Disclaimer : les personnages de cette histoire appartiennent TOUS à JK Rowling (et nous la remercions pour ça ^^)

Couple : HP/DM

Petit Post-it : Bonne lecture ! ^^


CHAPITRE 4 - Chez l'apothicaire

Hagrid était l'un de ses clients réguliers. Qu'il ait ou non des achats à faire pour son potager, lui-même ou l'entretien du château, il passait au moins une fois par semaine, souvent deux. Il faisait son tour du village, rendait visites à ses connaissances et finissait par l'apothicaire. La boutique de Draco n'étant pas immense, c'était toujours un soulagement lorsque le demi géant le saluait et s'en retournait tranquillement jusqu'au château. D'abord surpris par ses visites, Malfoy avait su en tirer un maximum d'avantages. Tout d'abord, il plaçait bon nombre de ses produits, sous prétexte qu'il fallait le meilleur du meilleur pour l'entretien de son ancienne école. Ensuite, Hagrid ayant conservé sa réputation de bon vivant bavard, Draco était au courant de tout ce qui se tramait dans le village, à Poudlard, et même au-delà. La vision parfois idéaliste ou naïve du demi-géant lui permettait tout de même de ne rien louper des on-dit de la peuplade sorcière.

— La dernière rubrique de "Vivre comme un héros" annonçait le retour d'Harry à Poudlard. Mais moi, je le saurais si le p'tit revenait par ici.

Ce jour-là, Hagrid était resté un peu plus longtemps que d'habitude chez Rosmerta. Il sentait la bièraubeurre à plein nez. Draco commençait à vouloir fermer boutique, la nuit était tombée, et plus personne ne viendrait lui acheter quoique ce soit.

— J'm'ennuie au château. Les vacances de Noël sont trop longues. Y'a vraiment que le repas de demain soir qui va remonter un peu l'ambiance.

— Hagrid, il est tard, si vous pouviez...

— D'ailleurs, tu devrais v'nir toi aussi !

La puissante main du gardien des clefs s'abattit sur la frêle épaule du blond, le faisant grimacer.

— Minerva a dit qu'on pouvait venir avec un invité !

— C'est très aimable mais...

La clochette de l'entrée du magasin tinta. Irrité de devoir jouer les prolongations, Draco s'écarta d'Hagrid pour accueillir... personne. La porte, entrebâillée, laissait passer un courant d'air froid, mais aucun être humain. Il jeta quelques coups d'œil vers les étals de ses marchandises mais rien ne manquait et, vraiment, aucun autre client qu'Hagrid n'occupait les lieux.

— Bien, il faut vraiment y aller, je dois clôturer ma caisse et...

Sur le comptoir, la tête posée en travers de son bras, Hagrid ronflait.

— Et merde...

Il s'approcha de l'endormi. Il n'eut pas le temps de se questionner sur la façon correcte qu'il aurait de se débarrasser de lui qu'une voix sortant de nulle part le fit hurler de frayeur.

— On peut t'aider ?

La main sur le cœur, son cri résonnant encore dans la boutique, Draco vit alors apparaître Harry Potter et son phénix, jusque-là cachés par la cape d'invisibilité de cet imbécile.

— Mais bordel Potter, ça se fait ça ! cria l'apothicaire aussi vexé qu'effrayé.

— Désolé. Quand j'ai vu qu'Hagrid était à l'intérieur, j'ai préféré me faire discret. Sinon, il allait encore m'inviter au Noël de Poudlard demain et...

— Il me l'a proposé aussi.

Les deux jeunes sorciers échangèrent un sourire, plus détendus.

— Et ton poulet là, il te suit partout ? demanda Draco en désignant Fumseck.

Comme s'il saisissait l'insulte, ou du moins l'intention, l'oiseau gonfla ses plumes contre le visage de Potter qui ria.

— Il avait juste envie de revenir par ici.

— Comment tu sais ça ?

Draco vit clairement passer dans les yeux verts l'intention de se moquer de lui. Mais Potter fit le choix de la vérité.

— Quand je lui ai dit que j'allais transplaner à Pré-au-Lard, il s'est montré plutôt volontaire pour m'y emmener lui-même.

— Tu parles à ton piaf... soupira Malfoy qui n'avait jamais adressé autre chose que des ordres à son grand-duc.

— Mon piaf pourrait ramener ton dernier client chez lui si tu te montrais plus aimable.

Le sauvetage s'organisa. Une fois Hagrid bien arrimé aux longues plumes de la queue de Fumseck, celui-ci s'envola dans le ciel voilé, en direction du château. Les deux jeunes hommes restèrent quelques instants à regarder l'ombre imposante s'éloigner, avant de rentrer au chaud.

— Je ferme ma caisse et on boit un coup ?

— Va pas trop vite, j'aimerais t'acheter quelque chose.

Draco haussa un sourcil.

— Quoi ? s'amusa l'inattendu client. T'es bien apothicaire non ?

— Le meilleur !

— Parfait. Il me faut des crottes de veaudelune et du jus de véracrasse.

Sans répondre, Draco se dirigea aussitôt vers ses étagères. Il attrapa en premier un petit boîtier dont il vérifia rapidement le contenu avant de repasser devant Harry pour se diriger vers une planche pleine de bocaux.

— Combien de jus ?

— Mmh... suffisamment pour unifier un truc avec du bois.

Draco ne put retenir un regard interrogateur en direction de son client tardif, mais ce dernier examinait d'autres articles avec curiosité. L'apothicaire se contenta donc d'emplir une fiole assez large et retourna vers son comptoir.

— Je te fais crédit. Tu me paieras la quantité utilisée, si ton truc fonctionne.

— Ça va fonctionner, assura aussitôt Harry.

Draco l'observa un instant, dubitatif. La majorité du temps, il parvenait à deviner les intentions de ses clients juste en analysant rapidement leurs achats. Si le jus de véracrasse était très souvent utilisé pour lier des potions, il doutait fortement de la capacité du produit à lier du bois et autre chose.

— Quand tu dis un truc... tenta-t-il tout en emballant les achats de son client dans un sac adapté.

— Juste un truc.

À nouveau, ils se défiaient du regard, l'un cherchant à percer le mystère, l'autre à le conserver. Draco abandonna la partie en lui tendant ses affaires.

— Je retire ce que j'ai dit. Je préfère que tu me payes maintenant. Je sais d'avance que ça ne marchera pas. Il est normal de rémunérer mon conseil.

— Tu ne m'as rien conseillé du tout, tu te contentes de me décourager sans savoir.

Une étincelle s'alluma dans les yeux gris. Il le tenait.

— Et bien laisse-moi te conseiller alors.

Harry leva les yeux au ciel. Cela ne découragea pas Draco qui se lança dans la fermeture de sa caisse tout en déblatérant ses nombreuses qualités dans le domaine de la recherche.

— J'étais le meilleur en potion, je suppose que tu ne l'as pas oublié. En devenant animagus, j'ai atteint un haut niveau de métamorphose en quelques mois seulement. Mon métier m'amène à découvrir et connaître tout un tas de substances et leurs effets. Il m'arrive même, grâce aux retours de certains clients, de mixer de nouveaux ingrédients et de créer un tout nouveau produit.

Il poursuivit son argumentaire jusque dans l'arrière boutique qui donnait, par une porte fermée à clef, dans la partie habitation. Harry le suivait, écoutant, muet.

— Lorsque nous nous sommes croisés près de la tombe de Dumbledore l'été dernier, tu m'as dit vouloir faire des recherches sur les baguettes. Là tu me parles d'unifier un truc avec du bois. Sachant que tu sais que je ne suis pas un crétin, j'en déduis que tu t'apprêtes à passer de la théorie à la pratique. Ce n'est pas avec du jus de véra...

— Tu as de la bièraubeurre ?

Outré d'avoir été coupé, Draco le fusilla des yeux. Potter l'observait, calme, souriant, les mains croisées dans le dos.

— On a passé l'âge non ? grommela finalement l'apothicaire en sortant une bouteille d'un alcool bleu que le brun ne connaissait pas.

— Mais j'aime la bièraubeurre, se plaignit Harry en s'installant tout de même à la table de la cuisine.

— Tu vas adorer ça aussi.

Draco leur servit deux verres et prépara en quelques coups de baguette des petits sandwichs à grignoter. Durant quelques minutes, le silence ne fut interrompu que par leur mastication. Malfoy espérait que ses paroles fassent réfléchir le brun. Il était déterminé à passer plus de temps avec lui et ne jamais renouveler l'expérience de ne pas le voir durant quatre mois complets. Puisqu'ils étaient tous deux très pris par leur travail respectif, il suffisait de mettre leur projet en commun pour créer l'opportunité de se voir.

Un claquement sur le carreau de la fenêtre le fit sursauter. Potter ricana.

— C'est juste Fumseck.

Il se leva pour ouvrir au phénix qui, après un passage par l'épaule de son jeune maître, s'envola jusque sur la corniche du vaisselier.

— Il te suit vraiment partout, constata Draco qui ne se faisait décidément pas à la présence de l'oiseau.

— Presque. J'arrive encore à me laver et dormir seul.

Si sa réponse fit rire Potter, elle ne dérida aucunement Draco.

— Bon, lança soudain le brun en posant ses mains à plat sur le bois rugueux de la table. J'ai pas l'habitude d'agir seul. Et je reconnais que je ne suis pas le meilleur quand il s'agit de réfléchir. C'était la partie d'Hermione ça.

— Je suis largement à la hauteur de Granger.

Harry balaya l'ironie de Draco d'un geste du poignet.

— Permets moi d'en douter. Mais t'es pas mal dans ton genre.

Le brun croisa les mains sous son menton et fixa intensément son hôte.

— Je n'irais pas jusqu'à t'imposer un sortilège de Fidelitas, mais j'ai besoin d'être sûr que tu garderas pour toi tout ce que je pourrais éventuellement te partager.

Draco se sentit vexé. Il avala une bonne gorgée de son verre avant de répondre.

— Je n'ai jamais dit à personne que je possédais la marque sur l'épaule. Je n'ai jamais rien dévoilé des horcruxes, et aucun sorcier à part toi, Ron, Hermione et Luna, ne sait que j'ai subi le sort de la mort sans crever. Il me semble qu'en matière de...

— Attends, l'arrêta Harry surpris. Luna est au courant ?

— Elle l'a deviné sur le moment. Mais on n'en a jamais reparlé.

Harry secoua la tête, impressionné. Leur jeune amie avait toujours eu une sorte de sixième sens pour ce genre d'événement.

— Bon, c'est d'accord.

Malfoy redressa la tête. Avait-il vraiment convaincu le brun de lui parler de son secret ?

— Je ne te dirai pas tout par contre. Juste ce que tu auras besoin de savoir pour me conseiller.

— Je t'imaginais pas si...

— En fait, je risque gros Draco. Vraiment. Et je ne voudrais pas te rendre complice de ça. Si on se fait prendre ensemble, il y a fort à parier que tu risquerais plus gros que moi encore.

— À cause de mon passé, devina le blond.

Harry Potter ne prit pas la peine de confirmer, c'était évident. Les mauvaises langues ont la vie dure. Et parce que leur conversation prenait une tournure un peu trop sombre, le brun se redressa, un large sourire sur le visage.

— Je venais pour autre chose aussi. Quels sont tes plans pour demain soir ?

Draco renifla, avant de répondre, d'une voix faussement détachée.

— Demain soir ? Qu'est-ce qu'il y a demain soir ?

— C'est Noël crétin.

Harry souriait toujours. Ses yeux verts brillaient. Et le cœur de Draco se mit à battre plus fort. Il détourna le regard et activa avec plus de force son occlumencie. Que, surtout, cet idiot ne devine jamais ses sentiments.

— Rien de spécial, grommela-t-il.

— Ta mère...

— Toujours à New York. Et il n'est pas prévu qu'elle revienne pour fêter la fin de l'année qui a vu mourir son mari.

Harry fit une grimace. Assister à l'enterrement de Lucius Malfoy avait été une épreuve désagréable.

— J'imagine que tu passes la soirée chez les Weasley ?

— Non. Justement. Je la passe avec mon filleul.

Draco pencha la tête, surpris par la nouvelle tout en devinant d'instinct la suite à venir.

— Tu sais, Teddy, ton cousin.

— Oui.

— Et Andromeda, ta tante.

— Je vois.

— Tu es invité.

— Non merci.

La fluidité de leur dialogue sembla amuser Fumseck qui claqua deux fois du bec.

— Tu vas pas rester tout seul pour Noël, s'agaça Harry. Viens avec moi !

— Non.

Draco ne pouvait se mentir à lui-même : il espérait secrètement que Potter insisterait, jusqu'à ce qu'il puisse accepter la proposition sans perdre la face. Malheureusement, le brun haussa les épaules et conclut qu'il s'était attendu à cette réponse.

— J'avais prévenu Andromeda qu'il y avait peu de chance pour que tu acceptes de toutes façons.

Agacé contre son éducation, son tempérament, son incapacité à changer, Malfoy observa son invité se lever et se préparer à repartir. Au dernier instant, alors que Fumseck rejoignait déjà l'épaule de son maître, il eut l'idée d'abandonner provisoirement le contrôle de ses sentiments. Le visage de Potter se figea brusquement pour se tourner vers lui, abasourdi.

— Tu...

Harry ne put finir sa phrase. Malfoy refermait déjà les vannes de ses émotions, évitant de trop en offrir. Il n'avait laissé passer que sa curiosité pour cette soirée de Noël, et sa frustration de ne pouvoir, ouvertement, se montrer intéressé à y participer. Ils se fixaient sans prononcer un mot : tout avait été dit, en silence. Impatient, Fumseck agita ses ailes, les sortant de leur rêverie.

— Je viens te chercher vers dix-huit heures, lâcha Harry avant de disparaître dans un éclat doré, accroché à son oiseau.

à suivre...


Merci beaucoup d'avoir lu ! Je vous souhaite un agréable week-end et à la semaine prochaine pour les chapitres 5 et 6 ! ^^