking. »
— « … Vous plaisantez ?! »
Thor pâlit un peu.
Mince. Du lin bleu face à un smoking. C'est impossible.
Joseph hoche la tête d'un air navré tandis que le blond jette un regard désespéré à sa modeste garde-robe. Il n'a pris que des vêtements pour des vacances au soleil, il ne sait même plus pourquoi il a choisi cette chemise blanche. Ça lui semble un effort dérisoire à présent.
— « Vous souhaitez aller à ce dîner ? », demande doucement le majordome.
— « Bien entendu. J'ai envie de… sortir de ma zone de confort. » Il s'assombrit. « Je suis venu ici seul, j'ai envie de faire les choses différemment. … C'est ce que je prévois de faire si je suis assez présentable. »
Joseph rit doucement. Il secoue la tête, un large sourire aux lèvres.
— « Vous êtes très bien mais être un peu plus habillé serait une bonne chose. Je sais exactement comment faire. Si vous voulez bien me suivre. »
Intrigué, Thor lui emboîte le pas après avoir glissé son portefeuille et la clé de sa cabine dans sa poche, sa paire de mocassins aux pieds.
Alors qu'ils montent au pont sept, le blond croise quelques regards admiratifs sur lui. Cela le rassure, il prend tout ce qu'i prendre.
Il perd toutefois un peu de son assurance quand Joseph le conduit sans hésitation dans la zone commerciale haut de gamme du Naglfari. Thor y a accompagné Natasha et Bruce hier après le dîner en guise de promenade digestive. Rêver devant des parures de diamants et des costumes de marques de luxe est un excellent divertissement.
Joseph l'entraîne sans hésitation vers une boutique à l'élégante devanture, d'inspiration vaguement française. Il y a des buis taillés en pot posés sur des consoles, des plots en cuivre doré avec un cordon qui entourent un tapis rouge. Thor s'étrangle quand il jette un œil au petit écriteau des prix des costumes présentés sur mannequin dans la vitrine. Il n'a pas les moyens de s'offrir un tel cadeau. À moins d'entamer son livret d'épargne destiné à sa retraite et qu'il fait fructifier depuis qu'il a commencé à travailler. C'était un modeste job d'employé polyvalent dans la quincaillerie de Mrs Hover, non loin de la maison de ses parents, et qui le payait dix dollars de l'heure.
Odin trouvait que c'était du vol, Thor pensait que ça avait le goût délicieux de la liberté.
— « Joseph, je vous remercie mais je ne suis pas certain de pouvoir vous suivre cette fois », souffle-t-il avec gêne.
— « Ne vous en faites pas Mr Odinson, il y a toujours une solution », lui répond l'homme avec bonhomie. « Nadia ? Tu es là ? »
Thor entend du bruit provenant d'une porte ouverte, à droite du comptoir en bois parfaitement ciré orné de cuivre.
Des bruissements de tissu, le tintement métallique de cintres en train de se balancer sur une tringle.
Il tend le cou avec curiosité avant de se sentir terriblement stupide.
Une jeune femme sort de l'arrière-boutique, habillée d'un élégant tailleur qui met en valeur sa silhouette parfaite. Thor aime les hommes, presque depuis toujours s'il doit être honnête, mais cette femme est incroyablement belle. Elle marche sur une paire d'escarpins de douze centimètres avec une parfaite aisance. Sa lourde chevelure blonde est rassemblée en un chignon très élégant sur sa nuque et elle porte des perles aux oreilles. Thor remarque que ses yeux sont couleur de violette, il se demande comment la chose est même génétiquement possible. Il se pose encore la question à propos d'Elizabeth Taylor depuis qu'il l'a vu dans cette vieille adaptation du roman Le Miroir se brisa d'Agatha Christie en 1980.
Dans sa chemise blanche et son simple pantalon en lin, il se sent comme un étudiant à une table d'adultes. Mince alors.
— « Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler dans toute la boutique, Joseph. Et j'ai un prénom que j'aime », grommelle-t-elle en marchant vers elle.
Sa voix est chantante, teintée d'un très léger accent un peu guttural. Pays de l'Est, sans doute une authentique beauté blonde de Russie ou d'Ukraine.
De près, Nadia est si belle que c'est presque intimidant.
— « C'est une urgence, Nadejda », répond Joseph en roucoulant. « Mr Odinson est un de mes clients VIP et il est invité au premier dîner du commandant Laufeyson ce soir. »
— « Il semble que je ne sois pas assez apprêté », ajoute Thor avec gêne.
Nadia sourit gentiment. Dans ses yeux couleur d'améthyste, le blond se sent un peu moins ridicule.
— « Je suis d'accord avec votre majordome monsieur. Je suis persuadée que nous allons trouver ce qu'il vous faut ici. »
— « … J'en suis persuadé mais mes moyens – »
— « Votre bracelet de client VIP vous permet de louer des habits dans les boutiques du pont sept », répond doucement la jeune femme. « Trouvez-vous cet arrangement acceptable ? »
Thor acquiesce lentement. Il pensait avoir vraiment bien lu tous les petits caractères de l'offre de Saint-Valentin, il s'est lourdement trompé. … Est-ce qu'il pourrait réellement louer cette splendide montre Patek Philippe qu'il a vu un peu plus loin dans une autre vitrine ? Celle a soixante mille dollars ?
Nadia semble suivre le chemin de ses pensées car elle sourit.
— « Cette offre particulière nécessite tout de même le dépôt d'une caution d'un montant de trente pour cent de la valeur de l'article », ajoute-t-elle poliment.
Trente pour cent de soixante mille dollars, ça fait dix-huit mille dollars. L'équivalent de trois mois de son salaire.
Thor étouffe un rire. Voilà qui met un terme à ses rêves de millionnaire.
Joseph montre la paire de chaussures de ville à Nadia qui hoche la tête avant de le regarder avec attention avec attention.
— « Je pense que j'ai exactement ce dont vous avez besoin », dit-elle en lui indiquant de la suivre d'un élégant geste de la main.
Le majordome articule silencieusement à Thor qu'il va cirer ses chaussures et qu'il vient les lui rapporter dans une quinzaine de minutes. Le blond acquiesce, déjà sur les talons aiguilles de la jeune femme.
Elle marche d'un pas décidé vers des complets bleus ou gris et des cravates à motifs.
Thor déglutit.
Il déglutit d'une manière presque gênante quand elle lui montre un costume bordeaux à revers de velours noir.
— « … Cela ne vous plaît pas… »
— « J'ai des goûts plus… classiques », admet Thor.
Il n'a jamais porté un complet avec veston. Dans la vraie vie, ce genre de choses ne va vraiment bien qu'à des stars de cinéma. Nadia se mord légèrement les lèvres en une moue touchante et mignonne. Thor a envie d'accepter ce costume bordeaux et ses revers en velours juste pour ne pas la blesser.
— « La couleur vous irait pourtant à merveille mais je comprends. Regardons autre chose. »
Nadia recommence à parcourir les portants mais Thor n'est pas plus emballé par les nouveaux modèles qu'elle lui propose. Ils sont classiques et intemporels cette fois, le blond les trouve un peu ennuyeux et il n'ose pas le dire à la jeune femme.
Il n'a pas à le faire parce que Nadia est une professionnelle et qu'elle lit en lui comme dans un livre ouvert.
Elle lui sourit et le pousse gentiment vers la cabine d'essayage.
— « Je sais exactement ce qu'il vous faut. Quelque chose d'élégant et d'un peu différent du quotidien mais de pas trop exubérant, n'est-ce pas ? Quelque chose qui vous fasse vous sentir à votre avantage dans une situation particulière. »
Thor acquiesce sagement et Nadia tourne les talons avant de revenir un instant sur ses pas.
— « Avez-vous une préférence pour la couleur ? »
— « … Je vous fais confiance. »
La jeune femme rit joyeusement. Elle le laisse seul un bref instant avant de revenir vers lui, un costume sous housse à la main.
— « Ce modèle ira très bien avec votre chemise blanche mais je vais aussi vous chercher une chemise bleu clair. Je suggère de porter ce costume sans cravate. »
Thor s'enferme et passe le vêtement, chemise blanche puis chemise bleue. Il se laisse finalement tenter par cette dernière.
Puisqu'il se fait rhabiller, autant le faire réellement.
Le blond n'a pas assez de recul dans le miroir de la cabine d'essayage alors il sort, tirant sur les manches de sa chemise pour les faire dépasser élégamment de la veste. Nadia semble très satisfaite quand elle le voit.
Thor déglutit quand il s'observe dans le miroir en pied à côté de la cabine.
Mince, il est beau. Il est… sexy.
La jeune femme lui a proposé un costume avec veston, d'un bleu très foncé à fines rayures d'un ton plus clair. Le tissu est très légèrement satiné, juste ce qu'il faut pour faire de ce costume autre chose qu'un habit du quotidien.
Nadia l'ajuste sur ses épaules, boutonne entièrement le veston et la veste mais défait les deux premiers boutons de sa chemise.
Oh oui. C'est encore mieux.
— « Le pantalon et la veste tombent parfaitement, il n'est pas nécessaire de faire d'ourlet. Qu'en pensez-vous ? »
— « … Je suis comme Julia Roberts dans Pretty Woman ? », tente-t-il, la voix un peu rauque.
Nadia éclate de rire et c'est beau à entendre.
Mince, c'est cet homme-là que Aidan a largué pour un autre, plus jeune et à la peau plus lisse ? Thor est sexy et ça gonfle son estime en lui. Ça la fait enfler dans des proportions qui pourraient être gênantes s'il ne partait pas de si bas, rassemblant les débris bridés de sa confiance en lui après sa rupture.
Il est beau. Il est attirant. Il semble déborder d'assurance.
Même Nadia, si belle avec son opulent chignon blond et ses yeux violets, le regarde avec grande satisfaction.
Il est encore dans la course sentimentale. Il est même rudement bien placé.
La jeune femme retire une poussière invisible sur le bas de sa manche droite.
— « Vous êtes parfait. »
— « … Sans cravate ? », demande Thor en désignant son col ouvert.
— « Est-ce que vous préféreriez ? Je peux vous proposer une belle cravate noire ou grise en soie. »
— « Qu'en pensez-vous ? »
Nadia fait à nouveau cette petite moue charmante. Elle marche vers un meuble, ouvre deux tiroirs dans lequel Thor distingue des cravates soigneusement enroulées sur elles-mêmes. La jeune femme en accroche trois autour de son avant-bras avant de revenir vers lui. Elle les dépose sur son épaule droite pour juger l'effet.
— « Celle-ci serait très bien mais si vous me permettez de donner mon avis, je vous trouve très bien sans. C'est à la fois très élégant mais aussi très moderne. Bradley Cooper a assisté à une cérémonie des Oscars sans cravate… Les temps changent, Mr Odinson. »
Thor rit et lui adresse un sincère sourire de remerciement à travers le miroir.
Malgré ses protestations, Nadia plie et range avec soin son modeste pantalon en lin et sa chemise dans un sac au logo de la boutique.
Il est encore en train de s'admirer timidement dans le miroir en pied quand Joseph revient. Le majordome s'extasie bruyamment sur son allure tandis qu'il pose la paire de chaussures parfaitement cirées devant lui.
Thor s'assoit sur une banquette en velours pour les enfiler.
Son sac d'affaires déjà à la main, l'homme l'attend tout en complimentant Nadejda – Nadia semble être son surnom – pour son goût exquis. Celle-ci se laisse chanter ses louanges d'un air de princesse mais son léger sourire dément la moindre suffisance de sa part.
Tandis qu'il fait ses lacets, Thor se demande distraitement si quelqu'un partage sa vie et comment le couple peut accepter la séparation. Nadia a vraiment l'air d'être une femme exquise.
La jeune femme hésite, s'autorise un dernier conseil sur sa coiffure et le choix de sa montre avant de lui souhaiter une agréable soirée.
Thor et Joseph quittent la boutique, le blond jette un regard à l'heure. Il a juste le temps de repasser par sa cabine pour suivre les indications de la jeune femme.
Sur le chemin, précédé par Joseph qui sourit toujours, Thor a l'impression que les regards des gens qu'il croise lui brûlent le corps et le visage.
Ça fait du bien.
C'est délicieux.
.
Thor vérifie l'heure à sa montre, il a changé le modèle après son rapide passage par sa cabine.
Dire qu'Aidan a toujours trouvé stupide d'avoir plusieurs montres et de partir avec en vacances.
Maintenant, avec sa Rolex de 2015 au poignet, bracelet acier et non plus en cuir, le blond se sent assez assuré pour conquérir le monde.
Il monte avec assurance le large escalier principal pour gagner le pont huit.
C'est un immense hasard mais, alors qu'il traverse le palier du pont sept, il croise Natasha, Bruce et Clint. Le trio se dirige vers le restaurant de sushis pour le dîner, celui avec vue panoramique sur la piscine du pont extérieur et ses éclairages nocturnes.
Thor les aperçoit de l'autre côté de l'escalier, à plusieurs mètres de distance, mais le regard laser de son amie le repère immédiatement dans la foule. Le jeune homme la voit écarquiller les yeux de surprise, tirer brusquement Bruce par le bras pour attirer son attention et le désigner d'un doigt parfaitement impoli. Le brun cligne lentement des yeux tandis que Clint, un air brièvement stupéfait au visage, porte ses doigts à sa bouche pour siffler bruyamment.
Natasha éclate de rire, les yeux brillant et l'air immensément ravi.
Leur enthousiasme résonne sur le palier et dans la cage d'escalier, attirant l'attention des clients sur eux.
Un peu.
Sur lui.
Beaucoup.
Thor sent sa nuque chauffer et il s'empresse de monter l'escalier jusqu'au pont huit. Le rire clair de la jeune femme le poursuit malgré tout, limpide et joyeux et il sourit aussi.
Arrivé devant le Valhalla, le blond tire légèrement sur son col ouvert, passe une main dans ses cheveux pour rajuster son allure. Un maître d'hôtel en uniforme sombre se tient derrière un pupitre en bois lustré, l'air un peu raide et compassé. Thor a à peine le temps de lui montrer son invitation écrite sur le luxueux papier, l'homme lui fait signe de le suivre d'un geste élégant.
Sur le chemin vers la table du commandant Laufeyson, les regards le suivent toujours.
Celui d'une femme de l'âge de Freya lui vrille même le front tant il est intense. Plutôt que de penser qu'elle pourrait le prendre pour un gigolo de luxe, Thor préfère se concentrer sur la décoration du restaurant. L'établissement est superbe. Une épaisse moquette crème couvre le sol, le mobilier est moderne mais intemporel et les chaises autour des tables ressemblent à des fauteuils capitonnés. Des lustres en verre dépoli et en acier éclairent la vaste salle d'une douce lumière un peu tamisée.
Thor est heureux de manger aux frais de ALC. S'il était venu avec Aidan, il aurait peut-être eu des difficultés à payer l'addition sans transpirer parce que son compagnon n'aurait même pas esquisser un geste pour sortir sa carte bancaire.
Le blond préfère ne pas penser au fait qu'il porte un costume à plusieurs milliers de dollars.
Il remarque immédiatement la table du commandant, orné d'un centre de table fleuri dans une jardinière en argent, de porcelaines et de verres en cristal. La plupart des chaises sont occupé et Thor a l'agréable surprise de reconnaître le charmant couple Jones. Monsieur a changé de nœud papillon, Madame porte un rang de perles. Leurs mains sont posées l'une sur l'autre sur la table, ils sont toujours aussi touchants. Thor sourit. Il ne se sentira pas trop seul à ce dîner.
Le blond cherche le commandant Laufeyson du regard.
— « Vous êtes venu. »
Le jeune homme sursaute légèrement et se retourne.
Tony est derrière lui, habillé d'un smoking. Il donne le bras à une femme très âgée qui marche péniblement à l'aide d'une canne à pommeau d'argent.
La dame vacille un peu sur ses petits talons plats, le blond s'empresse de lui proposer aussi son bras pour l' porte d'énormes lunettes à verres épais qu'elle remonte sur son nez de l'index. Comme un personnage de cartoon, Thor la voit cligner des yeux énormes, bordés d'un épais trait d'eye-liner violet.
Tony le remercie d'un sourire.
— « Vous avez énormément de chance d'avoir deux cavaliers pour vous seul, Mrs Ford-Moore », dit le brun d'un ton badin.
— « Il s'agit du commandant Laufeyson ? »
— « Mr Odinson est client sur le Naglfari », la corrige Tony.
— « … Il n'est pas commandant ? »
— « Non, Mrs Ford-Moore. »
— « … C'est dommage, il serait très séduisant en uniforme », répond-elle en clignant à nouveau des yeux pour le regarder.
La vieille dame branle un peu de la tête et ses énormes girandoles en diamant tintent délicatement à ses oreilles. Thor jette un regard à Tony par-dessus sa tête couronnée de cheveux blancs. Le jeune homme hausse les épaules.
— « Alzheimer. Excellente cliente de ALC », articule-t-il silencieusement.
Le blond acquiesce et se concentre sur ses pas pour les accorder aux siens, tout petits et très serrés. Il craint de la faire tomber à la moindre inattention de sa part.
Tony les dirige vers une chaise à gauche de la table.
Thor se demande comment il va pouvoir tirer le fauteuil pour aider la vieille dame à s'asseoir tout en lui donnant encore le bras. Il n'a pas à étudier la question plus longtemps, une troisième personne les rejoint et se glisse silencieusement à ses côtés. Elle porte un parfum délicat, un peu végétal. Une main fine et blanche passe devant lui, s'enroule autour du coude de la vieille dame pour l'accompagner.
Thor sent une légère bouffée de chaleur empourprer sa nuque.
Le commandant Laufeyson le dévisage, ses yeux verts fixés sur lui. Des yeux très verts.
Thor déglutit.
L'homme porte aussi un smoking, noir à revers en velours, nœud papillon et chemise blanche à col cassé. Le blond a trouvé le commandant en second Stark très séduisant, le commandant Laufeyson est tout simplement renversant.
— « Vous êtes bien installée, Mrs Ford-Moore ? », demande-t-il.
— « Très bien. Vous êtes le commandant Laufeyson ? »
— « Oui, Mrs Ford-Moore. Je suis Loki, vous vous souvenez ? J'étais commandant sur le Naglfari lors de la dernière croisière que vous avez faite avec votre mari. »
— « Loki… » La vieille dame fronce légèrement les sourcils. « Vous êtes le fils de Laufey. »
— « C'est exact. Vous êtes mon invitée pour ce soir. »
— « … C'est bien. J'aime beaucoup la cuisine du Valhalla. »
Loki rit doucement.
Il lui fait un élégant baise-main qui la fait glousser puis accroche sa canne au dossier de sa chaise.
Le brun échange un regard avec Tony mais son ami s'est déjà assis à ses côtés.
Ils ont convenu qu'il resterait non loin d'elle pendant la soirée, juste au cas où. Alzheimer provoque parfois un sentiment de désorientation même dans une situation familière. Mrs Ford-Moore a beau peser cinquante kilos, ses réactions peuvent être très vives. C'est plus prudent.
Loki le remercie d'un signe de tête.
Il se redresse et se tourne vers Thor.
Les deux hommes se saluent d'un sourire poli mais un peu distrait. Ils sont trop occupés à se regarder.
Le brun contient bravement son envie de dévisager Thor, de le contempler de la tête aux pieds avec la plus parfaite indiscrétion.
Loki était en train de parler avec son voisin de table quand il l'a vu entrer dans la salle du restaurant.
Il en a eu un violent coup au cœur.
L'homme est encore plus beau que dans ses souvenirs plus beau qu'à son embarquement sur le Naglfari plus beau qu'en tenue de plage quand il déambule d'un air décontracté sur le pont extérieur.
Loki est sensible au charisme, au charme, à la confiance en soi. Thor Odinson semble exsuder d'assurance à cet instant, vêtu de ce costume à sept mille dollars.
Pour la première fois, le brun se tient très près de lui. Il remarque que sa barbe a un peu poussé depuis leur départ de Miami et que le généreux soleil des Caraïbes a déjà doré ses cheveux. Thor les a coiffés en arrière, Loki a envie de passer les doigts dans les mèches qui semblent si douces.
Il ignore comment Tony a fait pour convaincre Mr Sullivan de changer la liste d'invités du premier grand dîner mais bénit soit-il.
Thor Odinson est beau et son sourire poli est charmant. Et il est seul.
Loki se mord les joues.
Il met les mains dans son dos et tente de faire passer sa contemplation pour quelque chose d'un peu plus poli. Thor lui répond d'un sourire, un peu maladroit. Il semble se demander ce qu'il fait là et Loki trouve ça touchant.
— « … Le baise-main n'est pas nécessaire pour moi », dit-il d'un air un peu malhabile.
Le brun sourit. Vraiment touchant et avec un sens de l'humour qui lui plaît.
— « Je vous remercie pour votre aide. Mrs Ford-Moore a besoin de soutien pour marcher et vous êtes arrivé à point nommé pour aider mon second. »
— « … Je vous en prie. »
Les deux hommes se regardent encore, en silence.
Loki sait qu'il frôle une fois de plus les limites de la courtoisie mais cet homme est si… beau. Ça le décontenance un peu.
Il se racle légèrement la gorge.
— « Je suis Loki Laufeyson, le commandant du Naglfari. Je vous remercie d'avoir accepté mon invitation à dîner », dit-il en inclinant élégamment la tête.
— « J'ai été surpris de trouver ce carton d'invitation dans ma cabine. »
— « Est-ce que parce qu'elle y a été déposée en votre absence ? Je suis navré pour ce désagrément, je veillerai à ce que cela ne se reproduise pas. »
— « Non ! »
La réponse de Thor est étonnamment bruyante. Non loin d'eux, Tony écoute Mrs Ford-Moore lui raconter sa croisière entre l'Italie et la Turquie en 1985, un sourire aux lèvres. Le regard très indiscret de son meilleur ami devant leur invité inattendu est… divertissante.
Loki hausse un sourcil et Thor trouve cela assez charmant.
— « Je ne sous-entendais rien de tel. Je suis juste surpris d'avoir été invité à une soirée d'un tel standing. Je ne m'étais pas préparé à cette éventualité en faisant ma valise. »
Loki hausse un sourcil plus haut encore en considérant son complet. Le blond rit légèrement, desserrant la boule de nervosité dans son ventre. Le commandant Laufeyson est diablement séduisant.
— « Joseph m'a évité de commettre un impair en me présentant ici en pantalon en lin. Il m'a conduit dans les boutiques du pont sept pour m'aider. Ce costume est une location », admet-il avec une étonnante franchise.
Le regard si vert de Loki ne lui donne pas envie de cacher la vérité. Pire encore, il a l'impression qu'un homme possédant un regard si franc pardonne peu la trahison. Ce n'est pas comme s'ils étaient quoi que ce soit l'un pour l'autre, que Loki pouvait réellement prendre ombrage d'un petit mensonge sur ses réelles capacités financières, mais Thor n'en a pas envie. Il n'aime pas la malhonnêteté, ça blesse toujours les gens.
Le brun esquisse un sourire.
— « … Vous êtes allé à Élysée, n'est-ce pas ? »
— « Oui. Une jeune femme blonde, Nadia, m'a servi. Je dois le choix de cet habit à son goût, bien plus aguerri que le mien. »
— « C'est assez différent d'un pantalon en lin », admet Loki en esquissant une petite moue.
Les deux hommes se sourient et plongent à nouveau dans les yeux l'un de l'autre.
Thor pense qu'il n'a pas dévisagé un homme d'une telle manière depuis très longtemps mais il ne peut pas s'en empêcher. Sans son uniforme et sa casquette de commandant, Loki a une toute autre allure. Il est un peu moins impressionnant. Ou plutôt, impressionnant d'une autre manière. Thor trouve qu'il porte le smoking avec l'aisance d'une star de cinéma. Le brun est toujours horriblement séduisant et dans ses prunelles vertes, le jeune homme sent sa nuque chauffer un peu. Il croit y lire un peu d'admiration pour lui aussi et ça l'intimide en même temps que ça réchauffe agréablement sa poitrine.
Thor essuie distraitement sa paume sur son pantalon.
La table est grande mais le jeune homme a vraiment envie d'être assis à côté de lui. Il veut continuer à parler en sa compagnie et de choses moins ridicules que le contenu de sa garde-robe de vacances. Il veut en apprendre plus et sentir encore cette chose agréable dans son ventre et sa poitrine.
Loki Laufeyson est un très bel homme, si drastiquement éloigné de tout ce qu'est Aidan que Thor pourrait en rire.
Il peut continuer à puiser un peu de confiance en lui dans tout ce qui l'entoure. Cela ne peut pas lui faire de mal, surtout si cela implique d'être… admiré par un Loki Laufeyson en smoking.
Tony se racle discrètement la gorge à côté d'eux.
Son ami lui jette un regard vaguement noir avant de désigner la table d'un geste.
— « Asseyions-nous si vous le voulez bien. »
Thor lui emboîte docilement le pas, prêtant à peine attention aux porte-noms posés sur la table.
Il suit distraitement du regard la ligne des épaules de Loki, son dos. Ses fesses dans son élégant pantalon parfaitement coupé. Il déglutit. Ses jambes semblent interminables et ses hanches, étroites. Sa démarche a quelque chose d'ondoyant, d'hypnotisant. Même en compagnie d'Aidan, Thor se serait retourné sur lui s'il l'avait croisé dans la rue. Son ex aurait peut-être vitupéré mais se retourner ne prête pas à conséquence. Admirer simplement la beauté ne fait de mal à personne.
Thor esquisse un sourire un peu triste.
À côté de Loki, Aidan lui paraît soudain tellement enfant. Sans montre au poignet ni costume parce qu'il trouve ça classique à en pleurer.
Le brun s'arrête et Thor le heurte distraitement. Il s'excuse d'un sourire maladroit mais il ne parvient pas à oublier la bouffée de parfum du brun qu'il vient de respirer, presque dans ses cheveux.
Tout est distingué chez lui, plein de tranquille confiance et ça donne un peu chaud à Thor.
— « Votre place est ici », indique-t-il en montrant une chaise.
Le blond cligne des yeux.
Quoi ? Ici ?
Loki lui sourit gentiment et désigne un autre siège, plus loin sur la table.
Thor s'assombrit légèrement. Ils ne sont pas assis l'un à côté de l'autre. Deux couples sont déjà installés de part et d'autre de la chaise du brun, lui-même a aussi ses voisins.
— « Je vous souhaite une bonne soirée Mr Odinson. Nous aurons sans doute l'occasion de parler ensemble pendant le dîner. »
— « … Sans doute. » Thor lui offre un pâle sourire. « Je vous remercie de m'avoir invité à votre table. »
Loki élude d'un sourire poli. Il ne peut pas lui dire que toute cette délicieuse situation est l'œuvre de son commandant en second. Ni qu'en temps normal, la présence des invités à sa table est décidée par un bête tirage au sort. Il ne veut pas vexer Thor, ni le faire fuir avec… Dieu sait quelles insinuations.
Thor Odinson est célibataire, quelle chance y a-t-il qu'il ait laissé derrière lui un amant plutôt qu'une épouse ?
Loki préfère ne pas y penser.
Tony a peut-être rencontré la femme de sa vie lors d'une croisière du Naglfari il y a cinq ans mais son ami semble parfois vivre la vie d'un héros de roman.
Dans le monde de Loki, les choses ne fonctionnent pas comme ça.
Il n'y a pas de rencontre ressemblant à un coup de foudre, un temps suspendu perdu yeux dans les yeux en se disant « Oh, c'est Lui. » Il n'y a pas non plus d'homme qui accepterait avec le sourire de l'amour qu'ils soient séparés six à neuf mois de l'année parce que Loki navigue dans les Caraïbes ou ailleurs. C'est pour cela que Lucas et lui ont rompu. La dernière croisière du Naglfari a été celle de trop.
Cela n'arrive pas dans son monde, toujours pragmatique et raisonnable.
Même si Thor Odinson est un des hommes les plus séduisants qu'il lui ait été donné de rencontrer.
Même s'il n'y avait déjà qu'une fraction infinitésimale de chance que leurs chemins se croisent sur son navire.
— « À plus tard », souffle le brun.
Thor répond d'un sourire et d'un léger hochement de tête. Loki ressent presque physiquement sa déception alors qu'ils se séparent devant cette chaise capitonnée, posée entre un couple âgé et une famille avec leur fils étudiant.
Le brun songe qu'un coup de foudre amical, cela peut arriver aussi. Ce serait déjà bien. Loki en a aussi perdu beaucoup au gré de ses croisières sur les eaux de l'Atlantique.
Thor prend sa chaise à deux mains pour éviter d'abîmer la luxueuse moquette en y traînant les pieds.
Loki se mord les joues.
Homme attentionné, attentif. Délicat. Le geste réfléchi, signe de maturité.
Laufey lui a toujours dit qu'on en apprenait beaucoup sur les gens en les observant silencieusement. Il aime ce qu'il voit. … Lucas faisait toujours racler sa chaise sur le parquet de la cuisine quand il s'asseyait le matin pour petit-déjeuner. Loki serrait les dents sans rien ajouter pour ne pas aggraver les choses. Les deux hommes étaient souvent à couteaux un peu tirés à la fin de leur histoire quand il rentrait chez eux.
Le brun va s'asseoir à sa place et adresse un sourire de circonstances à ces voisins. Il aurait été agréable de sentir la chaleur de Thor contre lui pendant la soirée. Son parfum aussi, une fragrance musquée aux senteurs de cuir.
Depuis sa place, Thor soupire légèrement.
Il n'est pas si loin que cela du commandant, ils pourraient s'adresser la parole pendant la soirée en haussant un peu la voix.
Le blond salue ses voisins de table d'un sourire poli. Le couple à sa droite lui répond à peine, l'air raide et dépité d'être placé si loin de Loki. La femme, une quarantenaire au nez trop en trompette pour être honnête, semble prendre comme un affront personnel d'avoir sorti sans plus de succès ses bijoux les plus brillants. Charmant.
Il se glisse à table en évitant le sac à main de luxe qu'elle a posé à sa gauche et qu'il pourrait piétiner elle ne semble pas le moins du monde disposer à le déplacer pour l'aider.
Malgré son luxe de précaution, Thor heurte son voisin de gauche de son coude.
— « Excusez-moi. »
C'est un jeune homme d'une vingtaine d'années aux cheveux blonds foncés, traits agréables et mâchoire carrée, habillé d'un costume avec cravate. Il lève sur lui ses yeux marron, bordés de longs cils sombres.
Thor s'excuse d'un sourire.
Son voisin cligne des yeux avant de rougir violemment. Il esquisse un geste si empressé pour se lever qu'il heurte la table. Le blond évite la chute dramatique de son verre à vin grâce à un réflexe qu'il ignorait posséder. Il ne pensait pas que c'était possible mais son voisin rougit encore plus fort et se laisse tomber sur sa chaise, la tête légèrement enfoncée entre ses épaules.
Thor accepte un verre de vin qu'un serveur en uniforme noir et blanc lui propose et en boit une gorgée avec plaisir.
Le cru est excellent et servi à la parfaite température.
— « … Bonsoir. »
Son voisin vient de le saluer, plutôt courageusement de son point de vue si Thor en juge par la pourpre qui couvre ses joues et son cou. Il rougissait aussi comme ça quand il avait osé adresser pour la première fois la parole à Jackson White quand il avait seize ans. Il avait essayé en tout cas. Son rougissement l'avait seulement fait bégayer d'une voix un peu trop aiguë à son goût.
— « Bonsoir. Thor Odinson », se présente-t-il en lui tendant une main.
— « Jacob Caldwell. »
Le jeune homme se tourne vers lui et s'empresse de la serrer. Thor note que sa paume est un peu calleuse. Probablement un membre d'un club de sport sur le campus. Il remarque également une très légère cicatrice sur son sourcil droit, une ligne un peu blanchâtre.
Le blond baisse les yeux sur le revers de sa veste de costume. Un insigne en métal y est accroché, un écusson noir et orange avec un motif de chevron et un livre ouvert. Il esquisse un sourire. Jacob Caldwell doit affoler les cœurs quand il participe à des soirées étudiantes.
— « Vous étudiez à Princeton ? »
— « Oui, en double-cursus de droit et d'économie », s'empresse de répondre Jacob. « Je suis en quatrième année. »
— « C'est très impressionnant. »
Thor hausse un sourcil parce que, eh bien ça l'est vraiment. Princeton est une des huit universités de l'Ivy League, le summum des universités privées du nord des États-Unis.
L'étudiant se mordille légèrement les joues, le blond remarque que son cou est un peu rouge aussi.
— « Je suis aussi receveur dans l'équipe de football », ajoute-t-il après une courte hésitation.
Thor sourit encore dans son verre de vin. Lui aussi tentait de se faire un peu mousser auprès de Jackson White pour l'impressionner. Il a à la fois l'impression d'être vraiment très vieux et d'être chatouillé d'une façon un peu coupable par la maladroite tentative de séduction de ce jeune de vingt-deux ans.
— « Aller les Tigers », dit-il en levant un peu le poing.
— « Vous avez aussi joué à Princeton ?! »
— « Non mais je les ai battus en 1999 lors d'un match contre les Huskies de Washington. J'étais quaterback ».
Jacob cligne des yeux avant de froncer les sourcils.
— « Les Tigers n'ont jamais perdu », marmonne-t-il avec une pointe d'arrogance.
— « C'était ce que racontaient déjà les légendes de Princeton en 1999. » Thor rit. « J'étais là, je me souviens très bien du moment où j'ai marqué le dernier point du match et notre victoire. Je reconnais que vous aviez une redoutable défense et vous nous avez vraiment rendu le match difficile. On a invité les Tigers à boire un verre dans un bar et on a fini par chanter tous ensemble l'hymne national. C'était très faux. »
— « … Ma mère dit aussi que je chante faux. »
— « C'est que vous êtes un vrai Tiger alors. Ils chantaient tous atrocement faux. »
Jacob rit joyeusement.
Thor accepte la carte que lui tend le serveur, son voisin fait de même avec empressement. Quand il commande un hamburger et des frites, le blond rit à son tour.
Thor oublie rapidement la manière dont l'étudiant le dévisage avec une touchante indiscrétion et entame avec lui une discussion passionnée sur les techniques de défense des Tigers au tournant des années 2000. Jacob est le second du commandant de son équipe, il s'intéresse beaucoup à la stratégie.
Thor se sent encore mieux quand ils miment la rencontre de deux équipes à l'aide de boulettes de mie sur la table.
L'étudiant semble aussi au comble du ravissement et c'est touchant.
Le blond en oublie presque qu'il pourrait encore sentir le lait et la poudre pour bébé. Ils ont vingt-trois ans de différence. Presque une vie entière.
Le jeune homme sent le regard de Loki peser sur lui, sur eux, un peu intrigué.
Quand il se mêle à la conversation en comparant les performances des Tigers sur les deux dernières saisons, Thor est cette fois franchement éperdu d'admiration pour cet homme incroyable.
Il oublie complètement Jacob qui tente d'attirer et de garder son attention par des remarques toujours plus pertinentes.
Thor ne voit que les yeux verts de Loki qui pétillent d'amusement et sa belle voix un peu grave qui parle de football américain et de championnat universitaire.
C'est sexy.
